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Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette première saison, Paris est une fête, une fête libre, exubérante, indisciplinée et créative. Des balles de quartier au cabaret mythique, des figures flamboyantes aux lieux oubliés, Nous vous racontons l'histoire de celles et ceux qui ont dansé, réinventé et bouleversé l'ennemi parisien. Bienvenue dans « Il était une fois Paris » , un podcast raconté par Dominique Boutel, qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
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Louise Weber, dite « La Goulue » . « Demandez mes caramels ! Allez, les caramels de la Goulie, c'est comme du miel ! » Qui pourrait se douter que cette grosse femme usée par la vie, qui vend des allumettes ou des bonbons dans une boîte tenue par une ficelle dans les rues de Montmartre, fût l'une des étoiles qui brilla au fronton du célèbre Moulin Rouge ? Ce fut pourtant la trajectoire de Louise Weber. Fille de rien, destinée à devenir blanchisseuse. Grâce à ses talents, sa personnalité, sa liberté, elle devint l'une des figures qui marqua son époque. La belle époque du Paris-Canaille, de la butte Montmartre, avant de mourir dans la misère et l'anonymat. Clichy, juillet 1866. Dans le pauvre logement de la femme Weber. naît la quatrième enfant d'une nombreuse fratrie, Louise Joséphine. Très petite, elle montre qu'elle est douée pour danser. Le premier orgue de barbarie qui passe dans la rue la voit descendre avec sa mère et dire volter sur le pavé. Son père Dagobert l'emmène au café. Elle monte sur la table et « vas-y que je danse ! » « Vas-y, ouison ! Encore un petit chahut ! » Le chahut, c'est l'ancêtre du fameux cancan. Et Louise lève la jambe, gesticule et se trémousse comme pas une. Et elle chante. À 16 ans, Louise est devenue blanchisseuse comme sa mère, non loin du théâtre des Batignolles. Mais le soir, après avoir emprunté les tenues de ses clientes, elle devient une habituée du Moulin de la Galette, qui en 1882 s'est transformée en guinguette. Louise s'émancipe, donne ou vend son corps aux hommes, aux femmes. Mais surtout, elle danse. Sa vocation est née. Et peut-être aussi son penchant pour l'alcool, qu'il a fait reconnaître sous le nom de la Goulue. Le joli moulin de la Galette, indisait la couleur du temps. Au moulin de la Galette, on croise toutes sortes de gens. Calico, ouvrière, apache, roxénète. poète et Jean de La Haute venus s'encadailler. Louise Weber y croise un homme grand et sec, un contorsionniste qu'on appelle Valentin le Désossé. Tu veux me payer une valse à deux sous ? L'amour, t'as la danse dans le sang. On fait la paire tous les deux. Il lui ouvre les portes du Moulin Rouge après celle de l'Elysée Montmartre. Ils danseront ensemble pendant neuf ans. À Montmartre, Louise pose pour les peintres et certains photographes, pas toujours très vêtus. Son regard bleu-acier, sa chevelure blonde, sa peau de porcelaine en font un modèle idéal pour Auguste Renoir ou le photographe Achille Delmaet. Louise est généreuse de son corps et la pose sera porte-gros. En 1884, Louise fait ses débuts à l'Elysée Montmartre. Mais elle doit améliorer sa technique. Les soirs où il n'y a pas de spectacle, elle prend des cours avec Lucienne Beuze, alias Gris Dégout. Elle peaufine la prise du jupon et y rajoute sa touche, le coup de cul. Ça y est, par l'entremise de son fidèle Valentin, celle qu'on appelle maintenant la goulue, est entré au cabaret du Moulin Rouge qui vient d'ouvrir. Elle en est même l'étoile, son salaire le prouve. Au Moulin Rouge, la goulue est la reine du chahut naturaliste et elle fait la loi. Gare aux filles qui lui déplaisent. Toulouse-Lautrec, un habitué du premier jour, lance tous les soirs à 10h. « Allez, les belles, voilà le quadrille ! » Le peintre et la Vénus parigote sont devenus intimes. « Quand je vois mon cul peint par toi, mon petit touffi, je le trouve beau. » L'affiche du peintre qui la représente est placardée sur tous les murs de la capitale. « Toulouse-Lautrec, c'était un chic type,
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il me grandissait. »
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La goulue est devenue une légende. Elle fait valser les hautes formes d'un coup de pied, n'est pas avare de sa culotte, brodée d'un cœur qu'elle dévoile sous ses jupons, et avec son ton wire, elle provoque même les têtes couronnées. A Edouard VII. Eh, Gal, tu pèles champagne ? C'est toi qui régales ou c'est ta mère qui invite ? Les femmes n'ont pas le droit d'entrer au cabaret sans être accompagnées d'un homme. Qu'à cela ne tienne. Elles y arrivent en tenant en laisse un bouc. J'ai apporté mon mâle. Ses amants se succèdent. À son palmarès figurent le prince égyptien, shérif Amourad Yazi, le prince de Galles, le futur Édouard VII, et le grand duc russe Alexis. Ses amants aussi, comme l'amant de fromage. Mais ce sont des gars grandis comme elle dans le faubourg qui seront ses compagnons de route. Un temps. Car si la goulue sait bien mener sa vie d'artiste, c'est plus compliqué avec ses affaires de cœur. Et puis la gambieuse se lasse. Ça fait 15 ans qu'elle lève la jambe. Elle décide de quitter la scène pour se produire dans la rue. Elle investit dans une baraque foraine dont l'ami Toulouse-Lautrec peint deux panneaux. Et elle invente une danse orientale. Le public est invité à voir la célèbre danseuse d'Agou dans la danse de l'Albée. Puis elle se transforme en dompteuse de bêtes sauvages. « Immense succès, la Goulue, la vraie, l'unique dans la cage aux faubes ! » Mais cette vocation tourne mal, la Goulue est blessée par un lion qui n'aime pas la musique. La guerre, la fin de l'engouement pour les cirques, un fils ingrat, le vieillissement et la bouteille ont raison de cette vieille femme de 40 ans. Pour la Goulue, c'est le retour à la case des parades. Enfin, pas tout à fait. Elle ne mange pas tous les jours à sa faim, tombe malade. Mais elle est encore lumineuse. Cette dame toute ronde qui lève avec coquetterie son vieux jupon devant la roulotte déglinguée qui lui sert de maison. Faubourg de Saint-Ouen, chez les bifins. Ce sourire qu'elle lance à ceux qui la reconnaissent, c'est celui d'une femme libre, fantasque, qui a échappé à son destin pour vivre ses passions. de toute nature. La goulue loin de Montmartre, dont elle a été le symbole, inimaginable. Une mince poignée de fidèles l'enterre à Pantin en 1929. Mais elle est entourée d'un bon millier d'admirateurs lorsque son corps est transféré au cimetière de Montmartre le 15 mars 1992. Ils étaient bien loin Vous voulez retrouver la goulue ? Parcelles 31 au cimetière de Montmartre. Mais surtout dans l'esprit qui flotte encore, parfois, dans le square qui porte son nom.
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Vous venez d'écouter Il était une fois Paris. Une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. À très bientôt !