- Speaker #0
Aujourd'hui, on vous emmène en Bretagne, aux côtés d'une entreprise qui a fait le choix d'inviter la pomme ailleurs que dans nos assiettes. Depuis le Finistère, Ada Ozan donne une seconde vie. à ce qu'il en reste, le marque de pomme. Adaozan, c'est l'histoire d'un matériau né du bon sens et de la curiosité. Transformer un déchet en ressource, un résidu en matière première. Une idée simple, mais pleine de promesses pour le design, l'ameublement ou la construction. Et pour nous en parler, je reçois aujourd'hui Yoann Lepocréo, fondateur d'Adaozan, pour découvrir comment la nature inspire, encore et toujours, les innovations de demain. Bonjour Yoann.
- Speaker #1
Bonjour Anne.
- Speaker #0
Bienvenue dans Innovators.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais commencer par te présenter et ensuite nous parler d'Addaozan ?
- Speaker #1
Je m'appelle Yoann Lepocreau, je suis designer, architecte d'intérieur. Je suis breton, je viens de l'Orient, en gros dans le sud de la Bretagne. J'ai fait mes études à Rennes, Landerneau, puis Paris, en architecture d'intérieur. Ensuite, j'ai été à Londres pratiquer pendant quelques années, avant de revenir en Bretagne en 2020-2021. au moment du Brexit et du Covid, retour aux origines. Et c'est à ce moment-là que, du coup, avec Guillaume, que j'avais rencontré pendant mes études, on a décidé de fonder Adaozan. Adaozan, c'est comme on veut. En breton, ça se dit Adaozan.
- Speaker #0
D'accord. Et qu'est-ce que ça signifie ?
- Speaker #1
Et ça signifie recycler, en breton.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, comment est-ce que cette histoire a commencé de Adaozan ? Comment est-ce que l'idée est venue de vous dire, voilà, vous avez rencontré tous les deux, et ensuite, comment cette histoire a pris vie ?
- Speaker #1
Alors à la toute base en fait donc on s'est rencontré pendant nos études à Landerneau donc en gros en menuiserie en architecture d'intérieur menuiserie Guillaume a un profil plus artisan il vient de l'ébénisterie moi j'avais j'ai un profil du coup plus un peu plus créatif et ensuite on est tous les deux allés à paris étudier et travailler et en fait depuis qu'on s'est rencontrés on fait ensemble toujours des projets on a fait des projets de mobilier en métal des projets voilà On a tenté de recycler du plastique aussi. Donc ça, c'était une idée qui vient à la base de Dave Hackeens, qui est un designer hollandais, et qui a lancé un projet, une communauté, qui s'appelle Precious Plastique. Oui, tu connais. Et du coup, l'idée, c'était de voir comment on recycle le plastique, d'aller voir comment ça se fait, et mettre en ligne des plans de machines qui permettraient de le recycler partout dans le monde. Parce qu'on est confrontés partout dans le monde au problème du plastique. Et de ça est née toute une communauté. Nous, on s'y est vraiment intéressés avec Guillaume, on a voulu tenter un peu l'expérience, donc un peu sur nos heures perdues. Il y a une branche de précieuses plastiques qui s'est dit que le plastique c'est pas mal, mais en fait le recycler ça aussi perpétue l'idée d'en produire quelque part, ça donne une excuse en tout cas. Et on pourrait peut-être aller un peu plus loin que ça, c'est-à-dire essayer de recycler autre chose que du plastique et notamment des déchets organiques. Et c'est du coup en rentrant en Bretagne... donc ça a un peu coincidé aussi avec la rentrée de Guillaume en Bretagne qu'on s'est dit mais est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à faire sur notre territoire on a du cidre, est-ce que le cidre en fait il n'y a pas un déchet derrière forcément on s'est dit voilà quand on fait du café, il y a du mar de café donc il devrait y avoir un déchet du cidre et on a découvert le mar de pommes que peu de gens connaissent finalement parce que peu de gens ont accès à des cidreries et qui représentent en fait des masses considérables de déchets et puis on s'est dit on va essayer de faire quelque chose de filer en aiguille en fait au bout de... Plusieurs mois, plusieurs années, on a commencé à maîtriser un peu le marde-pomme, comprendre comment il fonctionne. Et c'est de là qu'on est arrivé avec des résultats qui étaient plutôt satisfaisants. On va se dire, on va en faire plus qu'un projet du week-end, on va en faire une entreprise.
- Speaker #0
Ok, super. Et tu parlais justement du projet Precious Plastic. Comment vous êtes passé à vous dire, voilà, nous on prend cet exemple de base et vous le transposez. Donc vous trouvez votre matière première, le marde-pomme. Et ensuite, vous vous dites, on va créer des machines. Comment est-ce que cette partie de réflexion est venue pour... Vous avez découvert la matière pour ensuite créer des machines. Un petit peu, comment s'est passée cette organisation pour vous ?
- Speaker #1
Assez naturellement, en fait. Comme je disais, on a fait pas mal de projets ensemble. Et on a aussi construit des machines qui étaient en lien avec Prechus Plastique. Et en fait, dans la lignée, il y a des machines... issus de la transformation du plastique qui peuvent être détournés en tout cas pour transformer la matière parce que c'est la technique qu'on utilise, donc si on rentre un peu dans le détail, c'est une technique qui existe déjà, donc la thermocompression donc on chauffe et on presse, en fait c'est un procédé assez simple et nous effectivement on a fait des machines qui sont vraiment adaptées à notre matière mais en fait c'est en faisant qu'on a vraiment adapté...
- Speaker #0
Donc vous avez créé des machines ?
- Speaker #1
On a créé des machines.
- Speaker #0
C'est génial !
- Speaker #1
Oui, voilà, donc on est toujours partant de l'existant et puis... en ajoutant des choses, des caractéristiques dont on a besoin pour notre matière. Mais oui, on est vraiment parti de la matière en essayant de faire avec ce qu'on connaissait un peu et puis ensuite, petit à petit, venir améliorer cette machine.
- Speaker #0
Super. Donc pour rentrer un peu plus dans la matière justement, est-ce que tu pourrais nous la décrire un peu plus et comment est-ce que cette matière-là se transforme ?
- Speaker #1
Le mâre de pomme, c'est vraiment la pomme qui est broyée. Pour être ensuite pressé, on extrait le mou de pomme qui va donner soit du jus, soit du cidre, qui vont ensuite fermenter. Et en fait, tout le reste, c'est de la pomme où on a extrait son jus. Donc c'est quand même encore un peu humide, mais c'est vraiment de la pomme qui s'est oxydée avec l'air. Donc il y a cette couleur un petit peu ocre et qui est un peu un broyat, une masse humide, compacte. Tout ça, c'est extrait par les cidriers qui, eux, en gros, en font un gros tas. Ils s'arrangent, soit ils envoient ça en méthanisation, soit ils s'arrangent avec des voisins qui vont donner ça aux animaux, ou ils en mettent un peu sur leur terre pour amender. Il se trouve que c'est une masse qui est acide et instable. Pour les sols, il ne faut pas en mettre en trop grande quantité. Les animaux, ils ne digèrent pas bien non plus, donc il faut mélanger tout ça. Méthanisation, ça n'a pas un très gros rendement. Nous, on récupère tout et on valorise tout. On ne met rien de côté. C'est pour ça qu'on voit encore les pépins, la peau, la chair. il y a vraiment tout toute la pomme à l'intérieur. On a une spécificité, c'est que nous, on ne met pas de résine pétro-sourcée avec. Donc on utilise tout ce qu'on met, c'est vraiment que de la pomme. Et c'est ce qui fait un peu l'aspect unique de notre matière. C'est que c'est que naturel. 100%. Donc ça, je sais que ça étonne souvent. Mais oui, il y a déjà tout dans le mar de pommes, grosso modo, pour que ça se retransforme, se réagglomère avec une certaine technique. que nous on a réussi à maîtriser au fur et à mesure. Ça n'a pas été simple, mais avec un certain savoir-faire, en tout cas, on a réussi à réagglomérer cette pomme pour en former ce matériau. Au début, on a fait des objets, des petits vide-poches, des petits supports de bougies, ce genre de choses, pour tester un peu la matière, essayer de voir comment elle se comportait. Et au fur et à mesure, parce qu'on venait de ce domaine-là aussi, on a essayé de se raccrocher à l'architecture d'intérieur. Et on s'est dit, on aimerait aller... pas concurrencer, mais offrir en tout cas une alternative. On va essayer de faire un produit qui est 100% naturel. Ce qu'on a réussi, du coup, c'est qu'aujourd'hui on fait du revêtement mural, du fait que c'est un matériau qui, en termes de résistance physique, en tout cas, ne peut pas encore se comparer à un aggloméré de bois, mais en tout cas on y travaille. Et du coup on s'est tourné dans un premier temps vers le revêtement mural, du fait qu'il y ait moins de besoins. sur les résistances physiques, il y a moins de sollicitations, en tout cas sur un revêtement mural. Et du fait aussi, on a eu cette chance-là, c'est que c'est un produit qui est très beau, une fois valorisé comme ça, et qu'on a envie de mettre en valeur aussi comme ça.
- Speaker #0
Tu m'as mentionné que vous avez commencé par des petits accessoires. Comment vous êtes passé de ces parties accessoires au revêtement mural ?
- Speaker #1
On a eu cette idée de faire dans un premier temps des objets, parce que c'est assez simple à faire. finalement et c'est assez satisfaisant parce qu'on a un moule, on met du mar de pommes on presse et après ça sort déjà tout fait pratiquement. Donc il y a quelque chose d'assez satisfaisant, on s'est dit c'est peut-être vers là qu'il faut aller parce que comme c'est une belle matière on s'est dit voilà, en objet de décoration ça fait sens Il se trouve que le marché de l'objet est assez compliqué et qu'il y avait moins de sens, en tout cas pour nous, du fait de notre métier du coup en architecture d'intérieur de faire juste des petits objets ou aller investir des murs entiers, raconter une histoire vraiment dans des lieux. Là, par exemple, on a notre dernier projet qui vient de sortir à l'Académie du Climat pour la mairie de Paris. Et c'est dans le hall d'entrée. Et en fait, il y a toute une histoire derrière qu'on peut aller raconter avec cette matière. D'où viennent ces pommes ? Pourquoi elles sont là ? Pourquoi l'Académie du Climat ? Quel est l'impact aussi de cette matière ? Il y avait un impact qui pouvait être beaucoup plus intéressant à l'échelle d'un revêtement que de petits objets. Donc voilà, c'est un peu le... le tournant qu'on a eu l'année dernière à peu près. Parce que l'entreprise a été créée en 2023, on est en 2025, donc 2024, fin 2024, on s'est dit on va plutôt aller vers du revêtement mural pour l'instant. Il y avait aussi toute une idée de standardisation aussi du procédé, c'est-à-dire qu'actuellement comment ça se passe, c'est-à-dire qu'on crée des plaques à l'intérieur desquelles on va aller redécouper des formats pour du revêtement. Tout bonnement en fait on fait des carreaux de pommes qu'on vient couper à la bonne échelle. faire des petits chanfreins pour ensuite coller directement soit au mur, soit sur de l'ameublement du coup voilà, il y avait tout un procédé de standardisation de ce procédé là et du coup aller rencontrer aussi des architectes, des architectes d'intérieur pour comprendre un peu leurs besoins comme on parle un peu la même langue donc aller vraiment trouver tous ces éléments là pour voir pourquoi ce serait intéressant d'en faire un revêtement
- Speaker #0
Et au premier abord, en fait, un architecte te dit, oui, très bien, je prends un marque de pomme, je pose.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas si facile. Il y a tout un travail. C'est une matière naturelle, comme je disais, vivante. On parlait des traces. Il y a tout un aspect de comment c'est dans nos intérieurs aussi. On en demande plus, en tout cas, que des objets, comme on disait tout à l'heure. Et aussi, en fait, on est habitué aujourd'hui à avoir des éléments qui sont du coup issus du prêt de ressources, notamment. et qui sont, comme le plastique par exemple, je dis ça souvent, je dis le plastique c'est génial en fait, le plastique ça coûte pas cher, c'est facile à produire, c'est hyper résistant, c'est résistant à l'eau, plein de choses, tâches, tout ça. Mais on prend pas du tout en compte l'aspect, c'est-à-dire, ça vient du pétrole, donc on extrait des ressources, il y a toute une question de pollution derrière, et puis la vie d'après, c'est-à-dire tous les micro-plastiques, ça fait... plaisir à personne d'avoir des microplastiques dans son corps, mais on ne se pose pas trop la question quand on investit en tout cas un lieu avec du plastique ou des dérivés du plastique. Du coup, il faut aussi beaucoup discuter, beaucoup, comment dire, c'est pas convaincre, mais juste démontrer en fait une autre utilisation de ces matières et en fait revenir à quelque chose d'un peu plus essentiel, de plus basique, c'est-à-dire ce revêtement naturel. Il n'a pas d'impact sur l'air intérieur, parce qu'il y a aussi cette question-là de pollution de l'air intérieur. En fin de vie, il est très facile à recycler, puisqu'il est biodégradable. Donc techniquement, on peut le mettre dans notre compost, ça va se dégrader. Et tout ça, en fait, c'est un énorme avantage par rapport à d'autres types de matériaux.
- Speaker #0
Mais au niveau de ces arguments-là, comment est-ce que tu argumentes avec les architectes pour dire, voilà, à deux ans, en fait... peut très bien être en revêtement parce que je ne vois pas qu'il y ait de vernis, etc. Donc ce côté-là, et puis il y a la fin de vie. Ok, mais comment est-ce que tu les convas à ce niveau-là ?
- Speaker #1
C'est ça qui est pas facile. Comme je disais, du coup, on a tellement un rapport biaisé au matériau, c'est-à-dire qu'on s'est habitué à des choses très résistantes, tout en occultant un peu les côtés un peu plus sombres de ces matières. Je parlais du plastique notamment. Et là, c'est réapprendre tout ça. Et c'est... Et... C'est pour ça que c'est assez compliqué de convaincre, parce qu'on en attend énormément de cette matière. Parce que du coup, on va la comparer à du plastique. Oui, mais alors, c'est pas aussi résistant, c'est pas aussi tout ça. Et c'est ça qui est dur d'aller chercher. Donc il faut convaincre aussi par l'histoire de ce revêtement. Qu'est-ce que c'est ? D'où ça vient ? Tout ce que ça raconte derrière. C'est-à-dire, même le cidre engendre un déchet. Qu'est-ce qu'on fait de ce déchet ? est ce que voilà et et pour qu'on ait une prise de conscience un peu plus globale de tout l'impact de tout ce qui est créé par l'être humain. Cette matière, déjà, c'est valoriser un déchet. C'est déjà un acte en soi. Ensuite, c'est un produit qui est très beau et qui apporte quelque chose dans un intérieur. Ça, c'est plus le côté vraiment architectural et qui a quand même des qualités techniques. Même si, encore une fois, on ne peut pas... Il y a un peu de qualité d'absorption acoustique, par exemple, mais on ne peut pas se comparer à un élément technique qui est vraiment fait pour ça. Mais il est là, il a un côté d'isolation thermique, mais on est en 8 mm, donc on est en très fin. Ce n'est pas là-dessus non plus qu'on va aller changer quelque chose. Voilà, c'est vraiment prendre conscience de tout ça, de tous ces impacts-là aussi. Et c'est de petit bout par petit bout, comme je disais à l'Académie du climat, on est au bon marché, tout ça. aller faire ces prises de conscience pour un projet un peu plus global de prise de conscience de tout ça et puis essayer d'évoluer tous ensemble faire des intérieurs un peu plus respectueux de l'environnement et plus sains.
- Speaker #0
C'est vrai. Et tu parlais justement de la partie technique. Est-ce que vous avez fait des tests dans le laboratoire pour justement challenger un peu votre matériau ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. On a fait d'abord tout un tas de tests en interne, bien sûr, avant d'aller pour comprendre comment elle fonctionne, comment ça réagit.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais nous parler plus un peu de ces tests ? Vraiment, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Oui, mais il y a une grosse question, c'est la résistance à l'eau. basiquement parce qu'on est sur un produit 100% naturel biodégradable donc c'est génial toutes nos chutes on peut les réutiliser directement en fin de vie comme je disais c'est très facilement recyclable l'inconvénient c'est que si on met de l'eau de manière prolongée dessus en fait ça va commencer à se dégrader c'est le principe du biodégradable mais du coup on peut pas l'utiliser dans toutes les conditions s'il y a trop de variations d'humidité ou de température c'est pas fait pour ça donc nous basiquement on l'a plongé dans l'eau on a On a mis des gouttes d'eau dessus pour voir comment ça réagissait. Voilà, tout ça, on a essayé plein de finitions, voir comment ça pouvait améliorer ou pas tout ça. Donc ça, c'est un des gros enjeux. Il y en a plusieurs. On a fait, par exemple, pour le revêtement intérieur, il y a une question de résistance au feu qui est très importante. Donc on a fait des tests en laboratoire, des certifications. Pareil pour, comme je disais, l'absorption acoustique, tout ça. Pour faire tous ces tests-là, on s'entoure soit, on fait des partenariats avec... des universités, localement, je pense à Lorient, on est en train de faire avec une université de Rennes aussi, pour que des étudiants puissent travailler sur notre matière. Soit on va aller chercher des subventions, des bourses, qui nous permettent d'investir dans ces tests en laboratoire, qui vont aller comparer concrètement cette matière à ce qui existe déjà.
- Speaker #0
Ok, très bien. Et donc tu as mentionné plusieurs acteurs qui vous ont aidé pour les tests. Vous avez créé un écosystème, que ce soit pour les tests, mais aussi pour aller chercher la matière première, les cidreries aussi. Est-ce que vous travaillez, parce qu'il y a aussi la question de la quantité de votre sourcing, est-ce que c'est avec une seule cidrerie que vous travaillez, est-ce qu'il y en a plusieurs ? Et si j'entends bien, ça reste un peu en Bretagne ?
- Speaker #1
L'idée c'était, on a été contactés pour valoriser par exemple des noyaux d'olive. Il me semble qu'ils venaient du nord de l'Italie. Je trouvais que c'était une idée hyper intéressante. Le problème, c'est qu'ils allaient nous livrer les olives en camion depuis l'Italie. Il n'y avait pas beaucoup de sens, en fait. L'idée de base, nous, c'est qu'on puisse reproduire un peu ce modèle à l'échelle d'un territoire, c'est-à-dire d'une région. Nous, on trouverait ça génial que d'ici dix ans, chaque région ait un, deux, trois ateliers comme le nôtre qui valorisent des déchets locaux et s'intéressent à ce qui se fait sur le territoire.
- Speaker #0
Super. Qu'est-ce qui était le plus grand défi dans la création de votre matériau ?
- Speaker #1
Je pense que le plus grand défi au début, c'était de construire notre machine, notre propre machine, qui n'était pas si évidente que ça. Parce que, comme je l'ai dit, on a voulu faire avec nos moyens et adapter des choses déjà existantes qui avaient beaucoup plus de sens pour nous. Et faire vraiment réussir à sortir une matière comme ça, par rapport à nos premiers essais qu'on avait au tout début, ça n'a vraiment rien à voir. C'est vrai qu'on a commencé vraiment avec... Les premiers éléments qu'on sortait, on était hyper contents. Maintenant, quand je revois les photos, je me dis c'est très très loin de la tenue qu'on a aujourd'hui, de l'aspect, de toutes ces choses-là. Et du coup, c'est vraiment réussir à maîtriser tout ce process de manière assez pointue pour que ça puisse être... reproductibles en fait, sur des grandes échelles.
- Speaker #0
Quand vous vous êtes lancé, à quel moment vous vous êtes dit c'est bon, on tient quelque chose, du marque de pomme à avoir justement un panneau de Ada Ozan comme celui que tu as ici ?
- Speaker #1
On voyait quand même qu'il y avait quelque chose, on sentait que ça s'agglomérait, il y avait un aspect qui était très intéressant, pas ce qu'on a aujourd'hui, mais quand même, il y avait quelque chose qui se faisait, et comme je disais, chimiquement, c'était quelque chose d'assez magique, qui se créait concrètement. On a fait des milliers de tests. Et puis, sans s'en rendre compte au fur et à mesure, c'est aussi vos proches qui voyaient l'évolution du projet et qui nous disaient, mais là, vous allez vers quelque chose de vraiment intéressant.
- Speaker #0
Tu disais justement que vous êtes passé accessoire. C'était très petit. Là, tu avais mentionné aussi l'acoustique, le revêtement. Est-ce que vous pensez peut-être aller vers... Pour l'amblement, enfin, construction de mobilier, est-ce que c'est dans les projets ou est-ce qu'il y en a d'autres ?
- Speaker #1
Oui, mais ça a toujours été le but principal. En fait, on voulait proposer une alternative de ce qui se fait en aggloméré bois. L'élément final qu'on aimerait créer, c'est un panneau. agglomérés en pommes à l'échelle de ce qui se fait aujourd'hui de manière plus ou moins industrielle, forcément industrielle d'ailleurs, pour faire de l'ameublement et des éléments à plus grande échelle. Pour l'instant, comme je disais, on a des caractéristiques qui sont encore limitées, c'est-à-dire en résistance physique notamment, et aussi en termes de processus industrialisable. On a encore quelques limites. qu'on va essayer de franchir petit à petit. Et en tout cas, cette matière existe. Donc, on l'a, pour l'instant, on l'a fait exister, effectivement, en revêtement. Et on va aller chercher des collaborations pour faire un peu de mobilier, améliorer toujours la matière avec des partenariats, avec des laboratoires pour réussir à faire de plus en plus épais, de plus en plus solide, tout en gardant, on espère en tout cas, cette fibre...
- Speaker #0
100% naturelle.
- Speaker #1
C'est ça, c'est le gros défi.
- Speaker #0
Oui, exactement. Donc, c'est... Est-ce que justement les prochaines étapes pour Adaozan, ça reste secteur architecture, est-ce qu'il y aura d'autres secteurs qui vous intéressent ou dans lesquels Adaozan pourrait aller ? Et est-ce que ça entraîne aussi une nouvelle création de machines ?
- Speaker #1
Bonne question, bonne question. On va rester dans cette lignée-là, c'est-à-dire dans le fait de faire des panneaux. Pour l'instant, c'est plus des plaques, des petites plaques qui ne sont pas encore très grandes. en fait l'idée c'est de réussir à augmenter la taille tout en gardant les mêmes aspects et réussir à augmenter les caractéristiques. En commençant justement, comme on a fait des petits objets de décoration, on a été sollicité pour plein plein de choses. Parce qu'on n'avait pas vraiment d'offres, de propositions, de ce qu'on peut en faire en fait de ce matériau. Parce que nous on était là, mais c'est un matériau général qui peut s'appliquer à plein de choses. Mais on aimerait en tout cas rester dans cette lignée-là pour avoir une position claire et ne pas s'éparpiller nos forces.
- Speaker #0
Pour les machines, comment est-ce qu'on peut usiner concrètement à Daosan ? Tu as parlé de différentes machines que vous avez et aussi, est-ce qu'il y a d'autres finitions qu'on peut lui donner ?
- Speaker #1
On nous demande beaucoup si on peut le teinter notamment, parce que ça c'est une question qui revient assez souvent, la couleur. On a fait pas mal de tests. Grossièrement, on perd un peu l'intérêt du produit, parce qu'il y a une belle couleur ocre. Et nous, on s'est dit, il y a peut-être d'autres déchets à aller valoriser, qui vont nous apporter une gamme un peu différenciée.
- Speaker #0
Quand tu dis d'autres déchets, c'est dans la pomme ou d'autres déchets ?
- Speaker #1
Pas forcément la pomme. Pas forcément la pomme. Oui, oui. Donc ça,
- Speaker #0
c'est un autre petit projet peut-être en livre.
- Speaker #1
Donc la première idée, c'est d'améliorer nos machines pour améliorer nos capacités de production, c'est-à-dire en taille, en volume. Et ensuite, se dire qu'il y a peut-être d'autres matières qui réagissent un peu comme la pomme, qu'on va essayer d'aller tester pour voir si ça apporte d'autres gammes, d'autres nuances. Il y aura sûrement d'autres caractéristiques. qui vont naître un peu de tout ça. Donc effectivement, on va rester là-dessus, mais on a déjà testé des matières qui sont assez prometteuses. Et on va essayer de développer ça dans les prochains mois, certainement.
- Speaker #0
Et par rapport aux machines, est-ce que vous utilisez des coupes laser, CNC ? Qu'est-ce qu'on peut dire ? En transformation, oui.
- Speaker #1
En fait, ça se comporte comme du bois. C'est quand même plus proche de l'agglomérée de bois. Pour cette finition, où on voit encore la chair, les pépins, tout ça, qu'on appelle brute, ça se rapproche du panneau de particules. Notre haute texture, qui est le mardeau de pomme, qui est broyé, ça donne un aspect un peu plus lisse. Celle-là se rapproche plus du MDF, c'est-à-dire qu'on peut faire des découpes plus précises, avec un peu moins d'éclats. Et ça se travaille comme du bois, je disais, donc on peut utiliser des machines à bois, tout simple.
- Speaker #0
Et est-ce que si quand vous créez des objets, les déchets, vous les réutilisez ? Comment ça se passe ? Oui,
- Speaker #1
en fait, nous, on fait des plaques et on vient selon les demandes. En fait, on a un catalogue de formats de carreaux. On a quatre formats standards, donc en gros, un petit rectangle, un grand rectangle, un petit carré, un grand carré. Mais il est possible de commander sur mesure aussi. Donc nous, on a fait ces formats un peu pour correspondre aux plaques qu'on sait faire actuellement. Et pour avoir le moins de chutes possible, parce que l'idée c'est de ne pas recréer du déchet derrière, c'est dommage. Et en fait, toutes nos chutes, on peut les rebroyer et les réintégrer ensuite dans notre matière première. Voilà, ça n'altère pas la composition, en tout cas du mar de pommes. Donc tout est réutilisable.
- Speaker #0
Super. Tout à l'heure, tu disais que, c'est dans les projets, je ne sais pas si tu peux en parler, mais qu'il y aurait peut-être une bimatière, donc faire un mélange de pommes et autre chose.
- Speaker #1
Pas forcément bimatière, mais complètement une autre matière.
- Speaker #0
Complètement une autre matière ? D'accord. Donc, pas mélanger les deux ?
- Speaker #1
Non. Enfin, ça dépend. Si ça apporte quelque chose aux caractéristiques techniques ou visuellement, oui, on peut l'envisager. Alors, quand on reste sur de l'organique, ça va. Mais c'est la création des composites, en fait, qui est problématique. Mais alors là, c'est plus si on rajoute un liant ou quelque chose comme ça qui va rendre le complexe. plus complexe justement à recycler derrière. Donc on essaye de faire un produit où il n'y a que de la pomme. Là donc on s'intéresse, pour donner un exemple, au sarrasin, qui est un autre élément bien connu du territoire breton, et notamment les causes de sarrasin, et qu'on essaye de valoriser pour voir ce que ça donne, qu'est-ce que ça peut apporter, est-ce que c'est intéressant, qu'est-ce qu'il existe actuellement comme filière pour valoriser ce déchet-là. Donc le sarrasin, basiquement, c'est noir avec des petits points blancs. Ça donne un aspect un peu marbré et qui va pouvoir venir apporter autre chose que le marde de pomme ne sait pas faire. On s'intéresse aussi au fait de mesurer l'impact, ou en tout cas le CO2 qui est émis, avec la distance parcourue par nos pommes, pour voir du champ à l'atelier, pour voir ce que ça représente un peu.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un secteur où vous aimeriez bien que Ada Ozan aille ? Ou que vous imaginez que ce serait chouette et en même temps innovant ? Ou est-ce que ce serait innovant que Ada Ozan puisse aller ou que ce soit réalisable ?
- Speaker #1
Nous, on aime bien travailler avec les cidreries, on n'a pas eu beaucoup d'occasion.
- Speaker #0
On se dirige vers le professionnel, donc tout ce qui est métier, notamment de bouche, des restaurants, des cafés, on aimerait bien travailler avec des barres à cidre, ce genre de choses en fait, ou des restaurants qui travaillent la pomme, ou des produits...
- Speaker #1
Donc forcément qu'il y ait des liens avec la pomme ?
- Speaker #0
Pas forcément, mais en fait c'est plus rigolo.
- Speaker #1
Et quand tu parles justement de l'aspect esthétique, est-ce que c'est directement le marque de pommes qui le fait, ou c'est que vous avez quand même un peu cherché C'est le résultat dans vos machines ? Comment est-ce que vous, vous l'avez mis en place ? Ou est-ce que c'est vraiment le mar de pomme qui est comme ça et qui est magnifique ?
- Speaker #0
C'est les deux. Parce que oui, effectivement, c'est la matière elle-même, avec tous ces petits contrastes entre ces bruns marrons et ces couleurs un peu plus claires qui viennent créer des paillettes, un espèce de terrazzo organique qui est assez unique. On a peu de matière qui se rapproche de ça. Ça, c'est la composante organique de la matière. On n'a pas fait exprès, entre guillemets. Et ensuite, c'est la manière, nous, de le transformer qui, comme on chauffe, on peut aller chercher des teintes plus sombres, on vient uniformiser un peu plus, ou alors on garde en fait cet aspect un petit peu plus ocre. Et on a aussi différents rendus, en fait, de marres de pommes. C'est-à-dire, là, on est en train d'essayer de travailler avec une pomme à chair rouge qui va nous amener une couleur un peu plus lit-vin, un peu plus... Voilà, qui sort un peu de tout ça.
- Speaker #1
Est-ce que ça, avec la couleur de la pomme, on peut réussir à avoir un autre type de panneau ? La couleur va changer ? Oui, du coup, la couleur va changer.
- Speaker #0
Mais c'est vraiment... Là, par exemple, sur ce mard de pomme-là, il est un petit peu plus marron que ce qu'on avait jusqu'alors. Et en fait, c'est une autre variété. Une autre source, en tout cas, de mard de pomme, qui apportait une légère nuance que nous, on voit vraiment, mais qu'il faut avoir l'œil un peu... aiguisé.
- Speaker #1
Mais directement avec le producteur, quand il dit ça, c'est-à-dire que vous lui demandez d'avoir un certain déchet de cette chair-là, et ensuite de mettre à part, comment est-ce que...
- Speaker #0
C'est plutôt dans l'autre sens, on va le voir en disant qu'est-ce qu'il y a de disponible, qu'est-ce qui est possible de faire. Et de ça, en fait, on va venir sélectionner, faire des tests, voir les différences que ça peut apporter. Qu'est-ce qu'on fait si on broie un petit peu ? Qu'est-ce qu'on fait si on broie beaucoup ? Quelles vont être les différences entre les différentes textures ? Mais c'est tout ça, c'est aller expérimenter avec tout ce qui se fait, tout ce qui actuellement est disponible.
- Speaker #1
Super. Donc ça veut dire qu'il y a une espèce de co-création entre vous et le cidrier pour justement réussir à avoir une matière comme celle qu'on a à la fin.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Oui, mais en fait, c'est très important. parce que déjà on va pas aller lui demander quelque chose qui n'existe pas ou qui serait enfin il va pas créer du déchet pour nous en fait on va pas aller nous on veut vraiment partir d'existence donc tout ce travail en amont est très important et et ensuite c'est de la co création effectivement on lui demande on pousse toujours vers un truc on peut pas l'obtenir un tout petit peu plus fin voir ce que ça donne parce que nous ça nous fait des telles caractéristiques plus résistante plus voilà ou esthétique on préfère avoir des gros copeaux tout dépend de ça et des ajustements qu'on veut mettre dans notre matière.
- Speaker #1
Tu disais justement que la question de la visibilité, est-ce que justement des bibliothèques de matériaux vous aident un peu à être un peu plus visibles ?
- Speaker #0
L'Innovatec ici, il y a plus de 2500 produits, c'est ça ? C'est ça. C'est quand même un challenge aussi de... Donc déjà, il faut y être parce que on produit une matière qui est innovante et du coup, notre place est là et on est très heureux qu'on puisse en faire partie et Et puis ça permet de se faire connaître auprès non seulement de professionnels qui s'y intéressent, mais de professionnels qui s'y intéressent un peu moins aussi.
- Speaker #1
Justement, les retours pour améliorer votre matériau, est-ce que c'est aussi les retours usagers qui vous permettent justement de se dire, si on n'avait pas pensé à ça, ça serait mieux de faire ? Énormément.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Nous, on discute tous les jours avec des architectes et on a... On est toujours étonné dans les différents salons qu'on fait. On était à Paris dernièrement pour deux jours. Faire entrer cette matière-là, qui est un ancien déchet sur le marché du revêtement, ça emmène plein de questions. Et en fait, quelles sont les premières questions que vont se poser les professionnels qui vont utiliser cette matière ? Comment elle est produite ? Comment on la commande ? Comment on la pose ? Comment elle résiste ensuite au temps ? Quelle est la finition, effectivement ? Toutes ces questions-là. qui vont venir nourrir ensuite l'orientation qu'on fait de ce revêtement-là. Qu'est-ce qu'on va aller améliorer ? Qu'est-ce qu'il est important d'aller tester aussi, comme je le disais ?
- Speaker #1
Et justement, pour finir, qu'est-ce que tu dirais à des professionnels qui souhaitent s'utiliser à Daozan et qui n'osent pas ?
- Speaker #0
Il faut tester, tout simplement. C'est vrai qu'on n'est pas obligé d'être dans un premier temps. Je sais qu'il y a des architectes qui testent. On n'est pas obligé de faire un mur de 10 mètres carrés, des débuts de 100 mètres carrés. On peut faire des fonds de bibliothèques, des façades de comptoirs, des façades de placards, des genres de choses qui ont des alcoves, qui ont un tout petit peu moins d'importance. On va aller tester la matière, se rendre compte que c'est une matière qui fonctionne bien, qui est très agréable et qui a plein de vertus. Et la tester comme ça, ou aussi aller la rencontrer, tout simplement. La toucher, c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui les touchent, qui sentent. C'est très sensoriel, en fait.
- Speaker #1
Ça sent la pomme ?
- Speaker #0
Ça sent la pomme. Alors, nous, on met une toute petite finition dessus, qui est une huile de cire d'origine naturelle, qui va bloquer un petit peu la senteur. Mais c'est vrai que quand on est à l'atelier et qu'on presse notre pomme, ça sent magnifiquement bon. Ça sent un peu la tarte aux pommes caramélisée. C'est assez génial. Mais du coup, on n'a pas d'odeur. On a... plus d'odeur en tout cas, après, une fois vraiment fixée par cette huile cire. Mais on a toujours cette sensorialité de la texture et du visuel. C'est chaleureux, sur une grande surface, en fait, ça donne un effet.
- Speaker #1
Merci Yoann pour ce voyage au cœur de la matière. Avec Ada Ozan, on comprend qu'un geste circulaire peut être aussi un geste créatif. Donner une nouvelle vie à ceux que l'on croyait perdus. Poursuivez vos projets et au revoir jusqu'au... où la pomme peut nous emmener. Rendez-vous sur adaozan.fr et aussi sur vos réseaux sociaux.
- Speaker #0
Oui, Instagram, LinkedIn, Facebook.
- Speaker #1
Très bien. Chers auditeurs, merci de nous avoir écoutés et d'avoir capté des nouveaux signaux avec nous aujourd'hui. On se retrouve très bientôt dans un nouvel épisode d'InnoMatters sur Spotify, Deezer, Applecast et YouTube. N'hésitez pas à nous suivre sur LinkedIn, Instagram et Facebook. A bientôt dans InnoMatters, le podcast où la matière s'écoute et se réinvente.