- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce premier épisode du podcast L'Atelier de Béranger. Bonjour Béranger, comment ça va ?
- Speaker #1
Bonjour, ça va très bien.
- Speaker #0
On se retrouve aussi avec Zoé, avec qui je travaille depuis plus de deux ans. Bonjour. Nous sommes pour la première fois dans ton atelier pour ce tout premier podcast, donc je suis vraiment ravie. Tu es bijoutier sur Mangeant à Nantes depuis 20 ans, tu as obtenu un diplôme de maître artisan, et tu es aussi formateur le lundi à l'école des Herbiers. Donc je me demandais simplement comment ça t'est venu à l'idée d'entrer dans la joaillerie, quoi ce domaine ?
- Speaker #1
C'est la suite d'une orientation scolaire au collège. C'est mon prof titulaire de l'époque qui m'a orienté vers ce métier, cette profession. Et je devais faire un autre métier. J'avais choisi le métier d'imprimeur. Et mon professeur titulaire, à l'époque, il a reçu une plaquette du CFA de Saumur en apprentissage. Où on parlait du métier de bijoutier joualier. Et comme j'avais des appétences artistiques et manuelles, il a pensé tout de suite à moi. Et donc j'ai mis de côté le métier d'imprimeur pour plus m'intéresser. au métier de joaillier.
- Speaker #0
Une fois tes études terminées, ça n'a pas été trop dur d'ouvrir ta boutique ? Ça se passait comment ?
- Speaker #1
Une fois mes études terminées, je ne me suis pas installé tout de suite. Je suis parti d'abord, comme on dit, sur le marché du travail. Mon premier employeur était à Grenoble. Là, j'y reste un an et demi. Je suis chez un artisan. Je vois plein de choses, plein de techniques, plein de bijoux différents. On travaille beaucoup à la main. Je suis vraiment chez un artisan. Ce qu'on fait aujourd'hui ici, dans mon atelier. À la suite de ça, je reviens chez mes parents. Et là, en fait, je vais rechercher du travail à Nantes. Et c'est à Nantes où je vais rester d'abord deux ans et demi comme un professionnel dans un atelier de joaillerie où là, on fera de la sous-traitance. La sous-traitance, c'est travailler, en fait, faire de la réparation pour des bijouteries qui n'ont pas d'atelier. Et à la suite de ça, là, j'essuie un licenciement économique. Et donc, je décide de m'installer. Le démarrage, c'est comme tout démarrage, je dirais. C'est-à-dire que quand j'ai choisi de m'installer, c'était parce que je voulais... être devant mon établi, faire et fabriquer. Donc s'installer, nous c'était un peu plus compliqué à mon époque, c'était il y a 18 ans en arrière, parce que je me suis installé comme un chef d'entreprise, comme un artisan, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas l'auto-entrepreneuriat. On allait se retrouver avec plein pot de charges. Et il faut, dans nos métiers, se faire une réputation et il faut se faire une clientèle. Il y a des professions qui, je dirais, sont plus faciles, des métiers plus communs, j'oserais dire. Par exemple, la boulangerie, où en fait, c'est des métiers qui sont plutôt de service, où on a l'habitude d'y aller régulièrement, plutôt qu'un bijoutier jouet. Et donc, si tu veux, en fait, il faut du temps pour se faire une clientèle. Donc, les débuts ont été tumultueux.
- Speaker #0
Et ce n'était pas trop dur au début ? Tu devais être un peu stressé dans tes débuts, tes premiers clients ?
- Speaker #1
Oui, il faut pouvoir parler à sa clientèle, notamment le premier jour où j'ai été stressé d'ouvrir, parce que c'est le premier jour, c'est la première fois. Et je me rappelle, j'avais demandé à mon ex-femme, donc, de rester avec moi toute la journée. Parce que c'est la première fois que j'ouvrais mon rideau de fer et que j'attendais le client, qui n'est pas venu tout de suite le premier jour, j'avoue.
- Speaker #0
Tu te rappelles du premier projet, du premier bijou certainement qu'on a dû te confier ?
- Speaker #1
Ce n'est pas un bijou qu'on m'a confié dans ce premier client-là, c'était un voisin, un monsieur qui tenait un bar juste à côté. Et en fait, ce monsieur-là est venu avec son GPS, il était tombé en panne. Et donc, il a pensé à moi parce qu'il avait, je me rappelle, il était peinot avec son GPS complètement éventré. Et en fait, il y avait deux fils qui étaient dessoudés. Donc, il m'a dit, ah ben, je pensais à vous parce que vous êtes bijoutier. Donc, vous avez forcément une appétence manuelle, technique.
- Speaker #0
C'est surpondant quand même.
- Speaker #1
Ben, complètement. Pour le moment, mon ego en a pris un petit coup. Je lui ai réparé donc ce GPS. Et par la suite, il est revenu me voir assez rapidement. Et là, il m'a donné un vrai bijou à réparer. C'est-à-dire, c'était un pendentif où il fallait, je me rappelle très bien, c'était une belle pépite d'or où il fallait en fait modifier ce qu'on appelle la bélière. c'est l'anneau qui tient la chaîne voilà pour tenir le pendentif et il fallait le modifier. Donc ça a été ma première réparation.
- Speaker #0
Tu accueilles aussi une alternante dans ton atelier, Zoé, anciennement alternante et maintenant salariée, comme je disais, depuis deux ans. Comment tu as été amenée, Zoé, à travailler avec Béranger ? Avant toute chose, je ne savais pas qu'il était formateur à l'école où j'allais étudier plus tard. Et je l'ai découvert dans un article de journal où il présentait sa fameuse couronne. Et je me suis dit, pourquoi pas aller déposer ma lettre de motivation chez lui. Et donc depuis, j'ai réussi à faire pratiquement tous mes stages chez lui. Et comme tu l'as dit précédemment, aussi mes deux années d'intervention.
- Speaker #1
Quand Zoé est venue me voir la première fois, je m'en rappelle très bien. C'était post-Covid. Et j'ai senti que Zoé, comme beaucoup de jeunes, quand ils viennent chez moi, ce qui peut m'amuser parfois, c'est que je les impressionne. Ça me fait toujours plaisir, ça. Et je me rappelle, Zoé est rentrée comme ça, et je raconte toujours ça aux gens. Elle est rentrée avec le CV, je m'appelle, hop, elle me sort le CV, et je pose toujours la question, quelle école ? Et là, donc, Zoé me dit, ça serait pour aller à l'école des Herbiers en Vendée. Et donc, d'un air sarcastique... toujours avec un peu de sérieux, je lui dis ah bah ça va bien parce que justement à mon avis on risque de se croiser.
- Speaker #0
J'ai été surprise parce que je ne m'y attendais pas du tout en plus de ça.
- Speaker #1
Et donc je lui dis bah oui parce que je suis un des formateurs de l'école de bijouterie des herbiers. Donc je lui dis bah écoutez je garde votre CV et puis on verra.
- Speaker #0
Je voulais savoir Zoé,
- Speaker #1
tu as eu quel parcours ? Pourquoi ça te plaisait la joaillerie ?
- Speaker #0
Moi j'ai commencé par un lycée en art appliqué à la Jolivry dans le Pôle Lézard à Nantes. Et ensuite je suis partie sur une année de prépa à Brassard. Et donc après je suis rentrée dans l'école de bijouterie. Ce qui me plaît dans la joaillerie c'est le fait de pouvoir créer et surtout d'utiliser ses mains. Et ce qui me plaît encore plus maintenant c'est de pouvoir voir l'avancement du bijou. Donc de le faire de A à Z, de voir toutes les étapes du bijou dont on ne se doute vraiment pas avant de rentrer dans une école de bijouterie.
- Speaker #1
Pourquoi tu préférais être chez l'artisan avec Béranger plutôt que dans une grande maison de joaillerie ?
- Speaker #0
Comme beaucoup, je pense, avant de rentrer dans une école de bijouterie, on rêve tous de faire des stages ou d'aller découvrir ces grandes enseignes. Mais moi, personnellement, quand j'ai fait mes stages chez Béranger, j'ai vraiment découvert l'artisanat et ça m'a vraiment énormément plu. Surtout que Béranger me montrait énormément de choses. Donc, j'ai pu découvrir vraiment tout l'univers de l'artisanat. Et surtout, c'est qu'on touche à tout. Et j'ai surtout pu voir le déroulement d'un échange entre l'artisan et sa clientèle.
- Speaker #1
Vraiment, dès le début, j'ai senti que j'avais misé sur une bonne personne.
- Speaker #0
En fait, dès le début, on s'est vraiment bien entendu, on a bien accroché.
- Speaker #1
Tout de suite, j'ai fait en sorte que Zoé comprenne qui j'étais. J'ai de l'humour, donc on a eu des débats au début. J'ai bien discuté parce que c'est ça aussi une vie professionnelle, une entreprise. Ce n'est pas seulement faire que du travail. C'est aussi d'échanger pendant qu'on travaille sur des débats de fond, de discussions sociales et autres. Et ça, j'aime beaucoup. Donc, on n'avait pas les mêmes avis parce qu'on n'a pas les mêmes âges, évidemment.
- Speaker #0
On n'a pas les mêmes caractères.
- Speaker #1
Et on n'a pas les mêmes caractères. Il y a eu des fois où on boudait chacun de notre côté, mais ça ne durait pas.
- Speaker #0
Un petit après-midi.
- Speaker #1
Un petit après-midi, voilà, mais ça ne durait pas. Ça ne dure jamais, d'ailleurs. Et Thorey a compris qui j'étais.
- Speaker #0
Je pense que j'ai mûri aussi. C'est très bête,
- Speaker #1
mais je pense que ça fait 4 ans que vous... vous connaissez déjà ? Oui, ça fait 4 ans. Et justement, là, en ce moment, tu t'engages encore plus dans l'entreprise. Et ça, je ne fais que de lui dire que je suis fier d'elle. Parce que justement, moi, ça me touche. Et je vois justement, comme je disais des fois, pour la taquiner, tu veux rester chez moi parce que je suis à proximité et ce n'est rien de plus. Mais en fait, non, elle me le dit. Chez toi, on voit plein de choses. Peut-être que chez d'autres, je le verrais. Mais ça ne serait pas pareil parce que je n'aurais pas cette liberté que tu me laisses. Et pour moi, cette liberté est importante. Je gère ça. à ma manière de chef d'entreprise, parce que je sais que Zoé, toute la journée travaille, je sais qu'elle a besoin de liberté. Si je suis derrière elle en lui mettant la pression, ça ne fonctionnera pas. Et moi, je déteste ça parce que dans le milieu professionnel, quand j'étais salarié, j'ai subi ça de la part de certains professionnels. Et j'ai compris que, pour ma part, si on laisse de la liberté à un salarié, une certaine liberté, on travaillera mieux et on avancera mieux. Je ne sais pas si tu es d'accord.
- Speaker #0
Je pense que c'est justement ça notre force, c'est que surtout on est deux dans l'entreprise, on se connaît.
- Speaker #1
donc on sait comment travaille l'autre et comment peut réagir complètement et puis on se soucie aussi de nos vies personnelles un petit peu on en parle on se raconte nos petites histoires nos peines nos joies on se soutient on forme une bonne équipe on forme une bonne équipe on n'est pas un couple on est une bonne équipe on est la belle équipe
- Speaker #0
Béranger tu t'es fait connaître avec des bijoux inspirés des Templiers c'est pas commun finalement
- Speaker #1
Non, ce n'est pas du tout commun. C'est plutôt ce qu'on appelle un métier de niche. L'histoire des Templiers, c'est plutôt l'histoire de mes bijoux Templiers. En fait, c'est une discussion que j'ai eue avec un de mes frères aînés, David, qui est tailleur de pierre et qui baigne dans la reconstitution historique depuis des années. Et il me dit, tu sais, tu devrais faire des bijoux pour les Templiers parce que ces personnes-là, elles recherchent des choses. Et ce qui existe, ce n'est pas cher, c'est ostentatoire, c'est très américanisant et ce n'est pas beau. Et donc, il me dit, tu dois faire tout le contraire. Il faut que ça soit beau, il ne faut pas que ça soit forcément ostentatoire et surtout, il faut que ça soit cher, comme j'aime bien dire. C'est-à-dire au juste prix, tout simplement. J'ai mis cette idée de côté un temps et puis j'ai commencé à m'y intéresser. J'ai vu à l'époque qu'il n'y avait pas grand-chose. Je me suis dit, je peux avoir ma place. Donc, j'ai commencé à faire des bagues, des chevalières, des pendentifs avec des croix. Donc, pour faire ça, il a fallu que je m'y intéresse. Des livres, des recherches sur Internet. trouver des dessins, des blasons, des armoiries. En grattant sur Facebook, je découvre qu'il y a tout un univers au niveau des Templiers.
- Speaker #0
J'imagine que tu ne fais pas que des bijoux inspirés des Templiers. Il doit y avoir d'autres clients qui viennent en boutique pour avoir d'autres demandes. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Effectivement, le public ne s'imagine pas la multitude de clients diverses et variées qui viennent nous voir. En fait, c'est monsieur, madame, tout le monde. Mais on a une multitude de clients. diverses et variées qui, en fait, vont nous solliciter pour qu'on puisse faire refléter dans leurs bijoux leur personnalité. Et moi, j'aime bien dire que je suis joaillier universel. On va aussi bien venir me voir pour les Templiers, mais on va venir me voir pour simplement agrandir, diminuer des bagues, fabriquer des bracelets pour les dames, fabriquer des médailles de baptême, donc des bagues avec une pierre, des bagues de fiançailles, des alliances. des colliers pour des anniversaires, enfin, tout un tas de choses. Et puis, des bijoux qui peuvent être aussi beaucoup plus encore particuliers.
- Speaker #0
C'est vrai que tu as eu des demandes plutôt particulières, mais bon, ça, ça fera l'objet d'un prochain podcast.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Aussi, Bérenger, je sais que tu organises des ateliers Weekendoo. Est-ce que tu peux en parler un peu ?
- Speaker #1
Oui, effectivement. Alors, Weekendoo, c'est une plateforme d'artisans ou en fait, des gens qui sont néophytes dans les différents métiers de l'artisanat, des bijoutiers, des tapissiers, des verriers. Voilà, on peut venir faire. des petits ateliers de deux heures.
- Speaker #0
Des initiations.
- Speaker #1
Voilà, des initiations, des ateliers d'initiation où les gens viennent faire, alors chez moi, pendant deux heures, deux heures et demie, donc c'est deux personnes maximum qui peuvent faire fabriquer, faire eux-mêmes leurs bijoux. Donc ça peut être soit une bague ou une paire de boucles d'oreilles. Donc ça commence à partir de l'âge de 13-14 ans jusqu'à 77 ans et plus.
- Speaker #0
Tu accueilles aussi des étudiants en joaillerie ?
- Speaker #1
Alors oui, j'ai des stagiaires d'écoles de bijouterie. Je fais des stages à titre indépendant perfectionnement ou d'initiation aussi, mais c'est pour de l'entraînement, voilà, pour rentrer dans les écoles de joaillerie.
- Speaker #0
D'accord. C'est les stages intensifs, par exemple, aux écoles de joaillerie à Paris ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Alors, en fait, moi, c'est pas sur une semaine. Par exemple, je l'ai fait pour une élève qui est justement à Paris, qui est partie à l'école Boulle pour apprendre le métier de bijoutier. Et elle a fait une dizaine de stages où elle venait deux heures tous les quinze jours, tous les mercredis. Ça lui a permis, en fait. de pouvoir rentrer dans les écoles de bijouterie, notamment parisiennes, donc l'école Boulle pour ne pas la citer. Donc c'est chouette.
- Speaker #0
Eh bien, cet épisode touche à sa fin. Merci beaucoup à vous deux pour ce moment d'atelier. C'était très agréable. À bientôt dans un prochain épisode de l'atelier de Bérenger.