- Speaker #0
Bienvenue sur l'Actu en Tête.
- Speaker #1
Bonjour à tous. Chaque semaine, j'aurai la joie de vous retrouver avec Fabrice Pastor, qui est psychologue, auteur et conférencier, puis c'est un homme de terrain. Avec lui, nous tenterons de vous apporter chaque semaine des éclairages sur cette actualité qui nous entête, cette actualité qui nous prend la tête. Alors, pour prendre du recul, des distances. du discernement, mettre des filtres par rapport à cette information, cette actualité incessante. Nous vous donnerons rendez-vous chaque semaine dans l'actu en tête avec Fabrice Pastor. Est-ce que, Fabrice, ce programme te convient ?
- Speaker #0
Ah, c'est top ! Je pense qu'on va partager beaucoup de choses, qu'on va essayer de faire évoluer le regard et puis apporter du savoir, je l'espère. En tout cas, Didier, je suis absolument ravi d'être avec toi pour ce premier épisode de l'actu en tête. J'espère qu'il sera suivi de nombreux épisodes. Et donc, j'en profite aussi pour te présenter. Donc, tu es Didier Meyran, tu es journaliste, tu es le fondateur du Psychodon, et tu es également commissaire général du Forum national de la santé mentale. Donc, on est en septembre, c'est la rentrée, et pour le premier épisode, on s'est dit qu'on allait parler de la rentrée, qui est un moment qui, en général, ne laisse personne indifférent.
- Speaker #1
Et un moment où nous sommes tous un peu anxieux pour soi. On a posé les tongs et le parasol. Il faut se remettre au travail, remettre l'écartable au niveau, mobiliser tout le monde, remplir les placards du stress, de la tension dans les familles. Et c'est bien compréhensible, en fait, Fabrice.
- Speaker #0
Oui, parce que finalement, la rentrée, ce n'est pas n'importe quel jour dans le calendrier. Le rythme de passage, c'est un peu un sas entre deux mondes. Celui, tu l'as dit, de la plage, des tongs, de la serviette et du parasol, et celui de la reprise, de la routine, des embouteillages, des contraintes générales. C'est une transition qui est très forte sur l'aspect émotionnel, sur l'aspect social aussi, et sur le plan cognitif. On redéfinit sa place dans le groupe, on reconfigure ses repères. Et puis on reconfigure son cerveau aussi, ce ne sont plus les vacances. Et donc le cerveau, il se remet en marche aussi pour les enfants, pour les adolescents, et ils doivent notamment mobiliser beaucoup de ressources pour gérer ça. Alors ce qui me paraît intéressant, c'est que finalement, même pour les enfants qu'on appelle, qu'on dit parfois bien adaptés, la rentrée, ça reste un moment où il y a une sorte de reconfiguration intérieure. On redémarre avec des nouvelles attentes, avec des nouveaux profs, de nouvelles maîtresses, nouveaux maîtres. de nouveaux savoirs, de nouveaux codes sociaux, parfois de nouveaux amis, parfois de nouveaux objectifs. Et ça, le cerveau le vit un peu comme une sorte de petite déstabilisation identitaire. Tu sais Didier, j'ai toujours constaté que c'est souvent à la rentrée que certains troubles ou certaines fragilités émergent. L'anxiété, des soucis d'attention, des troubles des apprentissages, l'exacerbation des symptômes. Oui, parce que les enjeux remontent d'un cran et la charge cognitive devient plus visible. C'est pour ça que c'est souvent le moment charnière où beaucoup de parents contactent les professionnels pour faire des bilans notamment. Et donc toi Didier, qu'est-ce qui incarne pour toi cette dimension de la rentrée ?
- Speaker #1
La rentrée scolaire, en effet, j'en ai vécu à l'antenne. J'en ai vécu en tant qu'enfant, en tant que collégien, en tant que parent. Et je crois que... Dans mes souvenirs, moi j'ai été très marqué d'une rentrée au cours préparatoire où une petite fille aux minguettes à Vénissieux, dans une banlieue où je vivais quand j'étais enfant, avait été oubliée par ses parents. Elle attendait désespérément que son papa ou sa maman viennent la chercher. Et ce que je voudrais pointer pour répondre précisément à ta question, c'est que la rentrée scolaire, c'est un temps fort où l'on peut se jouer à faire des exercices, l'exercice de la confiance, c'est-à-dire d'être au rendez-vous, que les parents soient au rendez-vous avec l'enfant, c'est le rendez-vous à la sortie de l'école et avec le goûter, mais c'est le rendez-vous avec, tu vois, ma fille, mon fils, c'est important d'aller vers, d'aller apprendre et de dire à cet enfant, tu vois, mon fils, ma fille, c'est important d'aller vers l'adulte qui est sur l'estrade et qui tient la craie ou le feutre, parce que c'est d'insuffler, d'inciter, à l'exercice, celui de la curiosité.
- Speaker #0
Tu parles de l'accompagnement, tout simplement, c'est accompagner son enfant. On est aussi là en tant que passeur. J'imagine que tu connais la petite phrase qu'on dit souvent, tous les enfants sont stressés à la rentrée, c'est normal. Alors peut-être qu'on banalise un peu trop. Alors en réalité, quand on prend le temps d'observer... quand on prend le temps d'écouter, on peut se rendre compte que ce stress, en général, il n'est pas du tout anodin. Déjà parce qu'il y a différents types de stress. Il y a celui qui stimule, qui pousse à se dépasser et puis il y a le stress chronique. Le stress chronique est un peu plus silencieux, on va dire. Il s'accumule et l'enfant ne peut pas toujours le nommer. Chez les plus jeunes, ça peut se manifester par des somatisations. Alors ça peut être des douleurs leur abdominale, ça peut être des réveils précoces, des colères. qui sont apparemment injustifiées. Chez les jeunes, ça va se manifester par des maux de ventre qu'on appelle parfois des somatisations. Et puis chez les plus grands, on verra parfois plutôt du repli, de la fatigue, voire une hyperactivité qui peut masquer une angoisse qui est un peu plus profonde. En fait, il faut comprendre que la rentrée, elle combine plusieurs éléments de tension. Déjà, une rupture de la routine, celle des vacances. Parfois aussi une séparation, qui peut être brutale et qui est affective. Et puis, il peut y avoir une sorte de nouveauté sensorielle. Voilà, on en a parlé un peu avant, la nouvelle classe, le nouveau copain, le nouveau visage. Et puis, cette sorte de pression implicite qu'on laisse à l'enfant. Voilà, sois prêt, adapte-toi, tiens le rythme.
- Speaker #1
Alors Fabrice, ce que tu nous dis là, c'est que le cerveau de l'enfant, selon l'âge évidemment, il n'est pas toujours, il n'est pas encore équipé pour gérer toute cette complexité, toutes ces... Caractéristiques nouvelles sans un soutien.
- Speaker #0
Quand on dit c'est normal, on oublie qu'il y a des enfants qui encaissent beaucoup plus que ce qu'ils devraient encaisser. Simplement parce qu'ils ne savent pas comment exprimer leur malaise autrement. Puis il y a aussi tous ces enfants qui masquent leur stress parce qu'ils veulent rassurer leurs parents ou parce qu'ils ont déjà intégré très jeune qu'eux, ce n'est pas grave. Mais en fait, ce sont parfois les plus silencieux qu'il faut écouter en creux.
- Speaker #1
Ça me fait penser, je trouve ça un peu amusant si tu me le permets, que parfois Parfois, ce sont les parents qui comportent comme des enfants à la rentrée et qui parfois, en effet, configurent le stress de leurs enfants de façon à ce qu'ils le masquent et ce que les enfants protègent presque les parents. Ça arrive que ce soit les enfants qui se mettent à la place du stress de leur famille. En tout cas, ce stress, même s'il est passager, même s'il est calendaire et que c'est le moment de la rentrée, Il peut laisser une trace et c'est pour ça qu'il faut absolument l'entendre et l'observer.
- Speaker #0
Il faut le questionner. Le stress, s'il est modéré et s'il est bien accompagné, il peut être tout à fait formateur. Par contre, je l'ai dit, s'il est intense, s'il est mal compris, il peut entraîner des troubles qui sont plus durables. Sommeil, anxiété sociale.
- Speaker #1
Comme neuropsychologue, tu as fait des recherches et tu as trouvé des données avec l'Inserm. Oui,
- Speaker #0
j'ai fait des recherches. C'est l'Inserm qui a publié en 2022 une étude qui a... qui a touché plus de 5000 collégiens et qui a mis en évidence le fait que 24% d'entre eux présenterait des symptômes d'anxiété de manière significative en début d'année.
- Speaker #1
Et ça ne touche pas que les ados, mais les jeunes enfants, à la maternelle ou dans les classes primaires, sont aussi concernés.
- Speaker #0
Oui, en maternelle, c'est souvent ce qu'on appelle l'anxiété de séparation qui domine. C'est ce moment où l'enfant comprend, parfois pour la première fois, parce qu'il faut bien de première fois, de façon très concrète, qu'il doit exister. sans la présence physique de ces figures d'attachement. Quand on a un enfant de 3 ou 4 ans qui pleure à l'école, il exprime une vraie tension, qui est parfois difficile à contenir, entre un besoin d'explorer et un besoin de sécurité. Il est un peu partagé entre une sorte de volonté de s'autonomiser et celle de rester collé à ce qui le rassure. Et ce qu'on oublie souvent, c'est que cette séparation, elle ne se joue pas que le premier jour, mais plusieurs fois, dans les semaines qui suivent, et parfois même à retardement. Donc chaque enfant réagit à sa manière. Certains vont pleurer très fort, puis après ils vont s'arrêter. Et d'autres, ils vont tenir bon et puis en fait, ils lâchent à la maison.
- Speaker #1
Il s'agit pour les adultes de rassurer, d'accompagner les enfants dans un lien qui s'inscrit dans le « reviens et va » . « Je suis là, mais tu peux aller, tu peux revenir et retourner » . Et c'est cette souplesse-là qui permet l'exercice nécessaire pour que l'enfant s'adapte et que sa santé mentale est d'abord bien alors qu'il va à l'école. Parfois, ce sont les grands qui s'effondrent.
- Speaker #0
Oui, parce que l'école, ce n'est pas juste un lieu où on apprend. C'est aussi un lieu où on évolue de manière personnelle et aussi sociale. Et c'est pour ça qu'il y a certains profils d'enfants qui sont plus hypersensibles, plus anxieux, plus, termes qu'on utilise parfois, c'est neuroatypiques, qui le vivent très mal. Des enfants qui présentent un TDAH, un trouble du spectre de l'autisme aussi. Pour eux, la rentrée, ça peut être... un tsunami sensoriel. Il faut retrouver ses marques, il faut s'adapter à un environnement qui est tout à fait imprévisible. Et parfois, il faut surcompenser et faire semblant d'être à l'aise. Souvent, les signes d'alerte sont minimisés, voire banalisés. C'est là que le rôle des parents ou des professeurs de santé est essentiel. On repère les signes, on pose des mots. Toi, Didier, dans ton travail avec le psychodôme, tu rencontres beaucoup de familles. Est-ce que le stress, le stress de la rentrée, c'est un thème qui revient souvent ?
- Speaker #1
Oui, c'est récurrent. Les familles sont toutes vraisemblablement concentrées sur cette... période avec beaucoup de stress comme s'il y avait beaucoup d'enjeux on attend que les enfants soient performants s'adaptent on attend que les parents sache faire remplir les frigos reprendre le travail organiser des tâches de chacun construire des plannings très forte tension est ce que je remarque et c'est que évidemment ça se passe pas de la même façon dans toutes les familles certaines sont mieux outillées, plus équipées. pour accompagner ce temps de stress qui est celui de la rentrée. Mais en tout cas, il ne faut pas hésiter à tenter l'exercice de l'organisation. On peut avoir un tableau dans la famille, un tableau noir avec la craie comme à l'école, où on planifie des petites choses et puis on se donne des rendez-vous simples au petit déjeuner. Allez, tout le monde à 7h15 et on commence avec le sourire. Et puisqu'on aime un jus de fruits ou un yaourt, peu importe. Les parents sont entre joie et inquiétude dans le cadre de cette surcharge mentale parce que eux... Ils vivent une ambivalence énorme, Fabrice. Oui,
- Speaker #0
il y a une espèce de discours social qui dit « Ah, ça y est, il part à l'école, on va souffler » . En fait, la rentrée, c'est une charge mentale monumentale pour les parents. Tous les parents peuvent parler de l'achat des fournitures scolaires. Ça, c'est déjà souvent le centre névralgique.
- Speaker #1
Avec le taquet sur sa liste, dans le chariot, à fond.
- Speaker #0
Au taquet, il y a les horaires à gérer, il y a les formulaires, il y a les activités extrascolaires. Il y a le bus, il y a les adaptations alimentaires. Souvent, les parents disent eux-mêmes que c'est un vrai parcours du combattant.
- Speaker #1
Il y a la peur pour les parents de mal faire parce que ce n'est pas facile d'être un bon parent. On ne nous a pas donné un cahier à l'école pour nous dire, pour être un bon parent, ce sera comme ceci, ce sera comme cela, qu'il faudra que tu fasses. Donc, c'est un stress aussi. Le calendrier de la rentrée scolaire, ça nous confronte tous comme parents. Est-ce que je vais être à la hauteur ?
- Speaker #0
Beaucoup de parents, surtout ceux dont les enfants ont des besoins spécifiques, on en a parlé. Ils ont une culpabilité un peu latente. Alors, est-ce que j'ai bien préparé mon enfant ? Est-ce qu'il va être bien accueilli ? Est-ce que les profs vont comprendre ses besoins ?
- Speaker #1
C'est un stress très silencieux, presque tabou. Mais je pense qu'un parent qui est animé par la confiance, confiance en moi et en mon enfant, envers le maître ou la maîtresse ou les enseignants, eh bien, mon enfant ressentira aussi la confiance. Pourtant, les parents... Pour les parents, il est primordial de cultiver la curiosité, je le disais tout à l'heure, de valoriser la soif d'apprendre de l'enfant. Et dès le premier soir, regarder avec les enfants les cahiers, partager les discussions de cette première journée de la rentrée à l'école en famille. Et toi, comment allait ta maîtresse ? Et toi, qu'est-ce que tu as utilisé aujourd'hui à l'école ? Bref, il faut vraiment faire vivre l'école à la maison pour que cette ritualisation soit... de plus en plus banaliser, faire chuter le stress.
- Speaker #0
Le stress parental, même quand il n'est pas exprimé, il a un effet miroir sur l'enfant. En psychologie de développement, on parle parfois de co-régulation émotionnelle. En gros, l'enfant, surtout dans les premières années de vie, il ne sait pas encore autoréguler ses émotions tout seul. Donc, il va s'appuyer sur l'adulte pour le faire. Mais si le parent est épuisé ou stressé, même sans élever la voix ou sans se plaindre, l'enfant peut tout à fait le percevoir. Il perce les tensions dans le ton, dans les gestes, dans le regard, dans l'attitude. Son propre système émotionnel, encore immature, va s'activer. Il peut alors devenir plus agité, plus colérique, plus inhibé, sans forcément comprendre pourquoi. Et ce qui est encourageant, c'est que même des petits ajustements dans la posture du parent peuvent faire une grande différence. L'enfant n'a pas besoin de parents parfaits, il a besoin de parents cohérents, qui l'aident à mettre du sens sur ce qu'il vit. Et même dans des périodes de tension, comme la rentrée, il reste des repères stables. et Et Didier, toi qui est un imme des consultations citoyennes justement pour la santé mentale, est-ce que tu sens cette anxiété rentrée après rentrée ?
- Speaker #1
Oui, on le disait tout à l'heure, l'anxiété, le stress de la rentrée, c'est un marronnier, c'est vieux comme le monde. C'est un stress récurrent, une forme de solitude aussi que ressentent les parents, un désarroi, une crainte de mal faire, de ne pas être à la hauteur. Et puis aussi une difficulté de relation à l'autorité, avec les enseignants, l'école, l'institution. Ce n'est pas facile quand on ne connaît pas de l'intérieur. Et puis les parents peuvent aussi se retrouver seuls face à ces enjeux complexes, notamment, on l'a dit tout à l'heure, pour des enfants qui ont des besoins particuliers. Et ça, tu connais ça. Très précisément, Fabrice.
- Speaker #0
Oui, et pourtant, la joie de la rentrée, elle existe aussi. Il y a des enfants qui sont heureux de retrouver leurs amis, leurs repères. Et puis, chez les parents, il y a aussi cette respiration salutaire, ce moment où on retrouve du temps pour soi. Il faut l'autoriser, cette joie.
- Speaker #1
On peut même valoriser ces moments de respiration au lieu de penser qu'un parent doit être dans le don total, tout le temps, de 100. la relation avec l'enfant, la distance c'est bien aussi. Le parent qui s'est confié son enfant à un autre adulte, il dit à cet enfant, tu vois, il y a d'autres repères, il y a d'autres adultes légitimes. Il inscrit, comme on le disait tout à l'heure, le lien de confiance comme la possibilité d'aller, de revenir, de grandir, d'aller vers, c'est acquérir de l'autonomie. Et en disant à ce soir ma fille, à ce soir mon fils, parce que moi aussi j'ai mon travail, C'est l'exercice du juste attachement avec papa ou maman qui se joue, qui s'en oeuvre.
- Speaker #0
Exactement. C'est aussi ça l'hygiène mentale.
- Speaker #1
Et le cartable numérique, on en parle beaucoup, Fabrice, c'est un poids symbolique. Mais si on parle de ce cartable, c'est qu'au départ, il y a eu beaucoup de familles ces dernières années qui ont dit « le cartable, il est trop lourd » . C'est vraiment le cartable qui est trop lourd ou c'est la charge mentale ?
- Speaker #0
C'est les deux. Oui, le cartable, il est trop lourd. En coup parlé, c'est un autre marronnier qui revient fréquemment. Porter 7 ou 8 kilos sur son dos en croissance, c'est clairement risqué. D'ailleurs, l'Académie nationale de médecine recommande de ne pas dépasser 10% du poids corporel de l'enfant. Les entêtes montrent que 40 à 90% des élèves chargent beaucoup plus que ce seuil.
- Speaker #1
Si on reste sur le poids du cartable, on voit bien que dans les écoles, dans les établissements scolaires, généraliser les casiers ou les manuels numériques, on n'y est pas encore.
- Speaker #0
Non, mais c'est une piste intéressante. Par exemple, aux Etats-Unis, il y a certains collèges qui utilisent deux jeux de manuels, un à l'école et un à la maison. Ça réduit considérablement le poids porté. En Finlande, la majorité des établissements disposent de casiers individuels qui permettent à l'enfant de déposer ce dont il n'a pas besoin entre les cours. En France, par contre, on manque souvent de solutions collectives et donc l'enfant porte toute la journée.
- Speaker #1
Le taux numérique, une tablette pour l'ensemble des manuels, ça te semble être une solution ?
- Speaker #0
C'est une des solutions, parce que le numérique de toute façon peut réduire le poids du cartable, mais il faut regarder les conséquences logistiques et aussi pédagogiques. D'ailleurs, en prévention santé, les interventions éducatives ciblées, comme en Australie ou au Portugal, ont démontré qu'elles réduisent le poids moyen des cartables et qu'elles limitent les troubles musculo-squelettiques. Et toi, t'en penses quoi de cette résistance française au numérique éducatif ?
- Speaker #1
J'en pense, et tu le sais très bien comme neuropsychologue, que... Quand j'en ai plein le dos et que mon cartable est trop lourd, c'est que j'ai une charge mentale aussi qui est trop lourde. Donc il ne faut pas oublier de faire le lien entre ce que je porte physiquement, comme poids en kilos, et ce que je porte comme stress ou comme anxiété avec ma famille dans cette période de rentrée. Et c'est dans ce bon dosage entre la charge mentale et la charge du cartable que se joue certainement une meilleure procédure pour cette période de rentrée. Quant au papier, au numérique, c'est un peu français dans notre pays. On est très attaché à l'écriture, c'est le pays du siècle des Lumières, où on a des grands auteurs, des grands philosophes, on prend le stylo ou la plumée et on écrit. Mais je me risque à dire quand même que l'exercice de la concentration sur l'écriture, ce n'est pas inintéressant pour les enfants, ça les oblige à se focusser, à former des lettres avec précision. à régulariser leurs écritures dans des lignes. Et on sait bien que dans notre société, heureux ou malheureux, il va falloir poser des lettres et s'adapter dans des lignes et rentrer dans des cases aussi.
- Speaker #0
Et oui, tu as tout à fait raison Didier. Alors maintenant, si tu devais résumer cette rentrée 2025 en une phrase, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Tenter la confiance. La confiance avec les enfants, la confiance avec les enseignants, la confiance dans les familles, pour que tout cela soit vécu comme une aventure. C'est une aventure une rentrée, une aventure nouvelle, une année nouvelle, des perspectives nouvelles, un calendrier nouveau qui s'ouvre de septembre à juin, plein de pauses qui vont être toutes les sept semaines, des épisodes.
- Speaker #0
La rentrée c'est aussi un moment d'observation, c'est maintenant qu'on peut repérer un trouble émergent, une souffrance cachée. C'est aussi une fenêtre d'opportunité pour poser des bases, pour créer des rituels, voire aussi pour instaurer un dialogue.
- Speaker #1
Instaurer un dialogue et ça c'est la base de la confiance. et faire de la rentrée un moment de curiosité ensemble en famille, avec nos enfants, avec les enseignants. C'est la soif d'apprendre qui est en jeu. Et c'est ce qu'on tentera de faire aussi dans les prochains épisodes de l'actu en tête, Fabrice. La soif d'apprendre et de prendre de la distance avec l'actualité. Donc je te donne rendez-vous la semaine prochaine et nous parlerons du suicide.
- Speaker #0
Oui, on parlera du suicide la semaine prochaine. Et donc, bonne rentrée à tous.
- Speaker #1
Bonne rentrée à toutes et à tous.