- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
C'est là.
- Speaker #0
Je crois que c'est bien là où il avait parlé d'un étang. On le voit un petit peu sur la droite.
- Speaker #1
C'est un petit lac, c'est une zone humide avec beaucoup de saules. Ah ouais, c'est magnifique. C'est vraiment la forêt boréale mixte entre les épinettes, le conifère et puis tous les feuillus qui sont déjà bien jaunes.
- Speaker #0
Et puis il y a le soleil qui se lève, là il est en train de pointer.
- Speaker #1
Et là, on a rendez-vous avec Alexandre Terrijol, de l'Observatoire des oiseaux de Tedoussac, qui nous rejoint, dans quelques minutes.
- Speaker #0
Dans tout ce cas, on a encore quand même des camions à l'horizon, on entend. À tous les coups, il y aura un ou deux avions qui vont venir.
- Speaker #1
C'est sûr que le mythe de la Grande Forêt boréale, là, il y a des lignes de tension en triple. qui coupe la forêt avec des zones de coupe-feu là. Et on est au bord d'une route.
- Speaker #2
Pour cette suite du voyage naturaliste au Québec, Christelle et Laurent, qui réalisent le podcast, vont à 500 km de Montréal, jusqu'à la Haute-Côte-Nord, à l'estuaire du Saint-Laurent. L'objectif, c'est de rencontrer les ornithologues de l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac, un centre de recherche scientifique sur les migrations en Amérique du Nord. Alexandre Terrijol nous accueille. et va nous raconter les phénomènes migratoires observés au bord du fleuve. Épisode 2, les oiseaux migrateurs de Tadoussac.
- Speaker #3
Moi j'habite dans la région, je suis le directeur aux opérations de l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac. Ça veut dire que je coordonne toutes les opérations de recherche, les opérations éducatives en fait, parce que c'est bien de faire de la recherche derrière son bureau, de faire des analyses, de suivre les oiseaux. Mais si on ne partage rien, on manque en fait une partie très importante qui est l'éducation, la sensibilisation. Donc ça, on le fait avec des événements, on le fait avec les jeunes. Donc c'est une grosse part de notre travail aussi, c'est l'éducation. Donc recherche, éducation, je pense que c'est vraiment ça qui définit l'Observatoire.
- Speaker #1
On a une belle croix de l'ours avec plein de fruits. broyé dedans, il s'est probablement gavé de bleuets, une sorte de myrtille.
- Speaker #3
Donc c'est ça, quand on sort tôt le matin, tard le soir, on va faire des rencontres. Des fois, je suis déjà tombé nez à nez avec un orignal qui marchait dans l'étang. Ça arrive souvent aussi qu'on voit des ours. dans les champs à côté ou même au sommet des arbres au printemps, qui vont manger des bourgeons dans les arbres. Des fois, une mère et son petit, là, aussi. Il y a un brouhaha gorge blanche qui vient nous traverser. On l'appelle le Frédéric. En fait, tout le monde l'appelle le Frédéric parce que quand il chante, il dit « Ouh oui, tu es Frédéric, Frédéric, Frédéric. » C'est l'espèce... Probablement la plus commune en forêt boréale. Le brun à gorge blanche, la griva de olive, puis de rôter la couronne rubrique.
- Speaker #1
Le pipipi, c'est pour attirer les yeux ?
- Speaker #3
Ouais, c'est le piching qu'on appelle, qui ressemble beaucoup au cri d'alarme de la maison de tête noire. qui est à utiliser avec parcimonie parce que ça reste du dérangement. Mais s'il y a une espèce comme ça qu'on a vue brièvement ou qu'on n'est pas sûr, des fois ça permet de la faire ressortir. Là on a une maison de tête noire, une crâne d'Amérique dans le fond assez bruyante, qui sont en train de se regrouper pour leur migration en fait. On a un quiscal bronzé, brouillon de gorge blanche qui crie aussi à proximité. On vient d'avoir un brouillon des marais qui chante, qui venait de crier et qui s'est mis à chanter. Donc c'est atypique à cette date-ci. Ça c'est une espèce typique de cet environnement-là justement. Donc là on est au lac Beaulieu, au Bergeron qui est dans la région de la Côte-Nord. C'est un lieu que j'aime beaucoup visiter pour me vider l'esprit. On a une belle diversité d'espèces qu'on peut observer ici. La région est plus réputée normalement pour le bord du fleuve, pour observer les oiseaux marins. Mais les endroits marécageux offrent une belle diversité d'environnements et donc d'oiseaux qu'on peut y observer. Là, on a une chine.
- Speaker #1
On a une chine, comme on dit ici.
- Speaker #3
Là, en fait, on a ce qu'on appelle de la pollution sonore constante. On va avoir des avions qui vont passer dans le ciel régulièrement. On va avoir la route à proximité. On va avoir toutes sortes de nuisances sonores, finalement, qui vont venir polluer un peu l'atmosphère naturelle. qui font partie du quotidien, qu'au final on finit par oublier, mais qui sont quand même bien présentes et qui ne prennent pas d'attention. La région est vraiment réputée pour l'observation des baleines, à la base. Ce qui est une bonne chose, c'est des êtres incroyables à observer, mais des fois les gens ignorent ou oublient qu'il n'y a pas juste des baleines, il y a toute une biodiversité qui est présente. Le fleuve c'est une halte migratoire, en fait cet endroit dans la région, c'est vraiment une halte migratoire, c'est une zone d'alimentation qui est extrêmement importante pour une grande diversité d'oiseaux. Il y a quand même une belle ambiance sonore.
- Speaker #1
C'est les bernages du Canada qu'on voit dans nos parcs.
- Speaker #3
C'est ça, mais là, théoriquement, c'est des individus migrateurs qui viennent de l'Arctique et qui s'arrêtent ici pour se nourrir et continuer leur migration. Mais ici aussi, on a le problème, c'est qu'on a introduit des bernages du Canada plus au sud qui n'ont pas vraiment appris à migrer et qui deviennent maintenant presque envahissantes. Mais dans le nord, elles ne se portent pas nécessairement si bien. Les ornithologues aiment beaucoup les observer parce que quand il y a des bernages du Canada, éventuellement, on peut avoir d'autres espèces moins communes qui vont s'y mélanger. Lois de Ross, L'Abernage de Hutchins, qui est plus petite,
- Speaker #1
ou Lois Beko. Là, ils sont encore un peu en V, en formation. Mais ici, c'est...
- Speaker #3
les phénomènes migratoires qu'on va avoir dans la région. Donc là où on peut observer certaines journées, des milliers, des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers en une journée d'oiseaux, ça c'est indescriptible. Toute la Côte-Nord, en fait, c'est exceptionnel pour suivre la migration. Mais aux dunes de Tadoussac, c'est là où ça a commencé, en fait, en 1990, parce qu'on a eu un résident de Tadoussac qui s'est mis aux dunes, puis en une heure, qui a compté 300 rapaces. À cette époque-là, en fait, ce n'était pas du tout connu. C'était une surprise. Ça a été dans la communauté ornithologique vraiment une découverte. Maintenant, en moyenne, on a 7-8 000 rapaces qui vont se déplacer par année pendant une période de trois mois vers le sud. Le fleuve, il est à 4 degrés. C'est une zone qui est froide. Et les rapaces, quand on les voit qu'ils se déplacent, notamment en cercle, ils utilisent des thermales. Et ces thermales-là, on ne va pas les retrouver sur le fleuve, et on va les retrouver plus sur le bord du fleuve, donc dans des endroits notamment de collines qui bordent finalement la côte nord. Ce qui fait qu'on... Tous ces rapaces vont s'agglutiner sur le bord du fleuve pour ne pas le traverser. Et là, ça va faire une sorte de concentration de rapaces. La création de l'Observatoire d'Ozotadoussac, c'est suivi de la migration des rapaces. Puis en fait, on s'est rendu compte, en continuant, qu'il n'y avait pas juste les rapaces qui étaient en déplacement, qui utilisaient le bord du fleuve, les passereaux aussi. Toutes sortes d'oiseaux. On peut retrouver plus de 150 espèces d'oiseaux qui vont se dépasser comme ça sur le bord du fleuve l'automne. Les passereaux, c'est des mouvements généralement qui se font la nuit. Donc au petit matin, on va avoir des oiseaux qui vont tomber du ciel, qui vont descendre pour s'alimenter, passer la journée, etc. Puis éventuellement continuer leur migration, mais sinon s'arrêter dans une halte migratoire. Puis ensuite, dès que les conditions de vent vont être favorables à nouveau, ils vont pouvoir s'envoler la nuit. Mais on a quand même des oiseaux qui vont continuer à voler du jour. Et ce qui fait qu'on peut observer certaines journées des milliers et des milliers d'oiseaux. Et en fait, on s'est rendu compte que l'automne, on avait les fringilidés. Donc les fringilidés, c'est un groupe d'oiseaux qui comporte le gros béqueron, par exemple. le roselin pourpré, le diorbec des sapins, donc des espèces typiques de la forêt bréale qui elles vont pas vraiment faire une migration nord-sud comme c'est attendu généralement chez les oiseaux, mais qui vont vraiment faire un déplacement des fois plus ouest-est ou est-ouest à la recherche de nourriture en forêt bréale. Et en fait le site de Tadoussac et la Côte-Nord en général, on s'est rendu compte que vu qu'on était à la limite de la forêt bréale, ils vont vraiment longer cette forêt boréale à la recherche de nourriture. Et ce qui fait que certaines années, un exemple, c'est le Cisre-Inflamé. On observe en général entre 5 et 10 000 individus l'automne. Puis en 2021, on en a eu 260 000. Donc ça, ça pose question sur ces déplacements. La population aussi, parce que la population du Québec, finalement, c'est la même population que la Colombie-Britannique. Puis en fait, c'est juste une même population qui se déplace d'est en ouest, etc. Donc ça a des portées de conservation assez majeures. Puis finalement, la migration automnale, ça a montré que ça avait une importance capitale. Mais en fait, au printemps... On documentait depuis quelques années, début des années 2000-2010, des mouvements des fois assez majeurs d'oiseaux, puis toutes sortes d'espèces d'oiseaux, où certaines journées on allait avoir vraiment des milliers d'oiseaux, puis surprenamment qui étaient en déplacement vers le sud-ouest pour le printemps, alors qu'au printemps on s'attendrait à ce qu'ils aillent vers le nord. Et en fait en continuant ces suivis-là, Il y a eu une migration majeure en 2018 qui a fait, en fait, pas la une, mais les grands titres du New York Times notamment, qui a vraiment mis Tadoussac sur la carte. Parce que cette journée-là, en fait, on a eu plus d'un demi-million de parolines qui se sont déplacées en une journée. Donc un mouvement qu'on a surnommé en fait une rivière de parolines parce que c'est vraiment comme ça que ça se passe. On a vraiment des oiseaux de part et d'autre qui nous passent entre les jambes, qui... qui envahissent le ciel, et tout ça de façon continue. Et donc ça, ça a permis de montrer que c'était vraiment un site qui était exceptionnel pour le suivi de la migration. Puis toute la région, on va avoir des déplacements comme ça, majeurs d'oiseaux, qui vont longer le fleuve, qui vont agir quand même comme une barrière pour continuer leur migration. Donc les dunes de Tadoussac, c'est un lieu emblématique qui maintenant est dans, pas dans l'imaginaire, mais dans le rêve des ornithologues. C'est un site exceptionnel où en fait on a une vue à 360 degrés tout autour. Donc on voit autant des canards au milieu du fleuve, des fous de basson par exemple aussi, que des rapaces qui vont longer la rive, que des milliers de passereaux qui vont être en déplacement. Donc on a vraiment un site exceptionnel pour suivre la migration et vraiment prendre le pouls de la forêt boréale et de l'Arctique.
- Speaker #2
Voilà qui nous donne bien envie d'en savoir plus. Et nous allons découvrir ce coin si favorable à l'observation des oiseaux. Nous rejoignons Jesse Rois-Drinville, un expert qui fait l'inventaire des espèces migratrices.
- Speaker #1
Bon là on se trouve à l'observatoire d'une migration d'oiseaux, de Tadoussac. Donc c'est une sorte de belvédère qui... qui est au-dessus du Saint-Laurent, avec des collines boisées. Et là, on en rejoint Jesse, il est 7h du matin, après une nuit bien pluvieuse. Et Jesse, toi tu travailles ici.
- Speaker #4
Oui, ça fait déjà 8 ans que je travaille ici à l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac, durant la migration à l'automne. Et puis je suis ici pour recenser les oiseaux qui passent en migration vers le sud, durant toute l'automne, tous les jours.
- Speaker #1
Tous les jours.
- Speaker #4
Ce matin, au Dino Tadoussac, c'est nuageux, mais il y a eu une migration cette nuit d'oiseaux à cause des vents du nord. Puis ce matin, on se retrouve avec des oiseaux un peu partout. On s'attend à une bonne migration aujourd'hui à cause des vents du nord qui continuent.
- Speaker #1
C'est quoi le protocole d'observation et de notation ?
- Speaker #4
Le protocole, ici, on commence à 7 heures tous les matins. Et je note tous les oiseaux qui vont passer en direction sud-ouest. Donc, ils longent la côte ici, le long du scénario. Puis, il faut que les oiseaux soient en migration active, pour que je les note. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'ils sont en vol et qu'ils sont dans cette direction, le sud. Et les oiseaux qui sont posés, par exemple, qui sont en alimentation, qui sont en chasse dans le coin, je ne les noterai pas. Mais on s'attend à une bonne journée parce que les conditions sont parfaites. On est dans les dates parfaites pour la migration. Les températures sont plus froides, les vents du nord, puis les oiseaux sont bien présents.
- Speaker #1
Le vent du nord, ça favorise le...
- Speaker #4
D'ailleurs, en fait, la migration, peu importe c'est quand... Le vent est le principal critère pour la migration des oiseaux. S'il n'y a pas de vent, dans la bonne direction, les oiseaux ne migrent pas. C'est aussi simple que ça. Ce n'est pas le soleil, ce n'est pas la température, ce n'est pas l'humidité, c'est le vent. Si le vent est du nord, à l'automne, les oiseaux migrent. C'est aussi simple. Puis là, on a les bonnes conditions aujourd'hui. C'est parti, le comptage commence. Il est 7 heures. Donc, je vais noter la météo. à chaque heure. Donc là, on a un bon vent du nord-ouest, d'une force d'environ 3 sur l'échelle de Beaufort. On a un 7 degrés Celsius et une couverture nuageuse presque complète. Ensuite, je note la visibilité également. La visibilité, elle est complètement géniale. On voit de l'autre côté du Saint-Laurent à plus de 30 kilomètres, donc très bonne visibilité. Et c'est parti.
- Speaker #1
Tu as tout sur ton smartphone.
- Speaker #4
Oui, c'est rendu tout électronique. Il y a à peu près quatre ans qu'on a changé pour tout noter sur téléphone ou un pad. Avant, on faisait papier. Après ça, il fallait tout retranscrire sur des grilles Excel. Vous avez quatre terrains d'épin ?
- Speaker #1
Terrains d'épin,
- Speaker #4
oui. Oui, quatre terrains d'épin qui sont en déplacement. sud-ouest, donc je les note ici. Je les rentre. C'est assez facile. L'application permet normalement de...
- Speaker #1
Et pour le rapace, aujourd'hui, c'est une bonne journée ?
- Speaker #4
Je pense que ça va être plus tard dans la matinée que les rapaces vont commencer. Ils ont besoin souvent d'un peu de soleil, de chaleur, de prendre des thermales. Et là, il fait assez froid et c'est nuageux. Donc on devrait avoir des rapaces, mais peut-être plusieurs dix heures. Mais c'est parti. Quand les vents sont plus forts, les oiseaux vont passer plus bas, ils sont vraiment obligés de descendre à cause des vents très forts. Quand les vents sont plus faibles, comme en ce moment, ils vont monter très haut. En plus, je dois scanner tout le ciel pour trouver des oiseaux qui m'aident. Et quand je peux, je dois toujours noter l'espèce. En fait, chaque espèce d'oiseau qui passe ici, je les identifie par la forme de vol, le comportement en vol, ce qu'ils sont en groupe, ce qu'ils sont compacts dans les groupes. Tout ça permet d'identifier aussi le son, en fait, le cri. Les oiseaux font tout simplement des cris en vol et permet d'identifier l'espèce. Les rapaces, on va même aller jusqu'à identifier l'âge et le sexe des rapaces le plus possible, au meilleur de mes capacités.
- Speaker #1
As-tu fait ça depuis longtemps ?
- Speaker #4
Moi, je suis passionné des oiseaux depuis que j'ai l'âge de 8 ans. Puis, c'était même probablement avant ça que les gens disent, mais j'ai commencé à comptabiliser tous les oiseaux que je voyais chez moi. On avait une grande cour avec un marais, un lac, des grosses forêts, une érablière. Et je commençais à noter tous les oiseaux à partir de l'âge de 8 ans, 9 ans. Je me suis mis à être passionné de ça. un expert à partir de l'âge de 17-18 ans. J'avais déjà des emplois là-dedans et ça m'a incité à poursuivre, à aller en biologie. Je suis technicien aussi en écologie. Donc, j'ai poussé mes études là-dedans, mais c'est surtout la passion qui fait découvrir plus. C'est très bien.
- Speaker #1
Alors Jesse, il est là à la longue-vue pour checker un passage.
- Speaker #4
Je ne le retrouve pas.
- Speaker #1
Il y a un joli petit vent.
- Speaker #4
Il n'est pas si gros, je trouve. Il n'est pas glacial. Il est comme chaud un peu. Des fois, on a des vents. Tu ne peux même pas sortir les mains, en fait. Tu as des gardes. On m'en dit ici des mitaines.
- Speaker #1
C'est un super joli point de vue.
- Speaker #4
C'est mon bureau. C'est génial.
- Speaker #1
Franchement, donne-moi la clé. Moi, je veux venir bosser ici.
- Speaker #4
C'est mon bureau, mais des fois, c'est un peu ma prison. Je ferme la barrière. Je dois rester ici pendant des fois 10 heures dans une journée. De 7 heures le matin à 17 heures l'après-midi. Oui.
- Speaker #1
Beaucoup de concentration.
- Speaker #4
Beaucoup de concentration toute la journée. Même moi, j'adore ça. C'est le plus beau travail que j'aurais pu espérer quand j'étais jeune. Je veux faire ça plus tard, être payé pour voir des revues. C'est le cas. Je fais ça depuis 8 ans. Je ne suis pas sûr que j'arrêterai.
- Speaker #1
Tu es un homme heureux. On n'arrête pas d'être heureux. Ce n'est pas pour les films.
- Speaker #4
C'est une zone d'alimentation très riche dans le Saint-Laurent, ici. Il y a un arrivage, en fait, de nourriture qui arrive avec les marées, du Labrador et de l'océan, avec la marée qui monte. Et l'eau arrive dans le fond du chenal. Ici, on a 300 mètres de profond. Et remonte une falaise sous-marine, ici. Et tous les sédiments sont brassés. Ils viennent s'accumuler partout. Et les sédiments, c'est de la nourriture pour le zooplancton, c'est du phytoplancton. Ça, ça alimente la chaîne alimentaire. Ça fait une zone extrêmement riche pour les baleines, mais aussi pour les oiseaux. Donc, il y a toujours ici, à l'automne, entre 5 000 et 10 000 édères à duvet. C'est une espèce de canard, un gros canard avec lequel on fait des plumes, des oreillers. C'est des plumes, oui.
- Speaker #1
On en a vu, il y a plein.
- Speaker #4
Là, il y a un greb-jouguerie, il y a eu un cul-légule millouinant, des guimaux, il y a toujours des plongeons qui se promènent ici, des mackereuses aussi.
- Speaker #1
On a à peu près 10% de macros dans tous les canards.
- Speaker #4
Et ça bouffe, ça mange des moules, des mollusques. Les édères mangent même des oursins complets. C'est comme l'oursin tout piquant et tout, ils avalent ça comme si de rien n'était.
- Speaker #0
Ah mais ils avalent carrément l'ours.
- Speaker #4
Oui, ils avalent l'ours. En fait, ils ont un l'estomac hyper acide et permettent de passer au travers des moules, les moules aussi.
- Speaker #1
alors là forcement qu'on se rende compte il ya des belles couleurs d'automne même si c'est très gris L'autre côté du Saint-Laurent, il est bleu, violet.
- Speaker #4
Oui, on est dans les couleurs automnales ici. Tous les bouleaux sont jaunes, orangés. Les érables sont rouges. Les cerisiers aussi sont rouges. Les trois merles.
- Speaker #1
Alors, j'ai ici son petit stylo tactile pour son écran smartphone.
- Speaker #4
Exact.
- Speaker #1
Avec des tableaux, avec les noms d'espèces, imagine la quantité.
- Speaker #0
Puis là, tu as des compteurs, ici ?
- Speaker #4
Oui, j'ai des compteurs au cas où il y a des espèces, par exemple, qui passent un continu, puis que ce serait... C'est trop long, en fait. Comptez, comptez, comptez, notez, comptez, comptez, notez, notez. Tu vas juste cliquer et c'est un peu plus efficace. Est-ce que ça arrive aujourd'hui avec... l'espèce de parrain des pins qui vont passer en très grand groupe. Là, je vais utiliser le clic. Le clic, il faut compter par vis, par exemple, 10, 20, 30, 40. Là, on en a 15. Et le parrain, ici. J'ai noté les parulines croupions jaunes. J'en ai 47. Je note et je vais les remettre à zéro. Chaque donnée que j'entre, j'ai l'heure, la minute et la seconde. Donc, je pourrais aller voir dans la matinée, voir les moments les plus forts. J'entends les petits chips.
- Speaker #1
Oh, ça va. Les parulines, il y a... Pas mal d'espèces apparemment chez vous.
- Speaker #4
Oui, il y a beaucoup d'espèces. Là, il y a un faucon émérion.
- Speaker #1
Ah oui, je le vois. Petit faucon.
- Speaker #4
Oui, il y a beaucoup de parulines, plein d'espèces. Le pic de leur migration, c'est vers le milieu du mois d'août jusqu'au milieu du mois de septembre. Et là, il y a toutes les espèces qui vont migrer à ce moment-là. Après la fin septembre, environ octobre, comme on est là ensemble, il reste pratiquement juste une espèce. La paroline de la croque d'angeante qui est la plus abondante et la plus résistante au froid et tout. 2, 3, 4, 45. Il y a un énorme groupe de merles qui passe à gauche de la montagne. Énorme groupe là. Je vais essayer de les compter. C'est mixé avec des scales bronzés. C'est incroyable comme groupe. 30 merles, 3 quiscales bronzées, 12 roselins, 1 jaser d'Amérique.
- Speaker #1
C'est incroyable comment Jesse détecte et identifie les espèces à distance. C'est impressionnant quand même.
- Speaker #4
Oui, avec la longue vue, ça marche bien.
- Speaker #5
Même à longue vue, ce n'est pas évident.
- Speaker #4
Les merles, ça va.
- Speaker #1
Il est modeste.
- Speaker #6
Il est très modeste. C'est la marque des meilleurs.
- Speaker #1
Et vous vous appelez comment ?
- Speaker #5
Moi, je suis André Desrochers. Je suis chercheur à l'Université Laval. Je fais beaucoup d'analyses, de modélisation des populations. Puis je m'intéresse beaucoup aux migrations. On fait des relevés de cris d'oiseaux durant la nuit quand ils sont en migration. Ici, on a la grande majorité des oiseaux migrent la nuit. Puis plusieurs de ces espèces-là font des vocalisations qui permettent de les identifier. Donc on a des enregistreurs un peu partout sur la côte nord et la côte sud du Saint-Laurent, à l'est de Québec. Puis on écoute, on a des dizaines de milliers d'heures d'écoute. Puis on passe ça dans un logiciel d'intelligence artificielle pour avoir une idée donc de quelles espèces crient, à quel moment. Mais ça fonctionne bien. Et ici, la migration est assez complexe parce que le Saint-Laurent, c'est quand même une barrière assez importante. Puis des oiseaux qui arrivent du nord et qui semblent être bloqués un peu par le littoral. Ils vont plutôt longer le littoral vers le sud-ouest. Mais la direction générale de migration ici, c'est le sud-ouest. Parce que d'une part, si on regarde au niveau du continent, l'Amérique du Nord, c'est en forme d'entonnoir.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #5
Si on part directement vers le sud, ici, on arrive vite au-dessus de l'océan. Je ne peux pas aller vers le sud-ouest.
- Speaker #1
Et justement, depuis toutes ces années que vous faites le suivi de la migration, qu'est-ce que... C'est quoi l'évolution ? Il y a déjà des résultats un peu tangibles ou pas ?
- Speaker #4
Ici, c'est la 30e année cette année. Donc, on a déjà des belles tendances à observer chez certains oiseaux. Notre priorité ici, c'est les rapaces. Et chez les rapaces, on a huit espèces qui sont en augmentation, trois qui sont stables et deux qui sont en diminution.
- Speaker #1
Comment on peut expliquer ça ?
- Speaker #4
Chaque espèce, il faut établir une explication différente ou une hypothèse différente. En fait, plus on se met à creuser dans les données, plus on a de questions, moins on a de réponses.
- Speaker #1
Pourquoi les oiseaux sont en augmentation et en diminution ? Souvent, la réponse, c'est qu'on ne le sait pas.
- Speaker #4
Il y a par exemple l'épervier brun qui est en augmentation vraiment fulgurante depuis une dizaine, quinzaine d'années. Et ça se concorde avec l'épidémie de tordeuse des bourgeons de l'épinette, qui est une épidémie d'un petit papillon qui bouffe les conifères, qui mange les conifères. Et les parulines, en fait, il y a plein d'oiseaux, de petits oiseaux qui mangent ces chenilles-là et qui sont en abondance énorme, les parulines à poitrine baie, tigrés, obscurs. Nous aussi, les rouselins, les parrains, les gros becs errants. En fait, toutes les parulines peuvent s'en nourrir. Et ce qui fait que c'est des proies pour les perliers, en fait.
- Speaker #1
Il y a une troisième personne qui vient d'arriver avec sa longue-vue.
- Speaker #5
Neuf va croiser.
- Speaker #4
Il y en avait douze juste avant.
- Speaker #5
Monsieur là, David, c'est... C'est lourd. C'est un des ornithologues les plus assidus de la région. Monsieur, il a fait un podcast. Ils sont en train de travailler ça. C'est l'ornithologue le plus méticuleux, le plus méthodique de la province.
- Speaker #1
Il a quelque chose à vous demander, je crois. Vous êtes d'ici ou vous êtes des Eskoumins ? Des Eskoumins,
- Speaker #6
du village plus loin.
- Speaker #1
OK, ouais. Et vous venez souvent ici pour faire de l'observation ? C'est un hobby ? C'est quoi ?
- Speaker #6
C'est vraiment une passion pour moi. Dans mes temps libres, je vais venir passer du temps ici, surtout quand les conditions sont bonnes. Et surtout, la récompense de trouver quelque chose d'extraordinaire, quelque chose de nouveau qu'on n'a jamais vu, quelque chose de rare qu'on voit une fois au deux ou trois ans. Donc, c'est souvent énormément d'efforts pour trouver l'oiseau qu'on rêve de trouver. C'est la recherche du nouveau, de la surprise.
- Speaker #1
Et là, c'est quoi ton rêve en ce moment ?
- Speaker #6
Il y en a quelques-uns que je n'ai pas vus encore. Il y a quelques jours, il y a eu une buse de Swanson qui est passée ici, qui est un oiseau du sud et de l'ouest. Ça, je n'en ai jamais vu. Ça, ça ferait bien mon plaisir ce matin. Mais il n'en passe pas toutes les années. Il faut être vraiment chanceux pour être ici au bon moment.
- Speaker #1
C'est un bel endroit pour vivre, finalement. Ah oui, oui.
- Speaker #6
C'est le meilleur, même.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #5
Mais les ornithologues, ils vivent leur plaisir de toutes sortes de façons. Il y a des gens de ma génération, beaucoup, qui prennent leur retraite, qui ont du temps, qui ont des sous, qui voyagent à travers le globe pour voir des oiseaux avec des groupes de gens, des guides. Bon, ça, c'est une forme de plaisir. Moi, j'ai développé un goût. J'ai voyagé beaucoup plus jeune, mais j'ai développé un goût pour... faire en détail les mêmes sites. En anglais, ils appellent ça le patchworking. On va travailler une patch. On va scruter à chaque jour le même site, comme ici, un peu au dune. Dans l'espoir d'allonger la liste des espèces qu'on a vues à cet endroit précis.
- Speaker #4
Il y a un immense groupe de piscales qui passent derrière au fond. Il est immense. J'ai jamais vu un groupe aussi gros que ce qu'il y a là. Oh mon dieu. Ah non, il droppe. Ah, je pense que... Moi, j'aurais estimé 600-700.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #4
Ah ouais. Je les ai pris en photo, j'ai tout le groupe. Je vais être capable d'aller chercher le nombre.
- Speaker #1
Cette zone d'Amérique du Nord est bien spéciale.
- Speaker #4
Elle est très sauvage. Ce qui est bien, c'est que c'est assez positif. Les communautés d'oiseaux et de mammifères sont assez peu influencées par l'homme dans la région. C'est ultra sauvage. Nous, on regarde ça et on est un peu des spectateurs de ça. Ça se compare très peu avec l'Europe, qui est depuis des centaines et des centaines d'années influencée par les activités humaines, mais ici, on est vraiment choyé d'avoir ces milieux sauvages.
- Speaker #1
Oui, et puis tu vois, ce qui me surprend, c'est les distances de fuite des oiseaux ici. Oui, exactement. Chez nous, il y a une pression de chasse qui est gigantesque. Et là, tu vois, les oiseaux sont à quelques mètres. Il n'y a pas de crainte majeure d'humains finalement.
- Speaker #4
Mais ils n'ont pas nécessairement besoin d'en avoir. Puis à l'automne, c'est beaucoup des jeunes qu'on voit lire les oiseaux. C'est des individus qui sont nés dans l'année. Ils arrivent de la forêt, ils n'ont jamais vu d'humains. Et ils n'ont pas non plus été sélectionnés pour avoir peur des humains. Ils n'ont pas nécessairement peur de nous et c'est vraiment cool pour la photo et pour les observer, leur comportement.
- Speaker #1
Nous, on va vous laisser.
- Speaker #4
On vous remercie en tout cas. Ça fait vraiment plaisir. On aime se partager aussi. C'est notre passion de partager ces expériences-là.
- Speaker #1
En tout cas, merci beaucoup, Jesse. On se tient courant pour la suite.
- Speaker #4
Oui, à plus. Ça fait plaisir.
- Speaker #1
Il y a trop de séparés pour la main ensemble.
- Speaker #5
Il y avait deux casseroles aussi. Ça circule, c'est l'embouteillage des oiseaux.
- Speaker #2
Émerveillé par cette migration spectaculaire sur la côte nord du Saint-Laurent, nous laissons JC et ses amis ornithologues pour aller à la rencontre d'autres naturalistes. Cette fois... ce sera à la Réserve Nationale de Faune de Cap-Tourmente. Merci à Alexandre Terrijol, directeur de l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac et à Jesse Rois-Drinville pour leur accueil. Merci aussi à André Desrochers et David Turgeon. Merci à Christelle Bidot-Bruyère pour ses reportages photographiques. Une réalisation de Laurent Sistac Avec la voix de Zora Descrivel. Production, Label Échappé, Sonore et Vision. Ne manquez pas le prochain épisode du Voyage au Québec, Baguer les oiseaux migrateurs.