- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective.
Dans cette nouvelle saison, on vous emmène sur les traces de femmes qui ont marqué la scène et la ville.
Comédiennes, actrices, elles ont donné leur nom à des passerelles du Canal Saint Martin. À travers leurs destins, découvrez comment elles ont façonné l’histoire culturelle et nourri la mémoire de la capitale. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Michel Morgan, les yeux du cinéma français. Née à Neuilly en 1920 dans une famille aimante et joyeuse, la petite Simone Roussel accomplira la prophétie de son oncle Marcel, lue dans l'horoscope. Elle deviendra une femme exceptionnelle. A 14 ans, alors que la famille s'est installée à Dieppe, elle remporte le deuxième prix au concours de photogénie. Le caméraman lui dit qu'elle devrait faire du cinéma. Elle ne rêve que de cela. La jeune et innocente effrontée parvient à se faire conduire à Paris, chapronnée par son jeune frère. Et par une suite de concours de circonstances heureux, devient figurante dans le film Mademoiselle Mozart d'Ivan Noé. Sa carrière est lancée. Elle entre au cours de René Simon, qui lui aussi lui prédit une carrière d'actrice, mais lui mène la vie dure. Rien n'entame sa volonté. C'est au cours Simon qu'elle devient Michelle Morgan. Michelle par amour pour l'un de ses comparses, et Morgan car elle rêve déjà de l'Amérique. Repérée par la scripte Jeanne Vita, elle obtient le rôle principal du film Gribouille de Marc Allégret, aux côtés d'un Rému. Très prévenant avec la jeune débutante.
- Speaker #2
Racontez-nous ce qui s'est passé le 7 mai.
- Speaker #3
Le 6 au soir, à la suite d'une scène plus violente que les autres, j'ai quitté l'appartement de la vie à Henri Martin pour aller me cacher dans un petit hôtel-restaurant de nos gens.
- Speaker #2
Pourquoi vous cacher ? Et pourquoi à nos gens ?
- Speaker #3
Je ne sais pas.
- Speaker #2
Racontez votre version du drame.
- Speaker #3
Non, non, ne me demandez pas, monsieur. Je ne pourrai pas.
- Speaker #2
C'est pourtant plus facile à dire qu'à faire.
- Speaker #3
Mais je n'ai rien fait, rien. C'est un malheur, voilà tout, un épouvantable malheur.
- Speaker #1
Puis, en 1938, c'est Quai des Brumes. Film récompensé de nombreuses fois. Où la phrase que Prévert a mis dans la bouche de Jean Gabin, « T'as de beaux yeux, tu sais » , deviendra iconique. T'as de beaux yeux, tu sais.
- Speaker #3
Embrassez-moi.
- Speaker #1
Jean Gabin, à qui elle doit son premier vrai baiser de cinéma, suivi d'une histoire d'amour brève et passionnée entre une jeune fille de 18 ans et un artiste déjà plus mûr et marié. Embrasse-moi. Ils resteront néanmoins amis jusqu'au décès de l'acteur en 1976. 1940, la guerre est déclarée et perdue, la vie artistique est en suspens. Bientôt aux mains des nazis. Michel Morgan accepte donc le contrat que lui propose la RKO, une société de production américaine. Elle traverse l'Atlantique. Les débuts à Hollywood ne sont pas simples, mais elle finit par devenir les yeux du cinéma français et tourne un certain nombre de films, dont Passage to Marseille.
- Speaker #2
aux côtés d'Homfrey Bogart.
- Speaker #1
Aux Etats-Unis, elle rencontre le peintre Moïse Kisling, qui peint son portrait, et sera à l'origine de sa vocation pour la peinture, une passion à laquelle elle se consacre pleinement. jusqu'à la fin de sa vie et qui lui fera peu à peu quitter les écrans.
- Speaker #3
Pourquoi je me sens plus à l'aise dans la peinture que dans la comédie ? Et maintenant, je m'amuse comme une folle à faire de la peinture. Voilà, c'est ma vie de maintenant.
- Speaker #1
Aux Etats-Unis toujours, en 1942, elle épouse l'acteur et producteur américain William Marshall, dont elle dit... divorce douloureusement en 1948. Il obtient la garde de leur fils aux Etats-Unis, qu'elle ne parviendra à revoir que lors de voyages espacés. Cette séparation sera l'un des premiers drames de sa vie. A son retour en France en 1946, elle incarne Gertrude, l'héroïne de la symphonie pastorale de Jean de Lanois, pour lequel elle reçoit le prix d'interprétation féminine du premier festival de Cannes d'après-guerre.
- Speaker #3
Est-ce que les femmes jolies sont plus heureuses que les autres ?
- Speaker #2
Non, pas forcément.
- Speaker #3
Et alors, à quoi ça leur sert-il d'être jolies ?
- Speaker #2
Eh bien, à donner un peu plus de joie autour d'elles.
- Speaker #1
Pourquoi ? Parce qu'on les aime.
- Speaker #3
Alors je suis contente d'être jolie. Parce que vous m'aimerez toujours.
- Speaker #1
En 1950, elle rencontre sur un plateau de tournage à Rome, l'acteur Henri Vidal, qu'elle épouse et avec lequel elle tourne plusieurs films. La mort de son mari en 1959, liée à la drogue dont elle aura tenté par tous les moyens d'éloigner, est la deuxième grande tragédie de son existence.
- Speaker #3
Si je te parle ainsi, c'est que je suis ta femme, que je voudrais t'aider à te sortir de là.
- Speaker #1
Elle tourne cependant dans de nombreux chefs-d'oeuvre, en particulier avec Gérard Philippe dans Les Orgueilleux d'Yves Allégret.
- Speaker #2
Michel Morgaud, plus émouvante que jamais, et Gérard Philippe qui a trouvé l'occasion de montrer une nouvelle face de son talent. Dans un film d'Yves Allégret, les orgueillus. Vous signe de rester tranquille ?
- Speaker #1
Les grandes manœuvres de René Clérat. J'ai horreur du mensonge.
- Speaker #3
Mais c'est vous qui m'avez obligé à mentir. Et ce n'est pas à vous que j'ai menti.
- Speaker #1
Si, en ne me disant rien.
- Speaker #2
Vous êtes jaloux.
- Speaker #1
En 1957, sur le tournage du Miroir à deux faces, Michel Morgan retrouve Gérard Houry. qu'elle avait croisé au cours Simon. Ils passeront le reste de leur vie ensemble, jusqu'au décès du producteur en 2006, vivant séparément, mais partageant tout.
- Speaker #2
Monsieur Gérard Rouvry ! On dit que la femme est l'avenir de l'homme. Elle fut mon passé, elle est un peu mon présent et j'espère un petit peu mon avenir.
- Speaker #1
Oury fera graver, t'as de beaux yeux tu sais, sur son épée d'académicien. Et c'est la mère du producteur, amie du peintre Raoul Dufy, qui incitera Michel Morgan à reprendre la peinture et à exposer. En 1967, Michel Morgan met un terme à sa carrière cinématographique, mais offre parfois son visage à la caméra, dans Le chat et la souris de Claude Lelouch, Robert et Robert, un homme et une femme, 20 ans déjà, avant d'apparaître une dernière fois aux côtés de Marcello Mastroianni, dans Ils vont tous bien de Giuseppe Tornatore. En 1971, elle est présidente du jury du Festival de Cannes et en 1988, elle est faite commandeur de la Légion d'honneur. Elle s'éteint à 96 ans en décembre 2016 et est enterrée au cimetière de Neuilly, à côté de Gérard Boury. À travers plus de 70 films, avec les acteurs et les réalisateurs les plus prestigieux, Michel Morgan est devenu un véritable symbole du cinéma français, une actrice exceptionnelle, exactement comme l'avait prédit son oncle Marcel. Mais deux yeux ne suffisent pas à faire une telle carrière, il faut aussi du talent.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Il était une fois Paris, une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation, Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. A très bientôt !