- Speaker #0
Bonjour Béranger, comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va très bien, merci.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on se retrouve pour parler d'entrepreneuriat. Oui, encore une fois, mais de façon plus technique cette fois-ci. Alors, on commence par la question. Installer une bijouterie, ça coûte cher ?
- Speaker #1
Tout dépend comment on voit le mot « cher » , comme je dis souvent. Pour un atelier simple de bijouterie-joaillerie, il faudrait compter aux alentours des 30 000 euros. Et après, ça va correspondre à quoi ces 30 000 euros ? Ça va être le prix du matériel. Alors, tout dépend aussi si tu l'achètes neuf ou pas, puisqu'il y a le matériel pour pouvoir travailler au niveau de l'atelier, faire les fabrications, faire les réparations. Pour ce qui est de mon cas, ce qui s'est passé à l'époque, c'est que j'ai acheté dès le début du matériel de bijouterie. Alors, j'avais le petit matériel de bijouterie, la fameuse mallette que les élèves ont et qu'on leur fournit, qui est payante.
- Speaker #0
Elle coûte combien cette mallette ?
- Speaker #1
Entre 600 et 1000 euros. je crois qu'à mon époque c'était 600 11 euros, on est en francs, mais on va parler plutôt en euros, on est entre 600 et 1000 euros. Tout dépendra des écoles, ce qu'il y aura dedans. Donc c'est du matériel qui va durer à vie, du matériel de base pour être à l'établi, c'est-à-dire des pinces, des outils de précision, des choses comme ça. Et puis après, il va falloir investir dans du matériel un peu plus gros, ce que j'appelle moi du matériel manuel, parce que c'est assez mécanique. On a comme matériel, on a le... Le laminoir, qui est du bon matériel, c'est une espèce de grosse machine avec une manivelle. C'est mécanique et tu as deux rouleaux en acier trempé qui servent à écraser les lingots, l'or, l'argent, le platine. Donc ça, c'est des outils qui durent dans le temps, qui sont en réalité, quand tu l'achètes neuf, qui sont des investissements assez lourds. Donc forcément, si tu peux acheter ça d'occasion, c'est bien.
- Speaker #0
Il y a le prix de la formation, il me semble aussi. Ça dépend où on va, mais c'est quand même assez cher.
- Speaker #1
En fait, ça dépend aussi des écoles. C'est-à-dire que tu as des écoles publiques et tu as des écoles privées.
- Speaker #0
Aux herbiers, là, où tu enseignes, c'est combien l'année ?
- Speaker #1
Alors, je crois qu'on est aux alentours des 5 000 euros l'année. Je ne veux pas dire de bêtises. L'avantage des écoles privées, c'est que nous, on est post-bac aussi. Pour rester un petit peu sur la formation, c'est qu'on a des élèves post-bac. Donc, en fait, on va rester aussi... Les élèves vont être quasiment tout le temps à l'atelier. Alors, on parle de matériel, mais en fait, il n'y a pas que le matériel. En réalité, il y a aussi la matière qui est nous, en plus, c'est la matière précieuse. C'est un investissement qui peut être assez lourd. Le cours de l'argent est élevé, le cours de l'or encore plus. C'est quand même des gros investissements. C'est-à-dire que débuter avec, par exemple, un kilo d'or, on est quand même à 117 000 euros le kilo. En plus des 30 000 euros, ça commence à faire. J'ai commencé avec 7 grammes d'or à l'époque et 400 grammes d'argent. Pour ma part, j'ai commencé petit et c'était bien parce qu'il fallait commencer par se faire connaître, commencer à avoir des clients. Et c'est vrai que stocker de la matière précieuse, Ça peut prendre du temps et beaucoup de temps. Donc si on fait un prêt à la banque, le prêt, lui, il court. Il y a beaucoup de choses qui sortent, mais il n'y a pas grand-chose qui rentre. Et ça, c'est vraiment le problème lorsque l'on va débuter. Beaucoup de personnes qui vont s'installer. Moi, j'avais déjà du matériel de bijouterie. Très vite, en fait, j'ai acheté du matériel d'occasion. Ça se faisait comment ? Ça se faisait par bouche à oreille. Quand j'allais en stage chez les employeurs, des fois, ils avaient du vieux matériel. Donc s'ils étaient sympas, ils filaient un vieux chalumeau, t'étais content. Puis d'autres fois, il y avait des bijoutiers, après ça a été le bouche à oreille, où les bijoutiers étant en retraite, il leur restait toujours du matériel et ils proposaient du matériel avec des prix super intéressants. La bijouterie est une profession tellement spécifique que le matériel aussi était très spécifique. Et donc, il était bien conçu. Il était conçu pour durer. Donc, c'était un vrai investissement. Certains outils peuvent durer même 150 ans, 200, 300 ans après, justement.
- Speaker #0
Quel statut tu recommanderais Béranger quand on démarre son entreprise ?
- Speaker #1
Moi, quand je me suis installé, je me suis installé tout de suite dans le grand bain. Je me suis installé directement en entreprise individuelle qui, après, s'est terminée avec un régime simplifié, avec l'exonération de TVA. En fait, il y a 18 ans, il n'existait pas l'auto-entrepreneuriat. Il y avait la micro-entreprise. La micro-entreprise existe toujours. C'est un peu similaire avec l'auto-entrepreneuriat. Je pense que si l'auto-entrepreneuriat avait existé à mon époque, j'aurais été très content. Ça te permet de déclarer. que ce que tu gagnes. Moi, j'ai démarré plein pot, c'est-à-dire avec décharge tout de suite, avec la TVA tout de suite, avec l'URSSAF tout de suite. Et en fait, tout au début, le temps que ça fonctionne, malheureusement, en fait, tu sors plus que ce que tu rentres. Le temps de se faire des clients et de la trésorerie, ce qui a été longtemps une difficulté pour moi. Donc, je pense que l'auto-entrepreneuriat, justement, c'est une bonne solution quand on débute, surtout dans un métier d'artisanat d'art. Après, Le désavantage selon moi de l'auto-entrepreneuriat, c'est qu'il ne faut pas oublier, c'est un statut qui dit précaire. Ça veut dire que c'est un statut assez facile. Mais on n'est pas chef d'entreprise. Le chef d'entreprise, c'est celui qui décide de faire le grand bain, comme je l'ai fait à l'époque. Le chef d'entreprise, il n'a pas de salaire. Ça, souvent, on m'a posé la question au début, dans mon entourage, des gens que je connais. Ça va, tu gagnes ta vie, ça va, tu as un salaire. Mais ça, c'est une question de salarié. L'indépendant, le chef d'entreprise, il n'a pas de salaire. Alors, ils vont dire, ils te regardent toujours avec des yeux en bas. Si tu n'as pas de salaire, alors tu ne gagnes pas ta vie. Ça n'a rien à voir. Tu vas faire un chiffre d'affaires. C'est le chiffre d'affaires de l'entreprise. Tu vas payer tes charges, toutes tes charges. Ursa, foyer, compagnie, charges. Et surtout, si tu as un salarié, tu payes ton salarié. Et après, toi, avec ce qui te reste, tu te payes. Si on prend le bilan, parce que quand on a une entreprise comme la mienne, j'ai un bilan tous les ans et je paye un comptable. Et c'est les bénéfices qui sont le salaire. Tu le divises par 12 et là, tu as ton salaire. Mais je n'ai pas de salaire parce que je suis chef d'entreprise.
- Speaker #0
Et puis, est-ce qu'il faut un minimum d'expérience pour se mettre à son compte ? Est-ce qu'il y a forcément besoin d'un diplôme ?
- Speaker #1
Pour ma part, je... pense qu'il faut un minimum d'expérience pour être à son cours.
- Speaker #0
Et ce serait quoi ce minimum d'expérience ?
- Speaker #1
Avoir travaillé dans un atelier de bijouterie, joaillerie, un certain temps, pour pouvoir voir, ne serait-ce que techniquement, une multitude de réparations, pour pouvoir lui dire « Là, ici, c'est usé, il faut faire ceci, il faut changer cela, il faut refaire ceci. » Nous, dans la profession, on dit toujours qu'il faut être un bon réparateur pour devenir un bon créateur. Parce qu'en fait, un métier comme le nôtre, qui est un métier manuel, Si tu es débrouillard, malin, si tu as peu de petites qualités comme ça, tu vas toujours réussir à faire quelque chose. D'accord ? Si tu as tant de malheurs, que tu es mécano, je veux dire, tu n'es pas mécano. Tu bricoles chez toi, tu répares des moteurs de vélo Solex comme je fais, ou des moteurs de deux chevaux. C'est parce que j'ai eu des manuels. Mais ça ne fera pas de moi un mécano hors pair pour réparer une voiture moderne. C'est impossible. Donc, il y a un moment où il faut passer à faire des formations professionnelles et avec un... Un diplôme à la clé, c'est important.
- Speaker #0
Quand on s'installe, est-ce que l'emplacement est important ? Est-ce qu'on doit absolument avoir une boutique ou est-ce qu'on peut démarrer depuis chez soi ?
- Speaker #1
Alors, bonne question. Quand on s'installe, est-ce que l'emplacement est important ? Je pense que oui, quand on s'installe, l'emplacement est important. Mais il faut aussi avoir la possibilité de pouvoir avoir un pas de porte ultra bien placé. Donc si tu as un pas de porte ultra bien placé, d'accord, ça veut dire que le reste suit. Sauf que moi, ça ne s'est pas passé comme ça. Un copain qui me disait, un confrère qui me disait, « Béranger, si tu veux t'installer dans le centre-ville, vas-y. Si tu veux t'installer à Nantes, vas-y, mais pas dans le centre-ville, parce que dans le centre-ville, il y a déjà du monde, il y a déjà beaucoup de monde. Trouve un quartier dans Nantes où il y a une vie de quartier, c'est-à-dire un boulanger, un boucher. Et toi, tu t'installes là, et justement, tu seras le joutier de quartier, ça. » Il m'avait dit, « Par contre, tu verras, ça sera beaucoup plus long que les autres. Mais tu verras, tu y arriveras. » Je me rappelle très bien de ça. est-ce qu'on peut avoir une boutique ou commencer directement de chez soi ? Je dirais oui, les deux mots capitaines. Après, il faut bien cibler les choses. C'est-à-dire que moi, à l'époque, j'ai voulu tout de suite avoir un magasin, une vitrine pour être physique. En étant présent physiquement, le client allait venir vers moi. Aujourd'hui, on peut aussi s'installer chez soi. Ça va être plus délicat parce que si c'est chez soi, pour recevoir du monde, il faut vraiment que les gens aient envie de venir et de se déplacer. Donc pour ça, il va falloir communiquer énormément. Par exemple, si on n'a pas de boutique, faire des salons et des expositions. Par exemple, une fois ou deux fois l'année, il y a la période des alliances, donc faire les salons du mariage. Mais quelqu'un qui n'a pas de pignon, je pense que c'est beaucoup plus compliqué. Après, tout dépendra de ce que l'on veut faire. J'ai des confrères et consœurs qui travaillent de chez eux. Sauf que eux, par exemple, ils ne vont travailler que pour des professionnels. des bijoutiers qui ont pas d'intervillé. Donc, ces bijoutiers viennent chez eux et leur donnent les bijoux à réparer ou à fabriquer. Il y a aussi, quand t'es en ville, tu peux aussi travailler dans un appartement où, en fait, les gens vont travailler de chez eux. Ça s'appelle bijoutier en chambre. Donc, on va appeler le bijoutier, on va prendre rendez-vous, le client va sonner à la porte et puis on va le recevoir. Et on aura tout le temps de le recevoir.
- Speaker #0
Dès savoir, Berger, comment on fait un devier quand on est bijoutier ? Qu'est-ce qu'on met dedans ? Comment on le calcule ?
- Speaker #1
Alors, comment ça fonctionne ? Ça peut commencer par un appel téléphonique du client. Il me dit « Bonjour monsieur, j'aimerais faire un bijou, je voudrais savoir si vous faites ça. » Donc j'explique, je fais un peu de pédagogie, même des fois au téléphone. Ça peut prendre un petit peu de temps. Ou sinon, le client vient, on explique et on détaille les choses. Avant, il m'arrivait de faire des devis assez rapides tout de suite et je me plantais très souvent. En fait, ce qui va se passer, c'est que le client, je le fais venir. Par exemple, un exemple, hier. J'ai un monsieur qui m'a contacté pour des renseignements pour la réalisation d'Alliance. Il m'a appelé, on a discuté, je lui ai donné plein de tenants et plein d'aboutissants. Comment choisir une paire d'alliances, faire des comparaisons, s'il voulait de l'or, s'il voulait de l'argent. Je lui ai dit, vous expliquez ça à madame, et si ça vous a convaincu, vous m'aurez contacté. Eh bien, c'est ce qui s'est passé. À cette issue-là, on a choisi de prendre un rendez-vous. Dans ce rendez-vous, quand les clients viendront, je vais les faire asseoir au bureau, là où nous sommes, dans le magasin. Nous allons discuter et nous allons échanger. Là, on va regarder des tailles de doigts, on va regarder ensemble ce qui est. qu'est-ce qu'ils veulent, s'ils veulent du plat, des alliances plates, des alliances épaisses, des alliances martelées, des alliances bombées, s'ils veulent les vols blanches, s'ils les veulent jaunes, donc s'ils les veulent en or, en argent, en platine. Et à l'issue de ça, je vais éventuellement faire un crottis, mais très succinct. C'est-à-dire que je ne vais pas, comme on dit un petit peu d'hier, je ne vais pas chiader le dessin. Je ne travaille pas devant le client, certainement pas. Pourquoi ? Parce que travailler devant le client, je le dis, c'est un travail. Il y a une rémunération derrière, il y a un truc. Et si le client, des fois, il n'a pas d'idée, toi, tu lui files des idées. Et il se dit, tiens, avec ces idées-là, je vais pouvoir aller voir les autres bijoutiers. Et puis quand Poiron m'aura donné son prix, je vais pouvoir aller faire le tour de la place dedans. Et puis je vais voir qui c'est qui sera le moins cher. Donc ça, je l'ai eu des fois. J'ai travaillé, retravaillé des devis. Et à l'arrivée, je soumettais le devis au client. Il me disait, si on enlève ça et si on fait comme ça. Donc je refaisais. J'étais un peu maso, c'est-à-dire que j'ai vu aussi jusqu'où on pouvait aller. Et un jour, je me rappelle, j'avais une cliente pour une paire d'alliances. Et la dame, comme je dis toujours, sur son alliance, elle voulait que ce soit une Formule 1. Elle voulait dire qu'elle voulait tout un tas de gravures, comme sur les Formules 1. Et je lui ai dit, madame, si je vous fais ça sur votre alliance, le problème, c'est que vous ne verrez rien. Donc, j'ai remanié le devis. J'ai refait le devis. Au bout d'un moment, nous, artisans, en fait, on se perd. D'accord ? Et puis quand tu soumets le devis, le plan de Libano, ça ne m'intéresse pas. Donc toi, tu as travaillé pour rien. Et donc, quand tu commences un petit peu à râler, à dire au cœur, « Ouais, mais bon, j'ai fait le devis, madame, et tout. » Et on vous répond, « Bah oui, alors c'est le jeu. » Et ça, ça a commencé à me déplaire. Et je me rappelle, pour me souvenir de ça, ce devis, je l'avais accroché au-dessus de mon établi, devant moi, pour me souvenir de la bêtise que j'avais faite. La bêtise que j'avais faite, c'était de ne pas te faire payer mes devis. Et j'avais des collègues qui me le disaient, des gens qui n'étaient pas forcément de mon métier, qui avaient été dans le commerce, et qui me disait, mais Roger, tu devrais faire payer tes devis. Je dis, oui, mais si je fais payer mes devis, les clients ne vont plus venir. Ce qui est une bêtise. Ça veut dire qu'aujourd'hui, je fais payer mes devis. Pendant l'explication, quand on se voit la première fois, je dis, voilà, mes devis sont payants. Ça fonctionne comment ? Ça va être tant, j'ai 80 euros de l'heure, on peut le dire, ce n'est pas un secret. Donc, si vous souhaitez aller plus loin, je vous fais le devis, sachez que ça vous coûtera 80 euros. Par contre, si le devis est accepté, les 80 euros, on n'en parle pas. Pourquoi ? Parce qu'en fait, vous me ferez un à compte de 30% sur la réalisation. Donc, dans ces cas-là, on avance. On le tient au courant dès qu'on peut. J'envoie des mails. Dernièrement, avec un autre client, c'est ce que j'ai fait pendant tout le déroulé de la réalisation de son point actif en anglant avec sa perle. Je lui ai envoyé des mails. À chaque fois, j'avais des informations. J'ai reçu la fonte du fondeur. Là, on est en train de travailler dessus. Donc, ça sera prêt ce soir. Le monsieur n'a pas pu venir hier. Il est venu ce matin. Ça, c'est important de pouvoir travailler comme ça de plus en plus.
- Speaker #0
Oui, et puis ça rassure le client surtout.
- Speaker #1
Complètement, parce que le client, je parlais de confiance tout au début du podcast C'est tout ça. C'est de la confiance. Et d'arriver à être transparent. Alors, ce n'est pas toujours simple parce qu'il faut arriver à répondre à tout le monde. Si tu es en retard pour l'un, ça veut dire que tu es en retard pour tout le monde. Donc, si tu as 20 clients, il faut envoyer 20 mails et appeler les 20 clients, ce qui n'est pas toujours possible. Mais il faut arriver... C'est pour ça qu'en fait, il faut arriver à donner des amplitudes assez longues, pas non plus au bout du monde. Ce qui fait que si tu dis 6 mois au client, par exemple, parce que tu as du travail, tu dis 6 mois pour être tranquille, tu calcules dedans les impôts, des râles, des choses comme ça, et bien dans ces cas là, Tu dis 6 et au bout de 3, le bijou est terminé. Le client, tu l'appelles, ça fait 3 mois. Il ne s'y attendait pas, il est super content. Voilà.
- Speaker #0
Et donc, Berger, comment tu fixes tes prix ?
- Speaker #1
Alors, tu dois regarder un petit peu ce que font tes collègues. Sauf que tes collègues, ça dépend s'ils sont tout seuls ou ils sont placés, s'ils ont des salariés, donc s'ils ont des charges. Plus tu as des charges, plus éventuellement tu dois augmenter ton taux horaire, par exemple. Et puis, sur certaines choses, je vois des confrères qui sont... ou consoeurs qui sont assez bas. Mais c'est normal, parce que là où ils sont situés, par exemple, à de la réparation, ils assoudurent deux chaînes, et bien ils en font tous les jours. Donc comme ils en font tous les jours, ils sont compétitifs, c'est normal. Mais sur un plan comptable, tu vas calculer toutes tes charges et tu vas voir ce qui va arriver au bout, pour te dire, au niveau du taux horaire, ça coûte tant. Je me suis rendu compte, c'est un bijou un petit peu travaillé, une fabrication. au minimum syndical, donc je dis toujours au client, à partir de 8 heures de travail, une fabrication. Après, si on veut bifurquer sur ce qu'on doit rajouter, Tu as la main d'oeuvre de fabrication. Après, ça dépend si le client veut des pierres. Ça dépend si le client veut des gravures. Ça dépend si... Qu'est-ce qu'il y aurait d'autre ? Si c'est de l'or, si c'est de l'argent. Tout ça, ça se rajoute. Ça peut faire une somme conséquente à l'arrivée. Est-ce que le client a de l'or ? Est-ce qu'il a de l'argent ? L'argent, au début, la matière, on ne la comptait pas spécialement. Mais comme avec le cours de l'or qui monte, encore une fois, le cours de l'argent monte aussi. Donc forcément, tout ça, il faut prendre tout ça en compte. On fait des devis. Il arrive même que des fois, on fasse appel à un confrère ou une consoeur et qu'on se concerte. Ah ouais, c'est un secret de Polychinelle. Des fois, le client, il fait le tour. Il arrive qu'on s'appelle en disant, t'as eu ça ? Moi, j'ai eu une personne, une consoeur qui m'a appelé, qui est une amie, qui me dit un jour, Béranger, j'ai un bracelet à faire, il est comme ci, comme ça, comme ça. j'allais se parler, je commençais à sourire au téléphone Je lui dis, laisse-moi deviner, les pierres sur le brasset, il n'y aurait pas ça ? Il me dit, si, on a les mêmes devis. Je dis, oui. On s'est mis à table pour rigoler, pour dire ça comme ça. Je lui dis, toi, tu prends combien ? Il me dit, moi, je prendrais tant. Je lui dis, moi, je prends tant. Il me dit, non, tu es un peu plus élevé. L'artisan, il n'est pas cher. Ce n'est pas vrai. Cher, comme je dis toujours, c'est cher à partir du moment où on ne veut pas y mettre le prix. L'artisan, il n'est pas cher comparé à des bijoux qui sont faits en industrie, des bijoux de surconsommation comme je dis, c'est eux qui sont chers, c'est pas les artisans l'artisan en fait il paye quoi ? il se fait payer avec un savoir-faire, il se fait payer avec la qualité de son travail. L'artisan, il fait des produits qui durent.
- Speaker #0
Et pour la sous-traitance, comment on trouve des professionnels fiables pour le certissage, la gravure ou la fonte ?
- Speaker #1
Alors, comment on trouve des professionnels fiables ? En fait, ça a été au fur et à mesure que j'étais salarié. On voyait nos employeurs qui appelaient un tel pour les pierres, un autre pour la gravure. Et donc, on les note, ces personnes-là. Et puis un jour, quand on se met à notre compte, on va naturellement justement les appeler et travailler avec eux en disant, je viens de la part d'un tel.
- Speaker #0
Question marketing maintenant Béranger, est-ce que tu conseilles de mettre son nom sur l'enseigne ou de créer un nom de marque ?
- Speaker #1
Les deux. Quand on s'est installé, je ne me suis pas appelé Béranger Poiron tout de suite. C'est une question de s'assumer, je n'assumais pas donc je me suis appelé le creuset de la création. Alors ça c'est une erreur qu'on fait quand on s'installe, je veux dire pourquoi tout de suite, parce que le creuset de la création, le creuset, qui sait ce que c'est ? Pas grand monde.
- Speaker #0
Donc c'est quoi un creuset ?
- Speaker #1
C'est quoi un creuset ? C'est une petite coupelle en céramique où tu fais fondre ta matière dedans. C'est un côté alchimique, donc le nom du creuset de la création, tout simplement. Et puis, anecdotiquement parlant, ce qui s'est passé, c'est que je fais la connaissance d'un artisan à l'époque qui s'était installé dans mon quartier à Mangin, qui était cordonnier, mon ami Denis, parce qu'il s'est donné un ami, et c'est un ancien de la com. Et en fait, il me disait toujours, t'as une belle boutique Béranger, t'es un chiquetier, tu travailles très bien, mais ton enseigne, c'est de la merde. Il me l'avait dit comme ça. Mais il m'avait dit, viens me voir à la cordonnerie. Et on va en discuter parce que moi, je suis un ancien de la com. J'ai travaillé pour le Puy du Fou, j'ai travaillé pour Gouide. Enfin voilà, je te cite des trucs. Toi, tu me dis, moi, je vais t'aider. On va te faire une belle enseigne rouge. C'est celle que j'ai sur le fronton maintenant. On va mettre ton nom et ton prénom. Dans mes travails, je vais allier créateur. Je lui ai dit non. Non, non, moi, je ne veux pas qu'on mette mon nom. On va savoir que c'est moi. Elle me dit évidemment qu'on va mettre ça. c'est pour qu'on sache que c'est toi. T'es un artisan. Donc, comme t'es un artisan, t'es un homme, t'es pas une marque. Après, si tu mets des noms classiques à la topaz bleue, à la pépite d'or, on sait ce que c'est. Donc, on va savoir que le gars n'a pas de problème. Mais dès que tu commences à mettre un mot technique du métier de la bijouterie, laisse tomber. Les clients ne savent pas ce que c'est.
- Speaker #0
Donc, tu dirais quand même qu'il vaut mieux mettre son nom sur l'enseigne plutôt que créer un nouveau nom de marque.
- Speaker #1
Je pense que d'abord, en fait, il faut mettre son nom. Moi, Poirot, Béranger, Béranger.on, Nantes, Joaillier. OK, il faut s'imposer comme ça. On saura que c'est moi et c'est très bien. Il y a un moment, je m'oublie de dire, tu es un personnage public. Et donc, après, dans ton magasin, tu peux créer des marques. C'est ce que j'ai fait. Par exemple, ma marque, c'est Bijoux Templiers. J'avais fabriqué même une petite collection à une époque qui était pour des voitures de collection. J'avais fabriqué des deux-chevaux. Ça s'appelait deux-che-silver. Je n'ai pas trop exploité le truc. Mettre son nom sur le fronton d'une entreprise, c'est aussi s'accepter. Quand mon ami Denis m'a fait cette enseigne pour la petite histoire, Je la fais livrer chez moi. Bon, c'est l'enseigne, encore une fois, qui est devant le magasin. Le livreur est bien. Et il me la glisse dans le fond de l'atelier. Ça prenait toute la longueur de l'atelier. Et c'était enveloppé de papier bulle. Donc, j'ai écarté comme ça. Et là, j'ai vu un P qui était grand comme ça. Alors, grand comme ça, grand comme ça, quoi. Un P, un O, un I, un R. Donc, qui faisait bien peut-être 40 centimètres. J'en sais rien, tu vois. Je me suis dit, oh là là, on va savoir que c'est moi. Je me suis dit que Bérenger n'était plus jouable, parce que cette enseigne-là, vu la place qu'elle prend... pour rester dans ton atelier comme ça. Donc avec deux, trois amis, c'est ce qu'on a fait. On a installé l'enseigne à l'époque. On allait sur le trottoir d'en face. Et sur le trottoir d'en face, j'ai vu mon nom en gros comme ça et en grand. Moi, ça me fait toujours penser au chanteur qui va chanter pour la première fois à l'Olympia à Paris et qui voit son nom en lettres d'or. Moi, c'était pareil. Ça m'a fait ça. Et quand j'ai mis ça en photo à l'époque, j'ai des collègues qui m'ont dit « Waouh, super, tu t'assumes ! » et ainsi de suite. Et c'est ce qui s'est passé. Donc, c'est important, son nom et son travail. Il faut en être fier.
- Speaker #0
Et pour toi, qu'est-ce qui fait qu'une entreprise fonctionne bien ?
- Speaker #1
En fait, c'est passer beaucoup de temps dans son atelier, en réalité. Et ça, c'est d'avoir raison. il faut quoi ? De la passion ? de la détermination. Je crois qu'il ne faut pas trop se poser de questions aussi. Se remettre en question très souvent. Savoir écouter ceux qui savent, donc ceux qui ont l'expérience, très important. Écouter sa clientèle. Ils vont savoir te dire quand ça ne va pas et ils sauront te dire quand ça va. Savoir aussi écouter éventuellement son entourage restreint, son conjoint, sa conjointe, ses enfants si on en a. Et avec tout ça, Ça fait une espèce de recette magique. Je pense aussi qu'il faut être très, très persévérant. Ça arrive de se décourager. Je crois que ça m'arrive tous les jours. Si j'avais une voix off qui s'appelait Zoé, elle me dirait tous les jours. Et puis être passionné. Être passionné pour en faire un métier passionnant. La passion est ce qui nous aide le plus à vivre. Soyons passionnés car notre siècle en a besoin. Zola.
- Speaker #0
Cet épisode touche à sa fin. Merci beaucoup Béranger pour ce moment dans l'atelier.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Et à bientôt dans un prochain épisode dans l'atelier de Béranger.