- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette première saison, Paris est une fête, une fête libre, exubérante, indisciplinée et créative. Des balles de quartier au cabaret mutique, des figures flamboyantes aux lieux oubliés, Nous vous racontons l'histoire de celles et ceux qui ont dansé, réinventé et bouleversé les nuits parisiennes. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel, qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Taxi au 33 ! Le bal bleumet, une histoire de la Big In à Paris. Paris 1924, la capitale sort d'une guerre qui a saigné l'Europe. Et tout ce qui est synonyme de fête, de plaisir, de nouveauté, a du succès. Influencé par les artistes, le public se passionne pour l'inédit. Le surréalisme, l'exotisme, les arts décoratifs, le jazz, fraîchement arrivé en Europe. Au 33 de la rue Blomet, dans le 15e arrondissement de Paris, dans un ancien débit de boissons devenu un commerce de vin et tabac, tenu par M. Jouz, il y a un piano dans l'arrière-salle, une ancienne grange. On y danse parfois. En 1924, le martiniquais Jean Rézard de Vauve en a fait son QG pour sa campagne à la députation. Souvent lassé par ses diatribes politiques, qui rencontre peu de succès, Jean Rezard pose ses mains sur le clavier et fait entendre la musique de ses antilles natales. Il ne se doute pas encore de l'histoire qui va suivre, celle de la naissance de l'un des hauts lieux des années folles. En 1924, le 15e arrondissement de Paris est un quartier plein de charme et de mixité. Des petites maisons bordées de jardins côtoient des immeubles modestes où se logent les ouvriers des usines Citroën situées à Javel ou ceux de Billancourt. Non loin de là, à Montparnasse, scintille la vie noctuelle. D'ailleurs, Robert Desnos et quelques autres surréalistes se sont installés au 45 rue Blomet dans des ateliers qui donnent sur un petit jardin. Et ils finissent parfois la nuit au 33, où Jean s'évertue un temps à rallier les électeurs, venus plutôt pour passer un bon moment. Allez Jean,
- Speaker #0
ça suffit la politique,
- Speaker #1
nous avons un morceau. Jean est d'ailleurs bien meilleur musicien qu'orateur et très vite, avec l'assentiment de M. Jouve, il anime des soirées dansantes régulières au rythme de la musique des Antilles, mazurka créole, valse antillaise. mais surtout
- Speaker #2
Big In.
- Speaker #1
La Big In avait failli disparaître après l'éruption de la montagne Pelée en 1902 aux Antilles. La ville de Saint-Pierre, capitale de cette danse, avait disparu sous la lave avec ses habitants. D'une certaine façon, elle renaissait ici, au cœur de Paris, au bal colonial. La biguine, ça se danse collé, bassin contre bassin. Mais surtout, ça se danse au son de la clarinette. Suivant les bons conseils des noctambules, Jean Rezard abandonne la politique pour la musique et le bal de la rue Bleumet devient le cabaret où se retrouvent les Antillais de Paris, nombreux depuis la fin de la guerre, ainsi que les Noirs africains et américains de la capitale. On y danse et on y boit du pomme. Le lieu ne manque pas de charme. L'arrière-boutique, qui fait office de salle de concert et de danse, est ordée d'un balcon en surplomb posé sur des piliers de bois et qui court tout au long des murs. L'existence de ce bal ne tarde pas à être connue des artistes, peintres, poètes, écrivains qui fréquentent les cafés tout proches du quartier Montparnasse. et qui se passionne pour ce que l'on nomme à l'époque l'arnet. Robert Desnos décrit l'endroit avec chaleur dans la revue Comédia.
- Speaker #2
Dans l'un des plus romantiques quartiers de Paris, où chaque porte-cochère dissimule un jardin et des tonnels, un bal oriental s'est installé. Un véritable bal negre. Où on peut passer, le samedi et le dimanche, une soirée très loin de l'atmosphère parisienne. C'est au 33 de la rue Blomet, Dans une grande salle attenante au bureau de tabac à Jouve, salle où depuis bientôt un demi-siècle, les noces succèdent aux réunions électorales.
- Speaker #1
C'est bien vite la mode chez les artistes et les intellectuels parisiens de terminer n'importe quelle soirée en allant au bal colonial. Le bal nègre, comme le nomme Robert Desnos. Danser au son chaloupé et syncopé de la biguine. On y croise Miro et Picabia, Man Ray. Et sa muse, Kiki de Montparnasse, Miss Tinguette et bien d'autres. La musique, c'est celle à danser que joue à ses débuts dévouant personne au piano. Robert Kless à la clarinette, le batteur Bernard Zellier, le banjoïste Robert Charlery.
- Speaker #3
le saxophoniste martiniquais hans blairal il y règne une atmosphère de liberté qui convient bien à l'époque la
- Speaker #1
salle étant fumée et pas que de la cigarette les couples se mélangent sans vraie ségrégation sociale ou raciale Printemps 1929. Pour clore la décennie, Madeleine Anspach, la belle Mado, l'une des reines du tout Paris, maîtresse du peintre de Reims, infiniment destructive, dangereuse et attirante comme un abîme, dit-on d'elle, y organise la fameuse fête dédiée au coup plus bu, inventée par Alfred Jarry. Elle durera toute la nuit et... toutes les licences y sont permises. L'orchestre joue du jazz et on y côtoie les habitués. Fujita, déguisée en belle racoleuse, s'accompagne de l'époque Yuki en reine blonde à tresse, la chanteuse Damia, André Salmon, l'écrivain, Kiki de Montparnasse, bien sûr, la poitrine rapidement dénudée et Madou, qui trône en reine hume. Une soirée finalement bien pourdièse. La foule est d'elle qu'elle bloque la rue. La fête prend des proportions ubuesques. On y consomme de tout. Viande, saumon, pâtisserie, champagne à la bouteille. On s'y dévait, les mains se baladent sur des corps offerts. La fête est orgiaque, jusqu'aux premières lueurs du jour. Le bal blommet, va-t-il survivre à cet excès ? 1930. Avec la nouvelle décennie, une figure de la musique antillaise va prendre la tête du bal de la rue Blomet. Le violoniste clarinettiste Ernest Léardé, qui fait du lieu le sanctuaire de la Biguille. Mais ceci est une autre histoire.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Il était une fois Paris. Une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation, Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. À très bientôt !