- Speaker #0
InnoMatters, le podcast où la matière s'écoute et se réinvente. InnoMatters. InnoMatters ?
- Speaker #1
InnoMatters. Inno...
- Speaker #0
Aujourd'hui, on pousse la porte d'une marque du groupe Michelin pour parler de résine biosourcée. C'est l'histoire de Michelin Resicare, une marque née dans les laboratoires du groupe et devenue un projet à part entière. avec une mission, remplacer les composants issus du pétrole par des alternatives plus responsables. Une aventure qui prouve qu'innovation et industrie peuvent aller de pair au service d'une chimie plus propre et plus durable. Et pour nous raconter cette transformation de l'intérieur, je reçois aujourd'hui David Douaneau qui nous plonge dans les coulisses d'une innovation signée Michelin Resicare. Bonjour David.
- Speaker #1
Bonjour Justine.
- Speaker #0
Peux-tu te présenter et nous dire comment est née l'aventure Michelin Resicare ?
- Speaker #1
Eh bien oui, les deux sont intimement liés. Alors pour expliquer la naissance de Michelin Resicare, je vous propose de me présenter mon parcours chez Michelin. Alors ça ne va pas être si long que ça, vous allez voir, il y a des grandes périodes. Je suis arrivé chez Michelin en 1999, et j'ai fait 7 ans de recherche en chimie organique fondamentale et appliquée. J'ai fait ça pendant 7 ans de 1999 à 2006, et en 2006, le groupe Michelin m'a... m'a proposé un nouveau job au sein du groupe et je suis arrivé dans le monde du textile. Dans le textile, on a besoin d'un système collant, une résine phénolique pour accrocher ce textile au caoutchouc. Et cette résine historique, tous les manufacturiers du pneu l'utilisent, elle est à base de formalide, qui est un composé cancérigène, et de résorcinol, qui est un perturbateur endocrinien. En 2006, le groupe a souhaité être proactif par rapport à cette problématique. Et ils m'ont demandé de chercher une alternative de substitution de ces molécules. J'ai travaillé pendant trois ans sur ce sujet. Et au bout de ces trois ans, en 2009, une solution a émergé, notamment pour remplacer et le formaldéhyde et le résorcinol par deux nouvelles molécules qui, il se trouve, pouvaient être complètement biosourcées. Les résultats étaient bons. Donc en fait, cette technologie a pu basculer complètement pour remplacer cette résine résorcinol formol. Et puis de 2009 à 2016, avec les équipes, on a commencé à prospecter d'autres valorisations de cette technologie au sein du pneumatique. On a fait notamment des développements de différents composites. Puis en 2016, le groupe a souhaité valoriser cette technologie bien au-delà du pneumatique. Et c'est à cette époque qu'avec Quentin Faucret, nous sommes partis dans l'aventure de l'intrapreneuriat, pas l'entrepreneuriat mais l'intrapreneuriat, et on a donné naissance. à la marque Michelin Resicare. De 2016 à 2024, je suis resté dans Michelin Resicare en tant que directeur technique et on a pu développer cette technologie dans de nombreux cas d'usage, notamment, et on va en parler aujourd'hui, je pense, pour le collage du bois, pour le collage d'un tout tas de particules pour faire, par exemple, des plaquettes de frein, pour faire des composites. Et fin 2024, au sein de l'entité qui héberge Michelin Resicare, qui s'appelle Michelin Engineer Polymers. Je suis aujourd'hui conseiller technologique pour les trois business portés par Michelin Engineer Polymers, dont fait partie Michelin Resicare, mais également toute une partie de business sur les membranes actives et une autre sur la chimie et les polymères reliés aux vivants qui s'appelle Life Science Polymer.
- Speaker #0
Donc du coup, plutôt partie d'un besoin sanitaire ? de résoudre des problématiques ?
- Speaker #1
Alors, un besoin, effectivement, sanitaire, je dirais qu'il est réglementaire. Au niveau européen, il y a les institutions riche qui sont très présentes et qui regardent avec un œil particulièrement pointu l'ensemble des molécules préoccupantes. Il y a des tests qui sont faits et le formaldehyde est depuis longtemps, je dirais, dans le collimateur de riche, en l'occurrence. Il fait partie des molécules préoccupantes qu'on appelle SVHC, Substance Variate Concern. Le groupe Michelin a voulu être proactif par rapport à cette substitution. Et c'est pourquoi, dès 2006, on n'a pas attendu un changement de réglementation. On a prospecté pour remplacer cette molécule.
- Speaker #0
Et donc du coup ? Où avez-vous trouvé la solution ? Quelle solution avez-vous trouvé par rapport à ça ?
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est que la solution est née d'une réflexion sur la technologie déjà existante. Quand on regarde, pour les chimistes, la structure finale d'une résine résorcinol formole, on se rend compte qu'en découpant ce polymère un tout petit peu différemment, on peut faire émerger des nouvelles molécules. Et c'est ce constat-là qui nous a... Permis d'identifier ces nouvelles molécules qui n'étaient pas forcément sur le marché historiquement, mais dont le groupe Michelin a souhaité développer. Et c'est pourquoi on a cherché à avoir, notamment, vous avez probablement entendu parler de l'usine Cerisea, qui va mettre au jour une molécule à partir de sucre. On va transformer ce sucre et on va faire de l'HMF, du 5-hydroxy-méthyl-fluoral. Cette molécule nous permet justement de servir de base à ces nouvelles résines.
- Speaker #0
D'accord. Et donc là, les résines qui utilisent Michelin Résicare, qui ont été développées dans le cadre de Michelin Résicare, elles sont faites à partir de quoi ?
- Speaker #1
Historiquement, certaines molécules étaient déjà obtenues d'un point de vue pétro-sourcée. Mais on s'est rendu compte qu'en partant de sucres très spécifiques, comme par exemple le sorbitol, en partant de ce type de sucre, on pouvait, grâce à une chimie classique, obtenir l'une des molécules clés que l'on souhaitait. où en partant de bactéries, de micro-organismes, on pouvait modifier le sucre pour obtenir une autre molécule. Et en combinaisant ces deux nouvelles molécules, vous obtenez un réseau qui est particulièrement proche de la résine historique qu'on a remplacée. C'est pourquoi aussi on a quasiment les mêmes propriétés.
- Speaker #0
D'accord. Donc on peut dire que cette nouvelle résine est biosourcée ?
- Speaker #1
Alors cette nouvelle résine, elle est tout en partie biosourcée. Ça dépend du type de combinaison que vous allez souhaiter faire. Mais surtout, elle est non toxique. C'est-à-dire que c'était le point de départ. Le formaldehyde est cancérigène. Le rhizocéneur est un perturbateur endocrinien. Quand on regarde ces deux nouvelles molécules, on a fait toutes les études d'hygiène et de sécurité environnementale pour s'assurer qu'elles n'avaient pas les mêmes problèmes. A partir du moment où vous avez des nouvelles molécules, vous ne pouvez pas anticiper si elles sont toxiques ou non. En l'occurrence, après ces tests, on s'est rendu compte qu'elles n'étaient pas toxiques. En combinant les deux, on se rend compte qu'on a bien un nouveau polymère avec les mêmes propriétés. que la résine historique.
- Speaker #0
Et donc vous avez dit que ces résines, au niveau performance, étaient très comparables aux résines classiques. Du coup, qu'est-ce qui les différencie ou qu'est-ce qui les rapproche ? Comment on peut comparer l'ancienne résine et celle de Michelin Résicare ?
- Speaker #1
La proximité des propriétés vient réellement de la proximité de structure finale. Lorsque vous utilisez un polyphénol avec un aldéhyde et que on remplace cette structure par un nouveau polyphénol et un nouveau aldéhyde, vous allez obtenir une structure qui va être comparable. C'est de la structure que vient la propriété. Donc en fait, vous êtes si proche que vous allez avoir des propriétés, comme on retrouve dans les phénoïques, de la tenue au feu, de la tenue thermique, ce qui peut être très intéressant notamment sur des applications de construction. Et vous allez aussi avoir de très bonnes propriétés mécaniques.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, si on revient un peu euh... À la base du sujet, pour ceux qui ne connaissent pas bien, à quoi ça sert une résine concrètement ?
- Speaker #1
Une résine, quand on parle de résine, c'est un mot qui est un peu en porte-pièce. C'est-à-dire qu'on entend parfois les résines thermoplastiques, on entend parfois les résines thermodures. En fait, ce sont des grandes familles. Une résine, historiquement, c'est plutôt associé à la chimie des thermodures. C'est-à-dire que lorsque vous mettez de la thermique à cette chimie-là, elle va durcir. Avec ça, vous allez pouvoir faire des adhésifs, vous allez pouvoir faire un certain nombre de liants, des coques. Par exemple, des anciens postes étaient faits en coque en baquelite. C'était un côté rouge assez sombre, caractéristique de la phénolique. Donc on voit qu'il y a tout un domaine où ces résines sont utilisées. Elles sont rarement utilisées seules, souvent associées avec des charges, souvent associées avec des matériaux de renforcement. C'est pour ça qu'on arrive à faire des composites. Et ce qui est intéressant dans ces propriétés, Aux résines qu'on ne retrouve pas justement dans les matériaux thermoplastiques, c'est ce côté très dur, un petit peu cassant parfois, mais très dur. Les résines thermoplastiques, si je prends la similitude, recoupent toute la chimie connue des plastiques comme les polyesters, comme les polyamides. Toute cette famille-là est recoupée dans le thème résine thermoplastique.
- Speaker #0
D'accord. David, est-ce que tu peux nous donner ta définition du biosourcé ? et du coup en quoi le matériau final qui utilise la résine Michelin Resicare est biosourcé.
- Speaker #1
C'est intéressant d'avoir la définition de biosourcé et de comprendre ce qui distingue un matériau biosourcé d'un matériau synthétique. Et je dirais également, j'introduis un troisième terme, d'un matériau biosynthétique. Un matériau biosourcé, par nature, est issu de la biomasse. C'est, on peut dire, un matériau dont la ressource est biologique et avec une forme de durabilité, une notion temporelle. Le côté temporel, lorsqu'on parle d'un matériau biosourcé, il est à l'échelle de l'homme. Et ce point de distinction est particulièrement intéressant pour distinguer un matériau pétrosourcé d'un matériau biosourcé. Dans le cadre du matériau pétrosourcé, le point de départ, ça a également été le vivant, la plante. Si on parle du pétrole ou du charbon, c'est le bois, la biomasse par le passé qui s'est transformée. Mais l'échelle de temps ? ce sont des millions d'années, ce qui ne le rend pas biosourcé. Donc le matériau biosourcé est lui par nature, dans cette échelle de temps, de l'homme. Le matériau synthétique est complètement constitué à partir de molécules qui, elles, ne sont pas présentes dans la nature. Par définition, le matériau biosourcé, donc, c'est présent dans la nature. Et j'intègre donc ce troisième terme d'un matériau biosynthétique. Le matériau biosynthétique... Comme il y a bio, on va bien retrouver quelque chose de biosourcé. Ce sont les matières premières qui permettent de le constituer. On peut utiliser tout ou partie de ce matériau en matière première pour faire ce polymère.
- Speaker #0
Comme le sucre ?
- Speaker #1
Le sucre, effectivement, c'est un matériau biosourcé. Et quand on va venir le transformer, si on fait du caramel par exemple, on reste sur un matériau qu'on pourrait retrouver un peu dans la nature. Suivant quelques conditions thermiques dans la nature, le sucre pourrait également se transformer en caramel. En revanche, si vous prenez un sucre, vous le transformez par exemple en une molécule chimique différente, grâce à de la chimie classique, de synthèse ou par des bactéries, vous allez avoir une molécule qui n'est plus forcément, elle, présente dans la nature. Cette molécule est une molécule biosynthétique. Vous êtes parti d'une source biosourcée, mais vous l'avez transformée pour votre usage en quelque chose qui n'existe pas dans la nature. Donc on est bien sur un caractère synthétique.
- Speaker #0
Donc Michelin Resicare ? Donc Michelin Résilien,
- Speaker #1
le polymère final est biosynthétique. Notre point de départ, notre sourcing est en proportion, il peut être 100% biosourcé ou en fraction, une partie biosourcée, une partie synthétique. Mais le polymère final, pour atteindre ses propriétés, lui n'existe pas dans la nature, donc c'est un polymère biosynthétique. Et ce n'est pas original dans l'univers. je dirais, des industries. D'autres matériaux sont aussi biosynthétiques. Si on prend par exemple le PLA, que vous connaissez dans l'ameublement, il est biosynthétique. Il n'existe pas dans la nature, mais pourtant, vous partez bien de sucre de maïs que vous transformez pour faire justement, après deux, trois transformations, ce polymère PLA. Autre chose, si vous prenez les nylons, on a en tête que les nylons sont tous pétrosourcés. C'est vrai pour le nylon 6-6, celui qui est le plus commun. En revanche, si vous prenez le nylon qui est le 11, Celui-ci est synthétisé à partir d'huile de ricin transformée avec des bactéries pour obtenir ce polymère. Donc c'est bien un matériau biosynthétique. Le nylon 6,6, non. Le nylon 11, oui.
- Speaker #0
Ok. Et en termes d'application, tout à l'heure tu as parlé de Michel Résiquaire avec du bois. Donc quel type d'application avez-vous trouvé au-delà du pneumatique ? et notamment en l'associant avec du bois ?
- Speaker #1
Alors, dans l'association avec le bois, on est principalement dans la construction. On va parler là des usages classiques des phénoliques, historiquement. On va retrouver le lamellé-collé. Donc, on est en train de développer ces gammes de produits qui sont très exigeantes d'un point de vue propriété d'adhésion et propriété mécanique. On est sur un collage structurel quand on parle de lamellé-collé. Donc, on se rapproche. des niveaux requis, mais on n'y est pas encore tout à fait. On doit encore travailler ces formulations. On va coller également des chips de bois pour faire, par exemple, de l'OSB, Oriented Stratified Board. On va également utiliser d'autres types de formulations de ces résines pour faire, par exemple, des contreplaqués, des panneaux de particules également. Donc, on retrouve tout un panel de planches que vous connaissez déjà à FCBA dans la construction. et qui peuvent être utilisées avec cette résine. Cette résine, de la même manière, aujourd'hui on travaille des gammes pour mieux résister au feu, et donc des planches qui vont être à un haut niveau de technicité pour justement résister au feu seront en tout cas directement impactées par ces nouvelles formulations.
- Speaker #0
D'accord. Quelles ont été les principales difficultés de développement de Michelin Resicare ? au démarrage dans la formulation ou dans la transformation dans de nouvelles applications.
- Speaker #1
Il y a eu plusieurs niveaux de difficultés. Une première difficulté a été l'intrapreneuriat dans le groupe Michelin avec Michelin Resicare, puisqu'on est parti dans quelque chose de nouveau, même pour le groupe. Donc il a fallu clarifier cette organisation un peu particulière, un peu originale, au regard d'une grande et belle boîte comme le groupe Michelin. Après, les difficultés, si je reviens sur les technologies, elles sont de différents ordres. Le premier ordre, si on reprend les matières premières, c'est le sourcing de ces matières premières. Pour pouvoir développer des technologies, encore faut-il avoir les volumes suffisamment conséquents pour adresser les marchés. Quand on parle de marché du bois, les volumes sont très conséquents. Quand on parle du marché des composites, ils le sont un peu moins. Donc, grâce au groupe Michelin, justement, on a pu s'intégrer très en amont pour définir les usines qui nous permettront d'obtenir les molécules. que l'on a besoin. Donc ça, c'est une chance d'avoir été intégré directement dans le groupe Michelin pour faire ça. La deuxième difficulté, elle est au niveau de la formulation. Quand on regarde cette chimie phénolique historique, elle date de 1907 par la découverte de la chimie de ce premier polymère complètement synthétique par Léo Beckland. C'était un chercheur belge. Et quand il a trouvé cette formulation, il n'a pas mis en place Les usages de cette phénolique pour le bois, pour la friction, pour les composites, du jour au lendemain, il a fallu du temps. Là, c'est pareil. En partant de nouvelles molécules, on arrive sur de nouvelles règles de conception. Les chercheurs intégrés dans Resicare sont au quotidien en train de regarder, en train d'évaluer ces technologies et de les réajuster, quand bien même on connaissait historiquement la chimie phénolique. Non, il faut réajuster toutes nos règles de conception. C'est pour ça que ça prend du temps. Et puis derrière, le troisième axe, c'est... tout ce qui va être certification. Lorsque vous avez un objet nouveau, si vous allez par exemple vers le monde de l'aéronautique, les temps de certification sont très longs. On demande des vieillissements humides, on va demander tout un nombre de critères, de gages, de sécurité et de qualité pour pouvoir au final placer notre produit sur le marché. Voici l'ensemble des difficultés qu'on a.
- Speaker #0
D'accord et du coup notamment pour l'application Pano, tu dirais qu'on est à quel Merci. Point d'avoir des produits qui ont évacué ces difficultés, ou est-ce qu'il y a encore de la R&D à faire, notamment sur ces applications panneaux ?
- Speaker #1
Là, on va parler du scale industriel, de l'augmentation de capacité pour aller vers l'industrie. Je dirais que si on parle du contreplaqué, toutes les échelles laboratoires ont été quasiment finalisées il y a quelques années en arrière. Après, on a besoin de monter en haut. En capacité, on passe de l'échelle où on fait un panneau de 50 cm par 50 cm à une échelle de 2,50 m sur 1,20 m. Là, on va être confronté à des nouvelles problématiques, des problématiques d'adaptabilité de notre résine au regard de l'outil industriel. Effectivement, au laboratoire, c'est facile d'en coller. Vous prenez un pinceau, vous prenez un rouleau, c'est assez simple. Quand vous êtes dans l'industrie, ce sont des machines qui sont déjà existantes et c'est le produit qui doit s'adapter à l'outil industriel et non l'inverse. Donc ça c'est une première difficulté. Et puis après, lorsque vous avez un panneau de 50 par 50, vous imaginez, si vous voulez faire réticuler la colle qui est au milieu, le dégagement d'énergie sur un petit panneau comme ça ne va pas être le même que sur un outil industriel où vous allez avoir un empilement de ce type de panneau de 2,50 m et donc les calories ne vont pas diffuser de la même manière. Donc il y a tout un jeu de réadaptation à avoir. Aujourd'hui, sur ce panneau qui est contreplaqué par exemple, c'est celui qu'on a attaqué relativement tôt dans Resicare, on est aujourd'hui à l'échelle industrielle. On a fait des premiers tests qui ont pu être bons, mais dans la répétabilité de succès, c'est là qu'on n'a pas été toujours au bon niveau. Donc après on arrive dans le système qualité pour dire on veut produire et on veut produire toujours de la même manière et toujours au bon niveau de performance. C'est là aujourd'hui où on se situe et c'est un passage qui est encore un peu délicat.
- Speaker #0
Oui, ok, merci. Donc j'ai une dernière question sur la partie Michelin-Resicare et après on reviendra un peu sur les autres types de matériaux biosensés dont tu as parlé au début. Donc on a bien compris que la problématique de départ était sur la toxicité de la résine, puis les performances techniques pour arriver au même niveau. que les résines classiques que vous vouliez remplacer. D'un point de vue environnemental, j'imagine qu'il y a aussi des intérêts à cette nouvelle résine Michelin Resicare. Est-ce que vous les avez évaluées ? Est-ce que c'est un argument pour vous, un avantage de Michelin Resicare sur le plan environnemental ?
- Speaker #1
Alors, effectivement, c'est quelque chose qu'on regarde de près. On est en train de travailler toutes les analyses de cycle de vie de ces résines. Alors, on les travaille. Dans l'application finale, ce qui peut prendre du temps, puisque quand vous avez un contreplaqué, un lamellé collé, une plaquette de frein ou même un composite, il faut refaire à chaque fois toutes ces analyses. Mais c'est quelque chose qui est important et que l'on regarde. Ce que je dirais par rapport aux biosourcés et donc justement cette durabilité, ce point est important pour nous puisque lorsque vous utilisez des matériaux biosourcés, vous êtes dans ce cycle renouvelable que j'expliquais au début. C'est-à-dire que quand bien même vous prenez le carbone dans la terre auprès de plantes et que vous faites vos objets, au final, quand vous regardez la fin de vie de votre matériau, si au final vous arrivez à le recycler, vous poussez, Et bien justement, cette vie est un petit peu loin. On peut imaginer un contreplaqué qui va être broyé et se broyant à refaire des panneaux de particules. Mais souvent, en fait, ça termine dans une cimenterie où ça va être à nouveau brûlé. Ce qui est assez vertueux, c'est de voir que lorsque vous prenez ce carbone et que vous le libérez après dans l'atmosphère, malheureusement parfois ça arrive, ce carbone va être utilisé par la plante pour redonner à nouveau un matériau biosourcé. Ce cercle distinctif, il l'est de la pétrochimie. Quand vous avez du pétrole, vous prenez le carbone, si vous faites votre objet et qu'à la fin vous le brûlez, ce carbone-là ne va jamais redonner du pétrole. Donc on voit que celui-ci, ce n'est que de l'addition carbonée dans l'atmosphère. C'est la différence notable quand on parle d'un matériau biosourcé.
- Speaker #0
Sur la fin de vie des résines Michelin-Resicare, est-ce que seul le scénario de combustion a été regardé, qui est forcément mieux que le scénario de combustion d'une résine classique ? Mais est-ce qu'il y a d'autres types de fin de vie, par exemple le recyclage ou le réemploi, ou d'autres scénarios de fin de vie qui ont été envisagés et évalués ?
- Speaker #1
Sur les résines de Michelin Resicare, ce qui est intéressant, c'est que quand bien même on est dans un matériau thermodur, et qui par définition est un matériau thermodur, c'est un matériau qui n'est pas réutilisable, recyclable. Quand bien même on prend cette définition, on observe dans les innovations en chimie, que certains matériaux thermodurs commencent à être recyclables. Il y a des groupes qui commencent à réussir à dégrader, par exemple des chimies époxy, pour revenir à des éléments plus petits et ils sont réutilisables. Donc on voit qu'il y a des choses qui progressent. Sur la résine araminolique que nous avons, donc araminolique c'est notre définition de cette résine, où on part d'aldéhyde aromatique avec un polyphénol. On observe que, si je reprends le cas de l'HMF, dans sa structure, il est singulier, puisqu'il a ce dérivé furanique, il a un oxygène au milieu du cycle aromatique qui peut potentiellement être dégradé, qui pourrait être dégradé dans certaines conditions particulières, donc une biodégradabilité. Alors c'est quelque chose qu'on regarde, on n'est pas suffisamment avancé dans cette recherche, mais on pressent qu'il y a probablement un chemin. dans la biodegradabilité de cette nouvelle résine. Et ça peut ne pas nous amener systématiquement, justement, à la combustion de ce type de résine. Mais par contre, là, les travaux sont en cours et la recherche prend du temps.
- Speaker #0
Et on sera intéressés d'avoir les résultats quand vous les aurez. Super, merci beaucoup. Et donc, je voulais revenir sur les autres projets, autres types de matériaux biosourcés dont tu as parlé au début, puisque Michelin Resicare fait partie d'une filiale qui travaille. Aussi sur d'autres projets, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Alors il y a effectivement deux autres business dans Michelin Engineering Polymers. Un qui est très peu mature, donc je ne vais pas pouvoir vous en dire beaucoup aujourd'hui, c'est sur les membranes actives. Donc ce qui se cache derrière ça, c'est la volonté de s'inscrire autour du traitement de l'eau, autour de l'énergie, autour de la séparation, notamment on peut imaginer des pollutions, des choses comme ça. à travers des membranes et donc des matériaux que nous avons en interne du groupe Michelin et qui peuvent répondre à ce genre de problématiques. Je vais plus parler maintenant de la partie Life Science Polymer où dans ce business on va retrouver trois segmentations. Une segmentation qui va être en lien avec la plante. On va par exemple faire un certain nombre de patches qui vont être positionnés sur les arbres et qui vont permettre si on met les bons principes actifs dedans, d'apporter une solution beaucoup plus spécifique à une problématique que pourrait avoir un arbre. Et là, ce qui est distinctif pour nous, c'est que le polymère que nous avons est complètement biosourcé et il est totalement biocompatible avec la plante. Biocompatible et biodégradable. De la même manière, on a une activité dans l'Effscience Polymère sur une segmentation sur la cosmétique. Alors ça peut paraître un petit peu surprenant, mais effectivement, nous avons des produits particulièrement intéressants. qui sont là aussi totalement biodégradables et biocompatibles vis-à-vis du vivant, donc vis-à-vis de ce qu'on pourrait se mettre sur le visage, sur les lèvres. Et on travaille activement dans ce domaine-là. Et dans l'Life Science Polymer, une dernière partie, c'est tout ce qui va être en lien avec le médical. Donc on peut imaginer des objets ou des tuyaux. On va avoir des matériaux là aussi complètement biocompatibles, biodégradables. Voici les trois segments dans l'Life Science Polymer. Et on est actif aussi dans Michelin Engineer Polymer pour imaginer des nouvelles solutions à l'avenir de polymères complètement biocompatibles.
- Speaker #0
Et donc biosourcés et non pas biosynthétiques cette fois-ci ?
- Speaker #1
Biosourcés et si, ils le sont, ils sont bien biosynthétiques. C'est-à-dire qu'on prend effectivement ces molécules du vivant, on va venir les transformer, mais le polymère final ne ressemble pas à ce qu'on peut trouver dans la nature. Il a ses spécificités et ses technicités. Et par contre, c'est ça qui nous permet d'avoir le niveau d'exigence de ces applicatifs. Et au passage, on a vérifié tous les tests de compatibilité. Et on s'est rendu compte qu'ils étaient complètement biocompatibles.
- Speaker #0
Donc biocompatible, ça veut dire biodégradable, sans impact ?
- Speaker #1
Sans impact sur l'homme, effectivement. Donc c'est tout à fait ça.
- Speaker #0
Et du coup, en termes d'applications sur ces autres projets, tu as parlé de cosmétiques, mais est-ce qu'il y a aussi des applications dans l'aménagement des espaces de vie, soit ameublement, construction ?
- Speaker #1
Sur l'activité Life Science Polymer, on ne va pas retrouver ce genre d'activité. Par contre, on peut imaginer sur la partie membrane active, des filtres qui permettraient de dépolluer des environnements. On sait que quand on achète des meubles, souvent il y a des émanations, des choses comme ça. Donc on pourrait imaginer des filtres particules qui seraient là aussi beaucoup plus soutenables d'un point de vue économique et pour la planète.
- Speaker #0
D'accord, oui, soit directement chez nous, soit même dans les usines d'ailleurs, enfin directement chez les fabricants, ça pourrait aussi fonctionner. Ok, super. Une dernière question, selon toi, qu'est-ce qui freine aujourd'hui le déploiement du biosourcé ou biosynthétique à grande échelle ?
- Speaker #1
La question n'est pas simple, et puis en plus je pense qu'elle est très personnelle. Ce qui freine ce développement dans les matériaux biosourcés et donc biosynthétiques, C'est souvent la version changement d'expérience que j'ai pu avoir dans Michelin et Ziker. On se rend vite compte que lorsqu'on est face à des clients et qu'on demande les cahiers des charges, forcément les cahiers des charges, ce sont les cahiers des charges de l'existant. Ce n'est pas si souvent des cahiers des charges qui ont été pensés pour un objet nouveau. Non, c'est l'existant était présent et quand la fiche technique... du fournisseur est arrivé, on dit, ça devient mon cahier des charges. C'est là qu'il peut y avoir une inversion. C'est-à-dire que quand on arrive avec un nouvel objet, qui peut être synthétique ou biosynthétique, on se rend compte que l'outil industriel, lui, il a été complètement optimisé vis-à-vis de l'ancienne référence. Donc l'adaptation fait peur. L'adaptation d'un matériau dont on n'a pas beaucoup de recul, l'adaptation des connaissances, souvent... Ce sont des personnes un peu anciennes qui connaissent les façons de faire, qui ont justement toujours fait de la même manière. Et ça, ce changement-là, on le voit, on le sent bien. Il y a beaucoup d'inquiétude. Donc on a un accompagnement qui est très important dans Michelin Resicare, justement pour...
- Speaker #0
pour faire accepter ce nouveau produit, pour montrer qu'il peut fonctionner soit de la même manière, parfois même mieux que l'ancien. Et puis, je dirais qu'il y a encore quelques questionnements autour de cette pétrochimie et est-ce que réellement elle est responsable de ce réchauffement climatique. Personnellement, je n'en ai aucun doute là-dessus. Je pense que l'avenir est aux matériaux biosynthétiques, justement avec un pourcentage de biosourcés de plus en plus fort. D'ailleurs, quand on regarde l'histoire de la chimie, ça s'est bâti comme ça. Les matériaux synthétiques, ils sont apparus, je dirais, au début de l'ère industrielle, qui était au milieu du XIXe siècle. Auparavant, l'homme n'utilisait que des matériaux qui étaient complètement biosourcés. Il les mettait en œuvre d'une manière ou d'une autre, et puis il utilisait ce que la ressource lui donnait. L'essor de l'ère industrielle est arrivé tout simplement parce qu'il a fallu produire de plus en plus, il a fallu produire avec de plus en plus de technicité. avec des spécifications de plus en plus élaborées, là où les matières naturelles ne pouvaient plus suivre. Donc ça a été l'essor de cette chimie industrielle, avec, je le citais en premier, en 1907, l'invention du premier plastique qui était la chimie thermodur des phénoliques. Dans les années 1930 est apparu le premier nylon, puis après 1940, on va voir apparaître le premier polyester avec le PET qu'on utilise, et toutes les bouteilles en plastique sont à PET, puis PVC. Puis le polystyrène, on arrive dans les années 60-70 où là vous avez des résines époxy, des résines très spécifiques qui arrivent. Puis suit la chimie des résines polyuréthanes. Donc on voit bien qu'il y a toute une succession de matériaux de plus en plus exotiques, de plus en plus techniques, qui permettent de répondre aux problématiques des applications du moment. Et puis il se passe un truc, il se passe dans les années 2000 un premier matériau biosynthétique. C'est le PLA. Le PLA qui permet finalement de répondre à un certain nombre de plastiques souples, qui permet aussi d'être un bon lien pour des matériaux renforçants tels que la fibre de lin ou de chambre. Vous montriez tout à l'heure dans votre bibliothèque justement un composite lin avec du PLA. Donc c'est le premier... Non, alors c'est pas le premier matériau biosynthétique. Le tout premier, c'est la... Percacine qui a été inventé pour remplacer l'ivoire. Et c'était avant même le développement de la chimie bacédite. Donc on voit qu'on arrive maintenant dans ce développement de cette nouvelle génération de chimie. Moi, ma conviction, c'est que ça devrait s'accélérer, ça devrait se développer. Ces chimies biosourcées, on en voit de plus en plus. Les polyuréthanes, je sais que dans certains cas, on va utiliser des lignines avec, je donne le terme, il est un peu technique, mais des isocyanates pour faire des polyuréthanes. On va utiliser des polyols qui vont être naturels pour faire des polyuréthanes. Donc on voit que toute cette chimie synthétique, qui n'est pas soutenable, qui n'est pas durable, est en passe de se reconvertir. Donc moi j'encourage justement tous ceux qui sont dans ces matériaux synthétiques à se poser la question comment se convertir au moins aux matériaux biosynthétiques. Et quand je dis se convertir au moins, c'est en partie. Quand on parle d'un matériau biosynthétique, on donne un pourcentage. Ce pourcentage correspond au taux de matière biosourcée. Dans Rosicare, on a des résines qui sont 100% biosynthétiques, 100% biosourcées, et puis d'autres qui vont être à une proportion un petit peu plus faible, on va être à 80%. Mais en tout cas, l'élan est donné. La direction, c'est celle-ci qu'il faut prendre pour avoir une innovation soutenable. Aujourd'hui, l'innovation n'est plus là juste pour avoir... un objet qui répond à un nouvel usage. Cette innovation et cette économie doivent être soutenables et durables.
- Speaker #1
Super. Donc, pédagogie et accompagnement pour construire les cahiers de décharge de demain.
- Speaker #0
C'est notre conviction, c'est ce qui nous anime, en tout cas, dans notre travail au quotidien.
- Speaker #1
Merci beaucoup, David, pour ce partage passionnant. Pour suivre vos avancées, rendez-vous dans la description de l'épisode. On mettra tous les liens qu'il faut pour pouvoir suivre vos actualités. Merci de nous avoir écoutés et d'avoir capté de nouveaux signaux avec nous aujourd'hui. On se retrouve très bientôt dans un nouvel épisode d'InnoMatters sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts et YouTube. N'hésitez pas à suivre notre actualité sur LinkedIn, Instagram et Facebook. A bientôt dans InnoMatters, le podcast où la matière s'écoute et se réinvente.