Speaker #0Que se passe-t-il avant les podiums ? Et comment aller chercher ses médailles ? Journal d'une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau. Bonjour à tous et bienvenue sur mon podcast Journal d'une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique. Aujourd'hui je réponds à une question qui m'a été posée et j'adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j'ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent. sur le sport de haut niveau et ou sur l'impact du handicap dans cette pratique. Donc quand je satisfais directement votre curiosité, c'est vraiment un plaisir pour moi. Dans cet épisode, on va donc parler de l'hiver que j'ai passé après les Jeux paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est-ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton. Est-ce que c'est un projet à long terme ou est-ce que c'était une parenthèse ? Pourquoi le snowboard et pas le ski ? Qu'est-ce que ça m'a apporté ? ou au contraire mis comme contrainte par rapport au badminton. Bref, aujourd'hui, je parle en détail de ce que j'ai vécu cet hiver. Pour remettre dans le contexte, j'ai fini les Jeux paralympiques le 31 août. Ensuite, on a eu quelques obligations en termes de médias et de présence pour la fédération. Et je suis rentrée chez moi début septembre. Là, j'ai pris beaucoup de repos parce qu'une paralympiade, c'est trois ans très intensifs entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les Jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l'épisode 16 sorti il y a quelques mois. J'ai repris l'entraînement mi-octobre parce que j'avais vraiment l'envie et le besoin de reprendre. Donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c'est important de le savoir. Et puis en décembre, j'ai eu vraiment une période difficile mentalement, j'étais épuisée. Alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j'étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l'entraînement. Je n'avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue. En plus, j'avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc, je me suis simplement écoutée, comme on en parlait dans l'épisode précédent sur la santé mentale, et je suis restée plus longtemps. Alors, qu'est-ce qu'on fait quand on est en vacances à la montagne et qu'on aime le sport ? Généralement, on fait du sport d'hiver. Entre les longues après-midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps en temps sortir en ski et en snowboard. et ça m'a fait un bien fou de faire du sport extérieur en pleine nature parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste. Nous, on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement. Donc moi, je fais du snowboard depuis que j'ai 14 ans à peu près. À l'époque, je n'avais pas encore de gros soucis neurologiques. J'avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement, on va dire. Et là, c'était la première fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd'hui, j'ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras et j'ai ce qu'on appelle de la spasticité, donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes. Donc même si j'ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j'utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés. J'ai vraiment ma spasticité qui va m'aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais pouvoir descendre les pistes debout sur mon snow même si j'ai besoin de beaucoup de pauses. A l'inverse du ski où je n'aurai pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu'il faut y mettre. Et puis assez vite mon amour pour la compétition a repris le dessus et je me suis dit pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline. Parce que c'est évidemment totalement différent de faire du freeride quand on est en vacances que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plaît et voir ce qu'il en est. Donc j'ai passé la classification nationale pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard. Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit, j'ai sorti deux épisodes complets sur le sujet, le 14 et le 15, avec tout ce qu'il y a à savoir sur les classes en parasport. Et j'ai participé à une première Coupe de France début janvier. Et franchement, je ne m'y attendais pas du tout parce que la vitesse, ça n'a jamais été ce que je préfère sur les pistes. Mais j'ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J'ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques. Et cette première compétition, ça a été un vrai succès, que ce soit en termes de résultats, puisque j'ai fait deux médailles d'or, mais aussi en termes d'expérience, puisque j'ai passé une super journée. J'ai pu rencontrer les athlètes du circuit national. Donc vraiment beaucoup de positifs. Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis dans les Alpes, parce que du coup ça m'a aussi poussé à m'entraîner un peu plus sérieusement, et donc ça a continué de m'entretenir physiquement, ce qui n'était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j'ai fait une deuxième Coupe de France, sur laquelle j'ai fait une médaille d'or, et où j'ai pris beaucoup d'expérience, ce qui m'a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieu plus tard dans la saison en mars. Et cela pour le coup j'étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton. Il y avait aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en para-badminton. Donc ça j'en parle dans l'épisode 20 pour ceux qui l'ont manqué. Au final après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi-février et j'ai finalement pu participer au championnat de France. de parasnowboard grâce à une semaine de vacances du pôle Performance Parabades qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce championnat, j'ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l'entraîneur des équipes de France de parasnow. Ça a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j'avais vu cet hiver avec un super staff. Et comme j'en parlais dans l'épisode précédent, le staff c'est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline qu'on veut. potentiellement pratiquer à haut niveau. Donc ça m'a aussi ouvert des perspectives auxquelles j'avais pas forcément pensé jusque là. Bref, je suis revenue des championnats de France de parasno avec deux médailles d'or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu'on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de trois mois à la neige à cela couler douce. Et c'est là qu'on en vient à cette question qu'est-ce que ça m'a apporté ? Pour résumer, j'ai énormément appris ou progressé sur les plans physiques, mentaux et psychologiques. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d'un sport à l'autre. Parce que oui, j'ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup, ça n'est pas d'une grande aide pour le badminton. Alors déjà, physiquement, le bad et le snow sont deux sports diamétralement opposés. Et donc, j'ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j'utilise peu en badminton, soit que j'utilise différemment. Cet hiver, ce sont vraiment mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l'aspect explosif, parce que c'est tout l'inverse, c'est vraiment l'endurance qui a été boostée. Et ça, je l'ai ressenti de manière exponentielle. Quand je suis revenue au badminton, j'avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais faire tellement plus longtemps, et ça, ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c'est vraiment des efforts assez longs. comparé à l'explosivité du badminton. Mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c'est ce qui m'a le plus marquée à mon retour. Mais à côté de ça, il y a eu aussi tout le gainage du tronc, les abdos, les fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là, vous me dites, les triceps, à quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi on snowboard ? Alors, il faut savoir qu'avec ma pathologie, j'ai avant tout des déficits moteurs dans les jambes, mais j'ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là, avec le snowboard, j'en avais besoin pour me relever parce qu'en snow, on a toujours le cul dans la neige dès qu'on s'arrête. Et donc, pour se relever, il faut avoir soit des jambes très solides, ce qui n'est pas mon cas, soit se propulser avec les bras. Et donc, mes triceps ont été mis à contribution avec mes épaules, ce qui a été très bénéfique ensuite pour ma pratique du badminton, que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s'équilibrer. Donc vraiment physiquement, j'ai beaucoup gagné en force et en endurance, que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc. Et ça, ça a été un atout indéniable. Déjà pour ma vie quotidienne, parce que tout est plus simple, pour les transferts, etc. Et pour le badminton, j'étais vraiment super affûtée quand je suis revenue à l'entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de deux mois sans jouer. Évidemment, il a fallu rebosser l'explosivité, parce que c'est quelque chose que j'avais beaucoup perdu du coup, mais c'est assez vite revenu dans l'ordre. Ensuite, sur l'aspect psychologique. Indéniablement, c'est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie, j'étais très fatiguée, j'étais pas bien mentalement. J'en parlais aussi dans l'épisode 21, juste avant celui-ci, quand on évoquait la santé mentale. J'ai beaucoup de challenges à ce niveau-là, avec des périodes où j'ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là, pendant deux mois, dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu, si ce n'est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose en extérieur, ça m'a vraiment rafraîchi le cerveau. J'ai libéré toute la pression qui s'était accumulée depuis les Jeux, toute la fatigue ancrée qu'au final, je n'avais pas vraiment eu l'opportunité d'évacuer. Et il n'y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d'entraînement en vue de la performance. que quand tu es tout frais, bien disposé à repartir à l'attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum. Donc quand je suis revenue, j'étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer. Et puis il y a eu enfin l'aspect mental. Ça c'est au cœur de la performance sportive. Pour moi le mental ça fait vraiment 80% d'un résultat. Et là j'ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi, le badminton et le snowboard sont deux mondes à part. En badminton, c'est un combat contre un adversaire, on doit gagner un set de plus que l'autre. C'est un combat qui est long, enfin par rapport au tennis non, mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses. Si tu fais une erreur et que tu perds un point, c'est pas grave, il y en a encore 21 autres à gagner derrière. Et même parfois, tu perds plus de points que ton adversaire et tu gagnes quand même. Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement, on est sur un sport d'opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles, mais jamais fatales. A l'inverse, le snowboard, c'est avant tout un combat contre soi-même et contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale, si tu loupes une porte, t'es éliminé. C'est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais, parce que simplement tu n'as pas le droit à l'erreur. Soit parce que le chrono ne te le pardonne pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c'est fini. Et là, on voit bien qu'on est dans un tout autre monde mental que le badminton. Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l'erreur. C'est une pression constante de l'instant où tu passes le portique de départ et jusqu'à franchir les deux piquets de l'arrivée. Et ça, ça demande énormément. même si l'effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m'a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l'aspect mental une fois sur le cours. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m'attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental. Donc loin d'avoir été simplement deux mois off ou deux mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m'a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans. Et d'ailleurs, ça s'est assez vite concrétisé parce que non seulement j'étais bien à l'entraînement, mais j'ai aussi fait une médaille d'argent à la première compétition sur laquelle je suis sortie en 2025. Et pour moi, c'est pas anodin. Alors où ça nous mène tout ça ? Est-ce que je vais partir dans un double projet été-hiver avec le badminton et le snowboard tous les deux ans au jeu ? Pour le moment, c'est assez flou de mon côté, pour plusieurs raisons. Déjà, avant d'avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement aux compétitions qui comptent pour les Jeux et pour les Coupes du Monde. Donc tant que je n'ai pas passé la classification internationale, c'est difficile de pouvoir s'y projeter. Ensuite, un double projet, ça demande... beaucoup de ressources, que ce soit financières, mais aussi physiques, psychologiques, mentales. Ça demande beaucoup d'organisation et donc énormément d'énergie pour gérer tout ça. C'est déjà énorme quand on ne fait qu'un seul sport, j'en parlais dans l'épisode 4, mais quand on en fait deux, c'est encore plus, et sûrement plus que deux fois plus, parce qu'il faut gérer et imbriquer les contraintes de l'un et de l'autre avec les calendriers, les déplacements, etc. Il faut aussi avoir un staff qui est pleinement convaincu et engagé dans le double projet et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça, comme je l'évoquais très rapidement dans l'épisode précédent, c'est encore un peu compliqué en France d'avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyances limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de si tu fais du snow, ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher, et inversement. Alors moi, je suis persuadée que ça peut fonctionner. Je sais d'ailleurs que ça fonctionne parce que c'est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les paras, mais ça s'est aussi vu chez les valides. Et l'expérience que je viens de vivre cet hiver et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu'il y a bien quelque chose à faire de ce côté-là. Malgré tout, aujourd'hui, ma priorité est vraiment sur le badminton. C'est mon objectif numéro 1, la médaille d'or à Los Angeles et remporter l'or dans toutes les grandes compétitions, à savoir championnat d'Europe et championnat du monde. Par contre, je sais que je ne pourrais pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j'ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes. Et le badminton, c'est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force dans les doigts et de la dextérité. Donc je sais qu'il arrivera un moment où le para-badminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l'équilibre, les doigts restent un enjeu un peu moins important qu'au bal. Donc aujourd'hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion. Je réfléchis à, comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée là-dessus. je vais continuer de m'entraîner de temps en temps sur neige même si d'ici Los Angeles je ne ferai pas pas de saison complète à la montagne parce que j'ai aussi une promesse à respecter que j'ai faite à ma meilleure amie qui m'a accueillie cet hiver qui m'a soutenue dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national et qui m'a dit avant de quitter ce monde de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'à la fin j'imagine donc que le contenu vous a plu alors je compte sur vous Merci. pour le faire savoir autour de vous et vous abonner pour ne louper aucun épisode à venir. Tous les liens utiles sont dans la description, alors allez y jeter un coup d'œil et moi je vous dis à la prochaine !