Speaker #0Que se passe-t-il après les Jeux Olympiques et Paralympiques pour les athlètes ? Journal d'une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur les dessous du sport de haut niveau. Bonjour et bienvenue dans l'épisode 16 de mon podcast Journal d'une parabadiste. L'épisode du jour a été produit grâce à Happy NR, le site de réservation de location de vacances adapté aux personnes handicapées moteurs. Donc si vous avez un handicap... et que comme moi, vous êtes toujours en difficulté pour trouver un logement adapté pour les vacances, ce site va vraiment révolutionner l'organisation de vos séjours. Ça fonctionne très simplement, comme n'importe quel site de réservation d'hébergement, vous choisissez vos dates, le lieu et tous les aménagements dont vous avez besoin, comme une pièce de vie de plein pied ou une douche avec barre d'appui, etc. Et après, vous réservez en trois clics. 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Et en un sens, heureusement, parce que ce serait encore plus dur à gérer sans transition, je pense. À Paris, on avait l'opportunité de pouvoir célébrer nos médaillés au Club France. Et ça, j'ai trouvé ça très important parce que ça marque vraiment la fin de la compétition. Le passage à une période de fête et potentiellement d'excès après des mois de rigueur. Et surtout, ça a apporté une vraie cohésion avec l'équipe de France pour un peu finir tout ça ensemble. Parce qu'après, tout va très vite et on ne va pas forcément avoir l'occasion de se dire au revoir. Ensuite, il y a la cérémonie de clôture. Mais déjà là, beaucoup d'athlètes ne peuvent pas y aller parce qu'ils sont déjà repartis. D'autres comme moi n'ont tout simplement pas l'énergie parce que c'est vraiment extrêmement fatigant, les cérémonies. On passe beaucoup de temps à attendre, il y a beaucoup de bruit, d'interactions, etc. Donc c'est pas toujours facile ou possible en fonction des handicaps de chacun et de notre état de forme. Parce qu'il faut savoir qu'à ce moment-là de la compétition, on est tout simplement lessivé. on vient de passer notre vie pendant plusieurs mois, voire... amener à s'entraîner tous les jours, à faire de la prépa physique, de la prépa mentale. Ensuite vient la compétition avec la pression énorme que ça implique parce que c'est vraiment le moment le plus important de ta vie. Et donc quand tout est fini, c'est très fréquent que le corps et le mental décompensent d'un coup et que le contre-coup soit assez dur à la fin de la quinzaine. Donc la cérémonie de clôture... elle n'est pas forcément accessible à tout le monde. Ensuite, quand on rentre chez nous, déjà on passe d'une vie en collectivité, dans une bulle, où tout est à disposition, à une vie entre guillemets normale. Et ça, il y a beaucoup d'athlètes qui le vivent très mal, parce que ça fait vraiment un choc de passer de tout à rien, d'être H24 avec ses frères d'armes et sous le feu des projecteurs, et de retourner tout seul dans sa maison. en redevenant quelqu'un de lambda après avoir été spéciale pendant toute cette période. Alors moi, à titre personnel, ça n'a pas du tout été difficile. Au contraire, c'était un soulagement de pouvoir revenir au calme, à la campagne, avec mes routines, mon chien, mes Ausha, ma maison. Mais globalement, la plupart des athlètes ont quand même de la difficulté dans cette transition et l'automne qui suit les Jeux peut être source d'un mal-être. Donc c'est important. de s'y préparer et de mettre en place des choses pour ne pas se laisser happer par ce blues ou cette sur-sollicitation, on va le voir. Petit aparté, avant de continuer, j'ai vraiment de l'ambition pour mon podcast et j'aimerais qu'il se diffuse le plus possible pour que le plus de gens fans de sport puissent connaître les dessous des carrières de haut niveau. Et pour ça, vous pouvez m'aider de manière très simple en mettant une note à mon podcast sur votre plateforme d'écoute. un petit commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous ! Mais comme je disais, tout ne s'arrête pas d'un coup. Et même si on aimerait parfois pouvoir tout simplement se reposer, on a beaucoup d'obligations après les Jeux Olympiques et Paralympiques pour la simple et bonne raison qu'on n'a pas atteint ce stade tout seul et que derrière, on doit célébrer tout ça avec nos partenaires, nos sponsors, les institutions, etc. Déjà, il y a tout l'aspect médiatique, avec les journalistes qui vous sollicitent de partout. pour avoir un retour sur cette expérience, avec là évidemment une belle différence entre chaque athlète et notamment entre les médaillés et les autres, et donc ceux qui vont passer sur France Télé et Canal+, et ceux qui auront juste des articles dans le magazine de la commune et le quotidien du département. Ça peut être une source de difficulté, un peu de jalousie, quand tu repars sans médaille, déjà c'est pas forcément simple. Mais quand en plus tu vois tous les autres qui sont au centre de l'attention, tu vois ce que tu es en train de louper et les opportunités qui vont avec. Parce que c'est toujours la même chose, une grosse visibilité médiatique, c'est de grosses opportunités de sponsors. Et en même temps, pour ceux qui le vivent, au bout d'un moment, ils n'en peuvent plus parce qu'ils sont constamment à droite, à gauche et sur sollicité. Donc chaque athlète va vraiment avoir ses défis à la sortie des Jeux. On est aussi invité à beaucoup de soirées, de cocktails, de réceptions. On peut aussi avoir des conférences, des visios. Et là, on se retrouve un peu avec deux camps, les athlètes qui adorent ça et qui sont contents d'avoir cette opportunité de prolonger un peu les Jeux. Et ceux qui sont déjà bien fatigués et vont un peu subir cette période. Alors moi, comme on peut s'en douter, j'ai subi la période. Mais par chance... Le validisme de notre société m'a permis de faire le tri sans culpabilité dans toutes les invitations, puisque j'ai été invitée à des soirées de célébration des Jeux paralympiques dans des salles non accessibles aux personnes à mobilité réduite. Donc ça peut paraître un peu fou à entendre, mais toutes les personnes handicapées qui m'écoutent ne seront pas du tout surprises. Il y a des gens qui organisent des événements autour des athlètes paralympiques. mais qui ne se disent pas que penser à l'accessibilité du lieu est important. Alors moi, dans ces cas-là, je ne me suis pas du tout pris la tête. Autant je fais beaucoup d'efforts pour remplir mes obligations et pour remercier les partenaires qui m'ont soutenue et me permettent de vivre mon rêve, autant s'il n'y a pas la moindre petite volonté de pouvoir m'accueillir avec mon handicap, alors que c'est le point central de l'événement, j'y vais pas. Il y a aussi ces choix à faire sur à quoi je dis oui, à quoi je dis non. Parce qu'on est sollicité par les institutions et les sponsors qui nous ont soutenus, et ça c'est normal, ça fait partie du deal, mais on est aussi sollicité par des gens qui n'ont jamais montré spécialement d'intérêt avant et qui ensuite surfent sur la vague. Donc moi mon choix a été fait comme ceci, je réponds positivement à tous les partenaires qui m'ont soutenu avant les Jeux et je décline tout le reste. Parce que clairement sinon c'est injouable et ça fait beaucoup trop de sollicitations. Donc voilà, pendant un bon mois, un mois et demi, on va participer à toutes ces célébrations. Bien sûr, je n'ai pas précisé, mais à ce moment-là, on est en vacances de sport. On ne s'entraîne pas, on fait une grosse pause pour se ressourcer. Moi, j'en ai profité pour passer du temps avec Eugène, mon chien d'assistance. On a fait pas mal de canivet-tétés. On a aussi rebossé quelques tâches d'assistance qui avaient été un peu oubliées pendant cette année folle. Et c'est là qu'il faut faire attention parce que beaucoup d'athlètes peuvent vivre cette période de manière très difficile. Je le disais tout à l'heure, passer de la bulle des Jeux à la vie normale, c'est vraiment très fréquent que la santé mentale en prenne un coup. Les phases de déprime ou même de dépression ou les burn-out à la reprise de l'entraînement sont assez courants dans le haut niveau. Et l'après-Jeux olympiques et paralympiques nécessitent un grand point de vigilance. Moi, assez vite, j'ai eu besoin de reprendre l'entraînement. Et ça, c'est vraiment propre à chaque athlète. Certains vont faire une pause de plusieurs mois, d'autres vont avoir l'envie de reprendre plus vite. Donc moi, fin octobre, j'ai repris le chemin du Krebs après deux mois de pause. Et ça m'a vraiment fait le plus grand bien de pouvoir être de retour à l'entraînement, faire un petit bilan de l'année, mais surtout se projeter sur la suite. Parce que ça, c'est un point crucial, généralement une carrière olympique ou paralympique. Elle est régie par les JO et les JP tous les 4 ans. Donc quand tu viens de terminer une Olympiade, se pose la question, est-ce que je continue ? Parce que si tu continues, ça veut dire que tu repars pour 4 ans jusqu'au prochain jeu. Et 4 ans c'est long, c'est beaucoup d'investissement, de sacrifice. Donc notamment en fin de carrière. ou alors en fonction de l'état de santé, par exemple chez les paras, la question se pose de savoir si on repart pour 4 ans ou pas. Et du coup, si tu embrayes pour une nouvelle paralympiade, c'est aussi à cette période qu'il faut se préoccuper de l'éternel problème du financement de nos saisons, à savoir les sponsors. Parce qu'il y avait eu un gros engouement autour de Paris 2024, mais on savait très bien que l'année 2025 allait sûrement être beaucoup plus difficile. La plupart de nos contrats s'arrêtaient après les Jeux. Donc là, il a fallu recontacter chacun de nos partenaires pour les convaincre de repartir sur la Paralympiade vers Los Angeles. Honnêtement, je m'y attendais, mais c'est quand même très difficile à accepter. J'ai plusieurs sponsors qui n'ont pas renouvelé le contrat, d'autres qui ont baissé le budget, qui m'accordaient jusque-là. Et chacun a ses raisons. Cet épisode, il n'est pas là pour faire polémique ou quoi que ce soit. Je suis reconnaissante de tout ce dont... J'ai pu bénéficier pour aller à Paris. Chaque soutien m'a permis de me surpasser et d'aller décrocher cette participation. Donc, il n'y a aucune rancœur et ça, je veux vraiment que ce soit clair. Je n'ai que de la reconnaissance pour chaque partenaire qui m'a soutenue de près ou de loin dans ce projet Paris 2024. Mais malgré tout, ça reste difficile de débuter une saison avec 80% de ton budget en moins et les incertitudes qui en découlent. Et surtout de se dire qu'il va falloir repartir à l'assaut pour trouver de nouveaux partenaires, parce que ça, c'est vraiment un travail très long, qui prend beaucoup de temps et d'énergie. Donc c'est vrai que quand on a envie de se consacrer à son sport, c'est pas toujours simple de se dire qu'il va falloir sacrifier un peu de ce temps pour retrouver des sponsors. Aussi, nouvelle paralympiade, nouveau centre d'entraînement, jusque-là je m'entraînais à Rennes. Je m'entraîne au CREPS des Pays de la Loire à Nantes, où il y a une cellule performance parabannington. On est 7 parabadistes à s'entraîner là-bas, donc il a fallu aussi que je m'habitue à ce nouveau lieu, au nouveau rythme, au nouvel environnement. C'est vraiment un cadre idéal pour un projet de haut niveau. Là, on touche le top du top de ce dont on peut bénéficier en tant que sportif de haut niveau. Mais malgré tout, ce changement et ces nouveautés m'ont coûté beaucoup d'énergie parce qu'avec mon autisme, l'adaptation aux nouvelles choses me demande vraiment beaucoup. Et en décembre, j'ai vraiment eu besoin de faire une pause parce que j'étais au bord de l'épuisement physique et mental. Donc tout simplement, je suis partie faire totalement autre chose, direction la montagne et le snowboard, mais ça, ce sera l'objet d'un autre épisode. En tout cas, cette pause, elle a été essentielle. J'ai vraiment... toute la pression de ces deux années de qualification et de jeu qui est retombée, j'ai pu me ressourcer et vraiment me reposer aussi bien physiquement que mentalement, parce que c'est un sujet encore tabou dans la société et encore plus dans le sport de haut niveau mais la santé mentale c'est un enjeu primordial dans nos carrières la gestion de l'après-jeu elle est pas toujours simple, parce qu'on passe de tout à rien, tout en ayant l'adrénaline de ce qu'on vient de vivre mais l'épuisement ... de ce qu'on a donné pendant plusieurs mois non-stop, l'incertitude de ce qui va se passer après un tel engouement sociétal et médiatique, le contraste entre ce que vivent les médaillés qui sont médiatiques et les autres dans l'ombre. Et c'est une période cruciale à bien gérer pour les athlètes, les staffs fédéraux, les coachs, l'entourage, parce que c'est ce qui peut faire la différence pour bien démarrer la nouvelle paralympiade qui commence. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'à la fin. J'imagine donc que le contenu vous a plu, alors je compte sur vous pour le faire savoir autour de vous et vous abonner pour ne louper aucun épisode à venir. Tous les liens utiles sont dans la description, alors allez y jeter un coup d'œil et moi je vous dis à la prochaine !