- Oumarou
L'épisode que vous allez écouter va parler d'un sujet qui peut faire remonter les traumatismes. Si vous ne vous sentez pas à l'aise, rien ne vous force à l'écouter. Il y a plein d'autres sujets sur le podcast tout aussi intéressants et divertissants. Prenez soin de vous. Je tiens aussi à rappeler que le 3018 est le numéro national contre toutes les formes de harcèlement concernant les jeunes, les enfants et les adolescents. Gratuit, anonyme et confidentiel, il est ouvert 7 jours sur 7 de 9h à 23h pour tout renseignement. au signalement. L'hypermétropie est un trouble de la vision où l'on voit mal de près mais bien de loin, parce que l'œil a du mal à faire la mise au point sur les objets proches. Ce podcast émerge dans un monde où la plupart des gens ont une vision hypermétrope, pas forcément du point de vue médical, mais plus du point de vue conceptuel. Ce podcast s'inscrit dans un objectif de mettre en avant une vision des choses parfois bonnes, parfois mauvaises, mais surtout qui permet de voir comment l'on peut réfléchir différemment et comprendre le point de vue de chacun d'entre nous en fonction de ce qu'il a vécu. J'ai attendu ce moment depuis que j'ai lancé ce podcast, non seulement parce que c'est la première fois que l'on fait un thème aussi personnel et tranchant, mais aussi et surtout par rapport à l'invité que j'ai aujourd'hui. Il m'a accompagné depuis le début de ce podcast, je peux même dire qu'on l'a d'une manière créée à deux. Il est ingénieur son, manager, il réécoute les podcasts avant que je les sorte, il me conseille et la liste est encore longue. Mais le plus important, c'est que c'est un homme généreux à l'écoute, toujours friand d'apprendre. Il s'intéresse tout en réussissant à faire sentir son interlocuteur spécial. Je l'admire par sa force tranquille et par sa capacité à faire don de soi. Mesdames et messieurs, et tout ce qu'il y a au milieu, j'ai l'immense honneur d'accueillir dans cet épisode Monsieur Mohamed, bonjour, comment vas-tu ?
- Moimed
Bonjour, je vais très bien, très reposé, ce qui est rare en ce moment, donc on va en profiter.
- Oumarou
Tu peux te présenter s'il te plaît ?
- Moimed
Ouais, alors moi du coup je m'appelle Mohamed, j'ai 21 ans, bientôt 22. Je suis actuellement étudiant, je suis quelqu'un de passionné par la musique, et passionné par les gens aussi. J'adore les interactions sociales, je me suis découvert ça récemment, et voilà. Je trouve que c'est à peu près ce qui me résume le mieux.
- Oumarou
Et tu as dit ce que tu fais dans la vie ?
- Moimed
Ah, oui, je suis en études de commerce, mais je trouve que ce n'est pas ça qui me définit le mieux.
- Oumarou
Alors, pour que nos auditeurs apprennent à mieux te connaître, on va faire un jeu si ça te va. Je vais te poser une question et tu me répondras comme au début de tous mes podcasts. Donc, première question. Si tu étais une émotion, tu serais laquelle ?
- Moimed
La joie. Aussi... Aussi basique que cela parait, je trouve que c'est ce qui me définit le mieux. Rares sont les moments où je ne suis pas animé par la joie.
- Oumarou
Je suis grave d'accord. Te connaissant très personnellement, c'est vrai que 95% du temps, tu es grave joyeux. Et je me demande, soit tu es joyeux, soit tu es fatigué. J'ai l'impression que tu as que... De corde à mon arbre. Je te jure que j'ai l'impression qu'il n'y a que ces deux trucs. Soit tu es hyper joyeux, soit tu es fatigué. Et même, tu es très drôle.
- Moimed
Ouais, ça aussi. Je ne sais pas si c'est drôle. Mais drôle, ce n'est pas une émotion.
- Oumarou
C'est ça. Mais tu es très drôle. Un mot qui te représente actuellement dans la vie ?
- Moimed
Actuellement ?
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
C'est compliqué. Entouré. Je trouve que ce qui me définit le mieux en ce moment, c'est entouré.
- Oumarou
Ok. Parce que tu es entouré ou ?
- Moimed
On peut le voir sur plusieurs plans, mais déjà, je me sens... Déjà, pour les gens qui me côtoient... Le savent, c'est que je suis presque jamais seul. Je crois que les seuls moments où je suis seul, c'est quand je dors. De une. Et de deux, c'est que je me sens tant sur le plan amical, affectif, familial et tout ça. J'ai la chance d'être épaulé, entouré par des personnes saines, sincères et qui me donnent autant d'amour que j'en donne.
- Oumarou
C'est ton mérite aussi. Mais je reviens juste sur un truc que tu as dit. Le fait d'être tout le temps entouré, d'être tout le temps avec quelqu'un, ça ne te perturbe pas. Et du coup, vu qu'on se connaît, on va arrêter de faire comme si on ne se connaissait pas. Beaucoup de fois, je te dis, des fois, tu as besoin des moments à toi. Tu ne ressens jamais ce besoin-là d'être seul.
- Moimed
Alors, c'est vrai que jusqu'à présent, et encore aujourd'hui, c'est le cas. Je suis constamment entouré, mais depuis peu, et surtout depuis que j'ai un logement un peu plus grand, c'est... t'as raison, je ressens ce besoin. Un petit moment dans la journée, une heure suffit, où j'ai besoin d'être... d'être seul, vraiment.
- Oumarou
Ouais, ça te fait du bien ?
- Moimed
Ouais, ça fait vraiment du bien. La plupart du temps, c'est quand je rentre du travail. Ça me permet de me poser de tout con, mais juste scroller sur mon téléphone. TikTok, ça paraît bête, mais c'est reposant parfois.
- Oumarou
La question qui m'intéresse le plus, que je ne t'ai jamais posée, c'est bizarre, mais en tout cas, est-ce que tu peux me dire une musique qui te défie ?
- Moimed
Le problème, c'est que je parle plus en termes d'album, mais... Là actuellement, je vais dire Youssoupha, Amour suprême. C'est son dernier album. Et je le choisis pour une raison. C'est que dans cet album, Youssoupha a toujours été très engagé. Encore aujourd'hui, il est. Mais tout ce qu'il me procure cet album, c'est juste de la paix. L'univers est paisible. Que ça soit comment il amène l'album, sa construction. Vraiment, c'est quelque chose de... Qui me correspond le plus, je trouve.
- Oumarou
Si ta vie était un film ou une série, ce serait laquelle ?
- Moimed
Tu dois prendre un film qui me définit le mieux ou un film que je préfère ?
- Oumarou
Tu peux dire un film qui te définit le mieux, je pense. Ça a plus de sens.
- Moimed
Billy Elliot.
- Oumarou
Je ne connais pas. Ça parle de quoi ?
- Moimed
C'est... Alors, c'est un jeune garçon. D'abord, il y a un contexte dans ce film. Il se passe au Royaume-Uni. Je ne sais pas à quelle période exactement, je dirais dans les années 70, 80 peut-être. Il y a eu un certain mouvement de contestation, je ne sais pas exactement lequel. C'est juste l'univers dans lequel se passe le film. Et ce garçon, son père le trouvant trop efféminé, l'inscrit à la boxe. Sauf que dans ce même espace, c'est un grand gymnase, il y a un côté boxe et un côté danse. Et c'est plutôt les filles qui se trouvent du côté danse et les garçons du côté boxe. Et lui va peu à peu regarder les filles pratiquer leurs cours de danse. Et va se retrouver grâce à la professeure de danse dans les cours. Son père va l'apprendre, au début il va l'en empêcher. Et au fur et à mesure, de fil en aiguille, il va réussir à l'intégrer. grâce à son père aussi. Et il va réussir à intégrer une prestigieuse école de danse. Et il va finir un danseur de ballet.
- Oumarou
Ok. Trop bien. Franchement, je connaissais le nom, mais je n'avais pas du tout de quoi ça parlait. Mais ça a l'air trop bien. Dernière question. Aujourd'hui, tu viens dans ce podcast avec quelle énergie ?
- Moimed
Un peu d'appréhension. Mais plus de comment je vais me sentir à l'idée d'en parler. Parce que depuis récemment, il y a quelque chose qui se passe en moi que je ne comprends pas vis-à-vis de ça. Mais c'est pas grave, je suis quand même curieux de voir comment ça va se procéder, comment ça va avancer tout simplement.
- Oumarou
Le thème que nous allons aborder aujourd'hui ne me permet pas, du moins n'est pas réellement adapté au format standard du podcast avec les grandes questions et les sous-questions. Je trouve qu'il est tellement personnel que pour être honnête, je n'ai même pas préparé plus que ça cet épisode comme je le fais d'habitude. En effet, aujourd'hui, nous allons évoquer le fait de grandir dans un environnement toxique. Euh, Mohamed, t'es prêt ?
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
C'est bon ? Est-ce que pour toi, tu peux me définir ce que c'est un environnement toxique ?
- Moimed
Alors, qu'est-ce qu'un environnement toxique ? Pour moi, c'est... Déjà, un environnement, c'est quelque chose dans lequel tu vis ou tu évolues constamment, qui fait partie de toi, entre guillemets. C'est un endroit où tu te retrouves constamment, enfin souvent plutôt. Forcément, on ne va pas penser à des lieux tels que notre domicile, notre travail, notre école, ou quelque chose comme ça. L'endroit où on se réunit avec nos amis.
- Oumarou
Ce qui t'entoure en général.
- Moimed
Exactement, ce qui m'entoure en général. Voilà, et ensuite, du coup, un environnement toxique. C'est justement quelque chose de nuisible sur le court ou long terme dans cet environnement, dans l'environnement que tu fréquentes quotidiennement ou du moins très souvent.
- Oumarou
Ok. Bah franchement, je pourrais pas dire mieux. J'avais les mêmes mots, nuisible à ta propre personne, tout ce qui t'entoure. Donc c'est trop bien. Alors pour commencer cet épisode, est-ce que tu peux me parler s'il te plaît de ton enfance ? Du plus lointain souvenir que tu te rappelles, où tu as grandi, avec qui, comment c'était, etc. On va commencer déjà par là.
- Moimed
Par l'enfance ?
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Alors, d'abord, je suis né en 2004, avec... Avec ma mère, oui, forcément. D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais eu de... Enfin, si j'ai eu un père, je n'ai jamais vécu avec mon père. Et les contacts avec lui ont été... Enfin, il y a eu très peu de contacts avec lui. Je l'ai eu au téléphone. Je l'avais une fois tous les 2-3 mois, peut-être. Bref, j'avais très peu de contacts avec lui. Du coup, j'ai grandi avec... ma mère, ma soeur. Là, quand je me remémore, j'ai pas eu l'impression d'avoir eu une enfance particulièrement difficile, compliquée, mais c'est peu à peu, avec le temps, en se remémorant tous les souvenirs où tu te dis, il y a deux, trois trucs qu'on a merdé, tu vois.
- Oumarou
Est-ce que du coup, le fait d'avoir grandi sans figure paternelle, ça a impacté en tant qu'enfant ? Je te parle pas encore en tant qu'adulte, je te reposerai la question après. Non, t'es au confond. Est-ce que ça a impacté ta vie ? Et est-ce que ça a impacté aussi sur ta masculinité ?
- Moimed
Non, je pense pas. Ça n'a pas eu d'impact que je n'ai pas de père.
- Oumarou
Ok. Tu t'es pas... Il n'y a pas des trucs genre, je sais pas, à l'école, vous faisiez des cadeaux pour la fête des pères et toi, tu te sentais pas bien parce que... Non ?
- Moimed
Non, j'ai pas de mauvais souvenirs vis-à-vis de ça. Ça ne m'a jamais affecté.
- Oumarou
Ok.
- Moimed
Parce qu'en fait, je me suis déjà posé la question.
- Oumarou
Oui.
- Moimed
Et c'est une réflexion toute simple, mais quelque chose que tu n'as jamais eu, tu n'en ressens pas le manque.
- Oumarou
Exactement. Je souris parce que j'ai déjà eu cette discussion, mais il y a quelques années avec une amie à moi, on parlait de la même chose et on est venu au même... au même stade, quelque chose que t'as jamais eu du coup tu peux pas ressentir un manque de ça parce que si tu grandis un peu avec et après il se taille tu peux comprendre,
- Moimed
mais un truc que t'as jamais jamais jamais eu tu peux pas ressentir le manque parce qu'en fait dès la naissance dès la base de ma construction ma structure ça a été ma mère tu vois donc dans mon foyer j'avais l'habitude qu'il y avait ma mère, ma soeur tout simplement
- Oumarou
Bye. Quel était tes rapports avec ta mère et ta soeur quand tu étais petit ?
- Moimed
C'était simple, une mère, un frère, une soeur, on se battait comme deux enfants normaux. C'est peu à peu, au fur et à mesure, que c'était bizarre, mais parfois on dirait qu'il y avait presque des clins alors qu'on n'était que trois.
- Oumarou
Comment ça ?
- Moimed
Forcément que quand... Quand notre mère agissait injustement envers nous, du coup, ma soeur et moi se liions contre ma mère.
- Oumarou
Ah, ok.
- Moimed
Tu vois ? Ou au contraire, et ça, je l'ai réalisé il y a quelques années, mais ma mère qui me lavait tellement de cerveau contre ma soeur.
- Oumarou
Quand t'étais petit ?
- Moimed
Quand j'étais petit. Tu parles de 7 à 10 ans environ, tu vois ? Même peut-être en dessous, mais là, j'en ai pas de souvenir.
- Oumarou
Mais comment ça te lavait le cerveau ?
- Moimed
Je sais pas, mais j'agissais méchamment envers ma soeur. Si elle faisait des choses qu'il fallait pas, j'allais le balancer, tu vois.
- Oumarou
Ah, je vois.
- Moimed
Menter, des trucs comme ça, quoi. Que ma soeur, notamment, puisse se faire frapper par ma mère ou des trucs comme ça.
- Oumarou
Et quand tu parlais d'injustice, quand tu parlais d'injustice entre ta soeur et toi, est-ce qu'il y a un exemple précis ou pas ?
- Moimed
Ouais. Là, je n'en ai pas en tête, mais je sais que de nombreuses fois, en fait, dans les souvenirs que j'en ai, je prends l'émotion qui s'en dégage ou le ressenti qui s'en dégage. Alors parfois, je ne dramatise pas, je sais très bien que parfois, c'était juste des punitions normales parce que j'étais un enfant qui parfois faisait des bêtises comme tous les autres enfants. Mais je sais que parfois, c'était juste la pure injustice et sans raison.
- Oumarou
Ok. Et taille. Parler du fait que des fois, tu disais des choses à ta mère pour qu'elle aille frapper ta soeur. Mais déjà, comment t'as vécu le fait qu'elle soit violente avec ta soeur ? Et est-ce qu'elle a été violente avec toi physiquement à cet âge-là ?
- Moimed
Ouais, elle a toujours été violente avec moi. Et en fait, justement, je crois que c'était pendant mon enfance le pic de violence.
- Oumarou
Ah ouais ?
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
Tu te rappelles la première fois qu'elle a été violente ? ou la fois qui t'a le plus marqué.
- Moimed
La fois qui m'a le plus marqué, ouais, c'est l'une des fois qui m'a... Non, il y a deux fois qui m'ont particulièrement marqué.
- Oumarou
Ok.
- Moimed
C'est... Non, en fait, il y en a tellement. Là, je vais parler de trois épisodes.
- Oumarou
Vas-y.
- Moimed
Première fois qu'elle m'a défiguré, elle m'a... Je sais plus pourquoi, mais en gros, elle m'a tellement défiguré le visage, elle me griffait de partout sur le visage, que le... Déjà, forcément que c'était douloureux, mais ça, c'est pas grave. C'est quand j'allais à l'école. Je me rappelle, c'était en semaine d'école. Et du coup, le lendemain, retourner à l'école, c'était compliqué. Parce que tout le monde te posait la question. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Autant que les élèves que les adultes. Et je me rappelle tout bête, mais je ne sais pas pourquoi, j'avais tellement honte d'en parler. Je me disais, ouais, c'est ma petite cousine qui m'a fait ça. Alors que c'est... Bon, maintenant, je réalise à quel point c'est ridicule. mais non oui enfin plus l'excuse à oui on aurait pu trouver mieux mais ouais ça c'est ça ça m'a marqué après première fois non pas forcément parfois mais une fois où je me dis comment elle a pu faire ça c'était tout bête mais on était là on était il y avait que moi et elle à la maison je sais plus où ma soeur était et on mangeait et on parlait de je sais pas quoi J'avais... Je devais avoir 9-10 ans. Et j'étais pas du même avis qu'elle. C'était une discussion banale, hein. Et elle m'a planté une fourchette dans le bras. Et là, j'en ai encore la cicatrice aujourd'hui. Bon, après, c'est une cicatrice minime, mais c'est plus l'acte qui reste... qui reste gravé.
- Oumarou
T'avais quel âge ?
- Moimed
Comme je t'ai dit, entre 9 et 10 ans.
- Oumarou
OK.
- Moimed
Et ensuite, elle était en conflit avec ma soeur. Et comme très souvent, elle a fait durant toute... Toute la période où on vivait chez elle, lorsqu'il y avait des conflits parfois, elle nous prenait nos clés pour qu'on restait dehors à sa guise, pour qu'on ne puisse pas rentrer. C'est elle qui décidait quand est-ce qu'on pouvait rentrer ou pas. Et du coup, elle avait retiré les clés à ma sœur. Et ma sœur était rentrée des cours, mais ma mère ne voulait pas qu'elle rentre. C'était un mercredi, il devait être 13h, 13h30. Et ma sœur était déjà là depuis une heure et demie devant la porte. et ma mère elle s'en foutait je crois elle était au téléphone avec sa copine, elle faisait sa vie en fait pour elle c'était un acte tellement banal que c'est fou j'étais parti devant la porte enfin derrière la porte je parlais avec ma soeur et ma soeur m'a demandé si je pouvais l'ouvrir forcément et du coup je lui ai ouvert la porte et du coup ma mère dès qu'elle a entendu que je l'avais ouvert la porte elle est vite venue Elle a dû me pousser ou je ne sais plus de quelle manière je me suis retrouvé par terre. Et en fait, elle m'a... Elle m'a écrasé la tête avec son pied contre le sol. Et en fait, ce qui m'a marqué... Bon déjà, c'est assez violent quand t'as 8 ans. Mais ce qui m'a marqué le plus, c'est que pendant ce temps-là, elle poursuivait sa conversation avec sa copine. Et ça, je crois que c'est le plus grave.
- Oumarou
Et quand il y avait des épisodes comme ça, comment tu faisais pour... Comment toi, tu les vivais ? Après qu'elle te plante une fourchette, après qu'elle te cogne la tête contre le sol avec son pied, etc. Comment toi tu le vivais ?
- Moimed
Je ne sais pas, je ne saurais même pas te dire. C'était forcément que ça me faisait pleurer, je pense. Mais après, une fois que c'était fini, voilà.
- Oumarou
Et quelle vision tu avais d'elle à cet âge-là ?
- Moimed
Je me rappelle que... Je sais pas. Je sais que j'ai toujours été traversé par deux émotions, deux choses que je ressentais avec ma mère. Je l'ai toujours aimé d'un amour tellement fort, mais j'ai toujours eu énormément de haine. Encore aujourd'hui, je suis confronté à ces deux émotions, ces deux sentiments, à son égard. C'est que... Je suis disputé entre la haine et l'amour
- Oumarou
Mais t'arrivais à garder Et sans aucun jugement Vraiment T'arrivais après ça A garder de l'amour Et peut-être que pour les gens qui écoutent Ou pour autres C'est logique, les gens vont dire Ah oui mais sa mère, moi je sais que Je me poserais des questions de choix Je sais que je suis quelqu'un Qui la haine prend le dessus Beaucoup plus facilement que l'amour. Tu vois ou pas ? Donc, c'est pour ça que je me demande t'es arrivé quand même à garder cet amour-là, tu vois ?
- Moimed
Ouais, j'ai toujours... Je l'ai aimé. Je l'aime encore. Je sais pas, c'est... En fait, même... Je crois que même malgré ça, c'est moi qui ai essayé de revenir. Parce que pendant... Aussi, ma mère faisait un truc qui me... Même là, avec le recul, en tant que parent, je trouve ça... En tant que parent, non. Comment je me sentirais... En me mettant à la place d'un parent. Je trouve ça tellement, tellement fort de faire ça. tellement malsain plutôt, c'est que ma mère, pendant des jours, ne me parlait plus, ne m'adressait plus un mot. Je n'avais plus aucun contact. Et même le pire, même quand j'essayais de lui parler, elle ne m'adressait pas la parole, pas un regard. Quand tu as 7, 8 ans, pendant quelques jours, tu trouves ça fort.
- Oumarou
Est-ce que tu peux me raconter maintenant... un peu plus tard, c'est-à-dire vers tes années collège. Déjà, on ne va pas aller directement au lycée, mais tes années collège, comment la situation a évolué ? Est-ce que c'était plus conflictuel parce que tu grandissais ou est-ce que c'était moins conflictuel ? Même ta relation avec ta sœur, elle a évolué, etc.
- Moimed
Déjà, il y a eu un marquin entre... Fin de primaire et début collège Entre temps ma soeur est partie A 18 ans donc j'avais 10 ans à peu près
- Oumarou
Vous avez 8 ans d'écart ?
- Moimed
Ouais 8 ans d'écart Ma soeur est partie
- Oumarou
Tu lui en as voulu ?
- Moimed
Non pas du tout Pas un seul instant Déjà ce que j'ai ressenti sur le moment Elle m'a énormément manqué Parce que surtout à cet âge là j'avais pas de téléphone Donc pas de moyen de lui parler Et c'était tellement dur
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Tu vois. En fait, notre seul axe de communication, c'était ma mère. Et en fait, tout dépendait de l'humour de ma mère. Non, en fait, tout dépendait de déjà comment entre ma soeur et ma mère c'était. Dans les premiers mois, elle ne se parlait plus. Donc, je n'avais pas de nouvelles de ma soeur. Et ensuite, comment entre moi et ma mère c'était. Et du coup, après cet engrenage infernal, je pouvais enfin avoir des nouvelles de ma soeur.
- Oumarou
Ok. Directement ou... La mère se dit, ah, elle fait chier, elle va... Non,
- Moimed
déjà, la plupart du temps, j'étais à côté de ma mère. Donc, en plus de ça, si ma mère était en dispute avec elle, elle me faisait appeler ma sœur pour justement lui dire des... Et je me rappelle d'un soir en particulier, j'étais en SEM, veille de photo de classe, ma mère a appelé ma sœur. Enfin, ma mère m'a fait appeler ma sœur et me disait ce que je devais lui dire. Et à un moment, j'avais... J'ai raccroché, mais il y a un truc que je ne lui avais pas dit. Elle voulait savoir, ma mère. Une question qu'elle n'avait pas posée à ma soeur. Et du coup, elle m'a frappé dans l'œil. Elle m'a fait rappeler ma soeur. Bon, du coup, après, ma soeur a toujours su que ma mère était derrière. On se comprenait. Et du coup, suite à ça, ma soeur, elle a dit, oui, je sais très bien qu'il y a ma maman derrière. Et après avoir raccroché, ma mère, il devait être 22h. Elle m'a... Elle m'a mis devant la porte de la maison, enfin dehors, elle a fermé un clé. J'ai dû rester bien deux heures dehors.
- Oumarou
Tout seul ?
- Moimed
Ouais, tout seul.
- Oumarou
Et t'étais en scène ?
- Moimed
Ouais, j'étais en scène. Et du coup, à ce moment-là, ma soeur était partie. Et donc, revenons au collège, j'étais seul.
- Oumarou
Attends, mais il n'y avait personne. Il passait, il n'y avait aucun voisin.
- Moimed
Il était tard. Enfin, il était tard, il était... C'était la nuit.
- Oumarou
Et à l'école, personne ne remarquait ? Ou tu arrivais à très bien cacher le truc ?
- Moimed
J'arrivais à très bien cacher le truc, mais parfois c'était chaud.
- Oumarou
Comment ça ?
- Moimed
Bah, 6ème, j'étais au collège. Déjà, ma mère me frappait énormément avec la ceinture, mais avec le côté métallique de la ceinture. Et un jour, j'avais une marque sur le mollet. Ouais, sur le mollet. tellement grosse qu'il me prenait toute la jambe. En plus, c'était en été, donc tu vois, quand je mets des shorts et tout. Et bref, je ne veux pas vanner avec ça. Qu'est-ce que je vais faire ? Forcément que là, il y a une surveillante qui a essayé de me demander, mais au final, j'ai dit c'était rien.
- Oumarou
On te demande... Ok. Et du coup, niveau collège, après, comment ça s'est passé ?
- Moimed
Niveau collège, ça a commencé à être dur parce que... Tu vois, c'est là où les liens sociaux se créent. Tu vois, tu invites des amis et tout ça. Je n'avais jamais le droit de sortir. Et en fait, même, par exemple, quand il y avait des anniversaires ou quoi, et qu'on nous invitait, enfin qu'on m'invitait... Ma mère disait oui, mais en fait, à la moindre, mais vraiment le moindre petit écart, aussi infime soit-il, je n'avais plus le droit d'y aller.
- Oumarou
Quel genre comme petit écart ? De quelle manière ?
- Moimed
Je ne sais pas, mais je n'ai pas de souvenirs en particulier, mais c'est vraiment des trucs qui n'en valaient pas la peine, tu vois.
- Oumarou
Ok.
- Moimed
Et du coup, la plupart du temps, en fait, je n'y allais pas, parce que... pour un petit 7a, je dis pas que c'est impossible, mais ça arrive de faire des petites conneries, tu vois.
- Oumarou
Oui, bah, normal.
- Moimed
Ouais, c'est ça. Donc, du coup, je crois que j'ai déjà eu un anniversaire en 6e.
- Oumarou
Ok. Et quand tu dis qu'elle te... Enfin, elle te laissait pas sortir, ça veut dire qu'elle prenait les clés ?
- Moimed
Non, non, quand je dis qu'elle me laissait pas sortir, c'est que si ce n'est elle, je n'avais pas de rapport social.
- Oumarou
Comment être enfermé ? C'est dire... si par exemple t'avais envie d'aller à un anniversaire tu forçais,
- Moimed
tu voulais sortir tu pouvais pas parce que c'était fermé ou c'était vraiment prison mentale ouais prison mentale puis même cet âge là ou du moins avec la mentalité que j'avais j'avais pas encore la force de m'affranchir de ma mère c'est normal c'est pour moi entre un petit après-midi de bonheur enfin d'amusement Et de là, une ou deux semaines de punition, tu vois, plus une ruée de coups au retour, ça n'en vaut pas la peine.
- Oumarou
Ah, clairement. Et quand tu y repenses aujourd'hui, et peut-être que les mots sont nouveaux, tu me diras, mais est-ce que pour toi c'était une sorte de séquestration ou pas ?
- Moimed
Non. Enfin, juste parce que je trouve que le mot n'est pas adapté. Mais plus restrictions de liberté.
- Oumarou
Et quand tu étais au collège, tu étais quel genre d'élève ?
- Moimed
Déjà, scolairement parlant, je me contentais de faire le minimum. Je ne réussis pas et tout ça, mais je m'en suis toujours sorti à la moyenne, sans faire d'efforts. Mais je bavardais énormément.
- Oumarou
Tu vois ?
- Moimed
En fait, j'ai mis du temps à le comprendre. Je l'ai compris là, là. Mais en fait... Elle me reprochait tout le temps. Ouais, tu fais toujours bordel et tout ça. Mais je n'avais pas de... Mon seul moment où j'avais des interactions avec des gens de mon âge,
- Oumarou
c'était au collège.
- Moimed
Même globalement, dans toute ma scolarité, c'était à l'école.
- Oumarou
Oui. Donc, c'est logique que tu passes ton temps à parler. Donc, si dans ta vie, en général, en dehors des cours, tu ne vas pas parler à quelqu'un, c'est logique que tu passes ton temps à parler. Oui, c'est ça.
- Moimed
Et par exemple, au collège, elle travaillait dans un endroit. C'était une bibliothèque, tu vois. Et en fait, au début, j'ai commencé à fréquenter cet endroit parce qu'il y avait des livres, j'aimais bien. Mais parfois, j'avais envie de rester à la maison. Mais tu vois, les moments comme ça, j'avais pas le droit. Ça veut dire que si je voulais rester à la maison, elle prenait tout ce qui était télécommande, tout ce qui était source de distraction. Et elle portait à m'enfermer. Et du coup, je devais attendre qu'elle rentre.
- Oumarou
Et ça, pour toi, ce n'est pas de la séquestration ?
- Moimed
Ah, mais si on commence à rentrer dans ça, alors dans ce cas-là, oui, il y a eu plein d'épisodes de séquestration. Elle m'a enfermé dans le... Je ne sais combien de fois elle m'a enfermé dans le balcon. Elle m'a enfermé dans ma chambre. Tu vois ? Oui, dans ce cas-là, oui, il y a eu plein d'épisodes de séquestration.
- Oumarou
Pour revenir à ce qu'on disait au tout début de l'épisode, quand on parlait du fait de... Ouais, ta batterie sociale, que tu es tout le temps avec quelqu'un, ça ne te fatigue pas. Est-ce qu'aujourd'hui, t'es tout le temps, tout le temps avec les gens, et tout le temps avec les autres, et tout le temps entouré, avec quelqu'un dans une pièce, etc. Parce que, dans l'enfance et jusqu'à très tard, t'es seul en fait. Est-ce qu'il y aurait pas un petit rapport ?
- Moimed
Pour moi, le rapport est direct plutôt. Ils ont parlé avec Evan la dernière fois.
- Oumarou
Evan qui est un très bon ami à lui.
- Moimed
En fait j'en parlais avec Evan, j'avais déjà de moi même, j'avais déjà réussi à faire le rapprochement mais en fait Evan est venu à me mener des mots, c'est qu'il m'a dit, il a dit une phrase que j'ai trouvé correcte mais c'est que tout ce qui est gestion sociale, en fait je suis encore un enfant au niveau de ça tu vois. C'est que, tout con mais là actuellement on est en résidence étudiante.
- Oumarou
Ce qui m'aide à constamment me faire des amis. Mais aussi, forcément, il y a des départs. Et là, pour l'instant, il y a eu 2-3 départs qui m'ont embêté. Mais il y a certains départs que je redoute et auxquels j'ai peur de faire face. Et du coup, l'enfance aide à justement... Enfin, c'est un apprentissage que tu fais au fur et à mesure de ta vie. La plupart des gens commencent cet apprentissage justement dès l'enfance. Chose que je n'ai pas eu la chance d'avoir.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Du coup, là, justement, j'apprends et on verra. Oui,
- Moimed
ok. C'est pour ça que, oui, c'est... Je vois ce que tu veux dire dans le même jour. Quand t'es enfant, en fait, t'es petit, eh ben, tu vas... Quand t'es en primaire, les amis de primaire, tu les perds pour les amis du collège. Quand t'es au collège, les amis du collège, tu les perds pour les amis du lycée. Donc, au début, c'est un peu chiant. Et après, tu commences à connaître et comprendre ce que ça fait en départ, en une amitié, etc. Mais comme toi, je pense que c'est la première fois que tu es confronté à ça, c'est normal que tu le vives mal comme nous quand on était enfant. Mais c'est bien que tu aies ce recul-là et cette maturité-là. Au collège, tu étais un élève qui était moyen, qui...
- Oumarou
Perturbateur, en fait, presque. Oui, perturbateur.
- Moimed
Perturbateur ou babardeur ?
- Oumarou
Babardeur,
- Moimed
mais... Tu peux le remarquer ?
- Oumarou
Oui, malheureusement, oui.
- Moimed
Ok. Du genre, donne-moi des exemples.
- Oumarou
J'aimais beaucoup trop rigoler. Je faisais le con. C'est bon pour autant être méchant, tu vois.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Mais oui, tout ce que je voulais, en fait, les cours, ça me faisait chier, comme la plupart des enfants. Je parlais,
- Moimed
je rigolais. C'était un besoin pour toi de te faire remarquer ?
- Oumarou
Non, parce qu'en fait, je ne me faisais pas remarquer en cherchant à me faire remarquer. Je me faisais remarquer justement de par mes actes, de par le fait que je... Mais tes actes ? Je me faisais rigoler, je... Oui,
- Moimed
tes actes, peut-être inconsciemment, ils faisaient... Au final, tu te faisais remarquer. Je me posais une question, collège, c'est quand tu commences à devenir un ado, du coup, et ton corps aussi change. Donc, je me dis, est-ce que tu grandissais, tu prenais en taille, en poids et en corpulence et le fait que, du coup, tu subissais encore la violence physique de ta mère, il y a eu un moment, peut-être, je suppose, où tu étais en capacité de... dominé s'il y avait un rapport physique violent ? Est-ce que c'est quelque chose qui t'a traversé l'esprit ou pas du tout ?
- Oumarou
Non, parce que la peur était là.
- Moimed
Tu vois ?
- Oumarou
C'est que... Ouais, t'as raison. Je pense que dès le collège, j'étais déjà plus fort qu'elle sur tous les rapports. Mais en fait, je sais pas, tu prends... Tu prends 10 ans, 11 ans de ta vie où c'est elle qui a régné en maître.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Ça va être compliqué du jour au lendemain de... Ça y est, c'est moi qui ai plus fort. Oui, c'est arrivé, mais beaucoup plus tard.
- Moimed
Ok. Du coup, niveau collège, est-ce qu'il y a des trucs qui t'ont marqué, des événements qui t'ont marqué ? Est-ce que c'est le moment où toi, tu as commencé à conscientiser et à te dire, il y a vraiment un truc qui... n'est pas normal ou est-ce que c'est venu plus tard ? Il y a des événements qui t'ont marqué déjà au collège qui se sont passés comme ce qu'il y a eu quand tu étais enfant ?
- Oumarou
Il y a eu un événement. Déjà, il faut un contexte. Ma mère m'a toujours insulté. Toujours, toujours, toujours. Alors pour certains, ça va paraître anodin ou juste bête ou pas marquant. Mais pour moi, c'était certains trucs. Par exemple, il y a une différence entre con ou connard. Et en fait, là, ma mère tapait beaucoup plus dans le personnel. Elle m'a toujours insulté de pédé, chose que je n'ai pas compris pourquoi.
- Moimed
Quand t'étais petit ?
- Oumarou
Depuis que je m'en souviens. Depuis que j'ai pu venir.
- Moimed
Mais t'étais efféminé ou t'étais...
- Oumarou
En fait, apparemment petit, j'ai eu une petite phase où j'étais efféminé. Mais une phase qui n'a pas duré longtemps, je pense.
- Moimed
C'est hard de dire le mot efféminé. C'est maigri. De dire que quelqu'un est efféminé comme ça, il y avait un comportement de base masculin à avoir et un comportement féminin. Mais ok, on se comprend. Tu as eu une période efféminée, comment tu l'as su ça ?
- Oumarou
Je ne sais pas, si on m'en parle encore, si ma soeur m'en parle.
- Moimed
Tu jouais à des poupées ou des trucs comme ça ?
- Oumarou
Ouais, déjà, par exemple, quand j'allais dormir chez ma tante, enfin avec ma cousine. avec des poupées, bah je sais pas, j'aimais bien jouer avec ces poupées ok,
- Moimed
tu vois mais bon,
- Oumarou
voilà Et de là...
- Moimed
Du coup, quand t'étais petit, t'étais pédé, tu comprenais pas. Ouais, peut-être pas.
- Oumarou
Après, forcément, du coup, gros lard, gros cul, des trucs comme ça, tu vois. Mais, et encore, ça, c'est que le début.
- Moimed
Quand t'étais petit.
- Oumarou
Et l'adolescence n'est pas encore intervenue. Enfin, l'adolescence n'est pas encore arrivée. Ouais. Ça, je me rappelle, j'étais en primaire ou des trucs comme ça, tu vois.
- Moimed
C'est une dinguerie. Je sais pas si tu t'en rends compte.
- Oumarou
Oui, oui, je sais.
- Moimed
T'étais en primaire, mec.
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
En fait, tu sais, dans ma tête, le parallèle que je me fais... Tu sais, je me dis, les enfants que j'ai au centre aujourd'hui...
- Oumarou
Ils subissent peut-être ça.
- Moimed
À leur âge. Moi, il y en a un, il dit, wesh, je l'allume. Tandis que chez eux... Mais tu t'en rends compte ? Un enfant en primaire, pour eux, quand quelqu'un dit caca, c'est un gros mot. Et toi, t'entendais des mots comme ça. Et en plus, sur ton physique.
- Oumarou
Oui, mais les vagues qui étaient mortes, des trucs comme ça. Mais ça, j'ai été confronté.
- Moimed
Mais du coup, surtout sur ton physique. Ça t'a créé des TCA ou pas du tout ?
- Oumarou
Qu'est-ce que TCA ?
- Moimed
Trouves du comportement alimentaire.
- Oumarou
Non. Là, actuellement, je ne pense pas.
- Moimed
Quand t'étais petit ?
- Oumarou
Quand j'étais petit, non. Du tout ? Non. Quand je dis non, actuellement, je ne pense pas. Je pense toute ma vie. Là, peut-être que plus tard, j'aurai une différente réflexion qui mettra un point sur quelque chose. Mais là, actuellement, je ne pense pas.
- Moimed
Ok. Et... Pardon. Je sais même plus où j'en étais tellement ça m'a choqué.
- Oumarou
Il y a eu un événement qui m'a choqué. Donc voilà, j'ai posé le paysage. Du coup, depuis petit, je me faisais insulter, notamment par ces... Comme ça. Et au collège, en cinquième, il y a eu... Il y a eu un collègue, pour rigoler, il m'a... Comment ça s'appelle ? Il a voulu me rentrer le... Le manche d'une raquette. Enfin, pas me rentrer, mais genre il me l'a mis vers le cul. Du coup, on s'est battus, il y a eu un petit... Pour rigoler ?
- Moimed
C'est pas pour rigoler que tu fais ça ?
- Oumarou
Ouais, mais des trucs comme ça, tu vois. Parce qu'en fait, avec ses collègues, ils rigolaient. Et ils croyaient que j'allais rigoler.
- Moimed
Du coup,
- Oumarou
il y a eu une embrouille, on s'est battus. Et je n'en ai pas forcément parlé à ma mère.
- Moimed
Est-ce que tu te battais souvent ou quand tu étais jeune ?
- Oumarou
En primaire, je me battais énormément. Et pire, en primaire... Attends, on finit ça et je vais te raconter autre chose. Je ne sais pas si c'est un rapport, mais on va spécifier. Et en gros, bref, je n'en ai pas parlé à ma mère. Mais je crois que ce mec, il allait avoir un conseil de discipline parce que justement il avait fait ça. Et moi j'avais... j'ai rien vu moi. Et de là en fait, je crois que ma prof principale a appelé ma mère un dimanche.
- Moimed
Un dimanche ?
- Oumarou
Ouais, pour lui faire part d'histoire. Après ma prof principale était en 5e, était vraiment adorable et tout ça. Elle pensait vraiment... Elle pensait vraiment bien faire et tout. Et elle n'avait pas le contexte intrafamilial. Et du coup, elle a dit, ouais, voilà ce qui s'est passé avec Mohamed et tout. Et du coup, je pense que Mohamed devrait faire une lettre, justement, parce que l'élève va être en conseil de discipline et tout. Voilà, c'était justement pour que je rédige une lettre. Et du coup, ma mère, elle vient me voir et elle me dit, qu'est-ce qui s'est passé et tout, je lui raconte. OK. Et du coup, elle s'en est servi comme insulte encore.
- Moimed
Oh my God.
- Oumarou
Celui qui t'a rentré une raquette dans le cul, il avait raison et des trucs comme ça. Tu vois ? Ouais.
- Moimed
C'est chaud, hein. C'est chaud.
- Oumarou
Et du coup, voilà, voilà. Tout à l'heure, tu disais un truc avec qui tu te battais souvent, voilà. Oui, je me battais beaucoup, mais tranquille. Mais aussi, je me rappelle des trucs que je faisais. C'est vraiment un comportement détraqué, mais en fait... Et je comprends pas pourquoi je faisais ça. Mais parfois, tout con, mais je marchais dans la cour de primaire. Et avec quelqu'un, je le frappais. Sans raison. Genre, je le mettais par terre ou des trucs comme ça.
- Moimed
Parce que moi, je pense que c'est comme chez toi, tu n'avais pas ce pouvoir-là de... Genre, tu n'arrivais pas à exprimer ce pouvoir-là de domination de force. Déjà, de une, tu voulais le répéter peut-être inconsciemment. Et de deux, ça te permettait toi aussi de t'évader. Moi, je peux comprendre. Je te jure que je peux comprendre. Ça ne fait pas zéro sens dans ma tête. C'est même logique, tu vois. Pour moi, je vois le rapport. Après, peut-être droit, non. Mais moi, je le vois directement. collège ta relation avec ta soeur ? Inexistante. Ouais, c'est ça.
- Oumarou
J'avais aucun contact avec ma soeur.
- Moimed
Du coup, le lycée, pour avoir parlé avec toi, moi, je connais un petit peu, etc. Mais je sais que c'est là où je pense lycée et même BTS, là où il y a le pic du truc. Est-ce que tu peux me raconter au lycée comment déjà était ta relation avec elle ? Et même à côté de ça, à côté de ces moments, est-ce que, que ce soit au collège, au lycée, tu arrives à... relation, tu vois, est-ce que c'était du genre il y a des jours où ça se passe mal, être frappe, être insulte, et des autres jours où ça se passe super bien, vous avez une relation mère-fils standard ou en fait, non, jamais, c'était actuel, il n'y avait pas de relation.
- Oumarou
Alors si, il y avait une relation, d'ailleurs, elle aime tant appeler, et au fur et à mesure du temps ce terme, enfin, vraiment me répugne et me dégoûte, mais elle aime dire Euh... Ouais, moi et mon fils, on a toujours été très fusionnels. Mais est-ce que j'avais le choix ?
- Moimed
Ah, ok.
- Oumarou
Tu vois ? C'est qu'on me suit partout et tout ça. Mais si je la suivais pas partout, elle m'enfermait chez moi et me coupait toute distraction. J'étais comme un rat mort à m'ennuyer jusqu'à 40. Donc, fusionnels, non. Je crois pas. Mais oui, on a arrivé à avoir une relation mère-fils. Ensuite, oui, au lycée, c'est là où il y a eu le... Surtout, en fait, la seconde, ça a pris un virage. Il y a eu vraiment un virage. Parce qu'il y a eu énormément d'événements qui se sont passés. Alors, on va commencer par quoi ?
- Moimed
On y va dans la temporalité.
- Oumarou
Tout d'abord, premier événement, ma mère apprend que j'aime les hommes. Ok. Comment elle apprend ? Déjà moi-même, je commençais à le comprendre, ça faisait un an à peu près. Même pour moi, c'était pas encore quelque chose de très vague. Mais je savais que je commençais à ressentir des choses, des sentiments pour les hommes. J'en ai parlé, j'ai fait comme pour appeler un coming out à une amie à moi. Mon erreur, entre guillemets, c'était de le faire. Je l'ai fait par message parce que j'avais pas le courage. de le faire dans la vraie parce que c'est la première fois c'était la première fois pour moi mais c'est pas une erreur de d'avoir fait ça je comprends c'est logique ouais je suis là jamais jamais personne tu vas tu vas comprendre pourquoi je veux dire Du coup voilà Bon ça s'est bien passé Ça s'est super bien passé
- Moimed
Avec cette amie
- Oumarou
Ouais ça s'est super bien passé avec cette amie Mais du coup là où je dis l'erreur que j'ai faite C'est que Ma mère avait l'habitude De toujours fouiller mes téléphones Toujours toujours toujours Et un jour elle fouille mon téléphone Et elle voit Elle voit la conversation Avec cette amie Merci. Et là, pendant quelques semaines, ça a été très compliqué. Parce qu'en fait, déjà, on mangeait sur une table, côte à côte. Mais là, elle me disait, va à l'autre bout de la table, ça me dégoûte de manger à côté de toi. Des trucs comme ça. Elle ne m'adressait plus la parole. Chaque fois, elle me faisait des réflexions.
- Moimed
D'un côté, est-ce que tu as réussi à être soulagé ? En te disant, au moins, je ne vais pas le cacher. Ou genre, tellement c'était...
- Oumarou
Non, pour moi, dans ma tête, elle n'était même pas inclue dans le...
- Moimed
Ok, tu ne ressentais pas le besoin de lui dire ou de lui annoncer.
- Oumarou
Ouais, c'est ça. Aussi, un événement très... très important, c'est que pour la première fois, je me suis rebellé.
- Moimed
Ok. Comment ?
- Oumarou
Elle a... Elle a essayé de me frapper, tout simplement, je l'ai un peu poussé. Mais même pas poussé violemment, mais juste j'ai contré ses goûts.
- Moimed
Et en fait...
- Oumarou
De quoi ? Du coup, seconde, je devais avoir 15-16 ans.
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
14-15 ans, ouais.
- Moimed
Ouais, c'est ça.
- Oumarou
14-15, c'est ça, ouais. Non, 15 ans. Précisément 15 ans, je me rappelle 15 ans. Ouais, du coup... Ça, ça a marqué un tournant.
- Moimed
Mais tu t'es réveillé comment ? Vous étiez en train de nous embrouiller ?
- Oumarou
Ouais, car moi, comme d'hab, elle me fonçait dessus et tout ça, elle voulait me frapper.
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
Et je l'ai un peu poussé, quoi.
- Moimed
Et qu'est-ce qui, dans ta tête, est venu te dire ce jour-là ? Ça y est, il faut que je...
- Oumarou
Non, je sais pas. Je saurais pas te dire, mais...
- Moimed
Ouais. Y a pas de raison que tu te rappelles, peut-être, ton cerveau ou ton corps qui a dit stop, tu vois ?
- Oumarou
Peut-être, ouais. Je pense, j'ai pas réflexe.
- Moimed
C'était quoi les conséquences de ça ? Du fait que t'aies enfin commencé à te défendre ?
- Oumarou
Déjà, elle a été choquée, carrément, pour elle, je l'avais frappée, pour elle, carrément, c'était un manque de respect, c'était la pire chose que j'ai pu commettre.
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
Euh... Ok. Qu'est-ce que je te dis ? Voilà. Et du coup... Ouais, du coup, c'est... Voilà.
- Moimed
Elle a retenté te frapper ou... Oui, oui,
- Oumarou
mais plein de fois encore.
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Mais de manière différente.
- Moimed
Comment ça ?
- Oumarou
Euh... Des couteaux, des trucs comme ça.
- Moimed
Ok. Ouais. Ouais. Ouais, donc...
- Oumarou
Ok. Ou des objets plus mâles, plus... Plus vomus, mineux, des trucs comme ça. Oui. Et ensuite, troisième événement. Euh... En fait, à ce moment-là, je commençais à vraiment me rebeller. Dans le sens où... Tu veux me faire ça, bah je te fais ça, tu vois.
- Moimed
Ouais, il pourrait être dans le poids, non ?
- Oumarou
Ouais, exactement. Et en fait, à ce moment-là, j'avais... Je crois que la lumière de ma chambre venait de griller ou un truc comme ça. Du coup, je lui ai demandé sa lampe de chevet pour que je puisse faire mes devoirs, tu vois. Et à ce moment-là, elle appliquait quelque chose. Elle m'avait retiré tout mes... Enfin, elle m'avait retiré mon téléphone. J'avais pas le droit d'avoir de téléphone. Du coup, ok, je... Je prends sa lampe et tout, je l'installe, je sors mes cahiers et tout ça. Et d'un coup, elle vient dans ma chambre. Elle me fait, qu'est-ce que tu fais ? Je fais, ben rien, je fais mes devoirs. Elle me fait, tu caches un téléphone ? Je fais, non et tout. Et là, elle me fait, si, quand je suis rentré, t'as envie de cacher quelque chose ? Je fais, ben non. Et de là, ça en suit, elle me reprend sa lampe de chevet. Elle me dit tu fais les devoirs dans le salon sur ma surveillance, un truc comme ça. Bref, chose que je refuse de faire. Et en fait de là, j'éteins toutes les lumières de la maison. Elle me fait ok, t'es sûr et tout. Et de là, elle appelle la gendarmerie.
- Moimed
Première fois.
- Oumarou
Première fois. Et du coup, la gendarmerie vient.
- Moimed
Elle leur dit quoi ?
- Oumarou
Elle leur dit, ouais, j'arrive plus à m'en occuper, il est violent, il m'écoute pas, et tout ça. Bref, elle me dépeint comme un enfant horrible. T'avais quel âge ? J'avais 15 ans. OK. Parce qu'il faut savoir que ces trois choses se sont passées entre septembre et novembre. Ah ouais, OK. Et ça a été super rapide. Vraiment, quand je dis ça, ça a marqué un tournant, cette époque-là. Et du coup, j'ai... Du coup, je suis parti. Ouais, du coup, la gendarmerie... Déjà, la gendarmerie... Première fois, j'étais confronté à la gendarmerie aussi. Du coup, très bizarre. Parce qu'ils sont arrivés. Du coup, moi, j'étais dans ma chambre. Je voulais pas leur ouvrir parce que je voulais pas forcément leur parler. Et en fait, ils ont essayé d'enfoncer la porte. Ils m'ont fait ouvre, ouvre. Après, du coup, ils m'ont plaqué par terre. Il y avait un gendarme.
- Moimed
Le trou au mar.
- Oumarou
Il y avait un gendarme. Non, mais ça m'a rien fait. Il y avait un gendarme horrible. Lui, vraiment, c'est... De quoi ? Il me fait... Tu me dégoûtes. T'as de la chance là, je peux pas te frapper et tout ça.
- Moimed
Oh my god.
- Oumarou
Ouais, bref. Une pourriture. Du coup, je suis parti vivre une semaine chez mon oncle. Et à ce moment-là, ma mère était en... Enfin, ma mère avait toujours été en conflit avec sa famille. Et du coup, mon oncle et sa femme et ses enfants... était invité à l'anniversaire de la nièce à mon oncle donc la nièce à ma mère aussi mais sauf que ma mère était en dispute avec la mère de sa nièce voilà donc sa soeur et du coup quand mon oncle n'allait pas me laisser seul chez lui du coup il voulait que je vienne et dès que ma mère l'a appris il m'a dit non il rentre à la maison c'est bon il peut rentrer en fait pour montrer à quel point c'est juste un caprice c'était elle qui t'a envoyé chez ton oncle ou c'est toi qui a pris la décision ?
- Moimed
non non c'est elle
- Oumarou
En fait, sans me consulter, parce que du coup, quand les gendarmes sont venus, elle a aussi appelé mon oncle. Donc du coup, c'était un commun accord entre les gendarmes, mon oncle et ma mère. Sans même me consulter.
- Moimed
Et ton oncle, il pensait que tu l'avais frappé ? Ouais,
- Oumarou
mais mon oncle me disait, le trajet en voiture c'est horrible, mais t'es une merde et tout ça. Bon bref, qu'est-ce que je te dis ?
- Moimed
Mais ça t'a fait du bien quand t'es parti vivre là-bas ou pas ?
- Oumarou
Non, c'était horrible.
- Moimed
Ah ouais, aussi ?
- Oumarou
Non, c'était horrible parce que t'as envie d'être dans ta chambre. Là, j'étais dans son salon, je dormais dans son salon. T'es pas chez toi.
- Moimed
Oui,
- Oumarou
oui. Tu vois, on croit que t'es un enfant horrible. Même si au fur et à mesure, mon oncle, il s'adoucit, il m'a fait... Il s'adoucit dans le sens où juste il me disait, il faut que je te calme et tout ça. Bon, après, il n'avait pas le contexte non plus. Personne n'avait le contexte, d'ailleurs.
- Moimed
Donc ça, troisième événement.
- Oumarou
Ouais. Entre temps, il y a eu le confinement aussi.
- Moimed
Ok, t'étais dans quelle classe ?
- Oumarou
J'étais en seconde, pareil, c'était la même année.
- Moimed
Ah oui, oui.
- Oumarou
Tu vois ?
- Moimed
Mon dieu.
- Oumarou
Il y a eu le confinement, et le confinement c'était... C'était quelque chose aussi.
- Moimed
Raconte-moi.
- Oumarou
Bah, pareil, elle a appelé la gendarmerie une deuxième fois.
- Moimed
Ok. Euh...
- Oumarou
Comment ça s'est passé là ? Parce que, ah oui, du coup, suite à la première fois où elle a appelé la gendarmerie, j'ai eu un éducateur, tu vois.
- Moimed
Ça t'a servi ?
- Oumarou
Cet éducateur-ci, non.
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Lui, non.
- Moimed
C'était juste, tu devais aller d'un rendez-vous.
- Oumarou
Ouais, voilà. C'était du cas de revenu, quand la gendarmerie a été appelée une deuxième fois. Et en fait, il a dit une phrase qui m'a marqué. Parce que là, pour le coup, je suis resté chez moi après que la gendarmerie soit passée. Il a dit, ah mais en fait, t'es un faux timide. Parce qu'à cette époque-là, j'étais très timide et très réservé face aux nouvelles personnes. Il me dit, ah mais en fait, t'es un faux timide. Et cette phrase, elle m'a un peu dégoûté. Déjà, de par son métier. Comment, de ton métier, tu dis ça ? Tu t'adresses comme ça aux jeunes. Et ensuite, il n'a même pas cherché à creuser. Et pareil, ma mère était placée en victime et moi en enfant horrible.
- Moimed
Donc la gendarmerie est venue une deuxième fois.
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Et du coup, ça s'est passé comment avec cette fois-ci ?
- Oumarou
Pas aussi mauvaise parce que là, j'en avais rien à faire. J'attendais la gendarmerie qu'elle vienne. Je leur ai parlé. Bon, je crois que j'étais encore l'enfant horrible, mais un peu moins cette fois-ci. Ils sont repartis parce que là, il y a... On était en train de parler d'une procédure où j'allais peut-être être placé dans un foyer ou quelque chose comme ça. Et après, sinon, tout le confinement, je suis resté dans ma chambre. Ma relation avec ma mère, c'était horrible. Parfois, il y avait des bons moments, parfois des mauvais, c'est tout.
- Moimed
Donc, tu as dû terminer lycée, première terminale ?
- Oumarou
Première, parce que là, j'étais dans ma ville à Gardanne. Ensuite, première, je suis parti en pro. Et première, il n'y a pas eu d'événement marquant. Terminale, je suis passé à l'internat.
- Moimed
Ah ok. Ah par contre je savais pas.
- Oumarou
Tu savais pas ?
- Moimed
Non.
- Oumarou
Si terminale j'étais à l'internat. Ah ouais ? Ouais j'ai fait ma première en normal dans le même établissement. Et dans cet établissement là il y avait un internat.
- Moimed
Et c'était ta décision ?
- Oumarou
Non c'est la décision de ma mère.
- Moimed
Et c'était pourquoi ?
- Oumarou
Pour que ça se passe mal aussi.
- Moimed
Ok et ça t'a fait du bien ou pas ?
- Oumarou
Ouais c'était trop bien. Meilleure année de ma vie. Non pas meilleure année de ma vie mais une très bonne année.
- Moimed
Ok et raconte moi comment ça se passait.
- Oumarou
L'internat ?
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
J'avais mes potes, je... C'était trop bien.
- Moimed
T'as encore contact avec des gens qui sont là-bas ?
- Oumarou
Ouais, je suis encore en contact avec une personne de cet internat et mes copines du lycée.
- Moimed
Ok, ça va.
- Oumarou
Là, Tylee, c'est une de mes très bonnes copines.
- Moimed
Tu es en internat, est-ce que tu rentres le week-end ?
- Oumarou
Je rentre les week-ends.
- Moimed
Ouais, ça se passe comment ? Le fait d'avoir cette distance-là la semaine, est-ce que ça permet que le week-end, ça se passe mieux ou pas du tout ?
- Oumarou
Ouais, ça va.
- Moimed
Ça.
- Oumarou
Ouais, bah en fait, ça suivait quand même le même schéma. Tant que je suis à la maison, bah voilà.
- Moimed
Ouais, c'était réglé.
- Oumarou
Ouais, ouais.
- Moimed
C'était pas pire, mais ça s'améliorait pas, quoi.
- Oumarou
Ouais, voilà, c'est ça.
- Moimed
Ok. Donc, terminale. Et après la terminale, qu'est-ce que tu décides de faire ?
- Oumarou
Je pars en fac d'histoire.
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Fac de ex.
- Oumarou
Ouais, Fagdex, exact.
- Moimed
Je vais rester chez ma mère.
- Oumarou
Là, je suis resté en Fag d'Histoire de septembre jusqu'à novembre. Et voilà, pareil en octobre.
- Moimed
Pourquoi Fag d'Histoire ?
- Oumarou
Parce que j'aimais bien l'histoire. J'ai eu 16 au bac d'histoire.
- Moimed
Ah ouais ! Papacito ! Non, pardon. Ok. T'aimais bien l'histoire.
- Oumarou
Ouais, du coup, je suis parti en Fag d'Histoire et tout. Lors de cette période, il y a eu encore un événement avec la gendarmerie. Ma mère a appelé la gendarmerie. Parce que c'était une période où on était en dispute. Et elle m'avait demandé de faire un truc, mais elle m'avait rêvé déjà d'en détourner les mauvaises conditions. Genre, vanquais tes morts, réveille-toi. Mais bon, ça c'était d'usage, c'était pas grave, ça me faisait rien. Mais du coup, j'avais pas envie. Donc je me suis pas levé. Enfin si, je me suis levé, mais j'ai pas fait ce qu'elle voulait. Et du coup, on s'est un peu disputé, elle a appelé la gendarmerie. Mais sauf que là, j'avais quelque chose que je n'avais pas les fois précédentes et qui, du coup, me faisait vraiment passer pour le mauvais enfant. C'est que là, je commençais à être éloquent et savoir... Ah. Savoir exprimer mon point de vue. Ouais. Bah du coup, la gendarmerie sont parties, sont reparties, en disant, par exemple, madame, si vous nous rappelez, si vous nous rappelez, bah vous pouvez avoir des problèmes.
- Moimed
Parce qu'ils ont commencé à...
- Oumarou
Parce qu'ils ont compris que, justement, voilà.
- Moimed
Le mec était à viser la toute.
- Oumarou
Non mais lui je l'avais vu qu'une fois Bah c'est pas les mêmes qui reviennent tu vois Ah ouais ?
- Moimed
Ouais Donc troisième fois
- Oumarou
Troisième fois c'est ça
- Moimed
Donc t'es en fac d'histoire
- Oumarou
Tu changes Ouais là je change je vais en BTS
- Moimed
Ok BTS quoi ? BTS Maintenance Industrielle Tu restes chez tes parents Enfin tu restes chez ta mère Comment ça se passe ?
- Oumarou
Ça se passe Première année de BTS Pas d'événement particulier Ok La vie suit son cours Pareil 2-3 disputes mais rien de fou
- Moimed
Ouais
- Oumarou
Enfin, quelques disputes.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Mais rien de fou. Et en fait, là, du fait que je commence à me défendre, à répondre... Oh, j'ai oublié un événement majeur qui s'est passé en première. Un jour, elle m'a tellement fait péter un plomb que je l'ai frappé. OK. Enfin, j'ai... Elle était assise à ma droite, moi j'étais debout. Et en fait, je ne sais plus ce qu'elle a dit. Encore aujourd'hui, je n'ai même pas conscience d'avoir moi-même voulu le faire. Mon bras s'est levé et il m'a donné comme une soufflette. Et même moi, j'étais choqué. J'étais choqué de ce que je venais de faire. Certaines personnes vont me trouver horrible parce qu'ils n'ont pas le même rapport à la maternité.
- Moimed
Personne ne va te trouver horrible pour ça. C'est impossible. Et s'il y en a, c'est vraiment... Je pense qu'ils ne sont pas semblables.
- Oumarou
Sur le coup, je me suis dit que je regrette de l'avoir fait parce que ça veut dire que c'est elle qui a eu raison. Mais en fait, que nenni. Aujourd'hui, je suis tellement content de l'avoir fait, je te jure. Juste par vengeance pour tout ce que j'avais eu à subir jusqu'à présent.
- Moimed
Elle a réagi comment après ?
- Oumarou
Elle était choquée, elle a appelé mon oncle. Bon, mon oncle n'est pas venu, juste il était... Ah, t'as frappé, t'as... Bon, ok. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
- Moimed
Pas de gendarmerie cette fois ?
- Oumarou
Pas de gendarmerie, étonnamment. Pourquoi ? Parce que j'ai empêché de l'appeler la gendarmerie. C'est simple. Ah oui, parce que certes, la gendarmerie n'est venue que... Actuellement, au moment de l'histoire, elle n'est venue que trois fois. Mais elle a essayé de l'appeler innombrable deux fois. Mais je savais me défendre et je savais prendre son téléphone aussi.
- Moimed
Ok, ouais. Donc c'était vraiment à cette période-là, ouais, c'était plus le petit qui était au collège. Ouais,
- Oumarou
ouais, c'est ça. C'est que là, il pourrait être dans le pourdant.
- Moimed
Tu vois ? T'as raison. Revenons au lycée.
- Oumarou
Ouais, du coup, BTS. Ouais, du coup, BTS.
- Moimed
Première année, ça va.
- Oumarou
Première année, ouais, ça va.
- Moimed
Ça va, mais il n'y a pas de trucs hyper critiques.
- Oumarou
Ouais, à ce moment-là, il n'y a pas eu d'événements qui ne s'étaient jamais produits auparavant. C'était une répétition des disputes,
- Moimed
Deuxième année.
- Oumarou
Deuxième année, j'avais pas le droit de sortir le soir parce qu'en fait, elle avait une technique. C'était, si je voulais sortir le soir, c'est que chez moi, il y avait deux serrures sur la porte. Il y avait une serrure sur la poignée, une serrure un peu plus au-dessus. Mais on n'avait jamais trouvé la clé. Du coup, on s'est dit, la serrure du dessus, on peut la fermer que de l'intérieur, mais pas de l'extérieur. Et du coup, ma mère, si je voulais sortir, fermait la serrure du haut si elle était à la maison. Mais un jour, après d'innombrables recherches, j'ai réussi à trouver la clé, mais je n'en ai pas fait part. Du coup, j'avais cet atout-là dans ma manche.
- Moimed
C'est bien.
- Oumarou
Ouais. Et le jour où je suis sorti, elle a tenté de fermer la porte. Elle m'a envoyé des coups de pression par un message, j'ai bloqué son numéro. Et je suis rentré. Voilà, je suis rentré, j'ai fait ma petite soirée. Après, j'ai... Et première fois aussi, entre première année de BTS et... et deuxième année de BTS pendant l'été, on a eu un conflit. Enfin voilà, on était partis en vacances ensemble. Et pendant ces vacances-là, on a eu un conflit. Et du coup, elle est rentrée plus tôt et tout ça. Bref, elle ne m'adressait pas la parole. Donc pour la première fois, je lui ai rendu l'appareil sur ça. Je ne lui ai plus adressé la parole. Pendant... Pendant facile... 3 semaines je crois, 2-3 semaines. Et pourtant elle essaie de revenir, mais pendant 2-3 semaines. Qu'est-ce que c'était jouissif. Parce qu'en plus, je mettais de la musique dans mes écouteurs, parce qu'elle avait une voix désagréable. En fait, elle était plus forte que la voix de mes écouteurs. En mode, ça faisait les bacs de la musique.
- Moimed
Je suis trop fier de toi. Merci. Le fait que tu m'aimes, c'est ça. On dirait que je t'incite à être un jeune. Non, mais c'est juste que je suis pour la... Et pour un, et deux.
- Oumarou
Et pour un,
- Moimed
et deux. Mais OK.
- Oumarou
Deuxième année. Deuxième année, comme j'ai dit, je commençais un peu plus sortir le soir. Mes techniques, maintenant, elles ne peuvent plus m'en empêcher. Je me rappelle qu'un jour, comme un con, je sortais le soir et j'ai oublié mes clés à la maison. Comme un con. Et elle a fermé la porte et du coup, j'étais enfermé. Et il faut savoir qu'elle avait fait des travaux en bas dans notre garage. Comme c'était un énorme garage, il y avait une partie où tu pouvais mettre la voiture. Et une autre partie, elle ne servait pas forcément. Du coup, elle en a fait comme un salon. Enfin, elle a fait un salon et tout ça. C'était bien. Mais sauf que je n'avais pas mes clés. Du coup, je ne pouvais pas ouvrir cet endroit. Donc, j'ai défoncé la porte du garage. Je suis rentré par effraction chez moi. Mais du coup j'ai passé une bonne nuit, en plus c'était pendant le ramazan je me rappelle pas, il y a eu des périodes où elle faisait ses propres courses, elle voulait plus que je touche à elle, du coup je m'en foutais moi, voilà.
- Moimed
Mais avec quel argent ?
- Oumarou
Avec mon argent.
- Moimed
Mais il sort d'où ?
- Oumarou
Soit j'avais la bourse, soit je travaillais. Ah oui, financièrement j'ai été indépendant dès que je suis sorti du lycée, même un peu avant.
- Moimed
Et t'as pas voulu partir dès maintenant ?
- Oumarou
C'était effrayant, c'est effrayant de se dire ouais je vais au Crous et tout ça, ou à d'autres structures. Actuellement c'était, mais bon, bref. Et du coup, j'ai défoncé la porte de la cuisine aussi. Ça fait vraiment le gros.
- Moimed
Non, mais la vie de l'héritier, c'est moi, tu as 100% raison.
- Oumarou
Oui, non, mais même encore aujourd'hui, je ne pense pas avoir eu tort de faire ça.
- Moimed
Ah non, mais tu n'as pas eu tort.
- Oumarou
Et aussi, à ce moment-là, c'était la première fois où je commençais à voyager. D'ailleurs, à Paris Amis. À ce moment-là, je pars à Londres. Et avant que je parte à Londres, on était en dispute. Et elle m'a pris mes clés. Mais c'est pas grave.
- Moimed
T'es quand même parti.
- Oumarou
Je suis quand même parti.
- Moimed
T'as bien raison.
- Oumarou
Et du coup, en rentrant, je suis resté devant la porte, mais bon, j'en avais rien à faire. Début mai, il y a une succession de jours fériés. Et d'ailleurs, à cette même période, j'allais bientôt passer mes examens de BTS. Du coup, après les vacances de printemps, on avait plus court. Du coup, c'était pour la période de révision. Et je profite... de cette période pour partir en Ardèche chez mon meilleur ami de l'époque. C'était la première fois d'ailleurs que j'allais chez lui. Et en fait, dès que le conflit, le jour même où le conflit, enfin on n'était plus en conflit, première fois où genre, je crois qu'on était partis à Marseille manger ensemble. C'était pas arrivé depuis des mois et des mois.
- Moimed
Avec ta mère.
- Oumarou
Ouais, genre là on commençait à se reparler à peine. Elle me fait, ouais, pour le week-end qui arrive, enfin pour le pont qui arrive, tu veux qu'on parte ? Ça, ça allait se passer dans deux semaines. Je fais, ah ouais, mais je pars déjà en Ardèche, moi. Elle me fait, quoi ? Je fais, ouais, je pars. Elle me fait, non, tu partiras pas. Je fais, si. Elle me fait, non, non, tu partiras pas. Et bref, on passe le sujet. Là, il n'y a eu aucune incidence. Et on rentre à la maison. Elle, en mode... Là on en a reparlé et j'étais quand même déter à partir, elle me fait non tu partiras pas Et là on était dans la partie en bas dans le garage, dans la partie salon Et je voulais monter et elle se met devant la porte Je me lève pas, d'ailleurs j'ai encore la vidéo dans mon téléphone De ce moment là, et pendant une heure elle voulait pas se lever devant la porte Elle me fait tu me poses l'appel la gendarmerie je dis que tu m'as frappé Bon ok, du coup je me suis installé, je me suis mis devant la télé Et elle est restée immobile devant la porte Bref Et après j'ai Ouais c'est ça après qu'est-ce que j'ai fait Je me rappelle plus comment ça s'est résolu mais bref C'est sans importance Et après je suis parti en Ardèche C'était bête de souvenir Tellement apaisant Trop bien C'était tellement apaisant Et au retour Dès que je suis rentré Il y avait tous mes livres par terre. Il y en a certains déchirés. Tous mes posters et tout ça, déchirés. Mais bon, qu'est-ce que tu veux ? Ce n'est pas grave, ça en valait largement la peine.
- Moimed
Donc il y a un moment où il va y avoir son apogée, son zénith. Est-ce que tu peux me parler de ça et comment tu as été amené après plus tard à partir et prendre ton indépendance, etc.
- Oumarou
Alors du coup, suite à mon retour d'Ardèche, j'allais passer mes examens. Tout se passe bien. Pour moi, j'ai réussi au lamin. Et du coup, vient la fin des examens écrits. Et du coup, avec mes amis, on s'est dit, ben ouais, venons, on va fêter ça et tout ça. Genre, venons, on va manger quelque part, on va faire comme ça. Du coup, je rentre. Et ma mère n'était pas encore là. Du coup, je l'appelle. Je fais, ouais, maman, il y a... On était encore en conflit à ce moment-là. Mais j'étais vraiment dans une optique de... Je me dis, bon... écoute pour une fois je vais essayer de me dire vas-y je vais essayer de résoudre ça je vais agir avec son accord comme ça au moins elle sera contente y'a pas d'embrouille elle me dit non, d'un air méchant je fais pourquoi et tout ça, y'a des raisons, non tu y vas pas du coup elle vient, parce que à ce moment là j'avais pas mes clés on se rappelle depuis que j'étais revenu de Londres deux mois auparavant j'avais plus mes clés du coup je lui fais ouais s'il te plaît vas-y et tout non, donc là ok j'attends qu'elle rentre Elle rentre, je l'attends, je fais « Pourquoi ? » et tout ça. Elle me fait « Non. » Du coup, qu'est-ce que je fais ? Je vais dans son sac, je prends ses clés. Là elle essaie de m'empêcher et tout ça, j'arrive à les prendre. Et là je voulais monter et tout ça. Elle se met devant la porte et elle s'assoit par terre. Ah j'ai mal au coeur, je me sens mal, je me sens mal et tout. Appelle les pompiers, je vais faire une attaque et tout. Je la regarde, je la regarde. Elle était ridicule. Après 15 minutes ça m'avait éteint. Je fais bon, c'est bon, je sors pas. Elle se lève et reprend ce qu'elle était en train de faire. Elle me dit, par contre, tu veux vraiment les clés ? Je lui dis, non. Il me dit, vraiment les clés ou tu vas le regretter. Je lui dis, ok, vas-y, c'est pas grave. Je monte, je me cale dans ma chambre, je suis au téléphone avec un collègue. Et de là, j'entends des bruits dans les escaliers de quelqu'un qui monte. En fait, c'était des gens, il n'y avait pas qu'une personne. Et j'ai cas, je compris que c'était la gendarmerie. Rentrez, on va parler. Ouais, votre mère nous a dit que vous l'avez frappé. Je lui dis, bon. Oui, je m'en doute. Bah, écoutez, je vais vous dire ce qui s'est passé, tout ça, comme ça. Elle me fait, bah, oui, bah, d'ailleurs, vous allez... Oui, c'est ce qui va se passer pendant la garde à vue. Je fais, quoi ? Elle me fait, oui, du coup, vous allez être placé en garde à vue pour violence sur ascendant. Je fais, hein ?
- Moimed
Je dis,
- Oumarou
je l'ai pas frappé, du tout. Je fais, ouais, désolé, mais là, au vu du motif, on n'a pas le choix. Bon, bah, écoute, du coup, je m'habille et tout ça. Ils mettent les menottes. pour descendre à toi.
- Moimed
C'était nécessaire. C'était la procédure.
- Oumarou
Et bref, du coup, il y a les pompiers aussi, je vois. Ma mère dans son grand spectacle. Du coup, on y va. On prend les gendarmes super gentils et tout ça. On va essayer de nous tirer quelques trucs de positifs. Bref, malgré qu'ils soient gentils... On le retrouve quand même en garde à vue. Dans la cellule et tout. Et là, j'ai tellement peur. En fait, tellement peur parce que tu te dis... Je sais pas, j'ai pas l'habitude de... J'avais l'habitude des gendarmes qui viennent, mais pas de la garde à vue. Et tu te dis, je connais pas tout le système judiciaire, carcérale et tout. Tu te dis, imagine, je me retrouve en prison, tu vois. Donc, la nuit, une nuit horrible, forcément. Et après vient l'après-midi. L'OPJ... Le président de la République qui va m'auditionner et tout ça. Il faut savoir que ma mère et mon éducateur sont venus. D'ailleurs, ah oui, je n'ai pas le même éducateur qu'à l'époque. Ça, j'ai oublié de le dire. Mais à partir de la première, je n'ai plus le même éducateur.
- Moimed
Tu as changé ?
- Oumarou
Oui, j'ai changé d'éducateur. Un éducateur qui s'appelle Eddy. Et qui est une personne incroyable. Mais ça, j'aimerais vraiment parler de lui. Mais après, ce qu'il mérite vraiment, il ne mérite pas d'être une aparté. Vraiment, c'est une personne incroyable. Ouais, l'OPJ m'auditionne. Le matin même, il a auditionné ma mère et mon éducateur. Ma mère, dans son coup de vis, me dit qu'elle a mal qu'aux cervicales après que je l'ai frappé. Elle dit que je l'ai giflé et tout ça, mais bon. Les cervicales sont la seule partie que tu ne peux pas vérifier. Mais bon, c'est pas grave. Mon éducateur a fait part de tout son suivi. Après, ensuite, moi, je fais part de tout. Et dans mon téléphone, j'avais plusieurs audios, plusieurs vidéos. Bon, pas de ce moment-là, mais de violences de ma mère. Du coup, ça a vraiment appuyé mon témoignage, exactement. Et bref, l'OBJ, pareil, super gentil, super sympa. De toute façon, simple, j'ai été auditionné à 14h, je suis sorti à 17h.
- Moimed
T'avais un avocat, une avocate ?
- Oumarou
Non.
- Moimed
T'avais pas d'avocat ?
- Oumarou
J'ai pas voulu, j'ai pas souhaité.
- Moimed
Ah ouais ?
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Pourquoi ?
- Oumarou
Parce qu'en fait, ils m'ont dit, ouais, ça va rallonger le truc, mais bon, qu'est-ce que tu veux ?
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Dans le temps qu'il y en a, mais bon, c'est pas grave. Ouais.
- Moimed
De toute façon,
- Oumarou
ça n'a rien changé au truc. Il est sorti, on pourrait se dire, bon, ben, la libération, super et tout. S'ensuit, enfin, du coup, il y avait une libération, mais une contrepartie, je ne pouvais pas rentrer chez moi pendant six mois. Ok. Du coup, tu te retrouves sans domicile. Après, j'ai appris que j'étais peut-être même pas déclaré innocent, mais en gros...
- Moimed
Ça, je saisis qu'il fallait qu'il y ait un avocat.
- Oumarou
Ouais. À l'époque, je ne savais pas.
- Moimed
Oui, c'est normal. Et du coup,
- Oumarou
à ce moment-là, tu te retrouves seul. Enfin, pas seul. Je ne me remercie pas seul. Parce que ma soeur était là. Ma soeur et mon beau-frère, Thomas, ont été là pour moi. Et grâce à eux, je suis resté chez eux pendant deux semaines. Et pendant cette première semaine, je n'avais plus de nouvelles de ma mère. Tant mieux. C'était ce que je souhaitais. D'ailleurs, il faut savoir que mon beau-frère est parti chercher toutes mes affaires chez ma mère, le soir même où je suis venu chez eux, où je suis sorti de la vie et tout. Et en fait, il a enregistré, enfin, il a mis son téléphone dans sa poche et il a enregistré tout. Et ma mère a, pareil, essayé de faire un coup de vie. Ça a essayé de nous diviser, mais bon, heureusement qu'on...
- Moimed
Oui, c'est ça.
- Oumarou
Ma sœur, moi, mon beau-frère. Mais bon, mon beau-frère, il a demandé tous mes papiers, heureusement. Parce que ma mère avait fait un truc à ma sœur, c'est que quand ma sœur avait quitté le domicile, elle avait oublié son bac à la maison.
- Moimed
Merde.
- Oumarou
Et ça l'a tellement, ça lui a mis des bâtons dans les roues mais bon heureusement elle s'en est sortie grâce à Dieu elle s'en est sortie et deuxième semaine en fait j'étais en train de faire toutes les procédures pour avoir un logement pour avoir un travail pour devenir indépendant fiscalement entre temps je devais préparer mes examens parce que j'avais fini mes examens écrits mais je n'avais pas fini mes oraux j'avais un dernier oral un portant à passer. Au cours de la deuxième semaine, en fait, j'avais besoin d'un papier à elle et en fait, peu à peu, comme ça, elle essayait de se rapprocher de moi. Elle a réussi à rentrer dans ma tête. Et en fait, j'avais prévu de sortir avec un ami qui habitait pas de chez nous de ma mère. On était ensemble en BTS. On a fait une sortie. Et du coup, à ce moment-là, je suis passé chez ma mère avant d'aller le voir. En fait, j'ai fait la sortie avec cette amie et tout ça. Et le soir, je suis retourné voir ma mère. Et en fait, j'ai menti à ma soeur. Et je lui ai dit, ouais, je vais dormir chez un ami. En fait, c'était pour dormir chez ma mère.
- Moimed
Tu t'en veux de ça ?
- Oumarou
Ouais. Je m'en veux une... En fait, je m'en veux énormément. Encore aujourd'hui, et je sais même pas si un jour j'arriverai à me le pardonner. En fait, je m'en veux énormément de lui avoir menti. Bon, déjà, le soir même, elle a su la vérité. Parce qu'elle avait mal au cœur sur ce top et tout. Et heureusement qu'elle a eu en fait. Parce que... Je pense tôt ou tard, déjà, elle m'aurait cramé, ou je lui aurais dit, ou je ne sais pas comment ça serait passé. En tout cas, heureusement qu'elle a appris. Et en fait... Le lendemain, je suis retourné chez elle. On a eu une discussion. En fait, le soir même, je suis retourné vivre une semaine chez ma mère.
- Moimed
Mais elle t'en a voulu ?
- Oumarou
On en a parlé quelques mois après. Et elle m'a dit qu'au début, au début, elle était un peu... Ouais, elle m'en avait un peu voulu. Mais elle comprenait aussi le procédé de ma mère, le mécanisme de comment elle avait encore et ça me retournait le cerveau et tout.
- Moimed
Mais toi, tu t'en veux encore ?
- Oumarou
Je m'en veux encore tellement. Elle m'a dit que... Alors... Aujourd'hui, elle est contrainte, elle ne m'en veut plus du tout. Et je me suis excusé. Je me suis excusé auprès d'elle.
- Moimed
Mais je ne peux pas t'excuser.
- Oumarou
Parce qu'en fait, ils ont... Si ils n'étaient pas là pour moi, j'aurais fini à la rue.
- Moimed
Oui, mais ça ne fait pas de toi quelqu'un d'ingrat. Et c'est ce que tu es en train de penser.
- Oumarou
Je m'en doute et je comprends. Mais c'est pas pour autant que j'arrive à me pardonner.
- Moimed
Oui,
- Oumarou
tout simplement,
- Moimed
oui. Après, c'est un processus.
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
Mais faut que t'arrives à, même si t'y crois pas, à te rentrer dans la tête tout le fait que c'est pas parce que ce soir-là, t'as succombé, t'es retombé, etc., que ça fait de toi quelqu'un d'ingrat, que ça crache sur tout ce que ta soeur et ton beau-frère ont pu faire pour toi. Pas du tout. Et je pense que elle... elle pense comme ça et elle le sait. Il faut que toi, tu arrives à accepter le fait que tu es un être humain. J'allais dire que tu fais une erreur, mais ce n'est même pas une erreur. Tu es un être humain. Elle a usé de ses capacités. Elle savait comment te parler, etc. Et encore plus, tu es un être humain. C'était ta mère. Pour toi, c'était normal. Tu avais envie de résoudre les choses, de te dire peut-être que ça peut aller mieux, etc. Je te jure, faut pas que tu t'enveuilles à ce point dans la mesure où je suis sûr que ton beau-frère et ta sœur, ils ont cette intelligence émotionnelle, ce recul et cette maturité de se dire « Mais ça veut pas dire qu'il a été ingrat avec nous. » Donc il faut que toi t'arrives à te pardonner ça parce que tu peux pas vivre avec ce poids. Vraiment, c'est important que t'arrives à te détacher de ça. Je te dis pas de complètement te dire « Non mais bon, je m'en fous, j'ai fait ça. » Non. d'avoir conscience du fait que ta soeur a pu être touchée par rapport à ça, sans pour autant, 100%, prendre cette responsabilité, cette charge sur ton dos et sur ton histoire, parce que c'est hyper imposant. Donc, t'es reparti chez elle ce soir-là, et après, t'as revécu chez elle pendant une semaine.
- Oumarou
Une semaine, mais en fait, du coup, le soir où j'avais dormi chez ma mère, c'était le samedi soir. J'étais revenu dans la journée chez ma soeur le dimanche. Et le dimanche soir, je suis retourné chez ma mère une semaine. Mais Dieu merci, le lundi, j'ai eu une réponse du cruise qui me disait que j'étais... J'étais... Il m'avait trouvé une chambre et du coup c'était tellement une bonne chose parce que aussi avec ma soeur on sait pas qu'il était en mauvais terme heureusement.
- Moimed
Trop bien.
- Oumarou
Ouais ouais heureusement. Et euh... Et ouais c'est ça j'ai... Parce que pendant les deux semaines où j'étais chez ma soeur du coup j'ai... Je suis parti voir l'assistante sociale du groupe, j'ai parti même dans des foyers jeunes travailleurs partout où je pouvais peut-être espérer avoir un logement. J'avais... J'ai fait... Entre temps je faisais des missions d'intérim, je faisais tout pour gagner un maximum d'argent. J'ai réussi à avoir une promesse d'embauche pour l'été et tout ça. Ben, carrément, j'étais prêt à arrêter les études. Il fallait que je travaille pour avoir mon propre logement. Ça m'a beaucoup aidé durant cette semaine où j'étais chez ma mère. Et le fait qu'en fait, en intérim, j'avais des heures à décaler. Du coup, on ne se croisait pas. Au moins, il y avait au moins ça de bien. Et du coup, le lundi d'après, je suis parti chercher les clés avec mon ami Thaïlis. Très bon ami à moi. Une personne... qui m'a acquis pendant cette période aussi pendant ces deux semaines puis la semaine de chez ma mère et tout qui m'a soutenu, qui a vraiment été là pour moi et du coup on est parti chercher les clients ensemble et après j'ai emménagé et de là j'ai commencé le travail j'avais des missions d'intérim tout se passait tellement bien et là ouais ça a été une libération mais ma mère continuait à Elle me... Ouais, elle me... Tout bête, mais en fait, pendant ce moment-là, vu que ça avait engendré beaucoup de frais, elle m'avait prêté 100 euros pour que je puisse avoir cette chambre aux crous.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Et d'ailleurs, du coup, c'était début juin, et il y avait mon anniversaire qui arrivait la semaine d'après. Du coup, elle avait un matelas de place. Je fais, ouais, c'est possible de me le prêter. Comme ça, moi, j'ai un collègue qui vient dormir à la maison. Et je sais pas pourquoi, elle vient, elle pète un plomb, elle me dit... Et elle me fait, ouais, tu me rembourses mes 100 euros, tu te sers de moi.
- Moimed
Encore, en fait, un moyen d'avoir une emprise sur toi. Voilà, c'est ça. Alors que t'es plus chez elle. Ok. Donc, ça, c'est la manière dont t'as pu t'émanciper. Comment ça s'est fini. Aujourd'hui, bah... Alors,
- Oumarou
je dirais pas comment ça s'est fini.
- Moimed
Non, oui. Comment ça s'est fini, le fait que t'habitais chez elle.
- Oumarou
Voilà, c'est ça, exactement.
- Moimed
Mais aujourd'hui, t'es émancipé, t'habites seul. t'es indépendant moi ce que je me pose comme question c'est quel est le rapport du coup que t'as avec elle du coup suite
- Oumarou
à mon déménagement ouais c'est ça dès que j'ai quitté le domicile on a continué à parler mais en fait c'était encore elle qui avait une entrée sur moi et c'est elle qui décidait quand est-ce qu'elle ne voulait plus me parler
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Tu vois. Et en fait, au bout d'un moment, je me suis dit, mais comment elle peut réussir encore à me faire du mal ? En fait, c'est plus à elle décider. Et en janvier 2025, pour la première fois, je l'ai bloqué de partout. De partout, de partout.
- Moimed
Pendant combien de temps ?
- Oumarou
Pendant deux mois. Et en fait, elle avait envoyé je ne sais plus qui pour me parler, sa cousine, sa copine. son cousin, un oncle dont je suis très proche. Et en fait, peu à peu, elle avait réussi. Et à cause de sa copine, je devais juste voir sa copine un jour. Et au dernier moment, sa copine m'a dit « Ouais, ta mère, elle vient. »
- Moimed
Ouais, t'as fait un guet-apens.
- Oumarou
Elle m'a fait un guet-apens. Et du coup, suite à ça, peu à peu, je me suis dit « Non, je ne reparlerai pas à ma mère. » Et au final, je m'en aperçois, j'étais en train de lui en parler. Donc voilà. En vrai, tout s'est bien passé à peu près. Même s'il y avait encore 2-3 épisodes. Mais en fait, j'arrivais très vite à mettre un terme parce qu'il y avait la distance et elle ne pouvait plus trop m'atteindre. Et j'ai refait un voyage avec elle. Mais cette fois-ci, il y avait une amie à moi. J'ai fait l'erreur d'amener une amie à moi. Et lorsqu'on était... Durant le séjour, durant le voyage.
- Moimed
J'ai fait l'erreur d'un truc que tu ne peux pas prévoir.
- Oumarou
J'aurais pu le prévoir. J'aurais dû le prévoir.
- Moimed
Tu te blâmes beaucoup pour des choses. Non.
- Oumarou
En fait, j'avais... Cette amie avait déjà vu ma mère plusieurs fois.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Et ça s'était super bien passé. Ma mère avait l'air de bien l'aimer. Et du coup, cette amie avait envie de voir Oran. C'est la ville dont je suis originaire en Algérie. Et je lui ai fait, viens. Il n'y avait pas de soucis avec ça. Ma mère était d'accord. Donc, on est partis tous les trois. Et en fait, durant le séjour, ma mère a pété un plomb. Et c'est mis à l'insulter. C'était tellement dur émotionnellement à gérer. Parce qu'en fait, c'est... T'es loin... de tes repères habituels. Je parle pas couramment arabe, donc s'il y a une embrouille et que la police intervient, parce qu'elle menaçait d'appeler la police, je... Ouais, là,
- Moimed
t'es dans un pays complètement.
- Oumarou
Ouais, c'est ça. Et surtout que... Comment ça s'appelle ? Surtout que là, ils me verront sûrement moins coupable et tout. C'était dur, c'était dur. Mais en fait, au bout d'un moment, j'en avais marre. Du coup, à une partie du voyage, je ne lui ai plus adressé la parole. Elle me parlait, on était dans la même voiture, on était dans la même chambre et je ne lui parlais pas. Quand on est revenu du voyage, j'ai quand même accepté de continuer de lui parler. Et un jour, je crois qu'elle en avait repréfité, elle avait repris la confiance, du coup elle a réinsulté mon amie. Et de là, j'ai dit stop et je l'ai bloqué de partout. Et là, je l'ai bloqué du coup en novembre. Ça fait, ça va bientôt faire six mois, je crois. Du coup, là, ça fait cinq mois qu'elle n'a plus de contact de moi. Elle essaye encore d'envoyer diverses personnes pour me parler, pour essayer de me raisonner, entre guillemets. Mais là, actuellement, je ne me sens pas en état de lui reparler. Surtout quand je traverse une phase que je ne comprends pas. Je ne pleure jamais. Enfin, très rarement. D'ailleurs, toute ma vie, je crois que les seules fois où je pleurais, c'était à cause de ma mère. Là, ça fait quelques mois. que parfois j'ai des crises de... Je ne sais pas si c'est des crises de panique ou juste des langues qui jaillissent. Et en fait, à chaque fois, c'est quand je repense à elle ou quand je reparle d'elle. Et ça, c'est en train de me... Je ne comprends pas parce que ça ne m'est jamais arrivé. Et j'ai une bonne lecture de moi. Et malgré ça, je ne comprends pas pourquoi ça intervient à ce moment-là, sachant qu'il y a déjà eu des périodes où je ne lui parlais plus. Il y a déjà eu des périodes où j'étais sans cesse confronté à elle et au mal qu'elle me faisait. Mais ce n'est pas pour autant que j'avais ça. Et là, je me demande pourquoi ça s'est arrivé. Ça arrivait quatre fois en trois mois, deux, trois mois, je crois. Et je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Du coup, ce n'est vraiment pas maintenant que je vais aller lui reparler.
- Moimed
Mais est-ce que déjà, c'est la première fois que c'est aussi longtemps que tu ne l'as pas ?
- Oumarou
Oui, c'est la première fois.
- Moimed
C'est peut-être aussi pour ça ?
- Oumarou
Je ne crois pas parce que la première fois que ça arrivait, la première fois que j'ai pleuré...
- Moimed
ça faisait pas aussi longtemps que la précédente fois peut-être que cette fois-ci tu t'es dit que en fait comme dans ta tête tu t'es dit que c'était peut-être fini, je sais pas de théoriser je sais pas,
- Oumarou
j'ai essayé moi aussi de me poser la question pourquoi j'arrive pas à comprendre, j'aimerais parler aussi d'un éducateur, enfin de mon éducateur justement, je sais pas si tu veux que j'en parle maintenant ou peut-être après dans votre... Du coup, j'ai eu cet éducateur suite au départ de mon précédent éducateur, celui avec qui je n'avais pas forcément une bonne expérience. Et du coup, Eiji, justement, il a fait un travail prodigieux avec moi. C'est-à-dire qu'il essaie vraiment de comprendre comment ça se passait. Je ne sais pas, je ne saurais pas dire, mais s'il a décelé plutôt vers le début ou plus vers la fin, mais il avait compris qu'au bout d'un moment... Ma mère n'était pas aussi innocente qu'elle le clamait. C'est lui qui m'a aidé à avoir mon BTS. C'est lui qui a pu m'aider aussi pour que je puisse prendre mon indépendance. Malheureusement, je ne l'avais pas écouté. Il insistait vraiment pour que je puisse prendre mon indépendance. Mais bon, comme ça m'effrayait tellement, il y avait ma mère qui, derrière,
- Moimed
me disait au final,
- Oumarou
pas besoin, ne t'inquiète pas et tout ça. Je lui en suis tellement reconnaissant. Grâce à lui, j'ai pu partir en vacances aussi. C'était trop bien ça aussi.
- Moimed
Trop bien. Elle a encore contact avec ou pas du tout ?
- Oumarou
Faudrait que je l'appelle. Faudrait que je l'appelle. Faudrait que je prenne de ses nouvelles. Parce que c'est...
- Moimed
Ça fait combien de temps que t'as pas eu ?
- Oumarou
Quelques mois, j'ai pas eu de ses nouvelles.
- Moimed
Ok.
- Oumarou
Faudrait que je le recontacte.
- Moimed
Est-ce que t'as quelque chose à rajouter sur cet épisode ou pas du tout ?
- Oumarou
Ouais.
- Moimed
J'ai moins.
- Oumarou
Avec ma sœur.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
On n'en est pas sûr. Et actuellement, on ne peut pas le prouver. Mais on pense que ma mère a... à, j'allais dire problème mental, je sais pas si c'est le terme le plus adapté.
- Moimed
Ouais, une maladie mentale.
- Oumarou
Une maladie mentale peut-être ou quelque chose comme ça. Qui lia à de la paranoïa.
- Moimed
Ouais.
- Oumarou
Qui a vraiment exacerbé son comportement, son mauvais comportement et ses actes envers nous. Mais on en a, malheureusement là actuellement on peut pas le prouver. Et en fait le dernier message que j'ai adressé à ma mère avant de la bloquer, c'est que je lui ai dit... Tant que tu ne feras pas en sorte de soit te faire soigner, soit de au moins consulter, tu n'auras pas de nouvelles. je crois que je ne veux pas avoir de nouvelles tant que il n'y a pas une démarche pour aller mieux qui a été entamée t'arrives à avoir ce recul là de
- Moimed
comprendre qu'elle est potentiellement malade et c'est bien pour clore cet épisode avant le petit jeu de conclusion j'ai quelques petites questions déjà premièrement Tu as parlé du fait que quand tu l'as bloqué, tu as dit que si tu voulais avoir un contact avec elle, il faut qu'elle consulte, qu'elle aille chercher de l'aide. Est-ce que toi, tu as pensé à consulter, aller chercher de l'aide, à en parler ? Peut-être qu'encore plus maintenant, parce que tu es dans une situation où tu es dans l'incompréhension, il y a des moments où tu pleures, etc. Tu sais qu'il y a quelque chose qui se passe. Est-ce que tu as pensé à aller et... plus que penser, parce que je sais la réponse que tu vas me donner, qu'est-ce qui te retient d'aller voir quelqu'un ?
- Oumarou
Alors du coup, comme tu le sais, oui, je pense à consulter, mais qu'est-ce qui me retient ? Je serais tenté de te dire la flemme, mais je pense que ce serait juste la réponse facile juste pour ne pas chercher à creuser. Je ne sais pas.
- Moimed
Tu as peur de ce que tu peux trouver là-bas ?
- Oumarou
Non, non. Non, je n'ai pas peur de me remettre en question. Je n'ai pas peur de faire face à moi-même. En fait, j'ai déjà eu une première interaction avec une psychologue il y a quelques années. Il y a trois ans, je crois, maintenant. 2023, je crois. Oui, c'est ça, il y a trois ans. Il n'y avait juste pas eu de feeling avec la psychologue. Et du coup, je me dis, ah ouais, ok, ça ne va pas faire rien.
- Moimed
Ça, c'est le problème des filles. Il faut que tu trouves le bon, la bonne. Mais c'est important quand même de faire cette démarche-là. Je parle pour toi et je parle pour toutes les personnes. Moi, je suis partisan du fait, et ce n'est pas parce que je suis en études de psychologie, mais je suis partisan du fait que tout le monde devrait aller voir une psy ou un psy. En l'occurrence, une, parce que personnellement, je ne vois que des psy-femmes. Mais moi, je pense que, et je te le dis depuis, je pense, ça va faire un an. Mais c'est trop important. Il faut que tu arrives à faire cette démarche-là. Et il faut que tu arrives à comprendre que si tu le fais, c'est pour toi. C'est vraiment pour toi. Et c'est un pas encore plus dans ta construction en tant que toi, Mohamed, homme indépendant qui a grandi, etc. C'est vraiment très important. Donc voilà. Ma deuxième question, ça va être peut-on laisser la place à la compréhension ? face à un parent toxique, et si oui, jusqu'à où ? Comme là, tu as dit, toi, peut-être la maladie mentale, etc. Est-ce qu'on peut laisser la place dans la mesure où on dit « Ah, mais en fait, ma mère aussi, elle a eu une enfance difficile. » Est-ce qu'on peut comprendre sans justifier ? Je ne sais pas si tu vois vers où je veux emmener la question.
- Oumarou
Tout simplement, pour moi, ce n'est pas justifiable, peu importe le passif.
- Moimed
Non, pas justifiable, mais compréhensible ou pas ? Tu n'as pas le droit de dire non.
- Oumarou
Non, je ne pense pas. Je ne sais pas. Parce que c'est fort de donner naissance, de donner vie, mais pour ensuite autant y nuire. Je ne comprendrai jamais.
- Moimed
Je comprends. Je comprends que tu ne comprends pas. Et dernière question, vraiment. Si tu avais quelque chose à dire à ton toi qui était enfant, qu'est-ce que tu lui aurais dit ?
- Oumarou
Courage. Je n'ai pas d'autre mot à m'adresser. Courage, je te jure. Ouais. Courage et je t'aime. Je mérite de l'amour. C'est fou dit comme ça.
- Moimed
C'est pas fou.
- Oumarou
Mais j'en suis sûr que je mérite. Ouais, j'en suis sûr que je mérite de l'amour. Je pense pas avoir mérité tout ça. Et je pense que dès l'enfance, en fait, personne ne mérite ça. Mais ouais, si j'ai des mots à m'adresser, c'est courage et je t'aime.
- Moimed
C'est très important et tu vas t'en sortir. Ouais. Merci pour cet épisode. Merci à toi. C'est incroyable. Avant de conclure, j'aimerais prendre un moment pour revenir sur ce qui s'est dit aujourd'hui. On a beaucoup parlé du thème de grandir dans un environnement toxique à travers ton parcours, tes expériences et ton regard. Avec un peu de recul, qu'est-ce que cet échange t'a fait réaliser ou re-réaliser ?
- Oumarou
Du coup, je ne sais pas si j'ai réalisé des choses supplémentaires ou pas. Peut-être que là, c'est trop frais encore.
- Moimed
Oui.
- Oumarou
Mais là, actuellement, je ne saurais pas te dire. Pour moi... Juste rien.
- Moimed
S'il y avait un message essentiel à transmettre à celles et ceux qui nous écoutent, un message que tu aimerais qu'ils gardent en tête après avoir écouté ce podcast, quelqu'un qui, par exemple, vivrait la même situation que toi actuellement, ce serait ?
- Oumarou
Entoure-toi. Entoure-toi des bonnes personnes. Je te jure, entoure-toi des bonnes personnes qui sauront t'écouter. Essaye d'être indépendant financièrement le plus tôt possible. C'est super important. Et émotionnellement, Ausha. Ausha et entoure-toi. Entoure-toi de personnes saines, de personnes qui t'aiment. Amis, famille, peu importe. C'est super important.
- Moimed
Parfait. Alors, pour terminer, je tenais à rappeler que le 30-18, c'est le numéro national contre toutes les formes de harcèlement concernant les jeunes, les enfants, les adolescents. Il est gratuit, il est anonyme et confidentiel. Vous pouvez appeler et demander de l'aide à ce numéro. Il est ouvert 7 jours sur 7, de 9h à 23h. Pour tout renseignement et pour signalement. Merci Mohamed pour cet épisode. Je pense que, bah oui, c'est logique, ça a été le plus émouvant. On a tourné là, ça fait 2h06. mais c'est incroyable j'ai adoré et je te remercie d'avoir partagé ça avec moi maintenant que cet épisode est fini je vous invite à me suivre sur Instagram avec le nom d'utilisateur Umaru6u et du coup je peux vous annoncer officiellement que j'ai ouvert un serveur Discord dans lequel on va pouvoir parler de cet épisode des prochains donner des avis, etc. débattre, etc. Et n'oubliez pas que dans ma story à la une, il y a un lien sur un Google Forms pour si vous souhaitez participer au prochain thème et être invité à un des épisodes. Merci pour votre écoute et n'oubliez pas on vit dans un monde où personne n'est innocent mais on se doit au moins d'essayer.