- Speaker #0
Bienvenue dans mon podcast Jeux intérieurs. Aujourd'hui j'avais envie de développer un sujet sur la pédagogie, comment est-ce que ça se passe entre la relation entraîneur-entraîné. J'ai remarqué que souvent les entraîneurs prenaient une place importante de façon à coacher un peu plus ascendant. C'est eux qui dirigent, qui orientent, qui discutent beaucoup. Et l'athlète, lui, il est peut-être plus en retrait. Par rapport à ça, j'avais envie d'inverser les rôles aujourd'hui et de recevoir mon mentor Nathan Delacoste, qui est préparateur mental spécialiste dans les sports extrêmes de haut niveau. Et il coache aussi les préparateurs mentaux à vivre de leur passion. Moi, j'avais à cœur aujourd'hui d'inverser ces rôles parce que déjà, j'avais envie de montrer comment est-ce que Nathan travaille. Et aussi, pour moi, c'était l'occasion de me donner une opportunité d'évoluer en tant que coach et de faire cet exercice différent, puisque d'habitude, c'est lui qui m'aide à aller chercher au fond de moi des choses. Et là, j'avais envie un peu d'inverser les choses et de voir comment ça se passait dans cet exercice entre nous deux. Donc, bienvenue Nathan, merci. Merci d'être présent et d'avoir répondu positivement pour jouer cet exercice.
- Speaker #1
Avec plaisir, ça fait plaisir de tourner dans un beau studio comme ça, d'être interviewé.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que sur la présentation, tu veux rajouter quelque chose de plus sur toi ?
- Speaker #1
Tu as parlé de ce que je faisais pour les préparateurs mentaux et pour les sportifs de haut niveau. Et je pense qu'on peut rajouter le fait que depuis 2020, je forme les entraîneurs à la préparation mentale. Parce que je m'étais aperçu que c'était dommage que moi-même formé comme moniteur de snowboard, que c'était dommage qu'on soit formé essentiellement à la partie technique ou tactique du sport, mais pas la dimension mentale. Et donc depuis 2020, avec mon équipe, on forme... des entraîneurs à intégrer le mental dans le travail qu'ils font avec les athlètes.
- Speaker #0
Ok, c'est hyper intéressant parce que c'est vrai que moi quand je travaille avec d'autres coachs, je ressens ce manque aussi de connaissances sur le mental et aussi leurs limites eux-mêmes peuvent me remonter et donc c'est hyper intéressant cet axe de travail.
- Speaker #1
D'ailleurs quand tu parles d'un manque, souvent ce qui est amusant c'est que moi quand je parlais avec les entraîneurs, on se rendait compte que la raison pour laquelle ils se sont mis à entraîner, c'est qu'ils aimaient la relation avec l'athlète ils aimaient ce lien là et au final ils finissent par passer leur temps à parler de la technique de comment placer le pied etc alors qu'en fait ce qu'ils aiment le plus c'est voir ce qui se passe dans la tête de l'athlète et donc je pense que la plupart des entraîneurs sont conscients qu'il leur manque quelque chose sur l'aspect mental et ils ont très envie d'en découvrir plus malheureusement dans beaucoup de formations traditionnelles comme celle que moi j'ai suivie, on parle surtout de la technique et voilà il y a l'opportunité d'apprendre après plus de choses sur les dimensions mentales
- Speaker #0
Ok Est-ce qu'on rentre directement dans le sujet ? La première question qui me vient, c'est de te demander pourquoi tu accompagnes ces sportifs dans le sport extrême ? Qu'est-ce qui t'a amené aujourd'hui à te spécialiser dans ces sports-là ?
- Speaker #1
À la base, moi je suis passionné de snowboard. Ça fait longtemps que je fais des sports extrêmes, depuis que j'ai 16-17 ans. D'abord le snowboard, puis après le wakeboard, un peu de skate, du VTT de descente, de l'escalade, du surf. Et certains avec plus ou moins de succès, je dirais. Je fais vraiment beaucoup de snowboard, mais les autres j'essaye on va dire. Et comme j'étais moniteur de snowboard à Val Thorens, ça m'a permis d'avoir directement autour de moi des skieurs dont je voyais qu'ils avaient besoin d'aide sur le plan mental, des snowboardeurs aussi. Et puis au fur et à mesure, moi c'était mon rêve de coacher les meilleurs snowboarders du monde, puisque quand j'étais snowboarder, je les regardais à la télé, et je me disais « tiens, mais comment ça doit être dans leur tête ? » Et finalement un jour, j'ai réussi à « inverser ça » où c'est eux qui sont venus me solliciter pour des conseils, alors que moi j'avais envie de leur demander comment on fait pour faire un 360. Et la deuxième chose en parallèle, c'est que je trouve que les sports extrêmes ont ce côté fascinant à coacher sur la dimension mentale, qui est que tout se joue en un instant, en un dixième de seconde. Je dis souvent, désolé pour les athlètes d'endurance, mais j'ai l'impression que sur un marathon, j'ai jamais couru de marathon, j'ai quand même été athlète en endurance un moment, j'ai l'impression que sur un marathon, si tu es distrait pendant une seconde sur 42 km, ça va pas changer ton résultat. Alors que dans les sports extrêmes, si t'es distrait par une pensée pendant un temps très court, ça peut être la fin. En ski, tu peux faire un mauvais appui et tu sors. Et on retrouve aussi ça souvent dans les sports de duel comme en escrime où j'ai accompagné, ou même ce que tu fais toi avec le tennis par exemple, où tout se joue aussi en un instant. Mais en plus les sports extrêmes c'est ma passion à moi donc voilà, j'ai réuni tout ça.
- Speaker #0
Ok. C'est intéressant ce que tu dis. Entre toi, ce que tu avais envie de leur demander, et eux, ce qu'ils avaient comme besoin, vous arrivez à réunir tout ça et à travailler ensemble sur le mental et en apprendre les uns des autres ?
- Speaker #1
Oui. Au début, quand je bosse avec les athlètes, je ne m'en demande pas forcément de m'enseigner des figures. Ils viennent vraiment me voir pour la dimension mentale. Mais après, quand la relation est nouée, des fois, j'en dis, tiens, mais cette figure-là, comment tu fais ? Ça m'intéresse. Et ça permet aussi de rééquilibrer un peu la relation, justement, ce que tu disais au début, pour que ça soit pas seulement descendant, parce que moi j'ai envie qu'on puisse co-construire quelque chose ensemble. Et c'est hyper important pour moi de leur montrer qu'ils savent mieux que moi, et je veux pas qu'ils viennent me voir juste comme un professeur qui va leur enseigner des trucs, mais aussi comme quelqu'un avec qui ils vont construire ce qu'ils savent déjà faire, notamment parce que, surtout au plus haut niveau mondial en sport extrême, je suis absolument incapable de faire ce qu'ils savent faire. Donc je veux qu'ils prennent conscience qu'ils savent mieux que moi et qu'on doit les aider, eux, à trouver comment mieux faire et que tout ne va pas venir de moi. Sauf peut-être la bonne qualité des questions, mais en tout cas, ça va être à eux de trouver de bonnes réponses.
- Speaker #0
Oui, j'aime bien cette idée où, en fait, par rapport à ce que je disais en présentation, en introduction, le côté ascendant, et toi, ce que tu fais, c'est que tu tiens en compte vraiment du sportif et le rendre le plus acteur possible dans cet accompagnement de façon à ce qu'il puisse évoluer. à sa façon et que toi tu le drives.
- Speaker #1
Après c'est pas toujours facile avec les athlètes parce que souvent quand ils viennent voir un préparateur mental, donc un expert a priori de quelque chose et qu'en plus il paye pour ça et qu'il réserve du temps pour progresser, ils viennent vers toi avec l'attente de « transmets-moi quelque chose » . Quand tu vas chez le médecin, tu n'attends pas qu'il te dise « selon vous, vous avez quoi ? » Et donc c'est parfois difficile à rééquilibrer ça avec les athlètes pour faire en sorte à la fois de « c'est vrai, il y a plein de choses que je sais, j'ai beaucoup étudié pour ça, que ce soit à l'université ou après, il y a plein d'athlètes que j'ai accompagnés dans le passé, donc je comprends aussi les modèles de succès, je dirais » , et en même temps de faire que ça vienne d'eux. Donc c'est un habile mélange parfois difficile à trouver, de comment je transmets des choses, que ce soit dans une position de mentor slash enseignant, et de comment aussi des fois je m'abaisse à être en mode « je sais pas, mais je veux les aider à trouver les solutions par eux-mêmes » , sachant que pour moi, il n'y a aucune des postures qui serait suffisante. Ça ne suffit pas d'être professeur, et ça ne suffit pas non plus de juste poser les questions sans rien transmettre à l'autre.
- Speaker #0
Oui, c'est s'adapter, trouver cet équilibre. Et dans ce que tu dis, c'est intéressant que tu... Cette partie où tu... Oui, souvent les athlètes, ils viennent et eux, ce qu'ils veulent, c'est une progression rapide parce qu'ils veulent tout de suite gagner la performance. C'est ça en fait qui les habite. Et dans la préparation mentale, en fait, parfois, ce n'est pas que des solutions rapides, c'est aussi un travail qui vient un peu plus dans un process, un peu plus moyen, long terme. Et c'est les faire accepter à rentrer dans ce jeu-là en fait aussi.
- Speaker #1
Ça me rappelle une anecdote. qui est pas évidente quand j'y repense, mais tu vois, c'est un athlète en séance qui prépare les Jeux Olympiques d'hiver, et à qui je dis, selon toi, dans cette situation, comment tu pourrais faire ? Et il s'énerve, et il me répond, mais tu sais Nathan, si moi j'avais les réponses de comment je dois faire, en fait je ne paierais pas un préparateur mental pour ça. Donc maintenant, soit tu me dis ce que je dois faire pour y arriver, soit je m'en vais. Mais tu vois, il ne me le dit pas en plaisantant, il me le dit avec tout le sérieux qu'on peut imaginer. Et c'est pas facile en fait de requérir ça, parce que... Évidemment, quand tu démarres un métier d'accompagnement, tu as envie d'être utile pour l'autre et d'apporter quelque chose qui compte. En plus, en tant que professionnel, tu as envie que tes clients soient satisfaits. Et donc, quand l'athlète te dit soit tu me donnes la solution, soit je me casse, ce n'est pas évident de garder cette posture de en fait, je vais le challenger lui à trouver sa propre solution. Mais ça, ça a donné par la suite quelque chose de vraiment intéressant. Et pour moi, ce qui était aussi intéressant, c'est comment ça m'amène à... tester est-ce que je suis stable dans cette posture-là, ou est-ce que dès que quelqu'un la bouscule, je vais passer juste en mode enseignant en essayant de lui faire plaisir. Donc c'était un moment intéressant. Pas facile, mais marquant de ma vie de préparateur mental.
- Speaker #0
Et c'est vrai que parfois dans les coachings, on peut être touché personnellement en sortant de la posture de coach. Là par exemple, dans cet exemple que tu viens de donner, toi, ta personne, qu'est-ce qu'elle a dit en fait, au-delà du coach ? Oh, il me challenge, en même temps, ça se trouve, est-ce que t'as eu des pensées derrière qui sont venues comme si il veut partir, je lui donne pas la bonne solution, j'aurai plus de travail, et ta personne en toi, qu'est-ce qu'elle a dit à ce moment-là en fait ?
- Speaker #1
Je pense que... Un enseignement qui m'aide beaucoup dans cette situation et dans plein d'autres de la vie, c'est de me souvenir que la réaction des autres, c'est à propos des autres. C'est-à-dire que si quelqu'un vient te voir en te disant « Tiens, c'est trop cher ce que tu proposes » , peut-être que ça dépend pas vraiment de ce que tu proposes, mais de comment lui voit le monde ou comment il est dans sa vie maintenant. Si un entraîneur de foot dit à son athlète « T'es nul, t'as raté » , en fait, peut-être que ça parle moins de l'athlète que de ce que se représente l'entraîneur. par rapport à son efficacité qu'il devrait avoir en tant qu'entraîneur pour faire réussir son équipe. Et donc dans cette situation-là avec l'athlète, la manière dont il me parle me pousse à revenir dans mon corps tout de suite en mode « Oulala, je suis en train de faire une bêtise, je ne suis pas un bon professionnel, il faut que je trouve une meilleure façon de l'aider. » Et tout de suite, dans les secondes qui suivent, j'arrive à en ressortir. En quoi est-ce que ce qu'il me dit est à propos de lui et pas à propos de moi ? même s'ils semblent me désigner. Et c'est-à-dire, je pense que pour les athlètes qui t'écoutent, ça peut être vraiment une grosse ressource, tu vois, de se concentrer sur, socialement, les critiques qu'on reçoit. En quoi est-ce que c'est à propos des gens eux-mêmes ? D'ailleurs, dans le tennis, je pense, j'ai vu plein de critiques sur, tu sais, des personnes qui parient financièrement sur la réussite d'un joueur ou d'une joueuse et qui, après, l'insultent parce que le joueur a raté. En fait, les insultes viennent probablement plus du fait qu'ils ont engagé beaucoup d'argent que du... que du joueur lui-même et de sa performance. Et donc dans cette situation-là, moi je me dis ok, ce qu'il me dit là en fait c'est à propos de lui et comment est-ce que ça désigne sa façon de voir le monde ? Et je me rends compte qu'à ce moment-là, j'essaie de reconnecter la situation, mais qu'il y a plusieurs choses qui me viennent, notamment le fait qu'il se sente comme sans espoir par rapport au fait de pouvoir trouver une autre solution, et en fait sans espoir, notamment dans le sport de haut niveau, tu peux plus avancer. S'il y a un moment où tu crois que tu trouveras pas de solution, en fait t'as perdu avant de savoir si tu trouveras des solutions ou pas. Et donc c'est de l'aider à voir ça. Et je me souviens plus de toutes les autres choses qu'on a fait à ce moment-là, mais le sujet principal c'était comment je recentre sur le fait que c'est à propos de lui et pas à propos de moi. Tout en maintenant la relation pour qu'il accepte quand même d'avoir la suite de la conversation.
- Speaker #0
Ouais. Ouais. Et cette anecdote que tu as racontée, en fait, ça me fait penser aussi à une séance que j'ai vécue dernièrement, où j'ai eu ça aussi, la tête, elle me reprochait que les séances qu'on faisait, en ce moment, elles ne servaient à rien pour elle. Je lui avais évoqué la dernière fois...
- Speaker #1
C'est pas très flatteur ce qu'on se dit sur le podcast aujourd'hui.
- Speaker #0
On va le tourner positivement. Mais c'est important aussi de savoir que tout n'est pas rose, et que quand tu es coach aussi, euh... On a aussi notre responsabilité, mais les joueurs aussi ont leur responsabilité. Et ça, c'est leur relation, la garder comme ça, je trouve que rien n'est acquis en fait. Et donc cette joueuse-là, elle m'a reproché que ça ne servait à rien les séances qu'on était en train de faire. Parce que je lui avais dit quelques séances avant, je trouvais qu'elle ne faisait pas de lien entre les séances qu'on faisait et ce qu'elle mettait en pratique et le lien qu'elle faisait sur le parcours et le terrain. Et finalement, elle m'a écrit une lettre. Et quand elle l'a écrit, en fait, elle s'est livrée sur ce qu'elle voulait me dire, qu'elle n'osait pas me dire, parce qu'elle avait peur de me dire tout ça et de me vexer. Donc, il y avait une relation. Mais finalement, derrière, elle a eu de l'audace de le faire. Et on s'est rendu compte que finalement, ce n'était pas ce contenu qui était là très important, mais c'était la façon dont elle a pris les choses en main. Elle a eu cette audace et que sur le parcours, en fait, elle n'est pas autant audacieuse. Et donc, en fait, c'est aussi trouver... Des fois, c'est, comme tu disais, pas prendre les choses contre soi, mais comment apporter quelque chose d'autre à l'autre et trouver les clés pour continuer à faire avancer le sportif. Et finalement, je crois que ça a renforcé notre relation et ça apporte énormément à la joueuse. Et je trouvais ça hyper riche qu'elle me donne ce retour, en fait.
- Speaker #1
OK. Je pense que bravo d'avoir réussi à mettre le doigt sur cette peur de se voir et qu'elle t'en parle. Parce que quand les athlètes viennent nous voir en tant que préparateur mental, en général, ils ont déjà peur de décevoir quelqu'un d'autre. Que ça soit, déjà, eux-mêmes, de ne pas avoir eu les performances qu'ils devraient avoir s'ils se sont entraînés dur. Mais ça peut être aussi leur entraîneur, leur famille, leur sponsor. En général, tous les athlètes qui viennent me voir, à un moment donné, on va bosser sur la peur de décevoir. Et si à ça, on ajoute la peur de décevoir le préparateur mental, ça devient vraiment difficile. Mais le problème, c'est qu'on doit aussi, je pense, les... Les challenges à évoluer, c'est-à-dire que moi, après chaque séance, je leur donne des challenges à faire pour qu'ils n'entraînent pas leur mental seulement pendant la séance, mais aussi sur le terrain. Donc ça va être de... En fait, il y a tellement de challenges qu'on peut donner. Mais par exemple, parfois ça va être d'accomplir certaines choses, d'agir de certaines manières sur le terrain. Et quand l'athlète vient à la séance d'après, je vais lui demander « tiens, comment ça s'est passé le challenge qu'on avait prévu ensemble ? » Souvent d'ailleurs, il s'agit aussi d'aller avoir une conversation difficile avec quelqu'un qu'il n'ose pas avoir d'habitude. Et quand ils reviennent vers moi, il faut que je fasse attention à ce que ça ne crée pas cette dynamique dans laquelle ils ont peur de me décevoir s'ils n'ont pas fait le job. Sinon, ils pourraient être en mode « je vais lui dire que je l'ai fait alors qu'en fait je ne l'ai pas fait » . Et donc c'est assez fin cette limite dans laquelle je dois à la fois leur proposer un challenge, Parce que c'est ça qui va les faire évoluer et pas juste le fait qu'ils entraînent le mental deux fois une heure par mois par exemple. Mais en même temps, il ne faut pas que le challenge, ils le voient d'une manière, je dois le faire pour le coach, sinon il sera déçu de moi. Donc cet aspect relation, il n'est pas évident à gérer. Et moi, ce que je fais par exemple sur les challenges, c'est que je vais m'assurer que si on décide de faire ce challenge-là, qu'ils aient envie de le faire et qu'ils en comprennent l'intérêt. Bref, qu'ils le voient pour eux. Et pas comme moi, comme ma prof de maths, quand j'avais 16 ans, qui disait pour demain, exercice 92, page 102.
- Speaker #0
Oui, le devoir à faire. Et plutôt trouver le sens qui peut leur servir, en fait.
- Speaker #1
Et souvent aussi, de les aider à voir que s'ils n'ont pas fait le challenge, c'est aussi un feedback intéressant, soit sur notre relation, mais surtout sur ce qui s'est joué pour eux, qui fait qu'ils n'ont pas fait le challenge. Donc en fait, moi, qu'ils l'aient fait ou pas fait, les deux, ça m'intéresse. Parce que les deux disent quelque chose d'utile pour la progression de l'athlète.
- Speaker #0
Oui, exactement. À ce moment-là, tu es plus sur la personne que l'athlète en lui-même. Ok. Par rapport à... Tout à l'heure, tu disais que tu pratiques tout plein de sports, de glisse, de sports extrêmes, et que ça, c'est ta passion. En quoi ça t'aide, en fait, de pratiquer ces sports pour aider, accompagner tes sportifs de haut niveau ?
- Speaker #1
C'est une bonne question, merci, parce que pour les préparateurs mentaux que je forme, j'en ai pas de leur dire qu'ils devraient se spécialiser pour pouvoir mieux aider les athlètes. Dans le sens où, pour moi, on peut aider dans d'autres sports. Par exemple, j'ai déjà accompagné en escrime, mais c'était un peu lent au début, le temps que je comprenne qu'est-ce qui se joue vraiment en escrime. En fait, ça va demander aux préparateurs mentaux de faire une analyse de l'activité. Par exemple, avant, j'étais préparateur physique. Et évidemment, quand tu passes d'entraîner en ski alpin à entraîner en basket, ou même en snowboard freestyle, qui est vraiment différent du ski alpin en descente, ça demande vraiment d'identifier quels sont les facteurs de performance du sport. Et donc, par exemple, en basket, il n'y a pas un télésiège entre les différentes rotations, mais il y a les cartons qui vont jouer, il y a le fait de devoir sauter haut pour marquer dans le panier, etc. Choper des rebonds. Et donc tout ça, ça va influencer la manière dont on fait la préparation physique. Et bien pour la préparation mentale, c'est pareil. Il y a un certain nombre de facteurs dans le sport qui vont influencer comment le mental doit être prêt pour performer, et surtout ce que j'appellerais les contraintes qui font face à l'athlète. Exemple, en marathon, tu pars, tu as le départ de ta course, la course se déroule, et puis après tu franchis la ligne, ça se déroule comme ça. Alors qu'il y a plein de sports où il y a des va-et-vient vers la performance, par exemple en snowboard cross, tu t'élances, tu fais une descente, et tu as pu ne pas gagner la descente, mais tu dois repartir à la manche d'après. Par exemple, tu vas perdre la demi-finale, et tu remontes, et là tu as une opportunité d'aller en petite finale, de faire un classement qui peut t'aider pour la suite dans ton sport. Donc ça demande d'être capable de rebondir. Et en fait pour moi, plus on connaît la discipline de l'athlète, plus ça permet de... Déjà dans le langage, que ce soit plus agréable pour lui, parce qu'il n'a pas tout réexpliqué. Et plus ça permet de ne pas oublier certains de ces facteurs-là de performance. Et en même temps, je mettrais un bémol à tout ce que j'ai dit, qui pourrait faire penser que ça se joue uniquement dans les aspects spécifiques à l'athlète, alors qu'au final on entraîne surtout l'humain derrière la machine. Et donc peu importe le sport qu'ils font. ça va être quelque chose de très humain quand il s'agit.
- Speaker #0
Oui, donc ce que tu nous dis, c'est que c'est important pour toi de connaître la discipline parce que tu connais les exigences mentales du coup mieux et comment travailler. Et aussi au niveau de la relation, ça peut aider, gagner du temps, donner la confiance aussi de la tête envers toi. C'est des facteurs qui peuvent intervenir aussi.
- Speaker #1
Tout à fait. Par exemple, en tennis, il y a le temps entre deux points. Je regardais un reportage qui disait qu'au final, au tennis, on ne jouait pas beaucoup. Il y a beaucoup de temps dans lequel il n'y a pas de jeu, mais en même temps, c'est du temps qui compte pour le match, parce que l'athlète, il est dans sa tête. Moi, je me souviens à l'époque où je faisais des matchs de tennis en compétition. Je ne joue pas au niveau 1. Mais que si j'avais raté une première balle, ce qui se jouait dans ma tête avant de faire peut-être une double faute, non, une double faute à coup sûr du coup, avec tout le discours interne, ça c'est quelque chose qu'on ne retrouve pas forcément dans d'autres sports ou pas dans cette mesure-là. Donc pour moi, c'est important de bien le comprendre.
- Speaker #0
Ok. Et qu'est-ce qui fait que tu prends tant de plaisir à accompagner ces sportifs ?
- Speaker #1
Ça pourrait être une longue réponse à cette question-là. Je pense qu'on pourrait rester un moment. Déjà, moi, il y a un truc qui me fascine, c'est de voir la façon dont les gens voient le monde changer. C'est-à-dire que l'athlète, ou les entraîneurs, ou les préparateurs d'entrée que je forme aujourd'hui, ils viennent me voir et me disent « je ne peux pas faire ça, parce que X » . Et moi, je les amène à regarder les choses autrement. Et après, ils ouvrent les yeux comme ça et ils vont « ah ouais, c'est vrai » . C'est vrai qu'un grand sourire et les choses changent. Par exemple, je pense à un athlète de haut niveau en ski qui avait ce truc où... Il venait d'accéder au niveau supérieur, tu vois, on va appeler ça la Ligue 1 mondiale pour garder la confidentialité, donc il arrive au plus haut niveau mondial, et il se dit, bah maintenant il faut absolument, d'ailleurs ça arrive plusieurs fois maintenant que j'y pense avec un snowboarder aussi, il se dit, il faut absolument que je prouve à tout le monde que j'ai ma place à ce niveau-là, donc je dois surtout pas me rater. Donc c'était son rêve depuis longtemps d'arriver enfin à ce niveau, et quand il y est, au lieu de prendre du plaisir à performer à ce niveau-là... Je montre à tout le monde que je ne suis pas le plus mauvais, que je mérite bien ma place ici. Et donc si j'aide l'athlète à voir les choses autrement par rapport à ça, en fait, ses épaules se baisent, ça s'allège, et il peut retrouver du plaisir dans sa pratique. Et donc j'adore voir ces changements de mindset chez les athlètes. C'est quelque chose qui me fascine. Et en plus, la relation qu'on crée quand on bosse sur ces choses-là, je trouve que ça crée une certaine... proximité, gratitude dans la relation et en parallèle j'ai aussi une chance c'est que j'accompagne des athlètes qui sont les meilleurs du monde à quelque chose et donc je trouve ça assez fascinant d'avoir ces relations là de travail avant quand j'étais barman et que je travaillais en intérim quand j'étais plus jeune, les gens avec qui je travaillais je les trouvais pas forcément très intéressants moi même je leur parlais pas parce que moi je mettais des boissons sur un plateau Et là, j'ai la chance avec les athlètes que je travaille qu'ils ont tous quelque chose à m'apprendre, puisqu'ils sont trop forts à quelque chose. Donc la combinaison des deux, c'est génial.
- Speaker #0
Ok, de leur apprendre à ouvrir les yeux, avoir un nouveau regard sur le monde, leur monde intérieur. Et ça, c'est vrai que quand ça se passe, c'est excitant quand tu coaches. Et dans ces sports extrêmes, où l'homo est vraiment là, Il peut se passer des choses très extrêmes et du coup, comment est-ce que tu accompagnes le sujet de la peur ? Est-ce que tu le travailles différemment que dans un sport plus classique ? Par exemple, moi je sais que dans le tennis ou le golf, souvent ce qui revient, c'est la peur de rater, la peur de décevoir, la peur de l'échec. Peut-être des choses que tu retrouves aussi, mais est-ce qu'il y a une autre forme de peur aussi ?
- Speaker #1
Oui, c'est sûr qu'on peut avoir la peur de se blesser, de se faire mal, voire même plus grave que ça. Et en même temps, je commencerais par dire ça, c'est que j'avais été interviewé au micro de France Bleu Isère et la question qu'elle m'avait posée, c'était « Tiens, t'aides des athlètes à sauter du quatrième étage en snowboard, comment tu fais pour les aider à dépasser la peur de se faire mal ? » Et en fait, moi je lui ai répondu que ils ne venaient pas du tout me voir pour ça les athlètes. Ils n'ont aucune peur de sauter les grosses barres rocheuses, ils ont peur de décevoir en bas les gens qui les regardent, ils ont peur de ne pas être à la hauteur pour les sponsors. ils ont peur de ne pas être sur le classement qu'ils voudraient à la fin de la saison et c'est amusant de voir comment finalement dans les sports extrêmes on pourrait se dire que l'enjeu sur la dimension mentale il est sur le risque de blessure etc bon au final les athlètes s'ils sont à ce niveau là souvent ils n'ont pas eu besoin de moi pour l'atteindre et ils s'en sortent très bien avec cette partie là liée à l'engagement dans la discipline et donc ils me sollicitent plutôt pour ce que j'appellerais les autres peurs plus humaines ou sociales Ceci dit, dans tout ce qui est retour de blessure, par exemple après une commotion cérébrale, ou un ligament creusé antérieur, etc., on peut vraiment être amené à bosser sur le fait qu'il y a une partie du corps qui ne s'engage plus dans l'action, comme si l'athlète voulait y aller à fond, mais que quelque chose bloque. Donc là, il y a un travail plus inconscient, notamment que je fais en hypnose pour pouvoir les aider. J'ai réfléchi en même temps que je t'en parle. Ça va vraiment être dans le cas de retour de blessure. Et sinon, je ne vois pas... Vraiment, c'est plus des peurs, je dirais, plus sociales. Qu'est-ce qu'on va penser de moi si je vois la texte ?
- Speaker #0
C'est étonnant, en fait, parce que moi, je me disais, les sports extrêmes, ils doivent travailler beaucoup la peur de tout ce que tu as dit, hors social, environnement, etc. La peur de se blesser, la peur de... En fait, quand tu es juste dans un état normal... En fait, eux, s'ils sont là, finalement, ils ont déjà dépassé toutes ces peurs que nous, par exemple. Moi, si je vais au ski, j'ai juste peur de me faire mal. Mais eux, ça fait tellement longtemps qu'ils font ce sport.
- Speaker #1
En fait, dépasser, ça ne veut pas dire qu'ils n'ont plus peur, mais plutôt qu'ils ont déjà construit ce dont il y a besoin pour la gérer. Par exemple, finalement, dans les sports extrêmes, ce qu'on aime, c'est aussi cette adrénaline de « je vais faire un truc qui me fait peur » . Et donc, depuis plus jeune, on apprend à s'engager malgré le fait que ça fasse peur. C'est une vraie compétence qu'on développe. Moi, je le vois quand j'étais moniteur de snowboard, il y avait plein d'élèves que dès qu'ils rencontrent de la peur, du coup, ils arrêtent le mouvement. Ils ne veulent plus bouger. Alors qu'il y en a d'autres... Pour eux, c'est naturel. Ok, j'ai peur, mais j'y vais. Enfin, naturel. C'est une compétence qui se développe. Donc il y a ça. Mais c'est vrai que pour certains, je repense à un autre en VTT trial, d'ailleurs c'était au Poudré, qui était dans les 20 meilleurs mondiaux, et qui me demandait de l'accompagner sur le sujet de quand il s'apprête à monter sur un obstacle, et que ça lui fait peur de ne pas réussir à le franchir, comment gérer ça ? Donc même parfois dans des cas, pas de retour de blessure. Mais de la progression à l'entraînement, on a pu avoir à bosser sur ça. Mais c'est presque assez rare par rapport à l'ampleur des sujets qu'il y a plutôt sur la dimension sociale.
- Speaker #0
Et par rapport à ce que tu dis, ce que j'entends, c'est qu'il y a deux choses. Il y a la peur qui est gérée et qui est adaptée par la pratique, le temps de pratique, le nombre d'années. Au fur et à mesure des années, tu disais que les athlètes ont appris à gérer ce risque tout seuls. Et à côté de ça, il leur reste encore des peurs. Donc en fait, c'est intéressant de souligner que dans le mental, il y a un mental qu'on peut se forger tout seul, et en même temps, il reste toujours quelque chose qui fait que ça coince. Et ce mental, quand on arrive à gérer tout seul, il prend tant d'années pour en arriver à le gérer. Et à côté de ça, il y a ce qui coince encore, et qui amène à aller travailler un peu plus. Soit tu travailles plus euh certaines peurs, sociales, environnementales comme tu disais, ou soit si tu as envie d'aller plus vite et d'être fort plus vite, au lieu d'attendre les années de pratique, tu peux aller voir un préparateur mental et arriver à progresser plus vite, au lieu d'attendre tes années de pratique peut-être.
- Speaker #1
Moi j'aurais beaucoup aimé en profiter quand j'étais plus jeune, parce que pour l'histoire quand j'avais 18 ans, j'étais le plus faible moniteur de snowboard de la formation tu vois, j'avais pas du tout fait du freestyle alors que c'était important pour pouvoir valider les éléments techniques demandés dans la formation Et donc, la façon dont je me voyais en termes d'estime de soi, mes capacités, comment les profs me voyaient, c'est vraiment quelque chose qui m'a limité dans ma progression. J'aurais bien aimé à l'époque avoir un professeur mental. Et comme tu me demandais tout à l'heure pourquoi est-ce que j'aime accompagner les athlètes, il y a aussi ça, tu vois, il y a aussi le fait d'avoir beaucoup souffert quand j'étais plus jeune, qu'il me manque des choses et d'avoir envie de les apporter, d'être utile.
- Speaker #0
Ok. Maintenant j'ai envie de te demander, est-ce que ça t'est déjà arrivé ou comment est-ce que tu gères quand un athlète vient te voir, mais juste pour cocher une case, peut-être c'est quelqu'un qui l'envoie vers toi parce qu'il voit que lui il a un besoin, mais finalement l'athlète il est peut-être pas si convaincu que ça et il entend que le mental il faut le travailler, mais lui il est au fond de lui, comment est-ce que tu gères ça ?
- Speaker #1
J'ai différentes approches pour ça, la première c'est souvent c'est les parents, par exemple tu vois dans ma boîte mail j'ai beaucoup de parents qui me contactent. pour que j'accompagne leur enfant, des fois même entre 8 et 12 ans, des très jeunes, et ils me disent « mais je sais pas, mon enfant, il a pas dit qu'il voulait en faire, donc je sais pas si on devrait lui en faire faire. » Et nous, on pourrait dire « il faut surtout pas faire faire la préparation mentale à quelqu'un qui veut pas en faire. » Mais, on peut imaginer qu'en fait, si tu sais pas ce que c'est, si tu sais pas ce que c'est que les brocolis, tu peux pas savoir si t'aimes bien ou pas. Donc il faut qu'ils puissent tester la préparation mentale. Et donc... Par exemple, dans le cas des enfants, il va y avoir une rencontre dans laquelle je leur pose des questions pendant un moment pour qu'on puisse créer la relation, qu'ils sentent ce qui se joue. Et grâce à ça, ça va leur donner goût à la préparation mentale. Je vais aussi, enfin, donner goût. Pas tout le temps, mais le plus souvent. Je vais les aider à voir ce que ça pourrait leur apporter. Donc il y a vraiment cette façon-là de faire. Et sinon, j'ai une façon qui est plus scalable, je dirais, c'est que je crée beaucoup d'épisodes de podcast. Tu vois, sur Obsession Profession, j'ai plus de 100 épisodes. Et donc je vais les envoyer soit directement aux familles, soit avant que les athlètes viennent me voir.
- Speaker #0
Et je pense qu'aujourd'hui, par rapport à 2018, quand je me suis lancé, c'est beaucoup plus facile pour les athlètes de se rendre compte de l'intérêt de la préparation mentale, parce qu'on peut, de l'extérieur, découvrir ce que c'est. Évidemment, il y a des stars comme Teddy Riner qui vont dire que ça l'a beaucoup aidé, d'être accompagné par une psychologue. Mais il y a aussi, moi par exemple, sur Obsession Progression, je raconte des séances de coaching avec des athlètes de haut niveau. Comme ça, ils peuvent voir que, déjà, c'est dans la tête de tout le monde, et pas juste dans leur tête à eux, les problèmes. Et ils peuvent comprendre ce qui se passe à l'intérieur d'une séance. Il existe aussi des séances qui sont filmées. Donc, je pense que c'est beaucoup plus facile de voir si on en a besoin ou pas. D'ailleurs, je devrais reformuler cette phrase en disant « voir de quelle manière ça peut nous aider » . Parce que pour moi, le « si » n'est pas vraiment juste. Dans le sens où, à moins que tu sois un être humain parfait, je pense que ça peut être très utile d'être accompagné.
- Speaker #1
Et aussi l'impact de la relation. Tout à l'heure, on en parlait un petit peu. Comment est-ce que tu gères ? Le fait d'avoir une confiance, de gagner la confiance de ton athlète, cette façon de gagner de la relation entre vous, est-ce que ça a un impact aussi sur les résultats au niveau de la progression mentale ?
- Speaker #0
Oui, alors ce serait quoi ta question ? Comment je gère le fait de gagner leur confiance ? J'appuie sur ce bouton-là et ce bouton-là et après non.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses que tu ne peux pas faire sans la confiance du sportif ? Est-ce qu'il y a un frein à ça ?
- Speaker #0
Donc, en effet, c'est difficile de répondre à la question comment je fais pour gagner leur confiance. Il y a trop de mécanismes dans la relation qui rentrent en compte. Et surtout, je crois qu'il ne faut pas essayer de la gagner. Mais voilà, comme dans une relation, ça se crée, je dirais. Mais sans rentrer dans les détails de ça, à quel moment est-ce que la confiance est nécessaire pour pouvoir faire quelque chose ? Là, ce qui me vient, c'est que, comme je te disais tout à l'heure, Souvent pour moi la progression pour les athlètes elle réside dans le fait d'avoir des conversations qu'ils n'osent pas avoir. Et tu vois je pensais à un athlète au plus haut niveau mondial qui ça allait pas avec son entraîneur. C'est arrivé souvent avec différents athlètes. Donc lui ça allait pas avec son entraîneur et il y avait des choses qu'il osait pas lui dire. En fait évidemment qu'on pourrait bosser sur les perceptions de l'athlète pour qu'il change sa façon de voir les choses avec l'entraîneur. Mais quand même si on peut faire en sorte. qu'il n'est pas tout le temps à lutter contre l'entraîneur, mais que juste les deux évoluent ensemble, ça va être beaucoup plus facile pour l'athlète de performer. Et donc, le moyen d'obtenir ça, c'est que l'athlète ait une conversation avec l'entraîneur en exprimant ses besoins, en lui disant ce qui ne lui convient pas et ce qu'il veut atteindre. Pour pouvoir demander à un athlète d'avoir une conversation difficile avec quelqu'un, c'est tellement challengeant souvent pour eux que j'ai besoin d'avoir déjà construit assez de confiance. pour pouvoir leur confier ce type-là de challenge. En gros, si c'est la première séance, qu'ils ne savent pas qui je suis, qu'ils n'ont pas déjà remarqué que je peux les aider, que les trucs qu'on dit, ça marche pour eux, et que je leur dis, tu vas aller faire ce truc super difficile, ils ne veulent pas le faire. Mais si on a déjà fait plusieurs séances, qu'ils ont eu des résultats grâce à ça, il y a cette confiance qui se crée. Et à ce moment-là, quand je leur propose de sauter la grosse barre aux choses, ils me disent, ça fait peur, mais j'y vais. La grosse barre aux choses étant la conversation difficile à avoir.
- Speaker #1
Ok, donc il y a quand même un petit temps pour avoir cette confiance, pour installer la confiance entre vous deux. Est-ce que tu serais partant pour nous parler d'une de tes plus belles séances ? La séance où tu as ressenti que chez cet athlète, il s'est passé vraiment une transformation qui a été incroyable pour lui.
- Speaker #0
Oui, je veux bien. J'aurais peut-être dû la préparer avant, cette question. J'en ai plusieurs en tête, mais... Tiens, une fascinante qui me revient à la fin, c'est que j'accompagne un jeune de 10 ans qui fait les champions du monde, dans son sport extrême. Et lui, son truc, c'est qu'il a tendance à vomir avant la course. Et c'est quelque chose qu'il veut arrêter de faire. Et récemment, dans cette séance, il vient me voir et il me dit « Ouais, une heure et demie avant la course, j'ai senti le stress qui est arrivé et après j'ai vomi. » Je lui dis « Comment ça ? Le stress est arrivé, t'as vomi tout de suite ? » Il me dit « Non, le stress est arrivé et puis une heure et demie après, j'ai vomi. » Je lui dis « T'as fait quoi quand le stress est arrivé ? » Et à ce moment-là, ce qu'il me répond, il me dit « Je me suis dit qu'il ne fallait surtout pas que j'y pense. » Et donc, ils mettaient le stress de côté, en mode, il est là, mais il n'est pas là. Évidemment, si le stress est là, c'est pour une raison. Et probablement que si on ne s'en occupe pas, il ne suffit pas de le mettre sous le tapis. pour qu'il disparaisse. Mais lui, c'était la meilleure façon qu'il avait trouvée, en mode, je veux pas vomir, donc je veux pas stresser, donc je le mets de côté. Et après, je lui explique qu'en fait, il pourrait changer complètement sa façon de faire, et qu'il pourrait à la place observer ce stress qu'il a, et il va dire, tiens, il y a un truc qui se joue en moi, je vais en prendre soin, je vais prendre un moment pour calmer ce stress, par exemple, avec des techniques de respiration que je lui ai apprises. Évidemment, en amont, on a fait toute la partie travail sur les croyances, puisque les techniques d'optimisation du stress, je le rappelle. selon moi, ne sont pas utiles s'il y a mille obstacles qui empêchent l'athlète de performer. Donc d'abord, on a la floresse. Mais là, on en est à ce stade de l'accompagnement, où c'est plutôt de la régulation émotionnelle sur le terrain. Et donc, je lui explique ce changement qui doit être, au lieu de l'émotion arrive et je la rejette en espérant que comme ça, elle disparaît. C'est en fait, l'émotion arrive, je l'accueille, j'en fais quelque chose pour que ça évolue dans la direction que j'ai envie. Et par exemple, ce stress, il peut le considérer comme... quelque chose d'utile. Il y a plein de choses qu'il peut faire avec sa respiration, j'en parle. Et de voir à la fin son sourire en mode « Ah ok, ça y est, j'ai compris comment gérer le stress. » Ça, c'est fascinant.
- Speaker #1
Et tu ressens des émotions quand tu vois ton athlète qui évolue, qui va dans la direction que vous avez réglé un problème ? Moi, je sais que par exemple, quand je coach, je suis souvent touchée, émue de voir les évolutions Et c'est quelque chose qui me touche. Et toi, comment ça se passe pour toi ?
- Speaker #0
Je ressens plus beaucoup de plaisir pendant l'activité. Tu vois, en mode, à trouver la question qui va le marquer, essayer de comprendre le point de vue unique qu'il a sur le monde qui fait qu'il pense comme ça et que ça le coince. Et donc, il y a un vrai plaisir pendant l'activité, mais un petit peu comme si c'était de taper la balle au tennis. Moi, j'adore taper la bonne question. Donc, il y a vraiment ce plaisir-là à l'intérieur. Et après, la gratitude de voir les gens qui font ce qu'ils aiment et qui arrivent à faire ce pour quoi ils s'entraînent. Je me sens très utile là-dedans. Et c'est un truc qui, depuis jeune pour moi, est absolument essentiel de me sentir utile.
- Speaker #1
OK. Et dans tes sportifs qui frôlent quand même, on va dire, qui sont à l'extrême, est-ce que ça, ça t'a apporté des connaissances supplémentaires sur l'être humain en lui-même, au-delà du sportif ?
- Speaker #0
Oui, comme je te disais tout à l'heure, j'ai la chance de faire un métier où j'accompagne des gens qui sont les meilleurs du monde à quelque chose. Donc ils auront tous quelque chose à m'apprendre. Et moi, je suis fasciné de voir l'écart qu'il y a entre le Nathan de 15 ans qui voyait les mecs les plus forts à la télé, et qui se disait « Ouais, ils sont sur une autre planète, ils sont trop forts, ils ont peur de rien, etc. » Alors en fait, aujourd'hui, je les coach, ces gens-là. Et du coup, de voir qu'ils ont des vrais problèmes d'humains basiques, quoi. Tu vois, genre, ils ont peur de décevoir leurs proches, leurs coéquipiers, ils ont peur de ne pas être à la hauteur, ils ont peur de ce qu'on va penser d'eux. Eh ben, souvent d'ailleurs, c'est plus pas comme si j'avais appris des choses nouvelles, mais comme si j'avais réappris des basiques, tu vois. Ah ouais ? Ah ok.
- Speaker #1
Ouais, revenir en base à l'essentiel de ce qui compte pour l'être humain et... Des problématiques qu'on peut tous rencontrer. C'est incroyable de te dire ça, que les plus grands peuvent être comme nous, en fait. Normal, ils sont êtres humains. C'est ça. Pour conclure aujourd'hui, est-ce qu'en peu de temps, en peu de mots, tu pourrais donner un message à tous qui nous écoutent, les parents, les coachs, les joueurs, sur... Peut-être quelque chose qu'on ne voit pas de la préparation mentale, qu'on n'imagine pas dans le monde de tous les jours.
- Speaker #0
Pardon, excuse-moi, est-ce que tu peux la répéter ? Je crois que j'étais un peu ailleurs.
- Speaker #1
Mais là, pour conclure, est-ce que tu pourrais nous donner, passer un message aux parents, aux coachs et aux athlètes qui nous écoutent de la préparation mentale et qu'est-ce qu'on ne voit pas ? Que toi, tu vis en tant que coach et que tu vois avec tes attêtes, mais que de l'extérieur, on ne voit pas ?
- Speaker #0
Elle est difficile, cette question.
- Speaker #1
C'est la conclusion, Nathan.
- Speaker #0
Ah oui, conclusion difficile. Pour les... Là, le truc qui me vient, c'est... Parce que tu as cité les parents, et c'est de voir que... Il n'y a pas besoin d'être athlète de plus de 25 ans au plus haut niveau mondial pour avoir des challenges avec ses émotions. Et que beaucoup, beaucoup plus tôt, c'est très utile de bosser là-dessus. Je crois qu'à l'école, en tout cas moi à l'éducation nationale, à l'époque où j'y étais, on ne travaillait pas beaucoup là-dessus. Et dans les clubs sportifs, pas non plus. Et donc pour moi, c'est super important, tôt que, notamment si l'athlète, on voit qu'il a des besoins là-dessus, de pouvoir l'aider à gérer ça. Moi, ça aurait changé beaucoup de périodes difficiles dans ma vie. Donc je souhaite à plein de jeunes de pouvoir avoir accès à ça. Et que par rapport au côté invisible dont tu parlais, on voit les gens devant nous, mais on voit pas forcément la façon dont ils voient le monde. On peut les questionner pour essayer de le comprendre, mais au final, c'est ce qui change littéralement leur vie, tu vois. Pour moi, ta vie, c'est comment tu vois les choses. Et donc, c'est extrêmement important de bosser dessus. Et j'ai très envie que le plus de gens possible puissent faire ça.
- Speaker #1
Ok. Bon, super. En tout cas, merci beaucoup Nathan d'avoir participé à ce podcast et d'avoir accepté. Je suis ravie de l'avoir fait avec toi et surtout pour moi c'est une première, donc je suis ravie.
- Speaker #0
Bravo, j'ai pris du plaisir à recevoir tes questions pour la première.
- Speaker #1
Ok, je vous dis merci, à bientôt.
- Speaker #0
Salut.