Speaker #0Le mental, tout le monde en parle, mais qui prend vraiment le temps de le travailler ? Bienvenue dans Jeux Intérieurs, le podcast des compétiteurs de tennis et de golf qui veulent accélérer leur performance. Ici, on parle de ce qui fait vraiment la différence. La tête, les émotions, les sensations, les perceptions, tout ce qui influence ton jeu. Je suis Sylvie Delgado, préparatrice mentale et sophrologue spécialisée en tennis et golf, et ma mission est de t'aider à devenir l'athlète de tes rêves. Alors, prêt à prendre l'avantage là où tout se joue ? Le match intérieur commence maintenant ! Tout ce qui compte pour toi, c'est gagner. Tu rêves de victoire, de trophée, de gloire. Ça te fait vibrer. Mais est-ce vraiment l'essentiel ? Souvent, le compétiteur existe à travers le regard des autres. Pourtant, quand tu es sur le terrain, dans les forts, face à toi-même, est-ce que c'est vraiment ça qui compte ? Est-ce que gagner à tout prix, c'est vraiment gagner ? Aujourd'hui, on parle d'un sujet qui concerne tous les joueurs. Gagner à tout prix. La victoire fait rêver, mais quand la pression prend le dessus sur le plaisir, quand l'envie de gagner se transforme en obsession, qu'est-ce qui se passe dans ton jeu ? Dans cet épisode, on va plonger dans les coulisses mentales de la compétition, voir quand l'envie de gagner te booste et quand elle finit par te faire perdre. On pense souvent que gagner est la seule chose qui compte. Moi j'ai appris très tôt que ce n'était pas si simple. Laisse-moi te raconter mes débuts en compétition. A 11 ans, au tournoi du Biarritz Olympique, j'avais déjà ma stratégie avant de rentrer sur le terrain. J'avais décidé que si je perdais les deux premiers points du match, je ne bougerais pas plus d'un pas devant, derrière, à gauche et à droite. T'imagines bien ce qui s'est passé. J'ai perdu et j'ai passé un sale moment sur le terrain. Énormément de colère, de cris, de gros mots. j'ai pas arrêté de taper ma raquette, de la jeter tellement qu'elle est partie sur un autre terrain. Et pourtant, au fond de moi, je voulais tellement gagner que j'en ai même oublié de jouer. Parce que oui, jouer pour gagner, c'est avant tout jouer. Jouer son jeu avec des intentions. Et j'ai envie de te poser cette question. À quel moment tu as tellement eu envie de réussir que tu en as oublié de vivre le moment ? Cela me fait penser à un golfeur amateur de 15 ans de très bon niveau que j'ai accompagné. Il était négatif, énormément motivé, mais sa seule motivation, c'était de gagner. A tel point que s'il ne jouait pas parfaitement, il se mettait dans des états d'énervement incroyables. Ça lui montait au cœur. Et conséquence, il ratait souvent le premier tour des compétitions importantes. Il pensait que gagner signifiait être parfait. Je suppose que toi aussi, quand tu joues en compétition, il y a quand même des ratés. Effectivement, être parfait, cela n'arrive pratiquement jamais. Sur un cours de tennis, comme sur un parcours de golf, des erreurs, il y en a forcément. Et ce joueur, sans s'en rendre compte, il était prêt à perdre en perdant ses moyens, plutôt que de jouer moyen et de se laisser une chance d'apprendre, de progresser et de prendre du plaisir. Pour l'aider à avancer, je lui ai demandé quel est ton rapport à l'échec. Pour lui, perdre signifiait se dévaloriser. Il se sentait nul. Il perdait totalement sa valeur personnelle. Il ne faisait pas la part des choses entre sa personne et son jeu. C'est comme si, pour lui, à la fin du parcours, lorsqu'il rentrait au clubhouse, les gens peut-être allaient moins lui parler, allaient moins aller vers lui, moins lui sourire. Son discours interne devenait très négatif. Et pour pallier à tout ça, il dépensait énormément d'énergie à se battre contre lui-même. Ce qui influençait sa performance et la rendait plus difficile. Pour que tu comprennes un peu mieux cette histoire de valeur de soi-même, imagine que dans tes mains tu as un billet de 50 euros. Il est tout lisse, tout plat, tout beau. Tu peux le froisser, le plier, le maltraiter, le mettre en boule. La question que j'ai envie de te poser c'est, combien vaut ce billet ? tout en boules froissées. Je suppose que tu vas me répondre qu'il vaut toujours 50 euros. Et en fait, ce que je veux t'expliquer à travers ce billet, c'est que perdre un coup, faire une erreur, ne diminue pas ta valeur. Et pourtant, certains joueurs, comme ce golfeur, vivent comme si chaque erreur les rendait moins valables. Tu vois, comme si ça avait un impact sur leur personne. Mais en réalité, c'est que leur valeur reste entière, peu importe les coups ratés. Pour continuer à avancer sur son état d'esprit, je lui ai proposé d'aller travailler sur le terrain. On est allé sur le parcours, avec comme objectif d'installer une routine avant chaque coup pour se concentrer sur son jeu et ses ressentis. Et surtout, avoir une intention de jeu claire et précise. Ça, ça a été assez facile pour lui. Et pour ne plus juger ses coups, mais plutôt identifier ce qu'il avait bien fait, je lui ai demandé après chaque coup de me donner un point positif de son coup, quel que soit un coup raté ou réussi. Puis au fur et à mesure du parcours, je lui ai demandé après chaque coup de me donner deux points positifs, puis trois, puis quatre, jusqu'à neuf, jusqu'à dix points positifs. T'imagines que si au départ je lui avais dit on va aller jusqu'à dix points positifs, pour lui c'était insurmontable car il ne voyait que le mauvais. Avec ce travail, petit à petit il a retrouvé plus de plaisir, plus de confiance en lui, ce qui l'a aidé à moins s'énerver et aussi à produire de meilleures cartes plus régulièrement les premiers jours de ses compétitions importantes. Ses repères avaient complètement changé. Il n'était plus concentré à être premier sur le leaderboard ou que sur le résultat mais plus focus sur lui-même. Tiens, par rapport au fait de jouer à la perfection, pour que tu comprennes un peu mieux encore, je veux te parler de ce grand champion de tennis. Il s'agit de Roger Federer. Il a annoncé il y a quelque temps avoir gagné 54% des points et perdu 46%, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir la carrière que l'on connaît tous. Et avec ce pourcentage, il a quand même gagné 80% de ses matchs. Est-ce que tu penses qu'avec ces résultats, ces pourcentages, il a été parfait tout le temps ? Non, ce n'est pas possible. Par contre lui, son point fort, c'était qu'il a accepté les erreurs effectuées et qu'il était présent à 100-150% lors des moments importants. Maintenant, ce que je veux te dire, c'est que parfois, vouloir gagner à tout prix peut coûter cher. Je te raconte ce qui s'est passé pour moi. Moi, ça m'a coûté ma santé. J'ai commencé le tennis à 11 ans et j'ai arrêté à 20 ans à cause de graves blessures. Dès mes débuts, j'avais tellement de retard par rapport aux autres de ma catégorie que j'ai passé toutes ces années à courir après le temps pour rattraper les meilleurs. Je progressais vite, mais pas assez vite. Alors qu'est-ce que j'ai fait ? Tellement j'étais motivée, j'avais envie de réussir, j'avais envie de gagner. J'avais pris la décision de doubler, tripler mes efforts, mes entraînements. Je suis passée en scolarité par le CNED, en terminale. Je n'avais plus trop la lucidité de me dire, tiens, allez, il me reste encore une année de terminale et ensuite je pourrais me consacrer complètement au tennis. Et qu'est-ce qui s'est passé pour moi ? Du coup, mon corps a dit stop. C'était trop d'un coup, beaucoup trop pour moi. J'ai eu une rupture des ligaments croisés à 17 ans, puis ensuite une autre rupture des ligaments croisés à 20 ans. Ma carrière tennistique s'est arrêtée alors que j'étais 370ème mondiale à 20 ans. Bon, puisqu'on est entre nous, je vais t'avouer ce qui s'est passé à ce moment-là pour moi. J'ai eu l'opportunité d'avoir un préparateur mental à la Muratoglou Académie. Oui, j'étais une des premières élèves des centres d'entraînement de Patrick Muratoglou. Et cette opportunité de m'entraîner mentalement, je ne l'ai pas saisie. Je te dis tout de suite ce qui s'est passé. Pour moi, c'était une perte de temps. Parler. Deux choses et d'autres, c'était une perte de temps alors que pour moi, la véritable progression se jouait sur le terrain. Il fallait que j'aille m'entraîner et ça, ça me paraissait tellement plus efficace. Tu sais qu'aujourd'hui, en tant que préparatrice mentale, avec le recul, je me rends compte que ces séances auraient pu me permettre de détecter peut-être des tensions que j'avais à l'intérieur de moi, la pression que je me mettais, peut-être avoir une autre approche sur ma carrière, mes entraînements, mes compétitions, les relations aux autres. Et maintenant avec le recul, je me pose cette question, peut-être que si je n'avais pas couru après la victoire comme je l'ai fait, j'aurais peut-être pas été aussi forte à ce moment-là, mais j'aurais peut-être duré plus longtemps. Ce qui m'aurait permis aujourd'hui, même aujourd'hui à 46 ans, de continuer à faire le sport plus intensément, car je suis un petit peu impactée par l'état de mes genoux. Qu'est-ce que j'ai appris à travers tout ça ? J'ai appris que vouloir gagner à tout prix, c'est comme accumuler des dettes. on paie toujours le prix plus tard et même parfois plus cher. Et si toi tu te reconnais dans ces situations que je t'ai racontées, je te propose de prendre de quoi noter et je vais te poser quelques questions. La première, c'est qu'est-ce que tu perds à jouer pour gagner ? La deuxième, c'est qu'est-ce que tu gagnes à jouer pour ne pas gagner ? La troisième, c'est à quel prix tu veux gagner ? Quel est ton prix ? Je te laisse prendre le temps de réfléchir et répondre à ces questions. Et peut-être qu'à travers ces questions, des choses en toi vont se passer. Tu vas prendre conscience de certaines choses. Pour terminer, ce que j'ai envie de te dire, c'est que ce soit sur un cours de tennis, un parcours de golf ou dans la vie, courir après la perfection, la victoire à tout prix, peut coûter cher. Ça peut coûter ton énergie, ton plaisir, parfois même ta santé. Moi, ce que j'ai appris et que je transmets aujourd'hui chez ceux que je coach, c'est que notre valeur ne se mesure pas uniquement par nos résultats. Et avoir une bonne estime de soi apporte énormément de bonheur. Je pense que tu l'as bien compris, chaque erreur est une opportunité de progresser. Apprendre à accepter ses erreurs, à rester concentré sur le jeu plutôt que sur le résultat, c'est là que réside la vraie force, la confiance et le plaisir de performer. Je te dis que chaque progrès, même petit, construit la performance et le bien-être sur le long terme. Allez, entraîne ton jeu intérieur, comme tu entraînes ton jeu de fond de cours, ton jeu d'attaque, ton petit jeu. Ton jeu intérieur lie ton jeu à la performance. C'était un épisode de Jeux intérieurs, le podcast qui parle du mental en tennis et golf pour t'aider à révéler l'athlète qui est en toi.