Speaker #0Grüetzi, bonjour, bienvenue dans l'art des mots qui te transforme. Dans le dernier épisode, je t'ai posé une question. Le prochain verbe va pointer vers quelque chose de très précis. Est-ce que tu as trouvé ce verbe ? Beaucoup pensent spontanément aux ressources, à l'argent matériel, à l'énergie. Et ce verbe-là, on va en parler. Mais pas aujourd'hui, parce qu'il y en a un autre. On commence par quelque chose qu'on possède tous, à valeur égale. Une richesse qu'on a tendance à sous-estimer ou parfois ignorer même complètement. Je parle du temps. Le temps. Pas le manque de temps, mais le temps comme une richesse. Quelque chose qui t'appartient et dont tu as tout intérêt à prendre un peu plus conscience. Est-ce que j'ai le temps de faire ça maintenant ou plus tard ? Cela semble simple, presque trop simple, et pourtant, c'est exactement là que tout se joue. Tu te souviens de la mécanique ? On prend ce « il faut » , on extrait le verbe à l'infinitif, et on lui pose une question. Avec le filtre du devoir, est-ce que je dois le faire ? Avec le filtre du vouloir, est-ce que je le veux ? Aujourd'hui, le troisième filtre. Et maintenant, est-ce que j'ai le temps de le faire ? Là, tout de suite, pas en général ou dans ma vie, maintenant. Et ce filtre-là, c'est le filtre du pouvoir temporel. Il y a quelque chose de remarquable avec le temps. Il rend tous les humains égaux, chacun à 24 heures, ni plus ni moins. Il ne peut pas être donné. Dans le sens, tu me donnes une heure, j'en ai 25 et toi 23. Ça, ça ne marche pas. Il ne peut pas être volé, quoiqu'on a des appellations pour ça. Par contre, il peut être partagé et utilisé de mille et une manières. C'est d'ailleurs sur lui, en général, que repose le salaire. Le temps accordé à une tâche. Mais j'insiste, il se convertit en bien d'autres choses. Le temps passé avec des amis. Le temps accordé à soi-même. Ou à sa famille. C'est parfois bien plus précieux que de l'argent. C'est une richesse. Elle est propre à chacun. Maintenant, imagine que tu es au volant. Tu veux avancer. Tu peux avancer. Tu as le carburant, les mains sur le volant, la destination en tête. Mais le feu est rouge. Ce n'est pas une question de capacité. Ce n'est pas une question de volonté. C'est une question du moment. Le filtre du pouvoir temporel, c'est exactement ça. Ce n'est pas suis-je capable, c'est est-ce le bon moment ? La différence entre les deux est énorme. Reprenons notre ami fidèle. Il faut sortir les poubelles. On a déjà passé ce « il faut » par le filtre du devoir. Non, ce n'est pas un devoir vital. Le filtre du vouloir. Mais on a choisi de le faire ou pas. On a trouvé des motivations, des volontés. On vient maintenant à « est-ce que j'ai le temps de sortir les poubelles maintenant ? » Disant que tu sais que tu as un appel important dans les cinq minutes, la réponse honnête, c'est non, pas maintenant. Et là, attention, voilà où quelque chose change. Parce que la plupart du temps... Un non à cette question crée une sensation d'impuissance. Je ne peux pas. Et ce « je ne peux pas » , il reste là, il pèse, il n'est pas cool. Mais le filtre du pouvoir ne s'arrête pas au non. Il pose une deuxième question derrière. Quand ? Est-ce que tu as le temps de sortir les poubelles maintenant ? Non. Ben alors, quand ? Ah ben, ce soir, quand j'ai rendu travail, par exemple. Ce n'est plus une perte d'énergie. C'est un rendez-vous. Et dans ce rendez-vous, je choisis. Je sors les poubelles ce soir quand je rentre du travail. Ou je prends les poubelles demain matin avant de partir au travail, à l'école, etc. Peu importe. Est-ce que tu remarques quelque chose ? La phrase contient un « je » et elle contient un moment précis. Pas un jour, pas demain, c'est quand je rentre du travail, à partir de ce soir à 18h. Et c'est là le pivot de ce filtre, le vrai game changer. Parce que je le ferai demain sans encrage précis, sans corps d'impuissance déguisé en intention. Une définition temporelle doit être suffisamment précise et ancrée pour être réelle. Ce soir, dans 10 minutes, avant de fermer mon ordinateur. Quand les enfants sont couchés. Sans cette précision, l'intention reste une intention, et avec elle, elle devient une action planifiée, mais vague. Ce que le temps révèle, c'est l'ordre des choses. Et ça, ça va bien au-delà des poubelles. Tu pars en vacances à l'étranger, tu as réservé les billets, l'hôtel, planifié chaque jour, et tu arrives à l'aéroport, et là, refus d'embarquement. Ton passeport est valide encore deux mois, mais pour ce pays, il en faut six minimum. Ce n'est pas un manque de volonté, ni un manque de ressources. C'est une question de timing. Un entrepreneur connaîtra quelque chose ici. C'est la logique du diagramme de Gantt. Tant que telle tâche n'est pas terminée, la suivante ne peut pas commencer. L'ordre compte et le moment compte. C'est aussi ce que révèle la grille d'Eisenhower. Ce que cette grille enseigne, et qu'on oublie assez souvent, c'est que l'importance prime sur l'urgence. Vérifier la date de péremption de son passeport, ça prend 30 secondes. C'est peu urgent d'apparence, mais c'est d'une importance critique pour tout ce qui suit. Le filtre du pouvoir temporel, c'est aussi ça. reconnaître ce qui doit passer en premier, donner des priorités. Il y a encore un aspect qui est la relation aux autres. Et ça, cette précision temporelle, elle ne concerne vraiment pas que toi. Un patron s'approche de sa secrétaire et dit « Est-ce que vous pouvez me préparer ce rapport ? » Pas de moment précis, pas d'ancrage. Alors qu'une question différente va changer tout. Il y a une urgence. Pour quand pouvez-vous me faire ce rapport ? Le début de question peut être là pour savoir le degré d'urgence, le degré d'importance de ce rapport, mais ça va permettre de clarifier une situation. Cette question-là, elle fait vraiment quelque chose de fondamental. Elle rend du pouvoir à l'autre. Et le résultat, c'est une organisation qui fonctionne mieux. Parce que tout le monde sait quand. Sans définition précise, tu ne délègues pas vraiment, tu transfères ton désordre. Qu'est-ce qui vient de se passer dans cet épisode ? Tu as découvert que « je n'ai pas le temps » ce n'est pas une impuissance, c'est une information. Et cette information, quand tu la passes par le fil du pouvoir temporel, elle se transforme. Elle te demande quand, et dès que tu réponds à cette question, même imparfaitement, tu reprends la main. Tu passes de « je ne peux pas » à « je ne peux pas maintenant » . Et pour toi, et pour ceux à qui tu confies ces choses, c'est subtil, mais c'est puissant. Le devoir peut être infini, la volonté peut être infinie, les ressources peuvent manquer ou abonder, mais sans ancrage dans le temps, rien ne démarre. Jamais. Parce que l'action ne naît que dans une seule occurrence. Dans l'instant présent, dans cet instant T comme on dit souvent, c'est lui le déclencheur, le seul levier qui transforme une instantion en mouvement. La temporalité ne dit pas tu dois, elle ne dit pas si tu veux ou ne veux pas, elle dit simplement c'est maintenant ou ce sera quand. Alors, je te propose de nouveau un petit exercice pour cette semaine. Prends un il faut que tu as dans ta besace, un de ceux que tu as décidé de travailler sur toi pour toi, un que tu as entendu, que tu as noté, et puis tu le passes d'abord par les filtres déjà vus, est-ce que je dois, est-ce que je veux, et maintenant tu ajoutes celui-ci, est-ce que je peux, est-ce que j'ai le temps de, c'est vraiment est-ce que je peux dans cette idée spécifique du temporel. Si oui, tu as ton faveur. Avance. Sinon, pose-toi la seule question qui compte. Quand ? Avec un détail très précis, une condition concrète, précise dans le temps. C'est demain, c'est trop vague. Demain à 10h. C'est beaucoup plus précis. Quand je ferme mon ordinateur ? Ce week-end prochain à 8h le matin. Observe ce qui se passe en toi quand tu donnes une réponse, timée, vraiment avec cette information temporelle. Un petit bonus, essaye de changer cette semaine, de donner une tâche à quelqu'un, un enfant, un collègue, un partenaire, avec un ancrage temporel précis. Et regarde ce qui se passe, observe la différence. Tu as maintenant trois filtres. Le filtre du devoir, le filtre du vouloir, le filtre du pouvoir temporel. Et tu commences peut-être à sentir que quelque chose se construit. Mais il reste un filtre, le dernier. Et celui-là, il touche à quelque chose de différent, pas le temps, pas la volonté, pas l'obligation. Quelque chose de plus concret, de plus tangible. Vas-tu chercher ce verbe ? Si cet épisode t'a parlé, partage-le à quelqu'un qui dit souvent « j'ai pas le temps » . Peut-être que c'est le petit déclic dont il ou elle avait besoin pour trouver son instant T. Et toi, ton instant T pour t'abonner, c'est maintenant ? Pendant que tu y penses, pendant que t'es là, pendant que tu as un tout petit peu de temps, ça m'aidera beaucoup, merci. Chaque épisode de cette saison va plus loin, filtre par filtre, jusqu'à la transformation complète. Tous les épisodes sont disponibles sur ta plateforme d'écoute préférée et tu retrouveras également les ressources de la série sur être-vivre.ch Merci. Ah, j'oubliais. Ta petite question cadeau. Quel est ce « il faut » qui s'accroche à tes basques, qui te freine et qui attend encore cet instant T que tu n'as pas défini ? C'est Axel Reymond, et les mots, ça te transforme. À la semaine prochaine !