- Speaker #0
« InnoMatters, le podcast où la matière s'écoute et se réinvente. InnoMatters.
- Speaker #1
InnoMatters. »
- Speaker #0
« Bienvenue, Mickaël, sur notre tout nouveau podcast InnoMatters. Bienvenue dans la matériothèque. Tu as une place un peu spéciale aujourd'hui puisque... » tu es le seul invité de cette saison qui portera la voix de FCBA. Est-ce que tu peux commencer, s'il te plaît, avant qu'on rentre dans le sujet du jour, te présenter ?
- Speaker #1
Merci beaucoup pour l'invitation, Justine. Je suis responsable de l'équipe Intechfirm, qui est basée à Grenoble. Intechfirm, c'est une équipe au sein d'FCBA. Nous sommes neuf personnes actuellement. Nous travaillons sur différentes thématiques en lien avec l'innovation. La recherche, le développement, avec une visée à l'industrialisation. Nous avons différents types de thématiques, différents types de sujets sur lesquels nous pouvons travailler, principalement le bois, le savoir-faire que nous avons développé au fil des années, et plus quelques activités annexes sur d'autres bureaux sources.
- Speaker #0
Ok, merci. Est-ce que tu peux nous donner des exemples d'activités que tu fais au quotidien ?
- Speaker #1
Alors les activités du quotidien de l'équipe... vont être de répondre dans un premier temps à des attentes que l'on va pouvoir avoir formulées de la part de partenaires industriels. Certains nous connaissent déjà, d'autres on apprend à se connaître. On a des démarches auprès des startups pour les accompagner et venir les aider à monter en TRL au travers de différentes prestations d'écoute dans un premier temps et ensuite de venir solliciter, de venir challenger finalement les axes qu'ils ont pu choisir. Ça s'applique aux startups, ça s'applique également des tissus industriels plus gros qui vont avoir des problématiques de vouloir remplacer des matériaux pétro-sourcés par des matériaux bio-sourcés. On va plutôt nous voir spontanément quand il va s'agir de bois. On va avoir également des projets où on va vouloir tenter, on va vouloir améliorer les procédés. Je dis tenter parce qu'il y a différents scénarios, différentes capacités qui sont possibles, différentes techniques. Certaines sont réalistes, d'autres ne le sont pas. au niveau des thématiques. on a une grande thématique actuellement qui va être la réaction au feu on accompagne le développement d'une technologie dont FCBA est à l'origine avec une optimisation du produit et s'adapter aux différents secteurs applicatifs s'adapter aux différentes contraintes qui peuvent exister et faire en sorte que ces matériaux ces traitements soient au niveau de ce qui est attendu une des thématiques deux thématiques en lien avec le biosourcé on en parlera par la suite
- Speaker #0
Tu as parlé d'innovation, est-ce que tu peux nous dire un peu, tu en as cité l'une à l'instant sur la partie réaction au feu, mais est-ce que tu peux nous parler des dernières innovations sur lesquelles l'équipe a travaillé ?
- Speaker #1
Une grosse thématique qui nous occupe depuis plusieurs années, ça va être la substitution de résine pétro-sourcée par des résines bio-sourcées, donc des résines adhésives. Donc on a commencé par l'enjeu qui était lié à la présence de formaldéhyde dans les adhésifs. Il y a des solutions qui ont été trouvées pour venir réduire et limiter les émissions. Notre axe, c'est de venir faire une substitution totale de ce formaldéhyde. Et là, on va venir travailler sur différentes matières biosourcées pour venir réduire cet impact et réduire cette présence. Ça, c'est un des points importants. Donc là, on va pouvoir travailler sur des sujets. Moi, j'ai ramené un type de lignine. On peut avoir différentes couleurs. les lignines que l'on va venir considérer. Puis ensuite, on va nous travailler à la formulation de ces produits pour venir avoir des propriétés adhésives qu'on va ensuite pouvoir tester sur des matériaux type contreplaqué qu'on peut retrouver ici, ou bien sur des panneaux plus panneaux de fibres ou panneaux de particules. En tout cas, des matériaux qui sont collés. Ce sont des projets qu'on va faire de façon collaborative. Donc, on va travailler avec d'autres partenaires qui sont soit aux alentours de Grenoble, au sein du Carnot-Poulinat, ou bien d'un point de vue plus national et international également. La thématique adhésive est assez forte. On va avoir d'autres axes où on va vouloir remplacer, substituer des matériaux traditionnels par du bio-sourcé, j'en parlais tout à l'heure, mais pour venir baisser soit l'impact environnemental, pour baisser le prix, ou bien pour venir valoriser un coproduit industriel à qui on voudrait octroyer une valeur finalement, plutôt que de venir... soit le brûler, soit l'épandre.
- Speaker #0
D'accord, donc l'objectif c'est vraiment de faire des nouvelles formulations chimiques pour faire des nouveaux matériaux avec des industriels, puis de les tester pour voir comment ils réagissent sur différents critères, mécaniques, réaction au feu, etc. C'est ça l'objectif, votre objectif à chaque collaboration ?
- Speaker #1
Voilà, notre objectif va être, au-delà de la formulation, ça va être de mettre en œuvre finalement ces matériaux. D'identifier la meilleure méthode, d'identifier le meilleur process qu'on va pouvoir mettre en œuvre. Un point important, c'est qu'on est équipé de différents outils qui nous permettent de simuler ou de nous approcher des procédés industriels. Souvent ceux issus de l'industrie du bois, mais on essaie d'apporter de l'innovation également dans nos équipements. On va venir détourner certains équipements pour venir faire des traitements. faire des inductions, des applications de produits qu'on aura nous développés, que notre partenaire nous apportera. Et on va venir exactement mettre en œuvre et ensuite évaluer, tester, que ce soit à Intech Fibre à Grenoble ou bien avec nos collègues au niveau des labos à Bordeaux, selon le niveau de maturité, selon la compétence qui va être développée. Parce qu'on n'a pas toutes les compétences à Grenoble, On s'appuie ensuite sur nos collègues. Au sein d'FCBA, ça fait partie de l'atout, de la richesse d'FCBA de pouvoir nous apporter cette connaissance multisecteur et multimarché pour venir être le plus proche et le plus réaliste possible par rapport à ce qui va être attendu.
- Speaker #0
Tu parlais de bois tout à l'heure, est-ce que vous travaillez uniquement sur des produits à base de bois ou est-ce que vous travaillez le biosourcé de manière générale ? avec d'autres sources de matières premières ?
- Speaker #1
Alors, nous travaillons essentiellement sur le bois. C'est là, on va dire que 90% des matières qu'on va venir considérer sont issues du bois. Alors, soit ça va être du bois massif, du bois déstructuré, du bois broyé, d'une façon spécifique, à viser avec un objectif clair. Ça va pouvoir être des parties du bois qui ont été dégradées chimiquement, donc extraites. Je parlais de la lignine tout à l'heure, la lignine je ne l'ai pas mentionné mais c'est un composé qui est issu du bois, c'est un des trois constituants majeurs du bois. Donc on va coller du bois avec du bois, c'est ça la visée finale et on va pouvoir travailler sur d'autres coproduits issus d'agro-ressources parce qu'on a des équipements qui sont vraiment spécifiques et qui permettent de faire des modifications mécaniques. qui ne sont pas accessibles dans d'autres laboratoires. Ensuite, on n'est pas les plus qualifiés ou les meilleurs dans la thématique, mais on sait s'entourer, on sait solliciter ensuite les partenaires qui vont pouvoir répondre aux attentes. Donc on peut initier des choses sur les agro-sources. Souvent ensuite, on confronte nos points de vue et nos approches avec d'autres partenaires.
- Speaker #0
Pour continuer un peu dans la discussion et creuser le sujet du biosourcé, est-ce que tu peux nous dire un peu comment on distingue Biosourcé, biodégradable, biologique ?
- Speaker #1
Le point commun entre tous ces mots, c'est le préfixe. Les trois premières lettres, c'est bio. Bio qui veut dire vie. Biologique qui est issu du vivant. Tous ces matériaux sont des choses qui vont avoir des produits, qui vont avoir des interactions avec le vivant. La biologie permet de venir synthétiser des matériaux. Ces matériaux sont biosourcés par définition. Ils sont issus de la nature. Ils sont naturels, ils n'ont pas été modifiés par l'homme. Et ensuite, ces matériaux, in fine, vont devenir biodégradables. Ils vont être dégradables par la nature, par la vie. Donc on a trois étapes finalement. On a la synthèse, la synthèse biologique, la mise en œuvre de matériaux biosourcés et in fine, leur possible biodégradation. Ça, c'est le cas idéal où on arrive à avoir des matériaux qui ont tous ces éléments qui sont regroupés. C'est la panacée. Ce n'est pas toujours le cas en fonction des propriétés, en fonction des enjeux que l'on va avoir sur le matériau. La biosourcée va vouloir dire qu'on a... toute ou partie du matériau qui contient du biosourcé. Et on va ensuite pouvoir mélanger avec quelque chose par opposition qui est pétrosourcé. Là où on peut jouer sur la sémantique, c'est que le pétrole reste issu de la matière vivante. C'est la dégradation de maturation de matière organique dans le temps. Le pétrole reste biosourcé. Mais on est sur des échelles de temps complètement différentes. Et on va jouer, nous, sur des matériaux biosourcés. avec un renouvellement rapide de la matière, plus qu'attendre des millions d'années pour retrouver du pétrole dont on sait que les ressources sont limitées. Notre objectif va être de venir remplacer tout ce qui est pétro-sourcé, tout ce qui a duré de temps long, par des matériaux à durée de renouvellement courbe.
- Speaker #0
On peut dire renouvelable à échelle humaine.
- Speaker #1
Renouvelable à échelle humaine idéalement, exactement. Après il y a différentes échelles de temps selon l'usage qu'on en fait, selon la matière qui a été utilisée. On parlait des agro-ressources tout à l'heure. L'agro-ressource c'est un an, deux ans. Là le bois on va parler d'une génération selon les essences également, les subtilités au travers des matériaux qu'on va utiliser. On va aller dans la complexité assez facilement dans cette thématique-là. Mais on va être plutôt sur un temps palpable, à définir en tout cas. Ça se définit au cas par cas. Mais on est plutôt sur renouvelable, une dizaine, vingtaine, trentaine d'années, par rapport à un matériau qui est issu de plusieurs millénaires. Cinquantaine de milliers d'années, millénaires, j'exagère.
- Speaker #0
Et tu parlais tout à l'heure de mélange pétro-sourcé, bio-sourcé. Est-ce qu'on peut appeler un matériau bio-sourcé ? s'il a une part d'origine pétro-sourcée ?
- Speaker #1
On dira qu'il est partiellement biosourcé. Et après, on peut venir chercher à définir le niveau de biosourcé qui peut être contenu dans ce matériau. Ça fait partie des travaux qui sont menés par nos collègues, d'être capables d'identifier des méthodes pour quantifier sur un matériau inconnu, finalement, quelle est la part de biosourcé dans ce matériau. quel est l'apport de pétro-sourcés. Différentes technologies qui existent, qui sont mises en œuvre et qui permettent d'approcher cette valeur-là. Quand on n'est pas au niveau du procédé, où là on est capable d'un point de vue massique, volumique, d'estime, de maîtriser le ratio pétro-bio-sourcés. Donc, oui, on a souvent des mélanges, mais c'est l'étape nécessaire finalement vers le remplacement et on va progressivement aller vers de plus en plus de matériaux bio-sourcés. De toute façon, on n'a pas le choix.
- Speaker #0
Donc on peut dire matériau biosourcé même s'il n'est pas 100% biosourcé, et l'idéal c'est quand même d'ajouter le pourcentage de biosourcé.
- Speaker #1
Ça serait l'idéal en effet. Est-ce que le fait de contenir 10% de matériaux issus du bois permet de dire que ce matériau est biosourcé ? C'est une question de point de vue, une question de développement. Après il y a d'autres enjeux qui interviennent et qui font que la réponse n'est pas manichéenne.
- Speaker #0
On a souvent l'image que les matériaux biosourcés sont bons pour l'environnement, que c'est la voie vers un avenir plus durable. Est-ce que c'est vrai ?
- Speaker #1
Alors tout ce qui est biologique n'est pas bon. Les meilleurs poisons sont issus de la nature et on peut les retrouver tous les étés dans les jardins. Donc ça c'est tout ce qui est biologique n'est pas bon. Par contre, on va pouvoir... plutôt avoir tendance à vouloir, c'est plutôt bénéfique d'un point de vue environnemental, d'un point de vue gestion des ressources, d'avoir quelque chose d'issue de l'environnement. Tous les produits biosourcés ne sont pas biodégradables. On a parlé tout à l'heure de bio. On peut venir faire des modifications des produits biosourcés qui vont le rendre pratiquement inerte vis-à-vis du vivant, donc il ne va pas se dégrader facilement. Ça peut être intéressant pour un certain champ applicatif, mais ça veut dire que par contre, le scénario de fin de vie va être différent par rapport à d'autres matériaux où on va vouloir être capable de venir évaluer cette biodégradabilité. Ça fait partie des nouveaux enjeux au travers de la recyclabilité, au travers de la biodégradabilité. Et c'est pour ça que nos collègues mettent en œuvre cette norme, parce qu'il y a des normes qui viennent encadrer. cette capacité de dire d'un matériau qu'il est biodégradable. Ensuite, on va venir distinguer la biodégradabilité, la compostabilité facile dans le jardin, et puis la biocompostabilité industrielle qui ne met pas en œuvre tout à fait les mêmes conditions.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une idée reçue, un peu comme celle-là, que tu déconstruis régulièrement sur le biosourcé ?
- Speaker #1
Cette idée de penser que parce que c'est bio, parce que c'est issu du vivant, c'est nécessairement bien, et c'est celle contre laquelle nous devons souvent recadrer les choses et être assez prudents. L'autre approche, c'est également de dire que le... Le biosourcé ne peut pas faire ce que fait le pétrosourcé, c'est impossible. On a plutôt tendance à lutter contre cette a priori.
- Speaker #0
Ça c'est une idée reçue ?
- Speaker #1
Ça c'est une idée reçue parce que c'est toujours possible, on peut toujours atteindre des performances élevées au niveau du biosourcé. La question est à quel prix ? C'est plus une question de qu'est-ce qu'on veut mettre réellement dans la balance plutôt que de dire je ne peux vraiment pas atteindre ces performances.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des... Tu pourrais nous citer des avantages principaux à utiliser des matières biosourcées face aux matières fossiles ?
- Speaker #1
C'est plus joli, au-delà de l'aspect esthétique. Parfois, les matériaux sont biosourcés, ils sont masqués, on ne les voit pas. Mais c'est d'un point de vue environnemental. Il faut être prudent avec les allégations environnementales et vérifier qu'elles ont été bien mesurées, bien évaluées, avant de pouvoir dire. Mon produit, entre mon produit A, pétrole, mon produit B, biosourcé, mon biosourcé, il est moins impacté environnementalement. Ça, ça se vérifie. Nos collègues des équipes B qui ont dansé le travail de venir vérifier ça, c'est assez complexe et ce n'est pas toujours évident. Donc le biosourcé est une solution. C'est la solution vers laquelle il faut qu'on aille. De toute façon, on n'a pas le choix. Il y a de moins en moins de pétrole. On ne peut pas tout recycler qui est issu du pétrole. Ça a une durée de vie limitée. Si on veut continuer à avoir accès à des matériaux performants, il faut amorcer le changement et trouver d'autres solutions. InnovaTech est un exemple, un modèle pour montrer qu'il y a plein de choses qui sont possibles, il y a plein de produits qui peuvent être sortis de leur usage traditionnel, détournés, comme les procédés, c'est ce qu'on fait régulièrement, mais il faut être capable d'être visionnaire. et de se dire, finalement, je vais créer de la valeur à partir du biosourcé. On l'a vu avec l'usage du plastique, le plastique à usage unique, qui est maintenant interdit. Au début, c'était impossible de remplacer le plastique. Non, non, le plastique, c'est génial, on ne peut rien faire, il n'y a rien d'autre qui le remplacera, ce n'est pas possible. Puis on voit le changement de mentalité, le changement, la mature, tout n'est pas possible, mais la technologie, les évolutions, les envies. industriels également font que finalement ce changement s'accompagne et est possible.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des secteurs dans lesquels les matériaux biosourcés sont bien implantés, mieux implantés que dans d'autres secteurs ?
- Speaker #1
Le secteur de l'emballage est un secteur dans lequel le biosourcé se retrouve partout mais l'emballage on ne le voit pas, on n'y fait pas attention et pourtant que ce soit au travers des palettes en bois. que ce soit au travers des sacs en papier, on va remplacer les sacs plastiques par des sacs en papier, qui sont très techniques parce qu'ils ont des propriétés assez contraignantes. C'est là où je pense que le biosourcé est extrêmement bien implanté. On va le retrouver dans tout ce qui va être construction également. On connaît bien les constructions bois, on voit que maintenant c'est possible de fabriquer des immeubles, de bâtir des immeubles à plusieurs étages en bois, avec tout le respect des contraintes. mécaniques et environnementales qui sont attendues de la part du BTP, avec d'excellentes résistances aux phénomènes sismiques, deux domaines dans lesquels le biosourcé est extrêmement bien implanté. Il y en a d'autres, par opposition, où le biosourcé n'est pas très bien implanté. Pensez à l'automobile, où finalement, historiquement, ce n'est pas le marché sur lequel on a le plus de biosourcés. On en a eu par le passé, il faut penser aux premières voitures, à l'aviation également. Il y a des composés qui sont biosourcés à l'intérieur, parce qu'on va retrouver des panneaux de contreplaqué, on va retrouver des panneaux à base de bois dans certains de ces produits-là, mais ce n'est pas la majorité.
- Speaker #0
Et l'ameublement dans tout ça ?
- Speaker #1
L'ameublement, on a tous chez nous, dans notre environnement direct, du biosourcé dans l'ameublement, que ce soit sur le plan de travail, que ce soit dans les meubles de cuisine, les façades. C'est un environnement qui a une base de biosourcés. Pendant très longtemps, on a voulu masquer ce biosourcé. Et puis maintenant, on revient sur des décors qui rappellent le bois massif. Donc on est capable de simuler, de reproduire le bois massif à partir de papier et de papier mélaminé. Ce sont des choses qui sont toujours assez surprenantes. On enlève les défauts du bois massif au travers de panneaux de particules, de panneaux de fibres. et on vient retrouver l'esthétique au travers de l'application d'un papier qui contient une part de pétro-sourcé. Mais voilà, on empêche, on reste quand même majoritairement sur le biosourcé. Donc l'ameublement est extrêmement bien pourvu en termes d'applicatifs biosourcés. On essaie d'aller encore plus loin en venant utiliser des cols qui soient biosourcés. Comme ça, on sera... Je vous parlais des cols à base de lignine tout à l'heure, qui vont venir coller du bois à partir du bois. Il y a d'autres solutions qui existent, à partir d'agro-sources, par exemple. L'objectif c'est d'avoir un meuble bien que processé, bien que passé à travers une étape de transformation, une étape de dégradation mécanique, qu'on puisse quand même derrière le couler avec quelque chose de biologique et puis de dire moi j'ai un panneau dans ma cuisine qui est 100% issu de la nature.
- Speaker #0
C'est ce qu'on vise, le 100% c'est le graal.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Je vais revenir un peu sur ce que tu disais tout à l'heure par rapport aux contraintes de cycle de vie. Quels sont aujourd'hui les plus gros freins liés aux matériaux biosourcés ?
- Speaker #1
Alors, si on refait un petit peu de contexte, les matériaux biosourcés, les matériaux pétrosourcés sont apparus entre les deux premières guerres mondiales et puis le gros essor, il est apparu après la deuxième guerre mondiale. parce qu'il y a eu l'industrialisation, parce qu'il a fallu produire beaucoup rapidement. Et donc, il a été trouvé plus facile de venir utiliser une matière issue du pétrole. La technologie issue du pétrole a mis énormément de temps pour venir être maturée et énormément de moyens. Donc, c'est une technologie qui est mature, qui a évolué, qui a su s'adapter également aux contraintes. Et avec du pétrole, on ne fait rien. Le pétrole c'est pratiquement inutilisable. Par contre, quand on va venir distiller le pétrole, craquer le pétrole, et quand on va venir apporter de plus en plus de technologies dans ce craquage de pétrole, on va venir fractionner et avoir des fonctions vraiment spécifiques qu'on va retrouver. Ça on l'a perdu dans les matériaux biosourcés, ça on ne sait plus trop le faire. Et maintenant notre standard finalement c'est devenu le pétro-sourcé. Ça a été le biosourcé, puis on est passé au pétro-sourcé, et maintenant on a envie de revenir au biosourcé. Donc il va falloir faire certainement... Certains compromis, certaines concessions pour venir repasser sur l'aspect biosourcé. Ça va pouvoir passer par des performances peut-être un petit peu moindres potentiellement. Du prix, il va falloir accompagner ces changements, accompagner cette évolution. Donc à un moment donné, il va y avoir des décalages de prix. Il faut viser qu'il soit acceptable parce que ce n'est pas non plus l'objectif de... D'avoir deux niveaux, un niveau très très cher, qui ne seront pas achetés, qui ne seront pas valorisés. Et puis d'avoir des pétros en dessous qui sont très très mauvais pour l'environnement, mais tellement faciles d'accès que finalement, c'est cela qu'on va préférer. Et c'est cette chose-là qu'il va falloir accompagner. C'est ça qu'il va falloir faire évoluer.
- Speaker #0
Et donc tu parles de l'aspect économique. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut quand même considérer que les matériaux biosourcés sont des matériaux compétitifs ? Première question et deuxième question, qu'est-ce qui pourrait favoriser leur déploiement à plus grande échelle encore qu'aujourd'hui ?
- Speaker #1
Les matériaux biosourcés sont pour certains compétitifs et pour d'autres absolument pas. On est sur ce moment, ça dépend des usages, ça dépend des types de produits que l'on va venir considérer.
- Speaker #0
Tu as des exemples ?
- Speaker #1
Les adhésifs sont un exemple fort. Un des points bloquants, c'est qu'aujourd'hui, on utilise des cols pétroles sourcés qui valorisent des fractions extrêmement peu chères du pétrole. Donc, on est en phase de produits extrêmement bien bon marché. Et quand on va venir, n'importe quel produit qu'on va venir mettre en phase sera plus cher. Et donc, on est en phase de conduite. du très très bas et nous on va arriver avec du bio-sourcé qui va être plus cher parce que l'industrie n'est pas encore mature parce qu'il n'a pas cet effet grande échelle parce qu'on a des procédés différents à mettre en oeuvre qui actuellement coûtent plus cher mais avec l'effet d'échelle on peut attendre que le prix réduise. Donc voilà donc ça c'est un exemple où finalement on a du mal à venir faire sauter le pas. On a certains matériaux, certains panneaux qui sont commercialisés avec des cols biosourcés, qui coûtent un petit peu plus cher, mais qui ont leur public. De le dire aussi, ce sont des productions qui ont tout de suite trouvé leur marché. Mais elles coûtent un petit peu plus cher. Donc il faut continuer à démocratiser cette approche et à venir la valoriser. Il faut que la ressource soit disponible, ça c'est le premier point. Il faut qu'on ait la matière qui soit là. C'est renouvelable, mais ce n'est pas parce que c'est renouvelable qu'à l'instant T, on va avoir toute la quantité que l'on désire. Donc il y a une mutation, il y a une évolution de la façon de penser, une évolution de la stratégie des entreprises à accompagner. Aujourd'hui, on a un système qui fait tout. C'est parce que tout a été réglé, tout a été adapté. mis en place par rapport à ce système-là. Demain, il va falloir avoir des systèmes mixtes. Il va y avoir d'autres solutions, diverses solutions qui vont être mises en place. Et donc, il faut que l'outil accompagne ce changement et qu'on ait cette capacité de venir être beaucoup plus flexible par rapport à ce que c'est une chose qu'on a perdue. On a de plus en plus d'unités qui produisent de grosses quantités dans très peu de temps parce que c'est un effet d'échelle. La rentabilité vient de là. capacité à produire. Si on va sur des biosourcés, ça va sans doute faire évoluer cette Ausha. Produire toujours autant, mais avec certaines adaptations à prévoir. On aide finalement, c'est notre rôle aussi d'accompagner cela, de faire en sorte que le bois puisse être un élément fort de cette transition et le bois a plein d'atouts pour venir. je ne vais pas dire concurrencer, mais apporter des fonctionnalités que l'on a perdues et qu'on a remplacées par du pétrole et que demain, on devrait remplacer par du bio.
- Speaker #0
Une dernière question sur le sujet du biosourcé. Est-ce qu'aujourd'hui, les filières sont bien en place pour gérer leur fin de vie ? Tu peux nous en dire un peu plus sur cette fin de vie des biosourcés ? Comment est-ce que ça se passe aujourd'hui en France ?
- Speaker #1
Le point important que tu décris, c'est en France. C'est une démarche qui est propre à chacun des pays. L'Allemagne, les pays scandinaves ne vont pas gérer tout à fait de la même façon. Donc en France, il y a différentes contraintes qui sont mises en place, que ce soit au travers des éco-organismes, que ce soit au travers des responsabilités élargies du producteur, les REP, qui vont contraindre les fabricants à prendre en compte cet aspect d'utilisation de la pré. du produit une fois que son usage a été obtenu. Les normes sont mises en place également pour venir répondre à cette question-là et de dire, je parlais de la biodégradabilité tout à l'heure, on va également avoir pas mal de contraintes en lien avec l'utilisation en énergie. Finalement, les produits biosourcés peuvent être, comme pétrole de toute façon, peuvent être utilisés pour produire de l'énergie. C'est quand même plus facile quand on a des produits biosourcés. Mais il y a des contraintes fortes par rapport aux émissions. de gaz et par rapport aux compositions qui sont retrouvées dans l'air. Ce sont des points importants qu'il faut aborder. L'idéal étant d'avoir un matériau qui sera recyclable et qu'on va pouvoir réemployer ou réutiliser ou bien transformer pour que derrière, ils puissent réintégrer un autre produit. Le bois est un modèle du genre où on peut avoir l'utilisation de bois massif. Ce bois massif a une durée d'usage extrêmement longue. Quand cet usage est terminé, on va pouvoir broyer ce bois, créer des particules, et avec ces particules, fabriquer un panneau de particules. Et ce panneau de particules peut lui être recyclable pendant plusieurs cycles et peut, in fine, être brûlé dans le cas le plus défavorable, on va dire, d'un point de vue environnemental, parce qu'on va remettre le CO2 biogénique dans l'atmosphère, mais on peut également envisager une compostabilité dans des conditions... Valider, ça dépendra des produits, ça dépend de la façon dont il est fabriqué. Certains peuvent être compostables, biocompostables. Ça peut être une jolie histoire. Et le bois reste un produit avec un cercle vertueux extrêmement fort. Et donc c'est un de ses atouts principaux pour venir concurrencer les matériaux pétrosourcés.
- Speaker #0
Super. Donc ce cycle circulaire, c'est ce que vous essayez, vous à chaque fois, c'est le modèle que vous essayez de donner aux matériaux sur lesquels vous travaillez chez un tech-fibre. Réfléchir à comment, en fin de vie, remettre la matière dans un circuit de... Voilà,
- Speaker #1
on a participé à des projets qui visaient à venir recycler du panneau de fibre. Le panneau de fibre MDF, c'est ce type de matériau. C'est un panneau isolant, mais le principe est le même, qui est recomposé de fibres de bois qui ont été collées les unes avec les autres pour venir apporter de la cohésion. C'est là où on va retrouver nos cols biosourcés ou pétrosourcés, selon. Jusqu'à présent c'était un matériau qu'on ne savait pas recycler et qui partait soit en compostabilité soit qui était incinéré. C'est un verrou très fort pour ce matériau.
- Speaker #0
et qui pouvaient bloquer certains usages de la part d'industriels qui, eux, voulaient un matériau qui était vertueux. Donc vertueux dans le sens qu'on pouvait réemployer. Et donc, il y a des gros efforts qui ont été mis en place pour venir mettre au point les solutions technologiques pour être capables de recycler ces panneaux de fibre. Ces projets sont un succès puisqu'il y a des solutions qui sont mises en place. Et maintenant, on est capable de venir recycler ces matériaux. Là, on n'était pas capable de le faire. Il y a encore quelques... Il y a quelques mois, il y a plusieurs douzaines de mois, pour refaire de la fibre à partir de ce produit-là. Il y a différentes technologies, il n'y en a pas qu'une seule, mais c'est possible. Donc ça veut dire que c'était le dernier produit à base de bois qui n'était pas recyclable. J'espère que je ne me trompe pas, mais en tout cas c'était un gros verrou, un trou dans la raquette. Et finalement on a réussi à, avec nos partenaires, nos partenaires nous ont associés. pour venir participer à ce développement.
- Speaker #1
Bravo. Bravo, Mickaël. Bravo à ton équipe pour ce travail. Merci beaucoup pour cet éclairage passionnant. Où est-ce qu'on peut en apprendre davantage sur les travaux d'IntechFib, sur les travaux terminés, en cours, futurs, s'il y a des partenaires potentiels ? Comment est-ce qu'on peut être au courant de votre actualité et potentiellement vous contacter ?
- Speaker #0
Le plus simple reste le site internet d'FCBA pour venir nous trouver, nous contacter, nous relayer des demandes spécifiques. On a plusieurs vidéos qui présentent nos capacités de transformation. Voilà un exemple de transformation. Donc c'est ce que je recommanderais dans un premier temps. Mais l'idéal reste de venir nous contacter et de discuter de ce qui est possible et comment est-ce qu'on peut faire évoluer les choses.
- Speaker #1
Super. Un dernier mot pour ceux ou celles qui veulent s'impliquer davantage dans les matériaux bio-sourcés ?
- Speaker #0
C'est un sujet passionnant, très très vaste. Il y a plein de choses à faire. On découvre, on apprend tous les jours. On a des sollicitations. Je n'en ai pas forcément parlé là, mais il y avait d'autres exemples avec des mélanges, des recyclages de d'autres mètres de cuir, par exemple, où on va venir mélanger du bois et du cuir. On pourra travailler sur des drèches de brasserie. Il y a plein de choses à faire, il y a plein de possibilités. Et puis cet accompagnement est passionnant et on aime beaucoup détourner les produits, détourner les procédés pour venir apporter de l'innovation. Et on a eu plusieurs réussites qui ont montré que faire un procédé qui était ici issu de la métallurgie ou issu de l'industrie minière pouvait s'appliquer au bois et permettait d'avoir des... des évolutions différentes.
- Speaker #1
Merci Michael.
- Speaker #0
Merci Magistrine.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode du podcast InnoMatter. Vous pouvez le retrouver sur nos différentes plateformes, réseaux sociaux et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. Et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. Merci beaucoup.