- Speaker #0
hop là on arrive chez nicolas nédard qui habite juste là il faut savoir que d'ailleurs l'adresse de ma société 20 est ici et nicolas c'est un super pote et c'est un peu avec lui tout a commencé en fait en 2022 2023 surtout là où j'ai commencé à faire les allers retours de manière beaucoup plus beaucoup plus intense on va dire. Hey ça va ?
- Speaker #1
Yo ! C'est moi le touriste. Touriste. Je me suis fait toucher pour ton podcast. Ah merde. Je déconne finalement. C'est votre duo hein !
- Speaker #0
Donc bon Nico, on se connaît depuis 4 ans maintenant.
- Speaker #1
4 ans déjà ?
- Speaker #0
Bah ouais, fin 2022 je crois.
- Speaker #1
Ah bon, je pensais que c'était plus que ça mais ouais.
- Speaker #0
Ah ouais ? On s'est rencontrés d'ailleurs par le biais de Mathieu Daquin, qui est un ami commun et pour moi c'est vrai qu'une grosse partie de mon voyage à Los Angeles a commencé avec toi. Quand je suis venu vraiment en 2023, en me disant ça va dépasser maintenant le trip vacances et ça va devenir un trip au moins boulot. Donc toi t'es parti il y a combien de temps à Los Angeles ?
- Speaker #1
Moi, j'ai atterri à Los Angeles en 2012. J'ai envie de dire, je suis arrivé deux ans plus tôt, parce qu'il y a eu une période de deux ans où j'ai fait des allers-retours, où un peu comme toi tu fais maintenant, j'étais... J'étais plus vraiment à Paris, mais j'étais pas encore vraiment à L.A. Mais du coup, la période, elle compte des deux côtés pour moi. Donc quelque part, ça fait officiellement 14 ans que je vis ici, mais en vrai, ça fait 16, parce que je compte les deux années un peu transitoires. Ah oui,
- Speaker #0
d'aller-retour.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et là, t'as quel âge ? T'as 62,
- Speaker #1
63 ?
- Speaker #0
J'ai 63.
- Speaker #1
Ok. Exactement. Donc je suis arrivé ici. Malgré et en défiance totale de mon entourage qui m'a pris pour un cinglé.
- Speaker #0
Un explorateur.
- Speaker #1
En disant quoi ? Mais à l'âge que t'as, quoi ? Tu veux partir à Los Angeles, tu vas avoir 50 ans, mais tu te rends pas compte. Mais du coup, ça m'a tellement boosté à le faire encore plus. Je trouvais ça tellement motivant de pouvoir démontrer que justement, si, justement, et que ce n'est pas une histoire d'âge, en tout cas pas d'âge physique, c'est plutôt une question d'âge dans ta tête.
- Speaker #0
Tu dirais que le contexte, quand tu es parti, c'est quoi ? C'est que tu avais l'impression que ça craignait pour toi ? Parce que tu as eu quand même une carrière brillante. Et on peut dire quand même que tu as embrassé un certain modèle de réussite quand tu étais à Paris. Après, je referais peut-être un petit chapeau avant l'interview. Je referais ta bio en quelques minutes pour contextualiser. C'est ce que je fais en général. On fait l'interview et après, je réenregistre en studio une petite bio à mettre avant. Donc, les gens entendront ce que tu as fait avant. Mais bon, tu as été musicien, notamment backing band pour Null Par Ailleurs. Après, tu as eu ton studio, Rue Le Pic.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
À Montmartre, dans le 18ème, tu as produit des titres et co-composé et réalisé des titres comme « Dieu m'a donné la foi » d'Ophélie Winter, pas mal de titres de Jennifer, qui sont quand même des monuments maintenant de la chanson française. Et tu dirais que contextuellement, quand tu es parti, tu sentais que le vent tournait, tu sentais que ça allait être difficile ?
- Speaker #1
Alors, il y a une vraie différence entre ce que tu décris, c'est-à-dire l'époque... Ophélie, Jennifer, La Star Academy, Popstar et autres, j'ai eu la chance d'être au début de ce truc. Donc Jennifer, c'était la première Star Academy en fait.
- Speaker #0
Ok, c'était au tout début de sa carrière.
- Speaker #1
Tout début de La Star Academy, c'était la première émission aussi. Et puis le tout début de sa carrière, logiquement. Et ce qui s'est passé, c'est que... Bon, j'ai un peu l'habitude de m'adapter à ce qui se passe. Mon studio de Montmartre, c'était déjà une réaction au fait que les grands studios se cassaient la gueule. Parce que les maisons de disques ne voulaient plus payer des budgets conséquents pour aller à un grand studio. Et donc on avait créé ces studios qui n'étaient pas des home studios non plus, mais qui étaient des studios de taille moyenne dans lesquels je me suis inséré. Fin 90. Fin des années 90.
- Speaker #0
Pour contextualiser, pour avoir une mesure, c'était quoi les prix des studios à l'époque quand tu voulais aller dans Ferber, Plus 30, Dabou ?
- Speaker #1
Je suis désolé, je ne sais plus ça.
- Speaker #0
Je pense que les gens n'imaginent pas le montant.
- Speaker #1
Honnêtement, je ne sais pas, mais comme en fait c'était le début du numérique... Tu commençais à faire du Pro Tools et tu commençais à faire... Il y avait encore des appareils, des cassettes numériques, 8-piste, des choses comme ça. Mais il n'y avait plus besoin des grands espaces de studios. On commençait à trouver ça chic de ne pas faire des batteries live. Il y avait tout un truc qui faisait que les gros studios se ramassaient. Donc moi j'ai créé le mien et je suis arrivé pile dans cette demande-là. C'était parfait. Mais comme toute tendance, tout s'essouffle. Quelque part, au bout de quelques années, et ça, bien sûr, je n'avais pas anticipé, ce concept-là s'est essoufflé aussi. Pourquoi ? Parce que la Starac s'est essoufflée aussi. C'est-à-dire qu'au bout de 4, 5, 6 saisons, ils ne vendaient plus tellement de disques et ça commençait aussi à baisser. En parallèle, il y a eu... L'énorme cassure avec l'arrivée d'internet et la numérisation de la musique, et donc on arrête de fabriquer des CD, et donc il n'y a plus d'argent qui rentre dans les caisses, et donc on ne peut plus payer personne. Et j'ai vu mes revenus diminuer de deux tiers vers l'année 2007-2008.
- Speaker #0
Oui, c'est le gros de la crise de l'industrie de l'université.
- Speaker #1
Oui, mais c'était juste. En vrai, quand tu y penses, c'est 7 ans après Jennifer, c'est pas très loin. Je suis vraiment passé d'une période d'opulence totale. Je sortais de canal, tout content, tout allait bien. Et j'enchaîne sur Jennifer, j'ai fait aussi Popstar avec Matt Pokora. La belle époque de tout ce truc, mais assez rapidement quand même le déclin. Et donc là... Ça devenait compliqué parce que, en vrai, je ne m'inquiétais pas tout de suite en me disant « Tu sais faire plein de choses, tu sais faire de la pub, tu sais faire de la musique pour la télé, tu sais faire de la musique de film. Très bien, tu vas juste réorienter un petit peu... » tes démarches et tu vas travailler à partir de maintenant dans ces autres domaines qu'on m'a à l'époque décrits comme ceux où tout allait encore bien. La musique de film, la télé, la pub, tout ça. Bon, la pub, j'en avais beaucoup fait. Et là, s'est passé vraiment quelque chose de totalement inattendu. C'est que j'étais rejeté par... ce que j'appelle la famille du cinéma français. C'est-à-dire que les créateurs, que ce soit des compositeurs, que ce soit des producteurs, des réalisateurs, on m'a bien fait comprendre que je n'avais pas ma place dans la famille du cinéma français parce que je n'avais pas fait assez de musique de film avant et que la pop, comme moi je l'appelais, ou plutôt la variète, comme eux l'appelaient, c'était décrié. Et que donc, intellectuellement, c'était inférieur. Et donc, par conséquent, je n'étais pas capable de faire de la musique de film à leurs yeux.
- Speaker #0
Toi, c'est ce que tu voulais faire, surtout.
- Speaker #1
Ben ouais, je me suis dit, bon ben, la musique, c'est la musique. Donc, je me réoriente. Et donc, j'ai réalisé que... J'étais mis dans une espèce de tiroir de toi tu fais de la variété, tu sais faire que ça, et puis restes-en là. J'ai compris aussi que... Le gâteau de la musique de film en France n'est pas suffisamment grand pour qu'il y ait assez de parts pour tout le monde. Il y a une forme de protectionnisme, bien sûr. Et idem pour la télé, où je me suis aperçu qu'en fait c'était énormément lié à ton réseau. C'est-à-dire que ce n'est pas tellement ce que tu as fait qui compte, mais c'est qui tu connais, et par quelle famille tu arrives jusqu'aux décisionnaires qui font des trucs de télé, alors que j'en avais fait. Et donc j'ai constaté à pasteurier que les trucs de télé que j'avais fait, c'était uniquement parce que j'avais le réseau et pas tellement parce que je savais faire. Et la pub, c'était un petit peu nuancé. J'ai fait beaucoup de pubs. C'est là où, à la limite, j'avais le plus de références. Mais je commençais à avoir un âge où les boîtes de prod de pub pour lesquelles je travaillais... commençait à être vieillissante aussi, et la pub étant un métier extrêmement « jones » et extrêmement « mode » , et ben, quand j'accompagnais mes amis des boîtes de prod... en agence, et ben les mecs ils avaient 25 ans et nous on en avait 45, tu vois, ou 50.
- Speaker #0
Tu sentais déjà la fin d'un cycle.
- Speaker #1
Voilà, donc tout ça faisait que je voyais pas tellement comment rebondir, parce que, comme toujours, mon niveau de vie restait le même. Trois enfants, un appart à Paris, une pension alimentaire à Versailles, enfin, un truc normal et qui fonctionnait jusque-là très très bien, jusqu'au moment où, bon, tu sentais que le truc, il se désintégrait doucement. Et donc, voilà, quelque part, peu importe vers où je me tournais, je voyais pas l'issue.
- Speaker #0
Et ça c'était après que tu as eu pendant quelques années aussi ton studio ?
- Speaker #1
Oui, le studio il date de 99, il était magnifique, on avait vraiment créé de toutes pièces, de zéro et... est arrivé oui 2008 ou peut-être 2009 j'arrivais plus à plus personne venait en fait j'arrivais plus à remplir mon studio parce qu'on était déjà passé à maintenant au home studio qui était plus petit que ce que j'avais j'avais moi et où effectivement tu payais plus de studio du tout. Tu payais un mec, un réalisateur ou un compositeur et il faisait ça chez lui et du coup voilà. Et comme il n'y avait plus d'argent, c'est ça qui était devenu la nouvelle façon de produire en fait.
- Speaker #0
Ok. Toi tu as essayé d'apporter une réponse d'entre deux entre le gros studio et même le home studio qui n'existait pas encore.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et après aussi contextuellement il y a eu le rap aussi qui est arrivé et qu'on n'a pas vu venir vraiment en fait.
- Speaker #1
Ah mais heureusement qu'il est arrivé, parce que moi j'en ai fait pas mal dans mon studio, j'ai réussi à louer mon studio encore à pas mal de rappeurs, même vraiment connus et tout ça.
- Speaker #0
Moi j'en avais fait Booba je crois. Ouais ouais,
- Speaker #1
on a fait deux albums avec Booba, on a fait un album avec La Rumeur, c'était quand même des grands noms du hip-hop. Oui, heureusement qu'il y a eu cette diversité, on va dire, d'artistes qui venaient dans mon studio. Mais encore une fois, tu sentais quand même le début de la fin d'une époque, en fait. Et la rencontre avec les États-Unis s'est faite de manière assez... Assez inattendu en fait, après ça. Mais il y a eu d'abord un grand vide émotionnel et un grand monde solitude on va dire.
- Speaker #0
Et attends juste pour plonger pleinement dans Los Angeles, mini parenthèse pour bien comprendre, donc toi ta vie avant de monter ton studio en 99, c'est quoi ? C'est que t'es connu pour tes arrangements, tes claviers ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup, tu charges ta voiture avec ton matériel et tu fais des fois une, deux, trois sessions dans la journée. Je pense que tu étais un peu compétiteur, entre guillemets, de Thierry Durbet.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Je l'ai rencontré il y a quelques années et il m'a raconté ses aventures.
- Speaker #1
Oui, alors ça aussi, c'est une... Je ne sais pas si on peut s'étaler un peu, mais si on peut... Tu me dis, parce que la rencontre avec ma vie d'avant, elle est aussi chouette. que je... En gros, je sortais de l'école de jazz et j'étais donc assez bon en termes de piano, jazz, je savais assez bien jouer. Mais ce qui m'intéressait vraiment, en fait, c'est la musique électronique. Donc j'avais réussi à m'acheter quelques synthés et je voulais absolument faire du studio, faire des arrangements, faire tout ça. Et j'ai commencé à faire des petites productions un peu bricolos, où il n'y avait pas d'argent, etc. Mais bon, ça m'a permis d'apprendre aussi à faire des arrangements. J'avais la chance d'être copain avec quelques musiciens de studios connus qui sont venus jouer sur mes productions, ce qui donnait un certain crédit à mon travail. Et j'ai surtout rencontré Dominique, qui était lui le compétiteur direct de Thierry Durbet. Donc Dominique était un des programmateurs au même titre que
- Speaker #0
Thierry. Dominique comment ?
- Speaker #1
Dubois.
- Speaker #0
Ah oui ok.
- Speaker #1
Il avait une camionnette pleine de synthés. Et du coup notre binôme était très fort parce que lui jouait pas vraiment des claviers. Par contre, ils savaient très bien programmer. Et moi, je ne savais pas tellement bien programmer, mais je savais bien jouer. Du coup, on était un binôme imbattable. Donc on se pointait, effectivement, jusqu'à 3, 4 fois par jour même, dans des studios parisiens, comme à l'époque Studio Marcadet, le Palais des Congrès, Guillaume Tell, Ferber, Davout, enfin tous ces endroits mythiques, avec la camionnette pleine de synthé, déchargée par le transporteur. mythique, franc, qui s'appelait. Et puis voilà, on s'est installés pour faire une pub. ou pour faire une séance pour un artiste, ou pour faire tout ce qu'il y avait à faire. Et ça, ça a été une époque déjà relativement dingue pour moi. Et c'est dans ce microcosme de studios parisiens, parce qu'à l'époque, il faut bien s'imaginer que les studios parisiens, tous les artistes internationaux de renom venaient tous enregistrer à Paris. Il y avait un truc Chicos, il y avait un truc Sympa, je ne sais pas, il y avait Tuck. Tu croisais Sting, Tina Turner, Stevie Wonder, Prince. Tout le monde était là. C'était assez grisant. C'est dans ce contexte que je rencontre Lol et Jean-Louis qui venaient de commencer le groupe de Nulle Par Ailleurs. à Canal qui castait précisément à ce moment là pour monter le band, d'abord les Nuls l'émission pardon donc c'était en 88 89 à peu près et ouais ça s'est enchaîné à partir de là 89 deux saisons avec les Nuls ou trois, je sais plus tellement une émission entre deux qui s'appelait Samedi soir avec les Nouveaux En tout cas. Et ensuite, on nous a basculé sur nulle part ailleurs. Et là, ça a été l'autoroute pour moi jusqu'en 1998, je crois, quelque chose comme ça. Ce qui fait que j'ai quasiment passé dix ans à faire de la télé.
- Speaker #0
Et tu ne faisais rien d'autre que de la télé ?
- Speaker #1
Non, je faisais de la pub.
- Speaker #0
Ok. Une pub de télé, ouais. Oui. Très axée télé, de manière générale. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Grâce à LOL, qui faisait aussi de la musique de pub. Et grâce à Jean-Louis Bianchina, on était un trio assez imbattable. On s'est retrouvés en fait à faire de la pub après l'émission. On rentrait après nulle part ailleurs, je ne sais pas, à 21h30. On se retrouvait dans mon studio en banlieue et on enchaînait. On enchaînait sur une séance de pub. Et ça devenait facilement un petit 3 heures du mat. Ce genre de choses. Donc ouais, ça a été des années très formatrices. Un peu rude au niveau de ma santé, parce que j'avais deux jeunes enfants, donc les nuits n'étaient pas tellement paisibles, même une fois que j'avais fini de bosser, il fallait que je me lève pour m'occuper des enfants. Mais bon, c'est une époque d'opulence, c'est sûr que c'est une époque dont je me souviendrai aujourd'hui comme... comme très insouciante parce qu'il n'y avait aucun problème matériel. Il n'y avait pas de problème de « est-ce que je vais avoir du travail ou pas ? » On en avait tellement qu'on en refusait, en fait. Du coup, il y avait un côté très léger et très insouciant. Et puis, effectivement, Canal, c'est un microcosme un peu à part aussi. Tu es un peu dans une bulle intellectuelle avec des célébrités. machin, etc.
- Speaker #0
Oui, vous avez une sacrée aura à l'époque. C'était dans la pop culture française. C'était un gros monument.
- Speaker #1
Exactement. Et du coup, l'étape parfaitement logique après le succès de Dieu m'a donné la foi et chez Moniou, les deux premières chansons d'Ophélie, c'était que je monte ma boîte de prod, mon studio, et que je produise moi-même mes trucs. C'était une évolution logique après la télé. Ça s'enchaînait parfaitement bien.
- Speaker #0
Et donc c'est 2008 où t'as commencé à te dire « Il faut que j'aille aux US » . 2008, ça a été vraiment le début de la crise ?
- Speaker #1
C'est pas... Oui et non. On peut voir ça comme ça. Je veux juste parler de... de quelque chose qui est très important qui s'est passé en 2007, où je commençais à me dire « Ah, un truc qui cloche là » . Parce que ça, c'est quand même pas fait d'un coup en 5 minutes. Mais vers 2007, je commençais à sentir un truc qui cloche. Et une amie m'a dit « Tu sais, si tu veux te réorienter, tu devrais faire... » Un problème de coaching que je viens de finir, je te recommande cette coach qui est dingue, tu vas voir, c'est super. Donc sans y croire plus que ça, je vais la voir. Et puis la première chose qu'elle me dit c'est, bon, où est-ce que tu te vois dans 5 ans ? Et je dis bah... Aucune idée, je ne serai pas là. Je viens te voir pour la réponse à cette question. Et dis non, non, non, ce n'est pas ça. Je veux que tu rêves, rêve de ce que tu fais. Tu seras dans 5 ans. Écris-moi ton rêve. Donc j'écris mon rêve. On prend 2 heures. Et puis elle le lit. Après on met ça de côté. Puis on me dit ok. On oublie. C'est pas grave. C'est fait. Et maintenant on travaille. Et puis j'ai fait mon programme avec elle. C'était en fait 12... 12 sessions one-on-one des cours particuliers, juste elle et moi, et puis on parlait des techniques de communication, comment tu te positionnes quand tu es indépendant face à une multinationale, comment tu communiques avec eux, comment tu construis ta routine. hebdomadaire quand t'es seul je dis au hasard lundi matin on fait des emails mardi on fait un déjeuner avec quelqu'un de l'industrie mercredi on fait une recherche personnelle sur un style musical qu'on connait pas voilà donc elle m'a donné plein d'outils comme ça au bout des douze séances elle me dit écoute Pendant 2-3 ans, il ne va pas se passer grand-chose, mais tu vas voir dans 5 ans, à partir de la 3ème année, la 4ème, tu vas sentir une grande différence.
- Speaker #0
C'est presque coach slash médium.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment ambitieux comme approche, mais soit, et puis j'oublie, et puis je retourne. Je reprends le cours de ma vie, comme disait Michel Jeunas.
- Speaker #0
Dans le grand bas.
- Speaker #1
Je retourne, et puis j'oublie. Et puis effectivement, il y a des petits signes comme ça qui apparaissent, un peu surprenants. Donc j'avais formulé que je voulais faire de la musique de film. Vu que la variète, c'était mort. Et Place Blanche, à côté de mon studio, ouvre le premier Starbucks de Paris. Et je prends Stacha, mon petit garçon qui avait 3-4 ans, je pense. Par la main, j'ai dit « Tiens, on va voir le nouveau Starbucks » . Parce que voilà, c'était une petite activité qu'on pourrait faire tous les jours. Ouais, ça a marqué,
- Speaker #0
le premier Starbucks.
- Speaker #1
Et je rentre dans le Starbucks. Il y a un couple de Noirs américains magnifiques, on aurait dit les Obamas, qui essayent de parler avec le serveur, enfin la serveuse. Et parce qu'ils voulaient du lait de soja, du soy milk. Et je ne sais pas comment ils ont réussi à faire ça, mais ils avaient embauché des serveurs qui ne parlaient pas anglais. Donc la dernière Starbucks, elle ne savait pas ce que c'était que du soy milk. Donc moi, je traduis, on sympathise. Ah, let's have a coffee, asseyez-vous.
- Speaker #0
Parce que toi, juste pour contextualiser, t'as toujours eu un bon niveau d'anglais.
- Speaker #1
Ah oui, pardon. Moi, je suis donc dû à mes origines franco-allemandes. C'est vrai que vu que je parlais allemand, l'anglais est un langage relativement simple pour les allemands, parce que c'est anglo-saxon comme l'allemand, comme tu verras tous les nordiques, les suédois, norvégiens, danois, ils parlent parfaitement bien l'anglais, c'est relativement facile, peut-être comme pour les francophones, l'italien ou peut-être l'espagnol. Donc oui, je parlais déjà très très bien l'anglais. Et donc je m'assois avec eux et elle me dit « Mais alors tu fais quoi ? » Et je dis « Moi je veux devenir compositeur de musique de film » . Elle dit « Ah mais c'est rigolo ça, parce que ma fille, elle sort avec un réalisateur de film et il est en train de tourner son film. Ça serait marrant que vous vous rencontriez » . Je dis « Bah oui » . Et donc je lui écris. « Davy, il s'appelle, il est charmant. Il me dit, ah, Patrien, envoie-moi tes musiques. Il est très cash, il me dit, j'ai déjà quelqu'un, mais je veux bien écouter ce que tu fais. » Et donc, il me donne même des idées de scènes sur lesquelles je pourrais faire des trucs. Et je commence à avoir une vraie correspondance avec lui. Et ça m'a juste donné confiance de me dire, ah, c'est un mec que j'ai jamais vu. À l'autre côté du monde, à l'autre côté de la planète, il a envie d'écouter ce que je fais et voir si j'ai quelque chose à dire par rapport à son film. » Et le truc déterminant, ça a été un jour, j'étais dans mon studio un peu déprimé parce qu'il était vide et il n'y avait plus personne qui venait. On sonne à la porte et je vois un petit mec chauve qui se présente, il s'appelle Jack. Il me dit je m'appelle Jack, il ne lui parlait pas français, il ne parlait qu'anglais, il me dit je suis australien. J'ai entendu parler de ton studio, il paraît que c'est super, est-ce que je peux visiter ? Bien sûr. Et donc on papote 5 minutes et il me dit, tu sais, j'ai une clientèle, j'ai pas de studio. Si tu veux, comme t'as un studio et t'as un souci clientèle, on peut partager en fait ton endroit. on peut peut-être trouver un deal qui fonctionne pour nous deux. Je dis, bah oui, bien sûr, avec grand plaisir. Et donc, on commence à partir là-dessus, où en fait, lui avait, on faisait genre 50-50 sur tout ce que chacun amenait. C'était un calcul très, très simple. Et lui avait sa clientèle, effectivement. Il pouvait bénéficier de mon endroit quand moi, je ne m'en servais pas. Et puis, ça fonctionnait assez bien comme ça. Je précise aussi que j'avais enregistré aussi un... un peu par dépit, mais pas que, un album d'improvisation de piano solo qui s'appelait Moments. J'avais fait un joli petit CD. Où toi,
- Speaker #0
tu jouais.
- Speaker #1
Où c'est moi qui jouais. En fait, le concept étant que ce ne sont que des impros. Et ce sont que des one-take. C'est-à-dire que je ne rafistole pas les prises. Je joue que du piano et peut-être une nappe. Mais c'est que du one-take. Et si je foire la prise, elle part à la poubelle et j'en fais une autre. Voilà. Et puis chaque titre, le nom, doit me venir avant que je joue le morceau. Ah oui,
- Speaker #0
ok.
- Speaker #1
Donc je m'étais donné comme ça des... Une espèce de guidelines. Et je devais faire un morceau par jour. Et aller de 1 à 10. Et une fois que je suis à 10, l'album est fini.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
C'était un peu aussi... Tu vois mon côté absurde déjà un peu qui se dessine. Comme je passais ma vie à faire des choses extrêmement produites et extrêmement... T'es sûr, tu veux pas qu'on... Pour une fois, je voulais être sûr de tout, et juste faire... Boum, ça sort, et ça sera ce que ça sera. Voilà, c'était ça l'idée. Et donc... Jack, mon associé de l'époque, écoute cet album et dit c'est vachement bien et je peux le faire écouter à ma nana, elle est à New York. Je dis ouais, super, qu'est-ce qu'elle fait ? Ah, elle est manageuse, elle s'occupe d'artistes à New York. Et quelques semaines après... Cette fille, Sari, s'appelle, m'appelle en disant « Écoute, ton album c'est formidable, je voudrais que tu viennes à New York faire des concerts. » « Ah bon ? Moi ? » je précise que j'avais autoproduit un concert à Paris, un peu péniblement mais comme beaucoup de copains sont venus ça allait mais j'ai failli perdre de l'argent j'ai rempli mais bon quand t'es artiste comme ça solo c'est très lourd à faire à produire ton propre spectacle c'est un enfer donc j'ai fait Une représentation, j'ai eu très très chaud. Tu vois, j'aurais pu perdre 10 000 euros dans la soirée. Si mes potes n'étaient pas venus. Bon voilà, j'étais un peu frileux là-dessus. Et là, il y a une meuf à New York qui me dit, viens, je te fais jouer dans des clubs à Brooklyn, au East Village et tout. Je dis, ah bon, ok, super. Donc j'y vais. Et puis je commence à jouer dans des...
- Speaker #0
Ouais, dans des clubs. Et je trouve ça hallucinant.
- Speaker #1
Tu connaissais déjà un peu New York ou pas trop ?
- Speaker #0
Très peu. Enfin, j'étais allé une fois ou deux, mais je ne peux pas vraiment dire que je connaissais. Mais j'étais fasciné. J'étais fasciné par... Déjà, juste par le fait d'être là. La gentillesse et la curiosité des Américains, qui pensaient que parce que je viens de loin, j'ai forcément un truc à dire, et aussi qui, contrairement à mon expérience où j'ai voulu passer de la pop, aux variétés, aux films, à la pub et autres, aux Etats-Unis, j'étais fasciné par le fait que plus tu sais faire de choses, mieux c'est. C'est pas du tout... On ne te réduit pas à une seule forme d'expression de la musique. La musique, c'est la musique. Et si tu sais faire plein de choses, tant mieux. Ça veut dire que tu es bon. Et il n'y a pas cette étiquette d'être éparpillé ou d'être pas assez bon dans quelque chose et donc de savoir un peu faire tout mais pas vraiment bien. C'est une façon de penser complètement opposée. Et je me retrouve un soir, ce qui était incroyable, c'est que Sari avait aussi un band, ce qui veut dire que des fois, je jouais avec eux. On allait dans un truc un peu plus grand et puis on jouait avec un band. Et on s'est même retrouvés dans une salle qui s'appelle le Webster Hall, c'était aussi grand que l'Olympia. avec son band pour jouer dans une soirée de charité où il y avait Charlie Lecouture,
- Speaker #1
il y avait Clinton ça on n'a pas trop aussi en France ces charities non non pas tellement,
- Speaker #0
c'est un mec qui s'appelle Jim Luce qui a une fondation pour les orphelins tu te retrouves à faire des trucs comme ça et j'étais mais complètement subjugué par Déjà par les États-Unis. Et Stéphanie, mon épouse, était aussi, tu vois, émerveillée par ce mouvement qui s'est créé. Donc elle était venue plusieurs fois à New York avec moi. Et on commence à dire « Ouais, ouais, on pourrait peut-être vivre entre les deux. On pourrait peut-être faire... » Six mois, six mois.
- Speaker #1
Mais avant cette expérience de concert au piano, tu t'étais pas plongé dans l'idée de déménager aux Etats-Unis ?
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Ça t'avait pas effleuré l'esprit ? Absolument pas. Ou c'était pas un fantasme ou un choix de vie ?
- Speaker #0
Ça a toujours été un fantasme lointain parce que j'ai grandi en Allemagne dans une ville de garnison américaine et... La seule radio potable, écoutable, c'était la radio des forces américaines. C'est la radio des militaires, parce qu'ils jouaient Cool and the Gang, Ozwin and Fire, Credence, Clearwater, et puis enfin tous les trucs de l'époque ricains. Donc c'est vrai que dès là, j'ai baigné là-dedans. Après, quand j'ai fait mes groupes en Allemagne, et après même en France... Je voulais jouer comme Toto ou comme tous les groupes de la côte ouest américaine, bien sûr. J'ai toujours baigné là-dedans, mais de là à penser qu'un jour, j'y serais, non. Ça restait du domaine du fantasme, en fait. Ça restait... Ah, peut-être, il y a un truc que j'aurais dû mentionner, c'est que je suis parti enregistrer avec Véronique Samson aux États-Unis. Et ça, c'est vrai que ça, là, ça commençait à être un peu plus réel. On est arrivé, parce que Véronique a majoritairement enregistré aux Etats-Unis, et son producteur Bernard Saint-Paul m'a invité donc à, premièrement, faire les arrangements d'un album, ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir, et à partir d'abord à Nashville, et ensuite à LA. Donc dans ce coup j'ai eu les deux capitales de la musique servies sur un plateau d'argent, et je me retrouve... à Los Angeles, en studio, avec la crème de la crème des musiciens. Là, c'est vrai que ça a commencé en 2004, mais je ne voyais pas, il n'y avait pas de faisabilité. Il y avait le fait que ce serait génial si jamais on pouvait, mais en dehors du projet de Véronique, je ne voyais pas du tout comment... Comment faire ça ? Il n'y avait pas de base économique pour moi en dehors de ce projet. Et les choses allaient encore bien en France. Et je précise qu'il y a un truc très important qui est ma mécanique à moi. Mais peut-être qu'elle s'applique à beaucoup d'autres gens aussi. Tant que les choses vont bien, tu te poses pas tellement ce genre de questions. Mais quand tu commences à être dos au mur et que t'as plus rien à perdre, et clairement j'étais arrivé en France à un point où j'avais plus rien à perdre, c'est là que t'es prêt à prendre des grandes décisions. Quand les choses vont bien et tout ronronne et tout est confortable, tu sais on parle de la zone de confort, Si tu sors de ta zone de confort, c'est que ta zone de confort, c'est plus tellement ta zone de confort. Sinon, tu restes dedans. Et donc, ça a énormément joué, le fait que j'avais plus tellement d'options. Ça a été un fantasme inconscient depuis toujours. Oui, depuis tout à l'heure. Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Mais là, du coup, tu as une première expérience avec les États-Unis, mais surtout East Side ?
- Speaker #0
East Coast, absolument. East Coast,
- Speaker #1
oui. Donc tu t'imaginais peut-être plus déménager à New York, à Los Angeles ?
- Speaker #0
Ah oui, c'était déjà pratiquement fait. En plus,
- Speaker #1
là, t'en rappelles-moi, c'est quelle année ?
- Speaker #0
2010.
- Speaker #1
OK. Non. New York a déjà un peu changé, je pense, depuis 2001 et tout.
- Speaker #0
Ah oui, oui.
- Speaker #1
Mais moins que maintenant aussi. Enfin ça reste un entre-deux. Mais ça avait moins évolué que maintenant. Ça restait un New York différent, quoi.
- Speaker #0
Bah oui. Mais c'était suffisamment fascinant pour un Européen qui connaissait pas.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Et puis la mentalité des gens. J'avais des rendez-vous dans des boîtes de pub. J'étais reçu. Alors qu'en France, j'étais...
- Speaker #1
Oui, c'est très différent d'y aller comme ça, papillonné. Et là, tu avais une mission. Enfin, tu avais des missions à faire là-bas. Tu étais appelé.
- Speaker #0
Et donc, il y a eu un dîner avec un couple de producteurs de films. Un peu déterminant. Où, en fait, ils m'ont dit, tu sais, si tu veux faire de la musique de film, il ne faut pas que tu viennes à New York. Ce n'est pas le bon endroit pour toi. Il n'y a que Los Angeles. où tu peux arriver à faire ça.
- Speaker #1
Alors que New York, c'était peut-être plus là où il y avait pour le coup de la musique de pub.
- Speaker #0
Probablement de la musique de pub. C'est un peu équivalent, mais oui, il y aurait eu de la musique de pub, mais il y avait surtout un petit peu de cinéma indépendant, mais pas suffisamment pour nourrir toute une communauté, du hip-hop énormément, du jazz. Et surtout Broadway. Et moi, c'est vrai que quand tu énumères tout ça, je n'étais pas tellement connecté à un cinéma indépendant. Peut-être si j'avais eu des ouvertures. Mais... Et en plus, Los Angeles, ça m'intriguait du coup. Donc le mec a dit, non, non, il faut que tu ailles. Et il me dit, tiens, voilà le numéro de mon agent. Appelle-le, il va te recevoir.
- Speaker #1
T'étais déjà allé à Los Angeles ?
- Speaker #0
Oui, mais en touriste, comme ça.
- Speaker #1
Ouais, t'avais pas bossé ? Ah bah si,
- Speaker #0
avec Véronique.
- Speaker #1
Véronique, tu étais directeur musical ?
- Speaker #0
Oui, 2005. Mais vite fait, deux semaines. Je connaissais Los Angeles comme un touriste. On avait aussi fait un grand voyage en famille en 2009, où on avait parcouru un peu partout, New York, Los Angeles, San Francisco, et puis les parcs nationaux, on avait fait tout ça en famille. Mais c'était un peu différent. Je ne peux pas dire que je connaissais. Et j'ai fait comme tout le monde peut-être ferait. J'ai demandé à mes copains « Je vais aller à Los Angeles. Vous ne connaissez pas quelqu'un que je pourrais contacter de votre part ? » . Et donc je me retrouve avec un petit bout de papier, avec des numéros de téléphone et des e-mails de copains qui m'ont gentiment... Et puis je débarque à Los Angeles en mai 2010 avec un copain, Eric, Eric Neveu, aussi compositeur de musique de film. Ah c'est Jean,
- Speaker #1
je l'ai rappelé. Prends si tu veux, on fait une petite pause.
- Speaker #0
Ouais si tu veux. Je retourne à mon podcast. Ouais, merci. Ok, merci les amis. Bisous bisous, ciao. Ciao, bye. Incroyable !
- Speaker #1
C'était qui ?
- Speaker #0
C'est Jean Dindino, sa boîte de prod c'est chez Jean et c'est mon parrain dans la pub.
- Speaker #1
Ah ouais c'est marrant.
- Speaker #0
Et on parle de ça justement. C'est avec lui que je passais des nuits en studio après Canal. Et il m'appelle de son studio rue de Seine. à Paris, avec son fils qui travaille avec lui, qui est compositeur. Donc c'est deux pères en fils, comme chez moi.
- Speaker #1
Et donc quoi, 20, 30 ?
- Speaker #0
15, 10, 15. J'ai ma liste de quoi passer une dizaine de jours à Los Angeles. Allez, 15, 20. Et je trouve un camarade qui m'accompagne, Eric Neveu, qui avait un peu une quête semblable à la mienne. Il est compositeur de films, lui en France.
- Speaker #1
Ah ouais, on s'est rencontré au Festival du film français.
- Speaker #0
Il a beaucoup de succès. Mais il était intrigué par les États-Unis. Voilà. Ça l'intéressait de voir un peu. Et donc on part ensemble. On loue un petit appart. Et puis c'est très drôle. On avait deux voitures de location identiques qu'on avait louées. Et puis on partait faire nos rendez-vous chacun. Et le soir, on se retrouvait. Et on débriefait. Genre « Ah bon, t'as fait quoi ? J'ai fait ça. Ah, c'est... » c'est superbe. Et donc je suis complètement subjugué, émerveillé par cette ville. Complètement sous le charme, entre le temps qu'il fait, le fait que comme il n'y a pas d'immeuble... on voit toujours l'horizon. Il y a de la lumière partout. Il y a cette lumière très particulière à Los Angeles que, par exemple, les gens avec qui je viens de parler, ils ont tout de suite vu par FaceTime. Tu vois, le ciel, ce bleu-là, il n'existe qu'ici.
- Speaker #1
Tu ne l'as pas même dans les endroits dégagés en France. Non. Même cette lumière rasante que tu as le soir, le matin.
- Speaker #0
Exactement. Et donc, j'enchaîne mes rendez-vous et je vais voir notamment cet agent qui m'étaient recommandés par... mon ami new-yorkais, et je suis complètement subjugué. Je rencontre des Français, je rencontre toutes sortes de gens, et je me retrouve à la fin du séjour, sans véritable résultat, on va dire, mais quand même avec la certitude que si je pose ma tente ici, ça... C'est encore mieux que New York. C'est encore plus près.
- Speaker #1
T'as pas de résultat factuel de rendez-vous, mais moi, il y a un truc que je dis souvent dans Impala, c'est le marquage émotionnel au fer rouge. C'est ça qui est fondateur pour donner le mouvement et l'envie de déployer de l'énergie pour venir, ce qu'il faut déployer de l'énergie pour venir.
- Speaker #0
Et j'arrive en bas de la liste et je refais ma liste. Je me dis « Ah merde, il y a une personne que j'ai pas appelée » . Et je vais l'appeler quand même. Ça ne se fait pas. Parce que la personne a été prévenue. Donc j'appelle. Et très gentille, elle me dit « Oui, bien sûr, mais passe me voir. Viens dîner à la maison, etc. » Super. Donc je prends ma petite voiture de location et j'arrive dans un des quartiers les plus improbables de Los Angeles, devant une maison extrêmement improbable. Enfin tout était... D'un seul coup, j'étais dans le... Ouais, dans le rêve hollywoodien, dans ce truc que j'avais pas encore vraiment vu, mais que oui, ça existe, ces maisons et tout ce truc. Et donc je rencontre cette charmante dame qui me parle de mon album en me disant « Oui, c'est super, j'ai écouté ton album » . Je dis « Ah bon ? C'est chouette, merci » . Et elle me dit, écoute, moi, j'aimerais bien faire des chansons. Je suis actrice, mais j'aimerais bien faire des chansons. Est-ce que tu as envie de faire des chansons ? Je dis, bien sûr, avec grand plaisir. Comment on peut faire ? Et elle me dit, c'est très simple. Quand je suis à Paris, on peut travailler chez toi. Et quand tu es à Los Angeles, on peut travailler ici. Et tu peux habiter chez nous. Et donc, je me retrouve à... Avec un setup absolument parfait, avec des raisons de revenir, un endroit où je peux rester, et en plus vraiment une possibilité de rencontrer des gens, ce qui est la clé de cette ville en fait, comme de toutes les villes. Et commence donc cette fameuse période de deux ans dont je parlais initialement. J'ai été fort, j'ai fait 15 voyages en deux ans.
- Speaker #1
Waouh, tu m'as largement battu. Et cette personne, on peut la citer d'ailleurs ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Ok,
- Speaker #0
ça restera un mystère dans cette histoire.
- Speaker #1
Et donc, 15 voyages en deux ans.
- Speaker #0
15 voyages en deux ans, avec donc, oui, des rencontres... À chaque fois que je venais, et puis j'ai vraiment construit du coup mon visa, j'avais les lettres de recommandation de tout le monde. Parce que là,
- Speaker #1
tu fais un visa
- Speaker #0
O-1 ? Un visa
- Speaker #1
O-1. Un visa à talent, en fait.
- Speaker #0
Ouais. Avec une avocate en Caroline-de-Nord que j'avais jamais vue, que je n'ai d'ailleurs jamais vue. On s'est juste parlé au téléphone une fois ou deux. Mais elle était réputée, donc voilà. Et donc je construisais mon truc. J'ai été présenté à mon agent qui était R&L, qui fait partie d'une boîte de pot que s'appelle Cutting. Donc ils sont devenus le sponsor de mon visa. Enfin tout s'est mis en place en fait au fil de ces voyages que je faisais. À chaque fois, j'avais une pierre de plus à mon édifice et je pouvais sereinement envisager de faire la bascule. Parce que je voyais que j'avais construit un réseau à Los Angeles et que j'avais aussi encore suffisamment d'appui en France. Et que ça commençait à intriguer les gens que j'allais peut-être partir. Parce que ça ne s'est pas formulé quand même d'un coup. Je commençais à en parler. Et d'où le fameux feedback. Mais t'es complètement dingue, tu vas avoir 50 ans, mais qu'est-ce que tu fais ? Et puis Stéphanie est venue aussi trois fois à Los Angeles quand même pour qu'on voit si ça lui convient, si ça lui plaît. Avec notre fils. C'est bon. Et quasi au bout de presque deux ans, on a pris la décision. On a dit OK, on vient s'installer ici. Et on a décidé de, en plus, tout ramener. C'est vrai qu'on a fait vraiment le gros truc avec le container, les meubles. Ça, c'est un pari.
- Speaker #1
Le canapé rouge sur lequel on est assis dans le studio. Oui, exactement. On est dans quel quartier d'ailleurs ? Je ne vais pas préciser.
- Speaker #0
On est à Westchester, derrière Playa Vista, entre Playa Vista et l'aéroport de LAX. Et puis j'ai ramené mon piano. C'est vraiment la grande grande aventure. On a annoncé aux familles qu'on partait pour un an. On ne voulait pas les effrayer trop. Dans nos têtes, on pensait que ce serait plus. On ne savait pas. Merci. Et donc on arrive en août 2012. Et quand j'ai déballé un des nombreux cartons qui sortaient du container, je retombe sur ce que j'avais écrit 5 ans auparavant pendant mon coaching. Et je me rends compte que j'avais tout écrit.
- Speaker #1
C'est-à-dire la fameuse première rendez-vous de 3 ans, et le 5 ans, c'est là où ça va se déterminer.
- Speaker #0
C'est ça. Et 5 ans après, j'étais à Los Angeles, et c'est ce que j'ai écrit. La finalité de... Des cinq ans après le coaching, c'était ça. Et ça, ça m'a quand même beaucoup fait réfléchir sur le fait de manifester les choses, sur le fait du pouvoir de l'inconscient, toutes ces choses-là, ça a commencé à me titiller. En plus, Los Angeles, c'est une ville tellement spirituelle que tu es constamment confronté à ces choses-là et à ces pensées.
- Speaker #1
Malgré quoi ?
- Speaker #0
Malgré toi ou pas, mais...
- Speaker #1
Ça attire pas aussi les... Moi j'ai tendance des fois à me penser que ça attirait d'abord les chercheurs d'or. Et l'or, si tu y penses à un niveau alchimique profond, c'est aussi l'or, c'est-à-dire la butation de notre propre inconscient.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Pour moi, les néo-chercheurs d'or californiens, c'est ceux qui veulent modifier leur inconscient, ou en tout cas s'y confronter, tu vois. Trouver la pépite d'or dans ton inconscient, quoi. Et je te fais juste une petite parenthèse, j'ai rencontré un mec ici qui s'appelle Athem.
- Speaker #0
Ah oui, tu m'as dit.
- Speaker #1
Je t'enverrai l'épisode qu'on a fait ensemble. En 20 minutes, il a été hyper clear-aid, comme on dit, sur sa vision de Los Angeles. Il m'a dit un truc troublant. Il m'a dit, tu ne peux pas séparer ta quête spirituelle de la quête business, même à Los Angeles. C'est-à-dire que selon lui, la quête spirituelle fait partie du business et de tout ce que tu fais ici. Et si tu ne t'y confrontes pas à un moment, tu vas être en désharmonie avec ce qui se passe ici. Et c'est vrai qu'on remarque ici en Californie que la spiritualité est partout, que c'est beaucoup plus ouvert. que les gens en parlent naturellement même des gens chez qui tu penses que ça ne viendra pas comme des hommes politiques et même en musique, nous les français je trouve qu'on fait un peu les malins on fait de l'art pour l'art et c'est profond mais quand tu vas dans des soirées pro à Paris il n'y a pas beaucoup de spiritualité qui existe oui ça c'est absolument vrai la rencontre avec la spiritualité pour moi tu
- Speaker #0
veux le remettre ?
- Speaker #1
non t'inquiète,
- Speaker #0
normalement c'est bon la rencontre avec la spiritualité c'est et... C'est la moitié de la vie ici. Tu sens une concentration de spiritualité dans cette ville comme dans très peu d'autres endroits. Même à New York, il n'y a pas ça, je trouve. C'est vraiment ici.
- Speaker #1
Oui, c'est aussi structurel. C'est l'océan, c'est l'espace. Et quand tu fais le vide, c'est là où tu fais l'expérience de la spiritualité aussi.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et là, pour bien comprendre, toi, dès le début, tu es venu ici, tu as rencontré cette personne et tu n'as pas les allers-retours. Tu as su que tu voulais venir ? À peu près.
- Speaker #0
Ah oui. Encore une fois, j'avais plus rien à perdre, parce que je voyais pas de solution en France. Il y a un autre aspect aussi qu'il faut que je mentionne. C'est que je suis né en Allemagne. J'ai grandi en Allemagne. Donc instinctivement aussi, je me suis dit que je peux me tourner vers l'Allemagne. C'est aussi mon pays. Bien que j'avais très peu de réseau. Mais bon, grâce à mes succès en France, je me suis dit, peut-être que... Mais en fait, pas du tout. Parce qu'un franco-allemand qui habite à Paris, pas très sexy pour l'industrie allemande. Ils s'en foutent. Et l'autre phénomène que j'ai commencé à entrevoir, c'est que par contre, Los Angeles, ça devient tellement exotique que ça intéresse tout le monde. Et surtout, c'est une telle valeur... qualitative dans l'inconscient de l'industrie, que de vivre à Los Angeles devient une espèce de marque de fabrique et devient une valeur sûre aux yeux des Européens. J'ai commencé à travailler avec des Allemands une fois que j'habitais à Los Angeles, pas avant. J'ai aussi eu la chance que... Pas mal de Français, de mes potes, m'ont pas laissé tomber, m'ont alimenté avec du travail pour que je puisse faire la bascule. Mais oui, ça m'a fait rire de constater que... Notamment les Allemands. Ils ont réagi qu'à partir du moment où j'étais ici.
- Speaker #1
Ouais. Mais c'est comme tu sais. Moi, je pense que les « bons Français » , c'est-à-dire les gens qui, de toute façon, doivent être connectés à toi en France, se révèlent quand t'es ici et pas quand t'es à Paris. Parce que peut-être qu'ils voient justement que tu vas chercher quelque chose à Los Angeles, et c'est aussi des gens qui n'ont pas peur de voir ce qu'il y a ailleurs et de vouloir se nourrir des choses qu'il y a ailleurs. Ah ouais,
- Speaker #0
ça c'est certain.
- Speaker #1
Et Steph, à ce moment-là, elle bosse dans l'industrie de la musique aussi ? Elle est DA ou elle est dans le marketing ? Elle bosse dans des labels ?
- Speaker #0
Elle était chez EMI jusqu'en 2002. Ok. Donc, longtemps, elle a été licenciée et... Ensuite, elle a fait un petit break, on a eu Sacha, et elle a ensuite travaillé avec moi au sein de Action, mon studio, elle m'a accompagné sur Popstar. sur les albums de Gérard Darmon. Elle était vraiment très impliquée dans mes projets et dans notre studio. Elle gérait le studio jusqu'au moment où, quand il y a eu la descente, pour moi, du studio, quand ça a commencé à ne plus marcher, du coup, je n'avais plus de quoi la payer non plus. Et elle a commencé à travailler dans la mode. et à travailler juste à côté du studio, dans une boutique multimarque de vêtements, à vrai dire la même chose qu'elle fait aujourd'hui. Et c'est assez drôle parce que moi j'étais donc aux 11 rue de Pique. La boutique, je crois que c'était au 17, 18, et le bureau de Sonia, c'est au 15.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Donc c'est quand même...
- Speaker #1
Tout est rassemblé.
- Speaker #0
Tout est à 50 mètres.
- Speaker #1
Et première fois que tu l'appelles, Steph, et que tu lui dis j'ai envie de déménager, elle réagit comment ? Elle est convaincue aussi ou elle est plus là que tu l'as dit ? Oui,
- Speaker #0
bien sûr, elle est convaincue dès le début en fait. Je pense qu'elle est même peut-être convaincue avant que moi je le sois. Parce qu'elle est d'un optimisme... tellement imparable que Stéphanie c'est quelqu'un qui sait que tout va toujours marcher tout va toujours fonctionner en fait c'est un peu l'état d'esprit américain,
- Speaker #1
californien quelque part choisir l'optimisme comme défaut comme sentiment par défaut et action par défaut non mais surtout pas peur pas de peur en fait et ça m'a ça m'a beaucoup inspiré Merci.
- Speaker #0
Et c'est une question qui revient souvent, et qui revenait d'ailleurs souvent, c'est « mais vous n'aviez pas peur de faire ce que vous avez fait ? » Et honnêtement, non, on n'avait pas peur. On ne s'est pas du tout posé la question comme ça, c'était plutôt qu'on avait peur de ne pas s'en sortir en France. Donc c'était plutôt l'eldorado, quoi. C'était au moins l'espoir d'accomplir quelque chose. Et on n'avait pas peur. Mais la majorité des gens qui m'ont posé des questions sur pourquoi on a fait ça et comment on l'a fait, ça revenait toujours sur la peur. Et je disais non, je suis désolé, je n'ai jamais, à aucun moment j'ai ressenti une peur. Non, ou un doute. C'était parfaitement naturel.
- Speaker #1
C'est vrai que souvent, les gens sont divisés en deux teams. Tu as ceux qui ont peur de partir et tu as ceux qui ont peur de rester aussi. Et l'un n'est pas mieux que l'autre, mais c'est deux façons très différentes de voir les choses.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Et du coup, là, vous déménagez à Troyes. Sacha,
- Speaker #0
Stéphanie et moi.
- Speaker #1
Et vous habitez d'abord, je crois, à Marina-Delray.
- Speaker #0
À Marina-Delray, on atterrit dans un endroit improbable. Avec une plage, avec des palmiers, et on vit sur un dock en fait, sur un pier avec des bateaux tout autour. Ah oui,
- Speaker #1
dans un appartement ?
- Speaker #0
Dans un appartement, dans une résidence, comme ça se fait beaucoup ici, qui sont très chouettes, où il y a piscine, jacuzzi, salle de gym, table de ping-pong, barbecue, machin, et puis des appartements. Et donc on est complètement émerveillés. par cette nouvelle vie. Bien sûr, il y a des aspects qui nous interpellent, comme le fait de ne pas pouvoir avoir de transport en commun, parce qu'on vient quand même d'une ville où on peut tout faire à pied, qui est Paris. On se retrouve à devoir acheter deux voitures, parce que sinon, on n'arrive pas à se déplacer. Merci. Et voilà aussi, je pense, l'apprentissage maintenant du coup plus en profondeur de ce qu'on appellerait la mentalité et l'esprit des Américains, où en fait les codes sont en grande partie tellement différents qu'on doit les apprendre, notamment les émotions, comment gérer les émotions, comment communiquer les émotions. C'est vrai que maintenant, au bout de presque 15 ans ici, je suis un peu à l'envers. Juste petite anecdote, ce matin j'appelle un éditeur en Allemagne. Et comme j'étais un peu énervé par email, je sentais que le mec, quand il l'a décroché, il s'est dit « qu'est-ce que je vais prendre ? » . Donc il était tout petit. Et en fait, je ne voulais pas du tout le rentrer dedans. Et donc je décroche, je dis mon don, et je lui dis, ça va. comme ça, et en Allemagne ça se fait pas ça. Tu dis jamais ça va.
- Speaker #1
Ah ouais, c'est pas...
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Pourquoi, c'est de la pudeur ?
- Speaker #0
Bah, t'exprimes pas cette émotion-là avec quelqu'un dans un bureau que tu connais pas. C'est comme si toi t'appelles à la sécu en France, quelqu'un décroche, tu vas pas dire ça va.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Mais moi je sais pas, c'est naturel, c'est how are you ? C'est parce que si j'appelle ici chez Universal ou... Je veux dire how are you, c'est juste naturel. Donc tu vois, je parle de ça. C'est choses-là qu'on a dû apprendre, en fait. Genre, qu'est-ce que ça veut dire quand ils disent « How are you ? » Est-ce que ça a un sens ? Est-ce qu'il veut vraiment savoir comment tu vas ? Tu vois, bon, l'apprentissage de tout ça. Et puis, oui, aussi, qu'est-ce que ça veut dire quand on te dit « On se voit la semaine prochaine ? » Ça ne veut pas forcément dire ça. Parce que quand tu les appelles la semaine prochaine, ils sont surpris. Ah bon ? Pourquoi tu m'appelles ? Tu m'as dit, on se voit la semaine prochaine. Ah oui, non, mais je ne savais pas.
- Speaker #1
Ça, c'est très bizarre et très déstabilisant. J'essaye, si tu veux, la finalité de mon podcast. Je ne sais pas s'il y aura une saison ou dix saisons, mais j'ai l'impression d'avoir fait une exploration honnête, de comprendre vraiment le fond de ça. Parce que je pense que quand on ne rentre pas là-dedans... On ne peut pas comprendre, on ne peut pas s'insérer dans la culture. Et pour nous, les Français, malheureusement, on a tellement un niveau d'anglais qui, des fois, est dramatique que déjà la montagne sacrée d'apprendre l'anglais est déjà tellement élevée pour nous qu'on élude complètement les questions de culture. Et tu vois, par exemple, le fait que tu dises... Moi, je te donne une mini-anecdote en deux secondes, mais je t'ai déjà parlé de la nana d'origine iranienne que j'ai rencontrée sur la plage et avec qui j'ai parlé de spiritualité et qui m'a dit « je vais t'aider dans tes voyages » et tout. C'est hyper dur pour moi de comprendre sur quel pied danser parce que pour le coup, j'ai analysé la situation. Je me dis bon, elle a 70 ans, elle a été députée. Elle est confortable. Comme ils disent ici, plusieurs millions sur son compte. Pas même classe sociale que moi. Elle est née en Iran. Grosse communauté iranienne. Et là, tu vois, par exemple, ça rebondit exactement sur ce que tu disais. C'est semaine dernière. Elle m'a dit genre j'étais en train de réfléchir à t'amener à un restaurant persan dîner la semaine prochaine. Et là, bam, je sais. plus comment réagir. Parce qu'en France, tu dis ok, on pose une date où tu rappelles la personne et il y a un suivi. Avec elle, je vois qu'il y a des moments de flottement et c'est hyper déstabilisant quand t'es français. C'est-à-dire que je lui ai envoyé un message, elle m'a déjà fait ça quand on devait prendre un café à Beverly Hills, genre j'aimerais t'emmener à un café mardi. Et là, t'as plus de nouvelles, elle te dit désolé, j'étais en train de voyager pour aller voir ma mère. Et en France, t'as pas ça, mais aussi parce qu'ils voyagent beaucoup ici, tu vois. Mais c'est très déstabilisant, c'est le fond de nos relations, quoi. C'est comment tu réagis pour pas leur faire peur, pour pas, toi, prendre peur et inscrire quelque chose dans le réel à long terme.
- Speaker #0
Ouais. Ça, c'est vrai. Donc tout cet apprentissage, ça prend un certain temps. Et je crois que tu... Tu comprends à partir du moment où tu ne compares pas. Si tu ne compares plus avec la France, mais tu essaies de partir de zéro dans les relations que tu as avec les gens, c'est là que tu comprends le mieux. Tu vois, on a un couple d'amis, on était voisins avant, à Culver City, parce qu'après j'ai habité à Culver City, on a habité à Culver City, et on avait des voisins à 150 mètres. Et puis on se voyait relativement souvent, on était assez proches, machin. Depuis qu'on a bougé ici, on se voit plus qu'une fois par an, parce qu'ils font une fête tous les ans, ils font une fête, une holiday party chez eux. Donc ils invitent pas que nous, ils invitent 50 personnes. Et une fois on les a invités ici... Mais que tous les deux. Et du coup, on sentait que c'était pas tout à fait le mode qu'ils recherchaient. Donc c'est très bizarre. C'est-à-dire qu'en fait, tant que t'es voisin, tu peux avoir cette proximité, tu vois, de passer de voir. Mais quand t'es plus voisin, tu passes dans un autre registre. Là, d'un seul coup, t'es quelqu'un qu'on voit une fois par an. Tu vois, ça c'est une expérience récente comme ça qui montre qu'on apprend encore aujourd'hui en fait.
- Speaker #1
Oui mais ici vous avez deux choses qui sont déroutantes pour les français, c'est un l'aspect community, hyper fort de quartier où on se rejoint autour de...
- Speaker #0
C'est intéressant que tu dises ça parce que ça veut dire justement qu'on n'est plus dans la community maintenant. Et donc tu vois...
- Speaker #1
T'as ça et t'as les rendez-vous... On a fait ensemble notamment des 4th of July. Mais en France, on n'a pas des rendez-vous comme ça, des jours où on sait qu'on va s'inviter chez nous. Oui,
- Speaker #0
genre, venez tous pour l'ascension à la maison.
- Speaker #1
Oui, en fait, tu as des rendez-vous, bien sûr, le 14 juillet. Tu peux envoyer des messages à l'un, à l'autre pour dire, Je vais voir le défilé ou autre, ou des fois pour la Pride ou des trucs comme ça. Mais il n'y a pas pour tel événement, je fais un truc chez moi et venez. Ou alors c'est des événements très personnels comme des anniversaires. Ici j'ai l'impression quand même qu'il y a beaucoup de moments, pas beaucoup de moments, mais quelques moments dans l'année qui sont jalonnés de, on s'invite chez nous et on travaille notre friendship ou community. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. En fait, ce qui est intéressant c'est que les années sont découpées différemment. surtout à Los Angeles et surtout dans l'entertainment on va dire, t'as des rendez-vous précis qui sont tous les ans. Et donc tout est un peu articulé autour de ça. Et tu sens que quand c'est la holiday season, donc quand ils arrivent en bout de course, vers novembre, juste avant Noël, là il y a le sprint final, en fait il y a toutes les boîtes qui font leurs holiday parties. Et il y a tous les gens aussi qui font des holiday parties chez eux. Et après, c'est blackout pendant un mois. Après, c'est Noël, jour de l'an, et là, tout le monde voyage en famille, ou tout le monde s'enferme ce soir, ou tout le monde va au ski, ou je sais pas. Mais les gens disparaissent. Et après, ça recommence. Après, t'as la award season. Donc à partir de février, t'as... t'as les Golden Globes, après t'as les Oscars, après t'as le machin. Et puis t'arrives jusqu'en été, là, le 4 juillet, après t'as le truc, et après t'as Halloween, et puis après t'as la Holiday Season. Et comme ça, en fait, tu sens les cycles, les cycles sont vachement plus marqués. C'est une manière de marquer les saisons, mais pas... Pas par la météo, plutôt par comment fonctionne l'industrie. Et ça, en France, ce n'est pas comme ça. En France, on raisonne en été-hiver, peut-être, été-hiver-printemps, rentrée. plutôt ce genre de terme-là qu'on utiliserait ici. Je ne parle pas comme ça.
- Speaker #1
Écoute, j'ai deux, trois questions encore avant de finir.
- Speaker #0
Vas-y.
- Speaker #1
On ne va pas trop rentrer dans les détails techniques de ce que tu fais ici. Il y a une part de mystère aussi. Mais en parlant de mystère, après quoi ? 12 ans, 13 ans que tu es ici ?
- Speaker #0
14.
- Speaker #1
14 ? C'est quoi le plus grand secret de la Californie que tu as découvert ? Ça peut être de la culture, de l'état d'esprit, du business ?
- Speaker #0
Que j'ai découvert, que je ne soupçonnais pas ? Ah, c'est pas facile, ça, comme question.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Faisons une autre d'abord. Je vais réfléchir.
- Speaker #1
J'avais la même avec la France. Et j'en avais une troisième. C'est plus simple. Est-ce que tu penses que le fait d'avoir mieux compris la culture californienne et de mieux t'y installer te permettrait aussi d'aller dans d'autres États où tu penses que d'autres États sont très différents et n'ont rien à voir ?
- Speaker #0
Ah ! Je pense que quelques États sont compatibles avec... L'esprit californien, j'ai envie de dire. C'est vrai que la Californie, c'est un petit peu, pour les lecteurs d'Astérix, c'est le village des irréductibles. C'est-à-dire que c'est un peu quand même isolé des autres. Je dirais qu'il y a des États comme l'Oregon, le Colorado... New York, bien sûr.
- Speaker #1
Miami, peut-être un petit peu.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Pas trop.
- Speaker #0
Non, parce que malheureusement...
- Speaker #1
Parce que des fois, les gens corrèlent Miami et Los Angeles, mais juste parce que c'est des deux villes lumineuses avec l'océan.
- Speaker #0
Bah en fait, ce qui n'est pas évident, c'est de rester en dehors de la polarisation politique dont les États-Unis sont victimes de plus en plus. c'est quelque chose que j'ai... Remarquez, en arrivant ici en 2012 sous Obama, il y avait quelque chose de déjà divisé. Mais beaucoup moins polarisé qu'aujourd'hui. Il y avait une sorte d'acceptation du fait de ne pas être du même bord politique et de tout ça. Ça cohabitait assez facilement. Et plus du tout aujourd'hui, en fait. Ça s'est complètement refermé. Du coup, Miami, c'est clairement conservateur. Los Angeles, c'est clairement libéral. Et donc la césure est de plus en plus visible. Le Texas, C'est très intéressant parce que c'est un des États les plus conservateurs. Mais il y a une île qui est Austin, qui est un des endroits les plus libéraux de tous les États-Unis.
- Speaker #1
D'ailleurs, le motto d'Austin, c'est « Keep Austin weird » . Ça m'a toujours fait marrer, ce truc-là. Regarder Austin bizarre, quoi, quelque part étrange.
- Speaker #0
Donc tu vois...
- Speaker #1
C'est un truc qu'on ressent pas aussi en France. Et ici, vous bougez. Enfin les gens bougent en fonction de leur affinité politique. Et c'est possible. C'est-à-dire que toi, tu vois vraiment des gens, j'imagine, qui déménagent d'État, parce qu'ils vont dans des États où la politique et la culture leur plaient plus, en fait.
- Speaker #0
Bah ouais.
- Speaker #1
En France, tu vas à Marseille pour le cadre de vie, mais pas pour forcément la politique, ou Lyon, ou... Non.
- Speaker #0
Parce que c'est moins polarisé en France. Peut-être qu'en France, tu vas dire « Dans le Sud, c'est plus extrême droite » , mais... C'est pas du tout comme ici. Ça marche pas du tout pareil.
- Speaker #1
Non, tu changes de pays, pour le coup. Tu vas en Suisse ou tu vas en Allemagne ou en Espagne pour découvrir une autre politique plus ou moins libérale, en fait.
- Speaker #0
Bah ici, je te dis, il y a quelques états, je pense, dans lesquels tu peux trouver quelque chose d'aussi accueillant. Quand t'es quelqu'un de libéral comme moi, je pense que, comme je disais, Austin, ça fonctionnerait, le Colorado, l'Oregon, le Massachusetts, New York, le Connecticut, enfin, quelques États de la côte Est, mais la Floride, par exemple, je... Je ne m'y verrais pas du tout. D'ailleurs, on a des copains de Los Angeles qui sont partis vivre en Floride. Ça fait, je crois, six ans qu'ils y sont. Et à chaque fois qu'on leur parle, j'en peux plus de la Floride. Je veux rentrer.
- Speaker #1
Peut-être que ça, ça fait écho à ma première question, c'est-à-dire quel est le secret de Los Angeles ? Est-ce que toi, tu restes ici pour la spiritualité, le business, un mix des deux ?
- Speaker #0
Alors, il y a... Je ne sais pas si c'est un secret, mais ce que je peux révéler... Un secret,
- Speaker #1
pour moi, ce n'est pas forcément dans le sens premier secret du terme, c'est-à-dire quelque chose qui est caché, mais pour moi, le secret, c'est plus le truc que tu découvres, qui est le plus pur, une fois que tu as exploré plein de choses.
- Speaker #0
Alors oui, ça va exactement dans le sens de ce que tu dis. Los Angeles est un aimant, c'est un hub. C'est-à-dire, en vrai, quand tu veux rencontrer des gens, T'as deux solutions. Ou tu vas chez eux, ou ils viennent chez toi. Los Angeles est une des rares villes qui te donne les deux. Parce qu'en fait... Quasiment tout le monde qui fait quelque chose d'important ou pas dans l'industrie de la musique, un jour va passer par Los Angeles. Même peut-être plusieurs fois par an et même plusieurs fois à répétition. Donc, tu as une double possibilité de rencontrer des gens. C'est à la fois toi d'aller vers les gens qui vivent ici, mais aussi ceux de l'extérieur qui viennent ici pour te voir. Et ça ? Je sais pas si ça répond, mais j'ai envie de dire que c'est une constellation que j'ai trouvée nulle part dans le monde. Je vois pas, à part New York et peut-être Londres... On pourrait dire ça, je pense, de Londres aussi, probablement, que tout le monde n'en est pas à Londres.
- Speaker #1
Plus fermé, je trouve, un peu Londres. Moi, ça me paraît peut-être un peu plus fermé, Londres.
- Speaker #0
Peut-être, ouais.
- Speaker #1
Peut-être le côté insulaire, moins atténuable facilement, quoi.
- Speaker #0
Et ce qui nous fascine depuis le premier jour jusqu'à aujourd'hui ici, moi je dirais c'est le rêve de chacun. C'est que chaque personne que tu rencontres, le serveur dans un coffee shop, le vendeur de bagnole, dans une soirée, un voisin, tout le monde a son rêve. Tout le monde est là parce qu'il veut faire quelque chose, il veut accomplir quelque chose. Et il n'est pas juste là pour être là. Ça, ça me fascine. Et c'est peut-être quelque chose que j'ai découvert, comme tu dis, qui est pour moi le secret de cette ville. C'est que, du coup, l'énergie est tellement palpable de partout que, par exemple, tu ne peux pas ne rien faire ici. C'est impossible. Tu es à contre-courant total. C'est juste si tu te laisses vivre. Pour te laisser vivre, non, il y a d'autres endroits. Oui,
- Speaker #1
c'est pas une ville pour moi. Tu me l'as dit une fois, ça m'a marqué. Je me suis dit que tu avais terriblement raison. C'est pas une ville où tu pars en vacances.
- Speaker #0
Non, pas tellement.
- Speaker #1
Quand t'as des vélités de développer ta carrière, c'est pas possible. Non. Moi, les fois où je me suis imaginé venir ici en vacances, j'étais un peu truc. Il manquait un truc, quoi.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Il manque l'aventure, en fait.
- Speaker #0
Exactement. Donc j'espère que ça répond un peu.
- Speaker #1
C'est parfait. Et je te propose qu'on reste là-dessus parce que c'est un super mot de la fin. Nico, merci.
- Speaker #0
Je t'en prie.
- Speaker #1
J'espère qu'on se recroisera, c'est sûr, mais peut-être qu'on réenregistrera un petit bout d'épisode parce que j'aime bien avoir un peu de suivi. Yes,
- Speaker #0
yes.
- Speaker #1
Je te remercie.
- Speaker #0
Avec plaisir, on peut refaire la même quand tu veux. Moi, j'aime bien ça.
- Speaker #1
Avec plaisir, c'était hyper intéressant. Ça permet de creuser et de trouver le petit joyau. De la Californie.
- Speaker #0
Non, c'est pas...
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Cool.