- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette nouvelle saison, on vous emmène sur les traces de femmes qui ont marqué la scène et la ville. Comédiennes, actrices, elles ont donné leur nom à des passerelles du Canal Saint Martin. À travers leurs destins, découvrez comment elles ont façonné l’histoire culturelle et nourri la mémoire de la capitale. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Germaine, j'ai à te parler.
- Speaker #2
Ta fille a un amant. Moi aussi ! Moi ! Je dis moi aussi j'ai à te parler !
- Speaker #3
Maria Pacom, la reine du boulevard. Simone Pacom naît à Paris en 1932, dans un foyer modeste d'un père mécanicien et d'une mère couturière. Elle monte son premier spectacle lors d'une colénie de vacances en s'inspirant d'une fable du Moyen-Âge. Récite Victor Hugo, fête de famille. Elle prend également des cours de danse. Peut-on déjà parler de vocation ? Peut-être. Ses dents du bonheur n'évitent pas à la famille les drames de l'histoire. Pendant la deuxième guerre mondiale, son père, militant communiste, est déporté à Buchenwald et noie son retour dans l'alcool. Son frère aîné est fusillé par les Allemands. Avant de mourir, il lui a écrit « Tâche de faire le métier que tu aimes » . Son père devient un chauffeur de taxi et emmène sa famille avec lui dans les différentes villes où il trouve du travail. Pour les aider, Simone, pas encore Maria, devient arpète dans un magasin de chaussures. Elle fait aussi le mannequin. Et finalement, à 18 ans, entre au fameux cours Simon. Tu as une présence. Lui dit René Simon. Tu peux pas payer les cours, mais tu as une gueule. Tu restes. Mais elle n'a pas qu'une gueule. Elle a une personnalité très libre. Elle fréquente tout autant le café Villard tout à côté. Ses condisciples sont entre autres Michel Morgan, Serge Reggiani, Daniel Delorme ou Daniel Génard. Elle y rencontre le comédien Maurice René, dont elle tombe éperdument amoureuse, et qu'elle épouse en 1950. Mais ces jeunes premiers ont envie d'autre chose. Ils mettent leur carrière entre parenthèses, descendent dans le sud, et s'adonnent à la peinture et à la céramique.
- Speaker #4
J'étais parti dans le midi faire de la thermique et j'ai fait pas mal de choses avant de faire ce métier. J'ai fait de la peinture, j'ai écrit.
- Speaker #3
Maria vend de la lavande sur le bord de la route. Hippie avant l'heure. Il faut attendre 6 ans et un divorce, avant de voir Maria Pacom remonter sur les planches. Très vite, le succès lui sourit avec Oscar de Claude Manier, mise en scène par Jacques Mauclair au Théâtre de l'Athénée, dans laquelle elle joue aux côtés de Pierre Mondi et de Jean-Paul Belmondo, puis plus tard, de Louis de Funès.
- Speaker #2
C'est Oscar ! Oscar ?
- Speaker #3
C'est Pascal ?
- Speaker #2
Voyons Bertrand, tu n'as plus d'aucune mémoire. Oscar, c'est ton chauffeur.
- Speaker #1
Tu m'attends à un enfant de mon chauffeur ?
- Speaker #2
Tu ne m'as pas que ta fille et plusieurs amants.
- Speaker #3
Elle devient la reine du boulevard, incarnant des bourgeoises exubérantes, fortes en gueule. N'écoutez pas mesdames de sa chaguiterie. Interdit au public de Jean Marsan. Les grosses têtes de Poiret et Serrault. Joyeux Spac de nouveau de Jean Poiret. C'est l'arène de Au Théâtre ce soir. Mais Maria Paco m'a plus d'une corde à son arc. Fatiguée des rôles de femme excentrique, Des bourgeoises exubérantes style Neuilly-Auteuil-Passy, elle se lance à la fin des années 70 dans l'écriture de pièces de théâtre. En 1977, sa première pièce s'intitule « Apprends-moi Céline » dans laquelle elle joue le personnage d'une voleuse professionnelle.
- Speaker #5
La Société Générale à Nice, tu connais ?
- Speaker #2
Mais, tu racontes... La Société Générale à Nice a déjà été faite, pourquoi pas le train postal ? Attends,
- Speaker #5
si tu voulais bien m'écouter...
- Speaker #2
On a pas commencé le coup des égouts ?
- Speaker #5
Mais non ! Ce qu'ils ont fait sous terre, moi, je veux le réaliser par les airs !
- Speaker #2
Par les airs ? Oui. En hélicoptère ? Oui. Et de coton pour trouver une banque avec Vasistas.
- Speaker #3
Qui sera couronnée d'un formidable succès critique et public. Bien que fiéfée paresseuse selon ses propres termes, Maria Pacom reprend la plume pour écrire d'autres pièces au rythme enlevé. Elle en produira sept. Et elle fera ses adieux à la scène avec un one-woman show qu'elle écrit en 1993, L'éloge de ma paresse, joué au Théâtre de la Gaîté à Paris.
- Speaker #2
Je ne veux plus faire de théâtre. J'en ai fait, j'en ai fait, j'en ai fait. Je ne veux plus, je ne veux plus, je ne veux plus. Et j'ai dit oui.
- Speaker #3
Mais ce sont surtout les écrans qui feront d'elle une personnalité connue dans tous les foyers. D'abord ceux de la télévision où elle incarne des personnages désepilants, mais surtout celui du cinéma. Son premier grand rôle au grand écran est dans « Voulez-vous danser avec moi ? » de Michel Boiron, scénarisé par Gérard Houry. Puis elle enchaîne de nombreux second rôles, avec son complice de toujours, De Funès, dans Le Gendarme à Saint-Tropez.
- Speaker #1
Écoutez-moi bien, vous savez que le gendarme...
- Speaker #3
Dans les tribulations d'un chinois en Chine de Philippe de Broca en 65, où elle retrouve Jean-Paul Benemondo. Dans Tendre Voyou de Jean Becker, le distrait de Pierre Richard. Mais le rôle où elle marque durablement les esprits à la fin de sa carrière est celui qu'elle incarne dans La crise, le film de Colline Serrault, où elle joue une mère indigne, émancipée et qui ne mâche pas ses mots. Ses répliques deviennent virales.
- Speaker #2
Goût de Victor, tu arrêtes, tu arrêtes tout de suite, tu te tais et tu m'écoutes, d'accord ? Alors écoute bien, tes problèmes de boulot, tes problèmes avec ta femme, tes problèmes de fric, tes problèmes en général et en particulier, moi ta mère, je m'en fous comme de l'encarrant, tu m'entends, je m'en fous, mais alors je m'en fous, je peux pas te dire à quel point je m'en fous, je n'en ai... vraiment rien, rien, rien à foutre.
- Speaker #3
C'est grâce à lui qu'elle décroche enfin un César du second meilleur rôle en 1993.
- Speaker #2
Le César de la meilleure actrice.
- Speaker #3
Cette joyeuse dépensière, amatrice de voitures rapides, qui reconnaît avoir parfois accepté n'importe quoi pour de l'argent, aura tourné une cinquantaine de films et joué dans une vingtaine de pièces de théâtre. En témoigne Pierre Desproges.
- Speaker #6
Salut mesdames et messieurs les jurés, Ave Maria. La femme et l'homme ne sont pas le même animal. Vous êtes, Maria, pas comme tout le monde.
- Speaker #3
Inquiète, insouciante, qui aime furieusement la vie, comme elle se définit. Personnage excentrique au théâtre comme au cinéma. Un peu abandonné à la fin de sa vie par ce milieu, mais nullement par son public. Maria Pakoum décède le 1er décembre 2018. Elle avait les dents du bonheur, un talent fou, une drôlerie à faire glousser de rire de funès.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Il était une fois Paris, une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation, Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. A très bientôt !