- Speaker #0
Bienvenue à Impala, l'industrie de la musique entre Paris et l'Angleterre. Bonjour à tous, on se retrouve pour la partie 2 de l'interview de Cyril Champagne. Justement parce qu'on sort un peu du cadre de la musique, mais on est toujours dans cet axe qui nous est cher, Paris-Los Angeles. Mais moi ce que ça m'évoque, effectivement, pour revenir un peu à la musique, autant je vois plein d'entités artistiques très fortes anglo-saxonnes depuis les années 50-60. D'ailleurs, juste une mini-parenthèse, toi t'es un peu Beatles ou pas trop ?
- Speaker #1
Je le suis de manière modérée.
- Speaker #0
Ok, parce que là on est plus sur l'axe anglais. Mais j'étais en train de me demander, pendant que tu racontais ça, et ça m'intéressait justement, de me dire, années 60, 70, 80 et au-delà, on a beaucoup d'artistes anglo-saxons avec des tentatives et des trajets un peu spirituels. Pour parler des Beatles, on a justement tout ce truc un peu avec l'Inde, le LSD, des choses comme ça. Et bien sûr, aussi en Angleterre, Pink Floyd. Et aux États-Unis, énormément de groupes qui parlent de spiritualité, de plein de choses. Et je suis en train de me demander qui étaient les artistes français, à part peut-être Gainsbourg, mais plus dans une dimension plus poétique. Mais qui étaient les artistes français qui avaient cette ouverture sur le monde de la spiritualité et qui étaient aussi grand public, numéro un des charts, comme avait pu l'être notamment Pink Floyd avec The Wall ou d'autres albums.
- Speaker #1
Il y a certainement dans cette époque-là, fin des années 60, on va dire, mettons qu'il faut mettre un symbole, l'époque Woodstock, c'est le paper. Il y a certainement dans cette époque-là, en France, des compositeurs, des musiciens, des groupes de musique qui étaient teintés de cette culture spirituelle de l'époque. Mais ce qui est sûr et certain, c'est qu'ils n'ont pas été numéro un des charts.
- Speaker #0
On peut citer Magma, par exemple.
- Speaker #1
qu'on ne retrouve pas dans la culture populaire dominante. Donc, en effet, je ne sais pas où tu veux en venir avec ça.
- Speaker #0
Si, si, non, non, c'est super intéressant. Et en plus, si on imagine que les Français sont un peu les pionniers de la musique électronique avec les synthétiseurs, je pense aussi peut-être, alors là, c'est plus une réaction à chaud, une réflexion à chaud, mais peut-être que les Américains ont réussi... par le fait que la voix est aussi un instrument à faire des titres, chanter avec une certaine spiritualité et une ouverture. Alors que pour moi, en France, ça a toujours eu une grosse différence entre la chanson française traditionnelle avec des textes qui se ressemblent un peu tous ou en tout cas qui ont toujours un peu les mêmes thèmes et des choses plus électroniques. Et ce côté un peu spirituel, tu peux le retrouver chez Daft Punk, R. mais qui ne sont pas dans la tradition de la musique chantée ou qui sont même très axés sur de la French Touch. Voilà, c'était ma réflexion à chaud. Mais ça permet de faire un petit pont pour couper un peu avec la Californie, même si on va rester un peu dans ce thème, couper un peu avec la spiritualité, la psychologie, la philosophie. Mais ma prochaine question, c'est est-ce que toi, tu fais toujours de la musique ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait, tout à fait. Je fais activement de la musique. Donc, si tu veux, pour te faire dans les grandes lignes, moi j'ai été ingénieur du son en studio pour faire simple de 25 à 35 ans. Pour les raisons que j'ai expliquées tout à l'heure, j'ai vécu ça dans une grande précarité, mais avec laquelle je suis tout à fait en paix. Je suis très heureux d'avoir fait ça, d'aller travailler dans des esthétiques où en France, il n'y avait pas vraiment beaucoup d'argent. loin de là, mais au moins j'ai fait ça pendant 10 ans dans des esthétiques qui me plaisaient et je suis très fier d'avoir fait ces choix-là. Je me suis un petit peu baladé à l'international, j'ai fait des enregistrements à Berlin, en Angleterre, en Espagne, en Argentine, en Pologne. Je ne suis pas resté qu'en France, mais c'est aussi parce que j'étais dans ces réseaux underground que ça m'a emmené dans des pays où ces musiques-là avaient plus de rayonnement. et puis parce qu'il y avait toute une dynamique de précarité je suis parti sur d'autres métiers quand j'avais début trentaine et puis quand on m'a proposé non seulement d'être chargé de recherche mais de créer un centre de recherche autour de l'hypnothérapie et donc du coup de la psychologie, de la philo tout ce qu'on vient de discuter, quand on m'a proposé de faire des recherches sur ça la condition c'était c'est à plein temps, donc là du coup Merci. J'ai arrêté ma carrière d'ingénieur du son studio, sans regret. Je me suis dit, j'ai fait ça pendant dix ans, je me suis beaucoup amusé, mais là il y a un autre truc passionnant qui vient, et moi j'ai toujours fonctionné à la passion, il y a un truc passionnant qui vient, et j'y vais, j'y vais à fond, et je me lance dans ça. Sauf que moi, la musique, ça m'animait depuis tout petit. Alors jusqu'à avant, en cette interview, j'aurais dit ça m'animait depuis mes 15 ans. Mais maintenant, je vais dire ça m'animait en fait depuis tout petit. Merci Maxime. Et donc du coup, ce qui s'est passé, c'est qu'après, au bout de 5 ans dans ce centre de recherche, la musique s'est mise à me manquer. D'autant plus quand on a eu le gros confinement mondial. Et que du coup, moi, j'ai été à l'arrêt de mon centre de recherche pendant 6 semaines. Et là, ne faisant plus de recherche, j'avais... très très très envie de revenir à la musique et cette envie s'est pas arrêtée donc comme je fonctionne à la passion et que j'ai tendance à m'écouter et bien voilà on est en 2026 donc il ya six ans je me suis dit je vais me remettre à la musique mais oui et donc du coup il ya six ans je me suis dit je vais me remettre je vais me remettre à la musique mais cette fois, je n'ai plus envie d'enregistrer la musique des autres, cette fois, j'ai envie de faire le truc que je voulais faire à la base, j'ai envie d'être compositeur de musique, j'ai envie de composer ma propre musique, et donc d'être, on peut le dire de plusieurs manières, on peut dire d'être artiste, ou alors on peut dire d'être compositeur-producteur, il y a un autre terme qui est très à la mode ces temps-ci, on appelle ça être artiste-entrepreneur, Vincent Lagadrier en parlait, je trouve que son propos sur ce sujet est extrêmement juste. Extrêmement juste au sens, je trouve ça très pertinent, ce qu'il expliquait sur le sujet. Donc je me suis dit, je me remets à ça. Mais être artiste, entrepreneur, être compositeur, producteur, ça demande des moyens et ça demande du temps. Donc voilà, quand on a un CDI bien rempli, avec un métier qui passionne, et quand on a des enfants en bas âge, etc., ce temps, il faut le dégager. Pour revenir à ta question, aujourd'hui je suis revenu dans la musique il y a quelques années. Je suis compositeur de musique à l'image. Je compose de la musique principalement ambiante, de la musique néoclassique, du minimal répétitif. esthétiques qui ont comme point de convergence, comme point de rassemblement, d'être orientés vers la musique de science-fiction. Voilà, un, deux, trois. Un de mes rêves que j'aimerais réaliser, que je vais réaliser. Un de mes rêves, ce serait d'être un grand compositeur pour films de science-fiction.
- Speaker #0
Prophétie auto-réalisatrice ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'avoir des rêves, en fait, les rêves, c'est possible de les réaliser. Mais si le rêve, il est à la sixième marche de l'escalier, il faut comprendre comment faire pour monter d'abord la première marche, puis la deuxième, puis la troisième pour aller jusqu'à la réalisation du rêve. à Actuellement, je suis en train de faire tout ça. Je garde mes activités dans la psychologie. J'ai une vie de famille avec des enfants en bas âge et j'y suis très investi. Et en parallèle de tout ça, qui me prend déjà du temps, je donne du temps pour composer de la musique, pour voir comment ça fonctionne. Je me suis initié à la production des artistes entrepreneurs. Je commence à m'intéresser aux réseaux sociaux. à Instagram, à Comment on se développe sur Spotify, etc. Donc ça, c'est la partie business du show business. Et puis, bien sûr, il y a la partie show. Moi, dans mon cas, c'est composer de la musique. Donc, à la fois composer des choses qui me plaisent et en même temps, composer quelque chose qui réponde aux attentes du marché aujourd'hui.
- Speaker #0
OK. La musique ambiante, comment tu définirais ce style de musique ambiante ? C'est vrai que c'est un terme aussi qu'on entend pas mal, je trouve, en ce moment. C'est assez multiculturel, parce que je vois qu'il y a des choses... pas forcément beaucoup en France, mais en tout cas Angleterre, Etats-Unis, Japon aussi beaucoup. Pour toi, quelle serait la définition de la musique ambiante, si on pouvait en donner une ?
- Speaker #1
Pour moi, il y en a plusieurs. Si je devais en donner une simple et courte, je dirais que c'est une musique qui a pour but de mettre une ambiance de fond dans un espace, donc dans un lieu, sans avoir pour but qu'elle soit écoutée. Donc de là, on pourrait dire de la musique d'habillage. À partir de cette proposition, on peut en dire un peu plus sur l'ambiante. Je vais faire une petite partie historique sur l'ambiante. La première personne qui a théorisé l'ambiante... Alors, attends. Je vois très bien qui c'est. Éric Satie. Voilà, c'est ça. La première personne qui a théorisé ce qu'on appelle la musique ambiante, c'est un compositeur de la fin du 19e siècle, un Français, qui s'appelle Éric Satie. Et qui, dans... Cette époque, c'est la fin du romantisme dans la musique, c'est le début de l'impressionnisme dans la musique, donc c'est l'époque de Debussy, etc. Éric Satie propose qu'on pourrait, tout en restant dans ce qu'on appelle la musique savante, c'est-à-dire ce qu'on appelle populairement la musique classique, donc tout en restant dans la musique savante, on pourrait composer une musique qui n'a pas pour but d'être écoutée, mais qui a pour but de... plonger dans des humeurs et dans des émotions particulières quand elle est diffusée dans des lieux. Et alors, il y a des gens autour de lui qui lui disent « Eric, faut arrêter l'opium, quoi. » Parce qu'à l'époque, il y a encore des fumeries d'opium. Ah ouais, la chance. Ou pas. Donc, il y a pas mal de gens, de Bussy en tête, qui disent « Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » Et Eric Satie, comme c'est un peu un trickster, il aime bien provoquer, il publie un manifeste sur le sujet. Alors, j'ai plus le terrain exact, mais c'est un truc de type manifeste pour pour le manifeste de musique pour ambiancer les lieux ou manifeste de la musique d'ambiance etc et là on est à la fin du 19e tout début du 20e et puis là on fait un grand saut d'une de deux tiers de siècle et on se retrouve on se retrouve en angleterre avec un compositeur producteur qui s'appelle brian ino super intéressant que certains connaissent par ses compositions Music for the Airport, en français, Musique pour les aéroports. que d'autres connaissent pour son métier de producteur. Brian Eno a été le grand producteur du développement du groupe U2. Et Brian Eno, dans les années fin 60, début 70, repart de cette espèce de manifeste de Eric Satie et compose de la musique d'ambiance, d'où son grand album Music for the Airport. Et vous le savez bien que dans les aéroports, il y a une musique de fond. qu'on n'écoute pas. Dans les ascenseurs, il y a une musique de fond qu'on n'écoute pas. Et Brian Hinault dit que c'est un style musical à part entière, parce que ça demande une esthétique en soi, une compétence en soi. Ce sont des moyens de production en soi. Comme on le disait tout à l'heure, dans un courant musical, il y a toujours la musique elle-même, ce qu'on pourrait jouer avec des instruments, et les moyens de production, les moyens pour produire, voire pour reproduire cette musique. Et Brian Hinault dit... Ben en fait, il avait raison en fait Eric Satie, en fait c'est un courant esthétique à part entière. Alors en fait, si ça vous paraît un peu vaporeux, c'est cette musique que vous n'écoutez pas, mais qui vous met bien quand vous allez dans un spa, dans une salle de massage, dans un sauna. Dans certains ascenseurs, si vous échappez aux ascenseurs qui vous passent du jazz, c'est une musique qu'on peut entendre en arrière-plan, dans les couloirs de métro, etc. Mais aussi une musique, puisque là on parle d'ambiance et des lieux, mais aussi une musique qu'on entend dans des salles de cinéma, quand on est en train de regarder des films, où il y a des musiques d'arrière-plan qui sont parfois... faite pour ne pas être entendue, mais pour évoquer des émotions particulières. Donc tout ce qu'on appelle ambiante, c'est ce grand courant esthétique-là qui a pour fonction de vous passer des émotions particulières, je veux dire lesquelles après, sans que vous soyez en train d'écouter la musique pour autant. Et les émotions qui sont recherchées en général dans l'ambiante, c'est la sérénité, la plénitude. Ça peut être, donc là on est dans un volet plutôt lumineux, donc dans ce volet-là on pourrait dire sérénité, plénitude. On pourrait dire des sensations d'ouverture, des sensations de béatitude. Ça, c'est tout un cluster de l'ambiante. Il y a un autre cluster émotionnel de l'ambiante qui sont des émotions de nostalgie, des émotions de relâchement profond. Mais vous ne savez pas ce relâchement où on se sent super bien. Plutôt ce relâchement où ça touche des choses un peu inconfortables à l'intérieur. Inconfortable, mais ça fait du bien qu'elles soient touchées, ces choses inconfortables quand même. Donc ici, on est dans le côté un peu cathartique, avec des pointes de tristesse, des pointes de nostalgie, des pointes de regret, etc. Et puis, il y a un autre cluster émotionnel de l'ambiante qui est le cluster transcendantal, où là, on cherche à faire ressentir des sensations d'extase, des sensations de... C'est plus que plénitude, on pourrait dire, des sensations transcendantales. Et on a ces différents... On pourrait dire ces différentes ambiances, ces différents parfums émotionnels qui sont proposés par la musique ambiante.
- Speaker #0
Mais en fait, entre Eric Satie et Brian Eno, rien ? Il ne s'est rien passé du côté de l'ambiante ?
- Speaker #1
Il s'est certainement passé de beaucoup de choses, mais on pourrait dire que ces deux personnes sont celles qui ont fait des propositions culturelles suffisamment fortes pour qu'elles accrochent dans le temps.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu dirais que la musique classique contemplative peut être tout simplement aussi qualifiée d'ambiante ?
- Speaker #1
Oui, je pense que la musique classique contemplative peut être tout à fait considérée comme étant de l'ambiante.
- Speaker #0
Mais c'est hyper intéressant l'ambiante, parce qu'en plus ça rejoint un peu ce qu'on se disait tout à l'heure par rapport au côté performatif. Dans la musique, dans le sens performance, l'ambiante pour moi prend à contre-pied toute tentative d'entertainment.
- Speaker #1
Alors je ne serais pas tout à fait d'accord avec toi, parce qu'on est quand même dans une logique de pilotage émotionnel. Après, il faut voir ce qu'on appelle entertainment. On l'avait traduit tout à l'heure par divertissement. Mais les mots qu'on emploie sont parfois plus profonds que ce qu'on pourrait imaginer. Donc, se divertir de quoi en fait ?
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Ça pourrait ramener à des perspectives philosophiques.
- Speaker #0
Non, ce que je veux dire, c'est que tu as peu de tentatives de performance, même au niveau, j'ai l'impression, alors je ne parle pas de toi, mais...
- Speaker #1
Performance au sens virtuosité musicale ?
- Speaker #0
Virtuosité, technique de mix, son, tu vois.
- Speaker #1
Alors en effet... On n'est pas du tout dans des réalités avec l'ambiante, on est dans des musiques extrêmement lentes, donc il n'y a pas du tout besoin de virtuosité instrumentale pour exécuter ces musiques-là. Toutefois, pour ma part, quand je me suis remis à la musique vers 2020-2021, j'ai d'abord commencé en composant un petit peu plein de choses que j'avais en tête. des musiques orchestrales, des... Voilà, je me suis mis à composer pas mal de choses. Et puis, en 2022, je me suis dit, bon, j'ai envie d'écrire un album d'ambiance. Cette musique, ça me touche, ça me plaît, ça fait partie de mon développement pour aller vers les musiques de films, de science-fiction, de films contemplatifs. Je vais faire un vrai album d'ambiance. Et bien, pour composer de l'ambiance, c'est quand même une sacrée performance. Et je me rappelle, j'avais lu un blog d'un grand compositeur d'ambiante qui écrivait sur les 10 règles pour composer un album d'ambiante. Et ces règles semblent faciles à suivre de prime abord, mais elles sont très difficiles à suivre en soi. Par exemple, dans ces règles, il y a établir un état d'esprit calme et constant. Je ne sais pas pour vous, mais moi, rester calme un peu, oui, mais rester calme de manière constante, ce n'est pas facile. Et en effet, quand tu t'enfermes en studio pendant une semaine pour composer de l'ambiante, il n'y a pas de place pour l'euphorie, il n'y a pas de place pour la grosse émotion de colère quand tu lis l'actualité, etc. Parce que si tu fais ça, tu te mets à avoir envie de composer plus vite, tu te mets à avoir envie de rajouter des phrases musicales, là où il y a besoin de quelque chose qui est très minimaliste, qui est très ralenti, qui est très éthéré. Il y a besoin de composer peu, par exemple dans ces fameuses règles pour composer de la musique ambiante, il y a s'interdire de composer par strates, ça veut dire éviter de rajouter, rajouter, rajouter des instruments. C'est très difficile d'être devant un piano, que tu mets un micro sur ton piano, tu mets une énorme riverme de cathédrale et tu joues juste un accord et tu le laisses résonner pendant 10-12 secondes et tu ne touches à rien, rien d'autre que écouter la grande riverme de la cathédrale qui résonne. c'est très difficile de le faire. Quand tu le fais, tu te dis, tiens, si je rajoutais une petite clochette, et puis si derrière on mettait un petit glitch, et tu as toujours envie d'en rajouter, et plus tu en rajoutes, et plus tu prends du plaisir à rajouter, mais tu te rends compte quand tu réécoutes ce que tu as produit que tu n'es pas dans la musique ambiante.
- Speaker #0
Mais tu sais, comme tu le sais d'ailleurs, ça nous arrive assez souvent, nous, et ça nous arrivait de le faire aussi, mais de passer commande de musique pour des spas, notamment. On a plein de gens qui lèvent la main dans les supers compositeurs, songwriters avec qui on travaille et qui nous disent « Ouais, moi je sais faire ci et ça, donc c'est facile. » Et en fait, je peux t'assurer que 9 sur 10 se plantent, mais dans le sens, ils ne nous envoient rien, parce qu'en fait, ils se rendent compte que c'est très difficile. Moi, je pense que c'est une très bonne école aussi d'arrangements et pour les orchestrations plus pop. D'ailleurs, j'ai l'impression que beaucoup d'artistes ambiantes ne font pas que de l'ambiante et font autre chose. D'ailleurs, je voulais te demander si tu connaissais... Parce que j'écoute ça tous les soirs dans mon lit pour m'endormir en ce moment. Harold Budd. Super intéressant. Et je t'ai envoyé son album d'ailleurs.
- Speaker #1
Ah oui, mais j'ai... Un album que je vous conseille.
- Speaker #0
On va écouter un petit extrait d'ailleurs dans le podcast.
- Speaker #1
Allez, on s'écoute. Harold Budd. Je l'ai prononcé correctement cette fois avec Brian Hino.
- Speaker #0
Le titre s'appelle Late October et c'est sorti en 1984. un album qui s'appelle The Pearl, 84. Harold Budd, il faut savoir qu'il a énormément collaboré avec Brian Eno. En fait, je crois que la rencontre entre Brian Eno et Harold Budd a vraiment influencé les deux. Et Harold Budd, il a travaillé avec énormément d'artistes, même dans le rock et dans plein de choses. Mais si tu as l'occasion d'écouter cet album The Pearl, c'est donc Brian Eno, Harold Budd et c'est absolument magnifique. Avec plaisir. Et toi ? Tu dirais que tu as un petit peu de l'école Brian Eno dans ta composition, dans ton approche ?
- Speaker #1
Énormément. Je suis très influencé par le travail de Brian Eno fin des années 60, début des années 70. Après, je suis influencé par plein d'autres compositeurs aussi, mais au niveau ambiante, je suis très marqué par le travail de Brian Eno et par le travail de Afex Twin au début des années 90.
- Speaker #0
Oui, qui est hyper intéressant aussi. Et début 90, j'ai cru début 70, je me disais, c'est plus vieux que ce que je pensais. Et tu penses que ton cheminement spirituel, psychologique, influence ta musique ? Ou est-ce que tu penses que tu aurais peut-être la même approche de la musique si tu n'avais pas eu les mêmes apprentissages et études ?
- Speaker #1
Oui, à nouveau, c'est des questions que je ne me suis jamais trop posées. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, mon claim en tant qu'artiste entrepreneur, c'est de composer de la musique qui induit des états émotionnels. Ça, c'est la clé de goutte de ce que je construis en tant que compositeur, mais ce n'est pas seulement en tant que compositeur, mais en tant que producteur de musique, qui produit de la musique pour des gens qui cherchent des musiques, comme ça pour en faire quelque chose. Par exemple, pour le cinéma. Par exemple, pour des installations sonores, pour ambiancer des lieux, etc. Donc, mon idée clé, si tu veux, mon idée clé, ce n'est pas de dire « je suis simplement compositeur d'ambiante, de minimal répétitif, etc. » Mon idée clé, c'est de dire « je suis un compositeur qui peut créer des musiques qui vont amener les auditeurs de ces musiques dans des mondes émotionnels particuliers. » Et ça, si j'en suis arrivé à cette identité artistique-là, C'est... Parce que j'ai ce parcours personnel et professionnel dans différents types de spiritualité, et dans différents types de psychologie, des états modifiés de conscience, etc.
- Speaker #0
Tu penses que l'ambiance est peut-être la seule musique ou le seul style qui peut provoquer des états modifiés de conscience au niveau interculturel ?
- Speaker #1
Non, je pense qu'il y a énormément de styles musicaux qui provoquent des états modifiés de conscience. Par exemple, il faudrait être sourd pour ne pas se rendre compte que tout le monde électronique, de la house music jusqu'au psy-trans, toutes ces musiques-là génèrent des états modifiés de conscience et des états modifiés de conscience très conséquents. Donc non, pour moi, il n'y a pas qu'ambiance, minimal répétitif, etc. qui amènent dans des états modifiés de conscience. en revanche mon claim c'est de dire que ces musiques là ambiante et minimale répétitif amène dans des états modifiés de conscience que d'autres musiques ne peuvent pas faire atteindre. Par exemple, se retrouver dans un état d'immense plénitude, béatitude, avec une pointe de nostalgie qui fait qu'on comprend nos erreurs passées en se disant qu'en fait c'est pas grave, etc. Ça, en fait, avec le psy-trans, on ne va pas le trouver. Et à l'inverse, avec le psy-trans, on va trouver des états Alors... on pourrait dire de décharge du système nerveux central, des états qu'on pourrait appeler cathartiques et frénétiques, que l'ambiante ne fera pas atteindre non plus. Donc, mon idée n'est pas de dire que seules ces musiques-là amènent des états modifiés de conscience, mais en revanche, mon idée est de dire que ces musiques-là amènent des états modifiés de conscience particuliers qu'on n'arrive pas à toucher autrement. Mais regarde dans la culture des films de science-fiction, on retrouve ça, on retrouve ces sensations, ces émotions, particulières dans le cinéma de science-fiction par deux choses. La première, c'est les thèmes métaphysiques qu'ils amènent. Et la deuxième, ce sont ces musiques d'arrière-plan qui nous induisent à des états particuliers.
- Speaker #0
Ça ne fait pas trop peur. Là, tu as sorti quoi pour l'instant ? Tu as sorti plusieurs EP, albums ?
- Speaker #1
Pour l'instant, j'ai sorti deux EP et un album, mais j'ai toujours beaucoup de décalages entre ce que j'ai produit. J'ai produit beaucoup plus de choses que je n'en ai sorti. Mais en termes de strictes sorties, pour l'instant, il me semble que j'ai sorti deux ou trois EP et un album.
- Speaker #0
Une idée qui me venait comme ça, pareil à Cho, c'est que ça ne fait pas peur quand tu te mets sur un EP, la peur de la page blanche, parce qu'en fait, tu n'as aucune accroche. On parlait des Red Hot Chili Peppers, j'imagine que... Ils se réunissent, Anthony Kidis a des lignes de chant et des lyrics, et John Frucciante a sûrement des lignes de guitare. Toi, quand t'arrives sur un EP, est-ce que t'as des thèmes en tête ? Est-ce que t'as une page blanche totale ? Est-ce que c'est pas assez anxiogène de commencer avec rien ?
- Speaker #1
Alors moi, ça n'a jamais été pour moi anxiogène d'être dans un acte de créativité. Au contraire, moi quand je suis face à un acte de créativité, même si ça démarre par... On va reprendre ta métaphore par une page blanche. Donc, imagine que j'ai un crayon et une page blanche. Moi, quand je regarde la page blanche et que j'approche la pointe du crayon, ça me fait me sentir extrêmement bien. Alors, je ne sais pas pour les autres compositeurs comment ça fonctionne pour eux dans leur tête, mais pour moi, voilà comment ça fonctionne. Comme je l'ai dit dans le début de notre échange, une des raisons pour lesquelles j'étais allé en musicologie, c'est parce que j'entendais des musiques dans ma tête. Et j'entends des musiques dans ma tête. Je n'entends pas des voix qui me disent des trucs flippants, mais j'entends des musiques dans ma tête. Alors, certains disent que c'est normal, le fonctionnement cérébral prend des bouts de choses qui ont été entendues et les agrège. Mais moi, depuis très longtemps, j'entends des musiques dans ma tête et j'en entends encore. Donc, j'ai des trucs qui me traversent la tête. C'est peut-être des bouts réchauffés de choses que j'ai entendues à droite à gauche, mais il se trouve que dans ma tête, je les entends, ces trucs-là. Donc, rassure-toi, je vais bien. Là, à cette heure-ci, si j'y réfléchis, j'entends un truc, en fait, en l'occurrence, mais si j'y réfléchissais pas, en fait, je me rendais pas compte que je l'entendais. Du coup, ce qui se passe, c'est que pour moi, j'ai deux manières, en fait, de composer de la musique. Soit, là, tu vois, j'ai mon iPhone dans la main, donc soit j'ai mon dictaphone parce que, bah, quand je passe sur mon piano, je pianote des trucs et je me dis, tiens, ça a un jour pour faire un track, ça pourrait être intéressant, donc je le note en brouillon dans mon dictaphone. Donc soit j'ai des trucs comme ça enregistrés dans mon dictaphone, soit je me mets devant l'ordi, je me dis tiens ça y est, c'est enfin la semaine que j'avais prévue depuis des mois de consacré à composer de la musique, à passer 5 ou 7 jours à faire que ça. Et là je sors un premier instrument, je pose un accord un peu au pif, et au moment où je pose l'accord je me mets à entendre toute la suite. Et le jeu c'est de réussir à reproduire le truc que je me mets à entendre. D'où le fait que c'est difficile aussi pour moi de composer l'ambiance, en tout cas que ça demande de la discipline, parce que comme je me mets vite à entendre plein de choses qui pourraient se superposer, il faut que je me retienne en me disant « Non, non, non, Cyril, le but n'est pas de faire une production symphonique orchestrale, là tu es en train de faire de l'ambiance, donc deux, trois couches maximum, ça suffira largement. » Donc moi je me suis toujours senti très tranquille. Voilà, là, je l'ai encore fait. Là, ces jours-ci, je suis en train de composer de la musique. J'ai encore fait ça hier. À un moment, je me suis dit, tout mon setup est prêt. Qu'est-ce que je vais enregistrer ? On va voir ce que mon esprit se met à dérouler là tout de suite. Et puis, une note en emmène une autre. Des fois, c'est le fait d'explorer des banques de son aussi. J'aime beaucoup travailler comme ça. J'explore des banques de son. Je ne sais pas ce que je vais faire. J'écoute des banques de son. Quand je parle de banque de son, je ne parle pas de samples, mais je parle de ce qu'on appelle des instruments virtuels ou des types de sons dans des synthétiseurs. Et puis une texture sonore me fait subitement avoir une idée. Je me dis, tiens, cette note-là sur cette texture sonore, ça me fait penser à un orgue qui pourrait se mettre à faire ça. Et puis quand je me mets à faire l'orgue, je me dis, oui, mais là, du coup, les cordes et les cuivres pourraient jouer comme ça en contrepoint. Et hop, ça se met à proliférer dans mon esprit. Je suis toujours très tranquille avec l'acte de créativité, j'aime beaucoup ça.
- Speaker #0
Cool, et t'as pas peur des fois de louper une idée ? Genre tu te réveilles, t'as une ligne mélodique et t'as pas de quoi l'enregistrer ou pas de quoi la figer ?
- Speaker #1
Alors non, j'ai pas cette peur parce que des idées, j'en ai loupé des milliers je pense. J'ai eu beaucoup beaucoup d'expériences d'être dans la rue, d'être en train de méditer, d'être à la salle de sport et subitement dans ma tête, tac, il y a une musique qui s'allume. Et quand j'avais la vingtaine, je me dis, je pense que j'étais à l'époque, comme j'étais jeune et comme beaucoup, oui voilà, fougueux et très narcissique, je pense, avec le recul. Et du coup, j'avais tendance à croire que ce que j'entendais était génial, alors que ce n'est pas nécessairement le cas. Et du coup, je me disais, ah mince, je suis en train de perdre une idée. Mais en fait, ce qui me frustrait, ce n'était pas de perdre l'idée, c'est que je me disais, je suis en train de perdre une idée géniale. Bon, maintenant que je suis arrivé à mi-quarantaine, je me rends compte que c'est pas parce qu'on a une idée qu'elle est géniale. Elle peut paraître géniale sur le coup, mais des fois, en fait, elle est un peu toute pourrie. Et donc, du coup, maintenant, j'aime perdre mes idées, tu vois. J'aime entendre des trucs dans ma tête et me dire, tiens, j'entends ça et je vais pas m'en rappeler. Et c'est pas grave, c'était agréable de l'entendre là maintenant.
- Speaker #0
Ouais, mais tu sais, c'est hyper intéressant ce que tu dis, parce que moi, des fois, j'aime imaginer que les artistes sont un peu comme des postes de radio. que l'univers, alors là c'est plus, il y a plus un côté métaphysique, mais l'univers nous envoie des choses, et l'univers recherche des artistes qui sont à la fois sensibles et qui sont aussi des bons exécutants pour les fixer. et où je voulais en venir par rapport à ça ? Oui, et en fait,
- Speaker #1
radio comme un récepteur.
- Speaker #0
Ouais, comme un récepteur, et en même temps, on voit que parfois, et moi j'entends tout le temps des histoires comme ça, vraiment, c'est un des trucs qui m'a le plus marqué dans mon cheminement musical, c'est le nombre de gens qui disent, ce titre est devenu un tube, et nous on l'a fait comme ça, et on n'avait aucune idée que ça allait être un tube international. Donc je me dis, si on se dit que parfois, une idée sur un million, c'est ça qui va devenir un tube, on ne sait pas pourquoi ça touche les gens. Et bien c'est là où je pense que tu peux avoir une certaine crainte de perdre peut-être l'idée qui va changer le monde, et en même temps savoir si c'est la bonne ou pas.
- Speaker #1
Oui, voilà, je te disais tout à l'heure que de temps en temps je passe sur le piano à la maison, et puis je pianote un peu, et puis je me dis « Ah tiens ça, ce serait bien pour mon prochain EP d'ambiante » . Je vais le noter. Ce que j'appelle noter, c'est que je ne prends pas papier et crayon parce que c'est long à faire. On peut l'écrire, la musique, mais avec un dictaphone, ça va juste beaucoup plus vite. Et puis, mon dictaphone est plein de trucs que je n'ai juste jamais réécoutés. Et je pense qu'il y a suffisamment de trucs qui me traversent la tête pour que j'aie besoin d'aller fouiller dans les archives de ma créativité passée.
- Speaker #0
Je pense aussi que c'est ton espace de liberté. Moi je dis souvent dans Impala qu'on devrait tous avoir un espace de liberté artistique aussi qui est parfois décorrélé d'une certaine performance, même si bon toi ton but aussi c'est de développer ta carrière de musique à l'image, mais ça fait du bien aussi je pense de ne pas être dans cette performance. Et t'es pas tenté par l'intelligence artificielle pour le coup. Moi je vois beaucoup de producteurs en ce moment qui mettent leurs idées dans Suno pour pas les nommer. et qui disent c'est super il a fait un super truc après je reprends les idées.
- Speaker #1
Ouais alors j'ai testé Suno c'est vachement intéressant j'aime beaucoup. En fait ce que j'aime beaucoup dans Suno c'est le fait que ça sort un son, bon il est un petit peu caricatural ce son mais ça sonne un son qui est vachement bien quoi. C'est très jouissif en fait d'écouter une idée, tu joues un petit truc à la guitare et puis tu lui dis fais moi une version rock symphonique. Alors c'est du rock symphonique, on voit bien... que dans quelques années ça sonnera mieux. Mais c'est quand même pas mal. Toutefois, non, je ne suis pas très intéressé par ces technologies. Je les trouve très intéressantes. Je pense que c'est un outil. Là, tout le monde crie au loup en disant « Mon Dieu, ça va tout détruire ! » Oui, on a déjà dit ça quand les synthétiseurs sont arrivés. On a dit que ça allait tout détruire parce qu'il y avait de l'automatisation dedans, etc. Bon, ça n'a pas détruit grand-chose apparemment. Je ne suis pas trop inquiet à cet endroit-là. Mais ce qui fait que je suis... Ce qui fait que... Pour l'instant, dans ma démarche de compositeur, l'outil n'a aucune valeur ajoutée pour moi. C'est qu'en fait, en tant que producteur et compositeur, j'aime être en lien avec ma créativité. J'aime être en lien avec le fait, comme je le disais tout à l'heure, qu'une idée en emmène une autre. Je suis sur des textures un petit peu grouillantes, de synthétiseur, et puis ça me fait penser à un orgue. Je suis très heureux d'aller chercher dans mes banques de sons à moi, que je connais, que j'ai travaillé pendant des années, d'aller chercher le son d'orgue que je suis en train d'entendre dans ma tête. Et ça, je serais très frustré de me mettre sur mon iPhone et de dire à haute voix à Suno, « Suno, maintenant trouve-moi la ligne d'orgue qui fait comme si, avec le son machin, j'aime aller les chercher par moi-même. » Il y a quelque chose dans ma démarche qui n'est pas très productiviste, qui est un petit peu une démarche d'artisan. J'aime aller sculpter la matière sonore par moi-même, j'ai du plaisir à le faire. Donc évidemment, si un jour on me dit il faut que tu livres 100 titres d'ambiante pour vendredi prochain, avec tout ce que je sais faire, ce sera certainement le bon moment pour faire des bons promptes sur Suno et de produire 100 titres. parce que... parce que je sais ce qu'il faut dire à Suno pour produire ces titres-là. Mais à moins qu'on me passe une commande comme ça, je n'ai aucun intérêt à faire faire à une machine ce que j'aime faire par moi-même. C'est marrant d'ailleurs,
- Speaker #0
parce que quand tu regardes les prémices du droit d'auteur et de la composition, c'était quand même des partitions composées par des compositeurs et passées à des orchestres. Maintenant, Suno, tu peux aussi être... Parce qu'en fait, tu as deux façons d'utiliser Suno. Tu as un prompt écrit. qui pour moi est pas du tout intéressant pour le coup, et lui donner des lignes mélodiques et des consignes pour qu'il produise une orchestration complète. Et c'est marrant comme autant les gens portent comme presque quelque chose de déique un compositeur qui va donner sa partition à un orchestre qui va l'interpréter, et à la fois les gens trouvent ça souvent presque comme une triche quand tu donnes la même partition à une intelligence artificielle. Alors qu'en fait finalement... presque la boucle est bouclée entre avant tu avais des compositeurs qui ne faisaient que composer et tu avais des interprètes et ensuite suno qui peut être aussi utilisé par des compositeurs qui vont plus créer la musique j'en arrive à une question c'est est ce que tu te verrais composer pour d'autres est ce que pour toi le plus important c'est le geste de composition ou c'est le geste de production c'est à dire de fixer ta composition avec des textures sonores est ce que tu pourrais t'épanouir en ayant alors j'ai cru comprendre que uniquement fixé, c'est plus vraiment ce qui t'intéresse, tu l'as beaucoup fait, t'es allé un peu au bout. Uniquement composé, ça pourrait t'intéresser, ou moins.
- Speaker #1
Non, ça m'intéresse tout, ça m'intéresserait beaucoup, ça m'intéresse en soi. En fait, tu sais, je me reprends parce que je me rends compte que je l'ai déjà dit avant, dans cette interview, mais moi, je fonctionne beaucoup à la passion. J'aime prendre du plaisir dans ce que je fais. de manière générale. Et quand je suis dans un environnement de musique, de studio d'enregistrement, je prends beaucoup de plaisir. Je suis très heureux de faire ça. Quand j'enregistrais la musique des autres, je ne me disais pas « c'est pas ma musique » . Du coup, je suis frustré. Je me disais « qu'est-ce que je kiffe ! » C'est vraiment génial. Vas-y, on fait une troisième fois la prise de batterie alors que la deuxième était super. On la refait et puis après, on réécoute les prises et puis on met des coups de ciseaux pour rassembler les meilleurs, pour faire un track. Je trouve ça génial, en fait, ça m'éclate. Donc, quand j'étais ingénieur du son, j'avais beaucoup de plaisir à faire ça. Aujourd'hui, je vois bien que dès que je suis dans mon studio, dès que je suis derrière mon ordinateur, avec mes synthés, mes banques d'orchestre, mes banques de son d'ambiante et tout, je me sens profondément heureux, en fait, quand je fais ça. Je me sens bien. Souvent, j'ai des pensées un peu bizarres régulièrement et je pense beaucoup au moment où je vais mourir. C'est un truc auquel je pense très souvent. Et souvent, je me dis, quand je serai sur mon lit de mort, je me dirai qu'est-ce que c'était cool ces moments en studio, qu'est-ce que j'ai kiffé. Et parce que ça me rend profondément heureux de faire ça. Il y a des gens qui sont heureux quand ils sont en train de faire du sport. D'autres, ils sont heureux quand on leur dit des flatteries. Moi, quand je suis en train de faire ça, quand je suis dans le monde de la musique, Même quand je suis en train de régler des problèmes de plugins qui ne veulent plus marcher correctement, je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas d'explication, mais je me sens hyper à ma place dans l'univers quand je fais ça. Donc du coup, la question que tu me poses fait miroir à cette construction que j'ai eue quand j'étais jeune, où je pensais que je voulais être musicien et être sur scène. Et puis quand je me suis retrouvé dans la régie, en studio d'enregistrement, je me suis dit « mais non, c'est ça en fait qui m'éclate, c'est d'être en train de produire de la musique et c'est pas grave si c'est pas ma musique » . Donc du coup aujourd'hui, quand tu dis composer pour d'autres, si un artiste me disait « est-ce que tu peux faire de la bande-son pour mon album ? » « Bah bien sûr, avec plaisir, je fais la bande-son pour ton album quand tu veux parce que j'aime faire ce job-là, je me sens heureux quand je le fais » . Pour moi, ça n'a pas grande importance de savoir si c'est ma musique ou si c'est ta musique, ou si c'est la musique du public, ou si on me passe une commande pour un film de science-fiction. Alors, est-ce que c'est Cyril Champagne qui signe une musique, ou est-ce que je suis un anonyme qui fait la musique pour un réalisateur ou pour un producteur de cinéma ? En fait, tout ça, je m'en fous un peu. Je suis beaucoup plus dans l'ici et maintenant, quand je suis dans le geste de composition, de production. Je m'en fous un peu du débouché, mais quand je le fais, mais quel kiff ! Mais je crois que c'est le cas pour beaucoup de personnes qui composent de la musique.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Pour moi, c'était un super mot de la fin. Je te propose qu'on s'arrête là.
- Speaker #1
Écoute, merci beaucoup pour ton invitation.
- Speaker #0
J'espère que tu es content d'avoir vu Impala de l'intérieur.
- Speaker #1
Oui, oui, j'ai l'impression que les interviews que j'ai écoutées des autres étaient beaucoup plus structurées. J'ai l'impression d'être vraiment parti dans tous les sens. Je ne sais pas s'il y aura grande valeur ajoutée, mais en tout cas, j'étais très heureux de me prêter à l'exercice.
- Speaker #0
Non, je peux t'assurer qu'il y a plein d'épisodes que j'ai trouvé totalement déstructurés. Des gens m'ont fait des retours pour me dire que c'était leur épisode préféré. Et avec le recul, je me dis en fait, il était très bien comme ça. Et encore une fois, le but d'Impala, c'est d'ouvrir, de ne pas avoir la tête dans le guidon que sur la musique. mais d'ouvrir à la fois sur les territoires, c'est pour ça qu'on parle des États-Unis, de la côte ouest des États-Unis, d'ouvrir aussi sur d'autres disciplines, comme la psychologie, la philosophie. Et donc pour moi, là, c'était absolument parfait.
- Speaker #1
Bon, je te remercie. Merci beaucoup pour ton invitation. C'était un plaisir d'être dans cet entretien avec toi, Maxime.
- Speaker #0
À très vite.