- Speaker #0
Bonjour à toutes et tous, c'est Céline, kinésithérapeute près de Lille. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Kinecast de la FEDE, la communauté dynamique et innovante des kinésithérapeutes. Chaque semaine, vous découvrirez les témoignages, les conseils et les astuces de kinés passionnés et engagés sur des sujets qui vous interpellent dans votre pratique et aussi sur l'actualité. Ensemble et avec la FEDE, bougeons les lignes de la kinésithérapie. Bonne écoute ! La Médicale accompagne près d'un masseur kinésithérapeute sur trois en France, assurant donc des assurances adaptées aux besoins des masseurs kinésithérapeutes, tant professionnels que privés. La Médicale assure les professionnels de santé. Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Kinecast. Les études récentes le montrent, près de 4 soignants sur 10 ressentent un état d'épuisement professionnel. Au-delà de ce chiffre, Il y a des réalités de terrain, des parcours chaotiques, des renoncements parfois, et pourtant ce sujet est souvent mis sous silence. Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Catherine Korniber, docteure en pharmacie et directrice générale de l'Institut SPS, l'Institut pour la santé des soignants. Bonjour Catherine.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous.
- Speaker #0
Je voulais tout d'abord vous remercier d'avoir accepté cette invitation.
- Speaker #1
Merci à vous de nous donner l'opportunité de parler de la santé des soignants et des étudiants en santé. lors de ce podcast.
- Speaker #0
Alors Catherine, je vais vous proposer tout d'abord de revenir un peu, de faire le point sur justement l'état de santé mentale des soignants et comme vous l'avez aussi souligné, des étudiants en santé. De comprendre un peu aussi ces mécanismes qui amènent à cet épuisement professionnel. Et enfin de nous expliquer comment l'Institut SPS agit depuis plus de dix ans déjà maintenant. au niveau de la santé mentale des soignants. Mais tout d'abord, je vous propose de vous présenter.
- Speaker #1
Je suis Catherine Cornibert, je suis docteure en pharmacie, directrice générale de SPS, l'Institut pour la santé des soignants. Je suis une des cofondatrices puisque SPS a été créée en novembre 2015 et à 10 ans, un peu plus de 10 ans maintenant. Je suis d'autre part maman de deux enfants. avec beaucoup d'énergie et qui prend aussi soin de moi pour m'occuper des autres et m'occuper notamment de la santé des soignants.
- Speaker #0
Alors à quel moment justement avez-vous pris conscience que c'était un enjeu essentiel justement ?
- Speaker #1
Alors moi j'ai une histoire dans l'industrie pharmaceutique puisque j'ai été notamment directrice de la communication France au niveau de Sanofi. Ensuite, je suis partie par rapport à ma situation personnelle d'adoption de mes enfants. J'ai créé une entreprise dont je suis toujours présidente qui s'appelle l'agence Conseil Santé. J'ai été contactée par quelques professionnels de santé en janvier 2015 pour faire un colloque à l'Académie nationale de médecine pour parler de la santé des soignants. C'est une mission que j'ai acceptée et j'ai découvert en janvier 2015. ô combien il y avait déjà de la souffrance chez les soignants. Et d'ailleurs, on a fait une enquête en novembre 2015, où les kinés ont été majoritaires d'ailleurs à répondre, puisqu'on a eu un retour de 900 kinés parmi les 2000 réponses, qui a montré trois chiffres. Déjà, 50% des professionnels de santé avaient été confrontés au burn-out. 50% ne savaient pas à qui s'adresser. Et 50% pensaient que leur souffrance pouvait montrer en danger la vie d'un patient. Par rapport à ce constat, on a créé l'association avec, à l'époque, Éric Henry, qui était président des syndicats des médecins libéraux et qui était également vice-président du Conseil national des professions de santé. Très engagé sur cette cause puisque son père s'était suicidé quand il avait 17 ans. Et ensemble, avec trois autres professionnels de la santé, on a créé l'association SPS qui est née en novembre 2015 avec le premier colloque à l'Académie nationale de médecine. en décembre 2015.
- Speaker #0
Avez-vous rencontré des difficultés pour parler de ce sujet à l'époque ? Est-ce qu'il y a eu des freins de par les professionnels, les structures ?
- Speaker #1
C'est un sujet dont on parlait peu. Il y avait quelques études sur le burn-out, mais qui étaient en anglais, peu communiquées. Et oui, on a rencontré énormément de freins. Pourquoi ? Parce qu'il ne fallait pas parler de ce sujet, et notamment au niveau de l'ordre des médecins, qui pensaient que parler de la santé des soignants... C'était abîmer l'image de la profession. Heureusement, ça a évolué depuis, mais il y a eu beaucoup de freins, notamment au niveau des établissements de santé, qui, lorsqu'on communiquait, déchiraient nos affiches, et de peur de... parler de ce sujet dans certaines structures de santé.
- Speaker #0
Alors revenons justement, faisons le point un peu sur l'état de santé des soignants et des étudiants. Comment vous le qualifieriez-vous actuellement de parrain ? Vous faites beaucoup d'études justement pour vous appuyer sur des données probantes. Est-ce qu'il y a une évolution, une amélioration ou une dégradation justement ?
- Speaker #1
Les chiffres sont alarmants. À tel point que, effectivement, c'est un sujet de santé publique. Et je vais vous donner quelques chiffres. Et souvent, je commence mes conférences et mes propos par ces quelques chiffres qui ne sont pas toujours communiqués, mais qui sont alarmants. Vous parliez dans votre introduction de 40%. C'est bien au-delà, puisque je vais m'appuyer sur quatre enquêtes récentes, que ce soit... au niveau du monde libéral qu'au niveau du monde hospitalier, en France et aussi à l'international, qui montrent toutes les mêmes tendances. C'est qu'on a actuellement entre la moitié et deux tiers des professionnels de santé qui se sentent épuisés. Il y en a 20% qui ont déclaré, donc diagnostiqué, une dépression avérée. Ensuite, on a effectivement des problèmes au niveau de la santé mentale, mais il y a également des problèmes au niveau de la santé physique. Plus qu'il y a des problèmes à la fois de sommeil, dans plus de 50% des cas, des problèmes d'alimentation, où les soignants en général mangent à des heures décalées et mangent mal, et des problèmes d'activité physique, où plus d'un soignant sur deux ne fait pas assez d'activité physique. Sans parler des troubles musculosquelétiques et aussi des douleurs chroniques, qui sont deux fois plus importantes que dans la population générale. Et je parlerai aussi notamment des psychotropes. qu'à peu près 25% des soignants prennent des psychotropes ou des substances qui sont des médicaments pour aller bien. C'est vrai que c'est une prise de conscience alarmante sur la santé mentale. Je finirai par ce chiffre chez les soignants sur les idées suicidaires et ça me fera la transition avec les étudiants. Entre 15 et 25% d'idées suicidaires chez les soignants. On avait lancé d'ailleurs une grande campagne en 2022 à ce sujet. Et chez les étudiants, c'est voire plus, entre 20 et 30% selon les dernières enquêtes. Donc c'est plus que des chiffres alarmants et les étudiants ne sont pas épargnés. On va parler aussi chez eux d'isolement, de précarité, de substances effectivement pour tenir le coup. Et aussi comme les soignants, j'ai envie de dire un peu plus seniors, de manque d'activité, de manque de sommeil et une alimentation désordonnée. Donc oui. c'est alarmant parce qu'on sait qu'un soignant qui va bien est un soignant qui soigne mieux et il y a des conséquences évidemment en dehors du taux d'absentéisme dans certaines structures mais même pour ceux qui tiennent on a quelques chiffres qui montrent que le taux des fois de présentéisme dans les structures est des fois plus alarmant que le taux d'absentéisme et on sait que les soignants s'arrêtent au dernier moment et ils vont jusqu'au bout pour travailler et... et aider leurs patients et accompagner leurs patients.
- Speaker #0
Donc un réel impact sur la sécurité des patients aussi, sur la qualité des soins.
- Speaker #1
C'est un impact à la fois sur la qualité des soins, sur la sécurité des patients, sur le nombre de patients, puisque dans ces chiffres, il y a à peu près 30%. La dernière enquête d'Octolib montre qu'il y a 30% des soignants actuels qui ne recommandent pas la filière du soin. Donc il y a un problème aussi d'attractivité dans les milices du soin. On parle de déserts médicaux, mais il y a aussi un gros problème sur le fait d'attirer maintenant nos jeunes dans ces filières du soin.
- Speaker #0
Et parfois de décrochage même au cours de leurs études, notamment chez les infirmières.
- Speaker #1
Les infirmières, la dernière enquête de l'Apnésie montrait que deux tiers des infirmiers avant la troisième année avaient déjà pensé arrêter leurs études et qu'il y en a entre 15 et 20% qui arrêtent leurs études avant. la fin de leur cycle. Donc oui, il y a un gros souci d'attractivité, un gros souci de fidélité lorsqu'ils sont embarqués dans ces études, et aussi de pression. Là, on parle aussi en ce moment beaucoup des étudiants vétérinaires, mais il y a beaucoup de pression aussi dans les stages et de responsabilité à laquelle ils ne sont pas forcément préparés.
- Speaker #0
Alors quelles sont les causes justement de ces chiffres si alarmants ?
- Speaker #1
Les causes, elles sont multiples. C'est pour ça que c'est difficile de trouver une solution. Les solutions seront évidemment multiples. Elles sont à la fois individuelles et collectives. Elles sont aussi à la fois personnelles et liées aux conditions environnementales et aux conditions du travail. Je finirai aussi par les conditions environnementales dont on sait que l'enjeu... Pour la santé des soignants, mais même la santé de tous, c'est l'environnement à moyen et long terme. Et on parle beaucoup de mauvaises conditions ou de qualité de vie au travail, mais il y a un enjeu qui est extrêmement fort en ce moment, c'est l'environnement de façon globale, qui effectivement a aussi un impact sur la santé des soignants. Mais plus classiquement, la santé c'est sur plusieurs critères, c'est la santé mentale, c'est la santé physique, c'est la santé psychique. sociale et environnementale. Donc il y a tous ces critères qui rentrent en ligne de compte. On parle beaucoup en ce moment de santé mentale, heureusement parce qu'avant on n'en parlait pas du tout, mais la santé c'est un global et c'est tout cet alchimie à la fois au niveau personnel, professionnel, psychique, physique, social et environnemental qui fait qu'on est en bonne santé ou en moins bonne santé et on l'a très bien vu pendant le confinement. Vous pouviez être en bonne santé physique, mais avoir une rupture de lien social qui fait que les gens n'allaient pas bien du tout. Donc c'est multiple, les causes d'un épuisement, les causes d'un mal-être, les causes d'une mauvaise santé sont multiples, mais souvent c'est un facteur effectivement aggravant qui déclenche un décrochage au niveau de l'activité professionnelle.
- Speaker #0
Est-ce qu'il existe des différences aussi selon le mode d'exercice ? En tant que salarié, dans des structures ou alors en libéral, est-ce qu'il y a un impact plus ou moins important ?
- Speaker #1
Déjà au niveau de l'environnement, quand vous êtes dans une structure, vous avez un environnement qui peut être soit extrêmement positif de liens sociaux, mais qui peut être aussi problématique par rapport à de mauvaises relations avec ses collègues, par exemple. Voilà, et au niveau des... Les professionnels libéraux sont souvent plus seuls avec leurs patients. Donc ça peut être aussi un avantage parce que du coup, ils ont moins de liens sociaux. Mais dans la plupart du temps, c'est quand même un inconvénient parce qu'ils sont plutôt seuls et moins de liens sociaux avec leurs collègues. Les seuls vrais liens qu'ils peuvent avoir, notamment les kinés, c'est avec leurs patients. Oui, il y a une vraie différence entre l'activité salariée et l'activité libérale. Il y en a qui sont mixtes. Le seul point commun, c'est l'accompagnement des patients et le lien qu'ils ont avec les patients pour un soignant, puisque c'est la définition même d'un soignant pour accompagner son patient, pour améliorer sa qualité de vie.
- Speaker #0
Venons maintenant à l'Institut SPS, qui est devenu récemment institut. Avant, c'était une association. Quel a été ce basculement ? Pourquoi vous avez souhaité qu'il devienne institut ?
- Speaker #1
SPS reste SPS. L'association reste une association. On est même devenu une fédération. On reste l'association loi 1901 but non lucratif, qui a été reconnue d'intérêt général. depuis 2019. Ce qui est important, effectivement, c'est l'évolution de notre logo, de nos statuts et notre identité vers l'Institut pour la santé des soignants. Pourquoi ? Parce qu'on se place comme étant une structure de référence depuis dix ans avec les trois missions que je développerai tout à l'heure et qui devient effectivement de référence par rapport à toutes les solutions qui sont proposées. à l'environnement dans lequel le SPS travaille et dans l'écosystème par rapport auquel il travaille, et surtout aussi à la représentativité nationale et régionale, puisqu'on est présent dans toutes les régions et même au-delà des régions dans certains territoires. Mais surtout, c'est l'approche qui est particulière d'avoir, depuis dix ans, mené des enquêtes et des études pour identifier les besoins des professionnels de santé, pour adapter nos missions et nos actions au plus proche des professionnels de santé. Et puis surtout, c'est les récents partenariats académiques que nous tissons, notamment avec des écoles comme Toulouse Business School, avec Grenoble École Management, avec Polytechnique, mais aussi avec des instituts comme l'Institut catholique de Paris, et puis des universités. avec qui nous continuons à travailler pour essayer d'identifier l'évolution des besoins et de la souffrance des professionnels de santé, mais aussi des solutions pour essayer d'améliorer et préserver la santé des soignants aussi chez ceux qui vont bien. Je finirai par dire aussi qu'à travers notre plateforme qui a reçu plus de 40 000 appels depuis 10 ans, on a le plus bel observatoire de la santé des soignants en France. Et on peut suivre au jour le jour, même si ce sont des appels anonymes et confidentiels, les motifs des appels. Et de ce fait, ça nous donne effectivement une force et une base de données extrêmement forte pour suivre. les motifs et l'évolution de la santé des soignants en France.
- Speaker #0
Alors vous avez évoqué rapidement à l'une de vos missions justement la prévention. Donc quelles sont ces missions justement de l'Institut ?
- Speaker #1
Alors la première mission qui est une mission de défense de la cause, j'ai commencé tout à l'heure par des chiffres qui étaient alarmants, nous communiquons sur ces chiffres, non pas pour faire peur mais pour faire bouger les lignes. Et pour que cette prise de conscience soit institutionnelle, soit au niveau également des professionnels de santé, pour leur faire prendre conscience qu'ils ne sont pas les seuls à être vulnérables ou à être en mauvaise santé, qu'il y a des solutions et qu'on a des actions très concrètes pour défendre cette cause au niveau de nos institutions, au niveau de relations, au niveau d'un plaidoyer que l'on porte. mais aussi de colloques. On a parlé de colloques en début de cet entretien à l'Académie nationale de médecine. Là, on va faire notre douzième colloque cette année. Donc tous les ans, il y a un colloque national. L'année dernière, c'était sous le patronage de la présidence de la République qui permet d'avoir un rendez-vous pour faire intervenir toutes les initiatives sur la santé des soignants. Il y a cette défense de la cause qui est importante pour, justement, on a quand même effectivement un rapport ministériel sur la santé des soignants. SPS est intégré dans la future feuille de route qui va, j'espère, être opérationnelle bientôt. Et puis, cette défense de la cause est due aussi à plusieurs enquêtes et le rassemblement de toutes ces enquêtes pour en faire des chiffres sur lesquels on communique. Mais les deux missions très opérationnelles sur lesquelles SPS communique également et a des solutions, c'est autour de ces deux missions, l'accompagnement et la prévention. Dans l'accompagnement, rapidement, il y a toute une plateforme et un dispositif qui va de l'écoute jusqu'à l'hospitalisation d'urgence. C'est un dispositif très performant. Et au niveau de la mission, la deuxième mission sur la prévention, c'est tout un tas d'ateliers de sensibilisation, de formation, de e-learning, de serious game, de ressources pédagogiques, d'auto-test, qui permettent d'offrir sur une plateforme servicielle que nous avons appelée la maison des soignants.fr toute une panoplie, une boîte à outils pour que chaque soignant puisse, en fonction de ses besoins, son choix de support, que ce soit la visio pour nos ateliers, des coups de téléphonique, du e-learning, du présentiel, choisir s'il veut un accompagnement psychologique, des ateliers autour de l'alimentation, l'activité physique, le sommeil, la respiration, la santé de la femme ou bien juste leur équilibre perso-pro. S'ils veulent s'auto-tester aussi par rapport à leur état, parce que souvent ils ne vont pas voir leur médecin, s'ils veulent participer à un e-learning ou s'ils veulent aller à une journée que l'on va organiser pour essayer de ressourcer ces soignants. Donc c'est une vraie panoplie de services. Tout à l'heure, je disais qu'il n'y avait pas qu'une seule raison d'être en souffrance. Il n'y a pas non plus qu'une seule solution pour essayer de s'en sortir. Et souvent, on a besoin de plusieurs canaux de support pour accéder à l'information. qui nous va bien. À un moment dans la journée, à 3h du matin, c'est sûr qu'on ne va pas aller voir la médecine du travail. On va juste avoir envie de parler à quelqu'un pour échanger. Cette panoplie de services est à la fois en digital et en présentiel. Elle est en présentiel à travers nos rencontres, nos journées, mais elle est aussi à l'origine de la création de deux maisons des soignants. qui est à Metz et à Paris, qu'on a inauguré l'année dernière, qui permet aussi d'accueillir, d'échanger avec les soignants qui en ont besoin, de les former et de les ressourcer dans ces maisons qui permettent effectivement d'avoir aussi une proximité et un lieu physique pour accueillir ces soignants et ces étudiants en santé.
- Speaker #0
Donc cette plateforme téléphonique est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ?
- Speaker #1
Oui, c'est un numéro vert, 0805 23 23 36, que tous les soignants devraient connaître. Ou, si on a perdu les chiffres, ils peuvent télécharger, et je conseille aussi à tous les soignants et les étudiants en santé, gratuitement sur votre smartphone Asso SPS, qui permet d'avoir accès à ces 120 psychologues sur la plateforme, jour et nuit, et de pouvoir même choisir ces psychologues dans ce cadre-là. Ce sont tous des psychologues qui ont une double formation en psychopathologie du travail, qui sont formés au post-traumatique et à la prévention du suicide, et qui peuvent réorienter en fonction de la gradation de l'appel, soit vers un médecin généraliste, un psychologue, ou vers une unité dédiée, voire même déclencher l'hospitalisation immédiate en cas d'idée suicidaire imminente. C'est un dispositif vraiment complet, unique en France. Au-delà de l'écoute, il y a une approche médicalisée d'urgence et de rappel si besoin, si la personne accepte d'être désanonymisée. En interne, on a quatre personnes qui peuvent rappeler ces personnes pour désannoncer par exemple des crises suicidaires.
- Speaker #0
Vous parliez déjà d'une prise de conscience du soignant, de sa fragilité, ce qui n'est déjà pas évident et de faire cette... deuxième démarche d'appel ne doit pas être évidente non plus.
- Speaker #1
Non, souvent, d'ailleurs, c'est des facteurs peu graves qui déclenchent l'appel parce qu'ils n'ont pas honte d'en parler. Ils vont dire « je me suis disputée avec mon collègue » ou « mon chef ne m'a pas dit bonjour » , etc. Ou bien « je viens de divorcer » . Alors, je ne dis pas que ce n'est pas grave, mais souvent, c'est la petite goutte d'eau, la grosse goutte d'eau qui a fait déborder le vase et il y a une succession, en fait, de de raisons qui ont poussé à un moment donné à ce que le soignant ou l'étudiant craque et nous appelle ou viennent consulter la plateforme de service et participer à un certain nombre d'ateliers, voire même puisqu'on fait aussi des groupes de parole en ligne ou en présentiel quand on a des établissements par exemple qui nous demandent ou des CPTS suite à des événements graves. d'organiser des groupes de parole pour libérer la parole et échanger sur ce sujet.
- Speaker #0
Alors, vous parliez de maisons de santé en présentiel, donc à Metz et à Paris. Est-ce que vous pensez développer encore un peu plus sur le plan national ?
- Speaker #1
Alors, ce ne sont pas des maisons de santé, c'est des maisons de soignants. Et la différence est importante parce qu'on ne fait pas de l'approche médicalisée. On fait du soin et notamment, il y a des psychologues qui... C'est un peu la continuité de la plateforme, mais dans les maisons des soignants, qui accueillent gratuitement les personnes qui en auraient besoin. Il suffit juste d'aller sur notre plateforme, lamesondessoignants.fr. Et si vous avez la chance d'habiter Paris ou Metz, vous pouvez vous inscrire et avoir accès à ces psychologues pour pouvoir échanger avec eux. Pour répondre à votre question, on avait fait un pilote... On est de France, on a déménagé la maison des soignants à l'automne dernier. On a ouvert aussi celle de Metz. L'idée, puisque c'est une initiative qui a été saluée dans le rapport ministériel l'automne 2023 comme étant innovante, c'est de faire au moins une maison des soignants dans chaque région à échéance de 2030. Donc là, nous avons des pistes également en Occitanie pour créer d'autres maisons des soignants avec à chaque fois des spécificités. régionales mais aussi territoriales qui passent par des enquêtes en amont pour pouvoir s'adapter au mieux aux besoins des soignants ce qui n'empêche pas d'avoir quand même des démarches pour aller vers eux dans leurs établissements, dans leurs cabinets pour être au plus proche de leurs besoins parce qu'ils ne viennent pas souvent vers nous donc il faut aussi aller vers eux.
- Speaker #0
Vous parliez de partenariats auprès de certaines grandes écoles, universités est-ce que vous avez d'autres partenaires au niveau institutionnel ?
- Speaker #1
Alors l'association SPS est au cœur d'un écosystème assez impressionnant, puisque au-delà d'une équipe interne qui est composée de salariés, puisqu'on est maintenant une douzaine, de prestataires et également d'intervenants, mais aussi des 120 psychologues et d'administrateurs, et de 60 bénévoles, donc on a une équipe quand même, j'ai envie de dire, rapprochée, qui est maintenant... assez importante pour s'occuper, et ce n'est encore pas suffisant, de tous les soignants qui en ont besoin. On travaille à la fois avec les instances ministérielles, avec l'ACNAM, la région Île-de-France, les ARS, mais on travaille évidemment aussi avec les structures de santé, qu'elles soient libérales ou hospitalières, les cliniques, les CPTS, les URPS, les syndicats. On a à peu près 150 partenaires moraux au niveau de l'association et plus de 600 adhérents physiques, personnels, soignants au niveau de l'association. Mais on travaille avec d'autres associations qui s'occupent notamment de la santé des soignants, on travaille avec des mutuelles, on travaille avec... avec effectivement des écoles ou des instituts de recherche. On travaille aussi en direct avec les soignants, ça c'est quand même notre première cible. Et on travaille aussi avec les médias, puisque pour nous c'est important de relayer toutes les actions que l'on porte, notamment au niveau des études, pour que ça soit le plus connu possible. Et on a une envie forte de travailler maintenant direct. avec les citoyens puisqu'on vient là de finaliser une campagne de communication sur la prise de conscience au niveau citoyenne de la vulnérabilité et du danger suite à la mauvaise santé des soignants pour que aussi le citoyen prenne conscience qu'un soignant peut être vulnérable peut être aussi en mauvais état de santé voilà donc ça c'est aussi une approche citoyenne qui est assez nouvelle chez nous Plus que notre raison d'être, c'est comment on peut préserver la santé des soignants pour améliorer la vie de tous. Donc un soignant qui va bien, c'est une meilleure qualité du soin, une meilleure sécurisation des soins. Mais c'est aussi notre vie à tous qui est en danger. On parle souvent des urgences et du manque de services fermés. Demain, si les soignants sont en mauvais état de santé, s'il n'y a plus de soignants parce qu'on n'arrive plus à attirer les jeunes, demain, s'il n'y a plus de soignants, il n'y a tout simplement plus de vie et on ne pourra plus être bien soigné. Donc c'est important aussi de sensibiliser la citoyenneté aussi au niveau de cette prise de conscience. Et je rappelle, ça va un peu boucler par rapport à mes chiffres du début, l'OMS vient de publier une récente étude qui a comparé 29 pays au niveau européen. Les résultats datent d'octobre 2025 et placent la France. En tête de liste, parmi les quatre pays les plus vulnérables au niveau de ces soignants, et sur deux critères, anxiété et dépression, alors là c'était sur les infirmiers spécifiquement et les médecins, la France est numéro un. Donc la recommandation de l'OMS urgente, c'est de s'occuper de la santé de nos soignants.
- Speaker #0
Vous reportez aussi la demande que la santé des soignants devienne une grande cause nationale. En quoi cette reconnaissance appuierait encore vos discours et vos demandes ?
- Speaker #1
C'est vrai que le 11e colloque national au ministère de la Santé, sous le patronage de la présidence de la République, était porté sur la demande de faire de la santé des soignants une grande cause nationale. En lien d'ailleurs avec... La grande cause actuelle santé mentale et qui, on est ravi, a été prolongée en 2026 par rapport à l'engagement qui avait été fait mais qui n'était pas fini sur toutes les actions que cette grande cause portait. Pour nous, pourquoi on demande cette grande cause ? Tout simplement parce que c'est un enjeu de santé publique et dès l'instant où vous avez plus de la moitié des soignants qui se sent épuisé. Et aussi, notamment pour les médecins et les infirmiers, il n'y en a pas la moitié, mais c'est les deux tiers. C'est le dernier rapport officiel, que ce soit au niveau du rapport ministériel 2023 ou du rapport Odoxa-MNH, montre que ce n'est pas juste une responsabilité individuelle, mais que ça devient aussi une responsabilité collective et qui va avoir un impact sur la population et la santé de la population. Ces chiffres alarmants montrent que c'est légitime de demander pour la santé de nous tous une grande cause nationale. Et s'il n'y a pas des actions concrètes pour s'occuper de la santé des soignants, ça va être très compliqué de proposer tous les plans qu'on rêve d'avoir et les lois qu'on rêve d'avoir. Il n'y a pas de bonne santé au niveau de la population. On pourra faire tout ce qu'on veut au niveau de nos lois, de nos politiques, etc. Ça va quand même être un sacré souci et un enjeu de santé publique assez fort.
- Speaker #0
Si vous deviez adresser un message justement de prévention, de vigilance aux professionnels de santé, quel message serait-il ?
- Speaker #1
Alors, c'est déjà ne pas rester seul et prendre soin de soi. Parce que le fait... qu'un soignant soit fort, soit en bonne santé, a un impact sur la population et les bons soins, et sur notre vie à tous. Donc sans les culpabiliser, sans leur donner encore en plus cette pression, mais il est important qu'un soignant n'arrive pas au bout de sa vulnérabilité, au bout de ses forces pour s'arrêter, mais qu'il agisse en prévention. pour éviter des choses dramatiques ou d'être trop fatigué qui le pousse à s'arrêter, voire même à avoir des actes qui seraient irréversibles. Donc, il faut absolument, dans la journée, se mettre des temps de pause et faire ce qu'on a envie de faire pour se ressourcer avec des actions qui peuvent être multiples. Il y en a qui vont faire du sport, il y en a qui vont faire des courses, il y en a qui vont faire... partir en vacances, il y en a qui vont regarder la télé, peu importe, mais se garder des pauses, sociales aussi, c'est important d'avoir un lien social avec des amis, avec ses collègues, avec qui on partage des moments forts, et ne pas rester seul dès qu'on sent qu'il y a un souci, il faut oser communiquer, oser en parler, oser user des services, des associations comme SPS, ne pas avoir peur. Ne pas penser que c'est un sujet tabou. Les chiffres montrent que c'est quand même très fréquent. Et surtout aussi, peut-être avoir un rôle de repérage vis-à-vis de ses collègues pour lui parler, pour aller vers lui, pour qu'il ose en parler, qu'il ose s'arrêter, pour qu'il ose trouver des ressources pour aller mieux.
- Speaker #0
Vous l'avez déjà dit lors du podcast, mais je pense qu'il est important de le rappeler. Comment on peut vous contacter justement ?
- Speaker #1
Vous pouvez appeler la plateforme, le numéro vert, à toute heure du jour et de la nuit avec 100% de décroché. Ça, c'est important. 0805 23 23 36 ou via l'application Asso SPS. C'est unique en France. Il y a 100% de décroché. Et quelle que soit l'heure, vous pourrez avoir accès à un psychologue qui pourra vous écouter sans jugement, en toute confidentialité, gratuitement et de façon anonyme. En dehors de ça, vous pouvez aller vous contacter. connecter sur lamesondessoignants.fr et là, vous avez tous les services qui vous seront proposés avec des actualités, des ateliers de ressources, des formations. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, être adhérent à l'association SPS, tout simplement en allant sur le site SPS-institut.fr qui est notre site institutionnel qui permet aussi d'accéder à l'adhésion. C'est entre 30 et 70 euros par an. en fonction du profil. Voilà, en fonction... Voilà, donc toute personne, même en dehors des soignants, peuvent adhérer à l'association. Et après, moi, je suis aussi joignable à c.corniber.com arrobas sps-institutdu6.fr Voilà, c.corniber.com arrobas sps-institutdu6.fr institut.fr. Donc, on répond au téléphone, on met en place des actions sur mesure si besoin il y a par rapport à votre structure, par rapport à un partenariat. Et surtout aussi, on vous accompagne en cas de gestion de crise. C'est pour ça qu'il ne faut jamais rester seul. Et on accompagne aussi beaucoup de CPTS. Ça fait partie aussi de nos actions fortes parce qu'ils ont dans leur mission 6, notamment... Cette action d'accompagnement des professionnels de santé sur le territoire. Donc, j'ai envie de dire, soit via la plateforme, s'il y a un problème et vous avez envie de parler à un psychologue, soit sur les services lamaisondessoignants.fr, soit sur des informations sur notre origine, notre conseil d'administration, l'actualité des télé-rechangements d'affiches sur sps-institut.fr ou me contacter directement via mon mail.
- Speaker #0
On ajoutera tous les liens en description. On reliera bien sûr le numéro aussi de par toutes nos communications. Un grand merci Catherine.
- Speaker #1
Merci à vous et prenez soin de vous.
- Speaker #0
Au revoir. Merci de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous a plu. Si c'est le cas, je vous invite à laisser un avis sur votre plateforme d'écoute préférée et à partager l'épisode autour de vous. N'hésitez pas également à nous dire quel sujet vous aimeriez que l'on aborde dans les prochains épisodes. et quels invités vous souhaiteriez écouter. Pour ça, dites-le nous en commentaire. N'oubliez pas de nous suivre sur les réseaux sociaux et de visiter le site web de l'AFFMKR pour rester informé des dernières actualités et des événements à venir. Votre soutien et votre engagement sont essentiels pour faire avancer notre profession.
- Speaker #1
La médicale, un réseau expert d'agents généraux, vous accompagne les kinés dans leurs besoins professionnels et privés.