- Speaker #0
Alors bonjour à tous, bienvenue dans le podcast de l'entreprise, une conversation au cœur du bureau des leaders de l'immobilier d'entreprise. J'ai la chance aujourd'hui d'être aux côtés d'Astrid Veil, directrice générale de Groupama Immobilier et présidente de Groupama Gann-Rem. Bonjour Astrid. Bonjour Marie-Laure. Avant de commencer, je voudrais débuter par un petit exercice. Pour te présenter, j'ai demandé à notre intelligence artificielle, JLLJPT, de faire ton portrait chinois. Et cela donne les éléments suivants sur lesquels tu pourras bien entendu revendiquer. Alors, si Aspide était un bâtiment, ce serait un projet. Zéro carbone, zéro déchet, zéro superflu pour prouver que l'on peut construire en visant l'essentiel. Tu es d'accord ?
- Speaker #1
Tout à fait. Je pense qu'il y a un équilibre à trouver entre le zéro et ce qui va durer longtemps. Quand on raisonne en carbone, il ne faut pas raisonner uniquement dans le climat d'aujourd'hui, il faut aussi regarder le climat à un horizon un peu lointain. Et calculer du carbone, ça veut dire faire des transformations qui soient robustes. Et dans cette robustesse, il faut aller chercher du temps long, de la réversibilité par exemple, des choses qui sont solides et adaptables au climat de demain. Et donc ce n'est pas forcément zéro, c'est un intermédiaire qui soit vraiment le bon équilibre pour ne pas avoir à refaire tous les dix ans. Une transformation, ce n'est pas un kleenex qui se jette comme on a pu le faire par le passé. C'est vraiment quelque chose qu'on va garder de façon patrimoniale, mais aussi dans la construction qui dure.
- Speaker #0
Et je me permettrais même de rajouter, parce que l'intelligence artificielle te connaît un petit peu moins que moi, et j'aurais presque aussi tendance à ajouter que c'est le beau et l'esthétique qui te tiennent particulièrement à cœur. Et je pense que ça aussi, c'est important pour toi.
- Speaker #1
Alors ça, c'est sûr que c'est très important pour moi. Alors, j'ai énormément de chance parce que je travaille chez Groupe Amal Immobilier. On est une compagnie d'assurance, souvent les assureurs détiennent les immeubles sur le temps très long et donc nous on a la chance d'être en plus dans un groupe, Premier Assureur Agricole, dans lequel il y a ce bon sens paysan de la belle pierre. Et donc depuis des dizaines et des dizaines et des dizaines d'années, parfois même plus de 100 ans, Groupe Amas Immobilier a investi pour le compte du groupe dans des immeubles parisiens, de la belle pierre, de l'Haussmannien, des choses qui sont jolies. on sait aussi donner les moyens au fil du temps de la rénovation dans le respect du patrimoine. Parce que ça fait partie de la valeur durable d'un immeuble que de tenir compte de son histoire. Et donc on essaie toujours de remettre l'histoire à l'intérieur des immeubles. Alors en dehors de ça, oui j'ai une sensibilité particulière à la beauté. Peut-être que je peux citer cette initiative qui a été... faite par Quentin Brière, qui est le maire de Saint-Dizier. Quentin a décidé de créer une initiative qui s'appelle La beauté sauvera le monde. Alors j'aime bien, c'est Tolstoy qui a parlé de La beauté sauvera le monde en premier. J'aime bien cette idée de remettre la beauté dans la ville, à la place de la France moche. Vous savez, tu sais d'ailleurs Marie-Laure, puisqu'on se tutoie. Parfois, on arrive à la périphérie des villes, on voit des espèces de boîtes à chaussures, des pubs partout pour des voitures, des fils électriques, des trucs moches. Et donc, lui, il a décidé d'utiliser cet espace pour y mettre des œuvres d'art. Et ça a très bien marché. Et d'ailleurs, il a été reconnu par cette fédération française des trucs qui marchent et qui marchent vraiment. Et en plus, l'art, ce n'est pas forcément que la peinture. ou des choses qui se voient, ça peut être aussi des choses qui se touchent ou qui s'entendent. Donc il a mis de la musique, toujours avec un QR code qui explique l'œuvre. Et donc nous, on a rebondi sur cette initiative qui a été d'ailleurs reprise par plein de villes. Et on a fait la première initiative à Paris sur un de nos chantiers, 22 rue Royale, Vasie. Il y a une œuvre d'un peintre, ça s'appelle La Demoiselle. C'est très parisien. Très joli, c'est impressionniste, sans être très directif sur ce que ça inspire. Ça permet de rêver un peu sur le sol parisien. C'est très inspirant et c'était mieux de faire ça avec une œuvre d'art que d'écrire ici, Groupe Hamas Immobilier, Rénov' un immeuble de 2800 m².
- Speaker #0
J'aime tes convictions. Alors, si Astrid était une distinction, ce serait ? L'insigne bleu de l'Ordre national du mérite, une reconnaissance de la République pour ton engagement ?
- Speaker #1
Oui, ça je ne peux pas le nier. Donc la ministre du logement Valérie Létard, l'ex-ministre du logement maintenant, m'avait fait l'honneur de cette nomination lors de la promotion de début 2025. L'insigne m'a été remis par le directeur général de Groupe AMA. en novembre dernier, donc c'est assez frais. Depuis, je mets des vestes pour pouvoir la porter. Je suis assez fière parce que... Alors, il y a des gens qui m'ont dit « Oui, c'est normal parce qu'ils ont besoin de parité, donc toi, tu es une femme, donc tu avais plus de chances de l'avoir. » Je me suis dit « À la fois, ce n'est pas sympa, et à la fois, c'est un peu vrai. » C'est bien d'être une femme, parfois, pour avoir un peu plus de chances que d'autres, finalement. J'assume très bien cette posture-là. Mais Valérie Letart a fait un très gros travail quand elle a été nommée, d'aller rencontrer les dirigeants des entreprises de l'immobilier, et pas que celles du logement, parce que souvent, quand on est ministre du logement, on est marqué logement. Elle, elle s'est intéressée à toute la ville et à tout l'immobilier. J'ai trouvé ça assez remarquable, elle a fait tout ce travail. Et donc, c'est au cours de ces échanges qu'elle a vu l'engagement de Groupe Ama Immobilier que je porte. et que je pense que c'est pour ça que j'ai eu cette décoration. Encore une fois, je suis très fière. J'étais aussi très fière d'avoir tous mes camarades de l'immobilier, mes amis et mes collègues de Groupama lors de cette cérémonie. Et tu étais là, Marie-Laure, donc je te remercie encore d'avoir été présente.
- Speaker #0
C'était un vrai bonheur, Astrid, un vrai bonheur. Si tu étais un lien... Ce serait le maraînage de la promotion du MMI de l'ESSEC pour transmettre ta passion et les clés de la ville de demain ?
- Speaker #1
Alors, j'essaie d'être beaucoup de lien parce que je trouve que le lien, c'est ce qui donne une force incroyable pour agir. Et donc, je crois que quand on est un dirigeant d'entreprise, on doit... à ses pairs, aux générations futures, à sa filière, à son écosystème, tout un tas de moments, d'échanges, de temps passé, d'explications aussi. Et puis, moi, je n'ai pas d'idées dans mon canapé, je dois dire. Dans mon canapé, je me repose sans idées. Et quand j'ai des idées, c'est auprès des autres. Et donc, ce maraînage, c'est aussi... L'opportunité d'avoir des échanges avec des étudiants qui m'apportent un prisme différent, qui me permettent de réfléchir autrement, de peut-être regarder comment on va faire nos métiers dans le futur. En tout cas, ce que je sais, c'est qu'il faut en permanence s'adapter et que c'est en allant se confronter à tout qu'on y arrive. Et donc, je ne refuse presque aucune demande et initiative de ce genre. Comme tu m'as précédé dans le maraînage de cette promotion, tu vois bien de quoi je parle.
- Speaker #0
Je vois très bien, Astrid, et je t'en remercie beaucoup. Pour terminer avec Lya, quand on l'a interrogée sur tes valeurs, là, la réponse était vraiment pleine, mais elle nous a indiqué que ta valeur serait l'engagement collectif parce que faire face à l'urgence climatique, il n'y a pas de concurrence, seulement des partenaires. Tu l'as déjà un petit peu évoqué, je pense que cela fait partie vraiment aussi de tes convictions.
- Speaker #1
Le collectif, c'est vraiment mon truc. Je pense que c'est en emmenant et en donnant un horizon collectif, en emmenant tout un écosystème qu'on va y arriver. Souvent, je dis à mes collaborateurs que le mot interdit, c'est le mot compliqué. En fait, quand on dit que c'est compliqué, c'est qu'on n'a pas envie de faire. Mais quand on est seul, ça peut être compliqué. Donc comme c'est un mot interdit, il faut le faire ensemble, et ensemble on y arrive. On fait plusieurs petits pas, ça fait des grands pas, on a tout un tas de méthodes. Moi souvent je dis, il y a plusieurs méthodes, mais mes deux préférées c'est le saucisson et la seringue. Alors le saucisson c'est ce qui permet de diviser un problème en tranches, du coup ça passe mieux. Et la seringue c'est, on appuie sur le piston, on ne sait pas trop par où ça va sortir, mais si on appuie très fort ça sortira quand même. Ça, ça ne peut se faire que par le collectif. Et puis en plus, moi je suis... J'avais fait mon profil MBTI il y a quelques années, je suis une vraie E, donc extravertie. Ça ne veut pas dire que je danse toute la nuit, ça veut dire que je me nourris de l'énergie que je trouve auprès des autres. C'est vraiment ça mon moteur. Il y a des gens qui, pour retrouver leur énergie, ils vont se promener dans la forêt. Moi j'aime bien me promener dans la forêt, mais à partir du moment où on est au moins 5, parce que sinon je m'ennuie. Et donc c'est vraiment quelque chose qui me caractérise, je trouve moins d'énergie dans le collectif. Et donc avancer ensemble, je trouve que c'est vraiment ce qui permet d'aboutir et d'être dans l'action.
- Speaker #0
Alors Groupama, c'est vraiment un ADN rural, un ADN de forêt. Tu m'as déjà permis en arrivant ce matin dans ton bureau d'aller faire un petit tour en forêt. J'y étais presque, mais nous sommes à Nanterre et effectivement, nous sommes dans ton bureau. Donc aussi, c'est l'origine de ce podcast intramuros de penser à ton bureau, de ce que tu y fais, de ce que tu y vis. Et aujourd'hui, est-ce que c'est un lieu qui te ressemble ?
- Speaker #1
Non, du tout. D'ailleurs, on déménage dans un mois et demi. Nous allons dans des locaux qui, j'espère, me ressembleront plus. Déjà, je n'ai pas de bureau. Là, on est dans une salle de réunion, pour dire la vérité. C'est une salle de réunion parce que moi, j'aime bien être dans le staff parce que c'est là que j'interagis avec des collaborateurs, que j'entends ce qui se passe. Je n'ai rien à cacher. Donc, si on est dans cette salle de réunion, c'est parce qu'on a besoin d'être en réunion ou en one-to-one ou en entretien ou dans un call. Mais sinon, je suis dans le staff. Mon futur bureau, ce ne sera pas un bureau seul non plus. Je le partagerai avec Roland Cubin, le directeur général délégué de Groupama Immobilier. Et on sera souvent aussi à des postes en flex office dans le staff, parce que c'est là qu'on aime être auprès de nos collaborateurs.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
La seule chose qui me ressemble dans ce bureau, c'est qu'il y a des trucs partout. J'aime bien les livres, les revues, je les garde. Je suis une grande conservatrice. J'ai deux plantes qui m'ont été offertes par une collaboratrice qui était en CDD avec nous, qui nous a accompagnées dans notre labellisation Engagés RSE que nous venons d'obtenir au grade de exemplaire. J'en suis ultra fière. C'est encore une grande histoire de collectif dont on pourra reparler ensemble, Marie-Laure, si tu veux, un jour.
- Speaker #0
Avec grand plaisir.
- Speaker #1
C'est deux petites plantes qui m'ont été offertes par une jeune. très engagée dans ce qu'elle a fait avec nous pendant trois mois.
- Speaker #0
Alors, nous parlons du futur, mais si on revenait un petit peu en arrière. Si on remonte à tes années d'études, tu rêvais de quoi exactement ?
- Speaker #1
D'être docteur.
- Speaker #0
Donc, tu es docteur des immeubles aujourd'hui ou presque ?
- Speaker #1
J'essaie d'être docteur des immeubles. J'aime bien être docteur des gens quand même. En fait, j'aime beaucoup les gens. Il y a des personnes chez Groupama Immobilier qui m'appellent docteur Astrid parce que... Quand elles ont un petit souci de santé, avant de savoir ce qu'elles vont faire, elles viennent me poser la question. J'adore ça. Je rêvais de ça. Pourquoi je ne l'ai pas fait ? Peut-être parce que j'étais un peu trop jeune. Mais du moment que j'aime ce que je fais, c'est ça qui est important.
- Speaker #0
Donc, tu ne rêvais pas d'immobilier ? Pas du tout. Comme beaucoup d'entre nous, quand on doit commencer nos études, ça c'est certain. Tu évolues chez Groupama depuis 2014. Donc, presque... 11 ans aujourd'hui, presque 12. Oui, presque 12. Soit plus de 10 ans de façon générale. Comment ta vision de l'entreprise a-t-elle évolué depuis tes débuts ?
- Speaker #1
Ça, c'est une question difficile. Ma vision de l'entreprise... Alors déjà, je n'étais pas la tête de l'entreprise. Donc, je ne me posais pas la question de ma vision de l'entreprise, mais plutôt de la vision de... du directeur général, Éric Denay, avec son comex et la façon dont on allait construire les nouveaux horizons de cette maison ensemble. L'arrivée d'Éric Denay en 2013, ça a été un gros changement de culture parce que je pense qu'avant, Groupama Immobilier était un petit gestionnaire d'une compagnie d'assurance un peu peinture moquette. sans avoir d'ambition, quand on se disait il faut restructurer cet immeuble, on préférait le vendre pour ne pas avoir à s'embêter avec tous ces trucs compliqués. Quand Eric est arrivé, il est arrivé avec énormément d'audace, ce goût du challenge qu'il s'est si bien communiqué et partagé avec ses collaborateurs. Et donc nous, on s'est nourris de ça. On s'est nourris de ça pendant pas mal d'années. Et je pense que c'est en capitalisant sur ça, et en prenant les rênes il y a maintenant bientôt deux ans, que je pense qu'on arrive à une forme d'équilibre dans une collaboration très efficace et très effective à la fois entre nous et vis-à-vis de notre mandant principal qui est notre groupe. Peut-être avec un peu moins d'audace qu'Éric parce que c'est moins mon ADN et puis aussi les conditions de marché font que le profil est un peu moins haut. J'ai changé la baseline. Eric avait inventé « Construisons de nouveaux horizons » . Alors c'est marrant parce que je me suis toujours demandé pourquoi il voulait construire des nouveaux horizons alors qu'on est gestionnaire d'un parc existant. Et puis un jour, on a décidé de faire une tour à la Défense et je me suis dit quand même, ce garçon est tellement visionnaire pour avoir anticipé dix ans avant qu'on allait faire la plus haute tour de la Défense. Maintenant, c'est assurer la création de valeur durable. Alors, assurer, parce qu'on est un assureur. La création de valeur, c'est notre travail quotidien. On fait de l'asset management, de l'investment management, du property management. Donc, on crée la valeur de nos actifs et durable. J'aime bien ce mot parce que c'est la dimension, évidemment, ESG environnementale des actifs, mais c'est aussi la durabilité pour 100 ans. Et quand on est un assureur et qu'on réfléchit à la gestion vertueuse de son parc immobilier, eh bien, il faut réfléchir pour 100 ans.
- Speaker #0
Waouh ! Si tu pouvais remonter dans le temps et donner un conseil à la street qui débutait dans l'immobilier, que lui dirais-tu ?
- Speaker #1
C'est hyper dur comme question. Je lui dirais... j'ai envie de rien changer en fait. Parce que je suis tellement heureuse dans ce que je fais aujourd'hui que je n'ai ni envie de plus, ni de autrement.
- Speaker #0
J'adore. Tu as été auditrice de l'Institut Palladio et plus récemment du cycle Anticipation. Comment ces expériences tournées vers la prospective nourrissent-elles ta vision au quotidien pour un patrimoine qui traverse les époques, comme tu l'as dit, dans la durabilité ?
- Speaker #1
Ça, c'est intéressant comme question. Palladio, Pour moi, ça a été une prise de conscience du fait qu'un immeuble, ce n'est pas un actif unique. C'est un actif sur un territoire et que le territoire, il ne faut pas compter sur qui que ce soit pour le prendre en charge. Il faut que tout le monde préempte cette idée de l'avenir du territoire sur lequel un actif se trouve pour sa création de valeur. Si on prend l'exemple de la Défense, on a notre plus gros actif, la tour de Link à la Défense. Si on attendait que quelqu'un fasse les choses comme on pense qu'elles doivent être faites à la Défense, on pourrait regarder passer beaucoup de trains. Si on s'allie avec d'autres utilisateurs de la Défense et son aménageur Paris la Défense, dans une bonne coopération pour avoir plein d'idées et plein de plans d'action pour améliorer ce territoire-là, à ce moment-là, on peut gagner ensemble. Et donc, Paladio, c'est cette prise de conscience pour moi qu'un actif, ce n'est pas un objet dans un territoire, c'est vraiment un tout. Et que la ville, ça commence avec la place du village et puis tout ce qui se fabriquera autour, avec les hommes et les femmes qui y habitent, y travaillent, ayant des loisirs, que c'est un bon équilibre entre l'animation de l'espace public, les activités dortoirs et les activités économiques. Et que cet équilibre-là, il faut sans cesse essayer de voir comment il se met en musique pour avoir un territoire pérenne. Ça, c'est pour Palladio. Pour Anticipation, c'est complètement autre chose. Anticipation, c'est un programme qu'a lancé Jean-Christophe Fromentin parce qu'il avait travaillé sur la candidature pour l'exposition universelle, qui n'a pas été retenue, mais dans ce travail qu'il avait initié. Il travaillait avec des chefs d'entreprise d'horizons vraiment très différents, dans une méthode qui était d'anticiper le monde de demain. par la détection des signaux faibles. Il s'est dit, d'accord, on n'a pas été retenu, mais tout ce travail qu'on a fait, il ne faut pas que ça s'arrête. Parfois, on n'a pas envie que le travail s'arrête parce qu'on a perdu. Et donc, il a décidé de le pérenniser dans cette initiative, Anticipation avec un S, consulter les réseaux sociaux sur LinkedIn, c'est accessible. Il y écrit beaucoup de choses. Donc, il réunit dans une sorte de think tank des professionnels de tous horizons. chaque année, en mode séminaire de deux jours, je ne sais pas, six, sept ou huit fois par an, plus des soirées, etc. Les thèmes qui sont développés, c'est l'ontologie, qui est la science des comportements, l'environnement économique, géopolitique, technologique. Et il y fait venir des patrons de ces secteurs-là, des personnes aspirantes, des patrons de la stratégie, de... grandes entreprises de la tech, des gens qu'on n'a pas vraiment l'habitude de voir dans tous les métiers qui sont représentés dans cette initiative. Et c'est accompagné par un cabinet de conseil qui aide justement à détecter tous ces signaux faibles. Et là où je voulais en venir, c'est qu'au-delà du moment qu'on y passe et du côté très inspirant de ça, ça change vraiment la façon d'appréhender le monde extérieur parce que cette méthode de détection des signaux faibles ça permet de raisonner un peu différemment pour toujours. Donc moi, il m'a donné vraiment, Jean-Christophe, par cette initiative, ce côté, j'essaie de détecter les signes faibles pour anticiper le monde de demain. Et chaque fois qu'on réfléchit à quelque chose dans les équipes chez Groupama Immobilier, on essaye de se remettre cette façon de penser au cœur de toutes les déambulations qu'on peut avoir ensemble.
- Speaker #0
Dans toutes tes initiatives, tu écris la ville et le bureau de demain et d'ailleurs, tu as copiloté pour l'ORIE. Le rapport « Quel bureau ? » dans la ville de demain. Alors pour toi, il ressemble à quoi ce fameux bureau ? Et comment appliques-tu ces convictions à Groupe Ama ?
- Speaker #1
Déjà, je fais partie de ceux qui ont pensé très tôt qu'il y avait trop de bureaux. Ce n'est pas qu'une histoire de télétravail, c'est vraiment une histoire de fracture d'usage. On s'est rendu compte rapidement, après le Covid, ça serait arrivé de toute façon, mais ça a été accéléré par le Covid. On s'est rendu compte qu'on pouvait travailler dans plein d'endroits différents et de façon, on va dire, un peu clivante par rapport au monde d'avant. C'est-à-dire qu'avant, on avait besoin d'une adresse, besoin d'une armoire, besoin de papier sur le bureau. On a même eu des téléphones. C'était il n'y a pas si longtemps, mais on a oublié qu'on avait des téléphones avec des fils. On avait une poubelle sous le bureau. On avait des locaux de stockage et d'archives, on avait des photocopieurs partout. Je me souviens, moi j'ai râlé dans un précédent job pour avoir une imprimante dans mon bureau, parce que je trouvais que quand même à mon poste, c'était quand même normal que j'aie une imprimante dans mon bureau. Ça viendrait dans l'esprit de qui en fait maintenant, de se dire je veux une imprimante dans mon bureau ? Personne. Et donc c'est ces mètres carrés-là qui font qu'on a trop de bureaux. Parce que... Dans cette organisation, on s'est évidemment mis en flex office. Alors ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'asseoir tous les jours à la même place, mais ça veut dire qu'on foisonne, on a des tables plus petites, on a moins d'armes, etc. Donc ça fait déjà trois ans que j'ai exprimé le fait qu'on avait fait trop de bureaux, que c'était peut-être 30% et que c'était 30% d'un parc de 100 millions de mètres carrés en France, ça c'est le parc privé, sans parler des 73 millions de l'État. Si c'est que 30% du parc privé, ça ne fait que 30 millions de mètres carrés dans lesquels il faut qu'on trouve un avenir. Avec plein de paradoxes. Il n'y a pas assez de bons bureaux, il y en a trop de mauvais. Il faut reconstruire la ville sur la ville, il faut faire de la bonne ville. Donc celle qui reprend, comme on le disait tout à l'heure, les bons équilibres entre les activités économiques, dortoirs, les équipements publics, les jardins, l'animation de l'espace public. Tout ça avec des objets qui sont bons à côté d'objets qui sont moins bons, de localisation qui répondait à un besoin d'extension de la quantité de bureaux, mais qui ne répondent plus à aucun besoin. Donc on a vraiment deux types d'immobilier de bureaux. On a le bureau désirable et le bureau indésirable. Le bureau indésirable, il ne rencontrera probablement plus jamais de locataire, même si je pense qu'il va y avoir un petit effet boomerang sur... C'est quand même le deuxième poste PNL des sociétés de services. Tout le monde ne peut pas se payer 1200 euros à Saint-Lazare. Il y en a qui vont retourner vers des localisations moins prime. Mais ça restera toujours du bon bureau parce que je pense que plus personne n'a envie de bureau mal agile, que ce soit d'un point de vue... environnementales, mais aussi dans l'aménagement des espaces, et la décoration en fait. Ça c'est le premier point. Le deuxième point, c'est qu'on a eu envie de mixer les univers. Ça renvoie un peu au sujet de la beauté. On a envie d'avoir mis dans le bureau les codes de l'habitation et de la belle habitation de l'hôtellerie, avec sa beauté et ses services. quand on commande des sushis sur Deliveroo, ça s'appelle room service dans l'hôtellerie, donc c'est exactement la même chose. Et on a envie de tout ça, donc on a mixé complètement les codes, donc le bureau de demain, il mixe les univers, il est plus centralisé, il est désirable, et il y en a moins. Et qu'est-ce qu'on va faire avec tout le reste ? Eh bien, on va reconstruire la ville sur la ville. Je sais qu'on a par hasard la même expression, toi et moi, pour parler de ça. C'est assez drôle d'ailleurs, parce qu'on ne s'était pas du tout consultés sur le truc. Tu dis, et je dis également, que les bons marins n'aiment pas les eaux calmes, plutôt les eaux qui bougent, parce que sur les eaux calmes, ils n'ont rien à faire et ils s'ennuient. Eh bien, tant mieux, parce que ça bouge. Ça va bouger encore, ça va faire un peu mal aussi. Moi j'aime bien dire aussi qu'on a un pansement avec un gros bobo. On est français, on arrache les pansements doucement, donc on va y aller par petites étapes. Ça va durer assez longtemps.
- Speaker #0
Comme en fait, il n'y a jamais vraiment de problème, qu'on ne peut pas dire que c'est compliqué. Est-ce qu'il y a quand même, malgré tout, malgré tes convictions, ton engagement, ton dynamisme, est-ce qu'il y a quand même un défi que tu rencontres aujourd'hui pour faire évoluer ton portefeuille et sur lequel tu n'arrives pas encore tout à fait à trouver une solution ?
- Speaker #1
Alors, il y a plusieurs sujets par rapport à ça. Il y a d'abord un environnement réglementaire qui est parfois fluctuant. Et ça, je dois dire que ça m'énerve. Parce que c'est... Moi, je gère de l'épargne pour le compte de petits clients. Souvent, j'ai l'habitude de dire que Groupama Immobilier gère l'épargne en assurance vie de ses clients. Les clients de Groupama, souvent, c'est des agriculteurs ou des petits artisans ou chefs d'entreprise partout en France. Et donc, ils nous confient leur épargne sous la forme de contrat d'assurance vie. Un contrat d'assurance vie moyen, c'est 57 800 euros. Donc on ne parle pas du grand capital, on parle de la petite épargne pour faire face à une éventuelle difficulté ou améliorer un petit peu sa retraite de la sécu. Et donc je dois à ces clients-là de très très bien m'occuper de leurs sous. Et quand du jour au lendemain on me dit « Tiens, et si la taxe foncière n'était plus refacturable ? » ça, ça fait quand même un trou dans la performance de l'immobilier que je ne sais pas expliquer à un petit agriculteur. Je ne sais pas lui expliquer pourquoi est-ce que tout d'un coup, il y a quelqu'un qui a pris une décision qui allait abîmer son épargne. Et ça, je ne vais pas dire que c'est compliqué puisque c'est le mois dernier, mais ça m'énerve.
- Speaker #0
Je peux te comprendre. Au-delà de l'immobilier, tu as une vision très large de la société. Quelle tendance de fonds sociétal ou technologique tu surveilles avec le plus d'attention en ce moment ?
- Speaker #1
C'est forcément l'IA. J'ai eu ma petite phase de déni. Je ne sais pas si toi, tu l'as eu aussi. J'ai eu, on va dire, une grosse année qui est derrière moi largement, où je me suis dit non, mais en fait, ça ne va rien changer. Ça va faire flop. Est-ce que c'était du déni, de l'espoir d'être toujours à la page moi-même, la peur de ce que ça pouvait avoir comme conséquence, tout ça, tout ça. Je ne sais pas. En tout cas, c'est derrière moi. Je sais que c'est là. Je sais qu'il faut... Alors, je ne vais pas dire qu'il faut faire avec, parce que ce n'est pas du tout ma façon de penser. Moi, ce que j'ai dit à mes collaborateurs, je leur ai dit, voilà, je vais mettre l'IA sur tous vos postes de travail. On est la seule entité du groupe. Donc, Groupama, c'est 33 000 personnes. Nous, on est 120. On est les seuls à avoir déployé l'IA sur 100 % des postes de tous les collaborateurs. Pourquoi j'ai fait ça ? Parce que je leur ai dit, ce qui nous manque le plus dans notre métier, c'est d'aller voir les clients. C'est le truc que l'IA fera jamais. Et vous n'avez pas le temps d'aller voir les clients parce que vous avez trop de tâches administratives, répétitives, de contrôles, de data, de reporting, de réglementaires. J'ai des équipes de property management assez nombreuses, parce que c'est en interne chez nous. Leur métier, eux, c'est horrible. En fait, tout ce qui est bien fait, ça ne se voit pas. Et chaque fois qu'il y a un problème sur un immeuble, le locataire leur tombe dessus en disant « C'est quand même incroyable que l'ascenseur soit en panne depuis deux jours. » Alors que ce n'est pas bien de leur faute. Et qu'ils ont fait leurs meilleurs efforts pour que ça n'arrive jamais. Mais il n'y a que ça qui sera retenu par le client. Et s'ils allaient les voir plus souvent, ces clients, et qu'ils arrivaient à créer ce fameux lien dont on parlait, je pense qu'on serait plus dans un pacte bailleur-preneur qui permettrait d'avoir une meilleure compréhension, une gestion plus efficace et une pérennité aussi de la relation. Pour trouver ce temps-là, il faut, avant on disait industrialiser des tâches, maintenant on va dire IAiser des tâches. Non, c'est moche.
- Speaker #0
Ça marche. En fait,
- Speaker #1
il faut vraiment travailler sur tous nos processus. Regarder processus par processus. Où est-ce qu'on peut prendre un cas d'usage, aller lui mettre de l'IA qui va permettre de gagner du temps et d'automatiser des choses, et de faire de la meilleure qualité, et aussi de mieux écrire des mails, parce que c'est aussi un assistant personnel assez sympa.
- Speaker #0
On ne peut pas écrire le discours de sa remise de médaille, parce que ça, ça ne marche pas. Mais en revanche, on peut écrire plein de mails à des clients qui sont beaucoup mieux écrits et avec moins de fautes d'orthographe qu'avant. C'est plaisant, on va dire, de recevoir des mails bien écrits. Moi, ça me fait plaisir de voir que mes collaborateurs écrivent des trucs bien, même s'ils se sont fait assister par de l'IA. Et tout ce temps-là, qui va permettre d'augmenter la qualité et de gagner du temps, eh bien, on le consacre. Non pas à supprimer des ETP, mais à aller voir des clients.
- Speaker #1
Je suis totalement alignée avec toi. L'IA est un formidable outil, utilisons-le comme cela. Revenons un petit peu à toi. Est-ce que tu pourrais nous emmener dans une de tes journées ? Est-ce que tu as un rituel, un moment ou un lieu qui te permet de garder ton énergie et ta clarté d'esprit ?
- Speaker #0
Alors moi, je ne suis pas du matin. Donc, le pire, c'est quand on me colle un petit déj à 8h30, je me dis, il va falloir que je me lève très tôt, c'est horrible.
- Speaker #1
Il passe le message à l'ensemble des gens qui nous écoutent.
- Speaker #0
Je le fais quand même parce que ça permet de gagner un peu pendant la journée. Mais j'aime pas ça. Donc, le matin, je vais très doucement. Je scrolle pas mal LinkedIn pour voir ce qui s'est passé dans les heures qui précèdent chez nous tous, chez mes camarades. les deals, je lis un peu la presse. Pendant longtemps, je m'étais abonnée aux Echos et aux Figaro. Et un jour, je me suis rendue compte que le mieux, c'était le parisien. Parce qu'il y a un bon équilibre de bonnes informations et de potins parisiens qui ne me déplacent pas. Mon petit moment du matin, c'est ça, c'est lire le parisien dans mon lit avec mon café sur ma table de nuit. C'est vraiment mon rituel. Et ensuite, je démarre la journée. et Évidemment, beaucoup de réunions, beaucoup d'interventions. On a cité l'ORIE, on a cité Paladio. Je suis membre du comité exécutif de Paladio. Je suis aussi administratrice de la FEI, la Fédération des entreprises immobilières, du Medef Paris. Ça, c'est assez récent. Et j'aime bien parce que c'est le monde de la France qui travaille avec une ouverture sur... des métiers que je ne connais pas, des personnes que je n'ai pas l'habitude de côtoyer. Et encore une fois, ça permet de réfléchir à plein de choses autrement. Donc pour moi, c'est une ouverture qui est très intéressante. Je suis aussi dans tout un tas d'autres choses, des initiatives de place, etc. Donc ça, souvent, c'est le soir. Hier, on fêtait les 10 ans de BBCA. Donc je suis administratrice de BBCA, l'association pour la construction de bas carbone. Ce que j'aime bien, parce que c'est un truc bourré de bon sens, c'est pas compliqué, BBCA, en fait. C'est faire moins de carbone avec du bon sens, dans un référentiel simple, qui emmène toute la chaîne de valeur, avec le locataire, avec les mainteneurs, pas forcément dans des choses frugales, dans des choses simples. Le bon sens, c'est l'école que... Souvent, je dis, pour être chez Gompama, il faut avoir fait le BSP, le bon sens paysan. Ça donne des clés de lecture qui sont... intéressante. Mon petit rituel, c'est beaucoup de réunions dans la journée, beaucoup de comités. Je lis tous mes mails. Je réponds de façon immédiate à toutes les demandes de signatures, etc. Parce que si on les laisse filer, on ne sait plus le contexte. Et puis, il y a des gens qui attendent derrière. Comme ça prend trois secondes, je le fais de façon immédiate. Donc, j'ai toujours un téléphone autour du cou. Ça énerve pas mal de monde de voir des gens avec des téléphones tout le temps. Mais voilà, moi, c'est mon truc. C'est le prolongement de mes doigts. Mon téléphone, donc mes rituels, le matin, le soir, beaucoup d'interventions. Dans la journée, mon téléphone toujours autour du cou.
- Speaker #1
Je te reconnais bien là. Alors, est-ce qu'il y aurait une question qu'on ne te pose jamais et à laquelle tu aimerais répondre ?
- Speaker #0
Alors, je n'y ai pas réfléchi à l'avance, donc ça va être difficile de la trouver. Ce que je peux dire, c'est qu'il n'y a aucune question qui me gêne. tu le sais parce qu'on se connait bien mais dans mon ADN il y a le fait de décrire le monde réel et ne dire jamais autre chose que la vérité je suis incapable de faire autrement je trouve que les gens qui arrivent à raconter des carabistouilles ils sont très forts parce qu'il faut qu'ils se souviennent tout le temps de ce qu'ils ont raconté à l'un et à l'autre moi j'ai une énorme mémoire mais pas pour ça Ça consomme trop de bandes passantes, je préfère le consacrer à autre chose. Donc pose-moi n'importe quelle question, je répondrai à la vérité. Est-ce que je suis accro au chocolat ? Ouais.
- Speaker #1
J'adore, j'adore. Merci Astrid. Alors pour conclure, nous avons essayé, on a évoqué le portrait chinois, mais nous avons essayé, nous sommes en période de Noël, mais pas que, de t'offrir quelque chose qui puisse te toucher, puisque tu nous as offert ton temps, ton authenticité et ta vérité. Donc je me permets en live de t'offrir un cadeau que nous espérons répondre à ce que tu aimes.
- Speaker #0
Alors je regarde déjà le sac, il y a marqué Tachon.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc ça, c'est une maison qui fait des ouvrages que j'aime beaucoup. J'en ai déjà plusieurs, mais aucun de cette taille-là. Donc celui-là, c'est sûr que je ne l'ai pas.
- Speaker #1
Bon, j'espère. Ta chaîne fait toujours parfois les livres dans différents formats.
- Speaker #0
Donc il doit être sûrement d'architecture. Donc je vais l'ouvrir. Ah oui, avec grand plaisir. Alors, j'ai pris un petit chat, il n'y a pas longtemps. Il s'appelle Archie.
- Speaker #1
Oh,
- Speaker #0
trop mignon. C'est l'année des A pour les animaux. C'est vrai. Et je me suis dit que ça pouvait très bien lui aller. parce qu'il serait au moins architecte avec moi sur mes genoux.
- Speaker #1
Il risque d'être directeur artistique de ton intérieur aussi, peut-être, pour commencer.
- Speaker #0
Alors, je voudrais vous dire aussi que l'emballage est vert. C'est ma couleur, le vert. Tout à fait. J'ai toujours une robe verte dans les moments importants, les réunions importantes de toute ma vie. Mes collaborateurs le savent. Pour ma médaille, mes collaborateurs se sont réunis pour m'offrir un bijou. qui évidemment est vert et que je n'ai pas du tout pris, que je porte. Un magnifique pendentif. Et donc, avoir pensé aussi à un papier vert, je ne sais pas si c'est fait exprès, mais...
- Speaker #1
C'est un petit peu renseigné.
- Speaker #0
Vous êtes fortes. Ma Marie-Laure du bon goût. Ah ! Je fais bouger le micro, ça doit faire un bruit horrible. 100 contemporary wood buildings. Merci beaucoup.
- Speaker #1
C'est nous qui te remercions tellement. Merci mille fois, Astrid, d'avoir passé ce temps avec nous. C'était un vrai bonheur. Ça aurait pu durer toute la journée, mais le reste de nos rituels nous attend. Merci beaucoup, Astrid.
- Speaker #0
Merci à toi, Marie-Laure.
- Speaker #1
Merci.