- Speaker #0
Bienvenue sur l'actu en tête.
- Speaker #1
Bonjour, bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans l'actu en tête, cette actu que nous avons en tête et qui, parfois, nous entête. Alors, comme chaque semaine, nous allons prendre le temps de nous arrêter sur un sujet d'actualité, de le regarder autrement, avec un peu de recul, de discernement, de croiser les faits et d'observer nos émotions, ce que la science également... peut nous en dire. À mes côtés, comme chaque semaine, Fabrice Pastor. Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Didier.
- Speaker #1
Tu es neuropsychologue, formateur, conférencier, auteur. Tu travailles depuis de nombreuses années auprès des enfants et des familles. Je suis très heureux de te retrouver.
- Speaker #0
Écoute-moi aussi Didier, comme chaque semaine, je rappelle Didier Meyrand. Donc, tu es journaliste, tu es président de l'association Psychodon, commissaire général du Forum de la santé mentale et que, durant ta longue carrière, tu as interviewé Merci. Plein de figures politiques, de dirigeants économiques, des artistes, des figures publiques également, toujours avec cette attention portée à l'humain derrière l'actualité.
- Speaker #1
Nous parlons des élections municipales. Cette actualité, les 15 et 22 mars prochains, ça arrive très vite. Beaucoup de personnes vont découvrir qu'il est encore temps de voter, mais peut-être qu'on peut s'interroger d'ailleurs sur le devoir citoyen pour ceux qui hésitent à aller à l'échec. Je vous stimule. Voter, c'est important quand même. C'est un droit super intéressant que nous avons. Nous allons parler de politique, mais très légèrement. On va surtout parler de la politique de celle qui nous intéresse, de ce qui se passe dans la tête, la psychologie du pouvoir, de proximité, et ce que l'on projette sur le maire, de ce que l'on attend de lui, de ces élections municipales qui vont faire émerger de nouveau des maires, des mairesse sur les territoires de France.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et puis, il faut aussi garder à l'esprit que le maire, il est dans une mairie et que cette mairie, c'est aussi un lieu. C'est aussi des papiers, des décisions. Il y a un visage qui incarne aussi tout ceci. Donc, dans cette mairie, on y passe aussi pour la carte d'identité, pour le mariage, pour les décès également, pour l'école, pour la cantine. Donc, c'est des choses extrêmement concrètes qui parlent du quotidien. Et ça, ça nous ramène à des mécanismes. d'attachement, des mécanismes d'appartenance et de confiance.
- Speaker #1
Cette mairie qui aussi, et on en parlera tout à l'heure, affiche bien des symboles dans le drapeau de France. Fabrice, le mot maire vient du latin major, le plus grand. Mais dans nos têtes, il a aussi, et c'est légitime, le rôle de celui qui administre, protège, organise. Un peu comme une figure parentale. Et si je te pose la question, c'est qu'on peut faire un lien un peu facile entre le mot mère, M-A-I-R-E, et mère, M-E-R-E. La mère, nos mamans, celles qui nous nourrissent, qui nous régulent, qui nous rassurent, qui nous dit qu'on va sortir et qu'il faut se protéger, ou qu'on va sortir et qu'il faut s'éclairer, ou qu'il faut bien manger. Et le mère, parfois, il a cette position singulière. de celui qui est le chef de l'exécutif local, mais qui en même temps, parfois, est une figure incarnée de proximité.
- Speaker #0
Ce que tu décris, je pense que ce n'est pas forcément un concept psychédéliatique. Bref, on projette sur une fonction politique, finalement, on pourrait dire des attentes un peu plus relationnelles. On attend du maire qui rassure, qui protège, qui règle. Comme, finalement, oui, on attend d'une figure parentale aussi. qu'elles puissent tenir le cadre. La différence, c'est que la mère, il y a quand même un lien affectif qu'on n'a pas avec le maire en général. Donc, on ne va pas tout confondre non plus. Quand les gens parlent de leur mère, ils en parlent souvent comme plutôt d'une figure de sécurité. C'est vrai que le sujet de la sécurité, c'est un sujet très récurrent. Donc, on se dit, le maire, il est là, il répond, il tient la maison, il tient la ville, il nous a aidés. Quand on parle du maire, on entend souvent un vocabulaire de protection. Un vocabulaire de disponibilité. D'ailleurs, quand il y a une crise locale, et là, on en a eu ces dernières semaines, avec notamment les inondations, où est le maire ? Comme si on demandait finalement où est l'adulte ? Donc, notre cerveau peut, d'une certaine manière, un peu parentaliser la figure. Ça reste une projection, évidemment. Peut-être, Didier, est-ce que tu peux nous dire, de ton côté, le maire, en vrai, qu'est-ce qu'il fait ?
- Speaker #1
Le maire, comme élu, il a beaucoup de casquettes. mais Nous avons choisi de nous centrer sur deux casquettes. Il est conseil municipal, il gère comme élu l'administration locale, il représente auprès des conseillers municipaux les intérêts de ses administrés. De l'autre, il incarne l'État. avec l'État civil pour les mariages, les naissances, les décès, c'est-à-dire c'est lui qui porte l'écharpe de l'État. Et puis bien sûr, il a un rôle de police administrative pour assurer la sécurité et l'ordre sur la municipalité. On voit qu'il y a bien des domaines et j'ai envie d'attirer ton attention sur deux points distincts sur l'ordre et la sécurité. Il y a une forte demande de sécurité. On voit que dans beaucoup de mairies, des citoyens demandent des renforcements sur les polices municipales. On l'a vu dans certaines communes. Je pense à des communes du Var où beaucoup de candidats annoncent des recrutements de policiers municipaux. Et puis, un angle un petit peu différent, le maire, il a dans un sujet qui nous intéresse, vocation à créer des CLSM, des comités locaux de santé mentale. C'est lui qui peut les mettre en place. Pour cette fonction de maire, si elle devient affective, il y a peut-être la question de la limite qui se pose. Et là, comme neuropsychologue, ça te parle Fabrice.
- Speaker #0
La limite, selon moi, c'est quand, je l'ai évoqué un peu avant, quand le maire devient la personne solution. Quand un citoyen, un administré dit, il doit tout régler. Psychologiquement, on passe un petit peu du représentant local à celui du garant existentiel. Ça fait un glissement. Et ce glissement arrive surtout quand les institutions nationales, justement, paraissent très lointaines. Une différence entre la mairie et l'État, et les lignes, j'irais, pour aller vraiment plus loin. Parce qu'on cherche alors un point d'ancrage proche, qui est visible, qui est accessible, qui n'est pas loin. Et donc, à mon avis, la limite, c'est quand cette attente sert d'alibi à tout le monde, quand le citoyen n'est plus dans la participation, mais dans l'exigence. Et ensuite, on s'étonne que les maires craquent ou démissionnent.
- Speaker #1
La mairie devient la maison. L'hôtel de ville, c'est littéralement la maison commune et que chacun doit pouvoir s'y ressentir considéré. Devoir, autorité, responsabilité, un mandat qui est aussi un contrat psychologique. Le mandat. Alors on utilise ce mot presque mécaniquement en démocratie. Je te donne mandat ou tu es mandaté. Mais si on s'arrête un petit peu sur la signification de ce mot dans la tête des uns et des autres, donner mandat, ce n'est pas seulement déposer un bulletin dans une urne, c'est déléguer une part de décision. C'est accepter que quelqu'un agisse en notre nom. C'est une forme de transfert du pouvoir, une forme de transfert de sa responsabilité, et justement pas de toutes ses responsabilités. Derrière ces mots, il y a le devoir, l'autorité, la légitimité, mais jusqu'où va le devoir d'un élu ? À quel moment l'autorité devient-elle ? Un abus ou une domination, est-ce que la responsabilité, quand elle est partagée, ce n'est quand même pas là où se joue justement le sang participatif ? Dans le cerveau, comme neuropsychologue, Fabrice, ces notions, qu'est-ce que ça active ?
- Speaker #0
On pourrait parler peut-être de la notion de devoir. Psychologiquement, le devoir, c'est une norme internalisée. Le devoir, ça engage aussi l'image qu'on a de soi. Ça engage la cohérence personnelle, mais aussi la peur de décevoir. et d'ailleurs parfois la culpabilité. Alors, pour un élu local, c'est un peu plus dense, dirons-nous, parce que son mandat est visible. Il croise les habitants au supermarché, à la sortie de l'école et aussi au marché le dimanche.
- Speaker #1
Oui, donc c'est une exposition permanente. Être maire, c'est un boulot 7 jours sur 7. Ce n'est pas juste une fonction.
- Speaker #0
Exactement. Et quand cette exposition modifie, transforme l'autorité, c'est une autorité qui va avoir... deux faces. D'abord, une face légale, celle qui va dire « tu as le droit d'agir » , et aussi une face relationnelle, c'est-à-dire, en tant que citoyen, je reconnais que tu es légitime. La première face est dans les textes, évidemment, et la seconde, elle se construit par contre dans le lien. Et c'est pour ça que cette légitimité relationnelle dépend beaucoup de la confiance, mais aussi de la proximité, d'ailleurs. Plus l'autorité est proche, plus elle est évaluée en permanence. Finalement, chaque décision est visible. Et donc, les potentielles erreurs peuvent devenir alors beaucoup plus personnelles.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut dire que sur le plan psychologique, sur le plan humain, le mandat municipal, le mandat du maire est le plus fragile des mandats ?
- Speaker #0
Je pense qu'on peut le dire. Il est fragile parce qu'il est plus proche, plus humain. En fait, plus le pouvoir est proche, plus il se confond avec la relation, et plus il se confond avec la relation, plus il met en marche des processus qui sont situés plus dans l'émotionnel.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on entend beaucoup parler du fait que les maires sont surchargés de travail, que leurs mandats sont trop denses et qu'il y a même des communes où il n'y aura pas de candidats. Dans certains cas, il va y avoir des tendances à dire « ah ben c'est la faute du maire » , y compris lorsque l'on parle d'insolubilité ou de comportements qui révèlent aussi les comportements des uns et des autres. Et dans ce cas-là, accuser, pointer du doigt la responsabilité du maire, c'est un peu se soustrait à ses responsabilités.
- Speaker #0
En psychologie, j'avais envie de parler de ce qu'on appelle le locus de contrôle, c'est-à-dire la manière dont une personne explique, peut expliquer ce qui lui arrive. Quand ce locus de contrôle est plutôt interne, en gros, pour illustrer, on pense « ce qui se passe dépend en partie de moi » . Par contre, quand ce locus de contrôle est plutôt externe, on va plutôt se dire « ce sont les autres, c'est le système, c'est la chance qui décide » . Donc, dans la ville démocratique locale, on a souvent un locus externe qui est orienté vers les autorités. C'est à la mairie de régler, c'est à eux de faire les choses. Alors, ce n'est pas absurde parce que... Évidemment, le maire a des responsabilités réelles, bien sûr. Mais le problème, c'est quand les citoyens externalisent systématiquement la responsabilité vers le maire et vers la mairie. Là, on voit une montée des exigences et aussi une baisse de participation, une fragilisation du sentiment d'efficacité du maire et de la politique. Ça peut affaiblir son propre sentiment d'efficacité personnelle. En gros, la conviction qu'on est capable d'influencer les choses. Et si cette conviction diminue, l'engagement va alors évidemment diminuer aussi. À long terme, on peut un peu glisser vers une forme d'impuissance, c'est-à-dire l'idée que globalement, quoi qu'on fasse, ça ne va pas changer grand-chose.
- Speaker #1
Alors en fait, plus on va dire « ils doivent agir » , « le maire doit agir » , plus on risque de se désinvestir, de se retirer soi-même de son centre de responsabilité dans sa commune.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est le paradoxe. Déléguer, c'est évidemment indispensable dans une démocratie, mais déléguer tout, déléguer totalement, ça va faire baisser le sentiment d'être acteur. En fait, pour revenir à ce que tu disais sur le mandat, ce mandat se base sur un équilibre. L'autorité légitime d'un côté et la responsabilité partagée de l'autre. Quand cet équilibre se casse, alors on peut entrer dans une sorte de cycle dans lequel on peut réclamer une autorité forte. qu'on conteste d'ailleurs quand elle agit et qu'on accuse quand elle n'agit pas.
- Speaker #1
Lorsque l'on considère que la proximité garantit la participation aux élections municipales, historiquement les municipales mobilisent en effet davantage que les élections nationales. Ça a été modifié au premier tour des municipales en 2020, la participation n'était que de 44,66% dans un contexte sanitaire certes exceptionnel. qu'au premier tour de la présidentielle en 2022, 35 millions de votants, 12 millions d'abstentions, la proximité aide, mais elle ne suffit pas. Est-ce qu'on peut parler, et ça pourrait être un sujet, de fatigue civique, de déchéance, de sentiments d'utilité où se troublent les offres publiques avec le sentiment de légitimité des élus ? Tout ça module l'engagement. Et on peut l'observer, Sabris, par un lien entre le mandat et le halo. On vote pour une personne, une impression, une action. Comment est-ce que tu nous expliques cette tendance à généraliser une impression positive ou négative sur une personne qui va amener au vote un processus psychologique ? Je vais voter pour toi.
- Speaker #0
Oui, alors là, tu évoques un biais cognitif qu'on appelle l'effet de halo. C'est H-A-L-O. En fait, on se base en général sur une première impression pour se venger une opinion. Pour illustrer, on a tendance, inconsciemment, finalement à donner plus de crédit à une personne qui parle bien, qui est propre sur elle, que le contraire. C'est pour ça qu'il faut finalement faire attention à sa première impression. Alors, dans le débat qui nous anime ici, ce biais change de nature. Au niveau national, il se nourrit d'images, de médias, de postures, de charismes à distance. Alors qu'en local, il se nourrit d'expériences beaucoup plus concrètes, qui sont parfois partagées. Du style, voilà, il a aidé ma famille, elle a géré la crue, à la mairie, on répond au téléphone, etc. Donc, si tu demandes aux électeurs ce qu'ils mettent derrière notre maire et bien, les maires, en général, ils évoquent assez peu son programme, mais plutôt des éléments plutôt moraux et des faits. Donc, ici, l'effet de halo reste évidemment fort et dans les élections municipales, ça peut être. La disponibilité, la proximité et même la réputation familiale. Alors que dans les élections nationales, on sera évidemment plutôt sur une stature, un charisme ou une compétence aussi qu'on peut percevoir évidemment.
- Speaker #1
Le maire, ça va être souvent un enfant du pays. On a la perception qu'il est ancré dans nos préoccupations quotidiennes. Au niveau national, bien sûr, on va voter pour celui qui peut représenter une perception. par exemple Si je voulais pas qu'un, je ferais allusion au gendre idéal. À bon entendeur, salut. Alors, qu'est-ce que tu peux nous dire sur le risque que la confiance personnelle remplace le projet ?
- Speaker #0
Alors, le problème, c'est quand les lecteurs confondent « je l'apprécie » , « il ou elle est bien » avec « il ou elle saura gouverner » . À ce moment-là, le choix politique va glisser vers un choix relationnel. Alors, on ne peut pas le nier, on ne peut pas lutter contre cet élément relationnel, cet effet de halo dans notre bulletin. C'est humain, finalement.
- Speaker #1
Il y a un amplificateur dans le mécanisme aussi peut-être des élections municipales. C'est la question du territoire. Ma commune, mon village, ma ville. Alors que dans une présidentielle, le territoire, il est beaucoup moins saisissable, il est beaucoup moins palpable, il est beaucoup moins à ma portée. Puisque c'est la France et même des enjeux européens et mondiaux qui se jouent. Un espace vaste, presque abstrait. Alors que dans la municipale, le territoire, c'est la rue où j'habite, c'est celle de mon voisin, c'est l'école de mes enfants, c'est la cantine où une manche et le rond-point qui nous agacent au bout de la commune, c'est aussi le cimetière où reposent nos proches, c'est une mémoire. Et quand on vote à l'échelon municipal, on ne choisit pas seulement une orientation politique, on choisit la continuité d'un récit local. Alors, est-ce que ça... Ça parle de cette question du territoire et du récit local, Fabrice.
- Speaker #0
C'est ça, c'est aussi une forme d'identité. Notre mère est d'ici. Il ou elle connaît notre histoire. Il ou elle comprend nos habitudes. On est dans le sentiment d'appartenance. On est dans le « nous » . Et notre cerveau valorise spontanément ce qui appartient à notre groupe.
- Speaker #1
Le territoire devient une identité. Et le nouvel arrivant, parfois, ça pose question. Celui qui n'a pas les codes, celui qui ne correspond pas à l'image traditionnelle de la commune. Alors, on peut défendre une démocratie ouverte et, dans le même mouvement, choisir celui qui nous ressemble le plus. Pas forcément par rejet, mais par simplicité, par familiarité ou par méconnaissance.
- Speaker #0
Oui, oui, la question de la familiarité est importante parce que, justement, c'est aussi la familiarité qui fait baisser le sentiment. d'incertitude. Et quand on a de l'incertitude, et dans notre actualité, on est beaucoup actuellement justement dans l'incertitude, notre cerveau privilégie ce qui lui paraît stable et donc prévisible. Ce n'est pas nécessairement quelque chose d'idéologique, c'est parfois juste un choix de confort, de confort cognitif. Le problème, c'est si ce confort devient le critère principal. Alors dans ce cas-là, la démocratie locale peut se renfermer sans qu'on en ait pleinement conscience. Donc, en réalité, en municipal, on vote, comme je l'ai dit tout à l'heure, souvent pour une personne qui est connue, pour une réputation, pour une impression de compétence, alors qu'en national, on vote davantage pour quelque chose qui est médiatisé, qui est plus idéologique.
- Speaker #1
Alors, depuis 2014, la nationalisation des enjeux municipaux a vraisemblablement augmenté, notamment... avec la montée de nouvelles formations politiques. Non pas qu'elles soient nouvelles en tant qu'idéologie politique, mais c'est leur montée qui est nouvelle, le Rassemblement national et de LFI. Et puis il y a eu la structuration pour La République en marche, devenue Renaissance. Alors le territoire engage, il y a les symboles, il y a les frontons au quotidien, mais aussi il y a les collisions avec ces tendances nationales. Quand je vote chez moi, je vote pour mon quotidien. pour la cantine de mes enfants, pour la voirie, pour la salle des fêtes, le cidia, l'école, la sécurité, la tranquillité. On l'a vu, ça échappe souvent aux grands vents nationaux. Et les frontons des mairies, pourtant, elles rappellent liberté, égalité, fraternité. On passe devant tous les jours en emmenant ses enfants à l'école et on a l'occasion d'y aller, comme nous l'avons dit, pour les mariages. Ça fabrique vraisemblablement une communauté au-delà d'une juste habitude visuelle, Fabrice.
- Speaker #0
Psychologiquement, la répétition d'un symbole, ça fait rappel identitaire, ça fait repère cognitif, ça symbolise une appartenance commune. Donc d'abord, ces mots, liberté, égalité, fraternité, ce sont des repères, stables. Voir les mêmes valeurs inscrites sur chaque mairie, du plus petit village à la plus grande ville, ça donne une sorte de sentiment de continuité, une collectivité, un ancrage collectif.
- Speaker #1
Alors ces trois valeurs, que nous disent-elles ?
- Speaker #0
Alors d'abord, la liberté. La liberté, ça renvoie aux besoins d'autonomie, à la sensation de pouvoir... à agir, choisir, de pouvoir décider quand ce besoin est respecté, alors on développe évidemment un sentiment de contrôle, un sentiment de dignité. Mais quand ce besoin est frustré, on voit arriver la colère et le retrait. Deuxième point. C'est l'égalité. L'égalité, c'est un besoin de justice et de reconnaissance. On est tous évidemment plus sensibles à l'inégalité perçue, dès l'enfance d'ailleurs. Donc inscrire égalité sur un fronton, c'est vouloir dire que chacun compte et que personne n'est censé valoir moins qu'un autre dans l'espace public. Et enfin, la fraternité touche ici au besoin d'appartenance, de faire lien, la solidarité, la coopération. On est tous des êtres sociaux. Et donc sans ce sentiment d'appartenance, il y a isolement, il y a fragmentation. Mais il y a un autre point aussi, c'est que quand ces valeurs sont affichées partout, elles deviennent une norme implicite et donc elles vont créer une attente. Si la vie qu'on a chaque jour au quotidien contredit ces principes, ça produit une sorte de dissonance. Et cette dissonance, cette dissonance cognitive peut justement amener de la défiance envers les institutions locales. y compris le maire d'ailleurs. Donc la question ensuite, finalement, elle n'est pas seulement politique, elle est personnelle. Est-ce que chacun se sent réellement libre, reconnu et appartenant là où il vit ?
- Speaker #1
Fabrice, il y a aussi la question de la force symbolique qui m'interroge beaucoup. Je voudrais bien ta réaction là-dessus. La force symbolique de l'écharpe tricolore par exemple. Qu'est-ce qui se joue individuellement et collectivement ?
- Speaker #0
L'écharpe tricolore, c'est aussi un symbole très fort. Déjà, Elle transforme celui qui la porte, celui ou celle qui la porte. Elle rappelle que cette personne n'agit plus en son nom propre, mais au nom de la collectivité. Ça met en marche un sentiment de responsabilité. Ça donne évidemment une posture d'autorité. Et puis, collectivement, elle rend visible la légitimité. Elle signale tout de suite. Ici, c'est la république qui s'exprime en quelque sorte. Donc, psychologiquement, c'est une fonction.
- Speaker #1
Le symbole, la symbolique, c'est une notion psychologique très forte que tu connais bien. tout En tout cas, ce que je peux dire, moi, c'est qu'adhérer à un symbole, c'est aussi un marquage qui nous permet de faire communauté, de faire nation. Est-ce qu'être citoyen, ça ne résonne pas ? Donc, Fabrice, avec des pas de la psychologie.
- Speaker #0
Mais si, si, tout à fait. Être citoyen, ça touche à l'identité. Se dire je suis citoyen, c'est appartenir à une communauté. Ça répond. Aussi, il y a notre besoin d'appartenance que j'évoquais tout à l'heure. Et ensuite, ça renvoie aussi au sentiment d'efficacité. Être citoyen, c'est aussi croire que sa voix peut compter, que son vote, que son engagement, que ses choix ont un impact. Et la responsabilité morale aussi, ça touche, parce que la citoyenneté implique des droits, mais peut-être qu'on ne le dit pas assez, aussi des devoirs. Ça permet de se dire... que je ne suis pas seulement bénéficiaire d'un système, j'en suis aussi acteur.
- Speaker #1
Et en tout cas, pour ces municipales, en 16-2026, on va observer avec soin sur le lien, la colonisation vraisemblable ou pas, des tendances nationales sur l'expression dans les urnes locales. Est-ce que les colères de nos citoyens en France vont se reporter dans les urnes municipales ? Des votes de rupture, des extrêmes, vont-ils s'inscrire également dans les municipalités de France ? Ou est-ce que la logique, souvent inscrite, d'élection de proximité pour les municipales, plus sage, plus pragmatique, est-ce que cette logique va se maintenir ? Il faudra observer ça de près.
- Speaker #0
Je pense que peut-être qu'on va avoir une tension entre deux choses. La première tension, c'est que, je l'ai dit, le vote municipal, il est ancré dans cette relation, dans ce quotidien. Et la seconde tension, c'est le climat national et aussi international qui peut un petit peu contaminer. Puis bon, c'est finalement là que le titre de cet épisode prend tout son sens. Notre maire M-A-I-R-E, notre maire M-E-R-E à tous, si on transforme le maire en figure maternelle, on lui demande de réparer l'ambiance nationale, de calmer, de protéger et éventuellement de tout contenir. Le problème, c'est que... qu'aucune personne ne peut tenir ça longtemps.
- Speaker #1
Cependant, tous les sondages de ces dernières décennies montrent que 69% des Français font confiance en leur maire. Donc il va falloir voir si cette tendance se maintient. Il y a un coup politique que nous venons d'évoquer. Fabrice a transféré nos angoisses, nos angoisses nationales, dans le monde, dans le contexte que nous vivons. Et on le voit bien dans ces temps de guerre. ou sur la représentation élue la plus proche. On peut fabriquer des élus épuisés, sous la charge, avec des citoyens déçus par une démocratie qui les irrite. Est-ce que Fabrice, on peut dire que le citoyen qui attend plus de proximité, mais qui participe moins, risque de transférer davantage sa charge émotionnelle sur les élus ? Est-ce que cette logique de proximité résistera à la polarisation nationale ? C'est un vrai sujet qu'il faudrait observer aussi au regard des représentations des maires. J'attire votre attention sur la représentation de l'Association des maires de France, l'AMF. Vous pourrez avoir plein d'informations sur ce site, l'Association des maires de France. dont le président est un célébrissime maire, c'est le maire de Cannes. Et également, j'attire votre attention sur l'association des maires ruraux de France, une autre association. Cette association qui compte en son sein 13 500 maires de communes de moins de 3 500 habitants, parce que bien sûr, les problématiques des maires des petites communes ne sont pas tout à fait les mêmes que celles des grandes villes. Merci Fabrice, c'est un sujet particulier, singulier, mais on a essayé d'y apporter... notre petite trousse avec nos regards.
- Speaker #0
Exactement. On a essayé de faire ça, comme on le fait chaque semaine, d'ailleurs.
- Speaker #1
On se retrouve la semaine prochaine. Merci à toutes et à tous de votre attention. Au revoir.
- Speaker #0
A bientôt. Merci.