- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Heya, je suis Boshra Fourti. Ici, on écoute autrement. On tend l'oreille à celles qu'on entend trop peu, les femmes arabes et amazighes. Des récits vrais, puissants, incarnés. À celles et ceux qui doutent, avancent, ou cherchent à se reconnaître ailleurs que dans les récits qu'on leur impose. À celles et ceux qui veulent écouter avec ouverture et curiosité. Réa, c'est un espace de sororité, de transmission et de reconnaissance.
- Speaker #1
Un endroit où chaque voix compte. Parce que nos histoires sont une richesse. Et qu'avant d'y croire, il faut les entendre.
- Speaker #0
Bonjour Manel, bienvenue sur Réa.
- Speaker #2
Bonjour, Bouchra, ça va ?
- Speaker #0
Ça va très bien, je suis ravie de te recevoir aujourd'hui sur le podcast. Tu es la première professeure, si je ne dis pas de bêtises, tu es la première prof. que je reçois sur le podcast. C'est la rentrée scolaire, il y a mes livres qui sortent, tout est un peu aligné, donc je suis ravie de t'avoir aujourd'hui.
- Speaker #2
Moi, je te remercie de cette invitation et puis j'espère que ce que je vais pouvoir dire sur l'éducation pourra inspirer peut-être d'autres professeurs, parce que je sais que je ne suis pas la seule professeure nord-africaine dans l'éducation nationale en France.
- Speaker #0
Manel, tu es née en France, dans une famille tunisienne. Quels souvenirs te restent de cette enfance ?
- Speaker #2
De nombreux souvenirs. Je suis née en France, je suis née même plus précisément à Paris et j'ai grandi plus précisément à Paris. Ce qui fait que je pense que j'ai une forme d'enfance non blanche, en même temps très commune avec plein d'autres personnes. Mais je n'ai pas grandi notamment en cité ou dans des quartiers de banlieue. J'étais plutôt une fille des quartiers populaires de Paris. À un moment, il existait encore des quartiers populaires à Paris. Il en existe toujours, mais on va dire que quand même en 30 ans. 40 ans, ils ont considérablement disparu. Mais ce n'est pas du tout de mon enfance parisienne. Je me souviens qu'on avait nos lieux à nous, séparés, un peu différents de mes camarades de classe dans l'11e arrondissement. On avait notre endroit à Paris qui existait encore. Et ça, c'est ce que je me souviens. Que dire de plus de cette enfance ? Moi, je viens d'une famille de classe populaire, immigrée. Mon père est arrivé en France ce... de nombreuses années avant ma naissance, puisqu'il est arrivé au début des années 70, l'arrivée célibataire, non mariée, etc. Et je crois que ce qui a beaucoup unu dans notre famille, il y a vraiment un amour très fort de Paris en tant que ville et en même temps une transmission d'une culture arabe, que ce soit d'une culture musicale. On a vraiment grandi dans un univers musical avec Radio-Orient tout le week-end, on écoutait tous les grands chanteurs. Ma mère, elle était fan de Farid Atrish, non, de Abdelhalim, pardon, si je dis ça, ça va être compliqué, de Abdelhalim. C'était vraiment une grande... Et de Kadem el-Seher, le chanteur irakien, j'écoutais ça toute la journée. J'avais une famille qui était aussi avec une transmission politique, même si d'ailleurs cette transmission est des choses sur lesquelles je suis décalée aujourd'hui, où je me suis un peu détachée, mais quand même dans une famille qui était surtout du côté de la famille de ma mère, pas d'arabe. Donc, on parlait beaucoup de Saddam Hussein, de la guerre en Irak. Moi, j'avais 5 ans, c'était la guerre en Irak, 5-6 ans. Donc, je pense que c'est un moment qui est assez structurant dans mon enfance, même si je pense que j'ai des bribes et que tout est un peu flou, mais que ces conversations existaient chez moi. Et puis, je me souviens aussi que dans mon enfance, j'étais très amie avec plein de personnes nord-africaines et non nord-africaines, mais qui étaient aussi ce que moi j'appelle des personnes racisées, non-blanches, que j'avais des fortes amitiés avec des personnes noires. avec des personnes juives, puisque j'ai grandi dans le 11e, donc c'est quand même un quartier qui était traditionnellement à la fois tunisien-musulman, mais aussi tunisien-juif. Et du coup, dans mon collège, dans mon école, il y avait aussi beaucoup de personnes juives avec qui j'avais des fortes relations amicales. Et tout ça, ça se combinait. Je ne dirais pas que ça se combinait bien, parce que je pense que sans le savoir, je voyais des choses, mais qu'au final, quand même, j'en garde de beaux souvenirs.
- Speaker #0
À quoi rêvait cette petite Manel ? Est-ce que tu t'imaginais adulte ? Est-ce qu'il y avait un métier déjà qui te faisait de l'œil et tu te disais, quand je serai grande, je voudrais faire ci ou ça ?
- Speaker #2
Quand j'étais petite, je voulais être archéologue.
- Speaker #0
Wow ! Voilà. Pour aller chercher...
- Speaker #2
Des trésors.
- Speaker #0
Oui, des trésors.
- Speaker #2
Et l'histoire. Et ça, c'était quand j'étais enfant. En fait, au tout début, quand j'étais enfant, je voulais être caissière à 5 ans, parce que je pensais que la caissière, elle prenait l'argent de la caisse. Mais c'est intéressant en termes de... Je pensais que...
- Speaker #0
Un modèle économique investi.
- Speaker #2
Et puis, c'est là qu'on m'a expliqué, notamment ma mère, que la caissière, elle ne gardait pas l'argent. Et après, je voulais être danseuse. Mais ça, c'était vraiment quand j'étais dans ma prime enfance. Après, quand j'ai commencé à penser vraiment à me projeter dans un métier, sérieusement, si toi, c'était archéologue. Ça, ça a duré longtemps dans l'enfance et au début de l'adolescence. Et après, ça a switché avec le journalisme. Et moi, je voulais faire journaliste de guerre. Et ça, c'est un truc qui restait... J'ai même fait des choix d'orientation, d'études qui étaient un peu orientés vers l'idée que peut-être je serais reporter de guerre, ce qui n'a pas été le cas. Et aujourd'hui, j'en suis assez satisfaite en vrai. Mais finalement, je suis engagée dans d'autres choses et tout. Mais bon, c'était un peu ça mes rêves, enfant.
- Speaker #0
C'est intéressant de voir que tu es... prof d'histoire géo et activiste et femme engagée, ce qui combine un peu ces deux métiers, en quelque sorte, ou ça se rapproche en tout cas, ces deux métiers.
- Speaker #2
C'est vrai qu'au final, c'était compliqué et c'était un chemin différent, mais je pense que je suis restée fidèle à la manelle enfant dans le choix de mes métiers.
- Speaker #0
Oui, il y a vraiment une ligne un peu directrice. On parlait de ton métier de prof d'histoire, tu parlais un peu de la culture arabe. entre la musique, entre les événements, la famille Tamer qui était engagée. À quel moment tu as connu l'histoire du monde arabe ? Est-ce que c'est quelque chose avec laquelle tu as grandi ou est-ce que c'est quelque chose que tu as découvert plus tard en faisant tes études à toi ?
- Speaker #2
Je pense que c'est un peu une combinaison des deux. Je pense qu'il y a des choses que j'ai apprises dans l'enfance ou dans la jeune adolescence, notamment le soutien à la Palestine. Je pense que c'est quelque chose dont j'ai hérité dans l'enfance. Sans forcément comprendre tous les ressorts politiques. Ça, c'est aussi des choses sur la question de la guerre en Irak, etc. En fait, de tous les événements contemporains, je pense que c'est des conversations qui existaient et que j'essayais de comprendre ce qui se jouait. Après, véritablement, de comprendre l'histoire coloniale, ses mécanismes, son processus, ses permanences aussi, jusqu'à aujourd'hui, ça c'est quelque chose qui arrive, on va dire progressivement, à la fin du lycée et ensuite à la faculté.
- Speaker #0
Je le disais tout à l'heure et je le présentais dans ton introduction, tu es professeure d'histoire géo, tu es activiste, tu es femme engagée, tu es aussi autrice. Et je me demandais, en remontant un peu au début, comme on est un peu dans les débuts de Manel, est-ce que tu t'es d'abord sentie prof ou plus militante ? Et est-ce qu'il y a eu un événement, tu parlais de Saddam Hussein, est-ce qu'il y a eu vraiment un événement marquant qui a un peu été le déclencheur de cette volonté de s'engager et de cette volonté de militer ?
- Speaker #2
Ouais, je pense, en fait, c'est très structurant. C'est mon année de seconde, quand j'étais en seconde, donc en 2001-2002. Du coup, j'ai connu deux événements qui sont assez marquants, qui sont du coup le 11 septembre 2001. Donc c'était vraiment au début de mon année de seconde. Et du coup, on fait une minute de silence, enfin trois minutes de silence d'ailleurs, je me souviens. J'ai des camarades qui refusent de la faire vraiment. Moi, je le fais, mais en même temps, je ne sais pas, il y a un truc qui me fait réfléchir pourquoi ils ne veulent pas faire. Et d'ailleurs, je me souviens qu'on est un groupe... du coup de nord-africains, beaucoup dans cette classe de lycée, dans un lycée plus bourgeois et que du coup on protège un peu on essaie un petit peu de faire en sorte qu'il ne se fasse pas griller cet élève qui marmonne un petit peu et dans ce sentiment un peu de, en fait on va quand même le protéger on ne sait pas si on est d'accord avec lui mais on ne veut pas qu'il ait des problèmes et après en fin d'année en avril 2002 c'est Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, du coup mon prof moi j'avais un prof de d'histoire, justement. Alors, je ne suis pas inscrite totalement dans son modèle, mais en même temps, je pense qu'il m'a beaucoup inspirée dans la manière dont je pratique, qui était un prof communiste, donc vraiment engagé au Parti communiste français. Et du coup, le lendemain, on a cours avec lui, le lundi, il fait « Moi, je ne veux pas faire sur le lendemain de faire cours. Je ne peux pas faire cours aujourd'hui. Il faut que je vous explique. » Et en fait, il commence à nous dérouler tout le programme du FN, de nous dire que c'est hyper important de s'engager. Donc, du coup, il nous lit tous les trucs super racistes. Et après, il dit, oui, regardez, ils disent qu'ils veulent interdire le rap et la techno. Mais vous, vous écoutez du rap, vous ne pouvez pas vous interdire. Et après, du coup, à la fin de l'heure, on va le voir à plusieurs élèves. Et du coup, il nous dit, mais oui, il y a une manifestation cet après-midi. Enfin, je ne sais plus que c'était quel jour, cette grande manifestation. Et on dit, mais comment on y va ? Il dit, mais oui, on y va, allez-y. Si vous voulez, je vous accompagne. On va ensemble en métro. Et en fait, il a amené tout. Je ne sais pas si je suis allée avec lui, finalement, ou si on y allait en bande ensemble. C'est un peu flou, mais en fait, ce truc-là, moi, de la manifestation, Quelque chose que je connais parce que j'ai grandi à côté du quartier de République. Donc moi, j'ai vu toute mon enfance. Vraiment, j'ai vu des manifs. J'ai des grands souvenirs de la grève de 95. Ça, vraiment, qui m'a aussi beaucoup marquée. Même, j'ai perdu ma mère dans la foule. Enfin, vraiment, parce que c'était... Et je me rappelle encore des métros fermés, de la foule. C'est vraiment un grand souvenir de 95. Du coup, je vois les manifestations. Moi, ça me plaît quand je suis enfant. Il y a un truc, mais j'y participe pas. Et du coup, il y a ce moment où on me dit, en fait... On va y aller et je vais avec des amis de ma classe. à cette manifestation. Et je pense que c'est un peu le début. Et l'année suivante, c'était la guerre en Irak. Donc, on a fait la même chose. C'était 2003. Du coup, on a séché les cours au lycée. On a bloqué. On est partis faire la manifestation. Et voilà, ça a commencé comme ça.
- Speaker #0
Prove d'histoire géo, ça a été un peu le découlement de ça. À quel moment la volonté d'enseigner l'histoire géo est arrivée dans ce parcours ?
- Speaker #2
Plus tardivement, j'ai fait des études d'histoire et de sciences politiques à Paris 1, dans la perspective de devenir journaliste. Vraiment, moi, j'ai travaillé beaucoup à... Voilà, mon idée, c'était d'être journaliste. Et j'ai passé les concours des écoles. J'ai même été sur une liste d'attente. J'ai fait des stages. J'ai travaillé dans des médias étudiants. J'ai fait de la radio étudiante. Et je pense qu'à un moment, déjà, j'avais fait une prépa de concours. En fait, je pense que, sans le comprendre à ce moment-là, je pense que mon profil très militant, il m'a bloquée pour arriver, pour être admise. Et notamment, un oral que j'avais passé, Moi, j'avais expliqué notamment dans mon parcours, parce qu'on vous demande beaucoup ce que vous avez fait, ce qu'on était, etc. Moi, j'explique et moi, en master, j'avais travaillé de sciences politiques, de sociologie politique. J'avais fait un mémoire autour de la question de la mobilisation pour la Palestine, déjà à l'époque, des jeunes européens, d'une association qui s'appelait Génération Palestine. Et j'avais travaillé sur comment on s'engage pour la Palestine, comment on arrive à s'engager pour la Palestine. C'était un peu mon travail en sociologie des mobilisations. Et je pense qu'en fait, c'est ça qui a fait que ça ne passait pas. Je le dis maintenant, 15 ans plus tard, sans regret, parce que je pense que je n'étais pas faite pour être dans les rédactions. Puis je pense qu'en fait, vu l'état des médias aujourd'hui, je pense que vraiment, ce n'était pas du tout mon endroit.
- Speaker #0
Mais tu l'as senti à ton oral, en fait ? Oui, je l'ai senti.
- Speaker #2
Parce qu'on me demandait un petit peu mon pendu sur la Palestine. Alors moi, j'ai essayé d'être un petit peu, on va dire, équilibrée, mais quand même, j'étais déjà très positionnée sur la question. étant donné que j'étais déjà rendue, moi, quand je passe les concours, j'étais déjà allée au moins une fois en Palestine, et dans le cadre de mon travail de recherche. Oui, je pense qu'il y avait quelque chose de cet endroit-là. Pourtant, quand j'avais 24-25 ans, je n'étais pas du tout à l'endroit où je suis aujourd'hui sur les questions que je mène, mais je pense qu'il y avait déjà cette résistance. Et l'autre chose, c'est qu'en fait, je commençais à comprendre aussi que c'était un système, où en fait, il fallait un peu galérer pour obtenir un emploi, qu'il y avait beaucoup de piges, que c'était très précaire, que c'est que des stages. Moi, je rencontrais un peu des... des personnes comme moi qui voulaient être journalistes, qui faisaient des stages, etc. Et je pense qu'il y a eu, moi qui viens d'un endroit vraiment de pauvreté, en vrai, il faut le dire comme c'est, je pense qu'il y a un endroit où moi, ça m'a stoppée de me dire, ah, en fait, de ne pas savoir combien je gagne à la fin du mois. Est-ce que c'est vraiment un métier qui va me sécuriser ? Moi qui avais des désirs de stabilité, des désirs aussi de construire des choses, de m'installer ailleurs, de construire des choses, je me disais, est-ce que ça va me bloquer ? Je pense que c'est la combinaison des deux. qui, en fait, me poussent au dernier moment à bouger, notamment sous l'impulsion de copines à moi avec qui j'ai fait mes études d'histoire, des meufs aussi nord-africaines, et qui me disent « Mais Manel, pourquoi tu ne passes pas le concours ? En plus, si tu passes le concours, tu vas l'avoir direct. » Et à un moment, je me retrouve un peu coincée dans mes études et je m'inscris au CAPES juste pour avoir une inscription universitaire et pour pouvoir avoir des conventions de stage et des choses comme ça. Mais je passe quand même le concours parce que je suis boursière et en fait, je me rends compte que je n'ai pas été admise. C'est fait, t'es là. parce que bon, je n'ai pas préparé, mais je me rends compte que oui, en vrai, je peux avoir très facilement le concours, clairement. En tout cas, j'avais les méthodes, les capacités, largement. Et l'année suivante, je prends un peu la décision. Ouais, en fait, j'abandonne. Après, encore une autre déception, une autre déception, on va dire. Je me dis non, en fait, peut-être que l'endroit où je dois être, c'est d'enseigner. Mais c'est vraiment arrivé tard. Et puis, l'autre chose aussi, c'est que souvent, on n'a pas envie d'être... être prof parce qu'on se dit qu'on ne va pas faire le métier de quelqu'un qu'on voit tous les jours. Ce n'est pas quelque chose sur lequel on projette vraiment. De toute façon, on projette beaucoup. Moi, je vais être la maîtresse pour aider les élèves, mais moi, ce n'était pas du tout mon... Finalement, je ne me suis jamais projetée à être prof parce que ça ne paraît pas attractif, parce que c'est quelque chose qu'on connaît beaucoup, qu'on a l'impression de connaître. Mais en fait, après, mes deux dernières années, avant d'être devenue prof, je deviens assistante d'éducation dans un lycée professionnel à Paris. J'adore échanger avec les ados. Vraiment, en fait, je trouve ça beaucoup... beaucoup plus facile que de relationner. Ouais, alors, je dis pas qu'il y a des choses qui sont pas faciles avec des jeunes. Moi, j'en vois tous les jours depuis 15 ans, mais je trouve que nos relations, elles sont plus honnêtes, elles sont plus simples qu'avec des adultes, qu'on peut plus facilement dire la vérité, de dire qu'on n'est pas content. Eux, ils ont le droit aussi. Et puis, sinon, on accepte qu'ils nous disent qu'ils sont pas contents, après, on peut s'expliquer et qu'il n'y a pas de ressentiment. En fait, que les relations... Voilà. Et moi, je suis assez surprise que, finalement, j'arrive... mieux à gérer ses relations, que je les trouve plus authentiques. Il y a quelque chose que je trouve que les relations avec des ados sont plus authentiques qu'avec des adultes. Et moi, ça me fait réfléchir aussi sur comment j'envisage ma vie. Est-ce que j'ai vraiment envie de travailler en open space ? Non, mais je fais des caricatures, mais est-ce que c'est vraiment... Non,
- Speaker #0
mais c'est un peu vrai, oui.
- Speaker #2
Toutes ces choses-là qui me poussent à être prof.
- Speaker #0
Tu as « réinventé » ton métier aussi. Tu te présentes comme professeure d'histoire géo décoloniale, si je ne dis pas de bêtises. Qu'est-ce que penser décoloniale signifie concrètement dans la pratique d'enseignante ? Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui se posent cette question-là.
- Speaker #2
Quand on est prof d'histoire non blanche nord-africaine en France, ce n'est quand même pas si confortable que ça. En vrai, quand on a une conscience anticoloniale, qu'on est militante, même quand on n'est pas militant en vrai, je pense qu'en vrai, c'est une question qui traverse beaucoup des personnes. Parce que c'est vrai qu'on enseigne une histoire, alors que nous, de par nos histoires familiales ou de par nos engagements... ou de pères, nos engagements militants, ou même l'engagement de notre famille traditionnelle, en fait, il y a des endroits où ça ne fonctionne pas du tout, on n'est pas d'accord. Vraiment, il y a des points de friction. Et notamment, ça concerne l'histoire coloniale, mais ça concerne aussi d'autres endroits qu'on ne voit pas, qui ne paraissent pas aussi évidents, mais je ne sais pas, je pourrais donner des exemples après, mais il n'y a pas que l'histoire coloniale ou de l'esclavage qui pose problème, en vrai, et ça remonte plus loin. Et donc, du coup, une professeure décoloniale, c'est une personne qui ne va pas silencier à la fois son malaise par rapport à ce qu'elle enseigne, parce que c'était aussi mon propre malaise, mais aussi le malaise des élèves qui réceptionnent ce discours et qui ne sont pas d'accord. Clairement, je pense que moi, ce qui m'a poussée à aller vers cette pratique progressivement, ce n'est même pas moi, parce que moi, j'étais une adulte qui essayait de me conformer quand même. Enfin, je n'avais pas envie d'avoir... Je pense qu'on est tous traversés par des contradictions et que même si je n'étais pas d'accord, j'essayais de faire au mieux, de naviguer là-dedans. Moi, mes premières années, j'ai eu des classes qui refusaient ce discours. On a eu des classes, moi je travaillais à Aulnay-sous-Bois à cette époque-là, puis après j'ai travaillé longtemps à Aubervilliers, maintenant je suis revenue à Aulnay-sous-Bois. Du coup, des classes qui sont composées majoritairement, voire à Aubervilliers, c'était quasi exclusivement de Nord-Africains, d'Arabes et d'Asiatiques. Vraiment, je devais avoir une personne blanche dans la classe de temps en temps. Quand je dis blanche, c'était un Portugais, c'est une immigration portugaise, ou l'immigration, par exemple, des Balkans. Par ailleurs, c'est aussi une blanchité qui n'est pas une blanchité occidentale. Et en fait, ces élèves-là, quand ils avaient ce discours-là, ce cours-là, peut-être parce que c'était moi la prof, je pense aussi que le fait que je m'appelle Manel Benbaker autorisait des choses auprès des élèves, ils me disaient « on n'est pas d'accord » . Et par exemple, j'ai eu plusieurs moments qui sont hyper structurants, parce que c'est des paroles d'élèves qui me sont restées et que je garde en moi, je pense aussi, pour ne pas oublier pourquoi je fais ce métier. Et du coup, il y avait un élève, en cinquième, je fais un cours, c'est le cours sur les inégalités dans la santé, c'est un cours classique de développement. Et il y avait une espèce d'image un peu horrible, coloniale, où il y avait une pharmacie française. Et après, il y avait une pharmacie en Afrique, sur la tête d'une femme, une pharmacie ambulante de médicaments périmés, qui était prise au Sénégal. Et j'ai des élèves noirs qui me disent « Mais madame, c'est trop raciste. Et nous, on a des pharmacies en Afrique. Pourquoi ils montent ça ? C'est pas vrai. » Vraiment, ça les a heurtés. C'est des images violentes. En vrai, moi, je me suis retrouvée piégée dans cette image qui était dans le manuel, que je n'ai pas choisie, avec laquelle je ne suis pas d'accord, par ailleurs.
- Speaker #0
Et que tu dois presque justifier, d'une certaine manière.
- Speaker #2
Et en fait, c'est le jour où j'ai dit, tu as raison. C'est vrai que c'est un problème. Je n'ai pas fait attention. Moi, je n'ai pas fait attention parce qu'en fait, on ne fait pas attention à tout. Et puis, on prend les outils qu'on a. Et par exemple, une autre fois, je fais un cours d'éducation morale et civique dans le cadre du programme du brevet. Du coup, il y a un cours qui s'appelle « Les valeurs de la République » . Valeurs et principes de la République et on travaille sur la devise liberté, égalité, fraternité et de toute façon je suis utilisée pour me dire attention il n'y a pas d'égalité et ça c'est la première phrase c'est que c'est pas la liberté il n'y a pas d'égalité attention il n'y a pas d'égalité c'est du mytho et à ce moment-là il y a soit je rentre dans non mais c'est le programme il faut l'apprendre ici ça existe l'égalité etc. ou au contraire je prends en sérieux cette remarque auquel j'adhère aussi oui je ne crois pas qu'il y a d'égalité de fait en France et du coup à partir de là de leur expliquer c'est pas parce qu'il y a de l'égalité de droit Merci. qu'il y a une égalité de fait. Et de ce cas-là, oui, effectivement, il n'y a pas d'égalité. En tout cas, l'égalité, elle n'est pas véritable. Et il y a plein d'études qui le montrent. C'est vraiment ces élèves-là qui m'ont poussé à me dire que je suis obligée de prendre au sérieux leurs contestations. Je ne peux pas les évacuer. Ou sinon, je ne suis pas une prof critique. Et donc, à partir de là, progressivement, j'ai commencé à réfléchir. J'ai commencé à regarder d'un autre œil les cours. Parce que bon, les cours, on les... qu'on soit nous-mêmes, mais en même temps, on s'aide beaucoup d'outils, de manuels, de cours qui sont faits en ligne. Enfin, voilà, on a plein d'outils. Et j'ai commencé à tout questionner, à me dire, mais en fait... Et à partir du moment où j'ai commencé à vraiment me poser des questions sur comment je devais enseigner de l'histoire, qui prenait en compte le point de vue des dominés, en histoire, on appelle aussi des subalternes, à partir de là... J'ai trouvé un puits sans fond. Parce que jusqu'à aujourd'hui, je me rends compte... Là, j'étais sur un cours de terminale sur la crise de 29. Et j'ai des élèves noirs qui me disent... Parce que du coup, je dis dans le cours, oui, alors ça s'appelle le jeudi noir, le crash boursier. Et j'ai des élèves, ils m'ont dit, non mais madame, pourquoi on dit jeudi noir ? Pourquoi toujours c'est le noir négatif ? Pourquoi on ne dit pas autre chose, le jeudi horrible ? Je dis, en fait, vous avez raison. Si vous voulez, dans votre copie, vous écrivez le jeudi horrible. En fait, c'est de valider ces questionnements. Moi, je crois toujours que... Mon boulot, c'est quand même, à travers ma discipline, c'est de travailler à l'émancipation de tous. Je ne pense pas que je crée des travailleurs et des travailleuses. Après, il y a des gens qui pensent qu'il faudrait que l'école soit un lieu pour créer des futurs travailleurs et des futures travailleuses. Moi, je ne pense pas que c'est mon travail en tant que prof d'histoire. Mon travail, c'est d'essayer de faire réfléchir à partir de ma discipline sur le monde dans lequel on vit et d'amener à une forme d'émancipation et de réflexivité sur le monde.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant, mais je me mettais un peu à ta place. Ça n'a pas dû être évident au début, parce que même si tes opinions politiques, même si tu vois cet angle de l'histoire qui est racontée d'un point de vue blanc quand même dans les manuels, devoir s'adapter à un auditoire qui est critique, c'est hyper challengeant intellectuellement et hyper intéressant parce que c'est aussi ça, je pense, c'est ce que tu disais, le rôle d'un prof, c'est d'apprendre à réfléchir, à avoir cet esprit critique. de ne pas prendre l'info telle qu'elle parce qu'on te dit que c'est de l'info, et bien c'est forcément juste. Mais ça a dû être quand même un challenge et réinventer en quelque sorte un métier où, comme tu disais, les ressources sont là, ça pourrait être facile et juste dérouler son cours. Là, tu dois faire un travail supplémentaire de désaxer ou en tout cas de le voir de l'angle de ton auditoire.
- Speaker #2
Tout à fait. C'est inconfortable parce que ça veut dire que moi, je dois prendre la critique et que parfois aussi, c'est moi qui me trompe parce que... En fait, ce que j'explique toujours à mes élèves, et du coup, ça m'arrive aussi, c'est de dire que ça nous traverse tellement ce racisme systémique, qu'en fait, c'est tellement inconscient, tellement banalisé, que des fois, on ne s'en rend pas compte, on utilise des mots qu'il ne faut pas, on utilise des expressions qui ne vont pas du tout. Et du coup, ça veut dire que j'ai accepté aussi que je n'étais pas la seule à construire le cours, et que j'ai accepté que mes élèves portent des critiques sur ce cours, que ça ne devait pas me blesser, et au contraire, ça devait me... m'aider à me transformer, m'aider à améliorer mes pratiques. Non, c'était pas facile du point de vue des élèves, mais c'est encore moins facile du point de vue de la communauté scolaire en général aussi. C'était ma question,
- Speaker #0
comment c'est reçu dans l'éducation nationale, etc. Enfin, je sais pas, les inspecteurs, je vais peut-être loin.
- Speaker #2
Alors, les inspecteurs, ils gênent pas assez dans nos classes pour le dire, même si moi, je suis un peu rare, parce que j'en ai vu beaucoup. Oui, c'est difficile, c'est extrêmement solitaire. Dans mon lycée actuellement, bon, les... mes collègues d'histoire ou même pas que d'histoire savent très bien parce que du coup, j'ai des paroles publiques sur ces questions aujourd'hui, même si je ne suis pas non plus une star, mais des gens j'ai déjà été sollicité dans des cadres pédagogiques, dans des cadres syndicaux, même dans de la presse un peu plus mainstream sur ces questions-là. Et j'ai écrit des... On a écrit un bouquin collectif, il y a des choses, mais il n'y a personne qui vient me voir vraiment pour discuter de ça. Je vous jure, moi je suis la seule prof. Et mes collègues d'histoire Oh ! Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer. Enfin, si je pense qu'il y a plein de choses qui se jouent. Mais vraiment, on sait très bien ce que je fais. On n'est pas forcément en opposition frontale aujourd'hui avec moi, ce qui était plus le cas il y a une dizaine d'années quand on était seuls dans le désert à dire qu'il existait, par exemple, un racisme systémique dans l'école. Mais on en parlera peut-être après sur l'éducation nationale dans son ensemble, la question de l'islamophobie à l'école. Il y a personne qui vient me voir me dire « Comment toi tu fais ton chapitre sur l'esclavage ? Est-ce que toi tu penses à ces questions ? » qu'est-ce que tu abordes comme figure, etc. Je suis très seule. J'ai des alliances avec des collègues non-blancs qui ne sont pas forcément de ma discipline, notamment ma collègue d'SES avec qui on travaille beaucoup. Par ailleurs, on s'est aussi connus avant dans le cadre de ces réseaux militants. Mais sinon, oui, c'est un travail assez solitaire. Et je pense que ça montre à quel point cette question est malaisante. Vraiment, la question de la race à l'école dans son ensemble, et notamment, par exemple, dans ce qu'on appelle en pédagogie les curriculum scolaires, c'est-à-dire dans les programmes scolaires. Et dans la pédagogie, dans la didactique, c'est une question qui, au pire, vous ramène de l'hostilité. Donc vraiment, et ça c'est quelque chose que j'ai déjà connu, mais on va dire qu'il y a un peu plus au début de ce parcours-là, on va dire post-Charlie Hebdo et post-attentat de 2015, où là, on a eu beaucoup d'hostilité. Aujourd'hui, on est dans un temps, en tout cas dans les établissements dans lesquels je travaille, J'ai moins d'hostilité frontale, mais j'ai quand même un malaise, un désintérêt, un déni, une distance avec ces questions. Alors qu'en réalité, je pense qu'ils ont les mêmes élèves que moi. Et en fait, ça veut dire que soit ils ont ces questions-là qui arrivent en classe et ils n'y répondent pas, ils les ignorent. Ça, c'est le mieux.
- Speaker #0
Soit, en fait, les élèves ne disent même pas ces questions-là à ces profs-là. Parce que moi, j'ai pas les... C'est fou et en même temps, ça me surprend pas, étant donné que pour moi, la question de la race en France, c'est une question tellement taboue et tellement conflictuelle, même au sein de ce qu'on pourrait appeler des milieux intellectuels de gauche, des milieux progressistes, au sens large. Et les profs en font partie en général, on va dire, sont plutôt du côté des progressistes. Mais même là, ça n'empêche pas d'avoir des rapports compliqués avec la question raciale et la question coloniale. Parce que la question raciale, souvent quand on dit les gens racent, les gens disent « non, il n'y a pas de race » . Moi, j'aime bien dire que c'est là où je ne suis pas seulement antiraciste, je suis décoloniale parce que la question raciale, elle s'est construite avec la colonisation et la question de l'esclavage il y a 500 ans et qui s'est renforcée au XIXe siècle. C'est parce qu'il y a eu ces phénomènes de la politique et ces processus politiques. qu'il y a eu une racialisation.
- Speaker #1
Mais c'est triste parce que tu as fait un travail quand même qui est important, rien que d'avoir la curiosité de voir ce que tu as fait, de demander, de se dire, est-ce que je ne peux pas raconter ou adapter cette histoire qui est racontée, qu'on le veuille ou non. C'est une histoire qui est racontée d'un point de vue blanc. De se dire, mon auditoire et ces élèves-là, ils sont non blancs et peut-être que je peux nuancer, peut-être que je peux leur donner d'autres exemples. Et au moins avoir de la curiosité par rapport à ton travail. En tant que prof, c'est un peu décevant de se dire qu'il n'y a même pas cette curiosité. Après, de là à tout prendre et tout adapter à ta manière, je ne dis pas. Mais au moins avoir cette curiosité et ce débat d'idées, de se dire c'est intéressant que tu l'aies abordé de cet angle-là, je vais reprendre ça. Par contre là, je suis moins d'accord. Et de créer cette discussion. Et je pense que c'est dommage.
- Speaker #0
Moi aussi, je pense que c'est dommage. Après, je ne pense pas que ça n'a pas des effets, en vrai, ce que je fais. Je pense que c'est aussi une question... C'est une question de rapports sociaux, que moi je suis la seule prof, je suis une femme. Dans mon équipe, par exemple, il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes, parce qu'au lycée c'est souvent assez structurant aussi, et puis moi je suis la seule non-blanche et tout, mais je ne pense pas que ça n'a pas eu des effets au final. C'est-à-dire que quand même j'ai monté un voyage à Dakar, qui a été soutenu par une partie des équipes, que tout le monde savait qu'on faisait ce voyage-là. Donc je pense qu'il y a des brèches. Moi je suis un peu belle-hooks, je me dis qu'il faut toujours trouver un endroit d'espoir. Donc, je pense qu'il y a des choses qui ont bougé, mais effectivement, ce n'est pas une conversation franche toujours. Et je pense parce que ça met mal à l'aise. Parce que la question raciale, elle met mal à l'aise les Blancs. Moi, je suis assez claire. C'est-à-dire que les Blancs sont très mal à l'aise avec cette question. Ils pensent qu'ils en ont fini avec cette histoire parce qu'il y a eu les décolonisations politiques et que maintenant, c'est fini. La France, elle a fait table rase de son passé colonial. Toutes les colonies ont été libérées. Moi, par exemple, je dis que non, ce n'est pas vrai. Je veux dire, la Kanaki n'est pas libérée. Il y a aussi des territoires qui réclament et qu'on oublie parce que c'est plus confortable d'oublier. C'est un confort pour les personnes blanches d'oublier ça. Et d'avoir une personne qui rappelle ça, ça crée ce malaise-là. Mais je ne me dis pas, ça n'a pas bougé un peu. Je ne suis pas sûre que... J'en sais rien, moi je ne demande pas. Mais je ne sais pas s'il n'y en a pas certains, finalement, ou certaines, dans mon lycée ou ailleurs, qui n'ont pas quand même changé des choses, n'ont pas été curieux, curieuses. J'espère que c'est ça déjà, mais c'est vrai que moi, je préférais des conversations franches ou plus de conversations, parce que je pense que ce sujet mérite vraiment beaucoup de conversations. Vraiment, c'est une conversation nécessaire dans le contexte actuel.
- Speaker #1
Manel, quelle idée reçue sur les luttes décoloniales aimerais-tu déconstruire dans l'espace public ? Si on a une ou deux, peut-être, que tu pourrais partager ici.
- Speaker #0
Moi, celle que j'aime partager beaucoup, notamment dans l'enseignement de l'histoire, c'est que souvent, on va présenter les luttes... anticoloniales, on va parler de anticoloniales après peut-être que je faisais série de faire sur les luttes décoloniales donc sur les luttes anticoloniales moi le préjugé c'est que ces luttes ont abouti notamment parce qu'il y a eu un leader charismatique, un Gandhi un Martin Luther King un Nelson Mandela et c'est parce qu'il y a eu ces personnes que ces luttes ont pu être menées à bout et moi je lutte beaucoup contre l'idée de l'héroïsation Merci. en histoire. C'est-à-dire qu'il y aurait une personne qui aurait précipité un prostitut, alors que c'est des luttes collectives. Le truc à côté, c'est aussi, par exemple, dans les manuels scolaires, le choix qu'on opère dans les personnes non-blanches, qu'on va valoriser ou pas. Je vous donne un exemple. Par exemple, Rosa Parks, elle est gentille. Je fais des caricatures. Angela Davis, elle est méchante. Martin Luther King, il est gentil, il est pour la paix, il est pacifique. Et Malcolm X, un en lui, c'est trop un radical. Il est pour la violence. Or, en réalité, ça, c'est des constructions que les personnes blanches, parce que les personnes blanches, elles élisent aussi les racisées qui lui plaisent. Ça fait partie du processus aussi. Déjà, en fait, ça réduit la pensée de Malcolm X à seulement de la violence politique, ce qui n'est pas du tout vrai dans son parcours, quand on analyse tout son parcours politique. Alors, effectivement, à un moment... Et par ailleurs, c'est pareil pour Martin Luther King, on va éduquer son discours politique qui était radical. beaucoup axé la radicalité sur l'action de la violence politique. Et ça, ça va aller en lien avec les luttes décoloniales. Alors qu'en fait, Martin Luther King, il a des discours extrêmement radicaux et extrêmement sans pitié sur notamment les progressistes blancs. Dans le livre « En train pédagogique et antiraciste » , je mets un extrait de ce texte. Ça nous permet, nous, les personnes non-blanches à qui on fait cette histoire, de ne pas accéder véritablement à l'histoire des luttes de la décolonisation parce que du coup, on est toujours pris par le regard blanc sur ces luttes et sur leurs choix. de la bonne lutte, de la mauvaise lutte. Ça, c'est un truc sur lequel je travaille beaucoup avec les élèves, de dire que la question de la violence, quelle qu'elle soit, en tout cas quand elle est politique, c'est des stratégies qui ne sont pas éternelles. Par exemple, quelqu'un comme Gandhi, qui n'utilise pas la violence à un moment donné, ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas radical dans son discours. Et ça, c'est une stratégie politique qu'il utilise à un moment donné, parce qu'elle lui semble la plus à obtenir son objectif politique. Et ensuite, sur la question des luttes décoloniales, puisque du coup, on en parle. Du coup, ce qu'on appelle les luttes décoloniales, c'est tout un ensemble de militants, militantes, d'ailleurs qui ne sont pas forcément d'accord entre elles et eux, parce qu'on est des racisées, on est mis dans un bloc ensemble, comme si on était tous d'accord, on est une menace. Alors qu'en fait, on est aussi traversés par nos contradictions, et de nous faire porter à nous toute la radicalité politique. Et en plus, c'est intéressant parce que ça va un peu avec ce qui se passe aujourd'hui sur la question de Palestine, etc. Donc nous, on est les radicaux, on est des excités, on est des racistes. En fait, ça veut dire que nous, on est les racisés qui pensent moins à la race et on est racistes. Et à côté, en fait, les véritables racistes, les véritables radicaux, les véritables personnes qui utilisent la violence politique, c'est-à-dire l'extrême droite, en fait, eux sont absous aujourd'hui. Et de plus en plus de cette radicalité politique, ils sont de moins en moins radicaux. Et nous, on est juste radicals. Moi, je peux prendre la radicalité si ça fait plaisir aux gens. Je peux dire que c'est un discours. Moi, quand je me dis que c'est un discours radical, il y a une partie de moi qui me dit « oui, si vous voulez, mais moi, c'est surtout un discours sur la justice, la justice sociale, la justice raciale. » C'est ça, mon discours. Et après, si aujourd'hui, le temps de la justice sociale et raciale, c'est une lutte radicale, ok. Mais en réalité, nous, on ne porte pas la violence politique. Vraiment, en fait, aujourd'hui, il n'y a aucun groupe racisé. de la mouvance décoloniale qui prône la violence politique dans l'espace public. Il y a une partie de moi qui dit que c'est aussi un cliché. Quand on dit qu'on est trop radicaux, il y a une partie de moi qui me dit « Ok, mais c'est bizarre, pourquoi c'est nous les islamo-gauchistes qui sommes radicaux ? » Je crois que la radicalité est aussi à d'autres endroits. Et en même temps, je trouve que le terme « radical » est un peu dévoyé. Parce qu'en fait, « radical » à la base, ça veut dire « aller à la racine de » . Et dans ce sens-là, moi, je suis radicale, parce que je vais à la racine des problèmes, et notamment de sa racine raciste. Ça, c'est un peu les deux choses sur lesquelles j'aimerais m'exprimer.
- Speaker #1
Manel, s'il y avait un message que tu pouvais transmettre aux enfants, aux ados, ou peut-être même aux parents issus de la diaspora, lequel ce serait en tant que Manel, en tant que prof d'histoire géo, en tant que toi ?
- Speaker #0
Si vous avez un sentiment ou une intuition ou quelque chose d'un moment, d'un événement, d'un fait qui est possiblement raciste, vous avez sûrement raison. Pourquoi je dis ça ? Parce que souvent, on a tendance, nous les personnes non-blanches, à minimiser le racisme qu'on vit, vraiment. C'est-à-dire, c'est tellement violent, la société dans laquelle on vit, en fait, on s'est suradapté, c'est la charge raciale, on s'est suradapté à tout, à toutes les remarques, vraiment, enfin, et souvent, nous, ce qu'on va... prendre comme étant raciste, c'est vraiment le moment de l'insulte ou de la discrimination où vraiment c'est vraiment dans la pyramide du racisme, on va prendre les choses qui sont tout en haut. Il y a les micro-agressions et ça commence comme ça, un système raciste. De ce fait-là, moi j'ai envie de... Et notamment à des parents, quand il y a des enfants qui viennent, qui disent « oui, la prof elle est raciste, elle m'a dit ci, elle m'a dit ça » , il faut essayer de discuter avec eux. Parce qu'en fait, les enfants ne disent pas de tous les professeurs qui sont racistes. Et ça, c'est important aussi, parce que ce n'est pas vrai. Donc, si un élève, votre enfant le dit, s'il le dit toutes les années, de la sixième à tous ses profs, peut-être que vous pouvez vous dire qu'on va discuter de ce qu'il veut dire. Mais s'il vous le dit spécifiquement sur une situation, et généralement, c'est ce qui arrive. Et si les parents aussi, parce que par ailleurs aussi, en tant que parent d'élève, des fois, il y a des situations. Nous, on a beaucoup travaillé dans nos stages aussi sur la question de l'accueil des parents non-blancs par l'école. Une école qui n'accueille pas beaucoup les parents, en vrai, c'est quand même une école publique française, ce n'est pas un endroit d'accueil des parents. Et les parents racisés de classe populaire, l'école n'aurait pas véritablement ouvert, sauf pour les gâteaux de l'Aïd, si vous voulez, ça, ça les fait plaisir, tout ça. Mais pour accompagner les sorties scolaires, vraiment quand c'est utile, mais sinon on s'occupe... tant que ça de leurs préoccupations, de leurs priorités, de leurs angoisses par rapport à l'avenir. Enfin, vraiment, c'est quand même quelque chose qui est peu discuté. Et je pense que c'est pareil si vous, en tant que parent, vous dites « Ah, cette prof, elle m'a pas bien parlé. Je sais pas, j'ai pas senti un bon feeling. » Ben, peut-être que croyez en votre instinct.
- Speaker #1
Oui, se faire confiance. Merci. Manel, pourquoi tu penses que c'est important ? Je sais que t'as des ados, mais là, je vais peut-être à des enfants encore plus jeunes et ados. Pourquoi c'est important de leur transmettre, et dépendre de leur histoire arabe, amazigh, mais aussi de leur montrer des rôles modèles qui leur ressemblent très tôt ? Et je sais que tu travailles sur un projet d'écriture, d'histoire, où les héros et les héroïnes ne sont pas blanches. Pourquoi c'est important qu'ils voient ça très tôt ?
- Speaker #0
Parce que je pense que la représentation, c'est un des premiers pas dans une pédagogie antiraciste. Après, il y a d'autres choses, mais il n'y a pas que ça. développer un peu d'autres choses, mais si on ne voit pas des personnes non-blanches dans les moyennes scolaires, on va se dire qu'en fait, les seules personnes non-blanches qu'on va voir, en fait, c'est les personnes non-blanches autour de nous. Or, on sait que le marché du travail en France est très racialisé, que autour de nous, on va voir des personnes non-blanches dans des métiers subalternes ou alors celles qui sont les plus populaires, ça va être dans des métiers dans le foot ou, je sais pas, dans l'influence ou... ou encore dans le foot, dans le sport en général, ou dans la musique. Alors, effectivement, ça existe, mais ça veut dire qu'on exclut tout un pan de la représentation des non-blancs, de d'autres secteurs d'activité, de d'autres moments, des artistes, des ingénieurs, des archéologues, je ne sais pas, plein de choses, des biologistes, des philosophes, en fait, qu'on participe à l'histoire. et en fait déjà c'est important pour ces enfants de voir que Les personnes non blanches sont représentées dans une diversité d'activités humaines. Voilà, je veux dire plus largement. Une diversité d'activités humaines, qu'elles ne sont pas contenées à certaines activités humaines, que les Blancs à d'autres activités humaines. Parce que, un, déjà, c'est faux, ce n'est pas vrai. Même si c'est difficile pour les personnes non blanches d'accéder à des postes, il y a des personnes non blanches dans des postes de responsabilité, en France et en Europe occidentale. Par ailleurs, dans les pays du Sud global, en fait, il y a des ingénieurs, des archéologues non blancs, des archéologues... que l'homme noir, des biologistes sud-américains, des ingénieurs sud-asiatiques, pakistanais, indiens. Déjà, on a inclus une fausse idée, que ce soit d'ailleurs pour les élèves nubans que pour les élèves blancs. Par ailleurs, ça marche dans les deux sens. Du coup, ça permet aux enfants de pouvoir se projeter en tant que jeune enfant dans une diversité d'activités humaines et pas s'auto-censurer parce que c'est ça un des effets dans le... Pour les jeunes enfants, je crois que ça s'appelle le stigmate de la minorité, mais je ne suis pas sûre. J'ai peur de me tromper dans le terme. Mais du coup, c'est l'idée de s'auto-censurer, de ne pas s'imaginer.
- Speaker #1
Se dire que ce n'est pas possible pour soi.
- Speaker #0
Et c'est ça qui est important. C'est pour ça que moi, je justice beaucoup sur la diversité des activités humaines. Sinon, ça veut dire que nos élèves, ils pensent qu'ils peuvent être… Soit en fait, ils se disent qu'on va finir Uber, comme tous les Noirs et les Arabes du quartier. Ou sinon, on va être footballeur. On va être musicien, rappeur. Et encore, le rap, c'est moins à la mode, en vrai. Alors qu'en réalité, il y a plein de choses possibles. Cette représentation modélisante, elle permet la libération des imaginaires des enfants. Je pense. Ça, c'est hyper important. C'est important pour les enfants. Moi, j'ai un jeune enfant, un jeune garçon de presque 5 ans. C'est hyper important de dire qu'ils ont besoin de penser que le monde, tout est possible.
- Speaker #1
au moins commencer avec une porte ouverte sur toutes les options.
- Speaker #0
C'est important de montrer des groupes, des hommes, des femmes, des femmes qui portent le foulard. Notamment, moi, j'ai travaillé en sixième. Il y a une copine à moi qui avait travaillé sur une séquence et du coup, elle a cherché une archéologue qui porte le foulard. Parce que ça existe en Turquie, qui ont des sites antiques. Et elle raconte que les enfants, ils étaient choqués. Ils disaient « Ma mère aussi, elle porte le voile. » Et en fait, ça les surprend. surprendre les voir dans des positions, parce que les enfants reconnaissent les positions de pouvoir, à un moment donné, pas à 2-3 ans, mais je pense qu'à 5-6 ans, les enfants commencent à conceptualiser un peu comment fonctionne le monde social.
- Speaker #1
Absolument. Et puis il y a des associations qui, pour eux, ne fonctionnent pas. Comme là, tu prenais l'exemple d'une femme avec le foulard et un métier comme archéologue. Pour eux, c'est bizarre, ce n'est pas ce qu'on dit, ce n'est pas ce que je vois. Manel, on va passer à la section un peu plus philo. Si je te dis fierté, à quoi tu penses immédiatement ?
- Speaker #0
Fierté, lutte.
- Speaker #1
Quelle est ta définition de la réussite pour toi en tant que personne ?
- Speaker #0
Pour moi, la réussite, c'est la capacité d'être alignée soi-même et d'accepter tous les pans de soi et de vivre en harmonie avec toutes les parts de soi.
- Speaker #1
Si tu pouvais parler à la Manel enfant, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #0
De ne pas lâcher ? Non. Je ne sais pas si je dirais... Non, je ne dirais pas de ne pas lâcher. Non, je dirais, j'espère que tu es fière de moi. Moi, je lui parlerais de ça. J'espère que c'est ce que tu voulais.
- Speaker #1
Et à ton avis, elle est fière ?
- Speaker #0
Je pense qu'elle est quand même contente. Mais je lui dirais aussi, je pense, qu'elle va s'en sortir.
- Speaker #1
Manel, on arrive un peu à la fin de l'interview. Je ne sais pas s'il y a quelque chose que tu aimerais partager, discuter avant qu'on clôt cette partie de discussion un peu longue et qu'on passe à la partie de réponse au tac au tac.
- Speaker #0
J'ai parlé des parents, j'ai parlé de l'engagement, j'ai parlé de l'histoire. Je parlais de la représentation. Moi, j'ai envie de dire, peut-être que c'est la chose que j'ai envie de dire sur ce point, c'est que notre seul devoir, je ne sais pas si j'ai lu un livre de Kaota Arashi il y a deux jours, parce qu'elle a son nouveau bouquin avec Aurélien Bélanger là, et elle dit notre seul devoir, c'est l'espoir. Et en fait, ça m'a beaucoup marquée, parce que c'est vrai que depuis... Du coup, moi, je suis engagée dans les questions antiracistes depuis très longtemps, et j'avoue que... on va dire que la séquence qui s'est ouverte depuis 2023, mais qui avait commencé déjà un petit peu avant avec le Covid, elle est extrêmement désespérante. On a l'impression que nous n'avons aucun pouvoir. Et en fait, dans un sens, c'est vrai. Moi, j'ai vraiment, je pense, eu un moment très dépressif sur l'année 2023-2024. Beaucoup de solitude, même dans le milieu militant. C'était très dur de poser la question de Palestine. C'était vraiment... Il y a eu la mort de Naël aussi. Il y a eu beaucoup de choses très dures pour nous. Mais je me dis, elle a raison. Je voudrais que nous, peut-être on peut... on ne peut pas tout changer, mais notre seul devoir, c'est de maintenir l'espoir. Par exemple, moi, dans le cadre de mon travail, de me dire, mon espoir, il est dans l'endroit où je suis. Moi, tous les jours, je suis en classe avec mes élèves. Moi, mon travail, ma tâche, moi, je n'ai pas 10 000 tâches, mais ma tâche, c'est de m'occuper de ces enfants-là, de répondre à leurs questions, de répondre à leurs questions critiques, d'essayer de leur faire comprendre ce monde compliqué dans lequel ils vivent, d'essayer de leur rendre la fierté. Il y a quelque chose dans leur rendre aussi la fierté d'être elles-mêmes. Et comme un colibri, je pense qu'on a chacun une petite tâches à mener autour de soi et j'espère que de donner un peu ce message de tout le monde peut trouver une tâche comme un petit colibri de faire sa tâche et peut-être que si on fait chacun et chacune un bout de tâche, on arrivera à pousser ce monde
- Speaker #1
C'est hyper beau et c'est hyper juste, je trouve que dans le monde actuel, et ça fait vachement écho à moi tu sais que je lançais les livres et là on a dépassé la cagnotte et je voulais faire quelque chose avec la Palestine. Et c'est compliqué en ce moment d'envoyer des colis. C'est juste impossible. Et du coup, là, j'ai eu l'idée de faire l'audio, tu sais, qui est en dialecte arabe et qui est en dialecte tunisien, algérien, marocain, de le faire en dialecte palestinien et de me dire, on l'envoie aux associations. Et c'est drôle parce que tout de suite, instinctivement, je me dis, oui, c'est une idée, mais bon, c'est rien. C'est tellement une goutte d'eau. Et puis, c'est presque ridicule dans tout ce qui se passe. Et en fait, en discutant avec des militants, en discutant avec des journalistes qui sont sur le terrain, ils m'ont dit un peu ce que tu disais. Oui, certes, c'est une petite goutte, mais on doit tous contribuer, essayer de trouver notre goutte d'eau, parce que c'est la seule manière d'avancer et de garder les soirs. Manel, on va passer à la dernière partie et l'idée, c'est de répondre du tac au tac. Est-ce que tu as une devise ? Est-ce qu'il y a un motto, quelque chose qui te drive ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est une devise, mais... Que la lutte paye, je crois, un truc comme ça. Quand j'étais jeune, je disais qui m'aime me suivre, mais j'ai beaucoup changé. Mais je trouvais ça très drôle que depuis 14 ans, on se dise du coup, je fais des blagues en classe sur qui m'aime me suivre.
- Speaker #1
Un livre que tu apprécies et que tu recommanderais ?
- Speaker #0
Alors, du coup, dans le cadre de ce que moi je travaille, l'éducation et tout, moi je dirais apprendre à transgresser de belles hooks, clairement, parce qu'en tant que prof qui comprend que la transgression, c'est un moyen de libération et d'émancipation, parce que pour toute personne qui est prof, mais aussi qui s'intéresse aux questions d'éducation, Apprendre à transgresser, c'est vraiment un livre à lire.
- Speaker #1
Un personnage ou femme ou homme historique ?
- Speaker #0
Du monde Amazigh ?
- Speaker #1
Par exemple, ou pas ? Celui que tu as envie de citer, qui te vient.
- Speaker #0
Alors, il y en a deux, mais après tu choisiras. Si c'est dans le monde Amazigh, moi, je dirais Fatima Mernissi. J'hésite avec Asya Djébar, en vrai, mais bon, je vais dire Fatima Mernissi. Il y en a plusieurs, il y a Nawal Asadawi aussi, j'aime beaucoup. ce qu'elle dit. Je dirais Fatima Mernissi parce que je trouve que ce qu'elle a produit, c'est hyper libérateur parce qu'elle pense la question des femmes dans l'islam de manière féministe et en fait vraiment elle s'est emparée d'un sujet que personne n'avait pensé. Et moi, je sais que son livre « Rêve de femme » , son autobiographie, c'est une autobiographie qui m'a énormément marquée. Ça, c'est pour le monde à Mazir, je pense. Même si je pourrais en citer plein, vraiment, j'hésite, mais je vais dire quand même Fatima. C'est la première qui est venue, donc je vais dire Fatima Mernissi. Quand même, généralement, il y a quelqu'un qui n'est pas connu, mais que moi, j'aime bien raconter son histoire, c'est Anakaona. Parce qu'en fait, Anakaona, c'est la première résistante au colonialisme. dans dans l'île qui s'appelait Haïti, mais qui a été appelée ensuite Nouvelle-Espagne par Christophe Colomb. En fait, elle va être assassinée. C'est une cacique, c'est une chef de tribu et en fait, elle va refuser de collaborer avec les colonisateurs et va mourir pour ça. Et en fait, son histoire, tout le monde connaît Christophe Colomb, personne ne connaît Anna Kaona. Et moi, je trouve que c'est important de dire que c'est elle qui... C'est la première qui est morte dans l'histoire. Enfin, pas la première première, mais... Je pense que c'est une des premières qui est morte pour ses idées et pour la liberté.
- Speaker #1
Une chanson ?
- Speaker #0
Zahra Tel Madain de Zahra El-Zahra. C'est d'actualité.
- Speaker #1
Tellement. Et une femme de culture arabe ou amazigh que tu me recommanderais d'inviter ou dont tu aimerais écouter le parcours ici sur le podcast ?
- Speaker #0
Il y en a beaucoup. Je ne sais pas si vous avez Kaouta Archi.
- Speaker #1
Il faudrait que je la rajoute en manuscrit.
- Speaker #0
Je ne sais pas, parce que comme j'ai parlé d'elle tout à l'heure, peut-être qu'elle...
- Speaker #1
Trop bien. Merci infiniment Manel, c'était un très plaisir d'échanger avec toi.
- Speaker #0
Merci beaucoup, merci pour l'invitation et pour l'espace de parole, l'espace de liberté. C'est important d'avoir des espaces pour parler tranquillement de ces questions-là. Ils sont hyper précieux, notamment aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci infiniment, à très bientôt Manel.
- Speaker #0
À très bientôt.