- Speaker #0
En fait, mon objectif, mon obsession, c'était de ne jamais être prévisible, de ne pas être lisible. Et en boxe, quand on est lisible, comme dans beaucoup d'autres domaines, on devient très agile.
- Speaker #1
Bienvenue dans Into the Mind, le podcast dédié à la préparation mentale des athlètes et des sportifs inspirés par ces athlètes. Je suis Géraldine Lescq, je suis préparatrice mentale auprès d'athlètes et de dirigeants, mais surtout auprès de femmes et d'hommes qui s'interrogent sur ce qui se joue vraiment dans leur tête quand ils se dépassent et aussi quand ils n'y arrivent pas. Aujourd'hui, je reçois Sandra Géguer-Jacob. Sandra est une championne, quintuple championne du monde de boxe dans quatre disciplines différentes. Boxe française, boxe thaï, kickboxing et boxe anglaise. Neuf fois championne d'Europe, neuf fois championne de France. Un palmarès qui force le respect. Mais ça ne lui suffit pas. Sandra est aussi une entrepreneuse engagée qui est aujourd'hui coach. Coach individuel et coach d'équipe en entreprise. Elle se dédie au management par la justesse. Écoutez-la nous parler de justesse, c'est bluffant. Sandra a accepté de nous consacrer un peu de temps pour le podcast Into the Mind et de revenir sur son parcours d'athlète et également de professionnelle. Qu'est-ce qui a fait d'elle cette boxeuse hors normes ? Comment elle est devenue une boxeuse imprévisible sur le ring ? Vous verrez que c'était sa force. Comment elle s'est préparée année après année ? pour devenir cette championne. Elle a du mental, c'est sûr, mais vous verrez que Sandra nous parle plus d'authenticité, de jeu, de plaisir et de curiosité joyeuse. Retenez ce terme. On a parlé de connaissance de soi, pas de réussite, ni d'alignement véritable, si on n'est pas clair avec qui on est et le sens de nos actions. Un vaste programme, donc je laisse la parole à Sandra pour nous emmener dans son univers de championne éclairée et éclairante. Bonjour Sandra.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Merci beaucoup d'accepter cette invitation sur ce podcast, Into the Mind, qui est dédié à explorer le mental des champions. Toi, Sandra, tu es une championne. Tu as été cinq fois championne du monde de boxe française, de kickboxing, boxe thaï, boxe anglaise. plusieurs types de boxe. Tu as été quatre fois championne d'Europe, tu as été neuf fois championne de France. Aujourd'hui, tu es coach à titre individuel et coach d'équipe et tu accompagnes le management de la justesse. Est-ce que peut-être tout de suite tu peux nous dire un peu plus ce que c'est que ce management de la justesse ? Je me suis posé la question en préparant cette interview.
- Speaker #0
Oui, merci beaucoup Géraldine de m'accueillir. Le management de la justesse, c'est un principe qui est tirée directement de ma pratique, de ce que j'ai appris à travers le sport, qui va permettre à des managers, à des dirigeants, de mettre en place un management juste pour soi, d'être attentif à chacun, juste pour les autres, juste pour les situations, et juste parfois même au-delà des entreprises qui sont engagées pour des missions qui vont au-delà, dans le cadre de démarches de responsabilité sociétale des organisations. par exemple. Donc concrètement, c'est d'accompagner les managers à beaucoup de questionnements, de questionnements autour du sens, autour de leur pratique, autour de ce qui est juste, justement, cette notion de juste milieu qui n'est pas un endroit défini une fois pour toutes, mais qui se cherche, qui se réajuste en permanence. Donc c'est plus un questionnement, une capacité à se questionner, que j'apporte, que des solutions toutes faites.
- Speaker #1
Et c'est là, on va en parler, c'est aussi l'objet de ce podcast, c'est sûrement là que tu dois faire appel à l'agilité dont tu as dû faire preuve, notamment dans ta carrière sportive. Mais ensuite, parce que c'est… Alors, je dis agilité, tu vas me dire si c'est le bon mot, mais moi, j'avais envie de cet échange avec toi parce que je t'ai entendu en conférence. Et j'ai entendu que tu disais souvent que tu n'avais pas le physique de l'emploi pour devenir championne de boxe. Et toi, ton talent, c'était l'intelligence de situation. C'était ton regard holistique sur tes combats. Et là, je dis dans la boxe et aussi en dehors, il y avait cette question du sens qui a fait que tu as pu devenir la meilleure. C'est le pont que tu fais aujourd'hui avec tes interventions en entreprise, en tout cas dans ce que tu nous partages. Et moi, dans ce podcast, j'aimerais qu'on aille explorer ensemble comment tu as géré mentalement ces différents combats que tu as menés d'abord en tant que championne de boxe et puis après comme entrepreneuse, aujourd'hui comme coach. Comment aujourd'hui tu continues d'être une boxeuse, tu as dit, qui touche sans se faire toucher ? Et pour commencer, pour apprendre à te connaître, j'ai envie de te poser des petites questions. un peu hors contexte, quel serait ton endroit préféré ? Si je te demandais aujourd'hui, tiens, où est-ce que tu adorais être ? C'est quoi cet endroit pour toi ?
- Speaker #0
C'est un endroit souvent, quand je pense à un endroit pour m'apaiser, quand je suis avant une conférence, par exemple, je fais appel à des images mentales. Ça fait partie de ma préparation, d'ailleurs. On a déjà un pied dedans. Je pense à un endroit que j'adore, qui est... Je suis en Alsace, qui est dans la vallée de la Bruche. J'adore cet endroit-là, c'est le plateau de la Péreuse, c'est un endroit absolument magique avec une lumière incroyable, en montagne, des montagnes vallonnées avec une diversité de végétation incroyable, des endroits où c'est de la prairie, donc ça laisse beaucoup de lumière, il y a une lumière absolument incroyable. Et cet endroit, à chaque fois que j'y suis, m'apaise instantanément. Donc je fais souvent appel à la mémoire de cet endroit-là quand j'ai des enfants envie de ressentir cet apaisement.
- Speaker #1
On peut appeler ça un endroit ressource en préparation mentale, on parle beaucoup de ça.
- Speaker #0
Tout à fait, c'est un vrai, on appelle ça aussi l'ancrage, c'est un vrai ancrage pour moi. Et souvent, mes ancrages sont des lieux dans la nature.
- Speaker #1
Alors pour commencer, je voulais parler avec toi de performance et de vulnérabilité. Moi, je l'ai appelé quand j'ai préparé cet entretien avec toi. Performance et vulnérabilité, un faux paradoxe. notamment parce que dans un TEDx, tu en as donné plusieurs. Tu as abordé le thème de la performance, que tu as un peu opposé à la vulnérabilité. Et j'aurais bien aimé que tu nous dises un peu plus quel est ton regard à toi sur la vulnérabilité, et surtout, en quoi ça peut être une vraie force pour performer.
- Speaker #0
Quand je me présente à quelqu'un et que je dis que j'ai été boxeuse, effectivement, on me dit... C'est toujours surprenant parce que je n'ai pas, entre guillemets, la... tête-là, le physique de l'emploi. Donc, je me suis questionnée, qu'est-ce que c'est que ce physique de l'emploi ? Et en réalité, c'est très influencé par le cinéma, Rocky notamment, et Rocky, quand on creuse un petit peu, c'est un monsieur tout le monde, ou madame tout le monde, qui, à force de prendre des coups, va finir par réussir. Donc, il accepte la souffrance, la douleur, l'abnégation, son seul talent, parce que c'est... Pas un grand boxeur à la base, c'est d'être courageux. Et donc on érige comme grande vertu la souffrance, le fait d'accepter de prendre des coups. Il finit tous ses combats complètement défigurés et c'est presque convenu parce que ça serait une vertu et ça donne le message que si tu veux réussir, il faut que tu acceptes de prendre des coups. Donc on peut en prendre de temps en temps, mais ça ne doit pas être pour moi une norme. De temps en temps, effectivement, on peut accepter d'avoir des moments plus difficiles, mais ça ne doit pas être une norme. Et je me suis rendue compte que si j'avais suivi ce chemin-là, jamais j'aurais duré, déjà. Je pense que je n'aurais pas duré, puis ça m'aurait assez vite ennuyée. Donc, j'ai développé une autre forme de boxe qui est effectivement beaucoup plus à l'écoute de ce que je suis. Et dans ce que je suis, il y a aussi des vulnérabilités. Et donc, c'est une boxe qui va être plus juste, encore une fois. Je reviens sur la notion de justesse, parce qu'elle va... traduire ce que je suis, ça va être mon style, ça va être la boxe qui me plaît, ça va peut-être être un copier-coller de quelqu'un d'autre, je ne vais pas endosser un rôle. Et en fait, on retrouve ça dans la vie, à chaque fois qu'on essaie d'endosser un rôle, d'endosser le rôle de la personne invaincue, qui n'a peur de rien, je trouve que ce rôle-là nous amène au contraire beaucoup de fragilité, parce qu'on n'est pas soi. Je n'ai jamais abordé un combat avec une entière confiance, de la même manière que je n'aborde jamais une situation, même dans la vie, avec une confiance absolue. Je suis toujours sur ce fil de vulnérabilité. Je sais que quelque part, je peux être faillible et je crois que cette conscience de cette vulnérabilité me donne une vraie force. Cette force d'être en capacité de réajuster parce que je sais que le chemin ne sera pas forcément celui que j'ai prévu, parce que je sais qu'à un moment donné, Il y a peut-être quelque chose qui va faillir en moi et que je vais devoir trouver une autre ressource. Et donc, c'est parce que j'ai une entière conscience de cette fragilité que ça m'ouvre d'autres portes pour aller chercher d'autres ressources, pour aller chercher des alternatives. Donc, je le développe de plein de façons, effectivement, et cette acceptation de la vulnérabilité fait partie de ce qui amène le chemin de la justesse, d'être juste avec soi. C'est aussi une manière d'être complètement alignée avec ce qu'on est. et de ne pas jouer un rôle qui serait celui de surpuissant en racontant à son propre mental une autre idée de la réalité. Oui, je suis fort, je ne risque rien, je ne sens rien. Donc, effectivement, ça peut fonctionner, mais sur du court terme.
- Speaker #1
D'après toi, c'est quand tu as découvert la boxe que tu t'es vraiment trouvée face à toi-même, que là, il n'y avait plus de masque, il n'y avait plus de... Je pense au mot imposteur, mais en fait, tu ne portais pas un autre habit que toi.
- Speaker #0
C'était au début, quand j'ai boxé. J'ai essayé d'endosser ce masque de « je suis la plus forte, je vais y arriver, même pas peur, même pas mal » . J'ai essayé et je ne l'ai pas conscientisé de cette façon. C'est maintenant, presque 30 ans après, que j'arrive à le conscientiser de cette manière-là. Mais en tout cas, je n'étais pas à l'aise avec ça. Et petit à petit, quand j'ai commencé à trouver mon style, ma boxe, qui était une boxe beaucoup plus dans le jeu, dans l'esquive, dans la feinte, dans la lecture de l'intention, une boxe très fine au niveau stratégique mais qui ne cherchait pas j'ai jamais cherché le chaos quand je boxais, j'étais dans ce jeu je cherchais à jouer et c'est ça ma boxe, et c'est ça qui m'a permis de trouver mon excellence, parce que c'était ma boxe et qu'elle me correspondait et c'est bien parce que j'ai accepté que je n'étais pas toute puissante, que je n'étais pas une superwoman de la boxe, que j'ai pu trouver mon style, celui qui me ressemblait, celui qui Merci. qui n'était pas celui de mon coach, qui était complètement différent. Donc il a reçu l'intelligence de me laisser, de révéler mon propre style, de m'accompagner pour révéler mon excellence et de ne pas m'imposer le sien. Ce qu'on retrouve aussi dans le management, de trouver sa singularité, que j'ai pu excéder dans cette boxe qui était la mienne et qui était une boxe qui ne portait plus de masque, qui était dans l'authenticité.
- Speaker #1
Alors, quand tu dis ça, je me dis parce que tu as démarré la boxe assez jeune. Est-ce que tu peux nous redire quel âge tu avais quand tu as commencé ? Ce n'est pas si jeune que ça par rapport à d'autres sports.
- Speaker #0
On peut démarrer beaucoup plus jeune. J'ai démarré, j'avais 14 ans.
- Speaker #1
Ok. Alors, je dis jeune en fait parce que je me dis, il faut quand même une forme de maturité pour assez rapidement venir imposer sa boxe, son style à cet âge-là, quand on arrive en plus dans ce milieu qui est un milieu plutôt masculin. je me souviens quand on a préparé cet entretien tu parlais aussi de ton coach qui était pas facile c'est pas simple de s'affirmer et de venir dire que toi t'allais peut-être boxer autrement et que t'allais amener une intelligence, tu parles souvent d'intelligence de situation une intelligence de situation et de jeu qui est très différente de beaucoup de boxeuses à l'époque, est-ce que tu sais dire ce qu'il y avait en toi peut-être à ce moment-là qui a fait que assez rapidement tard. Tu as réussi à développer ta propre boxe.
- Speaker #0
Ça ne s'est pas fait aussi rapidement que ça. Je pense que j'ai commencé à développer ma propre boxe vers 18 ans. Donc, il y a quand même eu 4 ans. En même temps, j'étais en catégorie jeune. En moins de 18 ans, il n'y avait pas encore de combat. C'était que de l'assaut, c'est-à-dire à la touche. La distance est interdite. Et finalement, ça m'a aidée à me mettre sur le chemin de cette boxe, à trouver où était mon plaisir. parce que souvent, la notion et tout ça est imbriqué la vulnérabilité, l'authenticité le plaisir. Quand on accepte ces vulnérabilités, on est obligé d'aller chercher son authenticité et quand on est dans son authenticité, on va être dans le plaisir. Et donc naturellement ce qui n'est pas forcément le cas toujours, effectivement je pense qu'on pourra y revenir, je ne sais pas pourquoi j'ai été dans cette quête-là, en tout cas Pour moi, c'était naturel d'aller vers une boxe qui me faisait plaisir. Et c'est ainsi que, vers 18 ans, j'ai commencé à développer ma propre boxe, qui ne s'est pas révélée d'un coup d'un seul, qui, petit à petit, s'est complétée, s'est enrichie, au fur et à mesure de l'expérience, de ce que j'explorais. Parce que pour être dans cette authenticité, j'ai dû aussi beaucoup explorer, regarder ce qui se faisait, aller prendre, m'inspirer, adapter. Donc c'est un travail, en fait, sur le long cours. Petit pas après petit pas.
- Speaker #1
Et c'est ça que je trouve aussi hyper intéressant dans ton propos, c'est que souvent en préparation mentale, quand un athlète vise des objectifs de haut niveau, des objectifs très ambitieux, moi je travaille beaucoup sur la concentration, sur le ramener à ses objectifs, rester vraiment focus, et faire abstraction ou éloigner tout ce qui peut le détourner de son objectif. Et ce que je trouvais hyper intéressant dans ton parcours et dans ce que tu décris, c'est que tu as aussi été exploré plein d'autres types de boxe. Parce que tu as été championne de boxe, mais pas dans une seule boxe.
- Speaker #0
Quand tu as dit ça,
- Speaker #1
ça m'a énormément interpellée parce que je me suis dit comment elle a fait pour continuer à grandir, à développer son expertise, son talent, son agilité, garder le plaisir, en allant explorer des boxes qui sont très différentes les unes des autres et tout en continuant à faire grandir ton niveau. C'est un... Pas forcément quelque chose que j'aurais recommandé à quelqu'un que j'accompagne, donc pas mental.
- Speaker #0
Ça a été ma clé, ça a été une des clés, je pense, qui vient toujours alimenter l'authenticité, l'acceptation de « je ne suis pas une superwoman » et donc je dois m'adapter. L'objectif qui m'a été aussi transmis par mon coach André Ponza, qui m'a transmis aussi ce goût de la quête stratégique, même s'il n'avait pas du tout la même boxe que moi. Lui, c'était un frappeur, en fait. Il gagnait tous ses combats par KO, donc on n'avait pas du tout la même boxe. Il était très explosif, moi j'avais envie de jouer. Et pour jouer, c'est comme un... on va inventer sans arrêt des nouveaux jeux et on va chercher un nouvel objet, on va regarder un bâton, un truc, et on va inventer plein de jeux. Et on est tout le temps dans cette quête d'augmenter les possibilités du jeu. Et je crois que c'est ça, c'est que les autres sports me permettaient à chaque fois de me mettre dans une autre attitude, dans une autre disposition, apprendre des nouvelles règles, respecter des nouvelles règles. Et donc, c'était un nouveau jeu tout en restant dans une base à peu près identique quand même. je n'allais pas faire de la natation synchronisée, ça restait des sports de combat. Et cette exploration que j'appelle la curiosité joyeuse, parce qu'il y a quelque chose d'une âme d'enfant dans le fait d'aller chercher autre chose, m'a complètement nourrie dans les possibilités. En fait, mon objectif, mon obsession, c'était de ne jamais être prévisible, de ne pas être lisible. Et en boxe, quand on est lisible, comme dans beaucoup d'autres domaines, on devient très... fragile. Et c'est une fragilité qui fait qu'en boxe, on va être anticipé et donc on est sûr de perdre. Si moi je vois que mon partenaire fait deux fois la même chose, je me dis tiens, il a un automatisme. Il a une sorte de tic répétitif. Je vais l'exploiter, forcément. Donc c'était un peu une obsession de jamais être limite, jamais être prévisible, jamais avoir des styles différents. On ne pouvait pas dire que... Ah, Sandra Geiger, c'est quelqu'un qui avance tout le temps. Non, parfois je ne avançais pas, je reculais, je suis sur le côté. Je peux avoir une boxe défensive, une boxe attaquante, contre-attaquante. Je n'avais pas un style. Mon style, c'était vraiment justement le jeu et l'adaptation continue. Donc, j'avais besoin, pour jouer ce jeu, de me nourrir de plein d'inspiration. Et c'était aussi une manière de m'aérer l'esprit, de me bouffer d'oxygène, d'aller voir ailleurs, d'autres disciplines. travailler ma capacité d'adaptation ce que je faisais aussi pour m'amuser, des compétitions régionales de karaté, kung fu taekwondo qui n'ont rien à voir parce que mes titres je les ai remportés quand même dans différentes box même si c'est très différent entre la box française et la box thaï c'est vraiment très très différent mais le taekwondo, le karaté c'est carrément différent parce que par exemple l'arbitre arrête à chaque coup ne serait-ce que ça, cette rupture incessante ça déstructure complètement le combat ça n'a rien à voir, les coups ne sont pas les mêmes on n'a pas à donner de coups au visage il y a tout un rituel et de s'adapter à ça c'est fantastique parce que ça veut dire que pendant le combat je pouvais m'adapter à toutes les situations, je pouvais changer je pouvais être caméléon passer d'un style à l'autre et rien ne me surprenait puisque j'avais vu tellement de styles que je ne pouvais pas être déstabilisée par quelque chose de complètement euh hum atypique par rapport à la boxe.
- Speaker #1
Cette exploration, c'est vraiment ce qui a donné à la fois ton caractère unique dans ta façon de boxer, le fait que tu sois presque imbattable, parce qu'en fait, on ne peut pas du tout dire Sandra, voilà le style de combat qu'elle mène, le style de coup qu'elle porte, un peu ses stratégies de jeu. Et c'est un peu ce que tu décris dans tes conférences, quand tu parles de ce combat que tu as gagné contre la Russe. Moi, je me souviens... où tu dis, je vais te laisser raconter comment t'as fait, mais il y a un moment, tu dis que tu as vu, tu observais beaucoup, et tu as vu à un moment quelque chose changer sur son visage. Et là, tu t'es vraiment emparée de ça comme une information stratégique sur ce combat, déployée après ce que tu savais faire comme étant des coups totalement inattendus.
- Speaker #0
Oui, et c'est vrai que dans le combat que je raconte dans une de mes conférences, où je parle justement de la justice, je raconte ce combat contre la Russe, Et je donne un coup de pied que j'ai appris au Taekwondo. Et ce coup de pied, c'est la première fois qu'on me le donnait en boxe française. Personne ne l'avait jamais pratiqué en combat. Et donc, il était réglementaire. Il m'en était bien assuré avant. Je n'avais pas prévu de le faire ce jour-là. Ce n'était pas du tout prévu, mais il faisait partie des choses que j'avais dans ma boîte à outils. Donc, c'était à un moment donné, quand toutes les conditions en une fraction de seconde étaient réunies, j'ai senti que ce coup de pied pouvait être donné. Pour savoir que les conditions étaient réunies, effectivement, c'est là où... la vision globale qui m'a permis de détecter des micro-signaux de toutes petites choses que je n'aurais pas pu avoir si j'avais été ce qu'on appelle dans l'entreprise parfois la tête dans le guidon ou complètement happée par différentes alarmes qui sonnent en permanence pendant un combat. Il y a une chose pour dire que cette exploration qui a effectivement fait mon unicité et aussi ce qui a alimenté mon plaisir. d'imaginer des nouvelles choses, de tester, de réussir des choses différentes.
- Speaker #1
Oui, c'est ça qui est hyper intéressant aussi dans ce que tu décris, c'est que tu parles beaucoup de jeu, tu parles beaucoup de plaisir, tu parles beaucoup de découverte, toujours dans le parallèle avec les sportifs de haut niveau, mais dans l'entreprise, c'est aussi pareil. On voit que les personnes qui finissent par à la fois perdre leur niveau de performance et leur niveau d'engagement sont des personnes qui n'ont plus de plaisir. beaucoup moins de plaisir, beaucoup moins de jeu, beaucoup moins d'amusement dans ce qu'ils font. Et c'est quand même un des leviers hyper importants pour tenir dans des niveaux de performance élevés.
- Speaker #0
Absolument. Oui, complètement. Et on en revient, le plaisir, ce n'est pas juste une accumulation de petits moments sympas. Il peut y avoir ça, bien sûr, mais il y a quand même quelque chose qui nourrit fondamentalement le sens dont on parlait au début, c'est-à-dire qu'est-ce qui fait que j'ai envie d'être là. Qu'est-ce qui fait que je suis là aux abords du ring et que je vais monter sur le ring ? Pourquoi je fais ce métier ? Et donc, c'est pour ça que c'est en amont la nécessité d'être dans cette introspection, de comprendre pourquoi on fait les choses, pourquoi en deux mots, pourquoi, pour quelle finalité. C'est aussi ce qui va permettre de s'aligner sur ce plaisir-là, sur des actions qui nourrissent ce sens et du plaisir. coups qui font plaisir. Donc, ce qui me fait plaisir ne va pas du tout être ce qui fait plaisir à une autre personne. Mais c'est ça, c'est un socle de plaisir qui ne se manifeste pas par « Ah, c'est chouette, je passe un bon moment » . Non, c'est quelque chose de très profond, une sorte de ce plaisir. Alors, il y a le plaisir du jeu qui était, oui, comme un enfant, il y avait ce côté très en surface et en même temps, il y avait un plaisir profond de je nourrissais quelque chose qui me permettait d'être plus moi, d'être authentique. Et ça, je pense que c'est le gros socle qui m'a fait tenir si longtemps. Le plaisir du jeu est venu enrichir et compéter ce plaisir fondamental.
- Speaker #1
Ok, c'est que c'était vraiment toi. Et là, à ce moment-là, tu ne portais pas de masque ou de costume de quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Oui, c'était moi. Et ça venait aussi répondre à une tête, quelque chose qui était assez fort. Parce que souvent, je ne l'ai su qu'après. s'est fait. formalisé qu'après, consciemment, que c'est pas neutre. Je me suis à un moment donné demandé, mais pourquoi j'ai été faire 15 ans de boxe à ce niveau, avec l'exigence que ça nécessitait ? Quand j'y repense, c'est vrai que c'était un engagement extrême. Et j'ai compris que, pour moi, à cette époque-là, ce qui était important, c'était de prendre ma place. J'avais besoin d'exister quelque part. Et donc, mon coach a été une oreille aussi attentive pour ça. Il m'a aussi favorisé. par une écoute, par... Ce n'est pas des mots aussi clairs que ce que je dis là, mais je sais qu'au fond, je boxais aussi pour prendre ma place. J'avais quelque chose à réaliser à ce niveau-là. Donc il y avait ça, l'assouvissement d'une quête existentielle à ce moment-là de ma vie, pour des raisons qui sont en lien avec mon enfance, en lien avec des blessures, etc.
- Speaker #1
J'ai envie de te poser des questions aussi sur la peur. Alors, c'est des questions qui peuvent te paraître idiotes, mais je me souviens quand on a préparé aussi cet échange, tu m'as dit la boxe, ce n'est quand même pas un sport anodin parce qu'il touche à ton intégrité physique. Il y a à la voix un vrai risque physique et puis un risque vital. Et donc, je me demande, est-ce que tu avais peur déjà avant d'engager tes combats ?
- Speaker #0
J'ai beaucoup réfléchi à cette question de la peur. qui est parfois confondu avec du stress, avec une excitation intérieure. Et avant de monter sur le ring, s'il y a de la peur, on est sûr de perdre le combat avant même d'avoir mis un pied sur le ring. Et je connais beaucoup de boxeurs qui ont vécu cette expérience. Ça m'est aussi arrivé. Parce que justement, il y a eu une période au début de ma carrière où j'ai perdu... En fait, la plupart des combats que j'ai perdus ont été concentrés sur une... une période entre quasi 18 et 20 ans, j'ai perdu le combat à cette époque-là. Et j'avais du mal à... Je pense que c'était là où j'étais encore en train de me chercher. J'avais du mal à savoir pourquoi je faisais les choses. À partir du moment où j'ai su pourquoi je faisais les choses, pourquoi j'étais là et que c'est devenu clair, pas dans ma tête mais dans mon ressenti, ce n'était plus de la peur, c'était de l'envie. Il y avait de l'excitation, il y avait du stress, mais j'avais envie d'y aller, j'avais quelque chose à faire, j'avais envie de... de montrer que mon style pouvait marcher. J'avais envie de me faire plaisir avec ce style-là, de le rendre efficient. J'avais envie de gagner, bien sûr. Et ce n'était plus de la peur. Par contre, il y avait un gros stress. C'est sûr, avant de monter sur un ring, j'étais tellement stressée que ce que ça provoquait chez moi, c'est que ma tension baissait énormément, mon rythme cardiaque baissait énormément. Quand j'avais la visite médicale et que j'avais monté sur le ring, le médecin avait l'impression que j'allais m'endormir. Tout mon corps, ça m'était tellement en situation presque d'hibernation. En même temps, c'était aussi une force parce que ça me permettait d'avoir de... De ne pas avoir des palpitations, de ne pas monter sur le ring avec une fréquence cardiaque qui était déjà au maxi alors que je n'avais encore rien fait. Mais en ressenti, ce n'est quand même pas neutre. Déjà,
- Speaker #1
tu faisais quelque chose de particulier ? Comment tu faisais pour te remettre dans le combat avant de rentrer sur le ring ?
- Speaker #0
À partir du moment où je me mettais… J'avais cet état-là en hypo de tout. Hypo, fréquence cardiaque, hypotension. qui était difficile à vivre, donc j'étais pâle. Et à partir du moment où je montais sur le ring, où je commençais à m'activer, je pense que physiologiquement, le simple fait de bouger, même déjà à l'échauffement, ça me remettait dedans et j'étais de nouveau à l'équilibre.
- Speaker #1
C'était le mouvement.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y avait ce stress-là qui est intense. Et celui-là... je sais qu'il est nécessaire, je le ressens encore avant de monter sur scène, quand je fais une conférence, je le sens avant des moments importants, et je l'accueille. Je l'accueille parce que je sais aussi que si j'y vais en étant complètement neutre, sans stress, ça m'est arrivé parfois de faire une intervention, je n'avais pas de stress, je ne suis pas au meilleur de moi. Je sais que ce stress me permet de me transcender et qu'à chaque fois, je suis meilleure grâce à ce stress. Ça me permet de passer un cap. Mais ce n'est pas de la peur. C'est un stress parce qu'il y a du sens, parce que je sais pourquoi je suis là, parce qu'à ce moment-là, je vais travailler sur les ancrages, je vais travailler sur me rappeler pourquoi je suis là, je vais me remémorer pourquoi j'ai fait tout ça, pourquoi j'en suis là. Et là, ça devient de l'envie. Ça devient une énergie qui fait que ce que je vais faire va me procurer plus d'énergie que ça va ne m'en consommer. Et là, on est dans ce qu'on appelle ce fameux flow, qui fait que On est meilleur, on a plus de créativité, on a une hyper lucidité. Et j'ai ressenti ces choses-là quand j'étais dans cet état-là de flow, où j'avais le sens qui me transcendait. Donc c'est un stress, mais pas une peur. Et la peur est paralysante. La peur peut faire perdre ses moyens, la peur réduit le niveau.
- Speaker #1
Tu en as vu, toi, des adversaires qui montaient sur le ring et qui avaient peur, ou tu détestais tout de suite qu'elles étaient présentes ?
- Speaker #0
C'est difficile extérieurement, parce que ça peut être du stress. Après, oui, il y a des choses qu'on voit quand même, le regard fluide ou pas, l'agitation. Parce que moi, j'étais stressée, un très, très gros stress avant de monter sur le ring, qui m'amenait même à des modifications physiologiques. Et quand je me regarde sur certaines vidéos, j'ai un regard... concentré. Mes yeux ne partent pas dans tous les sens. C'est très concentré. Je ne me reconnais même pas quand je me vois sur le ring. J'ai des yeux, l'attitude, la forme de mon visage est très différente. Donc, il y a une hyper concentration qui est peut-être... C'est peut-être à ça qu'on peut le déceler. L'agitation, la dispersion peut montrer que c'est plus de la peur que du stress. Et tu avais des rituels pour te préparer juste avant de monter sur le ring ?
- Speaker #1
C'est quelque chose qui... Le rituel, je sais qu'il y a beaucoup de sportifs qui en ont. J'ai toujours eu peur de ça.
- Speaker #0
Ils ont toujours géré leur stress,
- Speaker #1
d'ailleurs. En fait, je n'avais pas de rituel dans le sens où je fais ça parce que ça devient presque une addiction ou une béquille. Je suis obligée de faire ça pour réussir. Ça devient presque une superstition. Et on est... Parfois, la frontière est très ténue entre le rituel et la superstition. Je vais mettre d'abord mes chaussettes, après mon protège, après ci, après ça, ensuite mes bandes, une sorte de rituel. Il faut absolument que chaque étape se fasse dans cet ordre et pas un autre. Et si ça ne se fait pas, ça déstabilise complètement. Et donc, j'ai tout voulu m'affranchir d'une superstition qui pourrait avoir un effet… négatif, influencer négativement mon mental à ce moment-là. Parce que si le rituel, c'est je mets d'abord mon protège-dents, ensuite je passe la veste sur le visage et après je fais ça, et que pour une raison ou une autre ça ne peut pas se faire, là, tout à coup, la concentration peut être perturbée pour un détail. Il m'est arrivé que j'arrive à un combat de boxe française. La boxe française, c'est la seule boxe qui se pratique avec des chaussures. Et j'avais plusieurs paires de chaussures et je me suis trompée, j'ai pris deux pieds droits. Alors là, truc de fou, j'avais mis mon sac 15 fois, j'ai pris deux pieds droits. Mais là, si on n'est pas habitué à être dans un rituel, on est capable de réagir. J'ai emprunté une paire de chaussures, ce n'était pas exactement la bonne taille, mais ce n'est pas grave en fait. Donc ça dédramatise aussi les situations. Donc non, je n'avais pas de rituel, si ce n'est et... celui de respirer, de rester concentré sur mon objectif. J'avais des ancrages aussi pour être bien.
- Speaker #0
Des ancrages que tu préparais avant ?
- Speaker #1
C'est ça, et beaucoup de visualisation aussi de stratégie, de technique. Je visualisais beaucoup de situations en situation de réussite. Donc je faisais aussi beaucoup ça.
- Speaker #0
Et tu m'as parlé aussi une fois de dissociation. où il y avait des situations dans lesquelles tu réussissais à dissocier ? Tu revois ces situations, tu peux nous raconter un peu comment tu faisais ce qui se passait pour toi au moment où tu dissociais ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est vraiment un très gros volet de ma préparation mentale. C'est de travailler, mon coach m'a beaucoup préparée à ça, sur le ring, à me mettre à chaque fois des contraintes différentes, à changer les règles. je faisais des sparrings où chaque ronde j'avais un nouveau partenaire c'était souvent que des hommes mais l'idée c'était de changer de style à chaque fois c'était de ne pas m'habituer à un même style et que rien ne puisse entraver ma concentration et la lucidité même si j'étais parfois au bout de ma vie dans le combat ou tout Et on a l'arme, c'est-à-dire que j'ai l'impression que je vais mourir tellement j'en peux plus. Il faut imaginer qu'au niveau intensité cardiaque, c'est un des sports les plus intenses. Parce que c'est deux minutes de sprint et dix fois de suite en championnat du monde. Donc c'est vraiment très très intense. En plus de ça, il y a quand même quelqu'un en face qui vous donne des coups. Et il faut réussir là-dedans à construire une stratégie qui doit être constamment en train de changer. Donc déjà, deux minutes, c'est comme quand on court sur un stade, ça doit faire, je ne sais pas, 500-600 mètres à fond. C'est très éprouvant. Et en même temps, de réfléchir à une stratégie fine pour dire, tiens, quand on court, on court. Même s'il y a aussi une stratégie, mais là, OK, quel coup ? Je commence où ? Je me déplace comment ? Qu'est-ce que je fais ? Comment je pars ? Comment je bloque ce coup ? Comment je l'esquive ? Donc, il y a une multitude de questions et de stratégies à réajuster, à réactualiser en permanence. Donc... Il ne faut pas se laisser happer par les alarmes, par le stress du corps, de la situation. Parce que si je me laisse happer par ce stress parasite, mon mental va être en instinct de survie, il va me dire « oui, donc replie-toi ou abandonne » . Et ça, ce n'est pas possible. J'ai mon coach qui est là pour jeter l'éponge, c'est-à-dire que c'est lui qui est garant de mon intégralité physique. Si lui estime que je suis en danger, il jettera l'éponge. Donc, j'ai aussi ce filet de secours. Je ne suis pas non plus complètement en mode warrior et advienne que pourra. Non, c'est que c'est normal d'avoir des alarmes. Mais par contre…
- Speaker #0
Oui, mais finalement, le fait que ton coach la gère, ça se perd d'un sujet en fait. C'est lui qui est le filet et qui va jeter l'éponge si jamais il sent que ça va trop loin. Donc, en attendant, toi, tu n'as pas à gérer tout ça.
- Speaker #1
Je n'ai pas à me préoccuper de ce qu'il faut que j'arrête ou pas. Donc, par contre, je cherche des solutions. Et là, on a beaucoup travaillé la dissociation. Donc, mon mental, je ne suis pas mes agitations. Et je reste hyper calme, alors que tout est en tempête partout autour de moi et en moi. Donc, il y a cette dissociation que j'ai appris à faire, qu'on peut apprendre à faire. Par contre, ça s'entraîne. Ça peut être, ne serait-ce que quand on est en retard à un rendez-vous, on peut être obligé de se dépêcher, mais on laisse son esprit très serein. Et ça... empêche de faire des erreurs qui parfois aggravent encore la situation. On va claquer la porte, on va oublier des clés à l'intérieur, on va se tromper de chemin, etc. Parce qu'on a son mental en agitation qui nous fait faire n'importe quoi. Alors que si on est serein, eh bien oui, on se dépêche, on fait tout plus vite, on répond avec son corps comme il faut, mais par contre on reste lucide, ça évitera de faire un accident, ça évitera d'aggraver la situation, et puis surtout, on ne finit pas la journée. dans le même état, parce qu'on s'est économisé en termes d'investissement mental. Ce stress, il utilise une consommation d'énergie énorme. Donc, c'est une manière de se préserver aussi.
- Speaker #0
C'est un peu la justesse dont tu parlais en introduction et que tu transmets aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est aussi tous ces éléments, la quête de sens, l'exploration, le fait d'être dans dans cette dissociation, c'est aussi de la justesse.
- Speaker #0
J'ai encore une petite question dans le domaine du sport et puis on va passer après à ta pratique actuelle en entreprise. Mais justement, dans cette dissociation et dans ces exercices de visualisation, tu m'avais parlé d'imaginer les pires situations. Tu m'as dit que je faisais le brainstorming du pire. Tu peux nous raconter un peu ce que c'est, ça ?
- Speaker #1
Dans le domaine du sport, tu veux dire ?
- Speaker #0
Tu m'avais dit que tu me préparais et que tu faisais le brainstorming du pire pour me préparer aux pires situations, peut-être aux pires combats, aux moments les plus compliqués pour toi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai besoin d'imaginer en préparation qu'est-ce qui se passe si elle fait ça, qu'est-ce qui se passe si j'en peux plus et que je suis touchée à cet endroit, qu'est-ce qui se passe avec des... des définitions techniques, des situations très précises. Qu'est-ce qui se passe ? Je les ai vécues, ces situations. Je les ai vécues quand j'ai fait du sparring, je les ai vécues à l'entraînement. Donc, c'est de me remémorer ces situations où j'étais vraiment en situation alarmante. Donc, qu'est-ce que je fais ? Quelles sont les situations ? En fait, c'est de me rejouer la situation du pire avant pour que quand elle m'arrive sur le ring, il y ait un air de déjà-vu. de déjà connus, même si je ne les ai pas vus en vrai, même si c'est que mon cerveau qui les a inventés. Quand je serai sur le ring, mon cerveau va croire que je les ai déjà vécus. Donc de les imaginer en amont, c'est comme si je les avais déjà vécus. Même s'il y en a certaines que j'avais déjà vécues avec le sparring, mais d'imaginer, de faire ce travail d'imagination de tout ce qui pourrait se passer, mon cerveau est convaincu que ça fait partie des situations que je connais et donc j'ai des clés pour y répondre. Je ne suis pas prise au dépourvu.
- Speaker #0
Donc ça, c'est...
- Speaker #1
Mouah ! il n'y a pas le stress de « Oh purée, c'est quoi ce truc-là ? J'ai jamais vu ça, c'est quoi ce machin ? Qu'est-ce qui m'arrive ? » Et vraiment, j'ai l'impression de l'avoir déjà vécu. C'est comme si c'était une expérience vécue. Donc, après, on ne peut pas être exhaustif. Je ne pouvais pas imaginer qu'il y a tellement de possibilités en boxe que tout n'est pas imaginable. Mais ça permet quand même de couvrir un certain champ de choses qui peuvent se produire ou alors des choses similaires.
- Speaker #0
En tout cas, tes résultats et tes combats ont montré que ça fonctionnait parce que tu as réussi justement par cette prise de conscience, cette observation à chaque fois de ce qui se passait, l'anticipation que tu pouvais avoir sur toute la préparation de tes combats, cette agilité que tu avais à avoir d'autres façons de combattre. C'est ce qui t'a amené à être la championne que tu as été dans ta pratique de la boxe. donc comme tu dis chacun c'est ces méthodes et chacun ses façons de travailler son mental. Ce qui est intéressant, c'est de voir ce qui a fonctionné pour toi avec les résultats que tu as obtenus. Et j'avais aussi envie de passer à un sujet que tu as évoqué aussi dans des conférences, une maladie que tu as traversée et qui a été une difficulté dans ta vie et pour laquelle tu as dit, en fait, une fois que j'ai traversé ce moment, tu nous as dit « je n'ai jamais été plus heureuse qu'après cette maladie et ce que tu avais vécu » .
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu es d'accord pour nous dire un peu en fait ce que… Est-ce que ça a transformé chez toi et comment ça a transformé le regard que tu as aujourd'hui sur ton plaisir, sur la performance, sur l'affirmation de toi et sûrement d'autres choses d'ailleurs ?
- Speaker #1
C'est une suite de... Je pense que la boxe a été un chemin, peut-être même thérapeutique, en tout cas, peut-être pas thérapeutique, peut-être pas forcément, mais en tout cas un chemin de quête de cette authenticité. Il reste encore une quête aujourd'hui. Et la maladie m'a mise encore sur ce chemin-là, de façon encore plus profonde, plus incarnée, puisque là, j'étais vraiment dans le corps, encore plus dans le corps. Et donc oui, je me suis retrouvée paralysée des jambes. Du jour au demain, on ne savait pas ce que c'était. C'était quelque chose de complètement inédit. J'ai subi beaucoup, beaucoup d'examens. On n'a jamais vraiment réussi à mettre un diagnostic. Et surtout, on m'a dit que je ne remarcherais plus. Et que ma gaine de myéline avait été tellement atteinte. C'est ça qui était atypique, c'est qu'elle était atteinte en bloc. La gaine de myéline, c'est ce qui entoure les nerfs. Et donc là, s'il s'agissait des nerfs autour de la colonne vertébrale, elle avait été complètement mangée, il n'y avait plus de gaine. Et c'est ce qui va sur la transmission nerveuse. Donc là, j'étais paralysée, mais plus rien du tout. Mes deux jambes étaient inertes. En l'espace... d'un jour et demi, un truc très fulgurant. Et à ce moment-là, effectivement, tout s'écroule. Et il y a des automatismes qui sont revenus, justement le sens, c'est-à-dire qu'à ce moment-là, quand j'étais sur mon lit d'hôpital, l'introspection s'est imposée assez naturellement. Pourquoi je suis là ? Pourquoi j'en suis là ? Déjà, quel est le sens de cette maladie ? Et cette maladie, c'est vrai que c'est comme si elle me disait Tu ne peux plus continuer à avancer comme ça dans ta vie. Donc, j'ai questionné comment j'avançais dans ma vie. Et effectivement, une fois que je me suis dit, effectivement, ça, ça ne marche pas bien, ça, ce n'est pas super, ça, il faut que je chance. Donc, j'ai commencé à balayer ce qui était facile. Et après, j'ai été gratter là où c'était un petit peu plus dur. Est-ce que je suis bien dans mon couple ? Est-ce que je me sens aimée ? Est-ce que j'aime encore ? Est-ce que je suis bien entourée ? Est-ce que les amis qui m'entourent sont des vrais amis ? Est-ce que… etc. Et au final... J'ai réalisé que je faisais beaucoup les choses parce que je n'osais pas dire non, je voulais faire plaisir. J'ai quand même été beaucoup biberonné au « fais plaisir, prends sur toi » . Donc, je me suis rendu compte que ce que je faisais, je ne le faisais pas pour moi, je le faisais beaucoup pour les autres. Et parfois, ça m'amenait à faire des choses qui ne me convenaient pas du tout. Et beaucoup de choses qui ne me convenaient pas du tout. Autant on peut avoir parfois des choses qui ne conviennent pas. Et c'est OK parce qu'on les fait pour autre chose qui nous convient très bien. Mais là, il y avait quand même beaucoup. Et j'ai eu le sentiment, comme une vraie évidence, que finalement, ça avait été une chance, que si mon corps ne m'avait pas arrêtée, j'aurais sans doute continué, et peut-être même qu'il me serait arrivé encore quelque chose de plus grave. Donc, j'ai vraiment remis au centre ce qui était important pour moi. Je me suis re-questionnée sur ce que j'avais vraiment envie de faire. Et je me souviens de ce jour-là, où je me suis dit, effectivement, il faut que j'aille dans d'autres directions. j'ai pris des... des résolutions, comme un premier jour de l'an, sauf que c'était vraiment, c'était complètement véridique et j'allais les mettre en place. J'ai ressenti cette verticalité en moi, que j'avais perdue, parce que j'étais avancée depuis un an, mais j'ai ressenti vraiment une verticalité. Et là, ça m'a redressée, en tout cas intérieurement, et j'ai pu avancer. Alors après, il s'est prouvé, on peut dire vraiment aussi, la vision globale m'a permis aussi d'identifier que Merci. Il y avait peut-être d'autres pistes, j'ai exploré d'autres choses, j'ai été voir du côté de la naturopathie, j'ai fait du jeûne. Alors sans donner des conseils santé, c'est que j'ai exploré et j'ai trouvé les solutions qui étaient les bonnes pour moi à ce moment-là. Quand on parle d'intelligence de situation, c'est vraiment ça. Et c'est aussi parce que je me suis dissociée, que je ne me suis pas laissée happée par cette crise d'hospitalisation, de basculer dans le monde des malades. que j'ai eu encore l'énergie, cette curiosité joyeuse d'aller dire tiens, il y a peut-être des choses qui se passent ailleurs, etc. Et j'ai trouvé des choses et je me suis rendu compte que... J'ai lu dans un article à un moment donné, j'ai entendu des infirmières qui en parlaient aussi, que la maladie de Lyme était diagnostiquée différemment en Allemagne qu'en France. Et comme en Alsace, à la frontière avec l'Allemagne, j'ai été voir, et effectivement là-bas j'ai été diagnostiquer la maladie de Lyme. Donc ça m'a ouvert un autre champ de solutions et j'ai pu me faire traiter. Donc le traitement, la rééducation aussi, bien sûr intensive. Et le fait de retrouver cette verticalité, je pense que tout ça a contribué à me remettre sur pied au bout de huit mois. Donc, huit mois après, effectivement, j'avais fait un énorme pas dans ma vie. En fait, cette paralysie m'a permis de faire un pas dans ma vie. Et j'étais bien plus heureuse après qu'avant. En tout cas, ça m'a ouvert un chemin vers le bonheur. C'est un peu... Tu as la crainte de dire ça, mais en tout cas, un chemin qui me conduit vers moi, qui m'a amenée...
- Speaker #0
D'alignement, souvent on parle beaucoup d'alignement. Oui, c'est ça,
- Speaker #1
exactement, d'alignement, et qui me permet d'être aussi... qui m'a permis d'être plus juste avec moi, et quand je ne suis plus juste avec moi, je ne suis plus juste avec les autres, et je ne suis plus juste avec tout ce que j'entreprends. Et donc, tout devient beaucoup plus facile.
- Speaker #0
C'est dans ce que tu décris, alors c'est marrant, marrant, ce n'est pas le bon mot, mais il y a... En fait, beaucoup de parallèles avec ce que tu racontes de ta carrière sportive et comment tu es devenue sledge championne. C'est que là encore, et finalement, c'est vraiment ce que tu es. Tu as fait preuve, tu as eu besoin de revenir à ton authenticité. Tu as été explorée, encore une fois, comment les choses se faisaient ailleurs. Tu as refusé d'abandonner, tu as refusé la situation de victime. Quand on parle, en tout cas, on entend que tu as gardé une forme de compatibilité, mais tu parles de curiosité joyeuse et je trouve génial ce terme. C'est finalement vraiment quelque chose qui te caractérise. Et là, on se rencontrait pour parler de prépa mentale, parler de sport, mais ce que je trouve très inspirant aussi, c'est de voir que ce que tu as déployé dans ta carrière sportive, en fait, tu le déploies encore, évidemment, dans ta vie de femme, aujourd'hui d'entrepreneuse. c'est que ce sont véritablement... les piliers de qui tu es et de comment tu peux rayonner. Et si je ne me trompe pas, je ne fais pas de mauvaise interprétation.
- Speaker #1
Tu as fait raison, Géraldine. C'est vraiment ça. C'est des guides. Ça continue de me guider. J'ai mis des mots dessus. Donc, c'est encore plus puissant aujourd'hui parce que ça me permet de me réinterroger, de me réajuster. Tu vois, le chemin vers la justice, le réajustement permanent. J'aime beaucoup cette idée de réajustement permanent parce que forcément, je fais des pas de côté, je fais des erreurs, mais ce ne sont plus des erreurs aussi... Je ne tombe plus aussi bas, en fait. Mais parfois, voilà, je fais des erreurs aussi, mais elles sont moins graves, je trouve. On verra, mais je ne suis pas à l'abri de... Mais je trouve, il peut m'arriver des choses, mais je trouve que dans mes choix, je fais vraiment des erreurs moins grossières. Parce que je me réajuste, parce que je me questionne, parce que comme c'est formalisé, J'arrive à me questionner, c'est aussi ce que je transmets au manager. Du coup, cette façon de se questionner, il y a beaucoup de critères qui permettent de se questionner, parce qu'on a balayé aussi pas mal de choses. Et c'est ça qui, à un moment donné, permet d'être juste. Et quand on est juste avec soi, c'est une vraie satisfaction. On les germe complètement. Il n'y a pas un moment où on se dit « Ah, ça y est, je suis au top du top » . Non, parce qu'il y a tellement de choses. Mais c'est par contre, on se rapproche de cette ligne. on oscille encore à gauche, à droite, à gauche, à droite mais c'est de plus en plus proche et ça je trouve que c'est vraiment une satisfaction de de pouvoir mieux se comprendre, de comprendre mieux ce qui nous arrive, oui c'est une sorte de plénitude, même si elle n'est pas totale complètement tout le temps de la toucher du doigt de l'effleurer et c'est
- Speaker #0
Pour les managers, ça doit, j'imagine, faire énormément de sens parce que dans l'entreprise, il y a ce sur quoi ils ont la main et puis il y a souvent la stratégie d'entreprise et parfois, selon la taille des entreprises, des décisions qui ne sont pas toujours comprises. On dit souvent, en fait, que c'est important de retrouver la raison de pourquoi est-ce que tu as cette fonction, de ta contribution. Je me demandais ce qui faisait le plus écho chez eux que tu accompagnes aujourd'hui quand ils leur... Quand tu leur parles de justesse, surtout dans le contexte actuel, où il y a beaucoup d'incertitudes et beaucoup de complexités, qu'est-ce qui résonne le plus chez eux aujourd'hui ?
- Speaker #1
Souvent, les managers que j'accompagne attendent des outils. Et en fait, si on continue à utiliser des outils, mais qu'on n'a pas travaillé sur cette justesse déjà avec soi, qui n'est pas non plus, ça ne s'avait pas des années, en deux ou trois séances, on arrive à retravailler sur cette justesse, à identifier les comportements de peur. C'est souvent des comportements de peur qui amènent à des erreurs managériales. Donc, on va travailler sur ces comportements de peur. Et ensuite... des comportements, on va aussi identifier où sont les leviers de plaisir, ça passe par des questions qui petit à petit conduisent au sens. Et ensuite les outils viennent tout seuls, se réajustent. Et donc on parle aussi beaucoup de situations concrètes vécues dans l'entreprise et on les repasse par le prisme de ce qui fait peur, quels ont été les comportements excessifs. quels ont été les ressentis. Et souvent, derrière un ressenti, il peut y avoir des schémas automatiques de réponse pour se défendre, parce qu'on n'ose pas répondre. Donc, en fait, ils attendent des outils, on n'y vient pas toujours tout de suite. C'est plutôt dans un second temps, et parfois même, c'est eux-mêmes qui finissent par les trouver, les outils. Que ce soit dans l'animation d'une équipe, dans des rapports interpersonnels, dans la gestion d'une personnalité difficile, dans les rapports avec la hiérarchie. Ça peut toucher beaucoup de domaines en fonction des besoins. Et souvent, on commence par ce questionnement du sens. Et on va les interroger à travers les peurs, à travers parfois même, quand on interroge sur le brainstorming du pire, ça fait ressortir des peurs. Et dans les brainstormings de l'idéal, ce serait quoi l'idéal ? Donc, on commence par travailler sur ce genre de choses pour ensuite pouvoir les... les appliquer à des situations très concrètes et petit à petit à changer de méthode, changer de façon de faire.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu interviens avec des équipes également. On a dit en coaching individuel et auprès d'équipes. C'est aussi ce que tu transmets auprès des équipes pour mieux collaborer ensemble, mieux se comprendre, que chacun trouve sa bonne place dans l'équipe. C'est quoi pour toi la justesse avec les équipes ?
- Speaker #1
Ça dépend vraiment beaucoup de leurs objectifs. On travaille quand même souvent beaucoup sur l'écoute. L'industrie d'intelligence collective, je reproduis les logiques qu'on retrouve dans les nuées d'oiseaux, par exemple, où il y a cette vision, les oiseaux ont une vision à 360, ils ont justement cette vision holoptique qui leur permet de ne pas se percuter, de se réajuster en permanence. Ils ont aussi des oiseaux en bordure qui vont... qui vont être les sentinelles de ce qu'il y a autour et qui vont contaminer l'intérieur de la nuée. Donc on va reproduire ces schémas-là en disant « Ok, mais pour cette visio à 360, déjà il faut être à l'écoute. C'est quoi être vraiment à l'écoute de l'autre ? Pour être à l'écoute de l'autre, il faut aussi être à l'écoute de soi. Donc on en revient encore à l'écoute de moi. Quelles sont mes émotions ? Quels sont les besoins que traduit cette émotion ? Quand je me sens frustrée d'une situation, quel est le besoin que ça vient ? » chercher en moi, est-ce que c'est le besoin d'avoir plus de temps avec mes collègues, est-ce que c'est le besoin d'avoir plus de place, d'avoir plus de reconnaissance, donc d'aller questionner intérieurement ce besoin, et ensuite de savoir le questionner chez les autres, et de s'interroger sur, comme les nuées d'oiseaux, quelles sont les informations dont nous avons besoin, quelle est la bonne information au bon moment dont j'ai besoin. Parce que souvent on voit que les collaborateurs se percutent, donc contrairement à une nuit d'oiseaux, Parce qu'ils n'ont pas la bonne information au bon moment, ils se retrouvent à faire deux fois la même chose, ou alors un pensait que c'était l'autre qui le faisait et finalement le dossier passe à la trappe, etc. Donc il y a beaucoup d'incompréhension parce qu'on n'a pas la bonne information au bon moment. Donc c'est de comprendre quelle est l'information dont l'autre a besoin, qu'est-ce qui est crucial pour lui, de comprendre ses enjeux, d'avoir une perception réciproque des enjeux. Ça commence par ça. Et après, on avance sur comment est-ce qu'on fonctionne mieux ensemble, avec des outils d'intelligence collective. Comment est-ce qu'on s'écoute ? Comment est-ce qu'on donne la place même à ceux qui ont moins l'habitude de prendre la parole dans une réunion ? Comment est-ce qu'on construit une stratégie de concertation sans que ça devienne une usine à gaz ? Donc après, on avance au fur et à mesure de la maturité de l'équipe vers des outils d'intelligence collective.
- Speaker #0
Génial, ça donne très envie d'être dans les équipes que tu accompagnes. J'aurais une dernière question pour clôturer cet entretien passionnant. Si tu devais résumer ce qu'est la performance pour toi aujourd'hui, qu'est-ce que ça serait ? J'utilise ce mot performance parce qu'en fait, il est beaucoup challengé aujourd'hui. On en parle, on voit dans... Dans les entreprises, il y a malgré tout toujours cette recherche de performance. Et en même temps, on voit qu'elle épuise beaucoup les individus. Dans le domaine du sport, on sait aujourd'hui que cette recherche de performance à tout prix, elle est dangereuse pour la santé physique et mentale. Et pourtant, moi, je cherche un autre mot. Je n'ai pas encore trouvé d'autre mot. Il y a le mot « robustesse » qui est utilisé, mais je trouve qu'il n'est pas complètement adapté. Et donc, je me demande, peut-être que toi, tu as un autre mot. pour la performance ou en tout cas, qu'est-ce que c'est pour toi aujourd'hui à l'aune de tout ton parcours sportif et aujourd'hui d'entrepreneuse et de coach en entreprise ?
- Speaker #1
C'est vrai que derrière le mot performance, on est souvent sur une idée court-termiste. Que ce soit au niveau du sport comme dans l'entreprise, c'est les résultats, les indicateurs, la victoire, tu as gagné, tu n'as pas gagné, c'est beaucoup ça. Alors, parfois, on parle de performance durable, mais ça reste quand même performance... Ce mot-là me gêne de plus en plus. C'est vrai, je travaille d'ailleurs avec Olivier Hamon sur le concept de robustesse et je monte une formation sur ce sujet parce que ça me parle beaucoup. Parce que derrière robustesse, il y a résilience. C'est-à-dire, il vaut mieux développer cette capacité à faire face aux fluctuations sur le long terme que cette capacité à être très performant sur du court terme. Et c'est pour ça que... Dans ma carrière qui a duré 15 ans, j'ai été robuste. Il y a eu des défaites. J'ai appris de ces défaites. Et j'ai développé ces défaites qui m'ont permis... Ce n'est pas juste l'accumulation des défaites qui m'a permis d'être résiliente. C'est parce que j'ai trouvé ainsi une façon de faire qui tenait compte de l'ensemble de l'écosystème, y compris de moi, qui m'a permis de développer cette réussite. Une réussite qui dure. Je trouve que cette notion de performance, dans l'esprit, on peut y mettre plein de définitions différentes, on peut intégrer plein de choses derrière, mais globalement, elle est quand même toujours prise pour du court terme. Et je pense que la vraie performance, celle qu'il faut toucher dorénavant en tant qu'individu, qu'on aspire tous à vivre longtemps dans des bonnes conditions. et ne pas être abîmée par le travail, par l'excès de sport, par quoi que ce soit. C'est de toute façon, dans notre ADN, dans notre instinct de survie, de s'inscrire plutôt dans la résilience que dans une performance. Je ne sais pas si ce n'est pas non plus le mot exact. J'aime bien le terme. Robustage, j'aime bien ce terme parce qu'il indique que ce n'est pas juste... souvent on entendait de l'invulnerabilité, donc ça sonnait enjeux environnementaux, c'est bien plus large que ça. Donc, robustesse, résilience, en tout cas, de se dire comment est-ce que je fais face aux fluctuations, aux tempêtes, et pas comment est-ce que je réponds à la première tempête qui arrive. Alors bien sûr, en répondant à toutes les tempêtes, en disant comment est-ce que je suis résiliente sur le long terme, on va aussi répondre à celle qui arrive là tout de suite, mais c'est vraiment une construction sur le long terme.
- Speaker #0
C'est ça, une construction, un entraînement, une préparation constante qui fait qu'on est plus résilient au moment où la tempête surgit.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Merci beaucoup Sandra, c'était passionnant. C'était un plaisir. Tu m'as offert un entretien.
- Speaker #1
Merci Géraldine.
- Speaker #0
Très bonne continuation,
- Speaker #1
merci encore. Merci pour la qualité de tes questions. À très bientôt. À bientôt.
- Speaker #0
Et voilà, c'est terminé. L'entretien aurait pu durer beaucoup plus longtemps, mais il était déjà extrêmement riche de pratiques, bien sûr, mais aussi de prise de recul, de maturité, évidemment, sur la notion de performance, de réussite, et sur l'importance d'être authentique et de s'approcher de ce que l'on est pour donner le meilleur de soi et réussir ses plus grands projets. J'espère que cet épisode vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager. Partagez-le sur les réseaux, partagez-le autour de vous, mettez-moi des notes en commentaire. Et si vous pensez également à des personnes que vous aimeriez voir interroger sur ce podcast, alors envoyez-moi un message pour me les recommander ou pour me faire part de vos commentaires à l'adresse géraldine.com. Merci.