- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette première saison, Paris est une fête, une fête libre, exubérante, indisciplinée et créative. Des balles de quartier au cabaret mythique, des figures flamboyantes aux lieux oubliés, Nous vous racontons l'histoire de celles et ceux qui ont dansé, réinventé et bouleversé les nuits parisiennes. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel, qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Le bal tabarin, la grande époque 1928, cela fait plusieurs années que le baltabarin périclite. Auguste bosse que le propriétaire s'en désintéresse et il décide de vendre le cabaret. Il cède donc l'établissement à Pierre Sandrini, alors directeur artistique du Moulin Rouge, et à son associé, Pierre Duglou. Pierre Sandrini est un enfant du quartier. Petit, il dévalait la rue des Martyrs avec son pote Lémile. dont la mère vendait des sangsues.
- Speaker #2
« Ça me dégoûte ! Elle les met sous mon lit la nuit ! J'en fais des conches mortes ! »
- Speaker #1
raconte l'émile à son copain Pierre, qui lui suit des cours de danse classique. Sa mère est l'une des étoiles de l'opéra. Les mômes connaissent le quartier par cœur. La mère de Sandrini a engagé le jeune émile pour promener son chien. Alors, vous pensez comme il connaît tous les recoins. Quant à Pierre, il grandit entre les rues en... et les chaussons de danse et les tutus. Devenu adulte, Pierre Sandrini ne fait pas le choix de la danse classique. Il a lui-même monté un numéro de musicale qui se produit avec ses copains. C'est cet univers dans lequel il aime exercer son talent. Il devient en 1921 le directeur du Moulin Rouge, où il recrée le cancan en s'inspirant de sa formation classique. Fini les danseuses plutôt épaisses, il joue plus sur la révélation de leur intimité que sur la danse en elle-même. Il choisit de vraies danseuses, souvent ravissantes, longilignes et élégantes. Puis en 1929, il décide de reprendre le bal tabarin avec son associé, Pierre Dubon. Pierre Dubon, lui, est plutôt comédien et il s'occupera de la salle et de la restauration. Sandrini a également un très bon ami d'enfance, Marcel Berger, danseur et chorégraphe. Ce dernier revient de New York où il a été le partenaire de la grande danseuse Anna Pavlova. Il a encore dans les yeux les étoiles des lumières de Broadway où il a assisté aux It's Queen Police. Marcel Berger entre donc en scène et il a l'oreille de Sandrine. Sa connaissance des spectacles de Broadway va donner un nouveau tournant aux revues du Baltimore. En 1929, lui et Sandrine transforment la salle de fond en pomme. Ils suppriment la décoration à nouveau et installent une machinerie permettant de faire monter depuis les sous-sols les décors pour les revues à grand spectacle. Ils sont assistés d'un bricoleur de génie, M. Rouffet, un technicien qui a dans la tête les machineries extraordinaires, qui vont faire la réputation du bal tabarin. Pour le visuel, Garçandrini fait appel à Paul Collin, dont l'affiche pour la revue Negre, 1925, a fait connaître Joséphine Baker. Celle qu'il dessine en 1929 pour le baltabarin, qui célèbre la femme. S'y croisent trois silhouettes, emblématiques du monde du spectacle de l'époque. Joséphine Becker, Morel, la grande danseuse d'Argentina, la padellade de Flamenco, et Jeanne Avril, jamais liée à Montmartre. Mais tout cela n'empêche pas les histoires d'amour. Anne-Marie Sandrini, la fille, nous raconte la rencontre de ses parents. Jolie berger,
- Speaker #3
mon père. Avez-vous vu ma même danse ? Et vous envoyez des petits mots ? Mademoiselle, j'aimerais beaucoup vous rencontrer, est-ce que vous pourriez venir nous voir à Tabarnak ? Et maman trouvait que danser à Tabarnak c'était déçoir. Qu'est-ce que c'était que ce cancan ? Et un jour, maman excédée dit ok, je vais y aller. Et finalement, elle pousse les portes de Tabarnak et elle voit le cancan. Et elle se rend compte que c'est pas du tout ce qu'elle pensait. Et donc, elle rencontre nous. père qui lui dit « Ah, je vous ai vu danser, voilà, j'ai quelque chose à vous demander. Est-ce que vous pourriez remplacer une de mes danseuses qui m'a née ? » Mon père était très séduisant dans ses mots, dans sa façon de parler. Et finalement, maman accepte et par la suite, maman est devenue capitaine du cancan. Elles étaient deux, René-Ly et elle. Et ça a duré pendant pas mal de temps.
- Speaker #1
Ce qui fait l'éclat du bal tabarin et la raison pour laquelle le tout Paris artistique s'y presse, c'est l'audace et l'inventivité de Pierre Sandrini, qui imagine à partir de 1930, tous les ans, une nouvelle revue. Il s'inspire du monde qui l'entoure, des annonces des journaux, des nouvelles entendues à la radio, qu'il magnifie par le luxe et le raffinement de la réalisation. Les costumes d'Herté transforment ces revues en de véritables tableaux. Romain de Tiertop, du RT, a quitté sa Russie natale pour devenir artiste de mode à Paris. Il travaille avec Paul Poiret, signe des dessins pour le Harper's Bazaar, travaille dans le cinéma à Hollywood et imagine les costumes les plus fous pour les revues de Sandrini, inaugurant de nouveaux matériaux, osant les transparences diaphanes. La couturière Jeanne Lanvin choisit le bal tabarin pour lancer ses premières collections. qui apparaissent dans la revue Chatoiement. Miroirs, reflets, lumières, mettaient en valeur l'évanescence des robes dans la valse bleue, leur fétiche de jambon bleu. Le photographe Man Ray y assiste, qui prend des photos, en particulier de la valse bleue et du ballet métal, un ballet dans lequel apparaissait, à minuit précise, une femme nue, complètement peinte. Puis il fait des dessins à partir de ces photos qu'il confie à Paul-Éluard, un voisin du quartier. De cette collaboration naît le recueil « Les mains libres » publié en 1937 chez Gallimard. On y trouve le poème « Au bal tabarin » . Comme il l'a initié au Moulin Rouge, Chia Sandrini codifie la danse qui a rendu Montmartre célèbre, le cancan. Il débarrasse ses danseuses des jupons. Les habits à l'identité, choisis longues, gracieuses et formés à la danse classique. Grand battement en ligne, le pied dans la main, le jeté avant ou arrière, le coup de cul, le grand écart et le soulevé de zuc, toute une série de combinaisons savantes, chorégraphie de canfans s'éloignant du chahut d'origine. La troupe, huit danseuses triées sur le volet, menée par la capitaine de canfans, devenue French, fait de cette danse une performance presque athlétique, le plus désoirée. Une autre revue, celle intitulée « Le bain de mousse » , va particulièrement remporter le succès. De la fosse, située sous la Seine, monte lentement une vasque géante, emplie de mousse, dans laquelle baignent de ravissantes sirènes. En 1930, Marcel Berger fait venir la Vénus noire, Joséphine Becker. qu'il a connu à New York et qui triomphe au Folies Bergères. C'est une habituée des lieux, sa boîte se trouve juste à côté. C'est d'ailleurs l'orchestre du Bal Tabarin qui enregistre en 1931 la version jazzy de J'ai deux amours. La danseuse d'Argentina, la grande spécialiste du flamenco, Donc elle a fait une science. se produit à l'issue sur la cellule Tabarin. 1938, Jacques Tati fait ses débuts au bal Tabarin dans la page des sports, où il mime, sans accessoires, le tennis, l'équitation, le golf ou le boxeur, le football ou la pêche à la ligne.
- Speaker #4
Moi j'aimais beaucoup Tabarin parce que je crois que Sandrini avait fait là un spectacle qui représentait vraiment Paris. C'était même le départ de tout ce qui se fait aujourd'hui.
- Speaker #1
Mais toute cette liesse est interrompue brutalement.
- Speaker #0
La guerre éclate. Que va devenir le bal tabarin ?