- Speaker #0
Welcome to Impala, the industry of music between Paris and Los Angeles. Bonjour à tous et bienvenue sur Impala. On est déjà à l'épisode 14 et aujourd'hui on va recevoir Cyril Champagne. Alors Cyril Champagne c'est un ami, je le connais depuis le milieu fin de mon adolescence. Donc on est entre les années 2000 et 2005. En fait à l'époque on a créé ensemble une communauté qui a tenté, c'était à une communauté ou à un forum qui a tenté de... qui a même réussi à joindre pour moi plusieurs disciplines, que sont la science, la philosophie, la psychologie, la théologie, l'étude des religions, le chamanisme, et une communauté dans laquelle on parlait de science, de spiritualité, d'expérience personnelle, d'introspection, de plein de choses en fait. À un moment dans mon monde d'adolescence, où j'étais en pleine recherche de ces thèmes-là, construction personnelle, compréhension du monde qui m'entoure. La communauté est devenue très grosse en fait, on a eu énormément de membres. Ça a fait pas mal de bruit à l'époque notamment dans quelques médias, rue 89, Libération notamment. On avait en fait une très belle communauté avec des psychologues, des scientifiques. Cyril est venu pour m'aider à la construire, à la développer et beaucoup à la cadrer aussi parce que c'était pas facile de gérer autant de membres. Voilà, donc on est devenu très amis avec Cyril, je l'ai toujours suivi dans ses pérégrinations. Il a étudié l'orchestration, la musicologie, la psychologie. Il vous le racontera un peu dans cet épisode, mais je pense, et mon petit doigt me dit qu'on en fera d'autres ensemble où vous aurez l'occasion de plus le découvrir. En tout cas, je vous invite vraiment à faire des recherches sur lui sur internet, vous aurez plein de choses. Donc orchestration, musicologie, psychologie. Moi je l'ai beaucoup connu aussi pendant ses études, ses années d'ingénieur du son à Paris. Il avait sa cabine, il mixait plutôt du rock indépendant mais pas que, beaucoup d'artistes français mais beaucoup d'artistes étrangers également. Il a eu une petite expérience de directeur artistique aussi dans un label très connu. Et puis ensuite il a totalement bifurqué dans sa trentaine. Il a étudié les neurosciences, la phénoménologie, les états modifiés de conscience. Il a été directeur de recherche du centre, directeur de centre de recherche pardon de l'Arche, qu'il a créé ou co-créé d'ailleurs. L'Arche c'est le centre de référence en hypnose en France. Il a également écrit des livres comme Psychologie transpersonnelle et état modifié de conscience qui est publié chez Dangl'édition. Voilà et puis il est psychologue. Il a publié énormément d'articles académiques, notamment sur le fondement psychologique et l'hypnose ericksonienne. Et depuis quelques années, il s'est beaucoup remis à la musique. Alors moi, bien sûr, je l'aide, on fait beaucoup de choses ensemble. Et donc, il développe pas mal sa carrière maintenant de compositeur et de producteur de musique à l'image. Il compose une musique orchestrale, assez moderne, assez cinématographique, ambiante, minimaliste. Il adore d'ailleurs, il est beaucoup dans ce mouvement de minimal répétitif. Sa musique a notamment été diffusée dans des documentaires. Il sort aussi pas mal de singles et pas mal d'EP sur les plateformes, qui sont de plus en plus écoutées d'ailleurs. Et en fait, cet épisode sera en grande partie sonorisé et illustré musicalement avec sa musique, majoritairement, mais vous verrez qu'on écoutera aussi d'autres choses, comme Brian Eno notamment. Voilà, donc je suis très heureux de me poser une nouvelle fois avec Cyril pour parler de musique, mais pas que, parler de culture franco-américaine, de psychologie. Et puis voilà, le thème, c'est aussi aller au fond des choses, inscrire la musique comme un art au milieu de plein d'autres disciplines. Et voilà, ouvrir sans cesse et essayer d'avoir une petite compréhension de toute cette complexité qu'on a autour de nous. Voilà, merci beaucoup. Salut Cyril !
- Speaker #1
Bonjour Maxime !
- Speaker #0
Alors je suis très content de te recevoir aujourd'hui dans Impala. En plus je crois savoir que tu es un auditeur assidu du podcast.
- Speaker #1
On peut dire que je suis fan du podcast.
- Speaker #0
Parce qu'on peut même dire que tu l'écoutes quand tu vas au sport.
- Speaker #1
En effet j'ai beaucoup de plaisir à écouter Impala, que j'ai commencé à écouter à la salle de sport et par habitude j'ai continué. Donc maintenant c'est un peu mon rituel. J'espère qu'un jour il y aura plus d'épisodes pour que je puisse en avoir à toutes mes sessions.
- Speaker #0
Bah écoute, on en parlait tout à l'heure en off, mais je m'étais fixé comme objectif de faire minimum 25 épisodes avant de réfléchir à la suite. Donc là je m'y attelle, on est déjà... J'ai enregistré l'épisode 13 hier, qui sortira donc aujourd'hui. Enfin, aujourd'hui, au moment où on enregistre. Et donc, nous deux, on sera sur l'épisode 14 et 15, si on a la chance d'avoir deux parties dans cet épisode.
- Speaker #1
Écoute, c'est un grand plaisir d'être invité sur ton podcast, que j'écoute avec intérêt et qui m'apporte beaucoup d'informations très intéressantes. Donc, voilà, je me suis réjoui quand tu m'as proposé de venir. Je suis très heureux de participer à l'aventure aujourd'hui.
- Speaker #0
Je suis très heureux également. Alors on va pas le cacher aux auditeurs mais on se connait toi et moi depuis très longtemps. On a un tout petit écart d'âge mais moi je t'ai connu, j'étais milieu fin d'adolescence, toi t'étais déjà plus dans le milieu actif. T'étais en études je crois, toi t'étais à Paris, moi j'étais à Lyon. On a abordé plein de sujets ensemble, divers et variés. Donc je pense qu'on va probablement en parler aussi dans cet épisode. Mais pour commencer, c'est une question que j'aime bien poser à mes invités, c'est savoir d'où tu viens. Moi, je t'ai toujours connu à Paris, mais est-ce que t'es né à Paris ?
- Speaker #1
Je suis né dans la banlieue parisienne, à la frontière entre le 9-3 et la Seine-et-Marne. Et oui, oui, j'ai toujours grandi, en fait, dans cette région de Paris. qui est un vivier entre des milieux ouvriers et des classes moyennes, évidemment très teinté par ce qui s'est passé dans les années 90 avec le fameux 9-3, avec les banlieues qui ont commencé à chauffer un petit peu. Donc moi j'étais adolescent là-bas dans ce contexte-là. C'est de là que je viens. Et puis plus tard, quand j'ai été dans ma vie active adulte, je me suis progressivement rapproché de Paris jusqu'à vivre sur Paris. Et comme dans les mythes du voyage du héros, actuellement, je suis retourné sur ma terre natale, qui n'est pas très loin de Paris au final, mais je suis retourné vivre dans ma Seine-et-Marne natale.
- Speaker #0
C'est vers Disneyland pour les non-parisiens ou les parisiens qui ne seraient pas beaucoup sortis de Paris.
- Speaker #1
Tout à fait, c'est ce qu'on appelle Marne-la-Vallée avec l'immense complexe de Disneyland, la gare de TGV qui est à cet endroit-là, Val d'Europe, etc.
- Speaker #0
Ok, toi tu as un parcours assez riche, on y reviendra, on aura le temps bien sûr d'y revenir dans cet épisode. Néanmoins, comme là on va se concentrer un peu au début sur la musique, moi ce que j'aimerais savoir, c'est une question que j'ai posée à Vincent, c'était hyper intéressant dans son lien avec sa mère. Il y a une question que j'ai posée à Mila, alors ils viennent totalement d'une famille opposée, mais toi c'est quoi tes... Si tu devais chercher aussi loin que tes souvenirs remontent du berceau de ton intérêt et ton amour pour la musique, tu penses que tes premières connexions avec la musique viennent d'où ?
- Speaker #1
C'est une question que je ne me suis jamais posée, mon cher Maxime, aussi je vais faire un petit effort d'introspection. Tu me demandes aussi loin que je me rappelle la connexion avec la musique vient d'où ? Ce qui me vient, c'est que j'ai grandi dans une famille catholique avec des parents qui étaient croyants et pratiquants. Et donc dans ce genre de famille, quand on est tout petit, on nous amène dans ces rituels-là. Et ce qui me vient, c'est que ça me faisait quelque chose, la musique, dans ces messes catholiques. L'orgue, les gens qui chantent tous ensemble, même si avec le recul aujourd'hui, je trouve que ce ne sont pas les chants les plus joyeux du monde. Mais il y a quand même un truc qui fait planer un peu, qui est très solennel. C'est quand même des musiques fondamentalement basées sur la musique baroque. Donc, ils sont quand même des musiques très profondes, solennelles, assez puissantes au niveau harmonique. Et le premier truc qui me vient, c'est ça. Je crois qu'il y a des souvenirs d'être baigné, tout petit, dans des ambiances musicales. En fait, je n'ai jamais réfléchi à ça avant de discuter avec toi aujourd'hui, mais avec le recul, je me dis être tout petit et avoir une communauté. une centaine ou deux centaines de personnes qui chantent à l'unisson, c'est quand même pas rien. Et moi, je devais entendre ça quand j'étais petit, je devais entendre ça toutes les semaines, ça devait me paraître tout à fait normal. Donc je pense qu'il y a une première connexion à la musique qui vient de là. Et puis, ce qui me vient juste après, c'est que j'ai beaucoup de souvenirs des musiques, des dessins animés que je regardais. Moi, je suis né à la toute fin des années 70. Et donc, comme beaucoup, quand j'étais enfant et adolescent, j'ai eu le fameux Club Dorothée. Et pas que d'ailleurs, parce qu'il y avait aussi une chaîne qui s'appelait La Cinq à l'époque, qui passait aussi beaucoup de dessins animés, pas spécialement ceux achetés par AB Productions sur TF1. Et j'ai souvenir en fait que les musiques des dessins animés, ça me faisait un truc super fort quoi. Et avec le recul, je crois que ces musiques en fait, elles étaient assez bien faites. Je crois qu'il y a un artiste avec qui tu travailles qui s'appelle Don Brance qui lui aussi a été assez marqué par les musiques des dessins animés de son enfance.
- Speaker #0
Oui, totalement.
- Speaker #1
Et oui, en fait, c'était quand même des musiques qui étaient écrites par des gens qui étaient des très bons compositeurs, des très bons musiciens. Et je crois que ça, si tu cherches un petit peu l'origine, je crois que ça m'a beaucoup marqué, que ça a ouvert l'imaginaire. Et quand j'y repense aujourd'hui, là je suis en train de le faire, je ressens à l'intérieur de mon corps que ça frétille et que ça me fait un état d'excitation assez fort de repenser à ces génériques.
- Speaker #0
Ah ouais, je comprends. C'est rigolo parce que t'as jamais vraiment réfléchi au berceau de ce qui t'a impulsé dans ta carrière et ton évolution musicale. Néanmoins, pour moi, ton évolution musicale de ce que je sais de toi, et on va en reparler, mais extrêmement liée à la musique, aussi comme outil de modification de conscience, et d'état de conscience modifié, et tu as quand même été initié à la musique avec des communautés religieuses.
- Speaker #1
Oui, en effet, je n'avais pas fait le livre. C'est rigolo. C'est un peu mon moment psychanalyse. Non, en fait, si tu veux, moi je me suis vraiment mis à la musique quand j'étais adolescent, quand j'avais 15-16 ans, donc c'était le milieu des années 90, l'époque grunge, tout le monde faisait des groupes de rock et tout. Et je me suis souvent interrogé sur ça, sur le pourquoi du comment, pourquoi ces musiques m'ont tellement parlé, porté. Je peux t'en dire quelques mots, je pense que dans mon éducation, il y avait certainement quelque chose qui ne me permettait pas d'exprimer ma puissance, ma rage, etc. Et donc du coup, j'ai certainement trouvé une catharsis et un exutoire dans ces musiques-là. Et c'est le fait de baigner dans ces mondes-là, dans ces musiques-là, de faire des premiers groupes quand j'avais 14-15 ans, de faire des premiers concerts quand j'avais 15-16 ans, évidemment, ça m'a beaucoup marqué. C'est ça qui m'a donné envie après de devenir professionnel de la musique, d'en vivre quoi. Mais je ne m'étais jamais vraiment posé la question de où venait l'attrait pour la musique avant l'adolescence.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
là tu m'as fait mettre le doigt sur quelque chose que j'avais un peu occulté.
- Speaker #0
Ouais parce que tu vois, si je dois un peu plonger dans mes souvenirs, je pense que toi et moi on le sait, on a quand même beaucoup de points communs, et notamment dans le terrain de l'enfance et de l'adolescence. Mais moi je crois que, bon moi j'ai fait mon catéchisme et j'ai été aussi initié au catholicisme, et j'ai fait aussi les messes avec mes parents régulièrement. et je crois que comme j'ai ressenti la force que peut avoir une musique dans une espèce de réunion un peu sacrée avec des fidèles et tout je pense que ce truc là je suis aussi comme toi allé le chercher plus dans le rock avec aussi cette musique qui est un peu aussi un outil de transcendance parce que moi mes premiers concerts ça a été des choses en fait de rock très dur à Lyon à l'époque et c'était du métal symphonique, du rock assez lourd et donc nous on avait cette espèce de cérémonie qu'on retrouvait Avec des pogos et des trucs qui étaient en fait très physiques dans les rapports du corps. En tout cas, c'était une musique qui était ressentie physiquement et qui était aussi une sorte d'union. Oui,
- Speaker #1
dans l'expérience d'auditeur, pour beaucoup d'entre nous, il y a quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Et après la musique de dessin animé, tu as tout de suite écouté du rock ?
- Speaker #1
Dans le début des années 90, il y avait ce qu'on appelait à l'époque la dance music, qui est l'ancêtre du EDM d'aujourd'hui. Et évidemment, quand j'étais fin école primaire, début collège, j'ai beaucoup écouté ces trucs-là. Donc voilà, il y a un moment un peu schizophrénique dans ma construction culturelle. où j'écoutais les groupes de rock du début des années 90, tu vois, Guns N'Roses, Metallica, Nirvana, Aerosmith, les choses comme ça. Et en parallèle, j'aimais beaucoup écouter la Eurodance Music, voilà, tu vois, No Limit, I Like To Move It, qui sont des titres qu'on entend encore aujourd'hui, des fois, dans les mariages ou dans des fêtes un peu sauvages.
- Speaker #0
On était arrosé de ça, parce que moi, je me souviens aussi qu'on avait les compilations Dance Machine et tout ça. Donc moi, j'achetais les compilations aux marchands de journaux avec les CD. Et c'était pour moi un des meilleurs canals de découverte de musique à l'époque où on avait ni streaming ni rien. Mais c'est vrai qu'il y a eu une grosse vague comme ça. Et pour revenir à ce que tu disais par rapport au rock, moi, bizarrement, mon premier pas dans le rock, ça a été une compilation qui s'appelait 3 fois plus de bruit et qui était en fait édité par Skyrock. Parce que rappelons-nous quand même que Skyrock était une radio rock. Et donc nos générations, je parle des nôtres, même si on a un petit écart peut-être d'âge, mais en fait, à la radio, on entendait du rock. Je me rappelle sur Skyrock, tu avais du cake. Du Radiohead ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait, sur Skyrock, sur Fun Radio. C'était des radios qui passaient à la musique qui marchait commercialement à cette époque-là. Et en effet, si on revient à l'époque où moi je suis adolescent, début des années 90, on est sur une très forte dominante de la variété française en France. Et puis pour au niveau international, une très forte dominante de la dance music et du rock. post-hard rock, donc on pourrait dire ce qu'on appelait à l'époque rock alternatif.
- Speaker #0
Et tu as commencé l'apprentissage d'un instrument à quel âge ?
- Speaker #1
J'ai essayé d'apprendre le piano quand j'avais autour de 10 ans, mais moi je viens d'une famille où il n'y avait pas trop d'argent, donc on n'avait pas de quoi s'acheter un piano, mais il y avait un espèce d'orgue bon-tempi chez moi. Et mes cours, ce n'était pas au conservatoire, c'était un vieux monsieur de mon village qui donnait des cours de piano. Et donc je prenais des cours de piano chez lui et puis à la maison, j'apprenais ses bases de piano mais sur un orgue bon tant pis. Donc si vous n'avez pas trop les références sur ces types d'orgues, il n'y a pas ce qui permet de doser si on joue fort ou si on joue faible sur les touches. C'est quand même un peu les bases d'apprentissage du piano. Donc mon apprentissage du piano était donc assez chaotique. Donc j'ai fait ça pendant un an ou deux mais je ne me sentais pas très à l'aise avec ce professeur. Et puis, je crois que je n'étais pas... j'avais pas vraiment le matériel pour apprendre correctement. Donc ça m'a pas trop fasciné. J'ai souvenir de répéter des petites pièces de Mozart sur mon orgue Botampi, et de les jouer de manière extrêmement maladroite. Et ce ne sont pas des très bons souvenirs, mais ça me fait bien sourire avec le recul. Donc voilà, il y a eu comme ça deux ans de plus ou moins apprentissage du piano. Et puis après, quand je suis arrivé, quand j'ai été vraiment très touché par les musiques rock et que j'ai vu des copains qui jouaient de la guitare, etc., je me suis dit, moi, j'ai envie de faire ça aussi. Donc là, j'avais 14-15 ans et un ami m'a dit, si tu aimes ces musiques-là, plutôt que d'apprendre la guitare et de faire comme font tous les autres, tu devrais apprendre la basse. Et alors, moi, je ne m'étais jamais trop posé de questions sur la basse, la guitare et tout. Et puis j'ai écouté la différence entre la guitare et la basse et je me suis dit « Ah ouais, ça me plaît vachement bien ce truc, il y avait un truc dans la basse qui me plaisait. » Alors j'ai écrit une lettre à mon papa pour lui dire que j'aimerais bien qu'on achète une basse et j'aimerais bien faire de la musique et faire des groupes avec des potes et tout. Et mon père était assez autoritaire, donc je crois que ça m'a fait un peu peur, je lui ai écrit parce que j'ai pas dû oser lui dire. Et il m'a dit, ouais, mais ça, c'est vachement bien. Lui, il faisait de la basse d'harmonie à l'armée, les espèces d'énormes gros tubas très, très graves. Je lui ai dit, ça, c'est vachement bien, la basse, c'est bien. Donc, il m'a acheté une basse. Et puis là, j'ai pris des cours de basse. Et à partir de là, je suis vraiment rentré dans un truc où je m'y suis mis à fond. Comme par hasard, l'année scolaire d'après, je l'ai planté et j'ai redoublé parce que je faisais quatre heures de musique par jour. Ah oui ? Ouais, je suis vraiment parti dans un truc complètement passionné. Je jouais, j'ai appris la guitare en autonome, enfin du moins les accords de guitare en autonome en parallèle. Je prenais mes cours de basse très au sérieux. A la fin de ma deuxième année de cours de basse, mon prof m'a dit qu'on avait bouffé 5 ans de cours ensemble. Ce qu'il faisait faire à ses élèves en 5 ans, il me l'avait fait faire en 2 ans parce que je travaillais beaucoup entre les cours. Donc comme il voyait que je progressais, il me faisait aller sur les exercices suivants.
- Speaker #0
Donc j'ai pris des cours de basse pendant 3 ans je crois.
- Speaker #1
Et à la fin, en bossant comme ça et en ayant un bon prof, j'avais un bon niveau. J'ai joué de la basse dans différents groupes et puis après les autres instruments, j'ai tout appris à la sauvage. Le piano, ou encore aujourd'hui je pianote d'une manière qui me plaît, mais comme j'ai appris tout seul, c'est une capacité technique très limitée. J'ai appris à jouer du synthé, j'ai appris à jouer de la guitare par moi-même. J'ai pris des cours de guitare un peu plus tard quand j'avais début vingtaine, mais toutes mes bases de guitare viennent d'une pratique autodidacte. J'ai appris à jouer de la batterie aussi tout seul. Enfin voilà, il y a plein d'instruments auxquels je me suis initié. Mais l'instrument sur lequel j'ai eu des vrais cours et une vraie technique, c'est la basse électrique. Qui est de loin encore aujourd'hui l'instrument qui vibre le plus fort dans mon ventre.
- Speaker #0
Est-ce que tu étais à l'époque, comme beaucoup d'entre nous, fan des Red Hot Chili Peppers ?
- Speaker #1
J'étais très très fan des Red Hot Chili Peppers en effet.
- Speaker #0
Est-ce que je te pose cette question ? Parce que pour moi, Flea est une des têtes de file. Et peut-être une des personnes qui donnait le plus envie de faire de la basse à l'époque. Parce qu'en fait, il a... Il est bassiste, il est aussi très présent.
- Speaker #1
Alors en effet, moi j'étais très très branché Red Hot Chili Peppers, à tel point que mon tout premier groupe, c'était un groupe de rock alternatif, un peu on va dire à la Nirvana, Offspring, Green Day, etc. quand j'avais 14-15 ans. Et mon deuxième groupe, quand j'étais au lycée, c'était un groupe de funk rock, donc très influencé par FFF, très influencé par les Red Hot Chili Peppers. et différents groupes, comme ça va aussi influencer par l'espèce de proposition funk-rock de Prince. Et donc j'ai eu l'occasion de beaucoup m'amuser avec la basse, parce que ce sont des musiques dans lesquelles la basse a une grande place. Donc oui, bien sûr, il y a des bassistes comme Flea, le bassiste de FFF, le bassiste de Green Day aussi, qui est à mon regard un grand virtuose de la basse. Ce sont des bassistes qui m'ont beaucoup influencé.
- Speaker #0
Ok. Et tu parlais d'avoir redoublé, t'as redoublé quelle classe ?
- Speaker #1
J'ai planté la fin de la seconde, mais de manière assez magistrale, mais je suis passé quand même... comme en première, et comme en première j'ai rien foutu pendant 6 mois parce que je faisais de la musique tout le temps, j'ai eu le droit de faire une deuxième première, avec un changement de section au passage.
- Speaker #0
Et t'étais en quoi ? En L ou scientifique ?
- Speaker #1
J'ai fait une première scientifique, ma première première était scientifique.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et scientifique, si tu bosses pas, ça marche pas en fait.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Et après j'ai fait une filière économique spécialisée en maths qui me correspondait mieux parce que c'était beaucoup plus... C'était beaucoup plus vaste, c'était moins centré sur une manière de penser, mais plus ouvert sur plusieurs.
- Speaker #0
Ok. Et oui, j'allais te demander comment tu avais réussi à rééquilibrer tes études, parce qu'on en parlera un peu plus tard, mais bon, au-delà de la musique, tu as aussi eu d'autres carrières, ou en tout cas une autre carrière qui est assez conséquente. Et comment tu as retrouvé de l'attrait pour les études ? Comment tu as réussi à équilibrer ton amour et ta passion pour la musique avec aussi peut-être un amour et une passion pour les études ?
- Speaker #1
De l'attrait pour les études, comment j'ai réussi à le retrouver, après quoi ?
- Speaker #0
Quand tu disais que tu as planté ta seconde parce que tu jouais beaucoup de morceaux, à ce moment-là, j'ai l'impression que tu te détournes un peu du cercle de colère.
- Speaker #1
Oui, en fait, si tu veux, c'est assez simple. Moi, dans ma famille, dans mon éducation, il y avait beaucoup de cadres, c'était très cadré. En fait, mes parents ne se sont pas trop rendus compte que je plantais la fin de la seconde. Ils n'ont pas trop réagi. Et puis, quand j'avais planté déjà la moitié de la première S, ils s'en sont rendus compte, mais là, c'est trop tard, en fait. Et en fait, mes parents étaient assez cool sur ce truc-là, et ils ont mis en place un truc très simple, ils m'ont dit, écoute, dans ce cas-là, t'es pas à l'aise en S, faisons le redoublement, l'année prochaine tu vas en éco, mais tu vas jusqu'à la fin de ton année scolaire, hors de question que tu sois déscolarisé, et l'année prochaine, tu te remets dans les rails et tu bosses, et tu retrouves les notes, les bonnes notes que t'as toujours eues depuis tout petit. Et là où tu vas voir, c'est assez logique, c'est qu'ils m'ont dit, sinon, plus de musique. Donc, c'était l'argument parfait. Il était hors de question comment on lève la musique. Du coup, ça a fait le levier de motivation. Mais en soi, j'ai toujours aimé apprendre. J'aimais bien le jeu un petit peu stupide de l'apprentissage scolaire où tu dois mémoriser des choses et les recracher au contrôle. Quelque part, j'aimais bien. J'ai toujours aimé la logique, l'apprentissage du langage, l'apprentissage des mathématiques. Ça m'amusait beaucoup. J'ai toujours beaucoup aimé apprendre et étudier. et jusqu'à il y a quelques années, en fait, je n'ai jamais cessé d'étudier. Jusqu'à mes 42-43 ans, je n'ai jamais cessé d'étudier.
- Speaker #0
Ok. Et après, du coup, la suite de tes études, t'es parti dans une filière quoi ? Ou pas du tout ?
- Speaker #1
Je voulais faire de la musique après le lycée mais mon père m'a dit ce sont des métiers très précaires et tu pourrais te retrouver en tant qu'adulte dans des grandes difficultés financières donc je te propose de mettre en place un filet de sécurité et que tu fasses un DUT pour avoir un petit diplôme, un petit bac plus deux dans les poches avant de te lancer dans une aventure musicale et comme c'est lui qui finançait je n'avais pas spécialement le choix. Donc du coup j'ai fait ça, j'ai fait un petit DUT de commerce en deux ans. J'étais très malheureux dans ces études mais bon voilà on sait pourquoi je le faisais. Et puis après, le deal étant rempli, après ça je suis parti faire quatre ans de musicologie à Paris 8. A l'époque Paris 8 proposait une année qu'ils appelaient mise à niveau parce qu'il fallait un niveau de solfège minimal pour pouvoir rentrer dans la première année de musicologie. Moi je j'avais pas ce niveau de solfège. Et donc, du coup, j'ai fait... J'ai fait cette année zéro, c'est l'année avant la première année de licence, une année de remise à niveau. Et ensuite j'ai fait ma licence en trois ans, donc du coup ça m'a pris quatre ans pour faire la licence de musicologie, qui m'a vraiment passionné, c'est vraiment les années universitaires qui m'ont le plus touché. Et puis en sortant de musicologie, je m'étais bien rendu compte que je me destinais beaucoup plus à être ingénieur du son en studio qu'à être musicien en tournée ou à être compositeur de musique. Et donc du coup j'ai fait une spécialisation en art du spectacle. Je fais une spécialisation de un an en art du spectacle.
- Speaker #0
Ok. Et après, est-ce que tu as continué quelque chose ?
- Speaker #1
Alors, je te disais, je n'ai jamais arrêté d'étudier. Après art du spectacle, j'ai commencé à rentrer dans le marché du travail et en parallèle, je me suis inscrit dans une licence de philosophie que je n'ai pas finie, mais qui m'a apporté beaucoup de choses. Je crois que le but, ce n'était pas tant d'avoir le diplôme, mais plutôt d'aller chercher des connaissances à l'université. là j'ai déjà 25 26 ans à cette époque là et dans cette époque là je rencontre le bouddhisme tibétain que j'ai étudié jusqu'à mai voilà j'ai étudié ça de 24 ans jusqu'à 38 ans donc j'ai étudié ça pendant presque 15 ans et au milieu de la trentaine pour différentes raisons j'ai arrêté ma carrière d'ingénieur du son en studio et j'ai J'ai commencé à travailler dans un institut d'hypnothérapie où j'avais un poste de chargé de recherche. Et j'ai fait ça, j'ai été chargé de recherche dans un institut d'hypnothérapie de 35 à 42 ans. Et si tu mets tout ça bout à bout, c'est pour ça que je disais tout à l'heure, il y a eu le lycée, des études, un petit peu de commerce, mais surtout beaucoup d'études de musique. Ensuite j'ai commencé à étudier la philo, le bouddhisme, qui est un énorme corpus, le bouddhisme, de philosophie, de psychologie, de phénoménologie, etc. Pendant que j'étais dans mes très longues études en bouddhisme, j'ai démarré cette carrière de chargé de recherche, on pourrait dire en psychologie de l'hypnotique, jusqu'à 42 ans. Et donc du coup, j'ai étudié de la maternelle jusqu'à 42 ans.
- Speaker #0
40 ans d'études quand même.
- Speaker #1
Ouais, c'est quand même un peu flippant. Et c'est pour ça que quand j'ai changé de poste dans l'institut d'hypnothérapie, dans lequel je travaille toujours aujourd'hui, où je suis chargé de développement maintenant, Je me suis subitement senti très heureux d'arrêter d'étudier.
- Speaker #0
Ouais, je te comprends.
- Speaker #1
Ça m'a fait du bien. Même si dans le poste que je tiens actuellement, en fait, je fais quand même toujours un petit peu de recherche parce que je construis des programmes pédagogiques, donc ce qui demande quand même d'étudier, lire des bouquins, de synthétiser, on ne peut pas arrêter la compétence comme ça. Mais voilà, ça a fait une espèce de... Ça a fait une très longue collection d'acquisitions de connaissances.
- Speaker #0
Ok. Si on revient un peu en arrière, je vais essayer de comprendre, ou on va essayer de comprendre un peu mieux. Donc je comprends que tu as eu quand même une sacrée, ou une assez longue carrière d'ingénieur du son. Réalisateur peut-être un petit peu aussi.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. J'ai son studio, bon ça ne veut pas dire grand chose, ingénieur du son. Mais en effet, de 26-27 ans jusqu'à 35 ans à peu près. Donc voilà, on va dire pendant à peu près 10 ans. Donc j'ai fait ce job qui... qui consiste à accompagner des groupes dans des studios d'enregistrement, les enregistrer, reproduire leurs enregistrements, mais les accompagner aussi dans la façon dont ils sont en train d'enregistrer. Et puis après, il y a toute cette étape qu'on appelle mixage, donc un gros travail de design sonore, d'esthétique, etc. Donc voilà, on peut appeler ce job producteur exécutif, on peut l'appeler réalisateur musical, on l'appelle souvent ingénieur du son studio, ou parfois assistant studio. Et j'ai fait ce job-là pendant 10 ans.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui a fait que tu t'es lancé ? Est-ce que vraiment à ce moment-là, tu t'es lancé à 26 ans ?
- Speaker #1
Oui, voilà, en finissant mes études. Mes études ont donc été longues. Et le temps que je trouve du boulot, que je me perde un petit peu aussi dans certaines expériences professionnelles autour de la musique. Et puis après, c'est parti sur cette carrière-là.
- Speaker #0
Mais est-ce que tes études te destinaient uniquement à faire ça ? Ou est-ce que le champ des possibles était beaucoup plus large que d'être...
- Speaker #1
Beaucoup plus large. Mes études de musicologie destinent à être un musicologue. donc avec le titre de musicologue tu fais quoi ? tu peux faire beaucoup de choses tu peux être chercheur en musicologie je sais pas tu peux faire tu peux aller étudier le code esthétique musical de la Chine du 15ème siècle tu vois en faisant de la recherche en doctorat mais quand tu étudies musicologie en fait tu étudies vraiment le code de la musique donc ça peut te servir à plein de choses. Moi je suis rentré en musicologie parce que j'entendais de la musique dans ma tête. J'entendais des orchestres, en fait, dans ma tête. J'entendais de la musique, des compositions orchestrales, d'autant plus quand je fumais des pétards, mais même sans, j'entendais beaucoup, beaucoup de musique dans ma tête, et je ne pouvais pas la noter, donc je ne pouvais pas la mémoriser, ça m'obsédait beaucoup. Et je me suis dit, il faut que je puisse prendre des notes. C'était un petit peu ça, le point de départ qui m'a fait aller vers musicologie. Et en musicologie... Je pensais en fait, sans doute naïvement, que j'entrerais en musicologie et que j'en ressortirais compositeur ou musicien. Je crois que j'ai dit ça déjà tout à l'heure. Et en fait, pendant mes études de musicologie, j'ai découvert l'acoustique numérique, j'ai découvert les technologies à l'époque émergentes de composition assistée par ordinateur, donc d'enregistrement assisté par ordinateur, c'était le tout début de cette technologie-là. J'avais parmi mes profs des chercheurs de l'IRCAM qui étaient en train de nous dire que les ordinateurs, ça va remplacer les studios d'enregistrement, etc. Ils avaient raison, c'est ce qui s'est passé. Et encore, on n'est pas encore au bout, je pense, de la suprématie de cette technologie. Et moi, en étudiant tout ça, ça m'a beaucoup parlé. Je me suis dit, ça, c'est vraiment des trucs, ça me touche. Quand j'étais fin ado, je faisais déjà de la musique un peu sur des séquenceurs, tu vois, Fast Tracker, les ancêtres de Fruity Loops, etc. Donc j'avais déjà un petit peu cette logique de biduer des ordi pour faire de la musique. Et en musicologie, j'ai découvert tout ce courant-là. Donc ça, c'est une chose. Et puis en parallèle, j'avais un groupe de rock à cette époque-là, un groupe de rock un peu expérimental, un peu influencé par Pink Floyd, des choses comme ça. et voilà il y a début vingtaine pendant que j'étais en musicologie Avec ce groupe là on va en studio d'enregistrement pour enregistrer notre musique et la première fois que j'ai été en studio d'enregistrement quand j'étais dans la régie je me suis fait en fait c'est ça que je veux faire je veux pas spécialement être musicien ou composer de la musique même si j'aimerais bien ça me plairait de vivre de ça en fait j'ai envie d'enregistrer de la musique et que ce soit la mienne ou que ce soit celle de quelqu'un d'autre là j'ai vraiment trouvé quelque chose qui me touchait extrêmement profondément Et donc, avec des expériences personnelles, d'être en studio et de se dire « Waouh, ça me plaît le côté enregistré de la musique » , et puis le côté étudier l'acoustique numérique, les techniques d'enregistrement moderne, etc., tout ça m'a fait converger vers une intention de carrière d'ingénieur du son.
- Speaker #0
Ok. Et est-ce qu'à ce moment-là, il y avait des figures réalisateurs de studio, ingénieurs du son, qu'on voyait ou qu'on connaissait, ou est-ce que c'était beaucoup moins développé que maintenant ? Parce que maintenant, on en voit plein, tu vois, on en connaît plein déjà, de gens qui sont un peu sortis du bois et qui sont beaucoup plus sur le devant de la scène. Et je pense notamment à Rick Robbins, dont je vois le bouquin, d'ailleurs, c'est pour ça que je me tourne. Mais vous ne le voyez pas, parce que vous n'avez pas la vidéo. Mais même quand tu vas sur Instagram et sur TikTok, tu as aussi beaucoup les coulisses où tu vois les gens sur leur ordi, comment ils font des trucs et tout. Est-ce qu'à l'époque, toi, tu connaissais déjà des gens qui faisaient des albums ?
- Speaker #1
Alors, il y avait en effet, il y avait très peu cette culture-là à l'époque. pour ma part je m'y intéressais beaucoup c'est marrant parce que c'est mon deuxième moment psychanalyste et j'admire des choses à propos de moi à partir des questions que tu poses tu vois dans ces fanzines qu'il y avait, il y avait des Rock'n'Folk qui existent toujours et voilà je me rappelle qu'il y avait des trucs qui s'appelaient Art Force sur le Hard Rock, Rock Mag moi je lisais beaucoup ces trucs là et en effet j'aimais bien lire les histoires de studios, ça me plaisait beaucoup moi les histoires de studios Par exemple, quand j'ai découvert que l'album des Red Hot Chili Peppers, One Hot Minute, était enregistré par le producteur qui avait fait l'album The Wall de Pink Floyd, je me suis fait « waouh ! » Moi, j'avais l'impression qu'on parlait de super-héros. Quelqu'un qui a enregistré l'album de Pink Floyd, et là, il enregistre les Red Hot Chili Peppers. Mais ces gens sont des dieux ! Tu avais déjà cette vie ? Oui, ça me parlait beaucoup. Et je m'intéressais en effet à qui a enregistré quoi, qui produit quoi, et chercher non pas juste suivre un groupe d'album en album, mais de suivre un producteur qui a produit différentes choses. Donc par exemple, j'avais beaucoup kiffé le travail de Michael Byhorm, qui a enregistré des albums par exemple avec Hall, avec Marilyn Manson, avec... Korn, qui a fait un album de Soundgarden aussi, si ma mémoire est bonne. Voilà, on en parlait tout à l'heure, Bob Ezrin, qui a travaillé avec Pink Floyd, que moi j'ai découvert avec l'album One Ought Minute des Red Hot Chili Peppers. Rick Rubin, évidemment, parce que quand t'es dans les années 90 et que t'écoutes du rock, Rick Rubin est incontournable. Budge Vig, moi je viens de l'époque Nirvana, qui a vraiment été mon groupe Number 1 pendant... pendant des décennies. Donc le fait que Budge Vig ait travaillé sur l'album Nevermind de Nirvana fait que les choses qu'il a produites après m'attiraient beaucoup. J'aimais beaucoup aussi le groupe qu'il produisait dont il était batteur, Garbage. Donc oui, j'avais déjà cette culture-là de m'intéresser à une esthétique et produite par quel être humain.
- Speaker #0
Ok. Et après oui, c'est marrant chez Eric Robin, parce que moi je trouve qu'il est sorti du bois pour moi vraiment publiquement il y a 4-5 ans, en fait quand il a sorti son bouquin. On s'est aussi rendu compte, ou en tout cas moi en faisant des recherches sur lui, qu'en fait il a fait tout un tas de trucs là depuis 10 ans, mais il a été consultant pour Adidas, il fait plein de choses. Et c'est marrant parce qu'il y a beaucoup de vidéos de lui, parce qu'il a sorti tout un paquet de contenus et de vidéos sur Instagram et TikTok quand il a sorti son bouquin, donc c'était ouais un peu après 2020 je crois. et où il dit qu'il y a des interviews assez drôles, tu sais, où il a sa barre, le yogi, là, et le mec lui dit, est-ce que vous avez des compétences techniques ? Il dit, aucune. Et c'est drôle, parce que je ne sais pas quel regard tu portes, et ça m'intéresse d'avoir ton avis, mais avec le recul, moi, je trouve que les albums des Red Hot Chili Peppers, par exemple, qu'il a produits, ça ne vieillit pas très bien, en fait, au niveau du son. Moi, c'est mon avis à moi, mais en termes de compression et de plein de choses, là où, par contre, beaucoup de gens, je trouve, pendant longtemps, ont eu peut-être un certain dédain pour les albums de rock dur. Et là on parle de Nirvana mais aussi de Deftones. Et quand tu réécoutes par exemple White Pony, la production est délirante. Mais pour moi bien meilleure que certains albums d'Eredot. En tout cas je trouve que Rick Robin a fait quand même beaucoup d'albums qui techniquement ne sont pas hyper bons. Mais on sait maintenant et on comprend qu'en fait son attrait et son ajout, il n'est pas là. Il est dans la cohésion du groupe, une manière de peut-être un peu faire un pas de côté. faire d'autres choses qu'ils n'auraient pas fait naturellement. Mais toi, quel regard tu portes justement sur les techniques différentes que tu entendais entre Rick Rubin et d'autres ?
- Speaker #1
C'est une question extrêmement large mon cher Marc. C'est pas très facile la question, la question est vraiment très large.
- Speaker #0
Déjà oui, tout simplement savoir quel regard tu portes maintenant que tu as un regard très technique, de par ton expérience, sur les albums des Red Hot Chili Peppers produits par Rick Rubin.
- Speaker #1
Alors déjà, je pense qu'il faut les remettre dans leur contexte historique. Si on revient à Blue Sugar Sax Magique, c'est un album qui sort en 91, qui est donc certainement produit en 1990. Et il faut remettre ça dans le contexte. En 1990, on enregistre encore sur bande. Ce n'est pas facile d'enregistrer sur bande. C'est une très grosse technologie. On utilise encore, enfin voilà, je ne vais pas rentrer trop dans le détail, mais à cette époque-là, en 1990, piloter un studio d'enregistrement, c'est extrêmement compliqué. Il faut garder en tête que les premiers enregistrements multipistes, c'est le début des années 1970. c'est à dire qu'avant 1970 on enregistre en mono en stéréo maximum quand on arrive en 1990 on a des consoles comme les SSL on a des consoles 96 pistes je sais pas si vous voyez une console 96 pistes en fait ça fait peut-être 8 mètres de long on peut asseoir plusieurs personnes dessus, un seul être humain ne peut pas piloter ce matériel là maintenant si on revient à Eric Rubin euh... Je pense que Rick Rubin a énormément de compétences techniques, contrairement à ce qu'il raconte. Peut-être qu'il ne les a pas acquises de manière scolaire, avec les noms exacts des compétences techniques. Mais il n'y a pas besoin d'étudier l'industrie automobile pour comprendre comment fonctionne une voiture et savoir la piloter de manière précise. Et de la même manière, je pense qu'il a acquis beaucoup de compétences techniques. par l'autodidaxie, en apprenant en faisant par lui-même. Maintenant, si on articule ces deux idées-là, je pense que dans les années 90, il se retrouve à piloter un matériel extrêmement complexe avec une compréhension de ce qu'il fait avec ce matériel qui est assez pauvre. Pour moi, ce ne sont pas des albums qui ont mal vieilli. Pour moi, ce sont des albums qui s'inscrivent dans l'esthétique de leur époque. On peut faire un parallèle, par exemple, avec les albums de U2 dans les années 1990. Je n'ai plus le nom de l'album en tête, mais voilà, l'album avec Wizard, Wizard 2, etc. Ce n'est pas Just For Tree ? Non,
- Speaker #0
ce n'est pas celui-ci.
- Speaker #1
C'est Just For Tree, c'est ça. Si on les écoute aujourd'hui, là aussi, on se dit, tiens, il y a quelque chose qui a vieilli. mais à mon regard, en fait, c'est une esthétique qui est liée à la fois à... la musique d'une époque et aux moyens techniques de reproduction d'une époque qui, comme je le disais, en tout cas ce n'est jamais que mon avis, ce n'est pas une vérité absolue, à mon avis ce matériel était très complexe à utiliser parce qu'il y avait trop de matériel à cette époque là. On avait accès à trop de choses, l'industrie du disque était extrêmement florissante, il y avait trop d'argent. Donc on se retrouve dans des situations où on a des studios où il y a tellement de matériel disponible qu'on ne sait plus quoi utiliser et on utilise en faisant des essais et des erreurs donc on a des albums qui deviennent plus intemporels, on peut renommer par exemple Nevermind de Nirvana qui est sorti le même mois que Blue Sugar Sex Magic derrière Dutch Chili Peppers qui a une couleur sonore qui a un équilibre orchestral qui est plus passe-partout, on le réécoute aujourd'hui 30 ans plus tard et on se dit tiens ça ça a une couleur qui serait recevable aujourd'hui. Et d'autres productions, comme celle des Red Hot Chili Peppers, où on peut se dire qu'il y a eu des parties pré-artistiques qui supportent moins l'épreuve du temps. Maintenant, pour finir, je pense que Rick Rubin, c'est quelqu'un qui a une très bonne compétence musicale, musicale au sens orchestration, donc qui a une capacité à comprendre comment des sons, des rythmes, des mélodies, des harmonies se mélangent et peuvent être superposés. donc je pense qu'il a une très bonne capacité à accompagner un groupe, à orchestrer la musique, donc à l'enregistrer, la reproduire, la mixer, mais qu'en effet au niveau strictement technique, ce n'est peut-être pas l'ingé son le plus pointu qu'on pourrait imaginer.
- Speaker #0
C'est marrant parce que dans tes influences, je ressens quand même beaucoup d'influences californiennes ou en tout cas ouest américaine ou américaine. Je crois qu'il n'y a pas beaucoup de français dans tes influences, en tout cas pendant tes 20-30 premières années.
- Speaker #1
Non, et même aujourd'hui, j'ai très peu d'intérêt pour la musique française. Alors on va dans deux dimensions, dans une dimension musique, dans une dimension production. Avant de me lancer comme ingénieur du son, j'étais assistant directeur artistique dans un grand label parisien, dont je n'ai pas donné le nom. Et je n'ai pas du tout aimé cette expérience parce que mon job était de produire une musique qui ne me plaisait pas, donc je n'étais pas au bon endroit. J'ai pu travailler avec des artistes, on va dire avec le gratin du showbiz de la variété française. Donc en termes de carrière, pour un jeune français qui a envie d'avancer dans la production musicale, j'étais au sommet. Mais en termes d'esthétique, je n'étais pas du tout dans ma culture. Donc là, je n'avais pas du tout l'impression d'être au sommet. Donc j'ai pas du tout aimé cette expérience et j'ai claqué la porte des labels, des studios parisiens comme Plus 30, Studio de la scène, etc. pour aller faire ma carrière en freelance, beaucoup plus précaire, dans des petits studios underground pour enregistrer du rock, du métal local, du hip-hop, plein de choses comme ça. Où je me suis senti beaucoup mieux parce qu'en effet... Si je reviens à la question que tu soulevais, moi j'ai clairement une culture, j'ai une culture californienne au niveau audiovisuel de manière générale. J'ai jamais trop accroché le cinéma français, j'ai toujours accroché le cinéma américain et le cinéma hollywoodien. Et je sais qu'en France il y a beaucoup d'anti-américanisme, les blockbusters c'est pas bien, faire de l'industrie avec l'art c'est mal et tout. Moi j'ai jamais ressenti ça, moi j'apprécie en fait ces esthétiques, c'est-à-dire qu'en tant que spectateur j'aime ces choses-là. Et en tant qu'auditeur de musique, en effet, j'aime beaucoup les productions anglaises. Donc voilà, on peut penser à tout ce qui se fait à Londres, mais aussi la musique qui vient de Glasgow, etc., Manchester. Donc la musique anglaise et la musique américaine. Et en l'occurrence, j'ai toujours été beaucoup plus touché par les productions ouest-américaines, et en l'occurrence les productions californiennes, que par les productions new-yorkaises. Je suis de l'école West Coast.
- Speaker #0
Mais quand même un peu d'anglais aussi.
- Speaker #1
J'aime beaucoup les productions anglaises, oui. Mais voilà, on en avait parlé un peu, toi et moi aussi, en préparant cette interview. C'est ce qui, moi, fait mon pont entre Paris et Los Angeles. C'est que je viens vraiment d'une culture californienne. Tu vois, moi je donne des cours à des ingénieurs du son, je suis enseignant dans une grande école d'audiovisuel, je suis le professeur de mixage d'une grande école d'audiovisuel qui s'appelle l'ESRA. Et souvent, j'explique à mes étudiants que ce que je leur enseigne en mixage provient d'une école de production californienne. et ne provient pas des écoles de production françaises. Là, on commence à tourner autour de ce thème-là, mais dans la production, il y a une rencontre entre musique, donc des courants esthétiques musicaux, et techniques de production pour reproduire. Et c'est la rencontre de ces choses-là qui définit une esthétique locale et qui peut ou pas passer l'épreuve du temps.
- Speaker #0
Ok. C'est marrant ce que tu disais par rapport à une éducation anti-américaine, ce que je crois que je leur ai parlé dans un épisode précédent. Et je me demandais si c'était le cas pour toi, si c'était le cas pour des gens qui ont habité à Paris ou près de Paris, et dont les parents, parce que je crois que ton père travaillait à Paris. Je me demandais si c'était différent du terrain, du terreau parisien, Viesse, la province. J'en ai parlé dans un épisode précédent, mais c'est vrai que moi, je me rends compte maintenant à quel point j'ai été élevé dans un anti-américanisme très fort. Que ce soit à l'école, ou via mes parents, ou les amis de mes parents. C'était les Américains et les Etats-Unis, c'est la malbouffe. La violence, les armes, les conflits. Et je pense qu'après, j'ai un peu... En fait, j'ai trouvé un attrait pour ce territoire bien après. Mais ce n'était quand même pas gagné au niveau éducation.
- Speaker #1
Oui, ça nous amène à des perspectives socioculturelles intéressantes.
- Speaker #0
Malgré le fait qu'on a été quand même tous baignés, comme tu disais, par une culture américaine. Nous, quand on allait au vidéo store louer des cassettes vidéo, on louait Retour vers le futur et on ne louait pas un... n'importe quel film français.
- Speaker #1
En fait,
- Speaker #0
il n'y avait pas de film français, tout simplement, pour les ados, en fait. Pas beaucoup. À part certains.
- Speaker #1
Oui, à nouveau, il y aurait beaucoup de choses. chose à dire sur tout ça. En tout cas, moi, je peux parler à partir de ma génération où, au niveau culturel, il y avait une imprégnation extrêmement forte de... Comment ça s'appelle ? Du divertissement américain. Je trouve pas le terme. Voilà, le entertainment. Donc, je sais pas comment on traduit ce truc-là en français. On va dire l'audiovisuel américain. Ouais, divertissement. Qui était extrêmement présent dans notre culture. Donc, à la fois, il y a cette omniprésence culturelle dans les années 70, 80, 90, début 2000. Il y a cette omniprésence culturelle de l'audiovisuel américain exporté sur l'Europe de l'Ouest. Et en même temps, il y a un truc d'amour-haine avec une espèce de défiance envers les valeurs américaines. Tu vois, les valeurs consuméristes, les valeurs capitalistes, les valeurs libérales. mais aussi des valeurs de la spiritualité américaine, qui est une spiritualité angélique, très teintée de New Age. Et je pense que c'est important de distinguer les deux. Je crois qu'en France, dans les décennies que j'ai citées, il y a une très forte imprégnation culturelle et un rejet d'un ensemble de valeurs. Tant rejet d'ailleurs des valeurs libérales que des valeurs puritaines, parce que l'Europe de l'Ouest et les États-Unis, ce n'est pas du tout la même culture. Merci. J'ai eu longuement le temps d'étudier la question quand je travaillais dans cet institut d'hypnothérapie en tant que chercheur, où il y avait tout un volet sociologique, même anthropologique dans mes recherches. Et nous, dans cet institut, on était centré sur les similitudes et les différences en termes de paradigme psychologique. Est-ce que le paradigme psychologique américain, dont on a importé l'hypnose en France, Est-ce que ce paradigme psychologique se base sur les mêmes épistémologies, sur les mêmes façons de penser, on pourrait dire, que le paradigme psychologique européen ? Et en fait, la réponse est très clairement non. On a l'impression, par exemple, quand on apporte, quand on importe le coaching d'Anthony Robbins, avec un côté extrêmement performatif, etc., on a l'impression qu'on parle le même langage que les Américains, mais en fait, on ne parle pas ce langage depuis les mêmes structures psychologiques profondes. Ça c'est vrai pour la psychologie et c'est vrai aussi pour les arts et pour la culture de manière générale. Quand on importe le rock américain, quand on importe le hip-hop américain en France, en fait on ne le vit pas de la même façon que le vivent les américains eux-mêmes. Et je pense qu'à cet endroit-là il y a beaucoup de confusion et beaucoup de méprise.
- Speaker #0
Oui, je suis assez d'accord avec toi et je trouve que malgré le fait, même quand on essaye d'aller vers eux et de les comprendre, je pense que les choses qui nous séparent sont beaucoup plus profondes que ce qu'on peut imaginer.
- Speaker #1
Oui, on pourrait résumer en disant que ce ne sont pas les mêmes mentalités. Dans un épisode précédent que j'avais écouté à la salle de sport, tu passais du temps à expliquer des différences en termes de comportement du business. comportement businessique, comportement dans les affaires, les attentes qu'on peut avoir, les a priori, les façons de comprendre le comportement de l'autre. Et je pense que ça se joue aussi dans les productions musicales, en tout cas dans les décennies qu'on a citées, années 80, 90, 2000, il y avait vraiment une fracture, à mon regard, entre le monde culturel américain et le monde culturel français. Maintenant, depuis, il s'est passé des choses. Il y a eu une très grave crise de l'industrie musicale dans les années 2006, 2007, 2008. Et puis, il y a eu l'émergence des réseaux sociaux. Et je pense que les frontières se sont un peu brouillées. Aujourd'hui, moi j'entends des jeunes artistes français qui sont beaucoup plus proches des textures et des codes esthétiques américains que les artistes français ne l'étaient de ces textures et cultures il y a une vingtaine d'années. Je trouve que les esthétiques se rassemblent beaucoup plus.
- Speaker #0
Ouais aussi parce que le jeu a changé et en fait moi c'est mon analyse mais déjà ce qui fait la spécificité française c'est les aides. L'état aide énormément les labels, les artistes. Donc en France t'as une manière de faire l'art pour l'art qui existe dans la musique mais qui existe aussi dans plein de disciplines. Je pense que c'est pour ça aussi qu'on a plein d'écrivains, plein de choses qu'aux Etats-Unis on a pas. peut-être moins. Aux Etats-Unis, comme tu n'as aucune aide, si tu veux avoir un minimum d'existence dans l'art et dans la musique, tu es obligé de faire en sorte que ça marche un minimum. Mais le jeu a changé parce qu'en fait, avant, je pense que les Français pouvaient avoir des carrières uniquement françaises. et vendre des disques et faire des concerts et avoir une économie tout à fait satisfaisante et même une grosse satisfaction intellectuelle parce qu'ils savaient qu'ils pouvaient pas forcément aller plus loin néanmoins maintenant avec l'ouverture des frontières quand tu veux jouer le jeu américain et anglo-saxon tu es obligé de transformer ta musique parce que tu peux plus faire des albums concept comme melody nelson des trucs comme ça où tu sais quoi qu'il arrive même si ça se vend à dix mille exemplaires tu peux quand même vivre pendant deux trois ans sur cet album pour moi c'est peut-être ça aussi la différence entre l'évolution des musiques françaises. Et j'en viens à la question que je voulais te poser tout à l'heure. Est-ce que tu crois qu'aux États-Unis, il y a de la place pour l'art pour l'art ? Est-ce que l'art peut être fait uniquement comme un geste artistique ? Ou est-ce que tu penses que l'art est uniquement entertainment ? Et contrairement à la France et un peu l'Angleterre, je trouve qu'il y a un peu un mélange des deux en fait.
- Speaker #1
Quand tu dis l'art pour l'art, tu veux dire au sens dénué de perspective de business ?
- Speaker #0
Oui, totalement.
- Speaker #1
Non, je ne pense pas qu'aux Etats-Unis, il y ait de la place pour ça, parce que je pense que ce n'est pas dans leur culture. Je pense qu'il n'y a pas une culture de produire de l'artistique... Je vais tempérer mon propos. Je pense qu'il y a de la place pour l'art comme loisir, au sens où, tu peux avoir des gens qui font... Merci. de l'art brut pour s'amuser. Tu peux avoir des gens qui font des groupes de musique pour s'amuser, tout comme on peut aller faire une partie de foot avec les copains de dimanche simplement pour s'amuser. Donc ici, on serait dans une pratique de loisir. Mais en revanche, je ne vois pas trop aux États-Unis une logique de production artistique qui soit décorrélée soit d'une perspective de business, soit d'une perspective de revendication philosophique. J'ai l'impression... que ça, c'est plus vrai pour une forme... Oui, j'hésitais à dire le mot, mais c'est pas grave, je vais le dire. Je pense que c'est plus vrai pour une forme de bourgeoisie occidentale européenne, française, anglaise, allemande, qui a cette culture-là depuis bien avant la création des États-Unis. Et je pense qu'en Europe, on perpétue en fait une culture... Je vais te le dire autrement. Quand je suis entré en philosophie, en cours de philosophie à la fac, vers 2005-2006, nos profs nous ont dit, voilà, on va faire un petit test, qui est intéressé par la philosophie politique, qui est intéressé par la métaphysique, et qui est intéressé par la philosophie de l'art ? On devait lever la main comme ça, et ça répartissait la salle. Et là, nos profs nous disent, en fait, c'est très très simple, les gens qui viennent de milieux ouvriers s'intéressent à la philosophie politique, Les gens qui viennent des classes moyennes s'intéressent à la métaphysique, et les gens qui viennent de la haute bourgeoisie, enfin, on va dire les plus riches, s'intéressent à la philosophie de l'art. Et nous, dans notre classe, dans notre amphi d'une centaine d'étudiants, ça corrélait à 100%. Alors maintenant, je reviens à ce qu'on disait avant. Je ne pense pas qu'il y ait aux États-Unis une culture de bourgeoisie et de haute bourgeoisie qui s'intéresse à l'art pour l'art. Parce que je pense que les personnes les plus aisées, on va dire les plus riches, aux Etats-Unis, ont comme a priori que l'argent sert à continuer à faire de l'argent. Il y a une logique de croissance et d'expansion. Alors qu'en France, il y a beaucoup plus une logique de si on a suffisamment d'argent pour ne pas avoir besoin de travailler, alors on peut aller s'accomplir sur d'autres dimensions. Et je pense qu'ici, nous avons un écart culturel. Maintenant, je ne suis pas spécialiste de ce sujet-là. Je te dis ce que j'en ressens, mais je suis loin d'avoir l'expertise sur ce sujet.
- Speaker #0
Non, ce qui est sûr, c'est qu'en France, la première cause d'enrichissement, c'est l'héritage aussi, ce qui est très différent aux États-Unis. Et je dirais que moi, mon analyse aussi, c'est qu'aux États-Unis, seul produit valable pour moi est le produit scalable. Alors, comme tu disais très intelligemment ici, en France, on considère que du moment où tu as assez d'argent pour faire autre chose, tu peux faire autre chose. Aux Etats-Unis, la scalabilité est reine et c'est Money is King. Et donc toutes les entreprises sont faites pour pousser cette scalabilité qui est en fait gagner plus avec moins de moyens. Et tu vois, par exemple, moi je trouve qu'il y a un truc qui est saisissant aux Etats-Unis, je suis très très surpris que personne n'en parle, c'est quand tu vas à Los Angeles ou à New York, tu n'as quasiment pas de librairie. A Los Angeles, tu as quelques librairies dans la ville. Mais elles sont tout de suite très connues. Tu en as une à Downtown qui s'appelle The Last Bookstore, qui est incroyable. Tu en as une ou deux. Alors bien sûr, je ne connais pas du tout toutes les librairies. Ce que je veux dire, c'est que tu peux probablement marcher deux heures à Los Angeles sans croiser la moindre librairie. La seule chose... Ce que tu vas avoir, c'est des concept stores qui vendent également des livres de développement personnel ou quelques beaux livres, tu vois, de géographie ou d'histoire. À Paris, tu traverses Paris, tu vas tomber sur une foule de librairies incroyables. Et tout ça pour dire que le bouquin n'étant pas vraiment un produit financier intéressant, escalable, il est très très vite oublié aux US. Mais je trouve que ça, ça te dit aussi beaucoup de l'art et de la culture et de l'entertainment, au final. Et j'ai une autre question un peu profonde pour toi. qui t'intéresse énormément de ce que je sais à la culture philosophique et psychologique américaine. Alors on sait qu'elle est un peu particulière, parce que moi ce qui me fascine, et j'imagine que toi aussi, c'est à quel point la philosophie, la psychologie a influencé Palo Alto et la Silicon Valley, ce qui est moins le cas en France. Je sais ou je crois que toi tu t'y es beaucoup intéressé à cette culture philosophique et psychologique, et aussi scientifique ouest américaine. Et est-ce que tu pourrais nous éclairer, je pense qu'il y a plein d'auditeurs que ça passionne, En fait, qu'est-ce que cette culture philosophique, psychologique ouest-américaine dit de la société américaine et de nos différences avec la société française ? Est-ce que tu as des idées ?
- Speaker #1
Alors attends, je vais déjà assimiler ta question parce qu'à nouveau elle est vaste.
- Speaker #0
On arrive sur un passage assez dense et c'est à mon avis le moment parfait pour écouter un petit extrait de la musique de Cyril. Le titre s'appelle « Venus Swimmers » , c'est une pièce de 2022. qui a toujours beaucoup plu d'ailleurs aux musiques Spabizer, parce qu'elle a été synchronisée notamment sur un documentaire de Brice Lambert, sur la version courte qui s'appelle Le sexe faible, la version longue a été composée par Vincent Laiedrière, et sur la version courte, Brice a choisi ce titre, Venus Swimmers. Le documentaire est assez lourd et assez dur, il parle du droit des femmes aux Etats-Unis. Et voilà, je sais que c'est un titre qui a toujours beaucoup plu aux Music Supervisor. On écoute un petit extrait, on n'écoute pas tout malheureusement, vous pouvez le retrouver sur les plateformes de streaming, et on se retrouve juste après.
- Speaker #1
Déjà, je vais essayer de la reformuler pour voir si je la comprends. Donc, ta question part de l'a priori qu'il y a une spécificité de théorie psychologique propre à ce qui est autour de San Francisco, Los Angeles, Silicon Valley, etc. Et ta question est, qu'est-ce que cette spécificité psychologique dit, d'une part, de la société américaine, et d'autre part, des différences entre nous, Europe de l'Ouest, et la société américaine ?
- Speaker #0
Et Cherry on the Cake, comme on dit, de quelle manière elle pourrait éventuellement influencer la musique ouest américaine ?
- Speaker #1
Pour la musique, on va laisser un petit peu de côté, mais je pense que je vois où tu veux en venir. Et maintenant, ayant à peu près intégré la question, je vais tenter une réponse. La philosophie slash psychologie américaine... qui a émergé dans les années 1950 à 1980, est une psychologie qui intègre des perspectives orientales. Là où, dans les années 1950 à 1980, le développement de la psychologie française, et on pourrait dire de manière générale ouest-européenne, a complètement rejeté les perspectives orientales. si on veut faire une caricature de ce que je suis en train de dire là, parce que je me rends compte que pour tes auditeurs, ça doit être très théorique. Par exemple, du point de vue dominant dans la psychologie, mettons 1970 pour le mettre au centre de mon propos. Dans la psychologie dominante européenne en 1970, si tu prends du LSD et que tu fais une expérience d'être revenu à l'intérieur, si tu fais une expérience d'être... d'être une expansion cosmique, d'être tout le cosmos, qu'il y a des champs de lumière autour de toi et que tu es entouré d'une entité bienfaisante, protectrice, etc. Du point de vue dominant en Occident, en France en 1970, c'est donc que tu es en train de faire une réexpérimentation d'être dans le ventre de ta mère. On a une explication psychanalytique qui va nous dire que c'est une régression dans des mémoires intra-utérines qui sont encodées à un niveau neurophysiologique Et voilà pourquoi tu fais cette expérience avec le LSD. Le LSD t'a fait régresser dans une espèce d'union symbiotique avec le ventre de la mer. Aux États-Unis, on va dire tu fais cette expérience-là et du point de vue des psychologies orientales que nous, Américains, on est en train d'intégrer dans la psychologie américaine, tu es en train de faire une expérience mystique telle qu'elle est décrite par tous les sages indiens depuis 3 à 4 000 ans. Et là, on voit que les deux prismes psychologiques ne vont pas décoder de la même façon une seule et même expérience. Donc ça c'est un exemple que je voulais donner. Maintenant si on revient aux perspectives américaines, donc je reprends mon propos de départ, la psychologie américaine des années 1950 à 1980 importe massivement des points de vue hindouistes, donc des points de vue indiens, et des points de vue bouddhistes, on va dire des points de vue plus ou moins indiens quand même. D'une part, et d'autre part, dans la même période, la psychologie américaine importe des théories animistes qui viennent du chamanisme mexicain, du chamanisme amazonien, etc. Et tout ça en fait se mélange, donc si tu veux, les Etats-Unis et Californie en tête dans ces décennies-là sont un espèce d'agrégateur de théories psychologiques, où ils vont... prendre les théories psychanalytiques, ils ne les rejettent pas en soi, ils vont prendre les théories comportementalistes, tu sais, les histoires de le conditionnement, la cloche du chien de Pavlov, etc. Mais ils vont aussi prendre les théories mystiques, ils vont aussi prendre les théories du karma, ils vont aussi prendre les théories du New Age, ils vont aussi prendre les théories animistes avec l'esprit de la forêt, l'esprit du grand-père, etc. Et ils vont hybrider tout ça pour avoir un socle psychologique extrêmement vaste et multiréférentiel. Nous, dans la même époque, en France, on était... 100% psychanalyse. Et puis en France, dans les années 80, et d'autant plus mi-90, on ressort de ce dogme de tout psychanalyse pour aller vers psychanalyse, plus psychologie scientifique, comportement, et à nouveau conditionnement, le chien de Pavlov, etc. Que de la place pour la science. Que de la place pour la science. pas de place pour les théories psychologiques d'autres cultures, et certainement pas de place pour les théories avec les esprits ou avec le karma, ou avec les réincarnations, les choses comme ça. Donc ça, ce sont les très grandes différences de philosophie slash psychologie entre Californie et France. Pour l'instant, on en est là. Maintenant, tu dis, qu'est-ce que leur spécificité à eux dit de leur culture ? Je pense que ça dit de leur culture que c'est une culture fondamentalement multiculturelle. C'est un agrégat de cultures. De toute façon, les États-Unis, c'est déjà dans le nom de leur pays. C'est un agrégat. Pour moi, c'est plus une civilisation qu'une culture, ce qu'on appelle les États-Unis. C'est une civilisation extrêmement jeune, extrêmement récente. qui provient de l'Europe à la base et qui a importé des bouts de culture de partout. Donc qu'est-ce que ça dit d'eux ? À mon avis, ça dit qu'ils ont une capacité à être multiréférentiels et qu'ils ont une capacité intégrative. Ils ont une capacité à prendre des choses et à les amener pour les fusionner les unes avec les autres. Maintenant, qu'est-ce que leur regard psychologique dit de nous, Européens ? Eh bien, je pense que ça... comment dire ça ? Je pense que ce que ça dit de notre psychologie, c'est que la nôtre tend à être dogmatique. Dogmatique et enfermée dans un système de pensée unique. De notre point de vue, il y a les progressistes ou les conservateurs ou les anciens qui sont accrochés à leur dogme un peu orthodoxe. De leur point de vue à eux, il n'y a pas une linéarité de la pensée qui serait ancienne ou contemporaine ou déjà avant-gardiste. De leur point de vue à eux, il y a plutôt une capacité à aller regarder dans plusieurs dimensions simultanées, à regarder depuis plusieurs points de vue simultanés. Et c'est ça qui crée les bases de... Palo Alto tout à l'heure, c'est ça qui crée les bases de la systémique, de regarder comment il y a des boucles d'interaction et de rétroaction entre différentes échelles, donc à l'échelle de l'individu, à l'échelle de, par exemple, la cellule familiale, à l'échelle du village, à l'échelle de la nation, à l'échelle de la culture, etc. C'est ça qui amène un regard multidimensionnel et à plusieurs échelles, là où nous, En France, on tend à avoir des regards qui sont très linéaires et qui tendent à être polarisés entre un extrême littéraire et un extrême scientifique.
- Speaker #0
C'est marrant, quand on a terminé cette interview, j'ai raccompagné Cyril à pied à sa voiture et il me demandait si j'avais l'intuition ou le sentiment que cette interview allait intéresser les auditeurs de Impala et notamment ses passages sur la science, la psychologie, un peu de philosophie, un peu de culture aussi. Et oui, bien sûr, je pense que ça vous intéresse. En tout cas, je suis certain que j'ai besoin et envie de mettre ces aspects-là dans mon podcast. Bien sûr, le fil rouge de Impala, c'est la musique, toute l'industrie de la musique dans ce qu'elle a de plus vaste. Et c'est aussi les différences culturelles entre Paris et Los Angeles. Et j'en ai beaucoup parlé sur ce podcast, mais aussi dans les articles que j'écris sur mon LinkedIn. J'ai beaucoup parlé du fait que, pour moi, sans approfondir vraiment tous les aspects qui font une culture et qui font aussi nos différences, Donc c'est la psychologie, la philosophie et la science. Avec Cyril, on s'est retrouvés autour de ces thèmes, même plus vastes comme la théologie, la spiritualité. Et on se retrouve encore 22 ans après, le temps passe très vite, à rediscuter de ces sujets, parce que je pense que c'est des sujets qui sont indispensables pour la compréhension de qui on est, qui est l'autre. Et comme j'ai vocation, moi, à me développer sur le continent américain, mais surtout à vous transmettre des clés pour que vous puissiez aussi le faire. Je pense vraiment que ces questions-là sont fondamentales. J'ai un peu déploré récemment le fait que je pense qu'on, je vais m'inclure là-dedans, on ne lit pas assez de choses qui nous ouvrent l'esprit et qui ne sont pas uniquement des choses qui parlent de musique, d'édition et ce genre de choses. Donc voilà, je suis très très très heureux bien sûr d'avoir cette discussion avec Cyril et de vous la partager. L'interview est loin d'être finie parce qu'on aura un second épisode la semaine prochaine, la partie 2, où on va évoquer plein de choses. On va parler de musique ambiante, on va parler de Brian Eno, on va parler aussi plus précisément de comment Cyril fait de la musique, son workflow, sa vision. Voilà, encore une fois, merci de nous avoir écoutés et à très vite. Merci.