- Sandrine Corbiau
Bonjour et bienvenue dans "J'ai 50 ans et alors?", un podcast qui accompagne nos transitions. Je suis Sandrine Corbiau, j'adore faciliter les liens, les prises de conscience et le changement. Dans ce podcast, je vous partage des inspirations, des réflexions, des rencontres qui enrichissent mon quotidien. Pas de recettes toutes faites, juste des moments authentiques pour vous inspirer. Un rendez-vous qui fait du bien, une parenthèse qu'on s'octroie dans son quotidien pour marcher vers soi,
- Nathalie Hanot
à son rythme.
- Sandrine Corbiau
Bonjour et bienvenue à tous dans ce nouvel épisode. Alors aujourd'hui, je suis en compagnie de Nathalie Hanot, qui est psychologue et autrice du Carnet de deuil et qui accompagne et qui forme les professionnels Merci. Bonjour Nathalie.
- Nathalie Hanot
Bonjour Sandrine.
- Sandrine Corbiau
Alors bienvenue, je me réjouis de parler du deuil avec toi, de ce carnet de deuil qui est un très bel outil pour accompagner le deuil. Alors quand on parle du deuil, on parle évidemment de la perte d'un être cher, mais il y a aussi toute une autre série de deuils. Est-ce que tu peux expliquer tout ce qui concerne les fins de cycle aussi ? Oui,
- Nathalie Hanot
parfait. Donc évidemment, quand on perd un être cher, on va enclencher un processus de deuil qui est un mouvement d'adaptation affective, relationnelle, un mouvement d'adaptation, un travail d'adaptation de la psyché face à une perte et à un changement drastique de point de repère, notamment dans nos vies. mais ce travail d'adaptation Il doit se faire aussi pour plein d'autres types de pertes, toutes les pertes auxquelles on est confronté dans la vie. Il y a les ruptures, les déménagements, les pertes d'emploi, le cycle de la vie, toutes les pertes inhérentes à nos propres vieillissements enclenchent un processus de deuil et donc d'accueil, d'expression, de transformation, d'émotion tout à fait légitime puisque c'est un travail d'adaptation affective relationnelle. Évidemment, ça mobilise toute une série d'émotions. Et ces émotions, quel que soit l'événement qui génère la perte, elles demandent à être accueillies pour se réacclimater à sa nouvelle réalité. Donc, divorce, déménagement, le deuil animalier aussi. Le deuil animalier est très important. on est on est plus proche du deuil d'un être cher.
- Sandrine Corbiau
Parce que c'est l'animal de compagnie.
- Nathalie Hanot
C'est l'animal de compagnie. Ce sont des animaux qui sont très investis au niveau affectif et donc qui génèrent un gros travail de deuil. Mais toutes nos résistances, souvent les résistances à des événements qui nous arrivent, parfois de simples résistances, dans nos relations avec d'autres, là, peut-être qu'il y a derrière cette résistance, par exemple, la peur de perdre le pouvoir. Tout cela, ce sont des micro-deuils, ça enclenche des micro-processus de deuil. Dès qu'on est en résistance, alors qu'on ne peut quand même pas changer les choses, et qu'on va devoir faire un travail d'acceptation de ce qui est, ce passage de la résistance Merci. à l'acceptation, ça s'appelle un travail de deuil.
- Sandrine Corbiau
Et donc c'est ça, le processus du deuil dont tu parles ici et que tu explores. Ce carnet de deuil, c'est vraiment des outils pour ouvrir un nouvel espace en soi et aller explorer ce que ça vient réveiller, ce qui a besoin d'être libéré, d'être accueilli. Mais avant d'aller dans le vif du sujet, j'avais envie que tu prennes un petit temps pour te présenter. Où tu es ? Quel est ton parcours ? Qu'est-ce qui t'a amenée à accompagner le deuil et à créer ce carnet de deuil ?
- Nathalie Hanot
Alors, mon parcours, moi j'étais d'abord logopède, orthophoniste au départ. Puis en accompagnant les enfants, je me disais non mais c'est avec les parents qu'il faut travailler. Je ne pouvais pas juste me concentrer sur les symptômes des enfants sans tenir compte de l'histoire qui était derrière. dont j'ai été faire La thérapie familiale. J'ai travaillé avec les familles autour des enfants, et puis tout cela dans un hôpital pédiatrique. Et puis en travaillant avec ces familles, j'ai vraiment eu besoin de m'outiller beaucoup plus sur la connaissance de la psyché et du fonctionnement psychique. Et donc je suis retournée à l'université et j'ai été faire la psycho.
- Sandrine Corbiau
Et donc vous avez quel âge alors ?
- Nathalie Hanot
J'avais 30 ans quand j'ai repris les études de psycho. J'avais vraiment besoin d'une compréhension beaucoup plus fine des mouvements humains, du fonctionnement de la psyché, de comment ça fonctionne à l'intérieur d'un être humain. Il me semblait que j'avais besoin de toutes ces notions-là. Bref, ce faisant, j'ai cheminé, j'ai travaillé avec des enfants, avec des adultes, et quand je suis devenue psychologue, j'ai vraiment eu le désir de m'installer comme indépendante, pour avoir une population un petit peu plus généraliste. Et c'est dans ce travail en libéral que j'ai commencé à développer, j'ai envie de dire, ma propre voie comme psychologue, où j'ai renoué avec une créativité qui était la mienne, mais que j'avais vraiment mise de côté pour travailler de manière assez académique. les 4 premières années de ma pratique professionnelle j'ai vraiment travaillé de manière académique et puis progressivement je me suis réveillée à ma créativité et j'ai souhaité c'était offrir aussi des espaces de créativité pour remobiliser la santé, recréer un nouvel équilibre de santé, ça demande de la créativité, pour moi la créativité c'est la pulsion de vie, remobiliser tout cela chez une personne, mais c'est lui donner des outils et des ressources pour pouvoir faire face aux difficultés de vie qu'elle rencontre et qui faisaient qu'elle me consultait, pour tout doucement se remobiliser vers un équilibre, qui leur ressemble, qui leur correspond, et puis prendre soin de soi. Et tout ça essentiellement dans un carnet, dans un journal, comme un journal intime, un journal créatif, un journal thérapie. J'ai découvert le pouvoir de l'écriture, le pouvoir du dessin, le pouvoir des collages pour se rassembler. Donc tout cela, je commençais à le mobiliser, surtout à l'époque dans mes accompagnements de personnes en burnout. J'ai beaucoup travaillé avec les personnes en épuisement professionnel. Et puis est advenue la mort de ma mère de manière prématurée. Et ce deuil m'a vraiment bouleversée. Mais bouleversée dans le sens le plus noble du terme. C'est-à-dire que tout s'est bouleversé en moi. J'ai senti comme du morcellement. J'étais vraiment cassée à l'intérieur. Vraiment cassée à l'intérieur. Et c'est là que j'ai vraiment conscientisé. ô combien la mort d'un être cher peut nous morceler, nous réduire en miettes, en morceaux. Et je suis d'abord restée terrée dans ma maison, dans mon lit, les premières semaines. Et puis je me suis dit, il faut que je me remette quand même un peu en mouvement. Et alors, quand même quelque chose, c'est que j'ai fait le choix, puisque j'étais indépendante à l'époque, de me rendre disponible à ce deuil.
- Sandrine Corbiau
C'est-à-dire ?
- Nathalie Hanot
C'est-à-dire, je ne vais pas recommencer à travailler. Avec le deuil à côté de moi. Je ne recommencerai à travailler que quand j'aurai retrouvé une disponibilité intérieure, une disponibilité d'écoute, une disponibilité psychique à offrir aux personnes qui me consultent. Et je me suis dit, mon travail, c'est de plonger dans mon deuil.
- Sandrine Corbiau
Et tu avais quel âge alors à ce moment-là ?
- Nathalie Hanot
Alors, j'avais 40 ans. Et donc, j'ai délibérément plongé dans ce travail en disant que c'était ma tâche de psy. C'était de retrouver en moi un espace disponible à mon travail et aux autres après. Et donc j'ai été dans mon carnet et j'ai commencé sans savoir ce que je faisais. J'ai commencé un peu à bidouiller, à découper, à coller. J'ai commencé avec toutes les cartes de condoléances que j'avais reçues. Puis on vidait la maison de mes parents, une maison avec énormément de choses dedans. j'ai découpé J'ai coupé des nappes en plastique, j'ai découpé des lettres, des petits mots de ma mère que je collais, je composais. Alors franchement, c'était dur, c'était très émouvant. Mais à chaque fois que je sortais de mon atelier, je sentais que, cloup, quelque chose s'était remis en place à l'intérieur. Donc j'ai continué. Ce carnet d'œil m'a pris six mois.
- Sandrine Corbiau
Ah oui, c'est six mois.
- Nathalie Hanot
Vraiment six mois. Alors, j'ai retravaillé un peu avant parce que j'ai commencé à me sentir mieux. Donc, j'ai retravaillé trois mois après la mort de ma mère. Et puis, j'ai continué ce carnet. Et puis, il était exposé dans mon salon et en travaillant, notamment Anne-Marie Jobin qui... qui a fondé le journal créatif et qui enseigne cette méthode et qui à l'époque l'enseignait chez moi a vu ce carnet et il m'a dit mais Nathalie tu dois transmettre ça tu dois transmettre, on est tellement démuni quand on est face à la mort de quelqu'un et donc j'ai travaillé au moins deux ans sur le carnet pour en comprendre un peu tous les tenants, les aboutissants en allant me former en allant à des conférences, en lisant en vraiment, en éclairant de connaissance sur le deuil, ce qui s'était passé pour moi intuitivement dans ce carnet. Et j'ai été assez impressionnée de voir que sans connaître par exemple toute la toute la logique, je ne sais pas si c'est une logique, mais des différents états émotionnels du deuil, j'avais exploité ces différents états émotionnels pour créer. Et c'est comme si ça s'était fait à travers moi, sans que mon monde. mental ou mon rationnel comprennent ce qui est en train de se jouer. Mais quand j'ai décortiqué le carnet, j'ai vu qu'il y avait une grande cohérence. Et je me suis dit, mais oui, évidemment, notre inconscient, la psyché, est toujours très, très cohérente. Et puis, ça m'a fait toucher aussi au fait que le processus de deuil, c'est un processus universel. Tout le monde... Parce que je rejoignais en fait, dans cette expérience-là, une expérience profondément humaine et universelle. Et donc, c'est normal que ce soit quelque chose qui m'ait traversée alors après j'ai pris la peine de le décortiquer, le comprendre le formaliser aussi pour pouvoir pas tout de suite l'enseigner mais le proposer à des endeuillés c'était ça alors le cadeau derrière ce chemin je pense bien et c'était pas j'ai aussi conscientisé à travers ce deuil et cette manière de le travailler et puis... de commencer à étudier aussi plus la clinique du deuil, que je venais d'une famille multi-endeuillée.
- Sandrine Corbiau
C'est-à-dire ?
- Nathalie Hanot
Alors, ma mère était orpheline de père, mon père était orphelin de mère, j'ai des cousins qui sont décédés très jeunes, mon parrain aussi est décédé très jeune, tant que cela ait été métabolisé. Donc, on traversait les deuils. On accompagnait les enfants à aller au funérarium, vous voyez les morts aller à l'église, vous voyez tout. Mais il ne suffit pas de voir, il ne suffit pas d'aller, il ne suffit pas de participer. Ça demande aussi un accompagnement à l'intérieur de soi. Ça demande un accompagnement pour permettre de métaboliser cette histoire-là. Ça demande un engagement. Le processus de deuil, ce n'est pas juste le temps. temps qui passe, ça demande un engagement. Et cet engagement, je pense que dans ma famille, de manière générale, personne ne l'a fait, comme de nombreuses personnes.
- Sandrine Corbiau
Qu'est-ce que tu entends par engagement ?
- Nathalie Hanot
Plonger dans le deuil, vraiment y aller, aller rencontrer les émotions que je traverse, pouvoir en parler, les partager, les mettre en forme, ici dans le carnet de deuil, à travers de l'écriture, à travers du collage. faire ça en groupe, parce qu'on ne fait pas un deuil seul. Un deuil demande une communauté avec laquelle on peut échanger. Ça demande tout ça. Et je me suis rendue compte en commençant à accompagner les endeuillés et en proposant le carnet de deuil, mais que j'ai commencé à traiter aussi. Toute une série de deuils non faits, d'abord dans ma propre histoire, et puis dans ma famille. Parce qu'un peu comme en hypnose, le carnet d'œil, c'est un espace de travail métaphorique, symbolique et narratif.
- Sandrine Corbiau
Oui, tu utilises beaucoup de symbolisme, de narratif.
- Nathalie Hanot
Et donc symboliquement, on peut aller traiter même des anciennes histoires, voire même des histoires congénérationnelles. Mais ça, c'est la force du travail symbolique.
- Sandrine Corbiau
Génial. Et narratif ?
- Nathalie Hanot
Et narratif, c'est parce que quand on se met à créer, donc le carnet d'œil, ce n'est pas un groupe de paroles. C'est vraiment un espace de création où je décide, sur mon chemin d'œil, de prendre un temps où, oui, j'arrête de me dire que mon deuil va se régler parce que je continue à avancer dans la vie en tirant mes casseroles. Non, le deuil demande qu'on prenne... du temps. Mais pas forcément tout le temps. Être en deuil, ce n'est pas être en dehors de la vie. Le deuil, ça fait partie de la vie. Donc je reste vivant dans mon deuil, mais je peux prendre des temps où je me consacre exclusivement à lui. Un carnet de deuil, par exemple, ça se fait en deux jours. Ce n'est pas grand-chose de dire je vais prendre deux jours pour venir m'intéresser exclusivement à ce que je suis en train de vivre comme chamboulement intérieur. Et... Et m'engager dans ce travail.
- Sandrine Corbiau
C'est beau ce que tu dis. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu les grandes étapes du deuil ?
- Nathalie Hanot
Oui. Alors, les étapes du deuil, c'est Elisabeth Kebleros qui a parlé la première des étapes du deuil. On n'utilise plus beaucoup ce mot-là aujourd'hui parce que c'est comme si ce mot-étape heurtait les endeuillés. Surtout les personnes qui ont perdu un être cher. Comme s'il y avait des étapes à passer. Une fois une étape est passée, je n'ai pas passé ce que j'ai bien fait, pas bien fait, et puis je l'ai déjà passé, et puis j'y reviens, que je fais mal. Le mot étape est parfois violent, et ce que j'ai aussi appris dans la clinique du deuil, c'est l'importance de trouver les mots justes. Parfois, on n'emploie pas des bons mots, ce n'est pas grave, mais on doit être créatif pour en trouver un autre.
- Sandrine Corbiau
Et toi, tu utilises alors les tâches du deuil ?
- Nathalie Hanot
Plutôt les états émotionnels. Le travail de deuil, il va demander Merci. un travail d'accueil, d'expression et de transformation de ces différents états émotionnels. Alors, dans le carnet de deuil, j'en prends cinq, mais non, même un peu plus. Il y a la page avec le déni, le non, la résistance, il va y avoir la colère. Beaucoup de personnes disent, mais non, il n'y a pas de colère dans le deuil. Si, il y en a, on en a besoin de la colère pour... Pouvoir revenir avec assertivité dans un monde dont on s'est senti exclu. Il faut de la détermination pour revenir. Il faut du courage. Et c'est la colère qui nourrit tout ça. La colère, elle n'est culturellement pas bien acceptée. Mais c'est juste un état émotionnel. C'est une pulsion de vie qui part de soi et qui va vers l'extérieur. Donc, on a besoin de colère pour revenir dans le monde.
- Sandrine Corbiau
Quelle métaphore tu utilises pour la colère ?
- Nathalie Hanot
Ça peut être un rugissement, ça peut être... Qu'est-ce que j'emploie ? Non, je l'envoie vraiment comme une boule d'énergie intérieure qui doit sortir vers l'extérieur. Et en allant vers l'extérieur, elle nous amène à nous montrer, à extérioriser, à nous exprimer, à nous affirmer, à oser. Donc, il y a... tout ça, dans le courage par exemple d'oser, bouger, aller, ça demande cette énergie pulsionnelle qui est celle de la colère, qui est certes connotée légativement culturellement, ce qui fait qu'on est très démuni face à la colère. Qu'est-ce que je fais avec une colère ? Généralement on la refoule et puis elle explose n'importe comment, de la mauvaise manière, pas au bon moment, sur la mauvaise personne et pas au bon endroit. Des outils comme l'art-thérapie et ce qui est aussi proposé dans le carnet d'œil, c'est de se dire que si je lui identifie un mouvement de colère, je vais lui donner expression en écrivant, en déchiquetant, en collant, et en voyant et j'observe comment les choses se transforment à l'intérieur de moi quand j'ai laissé un espace d'expression symbolique à ma colère. On retourne dans le monde avec beaucoup plus de clairvoyance plutôt que d'y retourner avec toutes nos agitations. qui viennent nous brouiller un peu la vue et même brouiller nos perceptions.
- Sandrine Corbiau
Ça allège aussi, j'imagine.
- Nathalie Hanot
Ça allège, voilà. Et attention, ce n'est pas parce qu'on l'a fait une fois que c'est fini. On répète, on répète, on répète. Toute la vie, on a à répéter ce type de pratique parce que les émotions, elles nous habitent tout au long de la vie et tout au long de nos deuils. Et le deuil fait partie de la vie, donc le deuil, il est avec nous jusqu'à la fin de notre vie parce que les émotions, le jour où on n'en a plus, c'est qu'on est mort. Les émotions, elles nous traduisent qu'on est des êtres vivants et incarnés. Une émotion, c'est un mouvement intérieur qui se traduit finitement dans le corps. Le jour où je n'ai plus d'émotion, c'est parce que je n'ai plus de corps.
- Sandrine Corbiau
Et donc il y a la colère,
- Nathalie Hanot
puis la tristesse. Puis alors il y a la tristesse, la tristesse qui elle... C'est plutôt une énergie qui va nous amener à l'intérieur de nous, pour honorer ce qui a été, prendre la mesure de ce qui a été perdu, toucher le manque. Mais aussi, cette énergie-là, elle va nous permettre de développer, ce mouvement-là vers l'intérieur de soi, va nous permettre de développer ce qu'il y a de plus profondément humain en l'homme, c'est la compassion et l'empathie. Personne ne peut développer empathie et compassion sans jamais aller à l'intérieur de lui. Et c'est la tristesse qui nous emmène à l'intérieur de nous. Et quand on y va, c'est ça qu'on va rencontrer. Plein de personnes disent « je ne veux pas aller dans ma tristesse parce que c'est un puits sans fond » . Ce n'est pas un puits sans fond, la tristesse. Elle devient un puits sans fond quand on la refoule et qu'elle remplit un sac, un sac énorme à l'intérieur de nous et ce sac nous fait peur. Alors que, juste de nouveau, comme pour la colère, ça se rencontre. La tristesse est ce faisant, je développe. des capacités profondément humaines en moi et mon rapport à la vie, beaucoup plus conscient de cette vie qui est quand même éphémère et qui est surtout sacrée.
- Sandrine Corbiau
Donc ce serait le droit de se donner...
- Nathalie Hanot
C'est un jour pris, c'est un jour pris, je m'assieds, j'appelle ça, je prends un thé avec ma tristesse, je m'assieds et je prends un thé avec elle, je l'accueille, je fais un peu d'écriture, je mets de la musique qui me fait pleurer parce que j'ai besoin de pleurer et comme ça je pleure un bon coup. Et puis, après mon écriture, il y a autre chose. Peut-être que mes mains vont avoir envie d'aller chercher un peu des images qui consolent et que je vais coller par-dessus. Et ce qu'on observe, c'est que quand on fait ça, je vous promets, en moins d'une heure, la tristesse, elle dit merci et la bu son thé et elle s'en va.
- Sandrine Corbiau
Parce qu'on a pu la voir.
- Nathalie Hanot
Oui, alors elle reviendra sans doute demain. Mais on reprend un thé avec elle. Et c'est la même chose pour la peur. La peur qui, elle, va nous inviter dans le deuil. vraiment être accueillis pour conscientiser tout ce qui nous insécurise. Quand on perd, on repère. Ça peut être une personne qu'on aimait, ça peut être un boulot, ça peut être un couple, ça peut être un mode de vie, ça peut être une maison, ça peut être... Eh bien, évidemment qu'on va d'abord passer par une phase d'insécurité. Et la peur, elle vient nous dire ça, c'est normal d'être insécure, tout a bougé là. Ton travail va être de retrouver des zones de sécurité. Et donc accompagner la peur dans le deuil, ça va être aussi accompagner la personne à couver par des petites choses, des petits pas, des premières zones de sécurité. Veiller à sa sécurité. Qu'est-ce qui me sécuriserait ? Qu'est-ce qui me rendrait un petit peu, par exemple, de la prévisibilité dans ma vie ? Tout d'un coup, on ne sait pas ce qui va nous arriver.
- Sandrine Corbiau
C'est l'inconnu.
- Nathalie Hanot
C'est l'inconnu. Eh bien, on va essayer de... de rythmer les choses, peut-être avec des rituels, peut-être avec des petits actes posés au quotidien. Mais ceux-là, on sait les construire et les installer, que si on a d'abord accueilli, exprimé la peur, conscientisé ce qu'elle nous suggérait pour aller répondre à nos besoins de sécurité.
- Sandrine Corbiau
Et quand tu as pris le temps d'accueillir tous ces états émotionnels, est-ce que après... Tu peux reconstruire un autre lien avec la personne qui est partie ?
- Nathalie Hanot
Alors ça, c'est vraiment l'intention du travail de deuil. C'est de traverser, et ça demande une traversée, tous ces états émotionnels. Puis il y a aussi l'héritage, la recherche de sens, la quête de sens. Tout ça pour arriver à un moment donné à reconstruire un lien intérieur. C'est pour ça que c'est important les images, les symboles. les narrations intérieures, parce que c'est un nouveau dialogue, c'est un lien continu en fait. C'est continuer le lien avec la personne disparue, mais autrement. Continuer le dialogue avec cette personne disparue, mais autrement. Dans des conversations intérieures, certainement, mais parfois c'est aussi parce qu'on va mettre en place dans nos vies une activité héritage, j'appelle ça. Je suis porteuse d'un héritage de cette personne que j'aimais. Et tout d'un coup, dans un choix tout à fait libre, pas dans une soumission, dans un choix tout à fait libre, je décide que cette part-là d'elle, j'ai envie de continuer à la rendre vivante à travers mes propres actes. Moi, j'avais une maman qui recevait énormément, faire le choix conscient de continuer à recevoir la famille, c'est un héritage. Et à chaque fait de famille, c'est rendre vivant l'énergie que ma mère a donnée à nous rassembler tous. Pendant des années et des années. Et on a comme ça plein d'héritages qu'on peut s'approprier et remettre en scène autrement. Et quand on remet en scène, par exemple, ce type d'héritage, c'est aussi une forme de dialogue intérieur et de lien qui continue avec l'autre.
- Sandrine Corbiau
C'est beau ce que tu dis. Et après, le dernier mouvement, c'est alors, on peut retourner vers l'extérieur,
- Nathalie Hanot
c'est ça ? C'est réinvestir le monde. Alors, ça ne veut pas dire que je n'ai plus de douleur. J'ai tant doute allégé la souffrance de la résistance. Mais la douleur, elle restera, toujours. Mais elle ne va plus m'empêcher de réinvestir le monde. C'est la phase d'acceptation et de quête de sens. Elle est super importante parce qu'acceptation, même si c'est un joli mot, ce n'est pas un mot facile. C'est dur de redire oui à la vie. Il ne s'agit pas d'accepter la mort prématurée de quelqu'un. Il ne s'agit pas d'accepter, par exemple, la violence d'une rupture ou d'un événement qui est venu nous mettre face à une perte. Ce n'est pas dire oui à ça, ce n'est pas dire oui à la mort. C'est redire oui à la vie, malgré la perte, malgré le deuil. Et donc, ce redire oui à la vie demande du courage, demande de la détermination, demande un choix, un choix conscient. Redire oui à la vie, mais quand on revient à redire oui à la vie, ce n'est pas redire oui à la vie n'importe comment, n'importe quoi. Ce n'est pas retourner à la vie d'avant. Ça ne donne aucun sens. C'est redire oui à la vie, mais souvent avec des nouvelles valeurs, même des nouvelles relations, une nouvelle présence au monde, c'est-à-dire une nouvelle présence au monde qui donne sens à cette vie à laquelle j'accepte de redire oui. Donc le sens, ce n'est pas quelque chose qui nous tombe dessus. Après, c'est quelque chose qu'on construit. Si je redis oui à la vie, alors à quelle vie, de telle manière, qu'elle donne du sens à tout ce que j'ai traversé ? C'est comme ça qu'on va avoir des parents endeuillés qui vont eux-mêmes animer des groupes de paroles pour enfants endeuillés ou qui vont écrire des livres pour partager leur expérience, transmettre. La confiance, transmettre l'espérance à d'autres parents endeuillés, etc.
- Sandrine Corbiau
Et c'était quoi le sens chez toi ?
- Nathalie Hanot
Alors le sens, certainement le carnet d'œil. Certainement le carnet d'œil. J'avais une mère très très créative qui avait assez peu de place à sa créativité et sa mort a complètement rouvert la mienne.
- Sandrine Corbiau
C'est comme si tu honorais sa présence avec ce carnet.
- Nathalie Hanot
Mais complètement. Oui, il y a d'elle dans le carnet, ça c'est sûr. et puis dans la famille, dans d'autres attitudes, dans d'autres manières d'être dans des valeurs il y en a qu'on lâche et puis il y en a qu'on conscientise beaucoup plus aujourd'hui, je suis grand-mère être grand-mère pour moi c'est aussi honorer la manière dont ma propre mère a été grand-mère on parlait de la reprise de mes études à 30 ans j'aurais jamais su reprendre ces études si j'avais pas eu un grand-père et une grand-mère très présents pour mes enfants, quand moi j'allais au cours ou que je devais étudier et passer mes examens. Donc, il y a dans ma profession certainement, dans ce que j'écris, dans ce que je continue à écrire, mais aussi dans ma vie personnelle.
- Sandrine Corbiau
Tu utilises la métaphore de l'arc-en-ciel. Est-ce que tu peux expliquer ce que tu as ?
- Nathalie Hanot
Alors, l'arc-en-ciel, je l'utilise, mais surtout parce que je l'ai accompagné pas mal de... de parents endeuillés, et notamment une maman dont l'histoire m'a profondément touchée, qui, elle, systématiquement, l'arc-en-ciel, c'est la présence de son fils, c'est le signe de la présence de son fils. Et donc, dans le carnet d'œil, il y a aussi, je suis évidemment aussi inspirée des histoires des endeuillés qui sont venus faire du carnet avec moi. Et puis, l'arc-en-ciel, c'est vraiment un symbole de reliance. On ne voit jamais trop d'où il démarre et on a beau aller vers là où il est, il recule toujours et on ne le voit jamais. Donc il y a comme ça une confiance dans un invisible, dans quelque chose ou autre, vers lequel cet arc-en-ciel nous dit que le lien continue. Il y a un pont peut-être vers... autre chose, vers un plus vaste, vers la nature. C'est aussi nous inviter à faire des ponts, faire des ponts vers la communauté, vers notre famille, vers notre village. On ne fait pas un deuil seul, on est beaucoup trop isolé aujourd'hui. Donc l'arc-en-ciel, il dit, fais des liens. Puis c'est, fais des liens avec ton histoire, fais des liens avec les autres, fais des liens avec la nature. S'il y a bien un endroit qui peut recevoir tous nos deuils et qui peut être, qui nous offre des leçons de résilience, c'est la nature. Donc fais des liens avec la nature, relis-toi à la nature. nature. Et puis l'arc-en-ciel, il nous dit aussi, peut-être que tu peux te relier à un invisible. Ou la magie de la vie. Ou le mystère de la vie, qu'on ne maîtrise pas, qu'on ne connaît pas, c'est un mystère. Peut-être que l'arc-en-ciel, il nous dit, tu peux aussi faire des ponts vers un mystère.
- Sandrine Corbiau
Et quelles sont tes croyances, toi, par rapport à la magie de la vie ? Le mystère ?
- Nathalie Hanot
Je ne pourrais pas vivre sans magie, sans mystère. Je trouve ça très terrible, une vie. où on maîtrise tout et où on sait tout. Je trouve que la magie, le mystère rend la vie sacrée.
- Sandrine Corbiau
Et ma croyance aussi, mais c'est une croyance, c'est en même temps une croyance qui est aujourd'hui même scientifiquement discutée, dialoguée, c'est la persistance de la conscience après la mort du corps fini. C'est vraiment le thème du dernier livre de Christophe Corée. Plein d'auteurs aujourd'hui s'emparent de cette notion parce que l'expérience est tellement... universelle qu'aujourd'hui beaucoup d'éléments laissent à penser que la conscience persiste après la mort du corps physique. C'est en même temps une croyance. Moi, j'ai besoin de cette espérance-là. Mais je ne l'impose à personne. Chacun sa croix. Je sais que c'est un espèce... Là aussi, par exemple, la mort de ma mère a été un éveil spirituel. parce que j'ai senti sa présence c'est une expérience c'est même pas une croyance ça me fait penser à Jung lorsqu'un journaliste l'a interviewé une fois un psychanalyste jungien évidemment je dis n'importe quoi un journaliste l'a interviewé et lui posait cette question est-ce que vous croyez ? et il a répondu j'ai pas besoin de croire je sais Merci. Et il explique après, en fait, que c'est l'expérience qui fait que. Et donc, si mon rapport à la mort m'amène à faire l'expérience de liens subtils, de liens invisibles, d'expérience, de contact subjectif avec le défunt, de rêve de contact avec le défunt, si dans mon expérience de deuil je fais ce genre je vis ce genre de moments qui sont portés et qui me permettent de reprendre mon oui à la vie et ma croissance, mais pourquoi devrait-on s'en priver ? La vie, elle est faite aussi d'un imaginaire, d'un symbolique, de narration, de narratif. C'est pour ça que j'aime l'hypnose, l'art, la création, parce qu'il nous ouvre à une perception de la réalité qui est plus vaste qu'uniquement la perception rationnelle. Alors ça ne fait pas de moi un être irrationnel, je suis très rationnel, très... très ancrée, mais j'ai aussi cette part qui a besoin de rêver, de vivre du mystère, de vivre de l'étonnement, de vivre de la maïs, parce que ça nourrit ma voix, ça nourrit mon enthousiasme.
- Nathalie Hanot
Ton carnet d'œil, c'est un peu comme une séance d'hypnose en fait, j'ai l'impression.
- Sandrine Corbiau
Oui, je trouve aussi. Je pense qu'il y a de ça, parce que pendant que les personnes créent dans le silence, il y a une consigne qui est donnée, très précise, et puis ça permet d'inviter la personne à commencer à créer, Mais après, Après, la personne est tout à fait libre de faire évoluer la consigne, d'ajouter d'autres choses, d'autres images, d'autres couleurs, d'autres matériaux. La personne a généralement une heure pour créer sa page. Donc, elle rentre dans un processus créatif où une histoire se raconte. Quand on crée, on se dit, je mettrais bien un petit bout de papier rouge là parce que ça me fait penser à ça. Oh, cette petite image qui apparaît tout d'un coup, ça me fait penser à ça. Je vais la relier comme ça, je vais aller chercher de la ficelle, je vais mettre ceci, je vais mettre cela. Il y a toute une narration intérieure qui se fait, qui pour moi est comme un script hypnotique. Oui,
- Nathalie Hanot
tout ça. On prend avec ce qui est, avec ce qui vient, on rajoute ce dont on a besoin, et on laisse l'imaginaire.
- Sandrine Corbiau
Et on raconte une histoire qui guérit.
- Nathalie Hanot
Oui, et qui fait du bien.
- Sandrine Corbiau
Une histoire qui porte, une histoire qui soutient, une histoire qui réconforte, une histoire qui console, une histoire qui libère, une histoire qui ventile.
- Nathalie Hanot
C'est beau. Et finalement, une autre conscience à l'intérieur, peut-être.
- Sandrine Corbiau
Mais oui.
- Nathalie Hanot
Merci Nathalie. Si tu avais quelque chose pour clôturer, que tu voudrais partager avec nos auditeurs, ce serait quoi ?
- Sandrine Corbiau
Tenez un carnet. Écrivez. Prenez des rendez-vous avec vous-même. Même petit, même dix minutes. Notre vie intérieure demande qu'on lui porte intérêt. écrire un journal, c'est quelque chose qui se fait depuis la nuit des temps, qui est accessible à tout le monde. On peut écrire, on peut dessiner, on peut coller, on peut recopier des recettes, on peut recopier des phrases qui nous portent. Mais prendre ce temps de présence avec son monde intérieur, je pense que c'est un outil simple, accessible à tout le monde et qui est vraiment porteur. porteurs de santé.
- Nathalie Hanot
Merci Nathalie. Et donc pour ceux et celles qui veulent venir à tes ateliers, tu formes les thérapeutes, les personnes qui accompagnent le deuil. Donc les formations, pour avoir toutes les infos ?
- Sandrine Corbiau
Il y a un site assez simple, c'est art-moi.be
- Nathalie Hanot
Ok, et là on trouve toutes les infos autour des formations et les groupes aussi que tu accompagnes pour les personnes qui traversent le deuil aussi. Donc c'est les deux. Et moi je pense que je vais venir te voir très bientôt. En tout cas, merci beaucoup. Et voilà, j'espère que cet épisode vous a inspiré. N'hésitez pas à aller voir sur le site de Nathalie Hano. Le livre, il est également disponible sur le site ?
- Sandrine Corbiau
Oui, pas sur le site, mais dans toutes les librairies.
- Nathalie Hanot
Dans toutes les librairies, c'est le carnet de deuil de Nathalie Hano. Et moi, je vous donne rendez-vous au prochain épisode. À très bientôt. Merci Nathalie.
- Sandrine Corbiau
Merci Sandrine.
- Nathalie Hanot
Je vous remercie de l'avoir écouté. N'oubliez pas de vous abonner si vous souhaitez être averti de la sortie du prochain épisode. Et puis, si vous avez apprécié cet épisode et pour que ce podcast puisse continuer à grandir, n'hésitez pas. Ah, laissez une bonne note, et pourquoi pas un commentaire, un partage sur les réseaux sociaux, ou un email pour me faire un retour. C'est un vrai carburant pour moi d'avoir vos feedbacks, car ils me permettent de mesurer l'impact des messages. Et parce que c'est grâce à vos commentaires, vos partages, vos étoiles, que ce podcast peut continuer à cheminer et à inspirer d'autres personnes. Déjà, un tout grand merci. Ce podcast fait aussi partie d'une émission que j'ai la chance de diffuser sur Radio Alma le mardi. J'en profite pour remercier David Martinez pour la réalisation de ce podcast. Pour rappel, je suis Sandrine Corbiot, hypnothérapeute. J'adore faciliter les prises de conscience et le changement. Et je me réjouis de vous retrouver la prochaine fois. A bientôt.