- Speaker #0
Bienvenue dans un nouvel épisode de COPS Keep Our Planet Safe, le podcast qui reconnecte. Avant de poursuivre cette écoute, je voulais vous poser une petite question, comme d'habitude. Est-ce que vous pensez savoir aimer ? Je vous invite à me dire en commentaire ce que vous en pensez. Alors aujourd'hui n'est pas une rencontre fortuite. C'est la définition même de la sérendipité, le heureux hasard des choses. qui vous offre des opportunités. Des rencontres qui participent à la construction d'une vie avec un grand V. Aujourd'hui, je reçois May Hua, documentariste, une femme franco-vietnamienne qui a réalisé trois longs-métrages d'une qualité rare sur l'amour, la spiritualité, la philosophie de vie. Son travail a été salué par Clique, Le Monde, Télérama. Elle a collaboré avec Brut et bien d'autres médias comme Vlan ou Donne-moi des ailes de Caroline Lecyr et Ilyas Kotsou. Tous les liens seront évidemment en description ou en story pour le live. Aujourd'hui, on se retrouve pour parler en profondeur de l'amour. Alors bonjour, May, Ua.
- Speaker #1
Salut ! Salut, Nine, ça va ?
- Speaker #0
Ça va très bien. Et justement, tu me ôtes les mots de la bouche parce que c'est toujours ma première question d'interview. Comment est-ce que tu vas aujourd'hui, sachant que ce n'est pas une question de politesse ?
- Speaker #1
Ça va très bien aujourd'hui.
- Speaker #0
Tu te sens bien, alignée ?
- Speaker #1
Ouais, je suis heureuse. Génial.
- Speaker #0
La deuxième petite question phare de ce podcast, pour rentrer un petit peu dans la profondeur et dans le vif du sujet, est-ce que tu pourrais te présenter pour toutes celles et ceux qui nous écoutent, sans citer ton nom, ton âge, ni ton métier ?
- Speaker #1
Donc je suis une femme française d'origine vietnamienne, je suis la maman de deux enfants adultes qui ont 18 et 20 ans, que j'ai filmé dans mon premier film La rivière, et je suis artiste. et disons que je passe ma vie à l'explorer et que dans cette exploration, en fait, ça crée des choses. Ça a été un blog que j'ai ouvert il y a 15 ans, ça a été mes réseaux sociaux, mais ça a été aussi trois longs métrages, Les rivières, Make me a man et Mayday. Et c'est tout un tas de rencontres, des cercles de paroles. Donc, c'est une boule à facettes, quoi, ma vie.
- Speaker #0
On ne va pas spoiler dès maintenant les trois films parce que ce sera exactement le sujet de l'épisode d'aujourd'hui. Mais le point commun, le dénominateur commun entre tous mes invités, mes invités du podcast, je vais y arriver, c'est la boulimie de la vie, l'envie de vivre, de découvrir, d'apprendre qui on est, d'apprendre sur soi, d'apprendre sur les autres. Et donc, merci pour le temps que tu te consacres à moi et à cet épisode d'aujourd'hui. Alors, pour être tout à fait honnête, j'ai eu un petit peu de mal à trouver un sujet précis et des questions complètement prédéfinies. Mais parmi les documentaires que j'ai vus de toi, plusieurs mots me sont apparus. En premier, l'amour. En deuxième, la recherche d'identité, comme une recherche profonde de soi. Et la troisième, c'est la sensibilité. Et celui-là me tient tout aussi à cœur que les autres. On va donc essayer, si ce programme te plaît, de graviter autour de ces grandes thématiques pour comprendre ensemble ce qu'est l'amour et dans toutes ses dimensions, dans toutes ses facettes, comme tu disais. Ça te va comme planning ?
- Speaker #1
Oui, super.
- Speaker #0
Trop bien. Je dis toujours que l'enfance est formateur, est forgeur et nous permet aussi de nous définir en quelque sorte. Du coup, j'aimerais savoir, si tu l'acceptes, quel enfant tu étais ? L'enfant qui somnole peut-être encore en toi ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y avait un mélange de très grande force, de très grande joie. On me disait que je riais très fort, par exemple. Et en même temps de très grande inquiétude. Parce que je suis enfant d'immigré, parce que je suis la première, parce que je suis une fille. Et parce que je nais dans une famille dysfonctionnelle comme toutes les familles. Mais c'est ce que j'explore dans les rivières, avec un passé assez traumatique et un héritage familial assez dur. ou notamment les femmes de Maligny. Mais en fait, les garçons aussi ont subi des violences très nombreuses et très intenses. Et donc, quand on est le premier enfant d'une maman qui est très, très traumatisée, en fait, ça crée une enfance aussi un peu difficile. Pas parce que moi-même, j'ai été, je ne sais pas moi, violentée, battue, etc. Mais parce qu'on hérite. d'une angoisse, d'une difficulté à vivre, ou d'une envie de vivre de tout ça en même temps. Et donc, ça met du temps de faire la part des choses, de comprendre de quoi on hérite. Donc, c'était ce mélange-là, en fait. Je ne sais pas si on peut appeler ça une naissance, mais cette enfant avait une très, très grande vitalité. Elle n'était pas voulue. Elle est arrivée quand même. Un grand, grand désir de venir. Donc, voilà comment je la caractériserais. Mais c'est vrai, à la fois une grande inquiétude et de ne pas avoir sa place, de ne pas assez bien parler français. Et en même temps, j'étais la première de la classe, j'étais un bulldozer, j'ai eu tous mes concours après. Donc il y avait un truc quand même qui fonctionnait bien pour moi.
- Speaker #0
Si on revient à ton enfance et puis à la personne, à la femme incroyable aujourd'hui que tu es devenue, je voulais savoir c'était quoi ton plus grand apprentissage de vie ?
- Speaker #1
Oh, je ne sais pas s'il y a un plus grand apprentissage, mais disons que mes plus grands maîtres spirituels, c'est mes deux enfants. Si c'est la question que tu poses, je pense que la maternité, c'est ce qui m'a le plus transformée.
- Speaker #0
C'est marrant parce que Caroline Lecyre, justement, qui nous a mis en contact, avec qui on a déjà fait un épisode du podcast, c'est elle qui m'a conseillé de te rencontrer. Et elle disait exactement pareil.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
La maternité, c'est dingue.
- Speaker #1
Ouais. Oui, il n'y a rien qui m'a fait plus grandir que...
- Speaker #0
En quoi ça t'a fait grandir ?
- Speaker #1
Alors, c'est un peu différent pour mes deux enfants parce que... Quand tu as un premier enfant qui arrive, notamment avec ce que je viens de t'expliquer, il arrive et il fait remonter avec lui, il fait naître avec lui. Ou plutôt, il met au visible tout un tas de choses qui ont été mises sous le tapis jusqu'alors. D'accord. Et donc, c'est un énorme inconscient qui refait surface. Et donc, cette inquiétude qui m'était totalement inconnue, totalement inconsciente, c'est arrivé avec l'arrivée de ma fille, qui était en plus une fille. Une première. Et donc, j'ai fait une dépression tout de suite, quasiment. Elle avait deux mois et demi. Et en fait, il faut que tu te sortes les doigts. Parce que ce n'est pas juste pour toi. Tu as un bébé qui a deux mois et demi. Tu pleures toute la journée. Il n'y a rien qui fait sens. Une immense culpabilité. Tu es obligé de grandir, en fait. Tu es obligé de sortir. Et donc, tu apprends à demander de l'aide. Tu apprends à reconnaître qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Alors que jusque-là, ce que je te disais, j'étais un bulldozer. Donc en fait, je Ausha toutes les cases, j'étais une sorte de modèle de réussite, surtout dans une France très élitiste. Donc ça ne faisait pas sens. Et donc le paradigme dans lequel j'étais était juste pulvérisé par l'arrivée de cet enfant. Tout d'un coup, c'est la caverne. Tout d'un coup, tu vois que c'est une caverne et que ce n'est pas du tout la réalité. Et donc, t'es obligé de cheminer. Et puis, l'arrivée de Léo, c'était mon garçon, deux ans et demi après. Et après, deux fausses couches aussi. C'est vrai que la maternité, c'est ça aussi. C'est parfois les fausses couches, c'est parfois la difficulté à avoir des enfants. C'est tout un tas de choses autour qui ne sont pas uniquement élever des enfants. qui te font comprendre en tant que future maman ou maman désirante qu'en fait ton corps il est limité, que tu peux le mettre en danger donc c'est une relation au vivant et à ta propre vie qui est juste transformée parce que c'est plus uniquement ta tête et ton intelligence qui est à l'oeuvre c'est à la vie à la mort, tout d'un coup c'est vraiment à la vie à la mort et donc ça, ça change beaucoup les choses et Et Léo, quand il est arrivé, c'était un moment où je ne comprenais rien à cet enfant. C'est lourd à porter, mais c'était un reflet de moi-même. Je voyais en elle tous mes dysfonctionnements. Dès qu'elle dysfonctionnait, je savais que c'était un reflet de moi-même. Et que du coup, il fallait que je recalibre, il fallait que je chemine, il fallait que j'apprenne. Alors que Léo, ce n'est pas qu'il était dysfonctionnel, c'était que je ne comprenais rien à cet enfant. Et donc, en fait, il m'a fallu vraiment, vraiment cheminer pour comprendre où étaient les boutons, pour comprendre cette altérité totale pour moi. Et donc, ça, c'est pareil, t'es obligé de grandir pour ouvrir ton cœur et pour accepter cette altérité que tu comprends pas du tout. C'est pas qu'il me faisait violence, Léo, mais il me mettait vraiment face à des limites. des limites de mon égo qui étaient très très fortes.
- Speaker #0
Oui, finalement, la maternité, c'était un petit peu comme une thérapie hyper dense chez les psys. Dans ton premier film, Les rivières, tu retraces des moments ultra forts. Alors, comme tu disais, je reste assez attachée à mes notes parce que ça m'a beaucoup inspirée, j'ai écrit et j'ai pas envie de perdre mes idées. Voilà, comme ça, vous savez aussi. C'est pour ceux qui nous regardent en live. Donc, dans ton premier film, Les rivières, tu retraces l'histoire et des moments... ultra fort de vie de quatre générations de femmes de ta famille. De toi, de ta fille, de ta maman, mais aussi de ta grand-mère. On voit ces lignées, et surtout les plus anciennes, notamment ta maman et ta grand-mère, se trouver dans des postures de crise identitaire. Qui je suis ? Où je vais ? Quelle implication ça comporte dans mes choix ? Les peurs que ça génère, la peur de passer à côté de sa vie, etc. Qu'est-ce que tu as appris sur toi, en tant que femme, dans cette période ? de documentaire, de ton premier film, Les rivières ?
- Speaker #1
Alors, c'est une période qui est très longue, parce que Les rivières, ça a été cinq années de tournage, trois années de montage, avec une superposition des deux. Donc, ça a été six ans de ma vie. Et en fait, je pense que ça a un peu tout redéfini pour moi. Ça a tout redéfini, parce qu'en tant que femme, j'avais beaucoup de choses à me prouver. notamment que notre vie elle valait quelque chose sans les hommes ce qui me paraît fou en fait aujourd'hui de me poser cette question parce que évidemment en fait ça veut pas dire que j'aime pas les hommes, j'ai un fils j'ai mes frères, j'ai grandi avec 5 frères on s'adore mais en fait j'avais perçu compris encore inconsciemment que sans être en couple avec un homme, ma vie elle valait rien ou que euh... c'était la loose ou que ma vie de femme se réduisait beaucoup à l'idée d'être en couple. Et en fait, cette quête m'a fait montrer que non, pas du tout. En fait, on a des histoires qui sont valables, qui ont une valeur, qui sont aimables, qui provoquent de l'amour entre nous, avec les autres. y compris avec les hommes et les hommes dans ma famille et mon compagnon que j'ai rencontré en cours de tournage c'était très beau parce qu'ils sont vraiment écartés ils se sont mis sur le côté ils se sont mis hors champ mes frères se sont mis hors champ mon compagnon s'est mis hors champ le père des enfants s'est mis hors champ et ils nous ont dit on va vous écouter en fait nous notre rôle à ce moment de nos vies, de ta vie c'est de nous asseoir de ne pas être dans le débat dans oui mais moi je ne l'ai pas vu comme ça et tout, on le fera après mais là je pense qu'on a besoin de vous écouter de vous voir et de vous recevoir, de vous ressentir différemment et ça ça a été incroyable parce que même s'il y a peu d'hommes dans le film il y en a deux qui sont importants c'est mon fils et mon grand-père qui sont les deux bouts de la chaîne en fait ils sont très très présents dans leur écoute et dans leur euh le respect qu'ils ont eu de nous faire confiance, de cesser l'invisibilisation, la silenciation, et de nous dire, OK, votre parole, elle a quelque chose d'important qu'on a envie d'honorer, on va écouter.
- Speaker #0
Donc en fait, si je comprends bien, les femmes de ta famille ont subi des formes d'oppression, des traumas, et tout a émergé aussi, notamment pendant la rédaction et la scénarisation de ce film. Enfin, pas scénarisation, mais tu vois, le moment où tu as tourné et tout ça. Qu'est-ce que tu as mis en place pour justement avoir et obtenir cette écoute ? Est-ce que c'est vraiment juste les hommes de ta famille qui se sont dit « Ok, là, il y a peut-être un problème dans notre fonctionnement et donc on va se concerter et voir ce qu'on peut mettre en place » ou est-ce que c'est vous qui l'avez demandé ?
- Speaker #1
Non, on s'est imposé. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'au début, je voulais juste documenter le retour de ma grand-mère. qui était mourante au Vietnam, qu'on a décidé d'aider. Surtout ma mère qui, en plus d'être sa fille, est médecin, et qui s'est dit qu'on ne pouvait pas la laisser mourir à l'autre bout de la Terre. Je la ramène et moi, je ne connaissais pas très bien ma grand-mère à l'époque. Je décide d'aller aider ma mère, pour aider ma grand-mère. Et donc, moi j'avais ce blog à l'époque, j'avais déjà filmé beaucoup ma mère et ma fille. Et ma mère me dit, mais écoute, tu filmes tout le temps, autant filmer ça aussi. Il documente ça, c'est quelque chose d'important pour la famille. Et donc moi, j'étais partie vraiment sur un truc de, c'est bien pour la famille. Et puis, en fait, c'est ça la magie ou le cauchemar des processus créatifs. C'est qu'en fait, ça devient un organisme vivant. Et tout d'un coup, il y a quelque chose qui se met en place. Et ça amène des questions et ça amène des discussions et ça amène des interrogations. Et en fait, au moment où ce film naît, ma grand-mère, elle renaît aussi.
- Speaker #0
Oui, oui, carrément.
- Speaker #1
De manière assez spectaculaire. Oui, c'est dingue, c'est dingue. Et en fait, avec... les deux processus de renaissance se mettent un processus de renaissance de la psyché familiale et de, mais attends, qui sommes-nous ? Qu'avons-nous vécu ? Ah oui, toi, c'était comme ça pour toi ? Ah bon, je ne savais pas. Et donc, tout d'un coup, le dialogue va se mettre en place et il se trouve qu'on l'a firmé. Ce processus, en fait, va amener toutes ces discussions et donc, à un moment donné, en fait, il fallait que je... C'est pas que je demande l'autorisation de ma famille, parce que je ne leur avais pas demandé l'autorisation. À un moment donné, une partie de la famille a eu peur, parce qu'ils savaient très bien de quoi on allait parler, alors que nous, on ne savait pas encore. Mais parce que tout le monde a senti que mettre des images et mettre des mots sur des choses qui sont indicibles, c'est venir casser une culture familiale. qui est la culture du silence. Et donc, en fait, ce que j'ai fait avec bien-pensance et élan, etc., en fait, c'était une énorme transgression. Oui, oui. C'était une énorme transgression. Je n'en avais pas du tout conscience. Et puis après, en lisant des livres sur la thérapie, sur la mémoire familiale et tout, je me suis rendue compte que j'étais en train de remythologiser la famille sans l'avoir décidée comme telle. Mais c'était exactement ce qu'on était en train de faire. Et donc, à un moment donné, il y a vraiment eu des menaces, il y a eu des menaces de procès. Il a vraiment fallu qu'on tienne bon et qu'on dise non, non, mais on va le faire, en fait. Et ce qui est vrai, et là où c'est devenu acceptable comme projet, c'est quand les Anglais disent « to own » . Mon mari, il est Anglais, donc j'utilise beaucoup d'anglicisme. Et les Anglais disent « to own » , c'est-à-dire s'approprier son désir, là, en l'occurrence. Et en fait, à partir du moment où j'ai dit « je » , À partir du moment où j'ai dit j'ai besoin de faire cette enquête et de la finir pour comprendre qui je suis, pour léguer une autre histoire à mes enfants et pour les protéger. Une fois que j'ai dit, en fait, ma loyauté maintenant, elle n'est plus vis-à-vis des anciens, elle n'est plus vis-à-vis de mon grand-père, de ma mère, elle est pour moi et pour mes enfants. Et je vais aller jusqu'au bout, en fait. Et en fait, je suis désolée parce que je sais que pour vous, ça remue. Je sais que pour vous, c'est douloureux. Je sais que pour vous, c'est pas votre choix. Mais je vais le faire. et en fait je vous demande pas la permission mais je vous demande de comprendre et en fait à partir du moment où j'ai dit je, les gens ils avaient le droit de dire ok je te comprends ou non je te comprends pas, je veux être retirée du film, mais en fait il y a une compréhension qui s'est faite de moi j'étais pas là pour imposer bah voilà ce sera l'histoire de la famille mais c'est mon histoire, j'ai besoin d'aller jusqu'au bout et donc à partir de là il y a eu du respect quoi
- Speaker #0
Oui, mais ici, c'est beau parce que du coup, par amour de toi, finalement, tu as quand même fait du bien à ta famille et justement, notamment à ta maman. Si, à ta maman et à ta grand-mère, on voit qu'elles ont... Bien sûr,
- Speaker #1
bien sûr. Alors en fait, pour ma grand-mère, c'était moins ambivalent parce que tout ce processus, tu vois, quand elle a vu le film, je pleure tout le temps quand je dis ça, mais quand elle a vu le film, elle m'a dit, elle s'est mise à danser et elle a dit, je suis quelqu'un. Tu vois, c'est hyper émouvant. Une femme qui a 95 ans et qui était censée mourir, en fait, dit oui à la vie et voit à quel point elle est vivante, à quel point ce n'est pas juste la femme du diplomate. Et donc, encore une fois, ce n'est pas du tout anti-homme de dire ça. C'est de remettre au centre le vécu des femmes et de dire... Mais c'est fou en fait de se dire, pendant 90 ans, je suis juste la femme de... Et tout d'un coup de dire je suis quelqu'un. En fait, ma vie elle compte. Je ne suis pas parfaite et parfois j'ai fait les mauvais choix et parfois j'ai protégé des gens que j'aurais dû dénoncer mais parce que j'avais peur, mais parce que... Et en fait on la comprend tout d'un coup et on est en lien avec elle parce qu'elle est en lien avec elle-même. Pour ma maman c'était plus difficile quand même parce que ce qu'elle venait révéler était douloureux pour elle. Donc, elle était entre l'envie d'être ma mère et l'envie de tenir tout ça à l'écart des regards. Et donc, c'était plus difficile pour elle. Donc, bien sûr qu'il y a une partie qui l'a libérée. Je me rappelle, à l'une des projections, elle était venue, elle m'avait dit « je n'ai plus honte, je n'ai plus peur » . Et en même temps, parfois ça revient, parfois c'est plus compliqué quand même. Les traumatismes sont quand même très très lourds.
- Speaker #0
Oui, j'imagine.
- Speaker #1
Ce n'est pas un conte de fées, en fait. C'est vrai, quand on fait des films, on peut laisser cette impression-là. C'est juste un temps de notre vie. Et voilà.
- Speaker #0
Mais justement, tu parlais de ta grand-mère, tu disais que tu avais les larmes aux yeux. Et justement, je voulais te faire part d'un moment où j'ai trop chialé dans le film. Donc, tu retraces l'histoire. Je fais un petit spoil comme ça, les gens contextualisent un petit peu. Tu retraces l'histoire et des moments forts de quatre générations de femmes de ta famille qui ont vécu des traumas, des crises identitaires, etc. À un moment, ta grand-mère décide entre rester près de son mari mal à des alités ou partir avec toi. et ta maman pour prendre soin d'elle. On voit deux personnes âgées, ton grand-père et ta grand-mère. Le mari est très faible et on voit la main de ta grand-mère sur son visage qui lui dit au revoir. Pas à tout jamais, mais elle lui dit au revoir maintenant, je vais m'occuper de moi. Regarde, c'était François. Moi aussi,
- Speaker #1
ça met les larmes aux yeux, bien sûr. C'est fou ce moment.
- Speaker #0
Elle veut continuer à expérimenter la vie parce qu'elle le peut encore et en fait, on voit qu'elle est encore en pleine santé. À ce moment-là, elle était encore un petit peu mal, parce que l'état peut-être de ton grand-père détaillait un petit peu sur elle. Et je me disais, il faut être putain de fort, pardon, mais pour faire ce choix-là. Et du coup, entre l'amour de soi et l'amour de l'autre, notamment son partenaire amoureux, et là, on vient vivre du sujet sur ce qu'est l'amour, où est-ce que tu te situes, toi ? Où est-ce que tu penses qu'il y a une généralité pour les femmes ? Est-ce qu'on doit choisir entre l'amour de soi et l'amour de l'autre ? Entre rester et partir ?
- Speaker #1
Alors en fait, je pense surtout qu'il faut faire la différence entre l'amour, la soumission, la peur, le respect. Et donc en fait, on a plein de boîtes sur lesquelles on n'a pas les bonnes étiquettes. Et donc je pense que quand maman et moi d'ailleurs, on était allé au Vietnam et qu'on lui avait rendu visite, et qu'on a vu la dégradation de son état de santé, c'est ce que je dis dans la voix off. On a compris qu'on allait les perdre tous les deux. Et donc, à ce moment-là, on est dans un cas extrême, en fait, où on sait que si la personne reste, elle va mourir.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, en fait, c'est vraiment ce que je te disais tout à l'heure, c'est à la vie, à la mort. Et donc, en fait, quelle est la raison pour laquelle elle devrait mourir ? Enfin, pour nous, une fois que la bonne question est posée, la réponse tombe comme un fruit mûr, en fait. Il n'y a aucune raison. Il n'y a aucune raison qu'elle reste alors qu'elle y risque sa vie par négligence. Et qui devient une négligence de soi-même au bout d'un moment. Et qui devient une femme qui ne peut plus manger, qui ne peut plus parler, qui ne peut plus se mettre debout. Qui crie, qui a déjà les deux pieds dans la démence en fait. Et le coup de génie de maman, c'est de comprendre que ce n'était pas l'Alzheimer, que c'était la dépression. Parce qu'un Alzheimer, en fait, tu ne reviens pas. Une fois que tu passes les portes, tu ne reviens pas en arrière. Et elle, elle... Moi, pas du tout. Quand je vais rechercher ma grand-mère, on voit notre grand-mère comme ça, enfin, ma grand-mère comme ça, et on rentre en France, et ma mère se dit, ce n'est pas possible, on ne peut pas la laisser mourir toute seule au bout de la planète. Le grand-père a des soins, il est dans un état, il est mourant depuis quatre ans, mais il ne meurt pas. Enfin, une situation horrible, vraiment horrible. Et en fait, on se dit qu'ils ne peuvent pas être séparés, mais pourquoi est-ce qu'on se dit qu'ils ne peuvent pas être séparés ? cette non-séparation entraînera la mort de notre grand-mère aussi. Donc, on va la ramener. Et moi, quand on la ramène, je pense ramener une personne mourante pour l'accompagner dans sa fin de vie. Je n'ai aucune idée qu'elle va tout d'un coup se remettre à vie. Je n'ai pas du tout prévu le truc. Et donc, c'est un sentiment très, très étrange. de tout d'un coup, la voir se remettre à marcher, aller danser, aller manger, tomber amoureuse. Totalement fou ! À 95 ans. Et donc, je me dis, c'est fou que la vie puisse nous amener là. Et ça peut arriver à un homme aussi, ce n'est pas du tout une histoire de femme. Mais c'est une histoire humaine qui est tellement folle, en fait, que je me suis dit... La vie, c'est plus grand que ce qu'on imagine. Et l'amour, c'est plus grand que ce qu'on imagine. Parce que si c'est passé là, c'était un vrai miracle d'amour. Dans le sens où ma grand-mère, elle s'est choisie parce que tout d'un coup, il y a des mains qui lui ont été tendues. Et donc, en fait, on est toujours... dans cette dialectique soi et autrui. On n'est rien tout seul, nous les humains. On a besoin les uns des autres. Et quand les aides ne sont pas proposées, on meurt littéralement. Donc, c'était un choix qui était affreux pour elle. Et j'ai comme l'impression qu'elle l'a fait quand même. Parce qu'à un moment donné, je me disais, est-ce qu'on n'est pas en train de choisir pour elle ? Mais est-ce qu'elle est... en mesure de choisir. Enfin, tu vois, c'était des questions éthiques très, très violentes, quoi. Mais la vie, elle est raide, parfois. Elle est vraiment raide. Donc, il faut avoir vraiment du courage pour t'attaquer au blousin, quoi. Mais quand on est plusieurs, c'est plus simple.
- Speaker #0
Avant de venir à ma question, à laquelle tu fais lire maintenant, est-ce que ta grand-mère, elle a... Eux l'impression d'abandonner ton grand-père pour prendre soin d'elle.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et comment est-ce qu'elle l'a vécu, ça ?
- Speaker #1
Très mal. Bien sûr, c'était terrible. Et en même temps, elle ne peut pas renoncer à sa vie. C'est un élan qui est plus fort qu'elle et sur lequel quand même, maman et moi, on lui donne une autorisation. Elle a besoin de cette autorisation. Parce que jusque-là, ses fils... Oui,
- Speaker #0
t'as le droit de te faire du bien.
- Speaker #1
Voilà, ses fils comme ses filles, d'ailleurs. ne lui donnait pas l'autorisation. Tout le monde disait non mais il faut qu'elle reste auprès de son mari. Ils ont vécu ensemble 70 ans, il faut qu'elle reste auprès de son mari. C'est normal qu'elle reste auprès de son mari. Et jusqu'au moment, comme je te disais, on s'est dit comment ça en fait ? Est-ce qu'on ne peut pas remettre ce paradigme en question ? Est-ce qu'on ne peut pas se dire bah non, là il va mourir en fait ?
- Speaker #0
Oui, dès lors où ton grand-père avait des soins appropriés et qu'il n'était pas tout seul,
- Speaker #1
il n'était pas en position fétale, mais il était vraiment très très mal et il ne pouvait pas l'aider. On m'entend pleurer derrière la caméra. Je pense que ce qui est déchirant à ce moment-là, c'est que moi, je pense vraiment qu'elle lui dit au revoir, je vais revenir dès que je vais bien. Elle lui dit, je vais revenir dès que je vais bien. Et ma mère lui dit, je vais prendre soin d'elle. J'habite Paris, donc il faut qu'elle parte du Vietnam pour venir avec moi. Je vais prendre soin d'elle. Dès qu'elle va bien, on reviendra. Ne t'inquiète pas. Et moi, je suis persuadée que c'est du bullshit. que c'est vraiment pour faire passer le truc mais que jamais elle reviendra parce qu'elle ne va pas aller mieux et qu'on va faire notre possible pour qu'elle parte le mieux possible mais pour moi ce sont des adieux définitifs, j'ai aucune idée qu'elle va revenir
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que c'est le dilemme cornelien le plus gros qu'elle ait dû choisir dans sa vie ?
- Speaker #1
Ah oui certainement Parce que moi je me suis mise à sa place,
- Speaker #0
je te jure j'ai chialé C'était tellement fort et je me suis dit en fait t'as beau être amoureux et vivre une vie, là, tu disais 70 ans, donc 70 ans, avec une personne, tu te rencontres et c'est 70 ans avec une personne. Et au final, tu te dis, écoute, moi, je vis bien. Là, ton état se répercute sur moi. J'ai besoin de vivre, en fait. Donc, me first, tu vois. Et même encore là, ça n'arrête pas. Et je me dis, mais waouh, il faut être sacrément fort quand même. Parce qu'il y a des gens qui se diront... Je vais peut-être dévoiler quelque chose de ma famille, mais mon grand-père, c'est le cas. Il vit ça aussi. Lui, il est en pleine santé. Je ne sais pas s'il écoutera cet épisode. Pour toi, c'est quoi un être humain fort ? J'allais dire une femme parce que je faisais référence à ta grand-mère. Mais finalement, tu disais qu'il n'y a pas de différence entre un homme et une femme. Non, là, il n'y a pas de différence. Il est dur pour tout le monde.
- Speaker #1
Oui, le choix est dur pour tout le monde. Je pense qu'un être humain fort, c'est un être humain qui se montre à la hauteur de la situation, y compris parfois en s'effondrant et en s'autorisant à être vrai. Je pense que le plus difficile, c'est... Je sais pas, j'ai pas trop... Comment dire ? Moi, par exemple, quand je commence ce film... J'ai fait un arbre généalogique que tout le monde retient. D'ailleurs, c'est marrant.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Cette scène de l'arbre généalogique, elle touche les gens. Et quand je fais cet arbre généalogique, je retrace littéralement une histoire qui m'a été racontée. Et le fin mot de l'histoire, c'est tu vois qu'il y a un problème avec les femmes dans cette famille. Tu viens d'une lignée de femmes maudites.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Première phrase presque du... Je reçois ça vraiment comme une annonce. Ce n'est pas un point de vue, c'est une démonstration. Et moi, j'ai une fille, je ne veux pas lui refiler le bébé, c'est le cas de le dire. C'est ce qui me met en mouvement, c'est la peur de refiler cette malédiction à ma fille. Et en fait, en filmant les femmes de ma famille, je me dis... C'est n'importe quoi, en fait. Elles sont hyper puissantes. Elles sont hyper puissantes. C'est pas du tout des... Il leur est arrivé des choses terribles, mais waouh, elles font toujours du karaoké. Tu vois, c'est un truc... Il y a toujours de la joie, il y a toujours du lien, il y a toujours des conneries, des bêtises. Enfin, tu vois, elles sont pleines de vie, quoi. Et peut-être que c'est ça, la force, pour moi. C'est en fait protéger de manière... intentionnelle ou pas, mais protéger cette élan de vie. Ne pas s'éteindre.
- Speaker #0
Ouais, ça me fait du bien d'entendre. Mais tu sais, on va revenir à une des phrases que tu disais. Je pensais que je n'étais rien sans homme. J'ai aidé cette fille, cette femme, qui ne voit pas sa vie sans un homme. En fait, ce n'était pas tant que je m'accorde complètement au fait d'être avec un homme, mais c'est plus, je me disais, je n'ai pas envie d'être seule, je me sens beaucoup mieux si je suis avec quelqu'un. Et pendant longtemps dans ma tête, le couple, c'était la base de mon bien-être. Tu vois, si le couple va, alors ça va. Et en fait, maintenant, pour moi, ça a changé. Peut-être parce que j'ai rencontré quelqu'un qui me fait m'apprécier et qui me fait vivre pour moi-même avant de vivre avec lui. Mais pour toutes celles qui nous écoutent, peut-être ceux aussi, parce que peut-être c'est un truc d'homme aussi et que je ne suis pas au courant.
- Speaker #1
Faut-il être en couple pour être heureux ? Non ! Non, non, bien sûr que non. Mais je pense aussi que c'est... intéressant, vu que ta question c'est celle de l'amour, c'est si on redéfinit l'amour et qu'il n'est pas dans la dépendance affective de, en fait, l'homme n'est là que pour prouver que je vaux quelque chose. C'est horrible pour l'homme aussi. C'est horrible, en fait, il est juste là. C'est comme un trophée, en fait.
- Speaker #0
Tu projettes tes attentes aussi.
- Speaker #1
Tu projettes tes attentes, tu projettes qu'il te réalise, tu projettes que tu vas avoir un statut social parce que t'es avec quelqu'un, parce que t'es marié, parce que whatever. Tu vois ? Tu te dis, mais c'est horrible, en fait. Ça veut dire que cet homme, c'est juste un homme. Ce n'est pas cette personne-là, ce n'est pas cet humain-là, ce n'est pas ce caractère-là, ce n'est pas les fous rires que vous avez ensemble, ce n'est pas la complicité, c'est juste un homme. Et donc, c'est terrible pour les deux, en fait. Et donc, je pense que quand on change le pacte, quand on change le contrat et qu'il n'est pas, tu vas me donner un statut ou tu vas remplir la baudruche qui est vide. en étant à mes côtés, mais tiens, explorons un bout de chemin ensemble. On va voir combien de temps ça dure. Apprenons l'un de l'autre. Échangeons. Ah oui, tu réagis comme ça à ce moment-là. Moi, je réagis plutôt comme ça à ce moment-là. Ah bon, c'est comme ça que tu le vois, etc. Et donc, là, tu crées du lien et là, tu crées de l'amour. Et du coup, ça n'a plus rien à voir. Et je pense qu'une vie sans amour, ça n'a aucun sens pour moi. Mais l'amour, en fait, je tiens des cercles de paroles. Le thème, c'est l'amour. Et tu vois, on a quatre semaines et c'est quatre facettes différentes. T'as l'amour de soi, t'as l'amour dans les lignées, t'as l'amour, l'amitié. Et puis t'as l'amour romantique. Mais en fait, t'as plein de manières d'aimer et d'aimer ta vie. Je ne sais pas comment dire, de vibrer l'amour. Tu vois ? Et donc, ça, c'est... Ça n'a rien à voir.
- Speaker #0
Mais justement, t'as résumé le podcast. Amour de soi, amour amical, amour familial et amour amoureux. Est-ce que tu penses qu'il y a un secret pour être heureux en couple ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas s'il y a un secret, parce que s'il y en avait un, ça fait longtemps que tout le monde le saurait. Je pense que c'est la grande quête que tout le monde cherche. La beauté d'une vie humaine, c'est de chercher plus que de trouver, souvent. de... Je trouve que quand, par exemple, quand on est dans ces cercles de paroles, c'est magnifique d'entendre les parcours des gens, leurs ressentis. Et juste ça, ça crée l'amour, en fait. Donc, moi, je sais que pour notre couple, donc moi, je suis en couple depuis dix ans, pour notre couple, et la raison pour laquelle... notre couple me rend heureux et je pense que ça rend heureux de Jerry aussi, c'est parce qu'il nous fait grandir. Les Anglais disent « to grow old » . J'ai vraiment cette impression avec Jerry, c'est qu'on « grow old » , donc on grandit vieux. Et ça, c'est génial parce que c'est quelqu'un qui laisse de la place pour l'authenticité, pour nos vulnérabilités. Moi, je lui en laisse pour lui-même. Et donc, du coup, la manière dont on peut totalement être nous-mêmes fait que notre relation grandit, parce qu'il n'y a pas beaucoup de gens avec qui tu peux être totalement toi-même. C'est très, très rare, en fait. On a des relations où on doit bosser ensemble, on a des intérêts communs. Donc, il n'y a pas beaucoup de relations où on peut être... pleinement soi-même, y compris dans nos imperfections, y compris dans les choses qu'on ne fait pas très bien, nos manipulations, nos petits mensonges, nos petits arrangements avec la vérité. Enfin, tu vois, on fait tous en sorte d'être appréciés. Mais quand on fait en sorte d'être appréciés, on n'est pas loin de la manipulation, tu vois. Et donc, du coup, d'être dans une relation d'amour où on peut être le plus possible, le plus honnête possible, c'est hyper précieux. Et ça, pour nous, ça crée beaucoup, beaucoup d'amour.
- Speaker #0
Une relation qui te laisse être toi. Mais je pense que c'est un message que les gens, les femmes et les hommes auraient peut-être besoin d'entendre.
- Speaker #1
J'espère, ouais.
- Speaker #0
Parce qu'on joue tout le temps des rôles, on fait tout le temps des compromis, des concessions pour convenir à un tel. On n'arrive pas à exprimer nos émotions parce qu'on a peur de blesser. Et au final, tu résumes bien une relation qui nous laisse exister en tant qu'individu avant qu'exister dans le couple.
- Speaker #1
Bien sûr. Bien sûr. Moi aussi,
- Speaker #0
j'ai grandi dans une famille où mes deux parents existaient indépendamment du couple. Et le couple, c'était juste une construction commune qui participait aussi à la construction individuelle. Mais c'était vraiment, on laisse la personne, ses activités, ses passions, son expression, son temps. Et tout n'est pas dédié au couple. Alors, j'ai mis l'accent un petit peu sur les femmes. Tu l'as entendu tout à l'heure, les femmes indépendantes, les femmes fortes. Subjectivement, peut-être parce que j'en suis une. Mais dans ton deuxième film, Make Me a Man, fais-moi un homme, tu cherchais justement le point de vue masculin, puisque tu avais parlé des femmes dans ton premier film, puisque tu es une femme avec des lignes de femme. Et tu voulais parler des hommes un petit peu de l'autre côté, comme tu disais, tu voulais voir de l'autre côté. Quelles étaient tes attentes avant que tu fasses ce film et qu'est-ce que tu as observé ? Parce qu'il y a eu un plot twist quand même.
- Speaker #1
Oui, alors... Déjà, il faut savoir que mon mec, il est thérapeute en individuel, mais il a des groupes de parole d'hommes depuis presque 30 ans. Il y a des gens depuis presque 30 ans qui viennent une semaine sur deux pour faire de la thérapie ensemble. Donc, c'est trois heures une semaine sur deux. C'est incroyable. C'est fou, en fait. Quand tu y penses, tu fais 27 ans et les personnes qui sont à côté de toi, tu connais toute leur histoire, tous leurs secrets. Leur manière de fonctionner, ce sont des liens très, très forts. Et moi, je ne savais pas que ça existait. Donc, quand je le rencontre il y a dix ans, tu vois, j'étais hyper curieuse. Je me disais, moi, j'ai mon blog. C'est un blog beauté au départ. Il y a 90% de femmes qui me follow. Et donc, même si j'ai cinq frères, tu vois, j'évolue vraiment dans une réalité qui est vraiment peuplée de femmes, principalement. Et donc, je rencontre Jerry qui, lui, a ses groupes de paroles d'hommes. Donc, il en a quatre, entre cinq et huit personnes à chaque fois. Donc, lui, il évolue beaucoup dans un monde masculin. Et donc, j'avais trop envie d'être une petite souris pour filmer ça. Et donc, dès qu'on s'est rencontrés, on n'était même pas ensemble, je lui avais déjà proposé de faire un film sur ses groupes de paroles. Parce que je voulais juste savoir ce qui s'y passait. Et vraisemblablement, je n'allais pas me faire passer pour un homme. Donc, le seul moyen d'entrer dans les thérapies room, c'était de proposer un film. Et donc, il m'a dit non tout de suite. Parce qu'il m'a dit, écoute, tu sais, j'ai déjà plein de chaînes de télé qui m'ont approché et tout. Parce que tout le monde veut savoir ce qui se passe dans une salle de thérapie avec que des groupes d'hommes. Mais moi, je suis d'abord thérapeute. Et je ne veux pas corrompre l'intégrité de ce travail, qui est un travail déjà délicat, qui est difficile. où les gens ouvrent leur cœur et tout. Impossible. OK. Et donc,
- Speaker #0
tu as daté Jerry.
- Speaker #1
Non, je me suis daté Jerry pour finalement avoir le job. Bon, il se trouve qu'on tombe amoureux entre temps et tout. Et qu'un an après, Me Too arrive. Ouais. Et à l'époque, je ne sais pas pourquoi, parce qu'à l'époque, c'était une série de femmes qui disaient, moi aussi, ça m'est arrivé, moi aussi, ça m'est arrivé. Mais à part les féministes, d'un point de vue culturel, sociétal, personne n'avait compris qu'il y avait une relation entre ce qui se passait dans cette vague MeToo et la culture du genre, la manière dont on est programmé séparément, hommes et femmes. Évidemment, les intersexes n'existent pas. Donc, cette binarité, on n'avait pas vraiment compris. Mais je ne sais pas, j'étais persuadée qu'il y aurait quelque chose à dire là-dessus. Et donc, je repropose. Et il me dit encore non. Mais le chemin s'opère dans sa tête. Et à un moment donné, en fait, il est à la fin d'un groupe. Et il voit que dans son cercle de paroles, tu as un réalisateur, tu as un photographe, tu as un étalonneur, tu as un producteur. Il fait, mais en fait, j'ai une équipe in-house. Et donc, c'était littéralement, qui est là ce week-end ? On fait un film, ce serait une autre manière de faire de la thérapie, de nous regarder nous-mêmes, de poser un autre regard. Et si ça peut encourager d'autres hommes à faire de la thérapie, à s'interroger sur leur comportement et tout, allons-y. Et puis en fait, au bout de deux mois, il avait un corpus de plusieurs heures d'interview et il me dit, en fait il nous manque un réalisateur et je voudrais que ce soit toi je voudrais que ce soit une femme, je voudrais que ce soit une femme féministe j'ai pas du tout qu'on vienne avec une approche not all men je veux pas qu'on vienne en disant attendez il y a des hommes qui sont sympas aussi on est pas tous des violeurs c'est pas du tout ça mon approche mon approche c'est comment on peut participer à proposer d'autres masculinités qui seraient plus douces, moins toxiques pas violentes qui seraient dans l'écoute, dans la vulnérabilité, le soutien, le fait d'être comptable aussi de ces conneries, parce qu'on en fait tous. Donc voilà, on aimerait proposer ça et on a besoin de toi. Et donc c'est là que j'ai commencé à travailler dessus. Et moi, en fait, j'étais persuadée, vraiment, j'étais persuadée qu'on allait dans des groupes de paroles d'hommes pour parler de sa masculinité. Je ne sais pas pourquoi, en fait. Alors qu'en fait, du coup, j'ai commencé à écouter les interviews qu'ils ont fait entre eux. Donc, tu sais, ils ne se seraient jamais ouverts devant moi, tu vois. Et là, je découvre qu'en fait, ça me paraît fou de dire ça maintenant, mais bon, comme quoi, il faut explorer. En fait, ils parlent de leur môme, ils parlent de leur compagne ou de leur compagnon, de leur relation à leur mère, de leur relation à leur père. en fait exactement la même chose que quand on est en cercle de parole entre femmes. On ne parle pas entre femmes en cercle de parole, on ne parle pas uniquement de... Comment être féminine ? Enfin, on n'en parle pas, en fait. Ce n'est pas du tout une question. C'est un truc, comment dire, qui peut être personnel, sur lequel... Ce n'est pas ce que tu amènes dans la salle de thérapie. Tu amènes tes problèmes relationnels, tu t'es encore fait engueuler par ton boss, tu ne sais pas comment tenir bon, tes relations avec tes mômes, c'est la catastrophe, tu ne comprends rien à la parentalité. tu as des problèmes d'addiction. C'est super dégenré, en fait. Mais ce sont des humanités dans une forme d'homme qu'on ne voit jamais. Parce que ce qu'on voit à la télé, c'est uniquement des experts, des gens qui ont la réponse à tout, des gens qui débattent, des gens qui se tuent, évidemment.
- Speaker #0
Il y a moins de place au questionnement et à l'introspection. Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Et puis, il n'y a pas de place pour des hommes doux, des hommes compassionnels, des hommes qu'on aime. Tu vois, tout simplement. Et donc, je me suis dit, ah oui, en fait, de l'autre côté, il n'y a pas d'autre côté. Les gens qui s'interrogent, qui se disent, là, j'ai peut-être merdé. Il faudrait peut-être, ok, je présente des excuses. Je own it. Ok, comment on pourrait faire autrement ? Ah oui, d'accord, ça vient de là. Tu vois, des gens qui s'interrogent, mais vraiment profondément, pas uniquement pour séduire parce que les codes ont changé, parce que ce n'est pas une histoire de code, c'est vraiment une histoire d'être.
- Speaker #0
mais en fait on est tous du même côté à ce moment là et c'est pour ça que j'arrête de faire cette dichotomie homme-femme et je préfère plutôt maintenant parler d'humain en général parce qu'en fait je me rends bien compte à travers tes films notamment qu'on passe tous par les mêmes traumas par les mêmes expériences, par les mêmes questionnements et qu'en fait même si la société nous dit qu'on doit les exprimer différemment en fonction de notre genre on les traverse tous et je pense que ça fait du bien aussi de
- Speaker #1
Ouais, alors après, on a quand même des programmations et des histoires différentes, du coup, parce que, tu vois, dans Make Me a Man, on suit certains de ces hommes dans un pèlerinage dans la Somme, parce que les Anglais, en fait, c'est pas que ce sont des fans de la Première Guerre mondiale, mais la Première Guerre mondiale et les commémorations de la Première Guerre mondiale font partie de l'identité populaire. Tout le monde connaît les poèmes de la Première Guerre mondiale. Tout le monde va sur les champs de bataille, apprenne l'histoire. Enfin, nous, en France, pas du tout. Je ne sais pas pour vous en Belgique, mais nous en France, pas du tout. Et en fait, tu découvres un imaginaire autour de la guerre qui n'est pas un imaginaire féminin. Tu vois ce que je veux dire ? Et donc, du coup, là, quand même, tu te dis, ah oui, quand même. C'est quand même un sacré truc de naître homme et de te dire, s'il y a une guerre, en fait, c'est pour Bibi, c'est pour moi. Et donc, ça crée quand même un imaginaire où tu te dis, notre rapport à la domination, notre rapport à l'obéissance. Là, on raconte quelque chose qui s'est passé en Angleterre, où les jeunes garçons qui ont l'âge de mon fils aujourd'hui, ils ont fait des publicités pour envoyer les mômes sur le front. Et donc, ils avaient un programme qui s'appelle... Pulse Battalion, ils ont dit si vous signez avec vos copains, on vous envoie ensemble. Comme ça, au moins, vous n'êtes pas séparés et c'est plus sympa de partir ensemble à la guerre. Et en fait, il y a des villages qui ont été totalement... Ils n'ont pas été rasés, les villages, mais il n'y a aucun homme qui est revenu. Toutes les équipes de foot ont été éliminées en quelques heures sur le premier jour de la bataille de la Somme. C'est horrible. Et ça, ça crée des traumatismes qui sont engendrés. et qui créent une psyché masculine différente de la psyché féminine parce que quand tu t'identifies aux hommes et quand tu t'identifies aux femmes tu ne t'identifies pas aux mêmes histoires et donc la relation à la violence et au fait que par rapport à la question qu'est-ce que je suis si je n'ai pas un homme pour les hommes c'est qu'est-ce que je vaux si je ne vais pas à la guerre et donc si... Comme les cultures n'ont pas été remises à plat, la culture notamment en Angleterre coloniale, on n'a pas remis à plat ce que c'est que la masculinité en temps de paix. Et donc, on crée des colonies, on crée des gens qui sont coupés de leurs émotions pour partir dans les colonies et devenir des hommes violents. Enfin, tu vois, ça se fabrique en fait la violence. Et donc, rentrer là-dedans, c'était quand même assez puissant.
- Speaker #0
Je recontextualise un petit peu. Si aujourd'hui, on fait cet épisode en live, c'est parce que ce soir, donc on est lundi, tu fais une projection au pavillon avec Émergence, donc Caroline Lecyr et Ilya Skotsou notamment, à laquelle on se retrouve ce soir à 17h30. Donc le lien sera en story juste après.
- Speaker #1
19h30. 19h30,
- Speaker #0
voilà. Pardon, c'est moi, j'ai un rendez-vous à 18h30. Donc 19h30. Et il y a une projection du film Mayday.
- Speaker #1
Oui, notre troisième.
- Speaker #0
Oui, le troisième film. Est-ce que tu voudrais bien nous teaser, pour donner l'envie à celles et ceux qui nous écoutent en live, de venir voir cette projection ce soir, à laquelle il y a encore des places disponibles ?
- Speaker #1
Oui, il reste encore quelques places. Mayday, c'est un film sur une retraite thérapeutique. Cette fois-ci, on va filmer le processus thérapeutique dans un cercle qui est mixte. May Day, c'est un film, c'est une grande aventure, je dirais, où les spectateurs sont invités à devenir, il y a douze personnes qui vont partir, qui ne se connaissent pas. Et le spectateur est invité à devenir la treizième personne. C'est un film très expérientiel qui crée beaucoup d'amour parce qu'on est face à la souffrance des uns et des autres, mais aussi à notre empathie. C'est une fabrique de l'empathie, en fait, May Day. quand on le regarde ensemble, qu'on est 100 à le regarder ensemble, ça crée un truc dans la salle qui est incroyable. Et donc, nous, à chaque fois qu'on a la chance de pouvoir faire des projections en public avec 100, 200 personnes qui viennent, ça crée une expérience dans la salle qui est vraiment inoubliable. Et puis après, nous, on est là pour répondre à toutes les questions parce que c'est un film, comme les deux premiers d'ailleurs, qui ouvre vraiment le cœur. Et une fois que tu as ouvert ton cœur, tu as plein de questions parce que tu dis, mais attends, ça du coup, qu'est-ce que ça veut dire ? Comment vous le voyez ? Et donc, en général, tous les films qu'on fait, ils sont comme ça. Le film, il dure une heure et demie. Puis après, tu as une heure et demie de débat. Et après, les gens de la salle, ils nous foutent dehors. Et ils ferment la lumière. Et ils nous disent, bon, là, il est un petit peu tard. On aimerait bien aller dormir. Et en fait, les gens continuent à discuter sur le trottoir, dans le jardin, parce que ça crée beaucoup de passion et d'intensité. On est des gens assez intenses. Mais c'est un film vraiment incroyable.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as appris personnellement pendant le tournage de ce film ?
- Speaker #1
J'en parle dans le film parce que je partage aussi mon cheminement à moi, ce que le film m'a fait. Je pense qu'encore plus, peut-être pas encore plus, disons que c'est un prolongement de ma quête d'amour. Et il y a une vraie trilogie, si tu veux, entre l'amour, la guérison et la créativité. Il y a vraiment un truc comme ça où on est obligé de créer nos chemins. pour guérir. Parce que sinon, on continue à être dysfonctionnel ou malheureux. On est obligé d'aimer pour ça. On est obligé de faire de la place, d'ouvrir, d'ouvrir, d'ouvrir, de lâcher nos certitudes, de laisser la place aux doutes, laisser la place aux altérités, aux autres vécus. Il y a vraiment une trilogie. Je pense que dans mes idées, ça se sent vraiment très profondément.
- Speaker #0
Ça t'a permis de... Travailler des choses sur toi ? Et si oui,
- Speaker #1
lesquelles ? Je pense que ça m'a permis de vraiment travailler mon rapport au pouvoir et au pouvoir que j'ai. Toujours pareil, si je m'identifie à cette petite fille française d'origine vietnamienne qui veut se trouver une place et qui devient un peu people pleaser pour qu'ils disent ce qu'on a envie d'entendre, qui est mal à l'aise avec le conflit. Je suis coupée de toute une partie de mon pouvoir parce que si mes actions sont faites pour plaire, c'est compliqué en fait la vie. C'est très fatigant de vouloir plaire tout le temps. Et moi, c'était vraiment comme ça que je me suis construite. Et comme j'y arrivais, je ne voyais pas pourquoi j'allais changer. Et quand tu arrives dans ce cercle et que tout d'un coup, tu as douze personnes qui viennent parler de leurs blessures, que tu filmes, que tu vas mettre... dont les images vont être mises dans un espace public, c'est comme avoir des enfants. Il faut que tu grandisses énormément parce que tu ne peux pas rester dans ta position de petite fille. Il faut que tu comprennes que tu as un pouvoir immense sur ces gens, qu'il ne faut pas en abuser, mais qu'il ne faut pas non plus faire comme si tu ne le voyais pas. Et donc là, quand tu fais comme si tu ne le voyais pas, là, tu viens dangereux parce que tu ne vois pas les risques que tu fais courir aux gens aussi. Donc, il a fallu grandir beaucoup, beaucoup et reconnaître le pouvoir que j'avais.
- Speaker #0
J'ai l'impression qu'en termes de communication, tu vois, tout à l'heure, je te demandais, oui, c'est quoi le secret d'un couple heureux, etc. Et en fait, je ne sais pas, j'ai l'impression que tu es un peu l'incarnation de la communication et de l'écoute.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
Tu vois, de la communication... Oui,
- Speaker #1
je n'irais pas le suivre, là !
- Speaker #0
Mais je ne sais pas si tu connais Thomas Dansebourg.
- Speaker #1
Non. Ah si, si, si, sur la communication non-violente. Oui, voilà, exactement.
- Speaker #0
Et bien, en fait, moi, je pense, pour répondre à ma propre question, que je pense que c'est une des clés d'un couple qui est heureux. cette faculté d'écoute et tu vois aussi cette notion de pouvoir à quel moment est-ce que j'interviens pour aider une personne ça peut être et tu vois, après je vais te demander qu'est-ce que c'est l'amour pour toi mais là ça peut être l'amour dans son plus large panel, que ce soit familial, amical amoureux, etc l'amour de soi c'est savoir s'écouter savoir se comprendre et puis pouvoir répondre à ce qu'on comprend aussi et j'ai l'impression que c'est un peu ça que tu révèles ici de ton apprentissage c'est que t'as appris à mettre le curseur dans ta communication
- Speaker #1
Alors effectivement, la communication non violente, ça a pas mal changé la donne pour moi. Mais je dois dire que là, je suis à un autre stade où c'est pas que j'aime la violence, mais parfois ça déborde aussi, tu vois. Et donc le couple, c'est aussi le lieu où on se pardonne d'avoir été trop loin. Alors je suis pas du tout dans un couple violent. Attention, je parle pas de relations profondément toxiques. Où là, c'est le cœur, la toxicité est le cœur de la relation. La toxicité n'est pas du tout le cœur de notre relation. Mais parfois, on merde. Parfois, on est nul. Parfois, on est injuste. Parfois, on peut crier. Et le couple, c'est aussi le lieu où on peut se dire... Ce que je dis depuis le début, c'est... Soit là, non. Là, t'as merdé. Et tu me dois des excuses. Et j'ai besoin que tu me respectes. Ou au contraire, dire, c'est moi qui ai merdé et j'ai été nulle et je suis profondément désolée pour ce que j'ai dit ou pensé de toi. Et où on doit développer de la générosité aussi. Mais je pense que la clé, ce n'est pas forcément la communication non violente, mais c'est d'être toujours ouverte et ouverte dans notre écoute de l'autre. et pas du tout se faire enfumer par des fausses explications, mais vraiment recevoir l'autre aussi dans sa complexité la plus totale. Et donc, c'est beau aussi. Les humains, on n'est pas des êtres parfaits. Et ce serait horrible si on l'était, tu vois ? Donc, c'est notre désir de nous développer, de grandir, de mieux comprendre qui nous rend beau. Par exemple, j'entends des trucs qui me font mal au cœur parfois, des gens qui disent « Non, mais de toute façon, il n'a pas fait son travail. Moi, j'ai fait mon travail. » Pour moi, c'est red flag quand j'entends des choses comme ça. En fait, on n'a jamais terminé. Et ça ne veut pas dire que tu dois tout accepter, accepter tout et n'importe quoi. Et il le dit d'ailleurs. Ça ne veut pas dire que parfois, tu ne dois pas dire non, mais là, en fait, plus jamais. Plus jamais, tu refais ça. Mais tu envoies une énergie, tu vois. Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'amour à cet endroit-là. Mais ça veut dire que pour qu'il y en ait, il faut qu'il y ait du respect. Pour qu'il y ait de la liberté, il faut qu'il y ait du respect. qu'il faut qu'il y ait du respect. Et donc, du coup, c'est toi qui choisis. Parfois, tu as le curseur en main et parfois, tu ne l'as pas.
- Speaker #0
Oui, mais c'est hyper intéressant. En fait, ça remet un peu en question des pensées que j'avais. Parce que je suis un peu driveée par plusieurs apprentissages. Par exemple, sur les réseaux, je partage mes actualités personnelles, philosophiques et tout. Et là, je suis très driveée par la communication non-violente. J'essaie d'y tendre. Je sais que c'est vraiment pas... évident parce que parfois t'as juste envie de dire va te faire... Et en même temps, je suis aussi complètement consciente que j'ai besoin d'un couple et d'un espace ou de relations amicales où je peux être moi, où je ne dois pas faire le caméléon tout le temps, m'adapter. Alors ça peut arriver évidemment et ça fait aussi partie du jeu un petit peu d'un être humain, tu vois. Mais ma prochaine question, je me demandais où est-ce qu'on met notre curseur entre je fais très attention Hum. à mes mots et à mes réactions pour ne pas blesser l'autre personne dès lors qu'elle ne le mérite pas, entre guillemets. Qui est le suffice ? Qui doit mériter ?
- Speaker #1
Ça déjà, l'interrogation est intéressante.
- Speaker #0
Et tu vois, où est-ce que je mets mon curseur ? Entre je fais gaffe et je prends sur moi ou je me libère et je suis à deux doigts de faire passer mon conjoint ou ma conjointe comme un souffre-douleur finalement. Où est-ce que je dois situer, moi, mon acceptation et mon amour pour dire ça, j'accepte, ça,
- Speaker #1
j'accepte pas ? Oui, bien sûr, c'est hyper dur. Moi, je me suis plantée encore il y a deux semaines avec ma fille. J'étais hyper injuste avec elle. J'étais persuadée d'avoir raison, alors qu'en fait, il y avait toute une série d'évaluations. À partir d'un moment qui s'est passé, qui était réel, il y a eu toute une série d'évaluations qui m'a amenée à être hyper blessée par quelque chose qu'elle n'avait pas fait. Donc, il s'était bien passé quelque chose. mi-ci. Ensuite, mon intervention inconsciente qui a créé ma souffrance. Ce n'est pas elle. Et donc, j'ai été hyper injuste. Donc, en fait, parfois, on se plante. Et quand je suis injuste, je suis persuadée d'avoir raison. C'est ça, le truc. C'est ça qui est du juste. Et justement, du coup, cette question, et je le vois de plus en plus. Encore une fois, je me plante parfois. Justement, quand j'ai ces formes d'expression-là, elle le mérite. De quel droit ? Machin de truc. C'est-il à qui il a fait toutes ces expressions-là ? Quand je les ai, je sais que là, je suis en train de partir de mon égo. Et que ce n'est pas un état d'être, en fait.
- Speaker #0
Oui, mais tu es lucide sur ce que je ressens. Il y a des gens qui ne le sont pas du tout. Bien sûr, mais attends. C'est dingue, déjà, le process.
- Speaker #1
C'est parce que j'ai bientôt 50 ans et que je chemine dessus de manière très active depuis 15 ans. Et je ne suis toujours pas arrivée de l'autre côté. Et je pense qu'on va être honnête, l'une avec l'autre, il y a très peu de chances que je devienne Bouddha. Il y a très peu de chances qu'un jour, j'accède à l'illumination.
- Speaker #0
Arrêtons jamais de réfléchir.
- Speaker #1
Tu vois ce que je veux dire ? Et ce n'est pas grave. Ce qui est beau, c'est de... C'est ensuite d'avoir cette explication et c'est ensuite de dire, putain, j'ai merdé, je suis vraiment désolée. Effectivement, tu avais fait ça, mais tout le reste, tu ne l'avais pas fait. C'est moi qui l'ai évalué et c'était faux, en fait. Et donc, c'est vrai que Tadam ! Dans les étapes de la communication non-viante, tu as vraiment ce truc de faire un diagnostic réel sur ce qui s'est vraiment passé. Et si tu prends le temps de le faire et de le cultiver surtout, déjà, il y a beaucoup de soins que tu peux t'apporter à toi-même. Ce n'est même pas à l'autre, en fait. C'est à toi-même. Parce qu'en fait, ce n'est pas une... Ce n'est pas une question, ils le disent d'ailleurs, tu vois, Marshall, quand il a écrit son bouquin dessus, ce n'est pas une question de communication, c'est une question d'être. Et donc, quand tu es factuel et que tu dis non, mais là, je suis n'importe quoi, il ne m'a pas insulté. Il a dit, je ne sais pas quoi, tu vois, ça n'a rien à voir avec une insulte, en fait. Quand tu deviens factuel, tu te soignes toi-même, en fait, parce que tu pars. pas dans les tours et dans ta propre violence, en vérité. Je pense qu'il...
- Speaker #0
Dans l'amour de soi, il y a la connaissance de soi. Et donc, plus on se pratique soi-même, et plus on voit nos propres red flags, et nos propres circonvolutions, et nos propres ruminations, et ce qu'on se fait à soi déjà, tu vois. C'est déjà énorme, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant ce que tu dis. Tu disais revenir à quelque chose d'un petit peu plus factuel. Quels ont été les faits ? Je fais un diagnostic de la situation. Mais c'est là où moi, j'ai un apprentissage actuel. C'est celui de la vérité relative. c'est-à-dire que dans une situation par exemple nous deux on va ressortir de ce studio on l'aura peut-être pas vécu de la même manière parce qu'on a notre histoire on a notre comportement, notre éducation notre perception du futur, de l'avenir, ce qui va se passer ensuite donc il y a vraiment cette notion de vérité relative, maintenant là où j'intègre la CNV et surtout l'écoute cette posture d'être comme tu disais et puis l'écoute envers les personnes que j'aime c'est-à-dire comment est-ce que toi, tu as vécu cette situation ? Comment on peut s'accorder pour continuer le plus calmement, le plus sereinement possible ? Franchement, c'est quand même dur.
- Speaker #0
C'est hyper dur. De toute façon, avoir une discussion honnête, c'est hyper dur. Mais je pense que c'est d'autant plus dur que ce n'est pas encouragé culturellement. On devrait nous apprendre ça à l'école, en fait.
- Speaker #1
Moi, j'essaie d'influencer mes potes. Bien sûr, évidemment. Nous, artistes individuels,
- Speaker #0
on essaye avec ce qu'on fait, avec nos films, avec ton podcast, on essaye.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
d'avoir notre influence, d'avoir notre impact. Mais en fait, ça, ça devrait être systémique. Ça pourrait être systémique. Il y a des écoles où on applique la CNV. Et c'est incroyable les mômes qui grandissent avec la CNV. Présentez-les-moi.
- Speaker #1
Pardon ? Présentez-les-moi.
- Speaker #0
Mais j'avais une amie dont la sœur était, je crois, directrice d'une école maternelle. Ils appliquaient la CNV et elle me racontait des trucs. C'était incroyable parce que c'est vraiment... Il m'a pris mon seau. OK, on va se parler. Ben voilà, tu m'as pris mon seau. Ça m'a mis très en colère. OK, qu'est-ce que tu veux ? Que tu me demandes. OK, est-ce que tu pourrais me donner ton seau, s'il te plaît ? OK. Et c'est fini. Et ça a duré une minute trente. Donc, ce n'était même pas qu'il lui rende son seau. Sa demande, c'était juste qu'on lui demande la permission. Et donc, ça, je peux te le donner. OK, pas de problème. OK, je te demande. C'est incroyable.
- Speaker #1
à appliquer.
- Speaker #0
C'est très très simple. Par contre, et ça je trouve ça vraiment intéressant, c'est que ces mômes, quand ils arrivaient dans une autre école où on n'appliquait pas la CNV parce qu'ils grandissaient et ils allaient en primaire ou au collège, t'avais des profs qui se plaignaient parce qu'ils n'avaient pas peur. Et je trouve ça vraiment intéressant qu'il y ait une relation entre eux, vivre de manière non-violente et ne pas avoir peur.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Ça donne quand même matière à réfléchir.
- Speaker #1
C'est intéressant. On va revenir un petit peu au film.
- Speaker #0
Lequel ?
- Speaker #1
Parce qu'on est là. Le dernier film Mayday. Pour continuer un peu à faire la promo pour convaincre les gens à venir le voir.
- Speaker #0
Il est aussi disponible en bio.
- Speaker #1
C'est ça que j'allais dire. Il est soit disponible ce soir pour ceux qui nous suivent en live. Je vais mettre le lien en story juste après. Il est aussi disponible en replay sur ton site web. On mettra le lien en description du podcast quand il sortira sur les plateformes normales. Donc Apple, Podcast, Spotify, etc. Mais si je peux convaincre, les gens de venir voir ce film et de le regarder. Au début, je me suis dit, waouh, les gens qui participent à ce film sont carrément perchés de vivre un truc pareil. Ça doit être une expérience de dingue. Parce que c'est un peu une sorte de retraite chamanique dans un environnement un peu psychédélique et tout. Mais ça retrace un processus de guérison pour chaque participant et c'est fou les étapes par lesquelles ils passent. Pas tous au même moment, pas tous de la même manière, mais ils processent. tous ces expériences, mais c'est dingue. Et on peut s'identifier à ça, pour guérir de nos traumas, même qu'ils soient minuscules, mais qui dorment en nous et qui nous façonnent et qu'on n'arrive pas à diagnostiquer, qu'on n'arrive pas à comprendre, qu'on n'arrive pas à résoudre et qui nous bloquent. Donc si vous êtes en quête de vous, dans une période creuse, vide ou justement hyper intense et que vous avez besoin de souffler, les amis, les cops, vivre une expérience humaine, je vous invite dans la description ou en story pour ceux qui veulent le suivre en live. J'ai une dernière question pour toi. En fait, une avant-dernière question. C'est quoi pour toi l'amour ?
- Speaker #0
C'est le titre de cet épisode.
- Speaker #1
La grande question de ce podcast.
- Speaker #0
Je pense que c'est une sorte de grande source, un grand chaudron énergétique. Et donc, il est toujours là. Par contre, le chemin pour y accéder est parfois obstrué. Et donc, le taf, c'est de débroussailler pour y aller. Une fois que tu l'as vue, je peux davantage voir quand je n'y ai plus accès ou quand elle est bien là, cette source avec moi.
- Speaker #1
Moi, c'est carrément la source qui me permet de rester joyeuse et de cultiver cette vie avec un grand V, comme je le disais au début. Mais sérieux, en fait, je me suis rendue compte très, très vite, je pense depuis ma naissance presque. Sans amour, je ne peux aller nulle part. Je ne peux rien faire. Mais pourquoi ? Parce qu'il y a de l'amour, d'abord, qui rayonne en moi. J'aime ce que je fais, j'aime qui je fréquente, j'aime l'environnement dans lequel je gravite. Et c'est pour ça que j'essaie d'en prendre soin. Donc, je voulais amener cette précision. L'amour, il vient d'abord de soi. Et même si on ne le reçoit pas autour de nous, de notre compagnon, de notre compagne, de notre famille, de nos amis, quand ils se sont seuls, on est toujours avec nous. On est la personne qui nous suivra le plus longtemps de notre vie, etc. C'est grand discours sur l'amour propre. Mais c'est vrai.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Et en même temps, je voudrais dire quand même que, à part quelques êtres humains, parce qu'en fait, tu as des spectres tellement grands et les vies humaines, elles peuvent être tellement différentes les unes des autres. Donc, à part... quelques ermites en Sibérie. La plupart des humains, on est quand même des êtres sociaux. Et donc, en fait, l'amour qu'on a pour soi, il ne se développe que au contact des autres aussi. Et donc, il y a une vraie relation quand même entre l'amour qu'on développe de soi. Si tu n'es dans une famille qui te pousse vers tes rêves, tu ne développes pas le même amour de toi que dans une famille où c'est totalement impossible, où il y a la guerre, où il n'y a pas d'argent. Tu vois ? Donc, c'est cet accès à l'amour. L'amour est universel et on a tous besoin d'amour. Enfin, littéralement, les bébés qui ne sont pas câlinés souffrent, sont vraiment souffrants jusqu'à en mourir pour certains. Donc, on a vraiment besoin d'amour des uns et des autres. Mais voilà, c'est cette porosité entre les choses qui rend nos vies humaines magnifiques.
- Speaker #1
T'as vraiment une douceur, j'aime trop. La dernière question phare de ce podcast, on ne choisit pas toujours des fins. Tu vois, je fais référence par exemple à ton grand-père, à ta grand-mère, ce sont des personnes âgées, on décide pas de quand ils vont partir, quand ils vont nous laisser. Par contre, sur cet épisode, sur ce podcast, je laisse toujours à mon invité la possibilité de choisir le mot de la fin. Comment est-ce que tu souhaiterais clore cet épisode ? Est-ce qu'il y a un message ? même un autre sujet qu'on a abordé en dehors de l'amour ? Ou est-ce que tu voudrais faire un petit résumé de ce qu'on a abordé ? C'est toi qui décide.
- Speaker #0
De toute façon, c'est toujours bien de finir sur l'amour. Mais je pense qu'on sous-estime totalement notre capacité à aimer et à être aimé aussi. Parce que je crois que tous les jours, on peut avoir des actions d'amour. Et pour beaucoup de gens, c'est plus simple de s'imaginer des vies comme ça que de recevoir l'amour. Je pense que tous les jours, on devrait aussi se dire, tiens, comment je pourrais recevoir de l'amour aujourd'hui ? Sous quelle forme je pourrais recevoir de l'amour ? Sous quelle forme je pourrais demander de l'amour ? Comment je pourrais le faire ? Et comment je peux continuer à être en lien de cette manière-là ? Donc... Je pense que c'est donner et c'est apprendre à recevoir aussi.
- Speaker #1
Merci beaucoup May pour tes mots. Et je voulais dire, j'adore ta voix. Je la trouve hyper apaisante. Ça m'a grave mis de l'amour dans l'âme justement. Merci beaucoup pour ton temps. Et on se retrouve ce soir. Le lien de l'événement va se trouver en story ou dans la description pour revoir en replay tes films incroyables. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci à tous d'avoir écouté cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. qu'il vous aura appris un petit peu plus sur l'amour et sur les facultés de recevoir et de donner celui-ci. En attendant le prochain épisode, je vous invite vivement à avoir un impact positif sur Terre et surtout à aimer. Ciao !