- Speaker #0
Ahlan fiikom,
- Speaker #1
heya,
- Speaker #0
heya, marahaban bikom fiikom, heya, marahaban bikom, heya, marahaban bikom, heya, heya, hala
- Speaker #2
Bienvenue sur le podcast Heya, je suis Boshra Fourti. Ici, on écoute autrement. On tend l'oreille à celle qu'on entend trop peu, les femmes arabes et amazighes. des récits vrais, puissants, incarnés, à celles et ceux qui doutent, avancent ou cherchent à se reconnaître ailleurs que dans les récits qu'on leur impose, à celles et ceux qui veulent écouter avec ouverture et curiosité. Réa, c'est un espace de sororité, de transmission et de reconnaissance,
- Speaker #0
un endroit où chaque voix compte, parce que nos histoires sont une richesse. et qu'avant d'y croire, il faut les entendre.
- Speaker #2
Khadija, bonjour. Bonjour. Merci infiniment d'avoir accepté mon invitation. Je suis ravie de t'avoir à mon micro. On essaye depuis un long moment et je suis ravie qu'on arrive à synchroniser nos agendas et à se voir face to face.
- Speaker #1
Moi aussi, je suis très contente. Merci beaucoup.
- Speaker #2
Khadija, on va commencer par les origines. C'est la tradition d'Anheya. Tu es née à Hoche. Tu es d'origine marocaine, tu as vécu à Toulouse. Est-ce que tu peux nous parler de l'enfance, de la petite Radija, l'environnement dans lequel tu as grandi ?
- Speaker #1
Alors, j'ai grandi dans une cité qui s'appelle Ampalo, à Toulouse. Et j'ai vécu donc dans un HLM. Et donc, j'avais une enfance, on va dire, je ne dirais pas tout à fait très, très heureuse, dans le sens où mes parents déjà étaient divorcés. Donc, j'ai grandi vraiment avec ma maman qui était mère déjà à cette époque, mère isolée. Donc, c'était... pas évident de grandir sans son père. Et voilà, dans une cité HLM où j'avais quand même l'impression d'être différente des autres parce que ma maman, elle s'était vraiment battue pour que je puisse être dans une école du centre-ville de Toulouse. Elle ne voulait absolument pas que je sois dans une école de la cité. Elle avait peur que je n'ai pas le niveau et que je n'ai pas les clés pour m'en sortir dans la vie. Donc, je me suis retrouvée très très jeune dans une école du centre-ville de Toulouse à Saint-Agne. Et donc, j'étais avec plutôt des enfants issus de la bourgeoisie, qui avaient des grandes maisons, dont les parents très souvent étaient plutôt médecins, avocats. J'ai évolué avec des enfants qui n'étaient pas du tout de mon monde et j'avais honte parfois aussi de les inviter chez moi quand il y avait des anniversaires, etc. Donc, moi, j'étais contente d'aller chez les enfants. Et quand c'était mon anniversaire, je n'osais pas trop les inviter. J'avais peur aussi qu'ils voyaient les cafards qu'il y avait chez moi. Et cette odeur d'urine qui était partout dans les couloirs de mon HLM. Donc, c'était très compliqué. Et souvent, on me disait, mais pourquoi on ne revient pas chez toi, etc. Donc, je me suis sentie vraiment différente à ce moment-là. Donc, j'en ai quand même souffert. Et pas que en grandissant petit à petit. J'ai aussi vu les avantages que c'était de grandir dans une cité. Ça forge vraiment le mental. Et je trouvais que c'était maintenant, avec du recul évidemment, je trouve que c'est aussi une chance d'avoir grandi en cité et d'avoir pu approcher les différents univers qui existent dans notre société. Donc c'est aussi une chance finalement de grandir dans une cité. On est obligé de faire. trois fois plus que les autres pour s'en sortir. Donc ouais, ça forge le caractère, ça forge le mental. Ma mère, après, a toujours été derrière moi pour que je puisse aller le plus loin possible. Dès l'âge de 8 ans, elle m'a inscrite au karaté. Elle voulait vraiment que je puisse avoir les billes pour m'en sortir dans la vie. Et aujourd'hui, je suis vraiment fière de ce background. Donc, ce n'était pas évident, premier abord, quand on est une enfant, qu'on grandit avec les cafards et qu'on a l'impression qu'on est en dessous, en fait, des autres enfants. Mais aujourd'hui, je suis contente d'avoir eu ces billes et je pense que c'est pour ça que je fais aussi un métier un peu particulier.
- Speaker #2
J'allais en venir, la petite Tradija qui grandit dans l'environnement que tu viens de nous décrire, à quoi elle rêvait ? Est-ce qu'il y avait un métier qui te faisait rêver ? Tu disais quand je serais grande, je serais journaliste. Je ne sais pas s'il y avait déjà ce désir de journalisme ou si c'était autre chose.
- Speaker #1
Oui, oui. Alors, ce désir de journalisme, il est arrivé vraiment, on va dire, à l'âge de 12, 13 ans, peut-être. Avant ça, j'avais envie d'être chanteuse parce que du côté de mon père, on est plutôt musicien, on aime beaucoup la musique. Et mon papa chantait quand il était étudiant dans des bars pour gagner un petit peu d'argent de poche. Et mon oncle au Maroc chante dans des mariages, etc. Donc, peut-être que j'avais aussi hérité de ça. Mais oui, j'aimais beaucoup chanter dans ma petite chambre d'enfant. Mais en fait, petit à petit, en grandissant, vers l'âge de 12-13 ans, j'avais vraiment envie de devenir journaliste parce que je trouvais qu'on ne parlait jamais de nous à la cité. On ne parlait jamais de nos vies et pas seulement la vie de dealer et cette vie où on tend à faire croire que la cité, c'est uniquement des règlements de comptes, des trafics de drogue, etc. Donc, j'en ai beaucoup voulu aux médias mainstream, notamment. les journaux télévisés qui ne parlaient vraiment de la cité uniquement lorsqu'il s'agissait de règlements de comptes. Et donc, moi, je rêvais déjà à cette époque de devenir la nouvelle Claire Chazal, qui allait un petit peu remettre l'église au centre du village et parler de la vraie vie des gens. Je me disais, mais pourquoi est-ce qu'ils ne viennent jamais nous voir ? Pourquoi je ne vois jamais de journalistes dans ma cité ? Pourquoi est-ce qu'on ne raconte pas correctement ? Exactement, nos vies. Donc, ça arrivait vraiment à l'âge de 12, 13 ans. Et je me souviens qu'à l'âge de 14 ans, j'avais ma Nintendo DS Lite et on pouvait s'enregistrer un petit peu. Et je m'exerçais, je m'essayais à faire des émissions de radio toute seule un petit peu et des fois avec ma cousine. Et je trouvais ça marrant. Je me disais que c'était juste une idée que j'avais dans ma tête. Mais je ne pensais pas que ça allait arriver en fait.
- Speaker #2
Parce que tu n'avais pas de représentation aussi peut-être de journaliste qui te ressemble ?
- Speaker #1
Pas du tout. J'ai essayé de m'identifier à des journalistes. En fait, la seule vraiment qu'on voyait à l'écran, c'était Claire Chazal. Sinon, pas de représentation, effectivement. Alors, petit à petit, après, en grandissant encore, quand on voyait, par exemple, Leïla Kadour au journal de 20h sur France 2. Ou alors, on se disait, ah, enfin !
- Speaker #2
Il y avait Rachid Arabe, mais je pense que t'es beaucoup trop jeune. Ouais,
- Speaker #1
pas de représentation de journalistes racisés arabes.
- Speaker #2
C'est fou l'impact de la représentation enfant. En fait, le fait de ne pas voir, on se dit, je ne peux pas. C'est beau, ça me donne envie, mais c'est pour les autres.
- Speaker #1
Exactement. Donc vraiment, pour moi, c'était un métier uniquement réservé à une classe bourgeoise, à l'élite. Et j'avais l'impression qu'il fallait être vraiment blonde et blanche pour faire ce métier. Alors que moi, pas du tout. Et je me disais, mais qui sait qui voudra bien de moi pour travailler dans des rédactions ? Et en plus, je sors d'une cité. Donc, ce n'est pas évident de s'imaginer. journaliste dans un grand média. Est-ce qu'on veut vraiment nous ? Est-ce qu'on nous attend ? Donc voilà, je me suis posé des questions pendant très très longtemps et je me suis naturellement dirigée vers des études de commerce pour quand même verrouiller un peu mon avenir et essayer de sauver ce qui pouvait être sauvé, c'est-à-dire au moins que si un jour je me dirige vers le journalisme et que ça ne marche pas, au moins que je puisse rebondir et travailler dans un univers plutôt commercial.
- Speaker #2
Et à quel moment tu décides de te consacrer au journalisme et d'en faire ton métier ?
- Speaker #1
Eh bien, ça arrive très tard. Beaucoup plus tard que la moyenne, donc à l'âge de 26 ans. À l'âge de 24 ans, je sens que je suis vraiment allée au bout de ces études en commerce, j'ai été commerciale, etc. Je sens que je ne suis pas du tout animée par tout ça. Je n'ai pas cette flamme qui brûle en moi. Et donc, j'essaie de tenter ma chance dans une prépa qui s'appelle la diversité dans les médias. Donc, c'est une prépa pour préparer des étudiants issus de la diversité boursier aux grandes écoles de journalisme. Voilà. J'y vais un petit peu comme ça, en n'étant pas trop préparée. Je lisais un peu la presse, mais je m'informais beaucoup sur Internet, sur les réseaux, etc. Donc, ça ne m'était pas venu à l'idée de vraiment m'acheter des abonnements dans des grands médias. En plus, c'était cher. Et en fait, j'y vais un peu comme ça le jour de l'oral d'admission. Et en fait, on me represse qu'on est. Parce que je ne suis pas du tout préparée, je n'ai pas les codes. Et ensuite, je reçois un mail en me... qui me dit que je ne suis pas sélectionnée pour faire la prépa parce que j'aurais idéalisé le métier.
- Speaker #2
C'est intéressant.
- Speaker #1
Oui, j'aurais idéalisé le métier. En fait, ils attendent vraiment à la chance d'avoir des étudiants qui lisent Le Parisien, qui lisent Libération, qui lisent vraiment tout plein de médias, qui arrivent avec vraiment une idée bien précise du métier, c'est-à-dire une idée qui correspond en fait au code des rédactions. Et moi, j'avais mon idée à moi, j'avais ma perception à moi et ça n'a pas marché. Donc, j'ai retenté la prépa l'année suivante en étant bien préparée, en ayant les codes, en ayant discuté avec des journalistes. Donc, j'y suis arrivée avec ce qu'ils voulaient, ils attendaient de moi. Donc, j'y suis allée. Moi, mon rêve, c'était de travailler dans des zones de conflit et a fortiori aux Proches et Moyen-Orient. Donc, je savais qu'en arrivant, en disant moi, j'ai envie d'être reporter de guerre en Palestine, je savais que ça n'allait pas marcher. Parce qu'il m'aurait dit encore, tu idéalises le métier, c'est pas comme ça, ça prend du temps. Donc, j'y suis allée avec mes forces, avec mes bagages. Et donc, j'ai un petit peu dressé le portrait d'une journaliste qui voulait faire du journalisme économique.
- Speaker #0
puisque j'avais déjà un background commercial. Donc, je me disais au moins, je rentre dans les codes, ça va leur plaire. Voilà, je leur ai donné ce qu'ils voulaient et ça a marché.
- Speaker #1
Super !
- Speaker #0
Oui, parce qu'en fait, pas beaucoup de journalistes rêvent d'être journaliste éco. Ce n'est pas un truc qui fait rêver les chiffres, etc. J'y suis allée avec ma force et ça a marché.
- Speaker #1
Génial ! Et du coup, là, tu étais embarquée, c'était combien d'années ?
- Speaker #0
Donc, c'était une année la préparation. J'ai intégré la promo de 2021. Je crois qu'à ce moment-là, j'ai 25 ans et je réussis à décrocher au moins cinq écoles, dont l'ESG Lille, l'Ishba à Bordeaux, le CELSA à la Sorbonne, l'IPJ également et une autre école. Et du coup,
- Speaker #1
je décide d'aller où ?
- Speaker #0
Et du coup, je décide d'aller à l'IPJ, donc l'école de mes rêves. juste à côté en plus, dans le 9e arrondissement. L'IPJ parce que tout de suite, moi, j'ai voulu faire de l'alternance. C'était inévitable. Pour moi, je ne m'imaginais pas faire juste de la théorie à l'école. Il fallait vraiment que je puisse voir comment ça se passait en rédaction. Et donc, l'IPJ, voilà. Je n'arrivais pas à croire que j'avais réussi à 25 ans à avoir ce mail d'admission. Et j'ai tout de suite accepté. Et j'ai décroché aussi une alternance à France Télévisions, service économie. De France 2.
- Speaker #1
C'est super, c'était génial. Oui,
- Speaker #0
j'étais contente. Donc, je suis arrivée en école, j'avais 26 ans.
- Speaker #1
Et comment ça se passe, cette première expérience ? À quel moment tu fais ton alternance au service économie ? Et là, tu es journaliste sur le terrain. Comment on passe de l'un à l'autre ? À quel moment tu as réussi à bifurquer, à aller vers ce qui te passionnait vraiment ?
- Speaker #0
À la fin de mon alternance. Donc, j'ai fait... Deux années d'école, deux années d'alternance. Je savais très bien que ce n'était pas fait pour moi. Je pense que le JT, les grandes rédactions comme France Télévisions formatent beaucoup les jeunes étudiants et les jeunes journalistes. Donc voilà, c'est encore une histoire de formatage, de code à adopter. En fait, moi, j'étais épuisée de devoir à chaque fois être soumise à un système qui n'est absolument pas fonctionnel, puisque aujourd'hui, quand même, il y a une certaine défiance du public vis-à-vis des médias mainstream. On a un public qui fait de moins en moins confiance aux journalistes. Et donc, on va dire, les grands rédacteurs en chef, les grands chefs de France Télévisions ont tendance à ne pas vraiment se remettre en question. Et donc, moi, j'étais un petit peu fatiguée de devoir à chaque fois jouer ce rôle de « je me soumets à vos codes » . Donc, moi, j'ai décidé ensuite, à la fin de mon alternance, deux jours après, en fait, je crois. Deux jours après, j'ai pris un billet pour Tel Aviv. Un billet allait sans retour. Donc, c'était en septembre 2023.
- Speaker #1
C'est hyper courageux. Je ne sais pas si tu t'en rends compte. Tu changes d'orientation scolaire, tu fais ton année, tu as ton diplôme et là, sac à dos, on y va.
- Speaker #0
C'est pour ça, merci à maman qui m'a toujours soutenue, qui a tout fait pour me donner encore une fois les billets et qui m'a toujours épaulée dans tout ce que j'entreprenais. Et merci à la cité, en fait, c'est grâce à ça. Parce qu'on a justement, le fait de grandir en cité, ça développe en nous un instinct de survie aussi. Un instinct de survie où on est obligé à chaque fois de se dépatouiller. On est obligé vraiment d'aller au-delà de ce qu'on imagine pouvoir faire. Et c'est pour ça que je pense que j'ai pu, du jour au lendemain, moi j'ai dit mon alternance est terminée, je ne suis pas renouvelée à France Télévisions parce que je ne correspondais pas à leur code, c'est ce qu'ils m'ont dit. Je n'ai pas adopté leur vision du métier. Et donc moi, deux jours après, je prends un billet à aller sans retour en septembre 2023 sans me douter que j'allais être embarquée en fait vers quelque chose. qui a marqué l'histoire et on en reparlait sûrement le 7 octobre. En fait, je n'ai pas le choix que de vite travailler et d'être embarquée vers ce que je fais aujourd'hui.
- Speaker #1
Le 7 octobre, tu peux nous remettre un peu dans le contexte où tu étais, comment tu apprends ce qui se passe, qu'est-ce qui se passe autour de toi ?
- Speaker #0
Pour recontextualiser très rapidement, moi, je commence déjà à aller dans ce qu'on appelle aujourd'hui Israël dès juin 2023. Donc, j'y vais une semaine. Dès que j'ai une semaine de congé, j'y vais. Je repars deux semaines en juillet 2023 en allant cette fois-ci aussi une semaine à Ramallah, donc en Palestine, en Cisjordanie occupée. Donc, j'y vais vraiment en tant qu'observatrice, en tant que... Voilà, je ne suis pas actrice de ce qui se passe. Enfin, comment dirais-je ? J'y vais vraiment en tant qu'observatrice, en tant que touriste pour observer. dans un premier temps la société israélienne, observer comment ça se passe. Exactement, on discute avec des Israéliens, vraiment je me dis... Première partie, première phase, c'est vraiment d'aller observer ce qui est le plus facile pour toi, c'est la société israélienne. Parce que j'avais encore des a priori sur le fait d'aller en Palestine, j'avais quand même peur. Ça se prépare aussi psychologiquement, on sait qu'il y a des crimes qui sont commis, on sait que ça peut être dangereux, on sait qu'on peut se prendre une balle. Donc vraiment, j'y suis allée petit à petit. Et donc, septembre 2023, je reprends un billet pour Tel Aviv. Donc, c'est ma troisième fois. En arrivant, les autorités israéliennes m'arrêtent à ce moment-là à l'aéroport. C'est la première fois. Et donc je passe à un... un check avec eux et ils fouillent mon téléphone, etc. Ils se rendent compte que j'étais à Ramallah en juillet 2023. Ils me demandent qu'est-ce que j'ai rencontré, qu'est-ce que j'ai fréquenté, etc. Donc, je sens qu'ils ne sont pas très contents, en fait, de ce petit séjour à Ramallah. Ils me demandent si je compte y retourner, où je compte aller exactement. Donc, je leur dis non, non, j'ai juste Tel Aviv, Jérusalem, etc. Donc, j'essaie de faire profil bas. Et en sortant de cet interrogatoire, je suis vraiment quand même un petit peu tétanisée. J'ai l'impression qu'ils vont me surveiller si je retourne en Palestine. Donc, je me dis, oula, j'ai l'impression que je suis suivie.
- Speaker #1
Bien sûr. Là, tu es confrontée à la réalité du terrain.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et de la dynamique qui se passe dans cette zone-là.
- Speaker #0
Oui. Donc, ils ont réussi à atteindre à ce moment-là mon mental, puisque je n'ose plus retourner en Palestine toute seule. J'ai vraiment peur. Je ne me sens pas en sécurité. Donc, je reste beaucoup à Jérusalem-Est et je rencontre un groupe de Palestiniens, un groupe de jeunes Palestiniens. trop sympa que je fréquente. Donc voilà, ça m'a permis aussi de voir comment ce groupe-là grandissait, évoluait dans cette société un petit peu compliquée pour eux. Donc voilà, là on est mi-septembre 2023 et le 6 octobre 2023, je dis justement à un ami palestinien que je vais rentrer. Et ce qui est dingue, c'est que je réserve mon vol pour Paris pour le 7 octobre au soir, sans me douter que je ne vais jamais prendre cet avion-là.
- Speaker #1
C'est fou quand même la temporalité. T'aurais pu prendre l'avion le 6 au soir. C'est dingue.
- Speaker #0
C'est ce qu'on dit, c'est mectoube en fait. Je trouve ça incroyable parce que j'ai l'impression que c'est vraiment la puissance divine, donc c'est un signe de Dieu en fait. C'était vraiment étrange parce que... J'avais quand même le choix de prendre cet avion et je ne l'ai pas fait. Je n'ai pas pris l'avion ce soir-là parce que j'avais envoyé un message à TV5 en disant que je suis sur place, etc. Et je suis contactée par TV5 Monde pour faire un duplex au moment où je suis prête à embarquer. Et donc, je fais demi-tour à l'aéroport. Et je dis, je ne prends pas l'avion sans savoir ce qui allait se passer et en prenant aussi le risque parce qu'on ne savait pas. À ce moment-là, on était quand même dans le flou. Et je me suis rendue compte aussi que... En fait, je me suis fait tout le film dans ma tête. Je me suis dit, c'est dingue. On a en fait Israël qui prétend protéger la communauté juive, etc. Et en fait, pour moi, c'était impossible qu'il ne sache pas qu'il allait avoir une riposte d'une telle ampleur. Et en fait, je me suis dit, ça peut aller jusqu'où cette folie d'Israël pour faire en sorte de criminaliser à chaque fois les Palestiniens et faire encore plus de mal. Donc, je me suis dit, là, on est vraiment sur quelque chose de très dangereux et je ne me sens pas du tout safe.
- Speaker #1
Et là, tu te dis, je reste, mais quelle est ta vision ? Parce que tu n'as pas pris ton avion du 7.
- Speaker #0
Tu te dis,
- Speaker #1
je reprends un avion le 10. Qu'est-ce qui se passe ? Là, je reste.
- Speaker #0
Je me dis, il faut rester pour observer, il faut voir ce qui se passe. Donc, ce soir-là, je retourne à Jérusalem et je prends une auberge de jeunesse que j'ai l'habitude de fréquenter quand je dormais à Jérusalem. 2. Ce qui était intéressant, c'est que je pouvais avoir, on va dire, une vision globale de ce qui se passe à Jérusalem. Parce qu'à Jérusalem, il y a des Palestiniens, il y a des Juifs israéliens et il y a des Arabes israéliens qui sont palestiniens, mais qui ont la nationalité israélienne. Donc, je pouvais voir un petit peu les dynamiques et comment ça allait. évoluer et voir un petit peu comment eux vivaient le truc. Donc je suis restée quelques jours, évidemment c'était panique à bord parce qu'il y avait beaucoup de touristes et les gens perdaient connaissances, faisaient des malaises, etc. Donc ça a été très compliqué. Et ensuite j'ai été hébergée par justement mes amis de Jérusalem-Est qui m'ont proposé de dormir avec eux à la maison, donc chez une famille palestinienne, parce qu'ils étaient inquiets pour moi. Et du coup je trouvais que c'était aussi intéressant de voir comment ils vivaient le truc, des Palestiniens. Et tous les jours il y avait une nouvelle histoire. Par exemple, les parents avaient des filles voilées et l'une des filles voilées rentrait un soir à la maison pas bien du tout en disant « je ne peux plus aller travailler parce qu'aujourd'hui je viens de me faire insulter de terroriste par une femme juive israélienne qui a voulu me frapper » . Elle a enregistré l'attaque de cette dame et en fait c'était horrible. Et ensuite, il y avait le fils qui rentrait un soir en disant « je me suis fait arrêter par la police israélienne, ils ont pointé leur arme sur moi » . vraiment pensé qu'ils allaient me tuer. Et en fait, au bout d'un moment, le père pète littéralement un câble et il dit plus personne ne sort de cette maison maintenant. Vraiment. Et moi, j'étais là, ouais, mais moi, je suis journaliste et il faut que je sache. Et il me dit, non, non, tu sors plus. Il me dit, si tu sors, tu me dis où tu vas, tu me donnes l'adresse. J'ai dit, moi, en fait, j'aimerais bien essayer quand même d'aller en Cisjordanie occupée, donc en Palestine. Il me dit, sort de question. Il me dit, là, t'as des checks. avec Point de Partout, donc tu ne vas pas en Palestine du tout. J'ai essayé de trouver des solutions dans ma tête pour essayer de faire mon métier, mais je n'ai pas les codes, je n'ai pas été formée, moi, tout ça.
- Speaker #1
Même en étant formée, j'imagine que la dynamique a changé avant et après le 7 octobre. Il y a toute une dynamique qui change. Les contrôles existent et il y a beaucoup de choses qui existaient, mais je pense qu'il y a eu un peu une accélération des comptes. Il y a beaucoup de choses qui ont évolué post 7 octobre.
- Speaker #0
Déjà, il y a eu une accélération, une exacerbation des violences policières israéliennes et des militaires israéliens contre des Palestiniens, que ce soit à Jérusalem ou que ce soit en Palestine, en Cisjordanie occupée. À Gaza, je pense qu'on va y revenir, mais c'était le début du génocide en direct. Donc oui, il y avait tout ça à gérer en fait. Et quand on sort d'école et qu'on a fait deux ans d'alternance dans un média qui ne correspond pas trop à nos valeurs aussi, donc il y a vraiment toute cette enchaînement et puis on est fatigué aussi. Et en fait, je me rends compte que je suis dépassée par les événements.
- Speaker #1
Et puis tu n'as pas été préparée à ça ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Et le père de famille regardait vraiment Al Jazeera tous les jours. Donc, on voyait le génocide se dérouler en live et ça devenait de pire en pire. Donc, en fait, il est arrivé un moment où ma santé mentale a été vraiment, vraiment impactée et je n'arrivais plus du tout à gérer la situation. Donc, je restais enfermée à la maison. Mais ce qui est intéressant, c'est que j'ai vécu quand même... De l'intérieur. Oui, de l'intérieur avec cette famille palestinienne. Et puis en plus, il y a aussi l'angoisse à gérer du côté des proches, parce que ma mère n'était vraiment, vraiment pas bien.
- Speaker #1
J'imagine, ta maman qui te pousse à faire le job qui te faisait rêver et elle retrouve sa petite fille dans une zone de guerre, avec des choses qui ne sont pas du tout... contrôlable, qu'elle voit à travers la télé, où on ne donne pas beaucoup d'infos non plus, ça doit être particulier. Oui, c'était particulier.
- Speaker #0
Et il y avait aussi des missiles que le Hamas envoyait. Après, Israël est doté du dôme de fer, donc c'était intercepté en général, mais il y avait toujours cette appréhension de se dire ça se trouve, ça ne va pas être intercepté, ça va te tomber dessus. Donc on ne sait jamais. Mais en tout cas, les Palestiniens disaient tout le temps euh bah pour être vraiment sûr que rien ne t'arrive, il faut vraiment dormir près de la mosca à l'Axa. Il faut se rapprocher. Plus tu se rapproches de la mosca à l'Axa, et mieux c'est. Parce que personne ne veut toucher la mosca à l'Axa et pas le Hamas, justement.
- Speaker #1
Déjà, on peut prendre deux secondes pour clarifier peut-être un terme technique. On parle beaucoup de Gaza, on parle beaucoup de Cisjordanie occupée. Est-ce que tu peux nous expliquer, pour ceux et celles qui ne comprennent pas, juste clarifier ce point ? Et je pense qu'en avançant, on va utiliser soit l'un, soit l'autre.
- Speaker #0
Bien sûr. Alors aujourd'hui, la Palestine, c'est Gaza et la Cisjordanie occupée. Et donc la Cisjordanie occupée, en fait, c'est un petit bout de territoire qui est entre ce qu'on appelle aujourd'hui Israël et la Jordanie. Et donc la Cisjordanie occupée est divisée en trois zones. Zone A, théoriquement sous contrôle de l'autorité palestinienne, mais en réalité, l'autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne contrôle rien. La zone B, c'est zone contrôlée. conjointement par Israël et l'autorité palestinienne. Encore une fois, l'autorité palestinienne ne contrôle rien. Et zone C, c'est 60% du territoire de la Cisjordanie occupée qui est contrôlée par Israël. Et donc aujourd'hui, la Cisjordanie occupée est grignotée chaque jour de plus en plus par des colons qui installent des avant-postes. Donc un avant-poste, c'est ce qui précède la colonie. C'est peut-être une tente qu'un colon va planter sur une terre palestinienne. Une caravane. Une caravane, voilà. Ça, c'est une colonie qui est illégale, bien évidemment, au regard du droit international et qui, en plus, n'est même pas reconnue par Israël, théoriquement. Mais en fait, Israël encourage cette installation illégale. Et donc, chaque jour, un peu plus, les colons grignotent les territoires palestiniens, volent les terres palestiniennes sous la bienveillance de l'armée israélienne qui fournissent aussi des armes aux colons. Et des fois, l'uniforme militaire, à la fin, les Palestiniens disent qu'on ne sait même plus qui est colon ou qui est soldat. On ne sait même pas. Et donc, c'est ça aujourd'hui la Cisjordanie occupée. Ce sont des villes comme Ramallah, Jenin, Naplouz, Hebron, El Khalil. Donc voilà, toutes ces villes-là sont situées en Cisjordanie occupée et font face malheureusement à des incursions militaires israéliennes que je qualifierais plutôt d'incursions militaires terroristes puisque... Elle terrorise les Palestiniens et en plus, ses incursions terroristes tuent des civils palestiniens. Depuis le 7 octobre, c'est quand même 222 enfants palestiniens qui ont été tués par Israël. Donc, quel était leur crime à ces enfants palestiniens ? En plus, il y a toujours cet argument qui est repris par Israël du « oui, c'est le Hamas, c'est le Hamas » . Mais en fait, le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie occupée. et je tiens aussi à a notifié que la Cisjordanie occupée a été dividée en trois zones, donc ABC, lors des accords d'Oslo signés entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Et en fait, ces accords d'Oslo visaient à créer un État palestinien, à faire en sorte qu'Israël se retire petit à petit des territoires palestiniens. C'était ça qui était convenu. Et en fait, c'est l'inverse aujourd'hui, parce qu'il y a aussi cette propagande israélienne et aussi des Israéliens qui reprennent la Hasbara en disant Oui, mais... selon les accords d'Oslo, il y a zone A, ça c'est l'autorité palestinienne, voilà, l'autorité palestinienne gère les Palestiniens. Pas du tout en fait.
- Speaker #1
Il y avait un plan de décolonisation derrière.
- Speaker #0
Il y avait un plan de décolonisation derrière, et aujourd'hui qui n'est pas respecté par Israël. Et quand je reçois encore des messages d'Israéliens, ou alors des gens qui reprennent la propagande israélienne en me disant « oui mais l'autorité palestinienne, c'est à elle de gérer les Palestiniens, mais elle ne gère rien du tout, parce que je peux vous assurer que je l'ai vu aussi sur le terrain. » Quand il y a une incursion terroriste des militaires israéliens, l'autorité palestinienne n'est pas là pour protéger les Palestiniens. C'est-à-dire qu'Israël fait ce qu'il veut sur des terres palestiniennes.
- Speaker #1
Merci d'avoir clarifié ce point. Je pense que c'est important parce qu'on parle beaucoup de ces termes-là et on ne sait pas toujours ce que c'est. Khadija, je voulais savoir, on est dans un monde saturé d'images, de violences. Comment on peut... parvient à garder l'humain au centre de ça. Et toi, comment tu choisis les sujets que tu traites ?
- Speaker #0
Je pense que l'horreur nous résout à rester dans l'humain et je choisis mes sujets vraiment... Ma ligne éditoriale, c'est vraiment le civil, donc le civil palestinien. Je traite aussi du sujet des combattants armés dans les camps de réfugiés, notamment en Cisjordanie occupée. Ils ne sont pas tous dans des camps de réfugiés, mais j'ai des... J'ai déjà travaillé sur cette question-là, qui pour moi est quand même indéniable, qui fait partie quand même du sujet palestinien, c'est hyper important, et je trouve que justement aujourd'hui, on tend à nous empêcher de traiter la question des combattants armés, qui sont considérés comme résistants par les Palestiniens, par aussi le droit international, tant que ces résistants armés se défendent face à l'armée israélienne, des soldats israéliens, c'est reconnu par le droit international, de toute façon un peuple occupé. paix, à le droit à une résistance armée. Donc ça, c'est des sujets que je traite beaucoup, que je traite beaucoup du civil palestinien, des familles palestiniennes, des enfants palestiniens. J'aime beaucoup travailler sur les enfants palestiniens parce que ça dit beaucoup, en fait. Quand je vais dans des hôpitaux, que je vois un enfant palestinien qui a été blessé par balle à la jambe, on ne sait pas s'il va remarcher, quand je vois les parents dans quel état de détresse. Et d'angoisse ils sont. C'est là où on voit vraiment l'occupation terroriste établie par Israël. C'est vraiment là où on voit que c'est une occupation et que c'est illégal et qu'il ne s'agit pas du Hamas. Et ensuite, de l'autre côté, je traite aussi de la question du civil israélien, même si je reçois aussi beaucoup de messages où on me dit « il n'y a pas de civils en Israël, c'est que des colons » . Si, il y a des civils en Israël, déjà à commencer par les Arabes israéliens qui sont palestiniens, mais qui ont la nationalité israélienne. Ce sont des civils. Les refusniks aussi, donc ces jeunes israéliens qui refusent de servir l'armée israélienne, qui refusent de faire leur service militaire obligatoire et qui vont en prison pour cela et qui font de la présence protectrice dans les villages palestiniens, ce sont des civils. Parce que, en fait, quand je suis là-bas, je me rends compte que personne n'a décidé de naître malheureusement ici. On aurait pu tous être nés, je veux dire, malheureusement, au mauvais endroit, à savoir, par exemple, Israël. J'aurais pu très bien être née à Tel Aviv. être perfusé à la propagande dès le berceau. Qui on est, nous, pour juger ça ? Je pense qu'encore une fois, c'est Mechtoub. Ça reste des créatures de Dieu et c'est Dieu qui a créé aussi ces gens-là. Donc, c'est vrai que j'essaie, voilà, c'est un peu ma ligne éditoriale, c'est de me dire qu'on est tous des êtres humains. Je pars du principe qu'on est tous des êtres humains, on existe contre notre volonté, on n'a pas décidé d'exister et on n'a pas décidé d'être ce qu'on est. Donc, je pars de ce principe-là. Ensuite... Bien évidemment, je creuse si je fais des interviews, etc. et que je me rends compte que la personne en question a des propos génocidaires, etc. Je le dénonce ou alors je ne vais pas mettre en avant, évidemment, cette personne-là. Et voilà, il faut savoir quand même que la majorité, malheureusement, des Israéliens ont voté pour le génocide à Gaza et sont pour l'annihilation des Palestiniens. Mais il existe aussi cette minorité, à savoir les refusniks, à savoir ces humanistes israéliens qui vont dans les villages palestiniens. Et on me dit, oui, mais ce n'est pas la majorité. Oui, mais justement, ce qui est intéressant, c'est de parler aussi de l'uniorité, parce que nous-mêmes, on est des minorités en France. Donc, je trouve que c'est intéressant de parler. Et puis,
- Speaker #1
la nuance est importante.
- Speaker #0
La nuance est importante et je pense que c'est important aussi dans mon métier. Je suis journaliste et c'est important de remettre aussi de la complexité dans ce colonialisme, dans cette occupation, parce qu'il y a de la complexité, il y a de la nuance. Bien évidemment, le sujet est simple. On est face à un État occupant, donc Israël, qui occupe la Palestine, les Palestiniens. Mais il y a une complexité, il y a de la nuance. Voilà, il y a de la nuance. Et cette minorité-là, moi, ça m'intéresse en fait de la raconter.
- Speaker #1
Est-ce que cette minorité-là, tu penses, a augmenté avec le temps et avec l'avancée du génocide ou pas forcément ? En nombre, je veux dire.
- Speaker #0
Je pense que plus ça va être médiatisé. plus on va le raconter, plus ça peut donner aussi des idées aux Israéliens. Je sais que ça a encouragé d'autres jeunes Israéliens qui ont dit « si eux sont capables de le faire, je suis capable de le faire » . Parce qu'il faut savoir que si on regarde entre les interstices, on a pas mal d'Israéliens avec qui j'ai discuté, qui pensent contre l'occupation, qui sont contre l'annulation des Palestiniens, mais qui ne le diront jamais publiquement. C'est-à-dire qu'ils vont se fondre dans la masse, ou alors ils vont être... ils vont faire profil bas. Mais en fait, le fait de médiatiser aussi, de raconter qu'il existe cette minorité, donc les refusni qui refusent de servir l'armée, qui s'organisent pour faire des manifestations à Tel Aviv, à Jérusalem, à Haïfa, qui s'organisent pour aller en Palestine, en Cisjordanie occupée, à Massafariata, protéger les Palestiniens, ça permet aussi de donner confiance à notre... de la population israélienne et aussi ça permet de montrer cette réalité-là parce qu'il faut, encore une fois, les Israéliens sont perfusés à la propagande depuis Berthouin. Il faut savoir qu'eux, ils grandissent, en fait, depuis le début, on leur dit le monde déteste les Juifs. Il y a eu la Shoah, il y a eu l'Holocauste et puis ça remonte aussi à la nuit des temps, le fait que les Juifs ont été annulés, ont été détestés par l'Europe et d'autres continents. Et donc, ensuite, la dernière année de lycée, on les emmène voir les camps de concentration. Et l'année suivante, ils doivent servir l'armée. Donc voilà, c'est ce qui se passe aussi dans la tête, dans le cerveau d'un Israélien. On leur dit, le monde déteste les Juifs. Ici, c'est la seule terre où on est en sécurité et on est obligé de la défendre. Et aujourd'hui, celle des ceux qui nous empêchent de vivre... en sécurité, c'est les Palestiniens. Donc en fait, il faut bien comprendre que l'Europe a une responsabilité, et les États-Unis aussi ont une responsabilité sur ce qui se passe aujourd'hui en Palestine et en Israël. Et je trouve que la décision la plus antisémite qui soit, c'est vraiment de s'être dit en 1948, on va exporter tous les Juifs là-bas en Palestine, on va exporter, entre guillemets, le problème juif. On se débarrasse des juifs, on les met en Palestine, et puis après, on sera l'éternel arbitre de ces communautés, à savoir les juifs et les palestiniens chrétiens musulmans, et on va les regarder s'entretuer, et on sera les éternels arbitres de tout ça. Il n'y a rien de plus antisémite de se dire qu'on va exporter une population dans un autre pays au motif que, oui, nous, on n'a pas su les protéger, c'est vrai qu'on a commis l'impensable, et on a commis quelque chose de... terribles et d'horribles, à savoir l'Holocauste. Après ça, on a décidé d'exporter cette population, mais c'est terrible, c'est horrible de penser comme ça.
- Speaker #1
C'est hyper antisémitique. C'est vrai qu'on n'y pense pas de cette langue.
- Speaker #0
Mais bien sûr, il n'y a rien de plus antisémite. Ils se sont débarrassés de la population juive. Ils ont été incapables, en fait, encore aujourd'hui de... Je veux dire, l'Europe doit beaucoup à la population juive. Ce traumatisme-là de l'Holocauste, de la Shoah... persistent encore évidemment au sein de la communauté juive et ça n'a pas été réparé en fait par l'Europe. Ce n'est pas une réparation ça d'exporter une population. Je trouve ça horrible. Et aujourd'hui en plus il les laisse s'entretuer. Ça prouve à quel point aujourd'hui je pense que les politiciens, la majorité des politiciens qui gouvernent notre monde sont antisémites et islamophobes aussi et arabophobes, vraiment.
- Speaker #1
Déjà, est-ce qu'il y a une rencontre ou une scène que tu n'oublieras jamais, que tu pourrais nous raconter ?
- Speaker #0
Il y en a énormément. C'est toujours très difficile, donc je souris, enfin je rigole, j'ai ce sourire un peu nerveux parce qu'à chaque fois, c'est très, très difficile de parler d'une scène qui m'a marquée. Donc on va commencer par la scène difficile que j'ai eu à voir, mais j'en ai vu tellement en fait. Je pense que la scène qui m'a touchée, comme toutes les autres d'ailleurs, c'est à chaque fois que je suis confrontée à un corps de Ausha, donc un corps de martyr palestinien. C'est toujours très difficile. C'était à la morgue de Génine et je prends la date du 14 janvier 2025, où l'armée israélienne décide de bombarder le camp de réfugiés de Génine. Et ce soir-là, aux alentours de 23h30, je suis avec le journaliste Mohamed Mansour à Génine et on reçoit justement l'alerte qu'il y a des martyrs qui arrivent à l'hôpital de Génine. Et donc, on y va. On a eu déjà une journée très difficile parce que... Depuis déjà plusieurs semaines, les Palestiniens, les réfugiés du camp de Jénine, ont été assiégés par l'autorité palestinienne. C'est encore un autre sujet, mais ça a été très difficile pour eux de voir que l'autorité palestinienne les assiégeait et les tuait aussi. Je ne sais pas si on aura l'occasion d'en parler aussi, mais il faut savoir que l'autorité palestinienne n'est pas très appréciée aussi des Palestiniens et que j'ai pu voir, j'ai pu constater de graves crimes aussi de la part de l'autorité palestinienne contre des Palestiniens. Donc déjà, c'était des semaines très compliquées. Et je ne sais pas moi, une fois qu'elle s'est retirée du siège, on a Israël qui a bombardé le camp de Génie. Donc en fait, pas de répit. Et là, on a alerté, il y a des martyrs, on y va. Et voilà, il y a du sang déjà sur les brancards. Il y a beaucoup de monde qui sont près d'une salle. Et dès qu'on arrive, on est face à l'horreur encore une fois. Ce n'était pas la première fois que je voyais des martyrs. Ça m'a vraiment touchée parce que c'était vraiment le corps d'un jeune garçon qui s'appelle Mahmoud de Harbiya. Il avait 14 ans et il avait le corps vraiment déchiré, troué de partout. Donc, je me suis dit mais qu'est-ce qui a pu provoquer un tel acharnement sur son corps ? On voit encore une fois qu'Israël a des armes ultra sophistiquées pour assassiner du palestinien. Et donc, on me dit qu'il a été assassiné par drone. Donc, c'est un drone que les Israéliens jettent un peu au hasard. Et en fait, ça envoie simultanément des objets tranchants. Je ne sais pas comment on dit. Ça explose et en fait, il y a plein de lames. C'est comme si on vous jetait des lames de couteau. Et puis en fait, ça vous trouve tout le corps. Et à chaque fois, Mohamed Mansour me dit toujours, donc journaliste palestinien à Génine, il me dit tout le temps, ils font ça pour ne laisser aucune chance de survie. C'est vraiment calculé comme ça. Donc, on voit vraiment l'horreur, la stratégie meurtrière qu'il y a derrière tout ça et la barbarie. Donc, moi, je suis là, je regarde le corps, je suis tétanisée. Et en plus, on trouve ça un peu... Je ne sais pas, c'est un peu gênant aussi. Pas gênant, mais c'est difficile de devoir photographier un corps comme ça. Mais on n'a pas le choix parce qu'on est obligé de témoigner, de documenter cette horreur-là. Et je me souviens que la sœur, elle arrive, la sœur de Mahmoud Harbiya, elle arrive, elle est... le regard vide et elle le regarde comme ça et puis elle s'effondre et ensuite la maman qui arrive et les soeurs qui arrivent et tout le monde s'effondre oh Je n'oublierai jamais cette scène. Ça a été horrible. Et en fait, on n'ose même pas poser de questions. On n'ose rien dire. Tu ne peux même pas. Et en fait, tu laisses tomber ton appareil photo.
- Speaker #1
Et tu peux que leur faire des câlins. C'est horrible parce que, franchement, tu vois la détresse dans le regard d'une maman. Et le pire, c'est que ce soir-là,
- Speaker #0
je reçois une notification du Jérusalem Post qui affirme qu'Israël a tué des terroristes dans le camp de Jérusalem. Et là, en fait, avec vraiment les gens, t'es à la source. Et tu vois bien que c'est faux, c'est un mensonge. En plus, ces gens-là sont diffamés jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin. Et c'est là où tu te dis, mais c'est terrible. Et la France qui continue à chaque fois à condamner, à condamner. Et tu vois bien qu'en fait, c'est du cinéma, tout ça. Très clairement, les gouverneurs du monde actuel se fichent complètement des êtres humains, se filent des Palestiniens. Et c'est nous encore qui sommes au chevet et qui essayons, c'est même pas de remonter le moral, mais on essaie de consoler comme on peut une maman et on voyait son regard. Et le pire, c'est qu'elle lui disait réveille-toi, réveille-toi, ça c'est le pire. Ça, ça arrive très souvent, les familles qui demandent aux martyrs de se réveiller. Et à chaque fois, on a cette résilience, cette solidarité de la part des Palestiniens qui essaient de calmer les familles et qui s'en remettent à Dieu et qui disent « c'est un martyr, c'est un Ausha et tu dois te féliciter, tu dois être content, tu dois te réjouir de cette nouvelle parce qu'il est au paradis, il est au paradis. » Et des fois, quand on a des familles qui littéralement perdent pied, qui crient et qui n'en peuvent plus, en fait, on a ces Palestiniens, les proches qui leur disent « Nal shetan, nal shetan » , tu vois, ne te laisse pas prendre par ces émotions-là parce que c'est la décision de Dieu et c'est un martyr, en fait. Et c'est ça qui, de voir tout ça, en vrai, ça m'a, je ne sais pas, ça laisse des séquelles psychologiques, des blessures psychologiques.
- Speaker #1
Comment tu vas, toi ? Parce que là, tu racontes ça, je suis assise dans mon fauteuil et juste ça, je ressens la détresse sans les images, sans le son, sans la fatigue que tu as accumulée, sans la multitude d'images qui ont dû défiler. Comment on va après ça ?
- Speaker #0
C'est difficile. Je pense qu'aujourd'hui est venu le moment pour moi de me poser un petit peu avec moi-même et d'entamer vraiment des démarches de suivi avec un psychologue ou une psychologue. Je suis encore en recherche. Demain, j'ai rendez-vous avec une psy. Elle fait de l'EMDR, justement. J'espère que ça va matcher avec elle. J'ai essayé d'autres psys, malheureusement, ça n'a pas matché. Ce n'est pas évident de trouver la personne qui correspond vraiment à nos besoins, à nos attentes. J'espère trouver vraiment une personne qui puisse m'épauler tout au long de mes missions en Palestine. Mais c'est vrai que là, j'ai senti qu'en rentrant de mission en septembre dernier, j'ai senti que j'étais blessée psychologiquement et que je ne me sentais pas bien. Je sentais que ça avait vraiment un impact. sur mon moral et je vois tout en noir. Donc c'est vrai que... Les journalistes, en général, on ne va pas parler des blessures psychologiques et de nos traumatismes, peut-être parce qu'on a peur aussi que le public nous catégorise comme quelqu'un de faible, quelqu'un qui n'a pas les épaules pour affronter un métier comme ça. Mais moi, je pense qu'au contraire, c'est important de raconter au public que nous aussi, en fait, on est des êtres humains et que quoi qu'il arrive, l'horreur, la barbarie, les crimes, le sang, ce n'est pas quelque chose d'humain. Et ce n'est pas quelque chose auquel il faut qu'on s'habitue. Et quand je suis là-bas, bizarrement, en fait, mes psys, c'est un peu les journalistes palestiniens, parce que c'est eux qui m'ont formée. Et cette solidarité, cette belle solidarité, cette belle résilience des Palestiniens, en fait, on l'absorbe aussi. Donc, ça aide aussi un petit peu sur le moment. Mais quand on revient, on se retrouve un peu face à soi-même. On a des séquelles psychologiques.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu avais peur pendant tous tes séjours en Palestine ?
- Speaker #0
Oui, j'ai toujours peur d'être visée par un sniper israélien. Ça, c'est quelque chose qui reste quand même dans la tête, puisque beaucoup de Palestiniens et d'enfants aussi sont tués par des snipers israéliens. Donc, on se demande si un jour, nous aussi, ça peut nous arriver.
- Speaker #1
Et puis, ça arrive à n'importe quel moment. Tu ne le vois pas arriver.
- Speaker #0
Oui, surtout quand on entre dans une zone à risque, c'est-à-dire au moment où il y a l'armée israélienne. Alors moi, au début, j'entrais dans une zone où il n'y avait plus l'armée israélienne, donc une zone où il y a eu des dégâts, où il y a eu des martyrs, etc. Moi, je rentrais une fois que l'armée israélienne s'était retirée. Mais petit à petit, et à force d'être aussi auprès des journalistes palestiniens, j'ai commencé à entrer dans des zones où il y a l'armée israélienne, où ça tire à balles réelles, et donc c'est un risque qu'on prend. C'est un énorme risque et j'ai même, la dernière fois, je suis même entrée toute seule, c'est-à-dire même pas en groupe, parce que les journalistes palestiniens, ils nous disent qu'il faut toujours rester en groupe. Et une fois, je suis entrée dans le camp de réfugiés d'Azkar qui était sous incursion terroriste et je suis entrée seule et là, je pouvais être une cible en fait.
- Speaker #1
Tu étais une femme, c'est bête à dire.
- Speaker #0
Je suis une femme et ce jour-là, c'est en juin 2025, j'ai été visée par une soldate, donc une femme israélienne qui m'a vue et pourtant j'avais mon gilet. J'avais mon casque presse et mon gilet presse. Elle m'a vue et au loin, elle a sorti son arme et elle m'a regardée. Et en fait, je me suis dit, elle va me tirer dessus. Et elle m'a jeté du gaz lacrymogène. Je me dis, ça va, ça va. Mais en fait, ce n'est pas le gaz lacrymogène qu'on achète dans nos poches de manteau. Ce n'est pas du tout ça. C'est vraiment du gaz qui peut tuer même. Donc, j'ai commencé un petit peu à suffoquer. Et en fait, j'ai été prise en charge par le Croissant Rouge, donc des ambulanciers palestiniens qui m'ont pris en charge et qui m'ont aidée à respirer.
- Speaker #1
Radija, malheureusement, on doit écourter. J'avais plein d'autres questions. Tu finances tes activités. Souvent, j'ai vu qu'il y avait des cagnottes parce que tu es pigiste, parce que tu travailles avec des médias indépendants. Comment on peut t'aider ? Est-ce qu'il y a une cagnotte qui est toujours ouverte, à laquelle on peut contribuer continuellement ? Est-ce que ça dépend des missions ? Est-ce que tu peux nous dire comment on peut contribuer et t'aider dans tes activités ?
- Speaker #0
Oui, j'ai une cagnotte Paypal dont le lien est disponible en bio sur mon profil Instagram.
- Speaker #1
Je vais la rajouter en bio du podcast et sur la page Instagram aussi, comme ça tout le monde y a accès.
- Speaker #0
Je suis financée en partie par les donateurs qui m'ont beaucoup aidée lors de cette précédente mission, à savoir de juin. À septembre 2025, j'ai vraiment pu travailler en étant beaucoup plus sereine. J'étais plus dans le stress de me dire, est-ce que j'ai assez pour prendre un taxi ? Est-ce que j'ai assez pour me déplacer ? Est-ce que j'ai assez pour payer l'hôtel ? Est-ce que j'ai assez pour aussi donner un peu d'argent aux Palestiniens qui m'hébergent ? Donc vraiment merci infiniment aux donateurs qui ont été d'une extrême générosité et bienveillance. Donc, c'est comme ça que je me finance finalement. Et je suis également pigiste, donc je suis payée à la pige, c'est-à-dire que je suis payée à l'article que j'envoie aux rédactions ou alors à la vidéo que j'envoie aussi aux rédactions.
- Speaker #1
Déjà, quand tu regardes ton parcours, quel héritage tu aimerais laisser ton travail ?
- Speaker #0
Un héritage, je ne sais pas, de bienveillance, un héritage humain en tout cas. C'est vraiment ça qui me tient beaucoup à cœur, c'est de dire... que oui, je suis une femme racisée, je suis journaliste, c'est beaucoup plus compliqué pour moi d'évoluer dans cette sphère. Mais j'ai envie de laisser derrière moi des traces, des traces de pas et de dire à toutes les jeunes filles racisées qui rêveraient de faire un métier difficile d'accès, j'ai envie de leur dire, il faut toujours y croire, il faut s'accrocher et c'est possible, tout est possible. Et voilà. Quand on est aussi journaliste, rester dans l'humain, c'est hyper important. Bien évidemment, on peut avoir des avis, des a priori, des stéréotypes, etc. Mais je pense que ce qui va être important pour moi dans les années à venir, c'est de pouvoir rassembler un maximum d'êtres humains et faire comprendre qu'aujourd'hui, on a un ennemi commun, c'est le criminel. Le criminel, et ça peut être...
- Speaker #1
La désinformation, c'est une sorte de criminalité. Les médias qui ne donnent pas l'information juste.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Donc le criminel, c'est tout ce qu'on sait aujourd'hui. Donc c'est des médias qui ne donnent pas l'information, qui ne font pas le travail. C'est des États occupants, des États meurtriers, des États complices de génocide. C'est tout ça, en fait. Et toutes ces personnes qui essaient de monter les uns contre les autres. J'espère que dans les années à venir, et j'espère que là, dès demain, en fait... qu'on puisse être un maximum d'êtres humains ensemble, main dans la main, à dénoncer les injustices, à dénoncer les crimes, à dénoncer ce monde qui ne tourne pas rond. Et c'est un monde dans lequel on évolue. Et aujourd'hui, il faut vraiment être en alerte et dénoncer vraiment les injustices, les crimes.
- Speaker #1
Radija, tu as déjà beaucoup accompli. Et en même temps, j'ai l'impression que ton parcours n'est pas guidé par la carrière et la reconnaissance. Pour toi, qu'est-ce que c'est que réussir sa vie ?
- Speaker #0
Réussir sa vie, c'est être en phase avec ses valeurs, c'est se lever tous les matins en disant je pense que je peux être utile en faisant ci et ça. Je peux être utile en aidant les autres et même si je n'ai pas de rémunération mensuelle, même si je n'ai pas de salaire régulier, en fait, je suis quand même heureuse parce que je suis en phase avec mes valeurs. Je défends des causes justes et je pense être aussi contre ce qui se passe. Je pense être vraiment... contre les injustices, les crimes, etc. Donc, je pense que c'est ça. Finalement, ça dépend. On peut avoir plusieurs définitions du mot réussir. Mais réussir, c'est être en phase avec soi-même. Et moi, je suis en phase aujourd'hui à 100% avec moi-même, même si, évidemment, je n'ai pas de salaire régulier. Je ne suis pas contactée par des grands médias mainstream. Mais je suis contente. Je me sens, en tout cas, je pense être utile un petit peu.
- Speaker #1
Plus qu'utile.
- Speaker #0
Voilà. Le plus important, c'est de se sentir utile et d'être dans le collectif.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais à la petite Khadija si tu pouvais te parler enfant ?
- Speaker #0
Même si tu dors en ce moment avec les cafards, et même si c'est difficile pour toi là maintenant tout de suite, tu ne sais pas de quoi demain est fait. Et je peux t'assurer que, je ne sais pas trop quoi dire, mais même si tu dors en ce moment même avec les cafards, demain est un jour meilleur. Je ne sais pas trop. C'est hyper... Non, mais c'est une introspection, ouais. Ouais, continue d'y croire. Et sois fière aussi de tout ça. Sois fière de tout ça, parce que je trouve que c'est encore plus beau, je pense, de dormir avec les cafards, et aujourd'hui, de pouvoir porter une voix. Porter peut-être la voix des opprimés, et qu'elle puisse se faire entendre à l'échelle mondiale. Je trouve que c'est beau.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une femme de culture arabe ou amazigh que tu me recommanderais d'inviter sur le podcast, ou dont tu aimerais écouter le parcours ?
- Speaker #0
Oui. Oui, tout à fait. J'aimerais beaucoup écouter le parcours de Mona Hamoud, qui est journaliste et réalisatrice aussi d'origine marocaine et libanaise, qui a réalisé un super documentaire qui s'appelle La Force du Coquelicot. Elle a réalisé toute seule ce documentaire avec sa force et je pense que les internautes, le public pourraient être intéressés par son parcours. Et voilà, son profil, son identité mérite aussi d'être racontée.
- Speaker #1
Merci infiniment, Radija. C'était un énorme plaisir.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci à toi, Voschra. Merci.