- Speaker #0
Quand on s'engage sur des routes un peu extrêmes, il faut être sûr d'être capable de les mener jusqu'au bout. Sinon, on peut perdre beaucoup plus que ce qu'on a à gagner.
- Speaker #1
Hello, hello ! Bienvenue dans Into the Mind, le podcast dédié à la préparation mentale et à la performance sans vous cramer. Je suis Géraldine Lescq, préparatrice mentale auprès d'athlètes, d'aventuriers, également d'entrepreneurs, mais surtout d'hommes et de femmes. qui s'interrogent sur leur performance, sur ce qu'elle veut dire, et qui veulent continuer de grandir dans leur performance, tout en résistant à la pression. Aujourd'hui, je reçois Mathieu Claveau. Mathieu est skipper en course au large. Il est skipper professionnel, il a à son actif 15 ans de course au large, une première Transatlantique qui s'est soldée par un naufrage, sa plus grande expérience d'apprentissage, et ensuite de nombreuses courses, dont la Transat Jacques Vabre en 2019 et la Route du Rhum en 2022. On s'est rencontré avec Mathieu lors de sa préparation à la Route du Rhum et je l'ai accompagné en préparation mentale, notamment sur la gestion du sommeil. Mathieu est également un ingénieur passionné. Selon lui, le trio gagnant, c'est préparation, anticipation, stratégie. Mathieu est également un entrepreneur. Il est le fondateur de MerConnexion, première écurie de course au large basée à Marseille. Et en tant que citoyen engagé, il est ambassadeur du fonds de dotation Plantons pour l'avenir, fonds de dotation pour le reboisement des forêts françaises. Et il est mentor du programme WomenConnexion, incubateurs de femmes skippers destinées à les amener sur la course au large. Alors je ne vous en dis pas plus et je vous laisse entrer dans le monde fascinant de la course au large. Bonjour Mathieu.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
On se voit aujourd'hui pour l'enregistrement d'un épisode d'Into the Mind. On se connaît, ce n'est pas la première fois qu'on se croise. On a parlé plusieurs fois de ce podcast et de ce moment d'échange. Et là, on va prendre un petit temps pour discuter, parler de la course au large, parce que tu es skipper de course au large, parler d'entrepreneuriat, parce que tu es engagé sur un projet Vendée Globe 2028, donc avec des très gros enjeux, avec des problématiques complexes, avec un investissement assez impressionnant. de ta part, en tout cas c'est le regard que j'ai moi quand je te vois animer ce projet Vendée Globe. Et on va aborder évidemment le sujet d'entrepreneuriat sur ce podcast, mais on va aussi parler de la course au large, un peu de qui tu es, d'où tu viens, qu'est-ce qui t'a amené à la course au large. Et pour... donc merci d'ailleurs de prendre ce temps avec moi. On n'est pas sur ton bateau aujourd'hui, on est chez toi. Peut-être une fois on fera un autre enregistrement sur le bateau. Et juste pour se présenter, en fait on s'est rencontrés en 2022, quelques mois avant ton départ sur la route du Rhum. C'était une rencontre très fortuite, parfois le hasard fait très bien les choses, et tu avais à ce moment-là des difficultés à dormir, tu étais vraiment dans la dernière ligne droite avant le départ, et on a commencé à travailler ensemble sur de la préparation mentale pour cette route du Rhum. On va en parler. Et à l'issue de cette route du Rhum, moi je t'ai dit que j'avais envie de continuer à te suivre dans tes aventures de course au large. Et depuis 2022, on collabore ensemble à la fois sur la préparation mentale et puis aussi sur ton projet Vendée Globe. Tu vas nous en dire un petit peu plus tout à l'heure. Pour commencer, est-ce que tu peux nous dire un peu d'où tu viens, qui tu es, mais d'où tu viens et qu'est-ce qui t'a amené à la course au large ?
- Speaker #0
Moi, je viens de Lauser, donc sur le papier, rien ne me prédestinait à faire de la course large. Mon père est d'origine bretonne, donc ça facilite quand même. Du coup, il y avait des revues de voile qui étaient dans la maison. Je pense vers l'âge de 8 ans, 94, donc oui, 6-8 ans. J'ai découvert la route du Rhum, d'abord à la télé, puis je lisais les revues. J'essayais de reconstruire les bateaux. J'étais particulièrement fan de Laurent Brugnon, Prima Gaz à l'époque. C'était un trimaran et à quitter l'innovation, en Lego c'était un peu difficile de construire un trimaran, donc je construisais des monocoques assez grands. Je les mettais dehors, j'essayais de les faire naviguer, ils se cassaient souvent, je pleurais, ça dématait. Mais à chaque fois je reconstruisais. Et finalement c'était peut-être les prémices, je pense qu'on en parlera après, mais les prémices de ce qu'est la course au large et la capacité de résilience et à rebondir. Et finalement, cette passion est là. Après, je me dirige un peu plus vers de l'aéronautique, tout en continuant la course au large. Et c'est vraiment à l'âge de 18-20 ans où j'ai la chance de pouvoir embarquer sur un mini 650. Et là, je me dis, en fait, je découvre ces bateaux et je me revois encore, voyant ces formes de bateaux, me dire, mais en fait, c'est des mini bateaux qui m'ont fait rêver quand j'étais enfant. Et est-ce que c'est faisable ? Et du coup, là, je me renseigne, je prends contact, etc. Et je fais ma première course au large qui est Marseille-Alger Cup. En plus, on marche plutôt bien. On arrive troisième en Algérie. Et là, je me dis, mais en fait, c'est vraiment la liberté. Il y a vraiment possibilité d'exprimer. Et du coup, je me lance dans un projet de mini-transat que je fais à la fin de mes études en 2011, qui ne se passe pas de la meilleure manière qui soit, mais qui finalement sera une expérience... fondatrice de tout le projet et de fil en aiguille, après je monte les échelons de la course large, Figaro, puis classe 40, avant de quelque part s'autoriser à rêver de pouvoir faire le Vendée Globe, tout en menant jusqu'à il y a quelques mois en tout cas, une double carrière dans l'ingénierie. Donc en fait un peu un double regard à la fois sur la course large et à la fois sur l'industrie.
- Speaker #1
Est-ce que Tu pourrais décrire la course au large pour quelqu'un qui ne la connaît pas ?
- Speaker #0
La course au large, selon moi, pour quelqu'un qui ne la connaît pas, déjà peut-être, on a souvent l'habitude de dire, sur de la voile en croisière déjà, que c'est le moyen, c'est un peu une boutade, mais que c'est le moyen le plus long, le plus inconfortable et le plus cher pour allier un point A à un point B. Quand les conditions sont rudes, c'est clairement le cas. Après, c'est aussi un des derniers espaces, la mer en tout cas, c'est un des derniers espaces de liberté. Globalement, on peut aller un peu où on veut. Donc la course là, c'est vraiment utiliser des... c'est un sport mécanique. On ne s'en rend pas forcément compte, mais finalement, c'est vraiment un sport mécanique. On fait vraiment corps avec son bateau. Souvent pendant les courses, on parle de on, d'ailleurs, alors qu'on est tout seul. Souvent les skippers,
- Speaker #1
on les entend parler de leur bateau comme d'une personne.
- Speaker #0
Exactement. Il y a vraiment ce lien, ce couple bateau-machine, homme-machine qui est vraiment important. On en prend soin. C'est des traversées souvent, historiquement en tout cas, c'est des traversées de l'Atlantique ou des tours du monde. On peut faire des courses au large plus petites. Vraiment un vrai dépassement de soi et l'objectif étant d'aller du point A au point B le plus vite possible en tenant compte de tous les aléas météorologiques possibles. et également technique et physique. C'est quelque chose qui est vraiment très complet comme sport. Et c'est un des rares sports où l'aspect sommeil, qui dure longtemps, et l'aspect quelque part sommeil-récupération est très important. Parce que contrairement à un sport qu'on va pratiquer à la journée, ou même sur deux ou trois jours hyper intenses, le reste du temps, on peut vraiment se reposer. Quand on fait une traversée de l'Atlantique, par exemple, ça peut durer une vingtaine de jours, on peut moins. Il faut pouvoir rester... rester vigilant sur toute cette durée. Donc la dynamique sommeil, finalement, est un facteur de performance.
- Speaker #1
Et justement, on parlait de la route du Rhum, on s'est rencontré où tu avais cette difficulté de sommeil. Évidemment, tu sentais que c'était compliqué pour toi parce que tu étais fatigué, mais comment ça venait impacter la façon que tu avais de préparer la course ? Qu'est-ce qui a fait que tu t'es dit, en fait, il faut vraiment que je bosse sur ce sujet-là ? ça va être nécessaire pour que je sois plus performant sur la route du REM.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu m'as fait dire ? Je ne sais pas. Ce que je me dis, c'est que j'étais arrivé à un niveau où, au niveau ingénierie et développement commercial, c'était assez dense aussi. En parallèle, il y avait la route du Rhum à préparer.
- Speaker #1
Oui, tu étais encore dans ta société de conseil de l'époque.
- Speaker #0
J'étais encore dans ma société de conseil de l'époque, qui était également mon sponsor. Donc, j'étais un peu pris sur plusieurs sujets. J'avais souvent la tendance à dire ingénieur le jour, skipper la nuit. C'était vraiment ça. Donc finalement, la nuit, je repensais à ma job list du bateau. Le chantier qu'on avait fait sur le bateau avait pas mal dérivé, qui avait été pour la bonne cause parce qu'on a grandement fiabilisé le bateau, ce qui était un des souhaits principaux. Mais du coup, ça avait du retard. Donc il y avait ces sujets-là. C'était un peu l'inconnu aussi. Saint-Malo, c'était une course qui m'avait fait rêver. Mais dès qu'on lit des deals sur la route du Rhum ou sur le Vendée Globe, C'est quand même des courses qui sont... qui sont historiques pour plusieurs facteurs. C'est des conditions qui sont dures. Prendre le départ d'une route du Rhum, c'est quand même difficile. À coup sûr, il va y avoir une tempête quasiment. Donc c'est loin d'être...
- Speaker #1
C'est pour ça qu'elle a été calée à ce moment-là.
- Speaker #0
Probablement. Donc vraiment, il y avait tout ça. Et ce que je me disais, c'est qu'à un moment donné, le risque du burn-out n'est pas à la mode, mais en tout cas d'être un peu dépassé par les événements. pouvaient arriver. Et comme c'est un bateau, c'est un sport mécanique et qu'on se retrouve tout seul, il y a quand même un danger de se blesser ou autre qui peut être significatif. Donc à un moment donné, je me suis dit il faut réussir à se préparer. Et je pense sans se rendre compte, je ne l'aurais pas forcément fait. Je surfais un peu sur des précédentes expériences. Donc j'avais encore quelques tips. Mais cette expérience a été l'occasion de développer ce sujet-là. Et comme j'ai une tendance à visualiser, à souhaiter en tout cas visualiser, à anticiper, du coup peut-être que cette déformation ingénuriale, mais cette vision d'anticipation fait en sorte que je me pose aussi beaucoup de questions, peut-être beaucoup plus de questions que d'autres personnes quelque part. Donc c'est intéressant parce qu'on va essayer de... de verrouiller le maximum de sujets, mais c'est aussi épuisant parce qu'on a un volume d'informations à traiter et de génération de stress qui est potentiellement supérieur des personnes qui vont moins se poser de questions. Peut-être qu'à un moment donné, ça ne marchera pas et je suis convaincu qu'à un moment donné, ça ne marchera pas. Mais par contre, ils vivent aussi beaucoup plus heureux quelque part.
- Speaker #1
Plus sereinement.
- Speaker #0
Sereinement, le terme.
- Speaker #1
Parce qu'effectivement, moi je ne suis pas une grande navigatrice du tout, mais j'ai eu la chance de venir quelques fois avec toi sur le bateau. Et ce qui m'a frappée quand je te vois en mer, c'est de voir le niveau de maîtrise mentale que tu as de tout ce qui se passe sur le bateau, de tous les éléments qui sont sur le bateau. Tu es ultra précis, tu es ultra méticuleux, tout est réglé au cordeau. Et tu disais que ce n'est pas le cas de tous les skippers, où il y a effectivement des skippers qui sont évidemment tous prêts, ils ont tous un très bon niveau, mais il y en a qui vont avoir un niveau d'exigence moins élevé sur toute la préparation. Je me souviens qu'on avait aussi beaucoup parlé de l'informatique, où c'était un sujet hyper important. Une de tes grandes qualités, c'est aussi la stratégie météo, la lecture de toutes ces informations-là. Et toi, tu étais hyper concentré sur... sur ces sujets-là et sur cette préparation. Est-ce que tu dirais que c'est quelque chose de différenciant chez toi par rapport à d'autres skippers ?
- Speaker #0
Oui, je suis convaincu que c'est quelque chose de différenciant. Moi, j'ai un besoin de comprendre. Je pense que c'est l'aspect ingénieur. C'est une formation où on nous a appris à comprendre et appris à apprendre aussi. Dans la voile, je suis convaincu que c'est un avantage. Et de plus en plus, on voit que les grands skippers ont une... un aspect, Charlie Dalin ou Lionel Richum ou François Gabart ont cette version, son vision ingénuriale, architecture navale très pointue, très précise. Parfois, ça peut être aussi un piège, parce que, notamment sur la météo, mais finalement, sur la préparation technique, je pense que c'est nécessaire, moyennant de ne pas se perdre dans des détails, ce qui peut être le revers de la médaille. Sur la météo, parfois, moyenner, finalement, en météo, Merci. pas exceptionnel, mais en tout cas, ce n'est pas si mauvais que ça non plus. Parce que ce n'est pas une science exacte à 100%. Une préparation technique, si on sait que la durée de vie de la pièce, c'est ça, et qu'il faut la changer avant, celui qui va oublier va forcément prendre un peu de risque. Pour autant, ça va peut-être passer. Mais en tout cas, là, c'est plus facile de mettre des objectifs clairs et des deadlines. Sur la météo, finalement, il y a quand même de l'incertitude forte. Donc finalement, une route moyenne où de ne pas maîtriser tous les sujets, et de ne pas chercher à comprendre tous les sujets, et de faire quelque chose de médian. Et finalement, pas mal aussi. Moi, ce qui m'avait par contre grandement aidé sur la route du Rhum, en l'occurrence, et que j'utilise depuis, c'est en fait d'avoir vraiment la perception et de comprendre, et ça avait vraiment été un gap, de comprendre très précisément ce qui allait m'arriver dessus en termes de météo. Et du coup, je naviguais, c'est un peu la deuxième fois que je le mettais en œuvre. c'était un peu une quintessence au niveau météo, c'était que je n'étais absolument pas surpris des nuages qui arrivaient, du vent qui arrivait, de la mer. Je ne m'étais jamais fait cette remarque auparavant, mais finalement, le fait de bien le comprendre, parce que j'analysais avec plusieurs outils, plusieurs cartes, etc. Je navigue avec un nombre de cartes ouvertes, de superpositions, etc. Et finalement, beaucoup moins de surprises. Et du coup... c'était fluide en fait, parce que je me souviens d'échanges à un terreskiper où ils se posaient beaucoup de questions sur est-ce que c'est ce phénomène-là ou pas. En fait, je me voyais que ces questions-là, moi je ne me les posais plus parce que par l'analyse, je les avais trouvées. Et le fait de savoir ce qui va nous arriver dessus quand on navigue, c'est quand même beaucoup plus facile. Et typiquement, je me souviens très clairement, une zone où on voyait assez peu la variation, mais il y avait une bande de nuages qui arrivait. et personne avec qui on échangeait je me disais mais c'est quoi ces nuages, on comprend pas moi j'avais compris ce que c'était du coup je savais qu'une fois que les nuages passeraient je connaissais le vent enfin je supposais le vent qu'allait être derrière du coup j'avais préparé mon bateau en conséquence pour des changements de voile parce qu'il allait falloir faire ces changements de voile et du coup c'était très limpide et c'est exactement ça qui s'est passé modulo quelques petits degrés de variété de vent ou de force mais globalement c'était vraiment à la trésorerie très fidèle à l'analyse. Parfois, on se plante, mais finalement, moins.
- Speaker #1
Tu as plus de précision que celui qui n'a pas la lecture fine que tu as.
- Speaker #0
Alors après, par contre, ça nécessite beaucoup de temps d'analyse et ça peut être aussi un piège de se concentrer et d'être perturbé. À un moment, il y a parfois des éléments où, à mon niveau, je n'arrive plus forcément à les comprendre. Il faut accepter de lâcher et de faire, pour le coup, une mesurée aussi, quelque part. Le moment où on est en train d'un peu perdre pied, ça peut arriver, et de dire là on reconcentre, on fait quelque chose de médian sans prendre trop de risques parce qu'on n'est pas 100% sûr de la stratégie.
- Speaker #1
Tu te souviens d'un moment où ça t'est arrivé, où tu sens que tu passais trop de temps à analyser et que tu n'arrivais pas forcément à prendre...
- Speaker #0
Je n'ai pas de souvenirs précis, mais par exemple sur une dernière course en Corse, ça a été plus un recalage d'objectifs, de positions. À un moment, on sentit qu'il y avait un phénomène qui se passait, on n'arrivait pas à comprendre de quoi. Et plus une analyse de risque, finalement, donc on est encore dans l'analyse, et de se dire, en fait, placé où j'étais placé, j'ai réussi à mettre de côté l'objectif final qui était d'aller à Bonifacio et faire un cap à 4,90 de la route, ce qui est quand même très dangereux, mais parce que mon objectif recalé, à court terme, c'était d'attraper du nouveau vent qui arrivait par le sud. Donc en fait, j'avais le choix droit ou gauche, est ou est. Et j'ai choisi l'ouest, en l'occurrence, parce que c'est ce qui permettait d'arriver le plus rapidement à ce point-là. Mais les concurrents m'ont dit, quand on a vu faire cette route, on s'est fortement inquiétés, parce qu'on n'a pas compris, c'était quand même une prise de risque énorme. Et pour moi, il n'y avait pas de prise de risque, parce qu'en fait, j'allais chercher ce nouveau vent. Et en faisant ça, on a contourné tout le problème. Et une fois qu'on a été dans ce nouveau vent, le problème a été réglé. Et on est repassé.
- Speaker #1
On a gagné beaucoup de places là.
- Speaker #0
Et surtout, parfois ça marche, parfois ça ne marche pas. Mais c'est vrai que ce moment-là, il faut prendre une décision rapide et se dire, le parti pris, c'est ça. Sinon, retourner avec les autres dans peu de vent. A mes yeux, ça ne servait pas à grand-chose. Mais parfois, quand il y a des nuages, beaucoup plus d'analyse auprès des nuages, et pas juste filer aux données météo de vent et de direction qu'on reçoit. Et de plus en plus, finalement, je fais de plus une analyse avec les nuages, avec les images satellites, et pas la route météo que me donne que l'ordinateur. Et surtout, la critiquer. Parfois l'ordinateur est capable de vous donner une route qui théoriquement est certes plus performante, mais est-ce qu'elle est performante pour notre projet ? Est-ce qu'on est capable physiquement, technologiquement, financièrement d'assumer le risque, par exemple d'aller faire trois manœuvres complexes dans 30 ou 35 nœuds ? Il faut admettre que peut-être à ce moment-là on est un peu fatigué ou parce que là on n'a pas trouvé tous nos sponsors pour x raisons, la route optimale pour notre projet... En tenant compte de tous ces paramètres, c'est peut-être pas d'aller chercher du levant le plus fort et accepter de perdre un petit peu, mais de ne pas moins prendre de risques parce que peut-être qu'on n'en a pas forcément le niveau. Ou le niveau physique, technique, financier.
- Speaker #1
Oui, aussi financier. Parce qu'il y a un peu de chance. S'il y a de la casse, c'est quand même des budgets qui sont conséquents derrière.
- Speaker #0
Et sur la route du Rhum, j'avais récupéré plein de places en menant cette stratégie globale. Et d'autres bateaux qui avaient... qui était certes un peu plus performant que le mien, mais par contre qui avait peut-être un moins bon niveau technique, finalement se sont retrouvés derrière moi, alors que moi j'avais minimisé grandement les risques, et j'avais fait une route dans la tempête, notamment où j'avais beaucoup moins de vent, j'en avais quand même eu, mais j'étais arrivé avec un bateau en bon état après les tempêtes, quand certains bateaux s'étaient fait peur sur les deux premières, et avaient évacué par exemple la troisième par le sud, et là avaient perdu 24 à 48 heures. Ça change rien que... ceux qui ont gagné sont quand même allés dans la grosse tempête, mais ils n'avaient peut-être pas la pression financière, c'était probablement pas leur bateau, c'était le bateau du sponsor. Ça change vraiment le paradigme de la stratégie de course.
- Speaker #1
C'est hyper intéressant ce que tu décris, parce que tu viens de faire un petit cours de stratégie mentale. En fait, en prépa mental, on dit qu'on est performant si on reste véritablement dans sa zone de maîtrise. Et si on réussit à diminuer au maximum la part de l'inconnu et la part de ce qu'on ne maîtrise pas, on appelle ça souvent les zones de préoccupation. Météo, par exemple, quand on n'a pas cette lecture fine que tu sais avoir, ça crée des doutes, ça crée des questionnements, ça fait prendre des décisions quand on n'est pas pleinement sûr de sa décision. Et en fait, toi, tu décris exactement que tu es capable de ne pas t'exposer au risque le plus important, de ne pas aller au cœur des tempêtes. Comme font certains, qui peuvent parfois paraître plus tête brûlée, tu n'y vas pas à la fois parce que c'est ton bateau, donc il y a un vrai enjeu financier pour toi si jamais tu as de la casse sur le bateau, mais aussi parce que tu sais parfaitement manœuvrer avec ces informations que toi tu maîtrises et qui te permettent de définir une stratégie qui va être une stratégie, jusqu'à maintenant, ça a plutôt payé, vraiment performante. Et quand on est dans ce qu'on appelle cette zone de maîtrise, c'est aussi ce qui permet de faire de faire baisser la peur, parce qu'en fait, on a le contrôle, on sait ce qui va se passer. Et très souvent, les individus qui se retrouvent, qui ont peur, on a peur de ce qu'on ne maîtrise pas, on a peur de ce sur quoi on n'a pas la main. Donc, tu as vraiment cette façon de procéder, qui est une vraie performance en prépa mentale, d'évidemment bien anticiper, bien préparer, mais avoir une maîtrise d'informations qui te permettent d'être meilleur dans ta vie. dans ta pratique. Et ça me fait penser au départ de la route du Rhum. On va parler d'autres courses, mais en 2022, le départ a été décalé. C'était une des premières fois. C'est quand même assez exceptionnel. Quand on se prépare pour une telle course, ce n'est pas rien de te dire que ça a été décalé de trois jours. Ça, vous êtes parti le mercredi. Et je me souviens que ça a créé du stress, bien sûr, mais moins... pour toi, a priori, que pour d'autres skippers. Et je me souviens que tu avais même dit que tu aurais pu partir. Tu étais prêt à partir dans ces conditions. Est-ce que tu dirais que tu étais prêt à partir dans ces conditions, justement parce que tu avais une très bonne lecture de la météo, de ce qui se passait et que tu te sentais plus en maîtrise à la fois de ton bateau et de ce que tu serais capable de faire en mer ?
- Speaker #0
Je me souviens de ce moment-là où je m'étais préparé à partir, comme je pense beaucoup de monde. Certains par exemple avaient commencé à anticiper, à réserver des places de port à Roscoff. Moi je ne l'avais pas fait. Du coup dans tous les cas je n'aurais pas eu de place de port. Donc déjà je trouvais le concept un peu délicat. Et plutôt injuste entre ceux qui pourraient avoir une place de port et ceux qui n'ont pas. L'organisation a eu une décision plutôt sage. Donc moi j'étais partagé en me disant que le projet c'est de traverser. et de faire une belle course, de montrer ce qu'on sait faire. Et en même temps, s'il y a beaucoup qui s'arrêtent, qui souhaitent s'arrêter, moi j'ai un bateau qui est solide, assez safe, et peut-être possibilité de renforcer encore un peu plus la sécurité. Du coup, je me dis qu'il y a peut-être aussi un très gros coup à faire en termes de classement, parce que si moi j'arrive à passer avec quelques bateaux, mon bateau est quand même très solide par rapport à des bateaux beaucoup plus récents. il y a peut-être moyen de faire quelque chose d'extraordinaire. Donc un peu l'enjeu de se dire, l'enjeu performance de se dire « Waouh, il y a peut-être quelque chose de magnifique à faire » et en même temps, si jamais ça se passe mal, c'est très très compliqué. Donc j'étais tiraillé entre ces deux éléments, mais je m'étais préparé à me dire « Je ferai en sorte de ne pas m'arrêter » parce que finalement, ça me stressait presque plus de m'arrêter dans un port et de risquer de casser le bateau dans une manœuvre un peu douteuse ou autre. que faire le dos rond dans la tempête avec un bateau plutôt réputé pour y aller. Donc j'étais vraiment perturbé par rapport à ça. Mais avec l'équipe, on avait par exemple préparé le bateau, on avait rentré certaines voiles, parce qu'on savait qu'on ne mettrait pas les grandes voiles dans ce moment-là. On avait enlevé certains éléments du bateau, certains cordages pour ne pas que ça s'en mêle. Donc on l'avait préparé à y aller en mode tempête. Et du coup... Ça n'empêche pas qu'on ne dormait pas forcément bien, mais en tout cas, c'était vraiment l'idée de se dire si besoin, si jamais ils lancent, parce que je ne voyais vraiment pas comment ils pouvaient retarder. On l'espérait tous, mais ça ne s'était jamais fait. Donc, je me disais, il faudra y aller. Donc, oui.
- Speaker #1
Et c'est quoi, qu'est-ce que ça représente, la peur, pour toi ?
- Speaker #0
La peur, pour moi,
- Speaker #1
j'aime bien.
- Speaker #0
Je n'ai pas peur de dire que j'ai peur, parce que je trouve que c'est un véritable garde-fou. Je suis plus inquiet de personnes qui disent qu'elles n'ont pas peur. Entre ce qu'elles disent et ce qu'elles ressentent, ça peut être encore une autre chose. Par le passé, on y reviendra peut-être, mais sur des trimorants Orma, à un moment donné, dans les années 2000, c'était des bateaux qui étaient devenus extrêmement dangereux. 2000-2004, ça a d'ailleurs causé un peu leur faim, parce que sur une édition de la Route du Rhum, ils s'étaient tous retournés. Et les skippers, ça a été écrit plus tard par des livres, ça se disait en off, mais auprès des sponsors ça ne se disait pas, auprès du camp public encore moins. Et du coup les bateaux naviguaient de moins en moins, parce qu'en fait les skippers, c'est ce qui se disait, finalement les skippers avaient peur de naviguer, de peur de casser le bateau. Donc en fait ils ne naviguaient jamais tout seuls. ils testaient toujours en équipage, etc. Et du coup, la route du Rhum, c'était un peu l'étape où ils naviguaient quasiment tout seuls. Et du coup, la peur qui... Certains avaient même arrêté, avaient dit qu'ils souhaitaient arrêter de naviguer sur ces bateaux-là. Je ne me souviens plus de ce qui part, mais ça a été le premier à dire, moi, je ne veux plus naviguer sur Bess, j'arrête. Et puis, ça a fait boule de neige, et de fil en aiguille. Ensuite, on a créé les Ultimes, par exemple, qui sont finalement technologiquement beaucoup plus complexes. mais beaucoup plus safe que cette génération de bateaux des années 2000. Donc finalement, la peur, ça reste quand même un garde-fou. Et on le voit en montagne aussi. Mais pour moi, quand on se pose une question et qu'on a un peu peur, on va chercher des parades de sécurisation du bateau, de préparation. Par exemple, la prochaine route du Rhum, des peurs, c'est une peur. C'est une peur ou c'est un risque, je ne sais pas. En tout cas, je n'ai pas envie de me retrouver sans pilote. Donc, je fais tout sans pilote automatique. Donc, c'est une peur. Si je dois me barrer pendant des jours non-stop, ça devient vraiment dangereux, voire vraiment d'une pas agréable et potentiellement dangereux.
- Speaker #1
Et épuisant.
- Speaker #0
Et épuisant, etc. Je ne sais pas du tout ce que j'ai envie de vivre. Alors, est-ce que c'est une peur ou est-ce que c'est une anticipation de risque ? Toujours est-il qu'on cherche à avoir de la redondance, on cherche à fiabiliser ce pilotage automatique le mieux possible. sans minimiser le maximum d'inconnus. Par exemple, je me souviens de la dernière tempête de la route du Rhum où... où là, j'avais fait un peu une erreur, j'aurais dû presque plus sortir, ça tapait énormément. À la fin, j'avais envie que ça s'arrête.
- Speaker #1
Oui, parce que dans ces bateaux, quand vous êtes en pleine mer, le bruit est assourdissant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Sur le Vendée Globe, on les voit même avec des casques en fil bruit.
- Speaker #0
Donc, en fait, il y avait cette peur-là, mais j'ai longtemps hésité à me dire, est-ce que je vais dans la dernière tempête ou pas ? Et puis, finalement, je me suis dit, oui, je vais y aller, et je vais y aller en condition... ceinture bretelle quelque part. Donc là, j'avais mis mon tourmentin, etc. Au final, sur mes concurrents directs, j'ai perdu 10 000. Donc, c'était quand même significatif. J'avais mesuré que j'allais perdre ça et que j'étais prêt à accepter cette perte-là. Alors que si je partais vers le sud, j'allais perdre 48 heures. Donc, beaucoup plus que là, ces 5 heures que j'ai rattrapées finalement très rapidement après. Donc, en fait, j'avais un peu peur. Donc, je me suis dit, je vais y aller en mode safe.
- Speaker #1
Là, tu avais peur de casser le bateau.
- Speaker #0
J'avais peur de casser le bateau. Et du coup, j'ai mesuré ma perte, acceptée, enfin acceptable, et j'y suis allé en mode hyper safe, donc en anticipant à chaque fois les changements de voile, etc. Et finalement, ça s'est super bien passé. Et au fur et à mesure, je me suis dit, en fait, ça passe. C'est des conditions que je n'avais encore jamais eues sur ce bateau, avec les enjeux d'une route du Rhum. Je les avais eues en rade de Marseille, mais ça n'a rien à voir. Tu sais que le lendemain, le soir, tu es au port.
- Speaker #1
Je ne sais pas si on est allé à Marseille.
- Speaker #0
On est allé à Marseille, effectivement. Donc, on avait eu 50 à 60 nœuds en rade de Marseille, mais on était trois. Mais ça n'aurait pu se casser à ce moment-là, tout à fait. Donc là, j'ai eu jusqu'à 55 nœuds de vent sur la route du Rhum, tout seul, au large des Açores. Enfin, pas la même ambiance. Et au final, le fait de se mettre des garde-fous, ça permet de faire les choses de manière safe. Alors,
- Speaker #1
il y a les garde-fous, effectivement. Je me souviens que tu avais parlé de ce moment-là. Mais tu avais dit, j'ai eu peur tant que j'étais à l'intérieur, dans l'habitacle. Et il a fallu un petit temps pour que tu te reprennes et que tu dises, en fait, je sors. Est-ce que c'est bien ça ? Est-ce que peut-être tu peux nous dire ce qui s'est passé pour toi à ce moment-là ? Avant, je suis à l'intérieur du bateau et ça tape et la peur émerge un peu. Et puis à un moment, je décide de sortir et de reprendre la main.
- Speaker #0
Oui, complètement. Les conditions n'incitaient pas franchement à sortir. Notre bateau n'est quand même vraiment pas protégé. Et puis, là, c'est des conditions. Moi, je ne vais pas aller barrer. J'ai plus à réfléchir, à vérifier, à l'usure, la stratégie, etc. Se protéger, parce que si jamais il y a un souci. il faut pouvoir agir vite et c'est vrai que ça tapait énormément j'avais même un peu trop sous-toilé le bateau et du coup j'étais bien qu'au-delà de 45 nœuds c'était nickel mais en dessous le bateau tapait vraiment beaucoup et à un moment donné je me dis je vais sortir, je vais voir et je vois que le bateau se comporte mais admirablement bien j'ai l'impression d'une sorte de petit tracteur qui montait la vague ça mettait un certain temps et puis hop il redescendait et je me suis dit mais en fait Il y a des vagues déferlées à côté. Le pilote automatique gérait super bien le truc. En fait, si je pense que j'aurais dû sortir beaucoup plus tôt, je suis sorti tôt. Mais en fait, une fois que je suis sorti, c'était un peu sur la fin aussi. Mais globalement, c'était très rassurant. Mais je me souviens des deux dernières heures, un peu comme on savait que la météo, ça allait durer 12 heures, ce qui est relativement court malgré tout. 12 heures de grosses difficultés. les 10 premières heures, on tient. Et puis les deux dernières, on a envie que ça s'arrête. Si on était parti sur le fait que ça allait durer 24 heures, les 22 premières heures, je pense qu'elles se seraient passées. Mais c'est un peu la fin. Là, j'ai un peu envie que ça s'arrête. Et maintenant, je me dis que je suis capable de passer dans ces conditions-là.
- Speaker #1
Tu as gagné en confiance, bien sûr.
- Speaker #0
Mais je vais essayer de garder cette idée de me dire... Voilà, de faire attention quand même, de bien mesurer tous ces trucs. Parce que si ça s'arrêtait là, en tout cas sur cette première durée de Rome, c'était vraiment dommage de s'arrêter là, d'avoir eu un excès de confiance quelque part. Et moi, je me souviens de ma concurrente directe qui était à côté, qui avait repris quelques milles sur moi. Au final, elle avait fait la route nord, etc. Mais dès la deuxième dépression, il y avait eu un changement de vent. En fait, elle s'était probablement endormie. Elle était repartie 4 heures un peu en arrière. Donc au final, tout le gain qu'elle avait eu, elle l'avait reperdu parce qu'elle était très fatiguée. Et en fait, il y avait le changement de voile. Et juste après, ça repartait vraiment. Il y avait de nouveau un changement de voile brutal. Il fallait régler les voiles. Et donc, si les gens se sont dit, il y a eu 2-3 bateaux qui ont fait ça. Moi, c'était jackpot au final. J'avais eu moins de vent, moins de risque. Et du coup, au final, j'ai récupéré mon écart. Donc, en fait, quand on s'engage sur des routes un peu extrêmes, il faut être sûr d'être capable de les mener jusqu'au bout. Sinon, on peut perdre beaucoup plus que ce qu'on a à gagner. Donc, c'est vraiment cette analyse-là...
- Speaker #1
Avoir des objectifs réalistes. Exactement.
- Speaker #0
C'est sûr que si c'est un skipper qui navigue 100% du temps et qui n'a que ça à faire quelque part, qui n'a pas de métier à côté ou qui a déjà tous ses sponsors et qui peut s'entraîner très souvent, il fallait qu'il aille faire cette route nord. Sauf si son ambition, son sponsor, par exemple, l'obligation, c'était vraiment à tout prix d'arriver pour diverses raisons. Et que là, il faut accepter de se dire que l'objectif principal, c'est d'arriver. Ce n'est peut-être pas d'aller faire les étoiles sur la première semaine si tout cassait. Donc, il faut aussi englober ces objectifs-là.
- Speaker #1
Une dernière question sur cette course que j'ai joué le temps qui file et que j'ai plein de questions à te poser. Tu as parlé du sommeil au tout début, quand on a démarré. Typiquement, dans des conditions comme ça, comment tu gères ? Tu as parlé de récupération, où tu as dit, tu sais aujourd'hui que c'est hyper important. Comment tu fais quand tu es obligé de rester alerte pendant plus de 24 heures ? Quand tu es dans des conditions très musclées, pour gérer ta fatigue, rester lucide, tu as des trucs ou tu as des choses que tu as mis en place ?
- Speaker #0
Là, c'est un moment où je n'ai pas beaucoup dormi. Déjà, j'avais essayé d'anticiper d'emmagasiner le plus de sommeil avant. Ça a été un peu le cas aussi sur le tour de Guadeloupe, qui est compliqué, donc j'avais essayé d'emmagasiner. Ça ne s'est pas passé comme prévu. J'ai eu un peu de casse juste avant. Donc, essayer d'emmagasiner le plus possible avant. Avant, c'est toujours un peu stressant parce qu'on sait que la tempête va arriver. Donc, en fait, il y a le stress aussi qui monte, etc. Et pendant, j'ai fait en sorte de réussir à dormir, de me forcer à essayer d'aller dormir. Ou du moins, peut-être pas pour dormir, mais au moins pour lâcher prise. Essayer de s'allonger, lâcher prise, parce que sinon on peut rester le nez collé aux instruments, aux réglages, etc. Et finalement, parfois ça ne sert pas forcément à grand-chose, surtout dans ces grosses tempêtes. Finalement, le pilote automatique ne s'en sortait pas si mal que ça. mais c'est vrai que les 3-4 dernières heures j'arrivais plus à me relaxer donc en fait là c'était l'effet inverse j'arrivais plus à relâcher la pression quand j'étais conscient, enfin actif pas que j'étais inconscient mais actif, du coup je me suis dit en fait là je vais essayer d'aller me forcer à aller me coucher, le bateau ça a l'air de le faire, on va le laisser se débrouiller il va passer mais quelque part pour ne plus voir là j'étais passé un peu dans un step d'après où En fait, j'avais un peu peur, j'arrivais trop. Je n'arrivais plus à me relaxer avec les techniques de préparation mentale, etc. Donc je me suis forcé, finalement, c'est une technique de préparation mentale aussi, mais je me suis forcé à essayer de m'éloigner. Donc en essayant de penser à du ski, de la montagne, des verres pâturages, essayer de faire quelque chose qui n'a rien à voir avec la famille. Non pas pour stresser, mais plus pour essayer de se déconnecter de la situation actuelle. Parce qu'en fait, ça se passait très bien. Mais juste, je générais du stress tout seul. La machine s'était emballée. La machine s'était un peu emballée. Donc là, ça a été un peu ce qu'on avait à travailler ensemble. En tout cas, sur la relaxation, etc. J'arrivais plus à le mettre en place. Du coup, j'ai essayé d'aller chercher encore un peu plus loin d'autres trucs. Et finalement, ça a marché.
- Speaker #1
de récupérer. Je voulais qu'on discute aussi de l'entrepreneur que tu es. Parce que j'ai dit en introduction que tu t'es engagé dans un projet Vendée Globe 2028. Projet Vendée Globe 2028, ça veut dire recherche de partenaire, le nouveau bateau. C'est une des grandes caractéristiques de vous, skipper de course au large, c'est qu'à la fois vous avez à vous préparer pour tout ce que tu viens de partager avec nous, avoir une grande maîtrise technique parce que le bateau... Comme tu le disais, c'est un sport mécanique et donc il y a toute cette partie auquel il ne faut pas gérer beaucoup d'autres sportifs dans d'autres disciplines. Évidemment, de la prépa physique pour être en condition, parce que c'est sportif de tenir ses bateaux dans des grosses conditions. Donc tout ça, ça demande beaucoup de temps, ça demande beaucoup d'énergie. Et en parallèle, tu portes ce projet Vendée Globe, qui est un projet très ambitieux. Il y a seulement 40 skippers qui partent. faire le Vendée Globe tous les 4 ans. Je crois que tu as les chiffres en tête. Il y a plus d'hommes, d'êtres humains qui ont posé un pied sur la Lune que...
- Speaker #0
Qui sont allés dans l'espace.
- Speaker #1
Qui sont allés dans l'espace, qui ont terminé le Vendée Globe. Ça demande de rencontrer beaucoup de monde, de trouver beaucoup d'argent. Ça demande aussi d'avoir du monde autour de toi. Comment est-ce que tu es... Comment tu t'engages aujourd'hui dans ce projet-là ? Qu'est-ce qui... J'allais dire, quel est ton moteur qui fait que tu tiens jusqu'au moment où tu vas trouver le gros sponsor ?
- Speaker #0
Je ne sais pas trop ce qui me fait tenir. Souvent, il y a beaucoup d'échanges. Parfois, il y a des moments de haut et de bas. Et finalement, malgré tout, il peut y avoir un nouvel échange qui fait avancer le sujet. Donc, en fait, on dit que ce n'est pas perdu. Et le fait d'avoir une équipe autour de moi, finalement, d'avoir monté Merconnexion, où du coup, l'idée, c'était aussi de rassembler du monde qui ne vient pas que du monde sportif, course au large, mais qui vient aussi du monde de l'industrie.
- Speaker #1
Merconnexion, c'est une écurie course au large, qui est montée à Marseille.
- Speaker #0
Exactement, qui porte aussi d'autres projets. Donc, il y a aussi ces autres projets-là qu'il faut faire vivre, mais en même temps, qui nourrissent aussi. qui nourrissent aussi la réflexion, etc., et qui continuent à faire exister mes reconnexions. C'est peut-être un peu plus facile, ça se discute, mais en tout cas, ça permet de toujours continuer à faire quelque chose, et ça, c'est intéressant. Ce qui est vraiment complexe, on en discutait un tout petit peu avant le podcast, c'est que moi, quand je faisais du développement commercial dans une société de conseil ou de l'ingénierie, Globalement, je trouvais qu'il y avait plus souvent de petites victoires et de petites défaites. Je n'ai pas d'expérience de très grands projets. Par exemple, l'entreprise qui va gagner l'appel d'oeuvre pour le pont de Millau, c'est de suite un autre projet. Mais c'est probablement des entreprises, quasiment à coup sûr, qui ont aussi l'habitude de gérer des très grands projets. Donc en fait, c'est un grand projet. S'ils avaient peut-être perdu celui-là, ils auraient une autre viaduc ailleurs ou une autoroute à construire. Donc finalement, à nos yeux, c'est des très gros projets. Mais pour eux, c'est un parmi d'autres. Pour les skippers, typiquement un Vendée Globe ou du Rhum, peu importe, souvent ça fonctionne quand même avec un partenaire principal et des partenaires complémentaires, qui se greffent aussi au projet, hyper intéressant pour eux. Mais quelque part, on a souvent tendance à dire qu'il en suffit d'un. Mais c'est un peu ça, il en suffit d'un et ça peut quelque part tout faire basculer. avec un engagement par exemple pour 3-4 ans jusqu'au Vendée Globe 2028. Et là, il y a tout qui change. Presque le mode de vie va changer.
- Speaker #1
Oui, ce qu'on disait, c'est que d'un coup, tu passes dans une autre dimension.
- Speaker #0
D'un coup, ça passe dans une autre dimension. Alors nous, on fonctionne aussi avec un club d'entreprise, un club de partenaires. Donc quelque part, on retrouve cette notion de victoire et de défaite, en tout cas de partenaires qui arrivent, d'autres qui nous disent... Non, ils ne peuvent pas, mais globalement, il y a un flux continu qui permet de faire avancer le sujet. Et je faisais le parallèle avec l'entreprise, hormis peut-être le côté start-up, R&D, etc. Ou par exemple, du jour au lendemain, la techno est achetée ou elle est introduite en bourse. Enfin, la société est introduite en bourse. Là, ça change de sphère. Mais dans des entreprises classiques, je ne trouvais pas trop d'exemples. Je n'ai rien à voir. Mais c'est vrai que c'est un aspect, je trouve, le plus marquant du sujet. C'est que d'un seul coup, il en suffit d'un, quelque part.
- Speaker #1
Oui, c'est tout dans des mois.
- Speaker #0
Pendant des mois, il ne peut rien se passer et il en suffit d'un. Et parfois, ce n'est pas forcément si rationnel que ça. On le voit dans les associations skippers partenaires. Des fois, c'est la bonne rencontre au bon moment, mais d'un point de vue purement rationnel, ils auraient peut-être pu prendre un autre skipper ou une autre skippeuse qui aurait peut-être été plus en accord avec leur stratégie globale de com' ou de développement. Mais la rencontre a été là et finalement, ça a bien fité. Ça reste aussi des histoires humaines. C'est ça qui est sympa aussi.
- Speaker #1
C'est là où ça diffère quand même effectivement de l'entrepreneuriat, parce qu'évidemment, tu as un business plan et tu as une stratégie. Mais il se passe vraiment longtemps pendant lequel tu fais beaucoup de rendez-vous. Je sais que tu es hyper engagée dans ce projet. Mais il se passe beaucoup, beaucoup de temps sans qu'il ne se passe rien, entre guillemets. Donc, il y a des super rencontres. Comme tu le dis, c'est vraiment une aventure humaine. Et quand on entend les histoires des skippers qui sont partis sur le Vendée Globe, Ils te disent que c'est aussi une histoire de coup de cœur et de rencontre. Il y a beaucoup de choses qui se passent sur les pontons aussi, au départ des courses, dans ces moments-là, où c'est là qu'on rencontre des entrepreneurs ou des entreprises qui sont passionnées par la voile et qui ont aussi envie de rêver. On n'en a pas beaucoup parlé, mais il y a quand même cette notion-là que vous portez, même si je vois avec toi et je vois avec d'autres skippers, vous êtes très pragmatique, souvent très scientifique, beaucoup de profils d'ingénieurs, très tournée sur la partie mécanique de la course au large. Et en même temps, vous avez quand même tous votre âme d'enfant et ce rêve, cette route du rêve que tu as vue dans tes magazines enfants. Et c'est ce qui fait aussi que vous êtes très inspirant pour des partenaires qui voudraient t'accompagner sur le Vendée Globe.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a beaucoup d'entrepreneurs qui ont peut-être un peu mis de côté leur rêve d'enfant et qui, au final, se retrouvent aussi dans ces projets-là. Ça embarque beaucoup de monde et on le voit sur les départs. Il y a quand même les partenaires et les clients qu'on avait invités. Ils nous en reparlent trois ans après. C'est vraiment sa marque. Ce n'est pas comme une invitation dans une loge de foot où c'est finalement plus facile et plus courant. Là, naviguer sur nos bateaux en entraînement ou assister au départ de course. C'est très exclusif. Du coup, les impacts sont profonds et sont durables. Et il y a beaucoup d'émotions. Du coup, dès qu'il y a de l'émotion, on s'en souvient.
- Speaker #1
Pour avoir été au départ, je n'ai pas vu le départ, parce que j'ai dû partir avant, vu que c'était décalé. Mais avoir été sur le village de la route du Rhum, c'est vrai que c'est très, très riche en émotions. Il y a ce côté de voir ces sportifs hyper pragmatiques, hyper préparés, hyper engagés, qui gèrent quand même beaucoup de choses. Se lancer dans une part d'inconnu, même si pour vous, marin, c'est moins inconnu que pour ceux qui ne sont pas marins, il y a encore cette notion d'aventure qu'on... Tu parlais de la montagne aussi, je sais que tu fais beaucoup de montagnes, qu'on retrouve en montagne, mais qu'on retrouve assez peu en dehors de la mer. On arrive à la fin de cet entretien, ça pourrait durer des heures parce que j'ai trois milliards de questions en tête. Tu pars sur un un Vendée Globe, tu veux partir sur un Vendée Globe peut-être j'ai deux dernières questions, qu'est-ce qui fait là en fait que t'as envie de te remettre dans des situations d'intensité de te remettre en fait dans ces moments où t'as aussi une famille quand tu commences sur la course au large t'es beaucoup beaucoup en entraînement, t'es beaucoup en déplacement, t'es beaucoup sur le bateau t'es beaucoup en relation avec tes partenaires avec tes sponsors donc c'est Merci. Ultra engagé, tu sais dire ce qui t'anime là-dedans ?
- Speaker #0
Je pense que j'ai besoin de projets, ça c'est réel. Alors le risque c'est de sauter en projet, d'être un peu hyperactif et de sauter de projet en projet. Moi j'ai souvent fonctionné comme ça, d'avoir besoin de projets. Ma compagne navigue aussi, donc elle comprend un peu plus facilement ça. Je vois que les enfants, malgré tout, même si pour le plus grand, ça n'avait pas été facile la route du Rhum parce qu'on parlait un peu trop de son père, etc. Là, qu'il grandit encore et qu'il arrive à comprendre plus et participer, notamment quand on fait quelques navigations ou autre. C'est aussi finalement une belle valeur à transmettre, je trouve, mes enfants, que d'une valeur de ténacité, que quand on veut, on peut, c'est un peu facile, mais en tout cas, de se donner les moyens, à la minima, de faire en sorte d'essayer, d'y arriver. Il ne suffit pas d'essayer. Mais avoir vraiment des objectifs et de se donner à fond pour ces objectifs-là, je trouve que c'est des belles valeurs à transmettre. Donc je ne fais pas que pour ça, loin de là. La question qu'on peut se poser, c'est qu'une fois que j'aurai fait un Vendée Globe, s'il y arrive en tout cas, est-ce que j'aurais envie d'en faire d'autres ? Ou est-ce que c'est un aboutissement ? Déjà, la route du Rhum, c'était pour moi presque un aboutissement. Et en fait, on s'aperçoit qu'en fait, d'une, on a envie d'y retourner et d'aller même plus loin. Donc finalement, c'est aussi un passage de step. Jusqu'à présent, je ne m'autorisais pas à me dire que j'étais capable de faire un Vendée Globe. Maintenant, au vu de ce que j'ai fait et de comment j'aborde le truc, je me dis que j'en suis capable. Donc il y a ça qui rentre en ligne.
- Speaker #1
Ouais, dans tes motivations. Et pour conclure, qu'est-ce que tu dirais à un jeune qui se lance dans la voile qui veut faire de la course au large ? Quel conseil ? Parce que je sais que t'accompagnes les ministres, tu les formes, t'as créé un incubateur pour des femmes navigatrices pour les amener à briser le plafond de verre de la course au large. Et quels mots tu donnerais à quelqu'un qui veut se lancer dans... Je pense que...
- Speaker #0
Je dirais que c'est de la résilience et de la tenacité, parce que, surtout en mer, c'est le cas, parce que ça reste dur, inconfortable, humide. On n'a pas tous envie de dormir dans des draps mouillés pour reprendre la chanson.
- Speaker #1
Et puis surtout, vous n'avez pas de draps.
- Speaker #0
Et on n'a pas de draps, c'est sûr. Mais ce que je veux dire, c'est quand même très inconfortable. Des fois, on se dit, mais pourquoi on y retourne ? Et on y retourne probablement pour des beaux couchers de soleil, pour des émotions. un dauphin, etc. Et comme en plus on est fatigué, les émotions sont décuplées. Mais oui, ça reste quand même dur, pas forcément agréable, mais il y a des bons moments à côté. Donc je pense de la tenacité et surtout de ne pas sous-estimer, d'y aller pour les bonnes raisons, enfin les bonnes raisons, facile à dire, mais d'avoir bien conscience que la course large, si on n'aime que naviguer, presque il ne faut pas aller faire de la course large, parce qu'on navigue... C'est Alex Thompson, Hugo Boss qui disait ça, mais on navigue 30% du temps. Si on n'aime que naviguer, il faut aller faire de l'Olympisme, il faut aller faire de la planche à voile ou du dériveur, des supports qui sont plus faciles. Tu passes plus de temps en mer. On passe plus de temps en mer. Ou il faut faire un moniteur ou autre. Parce que là, il y a toute la partie... Alex Thompson le disait très clairement. C'est 30% de navigation, 30% de... technique et 30% de business, de chef d'entreprise. En fait, c'est un chef d'entreprise, mais peut-être même 40%. Et oui, non, non, c'est vraiment intense là-dessus. Et lui, il se voyait vraiment plus comme un chef d'entreprise. Donc, en fait, ce qu'il faut aimer, c'est cet entrepreneuriat-là, je pense. Enfin, chacun fait ce qu'il veut, mais en tout cas, il faut en avoir conscience, parce que ça fait partie du jeu. Ça fait partie du métier, communiquer aussi. Et le métier, ce n'est pas juste naviguer. En tout cas, plus maintenant. Non, depuis un moment. Mais voilà, je pense que c'est... Et en même temps, d'y aller. Moi, j'ai fait quelques conférences, notamment dans des écoles d'ingé, de ne pas cacher ses rêves, et quelque part, notamment lors d'entretiens d'embauche ou autre, de se dire... En fait, parler de ses passions, encore plus quand c'est des passions un peu structurantes comme ça. Je trouve que c'est plutôt vertueux. Quand j'embauchais des ingénieurs, je préférais quelqu'un qui me dise « Je suis là, mais dans un an et demi, il va falloir que je parte parce que j'ai un projet de devenir moniteur de canyoning, en l'occurrence. » Et je lui dis « Moi, je préfère t'accompagner dans ce type de profil-là parce qu'il y a une motivation. » Je sais que s'il a la tenacité pour être moniteur de canyoning, ce qui est dur, il y aura probablement de l'aide. tenacité pour mener à bien le projet sur lequel il est. Et ça a été le cas, en fait. Alors peut-être que c'est parce que ça me ressemble et qu'on ne peut pas avoir non plus que des personnes qui nous ressemblent. Mais ne pas hésiter. Il faut oser.
- Speaker #1
Résilience, capacité,
- Speaker #0
rêver. Un point de folie. Un point de folie.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Mathieu.
- Speaker #0
Merci à toi, Géraldine.
- Speaker #1
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