- Speaker #0
3,6% de la population mondiale n'habite pas dans son pays de naissance. De ce chiffre est née notre envie de raconter les histoires des migrations qui forgent cette réalité. Les parcours de celles et ceux qui souffrent de n'être que des statistiques. Je suis migrant, leur rend la parole.
- Speaker #1
Je m'appelle Asita et je viens d'Afghanistan. Je suis 30 ans.
- Speaker #2
Je m'appelle Navissa, Navissa Ferdous, et j'ai 21 ans. Il y a trois ans que je suis en France. Mon origine, c'est l'Afghanistan.
- Speaker #1
Je suis migrant,
- Speaker #0
épisode 7, des talibans, au dédale universitaire français.
- Speaker #2
Je suis grandie à Kaboul, mais originalement, je viens de la nord d'Afghanistan, qu'on appelle Tahrir, donc c'est la frontière. de Tadjikistan, d'Ozbekistan. J'ai grandi dans une famille assez grande. J'ai cinq soeurs et quatre frères. Moi, je suis la plus jeune dans ma famille.
- Speaker #0
Asita, vous l'aurez peut-être deviné, est l'une des grandes soeurs de Nawissa. Née au début des années 90, elle a vécu en France sous le premier gouvernement des talibans de 1996 à 2002. Ces derniers n'étaient plus au pouvoir lors de la naissance de Nawissa en 2004.
- Speaker #2
Et après, quand j'avais 4 ans, je suis venue à Kaboul avec mes soeurs et mes frères pour faire mes éducations, mais sans mes parents. Mes parents, ils ont resté dans le nord d'Afghanistan. En fait, mon père, il travaillait là-bas comme un business et aussi il travaillait dans le gouvernement. C'est pour ça qu'ils ont resté là-bas. Après, quand j'avais 6 ans, ils sont venus. On était tous à Kaboul, tout le monde avait son travail, ses études. Dès que moi j'ai fini l'école, malheureusement les talibans arrivent. Donc j'ai eu mon bac avant les talibans. J'étais la dernière génération avant que les talibans arrivent. Et en plus, j'ai fait des cours d'anglais. Parce que dans mon pays, l'anglais c'est plutôt pratique. Donc j'ai déjà... penser à faire mon licence dans un autre pays si jamais je ne réussis pas à Kaboul Université. Mais je n'ai jamais pensé à vivre comme un immigrant ou être immigré n'importe où. J'ai passé le concours aussi. C'est un examen de rentrée dans les études supérieures en Afghanistan. J'ai réussi, mais malheureusement, après le Taliban, j'arrive pas à le commencer. Ils ont permis aux filles d'aller à l'université pour quelques mois au début, mais après, ils ont tout arrêté. Moi et ma famille, on n'avait pas de confiance en eux, donc c'est pour ça que je n'ai pas commencé. Je ne suis pas allée du tout à l'université de Kaboul, mais c'était mon rêve d'aller là-bas. Tout était perdu. Il y avait un sentiment comme l'absurdité.
- Speaker #3
Espoir envolé, désir non exaucé, je suis né en vain, c'est vrai. Et ma bouche doit rester scellée. Je sais, ô mon cœur, qu'il existe un printemps, une saison pour la joie. Nadia Anjouman
- Speaker #0
En 2021, Asita avait déjà quitté les bancs de l'université de Kaboul et était lancée dans la vie active. Elle menait de front sa vie d'artiste et sa carrière en Afghanistan.
- Speaker #1
Je travaillais comme artiste là-bas. J'ai beaucoup d'expositions là-bas. La dernière exposition, c'était en 2021, en printemps, dans la présidentielle. C'était vraiment bon pour moi. Je commençais mon travail avec le gouvernement. en Afghanistan, à Kaboul. La première fois, je travaillais avec le Parlement. Après, je postulais à Marie de Kaboul. Là-bas, je suis travailleuse directrice de la Femme pour l'égalité. Après trois ans, je travaille dans un cinéma public. Je travaille là-bas jusqu'en 2021. Quand les talibans sont venus à Kaboul, j'ai arrêté mon travail. Pour les talbans, c'est interdit tout ce qui est en rapport avec l'art. Cinéma, peintre, télévision, médias, c'est tout art. C'est interdit, spécialement pour les femmes. C'est en rapport avec le charia. C'est l'idéologie des talbans.
- Speaker #0
Asita était la première femme à occuper le poste de directrice du cinéma historique de Kaboul, l'Ariana. Dernièrement, En décembre 2025, ce cinéma a été détruit par les talibans pour faire place à un nouveau centre commercial. Ainsi, ceux qui ont interdit la projection et la diffusion d'images en prise de vue réelle, en somme le cinéma, poursuivent leur mise à mal de la vie culturelle du pays. La culture est pourtant la clé de la réussite pour les deux sœurs. Leur famille a toujours accordé la plus grande importance à leur accès à l'éducation. Aujourd'hui, Nawissa et Asita vivent à Paris avec leurs parents depuis trois ans. Ils ont tous et toutes obtenu le statut de réfugiés et la carte de séjour résident valable dix ans qui va avec. Les deux sœurs sont étudiantes, en continuité d'études pour l'une et reprise d'études pour l'autre. Elles représentent statistiquement en L2 la typologie des personnes accompagnées à l'UNIR, université et réfugiés. Association d'accompagnement à l'insertion académique et socioprofessionnelle.
- Speaker #4
On a autant de demandes de personnes qui vont avoir obtenu juste un niveau bac et qui ensuite sont parties sur les chemins de l'exil que de personnes qui sont déjà hautement diplômées et qui vont du coup vouloir repasser par des études pour faire valider leur diplôme. obtenir une remise à niveau, en tout cas avoir une facilité ensuite sur le marché de l'emploi.
- Speaker #0
Tania Lejeune, chargée du pôle accompagnement du NIR.
- Speaker #4
Par contre, de l'autre côté, les universités sont plus favorables sur des candidatures de personnes qui veulent soit recommencer leur parcours à zéro, soit l'entreprendre de zéro. Jamais aucune accompagnatrice. ou accompagnateur ne dira vous devez reprendre à zéro. C'est un postulat qui est absolument horrible. Il y a des compétences transverses, vous voulez continuer dans le même domaine, on va postuler le plus haut possible. Mais en règle générale, l'idée reçue c'est qu'il faut recommencer. Parce qu'un diplôme obtenu en dehors de l'Union européenne ne vaut rien. Il n'y a pas d'équivalence. Donc ça reste aux universités, à l'employeur, de déterminer si le diplôme obtenu permet bien de remplir les prérequis pour la formation ou pour le travail. Ensuite va se jouer quand même le jeu des candidatures, puisque souvent il y a des trous, il va manquer des relevés de notes. En réalité, c'est un petit peu difficile de faire comprendre à des personnes exilées qui ont tout quitté. qu'en partant, il fallait prendre leur diplôme du bac avec tout leur relevé de notes du lycée. Donc bien évidemment, face à un étudiant qui a fait toute sa scolarité en France ou en Europe et donc qui a les documents des bons établissements ou qui peut les récupérer et tout est tamponné et tout est en français, forcément ça va aller un petit peu moins bien pour les dossiers que nous présentons. On n'est jamais assuré qu'une candidature ne va pas nécessiter de passer plusieurs années avant d'être acceptée. Un autre frein, c'est de penser son insertion académique au milieu de tout le reste. Il faut aussi parler des difficultés d'accéder à un titre de séjour, tout le parcours de la demande d'asile, mais même une fois le titre obtenu, tout le parcours avec la préfecture pour obtenir la carte. Tout ça, c'est aussi des problématiques qu'il faut prendre en quotidien et donc l'insertion est un petit peu repoussée systématiquement. Bien évidemment, on a des success stories où du premier coup, ça passe.
- Speaker #2
Aujourd'hui, je suis en deuxième année de mon licence philosophie et accès santé et médecine. Je suis à Créteil-Yopek. Il y avait des discriminations sur la langue aussi. C'était le premier mois que je suis arrivée en France. Je ne parlais pas bien le français. Donc, je suis allée chez le médecin avec ma mère. J'ai commencé avec un bonjour, mais j'ai parlé anglais et le reste. Le docteur, il pouvait parler anglais, il pouvait comprendre, mais il hésite de parler en anglais. Et justement, à la fin, il me dit que tu es une jeune fille et tu vis en France. Pourquoi tu ne parles pas français ? Et il nous a comportés très, très mal. Et ça me fait très, très mal vraiment que le préjugement du... Du genre, ça reste toujours. Mais par contre, ça me motive, ce docteur-là. Ça me motive d'apprendre le français et de lui montrer que, voilà, je parle français. J'ai commencé mes études de la langue à l'association Pierre Clavert. Mais en parallèle, j'ai commencé à l'université de Pique, mon dieu passerelle. Un DU passerelle, c'est un diplôme universitaire. Elle accepte les étrangers comme plutôt réfugiés pour apprendre le français, plutôt le français trop, trop académique pour commencer les études supérieures.
- Speaker #4
Un DU passerelle, c'est des programmes qui ont été créés sous l'égide du réseau MENS, le réseau migrant dans l'enseignement supérieur, qui permettent un accès facilité aux études. C'est-à-dire que ce sont des programmes d'apprentissage du français qui vont durer entre 6 mois et 1 an, qui vont permettre à des personnes réfugiées, mais aussi des personnes demandeuses d'asile, et certaines sans même condition de statut, des personnes exilées au sens large, d'accéder à l'apprentissage de la langue, tout niveau confondu. Chaque déluge passerelle va choisir son niveau de langue. Pour des personnes qui arriveraient sans connaissance du tout de la langue française, On va parler de deux ans pour être à l'aise dans la prise de notes, l'écoute, etc.
- Speaker #2
Quand j'ai commencé l'université ici, dans mon premier semestre, je suis arrivée dans la classe, j'ai dit bonjour à mon ami, à mon camarade de la classe. Il m'a dit que, ça dit quoi meuf ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que je dois répondre ? Mais je n'ai rien dit, juste, je dis ça va. Mais c'était toujours dans ma tête. Et après une semaine, je suis retournée dans la session où j'étais élève. Et j'ai demandé à mon professeur, « Non, tu n'as pas bien appris le français. » À l'université, les jeunes, ils parlent une autre langue. Ils ne parlent pas français. Et tout était nouvel pour moi. C'était trop rigolant aussi. Meuf, mec, je ne sais pas, reuf. Il y en a plein. Et mon professeur, il rigolait que moi, désolé pour que je n'aie pas appris le français de la rue.
- Speaker #0
Tout apprentissage académique d'une langue est classifié en six niveaux, de A1 pour les débutants à C2 pour les bilingues. Le DU Passerelle vise à accompagner jusqu'au niveau avancé de B2.
- Speaker #4
Le nom complet, c'est Diplôme Universitaire Passerelle Étudiants en Exil. Et donc, le but de cette passerelle, c'est qu'une fois cet apprentissage du français complété, Les personnes qui ont obtenu un niveau B2 minimum vont pouvoir accéder aux formations dispensées par la même université, que ce soit des licences ou des masters. Et du coup, chaque DU Passerelle a un tronc commun, et ensuite chacun va pouvoir choisir ses spécialités. C'est beaucoup plus complet que des cours de français qui peuvent être dispensés en association. C'est des programmes qui sont... extrêmement demandée puisque c'est vraiment la porte la plus facile à prendre pour s'insérer en termes de reprise d'études. On ne va pas contrôler les statuts donc on ne demande pas à ce que des documents sont envoyés. On va surtout aller contrôler les motivations, que ça soit bien une volonté de reprise d'études et pas de recherche d'emploi immédiat ou même de demande de naturalisation, etc. Sur l'Île-de-France, maintenant, je crois qu'il y a 14 DU Passerelle. Il y en a 12 qui se sont mis ensemble pour faire un formulaire commun. Chaque personne va pouvoir candidater à 4 DU Passerelle. Mais sur toute l'Île-de-France, on va avoir entre 450 et 500 places de DU Passerelle. La coordination, l'année dernière, c'était presque 2500 candidatures. On voit qu'il y a quand même... beaucoup de demandes par rapport à l'offre qui est proposée.
- Speaker #0
Au niveau national, le réseau MENF a recensé en 2024 42 DU passerelles habilités. pour environ 1 800 étudiants et étudiantes par an.
- Speaker #4
Il y a des DU qui vont favoriser des personnes qui vont être en début, parce que considérées comme plus jeunes, et du coup plus faciles ensuite d'envisager un vrai programme d'insertion sur des études longues, licence, puis master. Il y a des programmes qui ne sont pas du tout regardants là-dessus, donc qui vont prendre autant de personnes qui sortiraient juste d'un bac. ou qui seraient déjà diplômés d'une licence ou d'un master.
- Speaker #0
C'est le cas d'Asita. Déjà diplômée d'une licence et d'un master en art de l'Université de Kaboul, elle a repris ses études tout en jonglant avec des petits boulots. Après un DU passerelle à l'Université Paris VIII, Asita est actuellement en DU RESP, une formation d'accompagnement à la reprise d'études pour celles et ceux qui ont déjà un parcours académique et un niveau de français plus avancé. En parallèle, Ascita suit le programme Hérodote aux Beaux-Arts de Paris, destiné aux artistes réfugiés ou demandeurs d'asile, ayant déjà une formation supérieure en art dans leur pays d'origine.
- Speaker #1
Après un an, avec beaucoup de stress, j'ai décidé d'apprendre la langue française. Petit à petit, j'ai amélioré mon français. J'ai commencé mon travail à Château de Versailles en 2024, juste pendant l'été. Et en 2025 aussi, je travaille là-bas. Et j'ai commencé mon professionnel. Je suis allée à plusieurs art residenciers. Je fais aussi plusieurs expositions. Cette année, j'ai étudié à Beaux-Arts de Paris. J'ai étudié l'histoire de l'art. Et aussi, j'ai étudié à la Sorbonne de Sciences. Là-bas, j'ai étudié la langue française. Et aussi, j'ai préparé une exposition à la Sorbonne Université.
- Speaker #2
Donc quand tu es en BA, en DEPASREL ou dans les études de la langue, elles te demandent ton projet. C'est quoi ton projet professionnel après ? Je leur disais, je vais faire la médecine. Ils s'étonnaient. Ils disaient que, ah, un étranger va faire la médecine ici en France ? Ce n'est pas possible. J'avais un professeur, toujours il me disait que la médecine, c'est un peu dur. Vas-y, change tes idées. Je me disais, non, ce n'est pas grave, je vais essayer quand même. Si je rate, ok, je vais me dire que j'ai essayé, mais je n'aurai pas de regrets. Je suis retournée à la station, j'ai commencé à croiser avec le professeur. Je lui disais que maintenant j'ai réussi d'être dans le chemin de médecine. Il disait, wow, c'est super. Et après quelques mois... Je suis retournée à l'association et ces élèves disaient que tout le temps notre professeur parle de toi. Ils disaient qu'elle était trop forte, qu'elle n'avait pas perdu son motivation. Maintenant elle est en médecine. Je m'étonnais parce que ce n'était pas du tout pareil le comportement quand j'étais son élève.
- Speaker #4
Malheureusement, même dans le domaine associatif ou de l'accompagnement, sur des institutions ou sur des foyers, des centres d'hébergement, on a encore ces retours-là. Vous allez vous lancer dans un parcours qui est trop long, vous vous rendez compte, qu'est-ce que vous allez faire encore pendant cinq ans d'études. Nous, on n'est pas dans l'aide, on est vraiment une béquille au projet. C'est la personne accompagnée qui le dessine. Nous, on va lui mettre... toutes les opportunités sur la table, toutes les possibilités sur la table. Et ensuite, c'est bien évidemment à elle de choisir. Si on nous dit « je veux partir en études sur le domaine médical » , bien évidemment, on va avertir que le niveau de français, il faut qu'il soit impeccable sur plutôt du C1 que du B2. On va avertir que les places sont très compliquées. On va avertir sur le système de numerus clausus les difficultés à obtenir une place suite au concours.
- Speaker #0
Examinons maintenant comment accéder à proprement parler aux différents cursus académiques.
- Speaker #4
Il existe plein de procédures qui sont différentes en fonction des statuts, qui sont différentes aussi en fonction du domaine qui va être étudié. en fonction des personnes qui ont des preuves de leur diplôme ou qui n'ont pas les preuves de leur diplôme. Les informations sont très peu accessibles, donc tout est très complexe.
- Speaker #2
Pour les étrangers, il y a une autre démarche qu'elles appellent le dossier vert. Tu le demandes à l'université si tu peux m'accepter, s'il y a de la place.
- Speaker #4
Le dossier vert, alors ça c'est un peu du jargon d'insertion académique. En réalité, ça s'appelle la DAP, la demande d'admission préalable. Mais la DAP a plein de couleurs. Donc il y a la DAB bleue pour des études d'architecte, il y a la DAB blanche pour les étudiants internationaux qui vont venir via Campus France. Et du coup, il y a la DAB verte. La DAB verte, elle va concerner des personnes qui sont déjà sur le territoire français, qui ont obtenu un baccalauréat équivalent au baccalauréat étranger et qui souhaitent reprendre leurs études en première année de licence. mais en sont exemptées les personnes bénéficiaires d'une protection internationale.
- Speaker #0
C'est la protection accordée par un État à une personne étrangère qui risque d'être persécutée dans son pays. Il existe plusieurs formes de protection par l'asile, le statut de réfugié, la protection subsidiaire et le statut d'apatride.
- Speaker #4
C'est un dossier dont on demande son abolition depuis très longtemps parce que c'est un dossier... qui est très difficile à faire valoir en réalité. C'est la seule procédure universitaire qui n'a pas été dématérialisée. Donc c'est un dossier papier qu'il faut envoyer par la poste ou aller porter directement auprès des universités. Universités qui ne sont pas toujours très au courant qu'elles doivent le recevoir. Et surtout, c'est un dossier qu'il faut faire très en amont de la rentrée. Puisque les dates de candidature, c'est entre octobre et décembre pour une rentrée sur le mois de septembre de l'année suivante. Donc par exemple, pour des personnes en demande d'asile qui n'ont pas de récépissé valide pour aussi longtemps, de même qui ont une situation généralement très précaire, c'est quand même assez difficile de se projeter à presque un an de plus sur le territoire et encore plus de se projeter sur qu'est-ce qu'on veut faire. Et la deuxième chose qui est très difficile pour nous de comprendre, c'est que la DAP est limitée à trois candidatures par personne. Quand sur Parcoursup, on peut en faire 20, quand sur MonMaster, on peut en faire 15, et bien la DAP, c'est trois.
- Speaker #0
Et qu'en est-il alors pour les personnes réfugiées qui souhaitent s'inscrire en première année de licence ? En L1 donc ?
- Speaker #4
Dans le Code de l'éducation, il est noté que ces personnes ne doivent pas faire la DAP, ne doivent pas... pas non plus passer par Parcoursup pour accéder à la première année de licence, mais que chaque université doit avoir mis en place des commissions spéciales pour étudier ses candidatures. Certaines universités ont suivi les directives et ont des dossiers spécifiques pour les personnes réfugiées qui veulent candidater en L1. D'autres ne les ont pas, on va dire, encore.
- Speaker #0
Et pourtant, même si ça n'était pas la procédure officielle, Nawissa a réussi à s'inscrire par Parcoursup.
- Speaker #2
J'ai fait mes demandes sur médecine, le LAS, PAS, tout ça. Heureusement, le jour que les résultats sont venus, hop, j'ai accepté à l'UPEC. J'étais tellement contente. Et c'était incroyable vraiment qu'ils aient accepté par Parcoursup. Parce que tout le monde avait peur de Parcoursup, même les écoles. Même les Français, ils ne peuvent pas passer par le parcours sur comment tu passes. Moi, j'étais boursière, donc, depuis le premier semestre. Mais le frais de scolatère pour les autres immigrants, c'est 1200-1400 par semestre. Pour moi, parce que j'étais boursière, c'était gratuit.
- Speaker #4
Je pense que c'était en 2018, il y avait eu un... Une réglementation supplémentaire qui a été votée, qui a augmenté les frais de scolarité payés par les étudiants internationaux. Par décret, les étudiants réfugiés, mais aussi les personnes en demande d'asile, ont été exonérés de ces frais. Ce qui fait qu'une personne exilée, globalement, va payer les mêmes frais de scolarité qu'un étudiant français. Donc c'est entre 100 et 200 euros une année de licence, une année de master. mais beaucoup d'universités pratiquent la gratuité, soit automatique, soit sur demande, pour les personnes réfugiées. Bien sûr, si elles sont ensuite boursières, elles vont pouvoir être remboursées des frais de scolarité si jamais l'université ne pratiquait pas de déxonération automatique. Une personne réfugiée va avoir le droit aux bourses CRUS. Pas une personne en demande d'asile. C'est l'obtention du statut qui permet l'octroi d'une bourse du CRUS. sans avoir la nécessité d'avoir été sur le territoire depuis deux ans. C'est la condition qui est pour les étudiants internationaux. En règle générale, c'est l'échelon maximal qui est attribué, qui est équivalent globalement à 600 euros par mois. Sur les logements, de la même manière, une personne réfugiée va pouvoir accepter au logement Grousse. Il faut faire ces demandes très en amont parce que, notamment en Ile-de-France, il y a plus d'étudiants que de logements disponibles. On a beaucoup d'étudiants qui sont boursiers. Par contre, on a très peu d'étudiants qui ont réussi à obtenir un logement grosse. C'est les associations qui vont prendre le relais sur de l'hébergement solidaire, de la colocation, sur des logements qui ne vont pas permettre non plus une sérénité complète. pour tout ce qui va être le travail universitaire, d'être dans des moments silencieux, dans des espaces propices au travail. On va être aussi sur la fracture numérique. Maintenant, très difficile de ne pas être équipée d'un ordinateur et d'un smartphone pour suivre des cours, mais c'est surtout extrêmement onéreux. En fait, il y a un moment où on parle de comment est-ce qu'on finance sa vie, comment est-ce qu'on finance ses factures, comment est-ce que... qu'on paye son logement et qu'il y a aussi beaucoup d'abandon parce que la vie reprend le dessus et que l'insertion académique reste un projet, mais qu'en fait, le travail n'est plus un choix, mais une nécessité absolue.
- Speaker #0
Pour Mawissa et Asita,
- Speaker #1
l'université a été un lieu primordial pour se construire un réseau. et un cercle amical. Elles ont à présent la chance d'être bien entourées. J'ai trouvé beaucoup d'amis français vraiment gentils. Ils sont soutenus pour moi, pour intégrer une société, pour faire mes oeuvres, pour aller en résidence et pour étudier.
- Speaker #2
J'ai fait beaucoup d'amis d'Afghanes, d'autres nationalités. de Tulk, de Vietnam, et l'Algérie aussi. Mes camarades ils ont le même âge que moi, 19, 20 ans, minimum 18 ans. Mais il y avait un grand écart entre nous que je le sens toujours. Ici en France j'ai fait beaucoup d'amis plus âgés que moi. Je sens que je vais être mieux comprendre par... plus plus âgé que moi grâce à ou à cause de ses parents mais ce que j'ai vécu ça vous rendait trop vite
- Speaker #5
Quel homme, la vie d'Afghanistan, bien sera-t-elle enfermée, comme au temps des talibans ? Elle qui n'a pas connu l'école, et n'avait rien que la maison. Rikashi ses idées folles ou ses chansons
- Speaker #0
Nawissa a toujours gardé le contact avec ses amis restés à Kaboul, même si une incompréhension s'est installée depuis. Je suis toujours en contact avec eux, mais ils me disent toujours que vraiment, tu avais de la chance que tu aies allé là-bas avec ta famille. Ils pensent que je suis dans le paradis. Et ce regard-là, ça me gêne vraiment. C'est vrai qu'ils ne sont pas dans une bonne situation. Mais ça ne veut pas dire que quand tu es en Europe, en Amérique, tu es dans le paradis. Quand tu viens d'un pays comme Afghanistan, Il faut faire beaucoup, beaucoup, beaucoup d'efforts, dix fois plus qu'un lycéen normal français.
- Speaker #1
Et même avec les nouvelles personnes rencontrées en France, la WESA se heurte souvent à une réaction identique. Tu as de la chance.
- Speaker #0
Il y a des gens qui, quand on se rencontre, pour la première fois, quand je parle français ou je les dis par rapport à mon histoire, que je suis maintenant là dans les études supérieures en France. Ils disent, oh wow, t'as de la chance. Vous parlez de quelle chance ? J'ai fait d'efforts pour apprendre ça, de la langue. J'ai fait d'efforts pour être arrivée là. Et ça m'a coûté très cher. Ça m'a pris trois ans, trois ans de la vie. Il y a des gens qui m'ont raconté que ça prend sept ans, dix ans, de s'adapter et d'arriver en France.
- Speaker #2
J'ai des personnes qui m'ont touchée plus que d'autres. Et en l'occurrence, en 2020, j'ai accompagné un homme iranien, réfugié, qui était ingénieur, qui avait tous les diplômes pour le prouver, qui avait aussi tous ses documents pour attester de son expérience professionnelle. L'accompagnement ne passait pas, on n'arrivait pas à trouver une solution. La reprise d'études, c'était très compliqué. Et six mois après, il m'a appelée et il était très fier et très content de me dire qu'il avait trouvé du travail. Et quand j'ai creusé un petit peu pour savoir ce qu'il exerçait, il avait signé un contrat pour être ouvrier non qualifié. Et donc, il m'expliquait que toute la journée, il faisait du marteau-piqueur sur un chantier. Pour moi, c'est ça. que représente le déclassement professionnel. Son expérience, son diplôme vont être dégradés pour coller aux besoins de la société. On a le droit de faire autre chose que des métiers en tension parce que c'est là où on a de la place et c'est là où il y a des besoins parce qu'on a du mal à recruter. Je le dis toujours systématiquement, il n'y a pas de sous-métier. Par contre, il y a des métiers qui ne sont pas à la hauteur des compétences et des expériences des personnes qui l'exercent.
- Speaker #0
C'est évident qu'on a changé un grand niveau de la vie. Pour moi, ça ne se voit pas trop. J'avais 16 ans, 17 ans. Mais pour mes parents, pour mes soeurs, mes frères, vraiment, ils commencent de zéro. Si j'étais à leur place. Je ne pensais pas que je pourrais rester ici.
- Speaker #3
Je manque ma vie en Afghanistan, spécialement mon lit, notre maison et spécialement mes amis. Pour moi et ma famille, c'était vraiment difficile pour intégrer, spécialement la première année, parce qu'on a quitté toutes les choses en Afghanistan. C'est grave pour mes parents. parce qu'ils ne parlent pas d'autres langues, anglais ou français, rien de juste, ils n'en parlent personne.
- Speaker #0
Je me disais, comment ça se passe avec mes parents ? Comment ils peuvent tenir ce changement ? Car ils ont passé toute sa vie en Afghanistan, dans un pays où ils avaient ces valeurs. Ils avaient le travail, ils avaient toute sa vie, ils avaient déjà gagné. Mais ici, personne ne te voit pas. Ici, il y a beaucoup de compétition. Toute la vie, dans le travail, dans l'éducation, dans la société, ils ont fait un grand, grand sacrifice pour nous, pour l'avenir de ces enfants. Et je n'aurais jamais oublié ce sacrifice qu'ils nous ont fait. Ils n'ont pas réussi de retrouver un travail, mais mes parents font beaucoup de choses s'ils restent. À la maison, s'ils bougent pas, le conflit de cerveau va devenir plus en plus. Donc, ils font du sport chaque matin. Après, ils ont du cours de français. Et après le cours de français, ma mère, elle participe dans un atelier de couture. Et mon père, il est volontaire dans un jardin à Montreuil.
- Speaker #1
Tout a basculé pour Nawissa et Asita le 15 août 2021, quand les talibans sont entrés dans Kaboul et y ont pris le pouvoir.
- Speaker #0
C'est un jour le plus pire de ma vie que je ne peux pas oublier. Je crois qu'il n'y a aucun mot qui peut exprimer mes sentiments de ce jour-là. Tout le monde était en choc qu'après 20 ans, ils sont revenus. C'était comme un voyage dans le temps. On était tous déçus, particulièrement les filles, les femmes. Avant l'arrivée du Taliban, on se voyait souvent avec mes amis, dans le café, au restaurant ou chez nous. Mais après ça, vraiment, j'avais peur. Pendant les six mois que j'étais là-bas, justement, je suis restée chez moi. Dans les situations qui arrivent à nous, dans notre vie tout d'un coup, il y a un côté... noir mais il y a toujours un côté blanc, je suis positive aussi. On n'avait aucun espoir pour le futur. Mais pour moi-même, personnellement, si on regarde la moitié pleine de la verre, pour moi c'était lire des livres. J'ai lu tous les livres. Il y avait des livres de psychologie, de la philosophie. C'était tellement bien que ça me permettait de découvrir beaucoup de choses. La pensée critique, je l'ai apprenu ça. Et j'adore les gens profonds, les détails de la vie, la nature, tout ça. Le gouvernement de France a évacué les personnes qui étaient artistes. En plus, ils ont travaillé dans le gouvernement passé en Afghanistan. Ma famille était un peu plus politique. Mon père, il travaillait dans le ministre intérieur. Mes soeurs, mes frères aussi. En plus, j'avais deux soeurs artistes, donc ils nous ont évacués pour ça.
- Speaker #1
Le départ de la famille s'est réalisé en plusieurs vagues. D'abord, Masouda, artiste, avec son mari journaliste et leur fille. Elle aura juste le temps d'un revoir au téléphone avec le reste de la famille, avant de rejoindre difficilement l'aéroport de Kaboul. Puis, Assita. accompagné de sa sœur Arzu et de son frère Omar, parvient à rejoindre le Pakistan.
- Speaker #3
La vie, ça change dans une nuit. On est partis juste en sol avec un sac à dos, avec une robe, un vêtement.
- Speaker #1
En février 2022, six mois donc après l'arrivée des talibans, c'est au tour de Nawissa et ses parents de quitter Kaboul pour le Pakistan.
- Speaker #0
J'ai quitté la maison à 5 heures du matin. C'était trop, trop dur. J'ai quitté la maison en pleurant. Toute la trajet de Kaboul jusqu'à Jalalabad, la frontière de Pakistan, j'ai pleuré dans la voiture. Je n'ai pas dit au revoir à mes amis. Et jusqu'à là, maintenant, c'est un grand regret de ne les pas voir pour la dernière fois ou de ne les pas embrasser pour la dernière fois.
- Speaker #4
Ivre, je me remettrai à chanter. Je ne suis pas le faible sol qui tremble à tous les vents. Je suis afghane, il est donc légitime que sans cesse je parle en cri. Nadia Anjouman.
- Speaker #0
Mes amis sont à Kaboul, dans le capital. C'est un peu plus bon que les autres régions. À Kabul, tu peux être présent dans le public, mais avec Buraqa ou les jobs, ils peuvent aller pour faire des courses, faire du shopping. Mais dans les autres régions, non, ils ne peuvent pas sortir. Sans un, on dit mahram, sans un nom, sans un frère, ils ne peuvent pas sortir.
- Speaker #3
C'est vraiment difficile pour aller à l'extérieur, ils ont peur. Il n'y a pas d'éducation pour les femmes. Il n'y a pas de droit. C'est comme ancien, la vie là-bas. C'est... Et encore,
- Speaker #1
Nawissa et Asita n'ont pas cité toutes les interdictions proférées par les talibans et les violences qui s'en suivent pour les femmes. Interdiction de faire entendre leur voix en public, mariage forcé et précoce.
- Speaker #0
Aujourd'hui, ce qui est important pour moi, c'est l'avenir de moi-même et de mon pays et les gens de mon pays. Pas seulement les femmes, mais les hommes aussi. Il y a des jeunes hommes, ce n'est pas facile pour eux de le supporter aussi. Mes amis à Kaboul, en Afghanistan, ils me disaient en rigolant que maintenant tu n'es plus afghane. Tu es devenu comme le français quand tu parles. Tu as des nouvelles idées. Tu as tellement changé. Tu es devenu européen. Mais quand je discute avec mes amis ici en France, ils me disent que oui, tu es un vrai afghane. Ils me regardent comme un étranger. C'est un sentiment. tellement difficile de l'accepter que je suis qui, comment je m'identifier. Avant, je me disais que oui, je peux retourner, je peux retourner avec des bonnes compétences, être un médecin là-bas, pour mes peuples, pour mon pays, avec plaisir. Mais il y a quelques mois, j'arrive à... penser autrement. Il y a un autre Naissa qui est né. Moi, je ne suis pas le Naissa que j'étais il y a trois ans. Je ne crois pas que quand on change la vie et quand on commence une nouvelle vie, on ne pourra pas retourner à l'ancienne vie. Quand on quitte notre pays, c'est dur, oui, c'est difficile vraiment. Mais pour le retourner dans un pays où tu étais éloigné de là-bas pendant des années et des années, quand tu n'appartiens pas dans un lieu, dans un quartier, comment on peut vivre ? J'ai un frère qui habite au Canada. Ma mère, elle disait à la famille qu'au niveau du Canada, c'est plus... peut-être plus facile, bien, plus d'opportunités que France, mais je disais non, non, non, maman. Je ne peux pas, je n'ai pas du tout de recommencer ma vie dans un autre pays, dans un autre environnement, dans une nouvelle culture. Ce n'est pas possible. Maintenant, je m'appartiens là, ici.
- Speaker #1
Au bout de dix ans, Nawissa et Asita pourront peut-être obtenir la nationalité. si elles prouvent leur parfaite intégration avec la réussite à un examen civique, un niveau suffisant de français, une bonne insertion professionnelle et enfin l'absence de condamnation pénale. Vous venez d'écouter Je suis migrant, une série documentaire indépendante. Merci à Nawissa et à Sita. qui ont bien voulu nous partager leur récit de vie et leur récit de migration. Merci également à Tania Lejeune et merci à vous pour votre écoute.