- Speaker #0
Bienvenue dans la saison 2 du podcast de France 4 Naturisme, là où liberté, nature et authenticité continuent de se rencontrer. Pour cette nouvelle saison, je vous amène à nouveau à la rencontre de celles et ceux qui vivent le naturisme au quotidien. Au-delà des clichés, ils nous racontent leur histoire, leurs doutes, leurs déclics et cette sensation unique d'être enfin soi-même au plus près de la nature. Épisode après épisode, vous allez découvrir des parcours singuliers, des moments de partage, des confidences parfois émouvantes, parfois surprenantes, mais toujours sincères. Si cette immersion au cœur du naturisme vous parle, pensez à vous abonner pour ne rien manquer et à partager ce podcast autour de vous. Plus on est nombreux à écouter et plus ces voix porteront le voie. Prêt à continuer l'aventure ? C'est parti pour la saison B. Jean-Paul est naturiste depuis 40 ans. Je le rencontre pour la première fois au camping Rivabella en Corse. Bonjour Jean-Paul.
- Speaker #1
Bonjour Sébastien.
- Speaker #0
Première petite question rituelle, est-ce qu'on se tutoie ou est-ce qu'on se vouvoie ?
- Speaker #1
On va se tutoyer, en plus on est dans un camp naturiste où les gens se connaissent, il y a des familles, on se fréquente depuis des années.
- Speaker #0
D'accord, bon mais c'est parfait, ça me convient très très bien. Du coup, est-ce qu'en quelques mots tu pourrais te présenter à nous ?
- Speaker #1
Oui, moi j'ai fait toute ma carrière à Radio France. J'ai passé plus de 35 ans dans cette maison où j'ai appris le métier d'homme de radio. J'ai fait du reportage, des émissions en studio, des extérieurs, des reportages lointains. J'ai été le correspondant aussi à la fois de Radio France et de Rabat Chêne Inter. J'étais le correspondant d'une radio marocaine pendant dix ans en Corse. Et puis, j'ai bouclé ma carrière à la radio en tant que directeur des programmes. Et je continue maintenant avec France 3. Je suis passé de l'autre côté de la caméra. Je produis des films.
- Speaker #0
Ok. Et du coup, si on rentre dans le vif du sujet, que nous sommes dans un camp naturiste, Du coup, comment toi, tu définis ? Tu définirais le naturisme ?
- Speaker #1
Tu sais, le naturisme, d'abord, c'est une façon de vivre. C'est une culture. Dans un village naturiste, les gens sont très sensibles au respect de l'autre. C'est pour ça qu'en règle générale, il n'y a pas de problème de voisinage. Et puis, ils sont vraiment très sensibles, par exemple, à la géothermie. On s'intéresse à la géothermie. Le spa de Rivabel, c'est de la géothermie. On est très sensibles au solaire. On est tous éclairés. par des panneaux solaires. Et lorsqu'on passe devant ces panneaux solaires, ils nous éclairent. Et puis ensuite, ils s'éteignent. Tout ça est fait dans le respect de la nature. Les naturistes aiment la nature. Ils n'aiment pas tout ce qui est industriel. Ils recherchent toujours des produits locaux, des circuits courts. Ils sont tout le temps en train de demander, que ce soit les Allemands, les Suisses, les Italiens, où est-ce qu'on peut trouver des produits qui sont naturels ? C'est ça qui est intéressant. Et puis, aussi curieux que ça puisse paraître, les naturistes sont des gens pudiques. Ils ont beaucoup de C'est une pudeur peut-être du... Moins du corps que du cœur, mais ils ont une pudeur. Et au début, c'est vrai qu'il faut parfois un peu les conquérir parce qu'ils ont peur de déranger. Moi, je trouve qu'ici, sur plus de 75 hectares, on vit tous en parfaite harmonie. Il ne faut pas oublier qu'ici, tu n'as que 12 hectares qui sont consacrés au tourisme. C'est de la nature. Tu as 30 lamas. Moi, ici, je me sens bien. Je me sens un citoyen du monde. Même si j'ai mes racines, mais ici, je me sens un citoyen du monde.
- Speaker #0
C'est drôle que tu es le premier naturiste à me dire que les naturistes sont pudiques. Je trouve ça exceptionnel. C'est vrai. C'est très bien, c'est très beau même, d'une certaine manière. Je voudrais savoir qu'est-ce que ça t'apporte le naturisme dans ta vie, de tous les jours ?
- Speaker #1
D'abord, je vais te sortir, sans doute impensif, un sentiment de liberté. Et puis un sentiment aussi d'égalité. parce que dans un village d'un touriste Les handicapés physiques, les gens qui sont en surpoids, il n'y a pas de grossophobie par exemple dans les villages naturistes. On n'est pas dans la concurrence du maillot, de celui qui a le super maillot, la fille qui a le maillot tendance. Tout le monde est nu. Et dans le fond, nous sommes comme celui qui nous a créés, nous sommes nus. Et la nudité, ce n'est pas un phénomène nouveau en Corse. Au XVIIIe siècle, alors que nous étions indépendants, les hommes se baignaient au fleuve tout nu, il n'y avait pas de maillot, et les femmes se baignaient au fleuve, mais plus bas. Il y avait une forme là aussi de respect mutuel. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait dans le fond ? On est tous ensemble, il y a des familles, il y a des enfants, et tout le monde vit en harmonie. On est nus, mais qu'est-ce que ça peut faire ? Il n'y a pas d'érotisme. Sur une plage naturiste, ce n'est pas érotique. Il faut aller au Lido, mais pas sur une plage naturiste. C'est sain. Il y a beaucoup de... C'est très sain, voilà.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu dis justement, parce que tu parles d'érotisme, qu'est-ce que tu dis aux gens qui associent malheureusement le naturisme à ça ? Qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #1
Je pense qu'il doit exister des villages où peut-être l'érotisme peut être du marketing, relève du marketing. Mais ici, ce n'est pas le cas. C'est vraiment une ambiance très familiale. Je te rappelle aussi que, alors je ne vais pas faire d'essentialisation, mais le village est dirigé par des femmes. Je ne devrais pas le dire parce qu'il ne faut pas tomber dans l'essentialisme. Mais quand c'est dirigé par des femmes, c'est quand même mieux. Des petites voitures électriques le matin pour faire les ménages, pas de bruit et un respect, une sensibilité qu'on ne retrouve pas peut-être dans certains villages du continent où on favorise. On peut pervertir tout, bien sûr, tout est perverti. On peut pervertir la musique classique, le théâtre, on l'a vu. Le cinéma, on peut en faire des objets de propagande. Mais ici, ce n'est pas le cas. Ici, vraiment, on est dans une ambiance vraiment naturelle. Les locaux qui viennent ici, parfois, sont des textiles, ne sont pas naturistes, mais ils sont conquis. Et ils reviennent. Donc, il n'y a pas de problème.
- Speaker #0
Et est-ce que, du coup, ils teintent l'expérience ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. En fait, au début, ils conservent le maillot. Ils se disent, moi, après tout, je ne suis pas comme ça. Et puis, ils voient des gens comme eux. Si on a du bide, moi, j'ai pris du ventre. J'ai pris 5 kilos. Bon, il y a des hommes comme moi qui ont 5 kilos en trop. Madame dit, mon Dieu, j'ai de la cellulite. Mon Dieu, mais elle aussi, la cellulite. On est... On ne se... Au bout d'un moment, on ne regarde plus ça. On ne met plus dans le jugement. Au début, oui, je comprends. On est tous comme ça. On se dit, mon Dieu, je n'oserais jamais. Mais ce n'est pas vrai. C'est vraiment un art de vivre. Ici, on est là pour être en adéquation avec la santé, avec la nature, avec l'envie de vivre et d'être le plus naturel possible.
- Speaker #0
Ok. On associe souvent le naturisme avec les sens. Les sens sont développés, notamment le toucher. la sensation du vent, de l'eau sur le corps. Du coup, je voudrais te poser deux, trois questions justement autour des sens. Est-ce qu'il y a une odeur ou un son qui te ramène instantanément dans une sensation naturiste ?
- Speaker #1
Écoute, ici, il y a déjà un parc végétal très important et parfaitement respecté. Tu as même un jardin botanique où tu peux aller puiser quelques herbes pour tes sauces si tu veux faire ta cuisine. Donc, tu as un mini-villa. Ensuite, il y a le bruit de la mer. Dormir au bord de la mer ou se reposer après une année passée à Paris ou à Berlin où les gens travaillent beaucoup. Ici, on retrouve... Alors, ce sont des ambiances qu'on ne retrouve pas ailleurs. Il y a de l'immortel. Il y a des... Tu sais, moi, c'est très rare. Moi, j'étais sur l'île de Sainte-Hélène où est mort l'empereur. On a tourné un film là-bas. J'ai retrouvé des immortels. J'étais tout surpris. Ici, c'est un parc naturel avec des fleurs, avec des... avec des animaux, et on ne le retrouve pas partout. Ça, il faut dire ce qui est. Moi, je ne suis pas là pour faire... Ils n'ont pas besoin de moi pour la publicité de Rivabel. Mais il se trouve que j'y retourne depuis 40 ans. C'est peut-être que j'y trouve mon compte.
- Speaker #0
Exactement. Mais du coup, quand tu étais justement à Sainte-Hélène, le fait de revoir ces immortels, ça t'a rappelé, ça t'a ramené ici à Rivabel ?
- Speaker #1
Ça m'a ramené ici.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu associerais... Quel goût, en fait, ou plat tu associerais du coup au naturisme, par exemple ?
- Speaker #1
Écoute, ici, on fait des soirées. Par exemple, tu sais, on a un étang qui n'est pas très loin. Donc, on mange des moules qui sont fraîches. L'étang n'est pas loin du tout. Vraiment des circuits courts. Lorsqu'on mange une charcuterie, c'est du circuit court aussi. Les tomates, elles sont de la région. Tu vois, il n'y a rien de... On essaye au maximum, je le vois. Ma femme est prof de yoga. L'hygiène alimentaire, c'est son truc. Je peux te dire que là, je suis contrôlé intégralement. Et je peux te dire qu'ici, il n'y a pas de problème.
- Speaker #0
Et en plus de ça, tu prends du coup 5 kilos malgré cette... Je suis gourmand.
- Speaker #1
Je suis gourmand. Malheureusement, je suis gourmand. Je mange en cachette.
- Speaker #0
Et du coup, si on fait une mini-conclusion par rapport à ces sens, pour toi, quel serait le sens qui résume le naturisme ? Le toucher, l'ouïe, le goût ?
- Speaker #1
Moi, je dirais... Une sensation de bien-être qui rejoint le « oui » mais aussi le « goût » . C'est le goût de vivre, en fait. C'est le goût de se sentir libre. Dans un monde où les contraintes augmentent, où l'ordre moral fait que maintenant, il faudrait même se couvrir les cheveux, se couvrir... Ici, on se sent bien. Et quelle que soit la religion, la confession, quelles que soient les idées de chacun, on se respecte. C'est ça le plus important. Toutes les origines ici. Et c'est ça qui fait aussi le goût, cet art de vivre. C'est qu'on se retrouve avec des gens qui sont différents, avec des cultures différentes. Et nous avons en commun, au moins, l'amour de la nature et l'amour du naturisme.
- Speaker #0
Il y a une forme d'égalité, en fait. Ça remet tout le monde au même niveau.
- Speaker #1
Quand on a un beau costume de marque, c'est sûr qu'on peut en jouer. Mais quand nous, les hommes, nous sommes tout nus, crois-moi, on est comme tout le monde. On ne se compare pas. Il y a bien longtemps qu'on ne fait plus ça. Au début, c'est vrai qu'on regarde. On regarde. Tiens, lui, il est mieux foutu que moi. Les femmes, je suppose que c'est la même chose. Mais ça dure une heure. Après, c'est fini. Il y a tellement de choses à faire. C'est tellement plus intéressant de profiter de Rivabelle, d'aller faire le parcours santé, de respirer, de dire qu'est-ce qu'on est bien.
- Speaker #0
De prendre le temps.
- Speaker #1
Il n'y a pas de pollution. Il n'y a rien ici. Il faut le dire.
- Speaker #0
De toute façon, c'est un peu à l'écart de tous les circuits touristiques. Il faut prendre le petit chemin pour arriver jusqu'ici. Il faut traverser tout ce petit maquis, on va dire. Et c'est très agréable, quand même. Certains le comparent à un petit paradis, d'ailleurs. Est-ce que toi, c'est le tien ?
- Speaker #1
Oui, oui. Moi, j'aime bien me retrouver ici parce que c'est mon paradis. C'est mon jardin d'Éden. C'est-à-dire que j'ai mes racines. Je suis corse, je parle corse. Mais ici, je me sens aussi... un citoyen du monde. Je me sens bien ici parce que je rencontre des gens vraiment de toutes origines et dans un parc floral, naturel, qui est vraiment... Moi, je le répète, les gens font ce qu'ils veulent. Mais venez essayer. Venez essayer. Si vous n'êtes pas, si ça ne vous plaît pas, vous irez ailleurs. Mais essayez. A mon avis, vous ne serez pas déçus.
- Speaker #0
Puisque tu parles de transmission, etc., comment, toi, tu parlerais du naturisme à un enfant ou un ado ? que le rapport au corps, le rapport à l'autre. Du coup, toi, comment tu pourrais en parler ?
- Speaker #1
Je pense que pour les enfants, avec leur famille, c'est beaucoup plus naturel. Je pense que c'est plus problématique pour les adultes. Parce que les enfants ont un rapport à la nudité. Ils se baignent, il n'y a pas de différence de couleur, d'origine. Donc, je pense que c'est le regard que nous portons sur ce volet familial, où on voit effectivement... parfois des grands-parents avec des petits-enfants et les grands-parents sont nus aussi et les affres du temps sont là et on se dit, mon Dieu, les enfants sont choqués mais pas du tout. Ils aiment leurs grands-parents et ils sont nus. Mais ça ne pose aucun problème. Sinon, il y aurait beaucoup de cultures en Europe qui auraient de gros problèmes. Oui,
- Speaker #0
ça c'est sûr.
- Speaker #1
Ça se saurait quand même.
- Speaker #0
As-tu le souvenir d'avoir transmis cette pratique à quelqu'un ou d'avoir fait découvrir ça à des amis, à ta compagne par exemple. Oui,
- Speaker #1
ma compagne n'était pas naturiste.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Elle est magnifique qu'elle n'était pas naturiste. Je me disais mais t'aimes le sport, t'es prof de yoga. Elle me dit non, tu sais et puis au bout d'une après-midi, elle me dit je vais me mettre nu moi aussi. Tout le monde est nu ici. Ça ne pose aucun problème. Et d'ailleurs, j'indique que le soir lorsqu'on va au restaurant, parce qu'il y a un restaurant ici, tout le monde est habillé. Tout le monde est habillé. Il ne viendrait à l'esprit de personne de venir tout nu au restaurant. Tout le monde est habillé.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, il y a de belles toilettes, il y a des toilettes plus simples. Les gens, peut-être, ils sont un petit peu dans un mode de séduction. Il y a beaucoup de familles, de couples, voilà. Mais sinon, non, tout le monde est nu. Ça ne pose aucun problème. Sur les plages textiles, il y a des rapports de séduction.
- Speaker #0
Oui, directement.
- Speaker #1
Parfois, avec effectivement des modes de maillot sur les femmes qui sont peut-être un peu plus... Mais ici, il n'y a rien. Les gens sont comme nous avons été créés. Bien sûr. C'est comme ça. J'insiste sur le fait qu'il y a des handicapés physiques. Il y a des gens qui ont de gros handicaps. Il y a des gens qui sont en fauteuil. C'est ça, la réalité, elle est là.
- Speaker #0
Est-ce que tu as dit à des copains à toi, à des potes, de venir ici ? Bien sûr. Et est-ce que... Comment tu leur as fait découvrir le lieu ? Est-ce que ça a été facile pour eux ? Est-ce que tu as échangé là-dessus ou pas ?
- Speaker #1
Je leur ai dit, venez avec le maillot. Je savais qu'au début, ils mettent le maillot, puis tout le monde est tout nu. Après, ils vont au restaurant le soir, ils discutent avec la naturiste, ils posent des questions, et puis le lendemain, ils disent, peut-être que le maillot, je ne vais pas l'amener. Donc on te fait, ouf, ici, ce n'est pas la peine, et puis ça y est. Mais au début, il ne faut pas forcer les gens, il ne faut pas dire, alors attention. Vous allez venir et vous êtes tout nus. C'est le meilleur moyen de les faire fuir. Moi-même, on m'aurait dit ça, je ne serais pas venu. Moi, je suis venu il y a 40 ans. J'ai dit, bon, je vais voir comment c'est. Puis voilà.
- Speaker #0
Oui, parce que tu as découvert comment, en fait, ce lieu, d'ailleurs ?
- Speaker #1
Moi, je connaissais Marie-Claire. Ensuite, nous avons... Vraiment, nous sommes devenus très, très amis. J'ai fait en sorte, même dans mes propres émissions de radio... d'abandonner une certaine neutralité, parce que je trouvais que parfois, certains procès qu'on faisait aux naturistes étaient parfaitement injustes. Donc, je me suis sorti un peu de... L'objectivité n'existe pas. On peut espérer de la neutralité. Et donc, Marie-Claire, par exemple, je l'ai fait venir à la radio, je suis venu l'enregistrer ici, j'ai donné la parole à des naturistes, notamment à des Italiens, qui s'adressaient donc en langue italienne à des Corses. Les gens disaient, mais dans le fond, « So noctre, so come noi » . Tu vois, donc c'était... Je pense que j'ai un peu joué cette carte aussi parce que j'y crois. Moi, si je n'y crois pas, je ne peux pas.
- Speaker #0
Oui, mais normal.
- Speaker #1
Moi, je ne peux pas m'en bourser. Je ne retire aucun intérêt ici. Je ne suis actionnaire de rien. Je paye mon séjour quand je viens. Voilà. Donc, je ne suis pas du tout un mercenaire au service d'une... Non, pas du tout. Mais j'y crois. J'y crois. Je trouve que c'est... Je trouve que c'est bien, c'est beau, c'est sain. Il n'y a pas de vice. Bien sûr qu'il y a des histoires d'amour. Moi, j'ai même connu un couple qui a divorcé ici. Ils s'étaient connus ici. Ils se sont séparés ici. Ils se sont connus ici. Ils ont divorcé. Ça arrive comme dans le naturisme. C'est pas la panacée. Il peut y avoir des histoires d'amour qui s'achèvent. Mais ça n'a rien à voir avec le naturisme. C'est la nature humaine.
- Speaker #0
Mais du coup, tu dis comme ça que tu connaissais Marie-Claire pour venir ici. Et tu étais naturiste avant de venir ou tu l'es devenu en arrivant ici ?
- Speaker #1
Alors, je vais te raconter une anecdote rapide, en une minute.
- Speaker #0
Tu peux développer, il n'y a pas de problème.
- Speaker #1
Nous sommes dans les années 70. Je suis un adolescent au centre de la Corse. Et mon père, qui avait vécu en Allemagne, offre l'hospitalité à une famille de hippies qui jouaient de la guitare, ils chantaient du Bob Dylan. C'était moi qui adorais Bob Dylan. Et ils ont une fillette de mon âge. Moi, j'ai 14 ans, elle a 14 ans, petite Allemande. Et elle me dit, parce qu'elle parle un peu le français, on va aller se baigner au fleuve. Je suis du centre de la Corse, il y a un très beau fleuve. Et nous, on a parti dans un endroit parfait, un jardin d'Éden, parfaitement. Et là, elle se met toute nue. Et moi, je n'avais jamais vu ça. Moi, j'avais un short de l'équipe de Bastia. Et elle me dit, mais enlève le short aussi. Et je me baigne et ça m'est resté. Je me baignais avec ma petite fiancée. Nous avions 14 ans tous les deux. Et je me suis dit, c'est quand même extraordinaire. C'est une révolution pour moi. Et quand je suis revenu ici, des années plus tard, avec les Allemands, j'ai revécu ce moment. Donc j'avais été un peu naturiste, moi aussi. Simplement ici, c'est parfaitement codifié. Mais on n'oblige personne. Si les gens ne veulent pas se déshabiller, il reste des textiles. À mon avis, pas longtemps. Tout seuls, ils vont... C'est embêtant, un maillot mouillé en plus.
- Speaker #0
Le fameux maillot mouillé. On a entendu parler de ce fameux problème de maillot qui colle, dirais-je. Si on va un petit peu plus loin dans notre discussion, est-ce que le naturisme a modifié ton rapport à la nature ? Est-ce que tu l'as vu différemment ?
- Speaker #1
Alors ici, tu le vois différemment. D'abord parce que quand tu te promènes, tu fais le parcours santé, que tu es nu, tu es un élément de la nature. Tu n'es pas un dominant, tu fais partie de la nature. Et donc, ça modifie parce qu'ici, le temps se ralentit. Tu vois, il n'y a pas le... Moi, c'est très rare que j'ai ma montre. Et ma femme, elle la retire dès qu'elle arrive ici. On est vraiment en rapport... Enfin, on est en osmose avec la nature. Et les parfums nous aident beaucoup parce que tu sais que le sens olfactif, c'est très important. Tu vois, un parfum, par exemple, si tu as eu une histoire d'amour et puis que tu retrouves un parfum de cette époque-là, il va te rappeler cette histoire d'amour ici. On a des parfums qu'on retrouve dans le parcours santé et qui nous disent, vous avez vu, vous êtes bien à Rivabelle, vous n'êtes pas ailleurs. Croyez-moi, vous êtes là. Oui, effectivement. Donc, ça te ramène à la nature. Et puis, le fait aussi d'échanger avec des gens qui, eux, moi, je vois les Allemands, par exemple, sont très, très sensibles à l'écologie. Tu vois, donc, on apprend. En fait, on apprend des autres. si on est un refermer sur nous-mêmes, si on est les meilleurs, les autres sont tous des enfoirés,
- Speaker #0
on n'avance pas.
- Speaker #1
Les gens se mélangent. Il y a des histoires d'amour. On a vu des histoires d'amour naître entre des Corses et des Allemands. Il y a des couples corso-allemands. Moi, j'ai une compagnie d'assurance. La jeune femme qui dirige la compagnie d'assurance, elle est le fruit d'une histoire d'amour entre une Allemande et un Corse. Elle cultive les deux cultures. Et c'est merveilleux. Ici aussi. Bien sûr, les vacances, c'est quoi ? C'est le fait de se retrouver en famille, d'oublier le boulot, les impôts, les maladies. Et puis parfois, de tomber amoureux. Bien sûr que ça arrive. Mais il n'y a rien de salace.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et du coup, puisque tu parles de déconnexion, pour toi, ça te fait quoi d'arriver ici ? Et de déconnecter, justement. Est-ce que c'est ta petite pause dans ta vie de tous les jours ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Moi, ici, moi qui dors très peu, je dors ici. Je me repose totalement. J'ai beaucoup d'espace pour lire parce qu'on a besoin de silence pour lire. Moi, j'ai besoin de silence. Je lis beaucoup. J'amène toujours beaucoup de livres. Je ne regarde jamais la télé, même si je collabore maintenant avec la télé.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Oui, mais les gens de l'image aiment bien se couper de l'image. Donc, euh... Par rapport au corps, justement, parce que tu me parlais que tu étais nu quand tu avais 14 ans, etc. Est-ce que depuis que... Toi, ça fait 40 ans que tu es naturiste. Est-ce que tu as vu évoluer une tolérance vis-à-vis du corps des autres ou au contraire, plutôt se refermer avec l'évolution de notre société actuelle ?
- Speaker #1
Lorsque les naturistes sont arrivés en Corse, avec la vague hippie... il y a eu des problèmes. Parce que souvent, ils se mettaient nus sur des plages qui étaient textiles. Et il y a eu des fois, même, des manifestations très hostiles où on a jeté de la peinture sur des naturistes. Ah oui ? Oui, ça n'a pas été la page la plus glorieuse de l'histoire de la Corse. D'accord. On s'intéressait plutôt à l'histoire de la libération de la Corse en 1943 que de ça. Mais effectivement, très vite, à partir du moment où il y a des professionnels qui ont décidé, qui ont pris le risque d'ouvrir... des villages de vacances naturistes en disant « il y a un créneau, des gens nous réclament ça, ils viennent du nord de l'Europe, il y avait des Suédois, des Norvégiens, des... On a envie de la Corse, mais on voudrait être nus. » Ils ont ouvert ces créneaux-là et tout doucement, tout ça est rentré dans l'ordre. Aujourd'hui, il y a des groupes culturels corse qui viennent chanter dans des villages naturistes, il y a des rencontres, certains même prennent des cours de langue corse durant leurs vacances.
- Speaker #0
Quand ils viennent ici au centre ?
- Speaker #1
Bien sûr, dans la région on peut prendre des cours. Donc il y a une osmose, mais il fallait chasser les préjugés. Parce que le préjugé, c'est la chose qui est déjà jugée. Et on avait jugé que les naturistes étaient dégueulasses. Et puis force est aujourd'hui de constater que tout ça est terminé, c'était une mauvaise période, c'était une période peut-être en forme de chauvinisme mal placé.
- Speaker #0
Est-ce que c'était par rapport, tu penses, à la culture ? Je suis des Landes, on a le Pays Basque juste à côté, on a une culture qui est forte aussi de notre côté. Les Corses, vous avez aussi une culture qui est très forte. Est-ce que le fait de voir des personnes, comme tu dis, des hippies débarquer, est-ce que tu penses qu'il y a eu une confrontation des idées à l'époque ?
- Speaker #1
Oui, parce que c'était une société qui n'était pas habituée à ce genre de confrontation. C'était une société qui était très imprégnée par la religion, notamment, et la religiosité, où il fallait effectivement, quand même, être extrêmement couvert. Je ne dis pas que ce n'était pas Téhéran, mais enfin, c'est vrai que les gens disaient attention. En Corse, par exemple, si une femme avait une robe un peu courte, on disait « Gouardagissioued Adonadour » . Alors, ça veut dire « Regarde, on voit ton entrejambe » . On appelle à l'ordre comme ça, mais... C'est fini, ça, depuis longtemps. Les... Comment dire ? Les corses sont comme les autres. Si on regarde le public des Mouvrines, c'est un groupe très connu dans le monde, il y a beaucoup de naturistes qui vont voir les Mouvrines, qui achètent des disques à les Mouvrines. Les oreilles sont les mêmes.
- Speaker #0
Est-ce que parfois, tu trouves que les naturistes sont jugés trop facilement ?
- Speaker #1
Écoute...
- Speaker #0
Par la société, je parle, attention. Parce que...
- Speaker #1
Franchement, ça a été le cas, mais ce n'est vraiment plus le cas. Peut-être que je fréquente des gens qui ont une certaine ouverture d'esprit, mais non, franchement...
- Speaker #0
En fait, si je pose cette question-là, pour être clair, c'est que je vois à l'heure actuelle, par rapport aux réseaux sociaux, par rapport à certains sites internet, le nu, qui autrefois était dans les années... Il y avait une liberté dans les années 70-80. Maintenant, la nudité, c'est un peu... Attention, il ne faut pas trop montrer, etc. C'est pour ça que je te pose cette question. Dans le sens où j'ai l'impression qu'automatiquement, quand on dit « je vais dans un cas naturiste » , il y a directement des préjugés et du jugement.
- Speaker #1
Alors, je ne veux pas que les gens se font des idées, ils pensent que c'est un lupanar. Tu sais, il y a des frustrations que les gens expriment, mais surtout sur les réseaux sociaux. Et puis sur les réseaux sociaux, tu as des modes de fonctionnement qui obéissent à ce qu'on appelle par exemple le « bandwagon effect » . C'est-à-dire que... Une locomotive qui vient attaquer, puis tout le monde monte dans le wagon et chacun vient donner un coup de couteau, une pierre au naturiste qui est au sol sur les réseaux sociaux. C'est le lâchage permis par la République. Mais il ne faut pas se fier à ça, parce qu'en fait, les naturistes ne veulent pas de publicité. Et même sur les réseaux sociaux, lorsqu'ils publient des photos, ils font très attention à ce qu'ils font. Moi, je ne sais pas si vous avez remarqué, les familles qui publient des photos, si les enfants sont nus, ils ne vont pas mettre les enfants nus sur les réseaux sociaux. On va les voir jusqu'à la taille, à table, dans leur villa. Ils ne vont pas commencer à exposer les nudités, ni les leurs, ni celles de leurs enfants. Non, non, chez les naturistes, il y a un souci de discrétion. D'ailleurs, que tu retrouves regarde, prends l'exemple Marie-Claire et Marie-Noël qui dirigent ce village de vacances sont extrêmement discrètes elles ne se mettent pas du tout en avant pourtant elles ont des choses à dire, elles sont intelligentes elles ne se mettent pas en avant moi quand j'étais à la radio j'avais un mal fou quand j'allais les voir pourtant elles me connaissent avec confiance à moi alors j'avais trouvé un truc, je les enregistrais l'enregistrement rassure beaucoup mais en direct les villages naturistes je dirais de... au sens historique du terme, sont des villages où on aime la discrétion. Le bonheur simple.
- Speaker #0
Est-ce que tu parles des villages naturistes ? Tu en as fait d'autres, à part Rivabella ?
- Speaker #1
Écoute, non. Je me suis baigné nu dans des endroits reculés. Mais non, le seul village... Si, j'ai fait un peu de naturisme, mais c'était pas dans... C'était au domaine de Mourte, parce que j'avais une maison dans la nature et j'étais complètement isolé. Donc je pouvais être nu, ma femme aussi. Mais sinon, non. Dans un village... Moi, je te dis franchement, j'envisage même de m'installer l'hiver ici.
- Speaker #0
Ok, d'accord.
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est possible. Je ne suis pas certain que ce soit possible.
- Speaker #0
Il faudra la demande.
- Speaker #1
Mais je t'avoue que je pourrais tout à fait m'installer ici parce que je peux travailler, je suis tranquille. Je n'ai pas de... Et je vis vraiment au bord de la mer avec des gens adorables dans la région ici de Liguitzette, autour de Rivabelle. Tu as des restaurants, tu as des commerces, tu as des boutiques de produits traditionnels. Puis, il y en a même une sur le domaine.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Donc, il y a tout. Ah, mais non, je ne sais pas ce qu'il faut faire de plus pour séduire les gens. Mais déjà, la simplicité et le fait aussi qu'il y a quand même une volonté de respect du consommateur. On n'est pas dans des prix excessifs.
- Speaker #0
Oui. Du coup, ça fait 40 ans que tu viens. Tu as vu évoluer Rivabella ? Comment tu l'as vu évoluer, toi ?
- Speaker #1
Écoute, moi, j'ai connu déjà l'époque où la route n'était pas goudronnée. Aujourd'hui, il y a quand même une partie, pas toute, mais qui est goudronnée. J'ai connu Rivabella avant le spa. J'ai connu Rivabella lorsqu'il y avait plus de 60 lamas. Aujourd'hui, il y en a 30. Ils se reproduisent en... Si je peux appeler ça une captivité. Ils sont sur plus de 70 hectares. Oui, c'est ça. mais bon j'ai connu les... J'ai connu les filles de la famille enfant. Il y en a une d'ailleurs, ça me fait plaisir, ça me file un coup. Elle m'appelle tonton. C'est dire. Moi-même, je venais ici à moto, je plantais ma moto là. Aujourd'hui, je viens en voiture. J'ai vu vraiment changer et j'ai vu même les améliorations qui ont été apportées. Le service s'améliore tout le temps. Le service, c'est quelque chose, c'est une quête inlassable. C'est-à-dire que les gens demandent toujours plus de services.
- Speaker #0
Parce que tout le reste est parfait. Mais on te demande toujours plus. Donc, il faut tout le temps répondre à la demande du service. Et ça, j'ai vu vraiment, il y a vraiment une volonté de perfection au niveau du service. C'est important.
- Speaker #1
Et du coup, c'était comment Arriva Bella, il y a 40 ans ?
- Speaker #0
C'était... Bon, il y avait déjà le papa, de Marie-Noël, qui est mort centenaire, et qui était un personnage incroyable. Et moi, je me rappelle, quand je suis arrivé, je me suis dit, enfin Il est fou. Tous ces lamas, ils vont partir dans la nature. Sur les routes, on va les retrouver. Et puis, ces maisons plantées là au milieu des arbres. Je me disais, mais les gens, comment ils vont faire pour vivre là ? Je me demandais. Et en fait, tout est parfaitement relié. Tout est parfaitement... La circulation se fait parfaite. On est tous à pied. Il y a des parkings. Oui, exactement. On n'a plus la pied. Il y a des voitures électriques pour le personnel. Mais tout ça, je l'ai vu arriver après. Au début, c'était un peu... Et puis, on avait... On avait un four à pizza, on faisait les pizzas le soir. En même temps, il y avait...
- Speaker #1
Du coup, un four à pizza mutualisé avec tout le monde ? Tout le monde venait.
- Speaker #0
Marie-Claire nous faisait des grandes paellas. Aujourd'hui, c'est devenu beaucoup plus professionnel. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Un professionnel de la restauration qui a fait ses classes à l'étranger, notamment, et puis même à La Réunion. Donc, il propose aussi des produits insulaires, des produits... On découvre quelques nouvelles saveurs, mais des saveurs aussi d'ailleurs. Il y a une volonté de s'ouvrir au monde. C'est ça, si on se referme. Après, bien sûr qu'il faut étendre la culture locale, mais ne pas se refermer et accepter le métissage.
- Speaker #1
Et quand tu es arrivé, il y avait déjà les bengalos sur la première ligne, face à la mer ? Ce n'était pas les mêmes,
- Speaker #0
ils sont encore plus beaux aujourd'hui, mais il y avait déjà cette ligne-là. Il y avait déjà une première vague qui était là. Ensuite, nous, on a découvert qu'on s'était agrandi à l'arrière. On a découvert des maisons qui sont un peu plus dans la nature, du côté du parcours santé. Mais franchement, il y en a pour tous les goûts. C'est-à-dire que si vous voulez être près de la mer, vous serez près de la mer. Si vous voulez être vraiment retiré, il suffit de le demander.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Moi, je vous conseille de réserver plutôt d'un aller sur l'autre, parce que là, c'est la folie. Ah oui ? Parce que les naturistes sont comme les autres touristes. Ils ont leurs habitudes. Par exemple, ceux qui viennent avec des camping-cars, ils arrivent avec des camping-cars. Ils ont des scooters électriques à l'arrière. Ils font leurs courses. Le camping-car, il faut qu'il soit au même endroit chaque année.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
oui. Il faut respecter ça. Il y a des conventions. Il y a des gens... Il y a des conventions même chez les naturistes.
- Speaker #1
Oui, mais c'est normal, Quelle était ta plus belle surprise ici ?
- Speaker #0
Écoute, ma plus belle surprise ici, c'était de voir les... les enfants grandir de la famille et de voir comment... Parce que lorsque tu as... Il y a deux filles. Il y a Maëva et Sabrina. Et on peut toujours imaginer que ces filles ne vont pas prendre la relève. Et que l'appel de l'étranger, du monde, a envie de partir peut-être en Colombie. En plus, elles parlent parfaitement allemand. Donc vous pouvez imaginer aussi qu'elles tentent une carrière en Allemagne. Et puis j'ai vu ces gosses grandir et puis s'imprégner du lieu et de vouloir. transmettre quelque chose et prendre la suite. Donc, ce problème qui est posé depuis longtemps par les chambres de commerce, qui s'appelle la transmission d'entreprise, ici, par la magie des lieux, elle est acquise.
- Speaker #1
Oui, ça se fait naturellement.
- Speaker #0
Naturellement, voilà. Ça, ça a été pour moi, parce que moi, je suis issu d'une famille de commerçants, et la transmission d'entreprise n'est pas forcément simple. Sur une partie, ça fonctionne de la famille, sur l'autre, ça ne fonctionne pas. Il y a parfois des déchirements. Là, il n'y en a pas eu. C'est-à-dire les deux gosses, les deux... c'est de jeunes femmes, maintenant elles sont ça y est, elles vont prendre la suite on le sent, elles s'impliquent donc c'est réussi, et elles amènent leur touche et c'est, alors je le dis une fois de plus, c'est très féminin ici la vision des choses est très féminine ce sont des femmes qui dirigent, et je veux pas essentialiser les femmes, parce que comme partout, il y a eu Thatcher mais les filles c'est quand même quelque chose elles amènent une touche d'une... Je ne sais pas, il y a quelque chose qu'on ne retrouve pas ailleurs.
- Speaker #1
Mais il y a une sorte de filiation, on va dire.
- Speaker #0
Totalement. Depuis le début. Finalement, tu sais, lorsque le grand-père a transmis sa passion du lieu, parce qu'il a pris des risques à l'époque, c'était pas évident. C'était un domaine immense. Et l'hiver, il faut rester là, il faut surveiller un peu quand même, il faut s'occuper des lamas. C'était pas évident. Eh bien, tout ça fonctionne très bien.
- Speaker #1
L'histoire du spa, c'est Marie Blanc qui l'a mis en place, l'Atalasso ?
- Speaker #0
Oui, oui. Franchement, bon, l'Atalasso était nécessaire. Les naturistes demandaient de la thalasso, ils demandaient vraiment des soins, des massages, du sauna, du hammam, de l'épilation, parce que les soins du corps chez les naturistes c'est très important. Et souvent ils ont un rapport à la pilosité, quelque chose qui fait qu'il faut que ce soit... Ils ont un rapport au corps, mais qui n'est pas un rapport de Baudu-Bulder. C'est vraiment un rapport, il faut qu'ils soient bien, qu'ils se sentent bien. sont apprêtés, et après, ils sont en osmose totale avec la nature. Mais ça, c'est aussi le spa. C'est aussi l'ambiance du spa, avec les produits Corses que l'on trouve au spa.
- Speaker #1
Ça,
- Speaker #0
c'était important.
- Speaker #1
Je rebondis sur ce que tu dis sur l'épilation. Il y a quand même une forme de préparation du corps.
- Speaker #0
Chez certains, oui.
- Speaker #1
Et c'est par quoi ? Par peur du regard ?
- Speaker #0
Non, je pense que c'est peut-être de l'hygiène. Je ne sais pas. Pas chez tous. Je ne pense pas que si une personne pileuse serait venue ici avec ses poils, elle les aurait retirés. Mais peut-être. Mais il y a un rapport aussi à ça. Et donc, on a besoin de soins esthétiques. Oui, ça, ça se fait. Je le constate. Je vois tous les jours des gens qui sont parfaitement... Même si on retrouve tout ce qu'on retrouve dans la vraie vie. C'est-à-dire des gens qui ont des problèmes de poids, des problèmes parfois d'anorexie. Mais ils viennent ici, ils repartent, ils sont mieux.
- Speaker #1
Oui, il y a une acceptation de son propre corps par rapport à l'autre.
- Speaker #0
Totalement. Et on ne juge pas.
- Speaker #1
Oui, ça c'est le plus important au final, le jugement.
- Speaker #0
Oui, on ne peut pas rester dans un endroit où les gens sont jugés en fonction de la carte bancaire.
- Speaker #1
On juge plus les personnes habillées que les personnes nues.
- Speaker #0
Parfois, oui. Parfois, oui, ils sont très cool. Ce que l'on appelle les textiles ne sont pas rejetés ici. Mais en général, ils ne restent pas longtemps textiles.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Ok. On va bien voir si on reste textile ou pas, du coup. On verra bien. Je t'ai posé la question de la plus belle surprise. Mais est-ce que, par exemple, il y a eu un malaise un jour ici ou pas du tout ? C'est jamais arrivé pour toi ?
- Speaker #0
Non, jamais. Jamais, jamais. Non, écoute, jamais. Vraiment, je n'ai jamais eu de problème ici. Au contraire, j'ai plutôt trouvé des solutions ici. Notamment lorsque j'en ai du boulot. Parce qu'à un moment donné, je travaille plus que maintenant. Et si je trouvais des solutions que peut-être je n'aurais pas trouvées dans un milieu urbain.
- Speaker #1
Oui, parce que tu avais ton esprit qui était plus reposé peut-être.
- Speaker #0
Il n'y a pas de problème ici. Il n'y a pas de problème de voisinage. Il n'y a pas de problème. Les gens sont détendus. Ils sont apaisés. Les deux ou trois premiers jours, ils arrivent. Ils ont fait beaucoup d'autoroutes. C'est très dur. Ils ont affronté la chaleur. Parfois, ils sont un petit peu énervés. Mais très vite, ils vont...
- Speaker #1
Oui, le rythme redescend.
- Speaker #0
C'est normal. Ce sont des êtres humains.
- Speaker #1
Exactement. Qu'est-ce que tu aimerais nous partager de ce lieu, de Rivabelle ? Qu'est-ce que toi, tu adores le plus ici ?
- Speaker #0
Je vais te surprendre. Moi, j'aime les aubes ici. Lorsque le jour se lève ici, c'est vraiment particulier. Parce que dans la journée, il y a la vie. Mais quand l'aube naissante, surtout si tu as une mini-villa ou un bungalow sur la mer, tu verras, c'est des couleurs. Tu bois ton café. Et là, c'est un moment inoubliable.
- Speaker #1
Oui, là, il y a déconnexion totale.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Pourquoi il faudrait venir ici, à Rivabel, d'après toi ?
- Speaker #0
Moi, je pense qu'il faut venir... D'abord, il faut venir ici, à Rivabel, parce que c'est très simple.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Ce n'est pas compliqué. C'est-à-dire, tu n'es pas loin de l'aéroport de Poré, par exemple. Tu es à une heure. C'est en ligne droite. Tu n'es pas très loin de Porto Vecchio. Ici, une fois que tu es là, tu as tout. Tu as tout sur place, tu n'as pas besoin de t'inquiéter. Je pense qu'il faut venir ici aussi parce qu'on maintient encore, je l'espère pour longtemps, une certaine façon de voir la vie qui est vraiment particulière au lieu. Ici, on n'est pas menacé déjà par la bétonisation. Il n'y a pas de béton. Il y a une certaine façon de voir les choses ici que je retrouve depuis des années et des années et qui ne s'estompe pas. Il y a des phénomènes de mutation, c'est normal, parce qu'on améliore le matériel, la machine à café, le matin. Pour le reste, il y a un esprit qui est maintenu. Il y a des soirées musicales, où on voit des jeunes et des anciens ensemble, où les gens dansent, où les gens rient ensemble. Les personnes âgées sont très accompagnées. Il y a des personnes très âgées ici, vraiment très âgées. Et personne n'est oublié. Je trouve que c'est un esprit qui demeure et qui franchit comme ça les décennies.
- Speaker #1
Et cet esprit-là, tu penses que c'est l'esprit initial du lieu que le père a transmis au fur et à mesure ?
- Speaker #0
Oui, parce que le père lui-même, il a fini sa vie sans tenir, il était naturiste lui-même. Et il a pensé, il a eu cette vision, il s'est dit, la nature et le naturisme... Ça va bien ensemble. Déjà, il y a une euphonie des mots nature, naturisme. Et il a joué sur ça. C'est un pari fou, parce que ça pouvait être, comment dire, vitrifié par l'ordre moral. Mais pas du tout. Pas du tout. Ici, les gens sont parfaitement respectueux. Il y a des gens qui sortent du village de vacances le dimanche pour aller à l'église et puis ils reviennent. Mais voilà.
- Speaker #1
Oui, pour leur vie naturelle.
- Speaker #0
Ça est naturel. Tout ce qu'on prête au naturisme, quand on n'est pas naturiste, c'est souvent des problèmes que l'on a en soi. Des choses que l'on a en soi, des jugements moraux que l'on a en soi. On arrive avec ces jugements moraux, c'est le mythe, c'est normal, et après on les abandonne parce qu'on dit, décidément, c'était pas ça.
- Speaker #1
On s'est trompé toute notre vie.
- Speaker #0
On s'est trompé, on a mal jugé. Ça arrive. Des procès célèbres où les gens disaient qu'ils regrettaient.
- Speaker #1
C'est ça. Juste pour finir, du coup, on va faire un petit jeu de portrait chinois. Je ne sais pas si tu connais. Si le naturisme était une couleur, qu'est-ce que tu me réponds comme ça, du tac au tac ?
- Speaker #0
Moi, ce serait le bleu. Parce qu'ici, le bleu se marie bien avec la nature. Et puis, il y a le bleu du ciel. Il y a un microclimat sur Iverdell. Souvent, c'est assez curieux, mais il y a un microclimat. Et le ciel bleu, la mer bleue. Et puis, le bleu, je trouve que c'est une belle couleur. C'est la couleur aussi de la Vierge Marie. Et dans le fond, la Vierge Marie, elle est universelle.
- Speaker #1
Si c'était une musique ou un son ?
- Speaker #0
Alors, moi, je dirais le violon ou le violoncelle.
- Speaker #1
Ok. J'aurais cru que tu allais me dire Bob Dylan.
- Speaker #0
Non, Bob Dylan... Alors, Bob Dylan... Peut-être... Alors, certains morceaux, oui, mais... Non, je dirais du violoncelle.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Une ambiance un peu... Comme ça, un peu classique.
- Speaker #1
S'il fallait choisir un lieu imaginaire ou réel qui symbolise pour toi l'esprit du naturisme, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Un lieu, tu dirais...
- Speaker #1
Un lieu réel ou imaginaire, ça serait quoi, qui pour toi représente cet esprit ?
- Speaker #0
Le lieu le plus naturel, je pense, pour le naturisme, on ne va pas parler de la plage, parce qu'évidemment, les gens viennent pour la plage, ils sont souvent privés toute l'année, il faut comprendre aussi. Je dirais, dans le parcours santé, des fois, on a l'impression de se retrouver comme Adam et Ève dans un jardin d'Éden. Et les parfums Oh ! que l'on peut découvrir uniquement si l'on est à pied ou à vélo, avec un tout-terrain, un vélo tout-terrain. Mais pour moi, c'est ça l'idéal. Et puis, je trouve que parfois, quelques parfums de cuisine aussi, ça peut être très sympa.
- Speaker #1
Et c'était une sensation ?
- Speaker #0
La sensation, c'est cette espèce de torpeur qui existe, cette espèce de chaleur qui est là, équipe. on ne fonde pas. Moi, j'étais dans certains pays où la chaleur était accablante, dans certains pays d'Afrique. Mais c'est le sentiment de se sentir bien avec une température qui n'est pas accablante. Même si des fois, nous avons des étés très chauds. Mais ici, tu as vu, il y a des arbres partout. Les arbres sont les rois de Rivabelle, avec les lamas. Il y a des arbres près.
- Speaker #1
Et si le naturisme était un animal, ce serait quoi pour toi ?
- Speaker #0
Si le naturisme était un animal, alors je dirais peut-être un mouflon. Parce que le mouflon, encore, c'est le symbole de la liberté. Il circule dans la nature, partout. Et si on s'approche trop de lui, il fuit. Les naturistes sont très discrets. Ils ne recherchent pas la foule. Donc moi, je dirais le mouflon.
- Speaker #1
Et si le naturisme était une phrase ou un mot, ce serait lequel ?
- Speaker #0
Moi, je dirais une phrase, une citation peut-être.
- Speaker #1
Si tu veux.
- Speaker #0
Parce qu'on parle beaucoup aujourd'hui de système politique. Il faut détruire le système, il faut déconstruire le système. Il y a une phrase de Jean-Jacques Rousseau, qui n'était pas un type formidable, cela dit, il a abandonné ses cinq enfants. Mais enfin, il avait dit un truc bien. Il avait dit, il vaut mieux suivre de bons exemples que de vains systèmes. Et ici, il y a de bons exemples.
- Speaker #1
Juste une dernière question, après on va te libérer. Quel conseil tu donnerais à un non-naturiste qui souhaite le devenir ? Ou qui souhaite tenter l'expérience ?
- Speaker #0
Peut-être de venir déjà avec son maillot.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
de se mettre à un endroit où il n'y a pas trop de monde parce qu'il peut être un peu gêné, il peut se sentir gêné. Et puis si vraiment c'est trop difficile pour lui, je lui conseille d'aller à l'apéritif le soir. Il va se taper l'apéro avec les naturistes qui sont tous habillés, il va discuter, il va se faire des copains, des copines. Il va dire dans le fond, ils sont comme moi et ils sont comme nous, ils sont comme vous. Ce sont juste des êtres humains qui ont choisi la nudité comme eux. mode de vie, l'espace de quelques semaines. Après, ils rentrent chez eux, à Berlin comme à Stockholm, ils sont habillés. Et à Bastia aussi.
- Speaker #1
Parfait. Jean-Paul, merci beaucoup pour ces échanges.
- Speaker #0
C'était un plaisir.
- Speaker #1
C'était top. Merci beaucoup. Et puis on se dit à une prochaine fois.
- Speaker #0
Et pourquoi pas.
- Speaker #1
Merci de nous avoir écoutés. On se retrouve très prochainement pour un nouvel épisode. Et si l'aventure vous tente, rendez-vous sur www.france4naturisme.com pour plus d'infos. Allez à bientôt !