- Speaker #0
L'écho des libraires Bienvenue dans l'écho des libraires, un podcast proposé par Paris Librairie, un réseau de plus de 250 librairies en Ile-de-France, à retrouver sur le site parislibrairie.fr. Pour sa rentrée littéraire, jeudi 8 octobre 2026 à 19h30 précise, Sandrine Babu de la librairie L'Instant, située 118 rue de Lourmel à... à Paris dans le 15e arrondissement, recevait l'auteur Philippe Géneva. Auteur de 15 ouvrages, il publie son nouveau livre L'Inconnu du Quai de Javel aux éditions Flammarion. Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte, quai de Javel, à Paris. C'est le point de départ de cette enquête et le Quai de Javel se trouve tout près de la librairie. L'entretien est animé par Taëlle Boust, elle-même autrice de deux romans. Je vous laisse tout de suite en leur excellente compagnie. Bonne écoute !
- Speaker #1
Questionnaire de liste pour découvrir Philippe.
- Speaker #2
Un bel oncle comme ça !
- Speaker #1
Alors, et donc, j'ai une première question Philippe. Question plutôt métier, tu es plutôt Sophie ou Claire ?
- Speaker #2
Personne ne comprend cette question.
- Speaker #1
Ben justement,
- Speaker #2
l'idée c'est que tu puisses l'expliquer. Il y a 40 ans, j'ai été la première animatrice de Minitel Rose du monde. Je ne savais pas quoi faire dans ma vie. Mes grands-parents avaient reçu un Minitel. Avant même que le Minitel soit commercialisé, ils avaient envoyé un Minitel à quelques familles test, 200 ou 300 familles. Mes grands-parents avaient eu. reçu une boîte comme ça, je ne savais pas ce que c'était, je l'ai ouverte moi non plus. Je ne savais pas ce que c'était, je l'ai ouverte. J'ai tapé, pour simplifier, j'ai tapé oui, bonjour, et quelqu'un m'a répondu bonjour je suis à Strasbourg. Aujourd'hui, pour tous les gens en dessous, de 60 ans, ça paraît évidemment très simple. Et pour moi, j'avais l'impression que je venais d'aller sur la Lune. On écrivait un mot et quelqu'un nous répondait de l'autre bout de la France. Donc j'ai découvert le Minitel comme ça. Et à 22 ans, j'avais aucune idée de ce que j'allais faire dans la vie. Et dans un petit journal... Je n'ai rien à dire, au moins j'entends que c'est appelé Paris Boum Boum. Oui. Ah, voilà. C'est un journal d'annonce gratuite, je vois, vous aimez le Minitel. Venez nous rejoindre, salaire énorme, travail facile. Je dis hop là. Et donc j'ai été engagé, mais tout au début, bien avant, en 36-15, sur un site un peu de séduction, dans une telle rose, mais qui aujourd'hui paraît vraiment tristrant et isole, presque. Et donc je devais me faire passer pour une fille. Et je discutais 8 heures par jour. J'étais payé 8 000 francs par mois. 8 heures par jour, chez moi, je discutais avec des hommes. Donc j'avais deux personnages, d'où la question. de boost, comme on dit, Claire et Sophie. Sophie était un peu la chaudasse, quoi. Sophie, on lui disait... On disait comme ça, clou. Et Claire, non. Claire, c'était un peu l'intello. Il fallait être gentil, lui parler de choses intelligentes. puis après elles s'enflammaient comme ça. Donc je suis plutôt clair pour tout te dire. Et j'ai fait ça pendant un an, et au bout d'un an je n'en pouvais plus, 8 heures par jour de parler à des types. Mais avec le recul, je me dis, je me suis rendu compte de quelque chose, parce que je ne lisais pas à l'époque, je n'écrivais évidemment pas. Et je me suis rendu compte, pas sur le moment, je ne me suis pas dit « Oh, le pouvoir des mots ! » Mais avec le recul, je me dis, j'écrivais à Jean-Pierre de Besançon, il me disait « Salut Claire ! » Je disais « Attends, je sors de ma douche, là je mets ma culotte et je reviens, et Jean-Pierre... » était dans un état, il faisait quelques mots. Heureusement qu'il n'y avait pas la vidéo aussi. Quelques mots, une phrase, en plus pas bien théorique quoi. Et Jean-Pierre avait fait sa journée quoi. Il était la puissance de, pas de la littérature, mais la puissance de l'écriture.
- Speaker #1
La puissance des mots. Donc c'était très précoce quand même. Tu es plutôt confinement ou grands espaces ?
- Speaker #2
Tu connais la réponse.
- Speaker #1
Moi je connais la réponse.
- Speaker #2
Je suis confinement, je suis vraiment vraiment confinement, les grands espaces me terrifient. Non je suis confinement, je me suis peu après cette histoire de Claire et Sophie, quand j'ai admis que je n'étais ni Claire ni Sophie, j'ai eu une période à 23-24 ans dans ma vie où je perdais complètement la tête. Et bon, ce serait long à expliquer, mais la solution que j'ai trouvée à ça, c'est de m'enfermer chez moi. J'avais 24 ans, j'ai décidé de faire une sorte d'expérience, de m'enfermer chez moi pendant un an, d'enlever tout ce qui pouvait me relier au monde, c'est-à-dire non seulement téléphone. télé, radio, mais même musique, livres, j'avais absolument rien chez moi, comme si j'étais dans une grotte préhistorique, et donc volé fermé, sans parler, pendant un an. Et ça a été une expérience très déstabilisante, mais très bénéfique pour moi. C'est-à-dire qu'avant, j'étais un peu perdu, j'étais mal dans ma peau, je ne savais pas si j'étais clair ou sophie. Et au sortir de cette année, ça a été assez redoutable. D'ailleurs, je n'ai pas réussi à sortir au bout d'un an. J'avais peur, j'avais l'impression d'être couvert de mousse et de croûte comme un ermite qui aurait passé un an au fond d'un trou dans un bois. Donc, je n'ai pas réussi à sortir. je suis sorti au bout d'un an et... 17 jours. Bref, quand il y a eu, ça c'était en 89, quand il y a eu 31 ans plus tard, le confinement qu'on a tous connu, j'étais mais comme un poisson dans l'eau. Et alors de chez moi, je recevais parce que j'avais raconté cette histoire d'enfermement dans un livre et donc... plusieurs interviews je recevais des appels de France Inter, de TF1 au téléphone en tant que spécialiste avez-vous des astuces et là j'y repense, il y a notamment une émission de télé parce que pour moi c'est une période, c'est un bon souvenir je sais que ça se partage un peu, il y a des gens pour qui c'est un bon souvenir et d'autres pour qui ça a été très douloureux, surtout les jeunes bien sûr et on regardait une chaîne de télé qui s'appelle Heidi de crime. qui sont sans grand intérêt, mais on a regardé ça pendant les trois mois où j'ai plus de confinement. Et l'autre jour, en zappant, je tombe sur le jingle, le logo, et j'ai eu, mais comme, sur le coup, sans comprendre pourquoi, mais comme j'ai eu une vague de plaisir et de confort et de sécurité qui m'est montée, avant de me rappeler que c'était mon deuxième confinement. Après, c'est lui qui était volontaire.
- Speaker #1
Merci. J'ai encore une question avant qu'on passe aux questions sur le livre. Justice ou féminisme ?
- Speaker #2
Les deux, mon capitaine. Je n'ai pas commandé mon capitaine, mon général. Bien sûr, les deux, oui. J'espère que tout le monde. Il y a des gens qui disent « Non, moi j'aime l'injustice et les femmes, comment ça se fait ? » Non, non, les deux. Depuis que je suis tout petit, grâce à la littérature, d'ailleurs, j'avais lu un livre. 15 ou 16 ans qui s'appelait le pullover rouge et qui m'a gravé définitivement Dans le cœur, la tête, la colère contre l'injustice. Et féministe, par contre, j'ai plus de... Je ne comprends pas ce mot. Évidemment que tout le monde doit être féministe. Il y a un truc qui me paraît un peu bizarre dans la construction du mot, c'est quand on dit capitaliste, c'est les gens pour qui l'argent, les affaires passent avant tout. Quand on dit communiste, c'est le commun... Féministe, moi je ne dis pas que les femmes doivent passer avant tout, et régner sur le monde, et fouetter les hommes. qui travaillent. Mais c'est un truc d'humanisme plutôt, c'est vraiment, c'est comme si quand on est scandalisé que des enfants soient violés ou tués, on était enfantiste. On n'est pas enfantiste, on est humaniste, enfin, on aime les gens. Donc, mais...
- Speaker #1
Humaniste.
- Speaker #2
Hormis le terme de vocabulaire que je trouve un peu... A sa place, je suis évidemment féministe, et évidemment enfantiste, et roussiste, et rous, je n'aime pas qu'on fasse du mal aux rous, et je suis pour la justice, mais bien sûr, en vrai, il y a des gars qui... qui sont masculinistes, c'est-à-dire l'inverse de féministes, mais des gens qui sont pour la justice, ça, il n'y en a pas. Il y en a qui disent, non, c'est horrible, quand c'est juste, il n'y en a pas. C'était le questionnaire de Boost ?
- Speaker #1
C'était le questionnaire de Boost.
- Speaker #2
Malheureusement, tu ne pourras pas le poser. aux prochains auteurs ou autrices qui vont être ici.
- Speaker #1
J'adapte toi.
- Speaker #2
Vous êtes plutôt Sophie ou Claire, ils vont rester.
- Speaker #1
C'est pas clair. Ça risque d'être effectivement plus difficile. Alors, l'inconnu du Quai de Javel, c'est donc l'histoire de Louise Lys-Canceau, dont le corps sans vie est découvert, Quai de Javel, en septembre 1949. C'est un modèle très connu des peintres de Montparnasse. Et rapidement, quatre suspects vont être identifiés par la police. et Et étrangement, l'affaire sera classée six mois plus tard par l'inspecteur-chef Ferrière. Et donc ma première question porte sur cet inspecteur. Je voulais savoir à quel moment de ton travail de recherche tu avais reconnu ce personnage qui a un lien avec la petite femelle. Et est-ce que c'est ce qui t'a décidé à écrire sur cette affaire ?
- Speaker #2
Non. En fait, dans le livre, dans la narration, la construction du livre, tout à la fin je me rends compte que je connais ce type mais j'avais oublié qu'en 2015, j'ai écrit un livre qui s'appelle La Petite Femelle, qui est l'affaire de Pauline Puisson, et les médias, on ne disait pas les médias à l'époque, mais la presse. L'opinion publique et les enquêteurs qui ont travaillé sur son affaire ont été vraiment odieux avec elle. En vrai, là je m'en suis rendu compte, qu'en ce modo, quand j'écris, j'ai à peu près un an, un an et demi de recherche, de documentation, et ensuite six mois d'écriture pendant lesquels je ne cherche plus rien, j'estime que j'ai tout trouvé. Donc c'est à la fin de ces un an, un an et demi que tout d'un coup je m'en suis rendu compte. Je le mets à la fin dans le livre. Si je m'en étais rendu compte au début, comme tu dis, je l'aurais quand même mis à la fin. Par exemple, à la fin du livre, il y a tout d'un coup un truc qui n'a rien à voir avec l'inspecteur Chess Ferrières, mais je bloquais sur le... j'avais un suspect, mais je bloquais, puis je trouve à la fin du livre quelque chose de très important, par hasard, dans un service d'archives. Pareil, si j'avais trouvé tout au début, je l'aurais quand même mis à la fin. Mais là, il se trouve que c'est deux choses, et donc l'inspecteur Ferrières, c'est réellement dans le... dans le temps de la narration de la construction du livre. Et donc cet inspecteur, en fait, pendant tout l'affaire de Louise Canceau, qui se faisait appeler Lise, c'est pour ça que Taëlle a dit Louise, Lise, elle s'appelait en vrai Louise, mais elle trouvait que ça faisait mes mères, donc à Paris, il valait mieux s'appeler Lise. Maintenant, ce serait un peu l'inverse, mais personne ne s'appelle Lise. À la fin du rapport, donc il enquête pendant six mois, il fait son travail, mécaniquement, c'est-à-dire qu'il interroge tous les gens dont il trouve... Il trouve le nom dans le carnet d'adresse de Louis Scorceau, tous les gens qui l'ont côtoyé, il fait son boulot de flic. Mais au bout de six mois, alors qu'il aurait pu, je pense, creuser un peu plus, il referme le dossier. Et à la fin de son rapport, il écrit « Louis Scorceau était vénal, volage » . Orgueilleuse, dissimulatrice, sous-entendue comme toutes les femmes. Et sous-entendue encore, on ne va pas s'embêter un siècle à essayer de trouver qui l'a tué, que ce soit Tartampion ou truc de mûche, elle a plus ou moins cherché, elle ne l'a pas volé. Et donc ça m'énerve moi quand je dis ça, évidemment que ça m'énerve. Je me dis, salopard, tu aurais pu faire mieux ton boulot. Et je veux voir sa tête. Je me dis, je veux connaître la tête de ce type. Donc je vais sur ce qui est un peu ma mine d'or, qui est le site Gallica, qui est le site numérique de la BNF, où il y a tous les journaux, tous les vieux journaux. Et je tape inspecteur-chef Ferrière en espérant qu'un journal avait publié sa photo. Je trouve d'ailleurs sa photo, il a plutôt une bonne tête, comme quoi, on ne peut pas se fier aux apparences. Et en cherchant toutes les occurrences de l'inspecteur-chef Ferrière, je lis tout à coup, aujourd'hui, en 1953, 1951, l'inspecteur-chef Ferrière est allé interroger Pauline Dubuisson à l'hôtel Dieu. Pauline Dubuisson qui est donc l'héroïne de La Petite Femelle et qui est présente dans ma tête depuis 2015, pense à elle tout le temps enfin c'est quelqu'un un personnage, on va dire, mais de très important pour moi. Et je me dis, mais comment est-il possible ? J'ai passé deux ans à travailler jour et nuit, sept jours sur sept, sur Pauline Dubuisson, et donc, sur le type qui enquêtait sur elle, Ferrière, comment est-il possible que, neuf ans plus tard, dix ans plus tard, j'ai oublié ? Et donc, je vais voir tout de suite dans mon livre s'il y a bien l'inspecteur Ferrière, et je me rends compte que j'avais changé son nom, et je l'avais appelé l'inspecteur Barrière, parce que... disait, ce type a été tellement odieux avec Pauline Dubuisson, il a peut-être des enfants ou des petits-enfants qui n'y sont pour rien, et moi dans le livre je disais salopard, c'est horrible, machin, donc je m'étais dit, et pour moi, il était resté, depuis dix ans, l'inspecteur Barrière, et quand j'ai vu l'inspecteur Ferrière, mais ça je m'en suis rendu compte vraiment, tout à la fin de mon truc, je me dis en fait, je côtoie ce type, et au début d'ailleurs, au début du dossier, je trouvais qu'il faisait bien son travail, il a, vraiment, il a auditionné 30 peintres, tous les amis Pauline Bisson, ses soeurs, les gens qui l'ont conduite quand elle était petite, enfin bon. Je me disais, il a fait du bon boulot, et tout d'un coup, je me rends compte que c'est lui. Et j'étais en train d'écrire, ah oui, c'est ça, orgueilleuse, dissimulatrice, comme toutes les femmes, émonteuse, machin. Et je me dis, ben là, tant pis, ça fait deux fois, je laisse son nom. Tant pis pour le pseudo, il a peut-être eu des enfants, des petits-enfants, mais là, maintenant, ça suffit. Je me... J'adoucis ma conscience, je console ma conscience en disant, je ne mets pas son prénom, au moins, parce que les ferrières... donc oui voilà je me suis rendu compte que deux de mes romans avaient eu pour inspecteur principal personnage principal côté police le même sagouin
- Speaker #1
Jean-Antoine Ferrier et du coup pourquoi alors t'as choisi, tu t'es dit précisément c'est elle dont je veux parler
- Speaker #2
C'est des choses, je ne sais pas exactement moi-même pourquoi, je peux essayer d'expliquer le plus évident, le plus apparent. C'est qu'en fait, je voulais écrire, avant d'écrire un livre, entre deux livres, on peut choisir le genre. C'est-à-dire que je peux écrire des livres plutôt sombres, plutôt... mélancoliques ou des livres policiers ou des choses comme ça. Mes deux derniers livres avant celui-ci, il y avait Le printemps, Au printemps des monstres, qui est une enquête policière, qui a tué le petit enfant Luc Taron. Mais c'est un livre énorme avec plein de personnages, ils sont tous monstrueux, c'est glauque, c'est sombre. Ne le lisez pas à partir de maintenant, lisez-le au printemps, quand vous êtes vraiment guigré, mais là, non. Et puis surtout, je n'arrive pas à trouver le coupable à la fin, c'est pas grave, c'était pas le but du livre. Enfin c'est vraiment, si c'est un roman policier, c'est le plus déprimant de tous les romans policiers. Et celui d'après, l'avant-dernier, avant celui-là. qui s'appelle La désinvolture est une bien bête chose c'est pas une enquête de police c'est plutôt un portrait un peu mélancolique d'une génération d'enfants qui avaient 10 ans pendant la guerre et là je me dis, sans avoir trouvé de sujet j'ai envie d'écrire un truc plus simple presque ludique, comme un colombo, un maigret, une série, je ne sais pas, des experts, je ne sais pas quoi, enfin, quelqu'un a été tué, qui l'a tué, essayons de trouver. Et donc je cherchais dans ce registre-là, sur Gallica, toujours je feuilletais les journaux, j'avais envie de faire encore, c'est mon quatrième livre je crois, sur l'après-guerre, donc je cherchais les journaux entre 45 et 50, les pages faits divers. Et comme j'avais envie d'essayer de résoudre modestement une enquête non élucidée, je voyais dans les journaux, si je trouvais le mystérieux assassinat de la comtesse Bidule et que de ce manière... semaine après, je voyais dans le même journal, on a trouvé l'assassin, j'ai éliminé. Donc déjà, il me fallait ça, la base, c'était ça, c'était un fait divers assez simple, un crime assez simple, qui n'engageait pas de grands trucs politiques, ou je ne sais quoi, et non élucidé. Mais il y en a encore beaucoup. Et parfois, certains m'attiraient pour une raison ou une autre. Une photo, ça peut être une photo, je voyais la photo de la victime, ça pouvait être des circonstances très mystérieuses. Et donc j'ai essayé de creuser un peu, mais moi je ne suis pas détective amateur, je ne me prends pas pour un policier ou un journaliste de terrain, je suis romancier. Donc il ne me faut pas seulement une enquête un peu obscure ou non résolue. Pour écrire un livre, il faut, je n'écris pas des romans policiers, je ne suis pas Simonon, il me faut des thèmes autour. Je ne sais pas, des choses que je puisse... L'enquête policière dans mon esprit ne serait que la structure, le fil rouge, voilà. Mais il fallait que je puisse le nourrir pour écrire un livre qui ne soit pas juste un roman policier. Et plusieurs ne correspondaient pas. Là, au bout de, je ne sais pas, un mois de recherche, quelque chose comme ça, je tombe sur cette affaire, il y a une photo qui n'est pas celle-là, une photo de Louis Scansot qui me... Je ne suis pas qu'il m'interpelle, qu'il m'intrigue. Elle a l'air à la fois triste et pas joyeuse, mais confiante. Enfin, ce n'est pas bon. Je vois très vite dans la presse que c'est le genre de félivère que je cherche. C'est-à-dire que c'est une jeune femme. c'est à Paris, c'est l'après-guerre, elle est un peu en marge de la société, c'est-à-dire qu'elle n'est pas dans les rails, dans les moules, elle est une modèle nue pour peindre. Et puis très vite, dans les journaux, qui n'en ont parlé qu'une semaine, on voit qu'il y a quatre suspects très nets, limpides, presque caricaturaux, qui se détachent. Son jeune amant, son vieux protecteur, un avorteur clandestin, parce qu'elle se pensait enceinte, elle aurait pu essayer l'avortement, c'était à l'époque un carnage. Et puis un marchand de meubles, et je me dis, on dirait de la fiction, elle avait dit à sa sœur, mardi soir, elle était assassinée un mardi soir, j'ai rendez-vous avec un marchand de meubles, sa sœur lui dit, oh mais t'es fiancée, qu'est-ce que c'est ? Elle a dit, non, non, mais c'est pour affaire. Et à côté de son corps, qu'elle j'avais, on retrouve une carte de marchand de meubles déchirée en morceaux, enfin, on dirait du faux, vraiment. Donc je me dis, tout ça, ça colle pile avec ce que j'ai envie de faire, un fait divers réel qui a l'air faux, qui a l'air de la fiction. Et puis, je demande aux archives C'est une... de conserver le dossier, je trouve le dossier, je vais voir le dossier, je feuillette, je survole un peu, et je me rends compte assez vite qu'en fait, il y a non seulement, alors le fait divers, l'enquête, les mêmes sont exactement ce que je cherchais, mais il y a des thèmes, c'est par exemple une jeune bretonne qui a 16 ans, comme des dizaines de milliers de jeunes bretonnes ou alsaciennes, à l'époque, sont envoyées à Paris pour faire bonne, dans des familles aisées, à 16 ans toute seule, elle n'a jamais quitté son village on la met dans le train, elle débarque à la gare Montparnasse, dans une ville qui est du Babylone, enfin qui est aujourd'hui, c'est comme si on envoie un enfant de 12 ans à Shanghai tout seul. Il y a ce sujet-là, il y a l'avortement, les problèmes de contraception, de grossesse, qui sont, j'allais dire, un problème, qui sont un drame, pour toutes les jeunes femmes de l'époque qui ne rendent pas... Très vite dans le moule, c'est-à-dire à 20 ans, il faut être marié, bonne ménagère, bonne mère de famille, bonne épouse, avec un mari qui a un bon petit boulot stable, et là, hop, c'est bon. Et si, à 22, 23, 24 ans, on a envie d'être danseux, artiste, ce qu'on veut, modèle, et ne pas se marier tout de suite, la grossesse, c'est une menace, mais je ne vais pas tout développer là, c'est écrit dans le livre, mais à partir d'elle tombait enceinte tous les trois mois. parce qu'il n'y avait pas de contraception, et alors à partir de là, leur vie était finie, c'est pas une manière de parler, enfin c'était vraiment un drame, elles habitaient, toutes ces filles habitaient, il y avait un gros problème de logement à Paris, dans des chambres d'hôtel de 6 mètres carrés au 6ème étage, sans eau chaude, sans radiateur évidemment. C'était impossible techniquement, vraiment avec la meilleure volonté du monde d'élever un enfant. Bref, je me rends compte qu'il y a le milieu des peintres de Montparnasse, qui est un thème plus léger mais enfin intéressant. Et une fois que je me dis... Il y a exactement le fait divers que je cherchais. Il y a autour plein de choses plus graves, profondes, intéressantes. Je me dis normalement, il y a tout ce qu'il faut pour que, si je m'applique, je puisse écrire un livre correct.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, tu viens d'illustrer ce que tu dis à propos de Simenon, puisqu'on va parler aussi de l'empreinte de Simenon dans le roman, qui disait que pour connaître l'assassin, il faut bien connaître la victime. On vient d'avoir l'illustration de cette connaissance que tu as de ses origines et du contexte dans lequel elle était. Sur l'assassin maintenant, tu viens d'expliquer qu'il y avait quatre suspects... assez bien identifié. Je voulais savoir si tu avais eu un coupable préféré parmi les quatre, et si ton intuition s'était confirmée.
- Speaker #2
C'est dur de parler de ça, puisque c'est un peu le...
- Speaker #1
Tu as lu le livre ? Oui, mais sans donner... Restons sur la première partie, est-ce que tu avais un coupable préféré ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, bien sûr. Mais je me la... J'avais un coupable préféré.
- Speaker #3
Sans dire le nom, est-ce que c'était le bon ?
- Speaker #2
Non, c'était pas le bon.
- Speaker #1
Voilà. Oui, mais je peux rien dire d'autre. Alors là, ou alors... Ça, c'est du teasing pour aller lire.
- Speaker #2
Là, je peux rien dire d'autre. Mais il y avait vraiment des bons coupables, si on peut les détailler, si tu veux. J'essaie de me pousser à dire des trucs qui vont empêcher... les gens de moins en moins les quatre coupables, comme ça vous vous ferez votre idée. Donc il y a son jeune amoureux à l'époque, et d'ailleurs c'est dans les maigrets, Simenon écrit ça dans les maigrets, toutes ces jeunes femmes un peu en dehors de la norme. Les danseuses, encore une fois, les stripteaseuses, mais aussi celles qui voulaient peindre, avaient deux sortes d'amants. Il y avait l'amant de cœur, qui était le jeune et beau, mais pauvre. sérieux qui était un monsieur plus âgé alors dans le livre au début j'arrête pas de dire un vieux monsieur il y a un vieux monsieur qui est plus jeune que moi à un moment je me suis rendu compte qu'il était petit à 48 ans mais c'est le vieux à qui elle accordait à contre-coeur ses faveurs de temps en temps et qui en échange n'était pas de la prostitution mais qu'il aidait à payer le loyer de son hôtel ou la pension de sa petite fille en nourrice au revoir Donc, l'amant de cœur, le jeune, 20 ans, les yeux bleus, blond, un peu feignant, mais qui est bizarre, qui a des réactions un peu bizarres. Sa sœur, interrogée, la sœur de Louise, interrogée après sa mort, dit à l'inspecteur-chef Ferrière, elle me l'avait décrit en deux mots, impuissant et brutal. Sur une carte de visite, ça te...
- Speaker #1
Ça te place ?
- Speaker #2
Il avait essayé de l'étrangler. Elle est morte étranglée, en fait. La sœur, un jour, est rentrée dans une pièce où ils étaient en train de s'amuser, entre guillemets. Il essayait de l'étrangler. Donc c'est un bon suspect. En plus, il a un alibi trouble pour le soir du crime. Le vieux monsieur... Enfin, mon fils, qui était jaloux de ses jeunes fréquentations, qui allait la chercher dans les bars de Montparnasse où elle allait avec ses amis et qui faisait des scènes terribles qu'on répit. puis c'est l'arrivée, c'est un colonel, un ancien colonel, donc bon. L'avorteur, elle a dit à sa sœur, elle a vu sa sœur pour la dernière fois le dimanche, et elle est morte le mardi. Le dimanche, elle dit à sa sœur, je crois que je suis enceinte, je connais un monsieur qui n'est pas médecin, mais qui pratique des avortements, je vais aller le voir, et quand on la retrouve, sur la scène de crime, ça aussi ça m'avait plu, pas de crime, de découverte du corps, donc là-bas au bout, là, qu'est-ce que j'avais ? Il y a des détails, là par exemple, deux... temps deux petits morceaux de coton imbibé de chloroform dans les narines Ce qui est quand même du chloroforme, tout le monde n'a pas ça. Et elle a un écoulement sanguin assez important entre les jambes. Donc c'est presque une évidence de se dire qu'elle est allée se faire avorter, ça a raté, ça a mal tourné, comme ça arrivait souvent, et pour ne pas se faire attraper, il l'a étranglé pour ne pas qu'elle porte plainte, ou ne pas qu'elle meure chez lui, enfin je ne veux pas qu'on la retrouve chez lui. Il y a d'ailleurs un maigret, qui est l'histoire d'un... Simonon allait très souvent au clé des Orphées pour voir les... les vraies affaires et s'en inspirer. Qui est un type qui habite, je crois que c'est dans le 14ème, je ne suis pas sûr, mais je crois. Qui aide les jeunes femmes qui ont besoin de lui, en échange d'argent, bien sûr. Et on retrouve dans son jardin trois cadavres de jeunes femmes qu'il n'a pas tuées par coup de l'assassinat, mais ça s'est mal passé. Donc l'avorteur est un excellent, en plus il est camerounais. Alors, à Paris, en 49, un camerounais, c'est un tueur. et puis ce marchand de meubles ce truc incroyable, j'ai rendez-vous avec un marchand de meubles je voudrais lui vendre quelque chose sa soeur pense qu'elle voulait lui vendre elle avait un de ses amants lui avait offert un éventail qui avait appartenu à Marie Mancini qui était le premier amour de Louis XIV Et donc, comme elle n'avait plus d'argent pour payer sa nourriture et son hôtel, on suppose, marchand de meubles ou antiquaire, qu'elle avait voulu lui vendre ça. Et à côté de son corps, on trouve la carte. Alors, ce qui est bizarre, c'est que c'est... D'ailleurs, c'est pas loin du quartier aussi. La convention, elle est toujours là. Ouais, les toppers. Les meubles toppers, ouais. Et alors, c'était un tout petit marchand de meubles. C'est un type qui est arrivé à Paris en 1928 ou 1929. Et alors, c'est drôle parce qu'il témoigne. Le fils Topper qui a 20 ans à l'époque, qui s'apprête à reprendre la boutique de son père, je l'ai vu sur Facebook, il a 97 ans, et il dit, après il est long... une longue lignée familiale, je transmets. Alors que moi, il a 20 ans, il est soupçonné, c'est lui qu'on soupçonne, parce que son père, qui est mort peu après, on se dit, il ne va pas séduire une jeune femme de Montparnasse, c'est le fils qu'on soupçonne, c'est M. Topper, qui a créé cet empire, Topper. Donc, voilà, il y a ces quatre suspects, et moi, évidemment, parce que moi, je découvre au début, petit à petit, l'enquête, c'est un gros dossier, donc... Je me dis que ça doit être l'un des quatre, il faut trouver lequel. Par exemple, faisons un petit sondage parmi ceux qui n'ont pas lu. On serait plutôt le jeune amoureux impuissant et brutal, le vieux, l'avorteur. Moi j'avoue que l'avorteur... porteur, vous me tentez bien. Mais le jeune amoureux, impuissant et brutal, on lui dit, qu'est-ce que vous faisiez mardi soir ? Il dit, oh là là, j'étais pas là, je suis représentant en margarine, parce que son père est représentant en margarine, et il a engagé son feignant de fils pour... Et donc, il dit, je suis parti en tournée sur nos points de vente de margarine, et j'étais à Bourgoin-Jailleux, je suis parti mardi, pour être à 8h du matin à Bourgoin-Jailleux, pour vérifier un peu l'état des marchandises. La police téléphone tout de suite au revendeur de Bourg-Mont-Jailleux et dit, non, je ne connais pas ce type-là, je ne l'ai pas vu, non, il n'est pas venu me voir à 8h du matin. Donc ça sent quand même la divise. Mais voilà, donc moi j'hésitais entre lui et l'avorteur. Et je n'en dis pas plus. Il y a le vieux et il y a un topeur.
- Speaker #3
Il y a le fils de monsieur.
- Speaker #2
Oui, qui s'appelait, j'ai changé son nom, il s'appelait le colonel Ségur. le vieux. Et du coup, je l'ai appelé dans le livre le colonel Duroc.
- Speaker #1
Alors, l'humour est très présent malgré l'histoire très dramatique. qu'on va lire. Est-ce que c'est une façon de donner une respiration aux lecteurs et aux lectrices ?
- Speaker #2
Ce n'est pas pour moi. Quand je travaille, même sur des histoires très tristes, j'ai plein de moments dans ma vie où avec ma si chère épouse ou avec notre fils, où je rigole. Je ne suis pas quelqu'un de... Depuis que je me suis enfermé en 1989, je suis quelqu'un de très joyeux, insouciant et désinvolte. Non, c'est pour le lecteur, mais ce n'est pas tellement pour éviter aux lectrices et aux lecteurs. d'être désespéré ou englouti par le cafard à lire des histoires tristes. C'est juste que ce qui reste dans les archives, c'est formidable que tous les témoignages sur la vie de Louis Scorceau aient traversé 75 ans, parce que ce n'était pas Mr. Guette, ce n'était pas quelqu'un de connu. Donc ça, c'est formidable, mais dans les archives, il ne reste que le noir, que le triste, que le tragique. Or, même quand on a une vie difficile, et elle a eu une vie difficile, courte, et qu'on est mort dans des circonstances tragiques, il y a eu plein de moments dans sa vie...
- Speaker #0
Comme la vie de Pauline Dubuisson, comme toutes les vies, où elle s'est amusée, où elle a été insouciante, où dans les bars elle rigolait avec ses amis, elle a été contente de coucher avec tel ou tel garçon, enfin il y a eu plein de moments d'insouciance, de plaisir, mais qui ne transparaissent pas. ne paraissent pas. Et je prends parfois cette image, ce qui reste dans les archives, c'est comme si un extraterrestre arrive ici et dit, je vois que les humains boivent beaucoup de café, qu'est-ce que c'est le café ? J'ai envie de goûter. Et qu'on lui montre le filtre. une fois que le café est passé le mar dans le filtre tout noir tout gluant il va dire merci non je ne prendrai pas de café si on rajoute de l'eau le café se forme en dessous et il sait ce que c'est le café dans les archives il reste ça le mar et moi je pense important c'est ce que j'essaye de faire en tout cas c'est que les livres reflètent ce qu'est la vie si on met que le noir le tragique il y a beaucoup de livres qui sortent sans parler d'archives Il y avait beaucoup d'histoires. qui sortent qui sont que de la douleur, et il y a aussi des livres uniquement comiques et rigolos. C'est très bien, c'est agréable de lire un livre rigolo et de rire, ça peut être poignant de lire un livre très... Mais la vie, c'est pas ça, la vie de personne, il n'y a pas la vie d'une seule personne sur Terre qui n'était que légère et rigolote ou que pénible et lourde et sombre. Donc pour essayer de refléter tout ça, il faut que j'injecte de la légèreté ou du sourire ou ce qu'on veut dans mes livres Merci. comme je ne veux pas inventer je ne veux pas inventer le moindre détail que je ne connais pas de la ville de Wisconsin je ne vais pas écrire une scène où elle est dans un bar elle rigole avec des dialogues et elle dit ah la vie est belle je ne veux pas faire ça donc artificiellement moi je suis l'eau qu'on met dans le café ou dans les nouilles sinon quand on regarde un truc de bolino je ne sais pas quoi on dirait je mange ça mais si on met de l'eau ça sent bon ça a l'air bon Je ne sais pas. Donc moi je rajoute ça pour que l'ensemble du livre, même si c'est pas Louis Scansot qui vit ces moments-là, c'est moi, mais que quand on le lit et quand on le referme, on a l'impression d'avoir quelque chose d'équilibré entre futilité et gravité. souffrance et sourire.
- Speaker #1
C'est une forme d'éthique, un peu, quelque part, de ne pas inventer des choses autour de...
- Speaker #0
Oui, ça oui, pas le fait d'équilibrer, ça c'est pas l'éthique, c'est juste, je voudrais que les livres ressemblent à la vie, et oui... Et en même temps, chaque auteur fait comme il veut, ou chaque autrice fait comme elle veut. On peut inventer. Oui,
- Speaker #1
c'est ta manière de... Moi,
- Speaker #0
j'ai une sorte de contrat avec l'éditeur, mais qui est que sur la partie historique. C'est-à-dire que moi, je voudrais que quand on lit un de mes livres, on sache que je n'ai rien inventé du tout. Que si le jour de sa mort, elle avait une jupe grise, je ne vais pas dire qu'elle a une jupe rouge, parce que c'est plus... plus tragique, plus émouvant. Mais ne pas changer la moindre chose. En revanche, sur moi, tout ce qui est moi, quand je dis au début du livre, je pars de Javel et je marche jusqu'à la base sous un soleil de plomb et je n'en fais plus. En l'occurrence, c'est vrai, mais ça pourrait être faux. Ou, comme je disais tout à l'heure, si le tout petit truc dans un registre du tribunal que je trouve tout à la fin et qui, pour moi, explique beaucoup de choses, si je l'avais trouvé tout au début, Je l'aurai comme... quand même mis à la fin. Alors c'est dans le domaine de la construction, c'est pas de l'invention, mais c'est triché quand même. Là, il se trouve que c'était à la fin. Mais tout ça, le seul truc que j'aimerais qu'on pense, c'est que si on lit Louise Canseau à 17h30 à Buinté, avant de partir, et elle avait un pulmau, qu'on soit sûr que c'est vrai. Tout le reste, moi, je vais à un moment, elle est née à Tréguier, je vais à Tréguier, j'aurais pu ne pas y aller, Regardez ce... sur Google Maps et tout. J'y suis allé, mais ce n'était pas grave si j'avais fait croire que j'y allais. Moi, j'ai le droit de tricher avec moi. Il y a un truc avec ma femme, un truc avec la trompette. Elle m'en parle tous les jours. Elle est furax. Ma femme est... On en a deux minutes. Elle est protestante, alsacienne, du fin fond de l'Alsace du Nord. Ce sont des gens qui attrapent leur nourriture dans la forêt avant de la manger. Et ils ont une particularité, c'est-à-dire, tout ce qui est vrai est bon à dire, le mensonge, c'est vraiment un truc très rigide. Donc ma femme, elle pourrait faire n'importe quoi. D'ailleurs, elle a fait, j'ai mis dans mes livres des choses très intimes ou très dérangeantes pour elle. Elle me dit, c'est vrai, tu peux le dire, il n'y a pas de problème. Dans un de mes premiers livres, ma femme, quand on s'est rencontré, elle m'a avoué que quand elle était ado, elle voulait toucher avec son père. C'est quand même pas le truc... Je l'ai mis dans un livre, les gens m'ont dit, mais tu es complètement fou, tu dis que ta femme voulait toucher avec son père, et il a lu son père. C'est vrai, donc on peut le mettre dans un livre. En revanche, faut pas que j'invente. Et là, il y a 3-4 ans, ma femme s'était mise à la trompette, Anne-Catherine s'était mise à la trompette. J'ai essayé. Pendant un an, un an et demi, et elle avait abandonné, personne n'a hurlé, non, continue ! Dans l'immeuble, je veux dire, dans l'immeuble, les gens ont dit, oh, je suis pas mal, je continue, arrête la trompette ! Et donc ça c'était il y a 3-4 ans. Mais c'est pas qu'elle est mauvaise, c'est que c'est très dur, la trompette, pendant un an, c'est bon ! Et là, j'avais besoin, donc moi j'aime beaucoup Maigret, le personnage, il y a plein de choses que je me sens en commun avec lui. lui, il y a un truc dans les maigrets qui ne va pas, c'est son rapport avec sa femme. C'est-à-dire que, je crois qu'ils sont amoureux, mais enfin, Mme Maigret, c'est la domestique de M. Maigret. Dans tous les maigrets, le commissaire Maigret jamais ne sort sa clé de sa poche, c'est-à-dire qu'il monte les escaliers, et dès qu'il arrive sur le payasson, la porte s'ouvre. Je pense que Mme Maigret est derrière la porte depuis une heure à attendre. Elle a reconnu son pas dans l'escalier, elle ouvre la porte. Ou il part le matin et dit, ce soir, tu me feras une andouillette. Bon, il est sûr que Madame... Non, non, non. Il dit même pas Madame, il dit Madame Maigret, il dit tu prends une andouillette, ou tu me préparas une valise avec deux paires de chaussettes et deux slips. Bon, Madame Maigret, c'est mon rêve, moins que ma femme. Et donc, je voulais pas dire de manière trop didactique dans le livre oh là là, heureusement que c'est plus comme ça, quelle misogynie, quel patriarcat, machin, et mon idée pour... L'expliquer sans le dire, c'est que ma femme, et ça c'est vrai, au début elle m'a dit, quand j'ai dit, je vais faire comme si j'étais maigré dans mon livre, je vais lire tous les maigrés et tout, elle me dit, tu fais ce que tu veux, tu te prends pour maigré, si tu veux, tu joues à maigré tant que tu veux, tu me fous la paix avec madame maigré. et donc je me dis Anne-Catherine va représenter elle s'appelle Anne-Catherine Fatt donc dans le livre elle s'appelle Madame Fatt l'antithèse de Madame Maigret en 2026 ça marche plus comme ça j'ai essayé quand même dans le livre je suis rentré 3-4 fois chez moi en faisant vraiment du bruit dans l'escalier en attendant devant le paillasson au bout de 10 minutes je sors ma paix et je rentre et donc je trouvais que lui faire jouer de la trompette elle a joué de la trompette c'était bien par rapport à madame Maigret on n'imagine pas madame Maigret le commissaire le matin paroquer des orfèvres elle sort par trompette Donc j'ai dit, Madame Foy... Fatt va jouer de la trompette. Et donc, j'étais en train d'écrire ça, et elle passe devant le bureau, la porte ouverte du bureau, et je dis, ah, au fait, je te fais jouer de la trompette. Elle me dit, mais quoi ? Pourquoi ? Je dis, ben, tu joues de la trompette. Ça fait 4 ans que j'ai pas joué de la trompette. Oui, mais là, ça m'arrange, t'es Madame Meigre et Madame Fatt, tu joues de la trompette. Non, tu peux pas faire ça, c'est faux. C'est moi qui ai écrit le livre. Je ferme la porte du bureau, j'écris que tu joues de la trompette. une heure après, vraiment une heure après j'entends j'ouvre la porte j'ouvre la porte, je dis mais qu'est-ce que tu fais je veux que ce soit vrai je remets la trompette Et là, je me suis rendu compte d'un pouvoir extraordinaire. J'ai un pouvoir, mais mieux que Spider-Man ou c'est pas ça. J'écris un truc sur ma femme, elle est obligée de le faire. Je la tiens par le bout du nez, comme une marionnette. J'ai dit que tu me faisais une blanquette ce soir. Quoi ? Elle est obligée de faire une blanquette.
- Speaker #1
Est-ce que tu accepterais de nous lire un petit passage, justement, que nous avons choisi, qui parle justement de Mme Fath et qui risque de remettre un petit peu en question... Si, je l'amène à la baguette, laissez-moi dire.
- Speaker #0
Madame Fatt prépare des tomates farcies pour ce soir. Plein de tradition, non ? A propos, surprise et joie mêlées hier soir dans le lit. J'ai terminé, parce que, il faut expliquer. J'essaye de m'identifier de tout mon cœur à Maigret, mais Maigret, il ne bouffe que des abats, des trucs, des trimes, des entouillettes, et moi, je suis un peu chochote, je ne peux pas. Donc je m'en veux de ne pas être vraiment comme lui. À propos, surprise et joie mêlées hier soir dans le lit, j'ai terminé La maison du juge, 1942, et qui ai-je lu ? Qui, Y apostrophié, ai-je lu ? Il, maigret, avait horreur du foie de veau sous toutes ses formes. L'avète, mon frère ! Alors certes, je m'en porte, l'avète, non. Lui, ce n'est pas parce que c'est un nabat, il en engloutit bien d'autres et de moins ragoutant, mais tout de même, on est ensemble contre le foie de veau, je remonte dans mon estime. Je me suis retenu de réveiller Anne-Catherine à côté de moi. Il m'a suffi de visualiser la scène. Elle ronflotte paisiblement. Je lui tapote le dos. le bras, elle ouvre des yeux englués de sommeil et agacé, quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Maigret n'aime pas le fouet de peau ! C'est gentil à elle de se donner cette peine, c'est-à-dire de préparer des tomates farcies, et d'y avoir pensé. Madame Fatt sait que j'aime beaucoup les tomates farcies. J'ai failli faire le malin. Ah, tu vois, tu y viens peu à peu, Madame Maigret ! Mais ce mystérieux instinct qui m'a permis de traverser presque deux tiers de siècle sans dommage notable m'a cloué le bec à temps, me susurrant de sa voix inaudible, zéphirienne et néanmoins menaçante, en serrant ses petits doigts. « Tu sais ce que ça fait une tomate cœur de bœuf lancée en pleine poire à deux mètres ? » « Prudence et mère de bien-être, lui-même cousin germain de tomate farcie. » « Je me suis donc contenté de me faufiler dans notre cuisine minuscule, genre étroit couloir. » Il y a quelques années, j'y ai entré de préférence de profil. Je passais mieux. Maintenant, ça revient en même. Et de prendre Anne-Catherine dans mes bras par derrière, merci mon amour pour les tomates farcies. Oh, je lâche. C'est moi qui dis ça. Puis j'ai fait marche arrière sur quelques pas, j'ai pivoté et pris sans me retourner la direction de mon bureau où m'attendait Zouzou. Zouzou qui est une amie de Wisconsin. Tu as tenu à m'humilier devant... avant tout,
- Speaker #1
bon. Non, j'ai tenu à montrer quel plaisir c'était et quel fou rire. Parce que moi, quand je l'ai lu cet été, j'ai vraiment pleuré de rire à plein de passages. Et après, aussi, je suis passée par toutes les émotions. Tu as pleuré tout court. Alors, sans divulgacher, il y a un peu de fin, en fait, finalement. Il y a le dénouement et ce que tu dis du... Sans divulgâcher.
- Speaker #0
Je ne vous présente pas Taillebouche. Tu vas divulgâcher à fond.
- Speaker #1
Non, non, tu vas voir. Et il y a une deuxième fin où finalement tu apportes quelque chose à une personne qui était importante dans la vie de l'histoire. Je m'arrête là. C'est quelque chose qui t'a...
- Speaker #0
Non, mais on ne peut pas... Non, non, blague à part, je ne peux pas parler de ça. J'arrête, j'arrête.
- Speaker #1
Alors, arrêtez-vous. C'est une des raisons. C'est que vous allez passer par l'ensemble des émotions, du rire aux larmes, et que c'est, ce que tu disais, une vie, en fait.
- Speaker #0
Oui, oui, j'espère. Moi, quand les gens me disent « Oh, j'ai rigolé, mais j'ai aussi pleuré » , je me dis, c'est pas que je suis content qu'ils aient pleuré ou qu'ils aient été fiers, qu'ils aient rigolé c'est que c'est la vie, mais vraiment la vie moi là je vais vous confier un truc il vient d'arriver un truc très grave à ma mère vraiment un truc grave à ma mère que j'aime de tout mon coeur et bien on peut quand même parler ce qui est quand même c'est fort la vie quoi voilà je vais plomber tout le monde Bref, oui, même toutes les pires vies les plus atroces, il y a des moments de légèreté, heureusement. Bon, moi, je vais tout foutre avec ma mère.
- Speaker #1
J'avais une dernière question avant de laisser à nos lecteurs et lectrices aussi t'en poser. C'est plutôt tourner vers l'avenir. C'est une question qui comporte en fait trois aspects. Pas l'avenir de ma mère,
- Speaker #0
s'il te plaît.
- Speaker #1
Est-ce que tu es en train de travailler sur ton prochain roman ? Et est-ce que tu pourrais nous parler juste du lieu, ou de l'époque, et où est-ce que ça comporte un meurtre aussi ?
- Speaker #0
Alors, je ne suis pas en train de travailler parce que là je suis en pleine promo, entre guillemets, mais je n'ai même pas le temps d'aller boire un coup à mon bistrot, donc je ne peux pas. En revanche, j'ai, et ça j'essaye de faire ça si possible à chaque sortie de livre. Je termine mes livres, tout le travail de correction, les envoie aux journalistes et tout en général en fin mai, début juin. Et je commence les premières présentations en représentant au libraire, etc. en juillet. Donc il y a deux, trois semaines ou un mois où j'ai rien. Et en général j'essaye de, d'abord samedi je replonge dans Galica, dans les vieux journaux, etc. Pour essayer de trouver un sujet, ou trouver une idée, ou quelque chose qui puisse, parce que les 3 ou 4 mois là qu'on fait de promo, c'est non... non seulement très intense et très fatigante, mais c'est stressant, en fait. On a l'impression, j'ai l'impression de courir tout nu dans les rues et que les gens disent, oh, super, ou alors, eh, you know. Vraiment, même si on est solide, etc., c'est un moment vraiment où on peut être, non pas susceptible, mais un peu à vif. Et ça fait du bien de penser à autre chose, sauf que si on n'a rien en tête, si on n'a pas un truc vers l'avenir, comme tu disais, on a... C'est pas quelque chose d'attentif. Donc, vers mi-juin... J'ai trouvé un truc, je me dis tiens ça peut être intéressant, j'ai même eu le temps d'aller aux archives pour voir si le dossier a été conservé parce que parfois il y a des affaires qui datent de 40 ans, le dossier n'est pas conservé et des affaires qui datent de 80 ans, le dossier est intact. Donc j'ai vu le dossier, un gros dossier, j'étais content. Quand j'ai une alliée aux archives de Paris, je l'appelle et je lui dis est-ce que tu as le dossier, je te rappelle et je te dis quand le téléphone sonne et qu'elle me dit enfin c'est pas en même temps C'est plus dramatique. C'est mieux si ça fait des trimes, quoi. Ça fait... C'est par mail. Et qu'elle me dit... C'est une élue de l'autre, c'est Sandra. Et qu'elle me dit, tu vas être content, il y a un dossier, et tu vas être encore plus content, il est gros. Alors là, j'accours. Donc je suis allé voir le dossier, j'ai pas eu le temps de le lire, mais j'ai fait, je sais pas, 1000 photos ou 2000 photos. Et donc, il est là, j'ai mon sujet, Maintenant, je n'ai pas du tout le temps. de travailler dessus, je n'ai même pas eu le temps de lire au-delà de quelques bribes, mais quand je suis dans un train, je suis souvent dans des trains en ce moment, ou quand je suis dans le métro, ou quand je me couche, je sais que, par exemple, là, hier, je suis sorti de manière extrêmement injuste et cruelle de la deuxième liste du Renaudot. je me fous complètement des jurés du Renaudot c'est vraiment des types je m'en fous mais quand même c'est énervant pourquoi ils m'ont enlevé et hop tout de suite je me mets à l'année prochaine je me propulse vers le prochain livre et donc voilà j'ai un sujet je pense que c'est le bon parce que j'en avais trois et pour des raisons différentes c'est ce que je disais tout à l'heure il n'y a pas juste l'histoire l'affaire, la personnalité de la personne concernée qui compte il faut qu'il y ait de... par exemple un des sujets que j'avais encore une fois si on a le temps c'est une jeune Alsacienne c'est l'inverse, elle vient de l'Est mais pareil il y a 14 ans mais dans les années 20 elle vient faire bonne à Paris une jeune Alsacienne donc je les connais elles sont sérieuses, elles sont sages travailleuses, c'est pour ça que j'ai choisi ma femme comme ça et donc elle travaille dans une famille bourgeoise dans le 9ème, elle donne entière satisfaction à ses patrons, elle ne sort pas de soi elle est très sérieuse elle brique le parc marquer la vaisselle et tout, comme une championne. Et au bout de trois mois, elle monte à l'étage au-dessus et elle massacre la vieille dame qui habitait au-dessus. Elle essaye tout, quoi. Des coups de poils, des coups de poils. Sans raison. Enfin, si, parce qu'elle avait vu un billet de 100 francs sur les Alsaciens, un sou étant donné. Sauf ma femme. J'ai l'âme, ça. Alors là, ma femme... Et donc, elle est arrêtée à 14 ans. Et je vois une photo d'elle. Tout à l'heure, je disais une photo. Et elle a... Je t'enverrai si tu veux. C'est une jeune fille de 14 ans, elle a une tête extraordinaire. On dirait un ange, mais avec un truc un peu décalé. Je me dis, c'est pour moi, j'avais envie de travailler sur l'adolescence. pour dire, là on dit les adolescents sont des sauvages et machin, dans les années 20, les années 30, les années 40, les années 50, tous les 10 ans, il y a, ils vont détruire le monde, ce sont des barbares, voilà. Donc elle, 14 ans, en 1928, qui massacre la pauvre vieille au-dessus, je me dis, parfait. Et je me renseigne, je demande aux archives et tout, et je découvre qu'elle a été condamnée à 10 ans, parce qu'elle avait 14 ans, 10 ans de colonie pénitentiaire, comme on disait à l'époque, Elle est sortie à 24 ans, je me dis, je vais pouvoir la retrouver, qu'est-ce qu'elle est devenue ? Je découvre sur le site de l'INSEE qu'elle est morte en 1999, à 90 ans, je me dis, c'est incroyable, je commence encore une fois à me frotter les pattes. Je fouine, je fouine, avec son acte de décès, je contacte la mairie, elle est morte dans un village en Bretagne, et je trouve qu'elle est morte dans un... couvent. Et elle a passé 60 ans. Elle est sortie il y a 24 ans de prison. Elle est rentrée direct dans le couvent. Elle a passé 60 ans dans le couvent. Pour un livre, bon. Et je me dis, j'écris quand même. Je tente le coup. J'écris au couvent parce que c'est un couvent en Bretagne où... vendre des confitures, du miel, je ne sais pas quoi, donc on peut leur écrire. Je ne l'écris pas pour commander du miel, mais est-ce que certaines vieilles sœurs du couvent se souviennent de Marie-Élisabeth Plapp, qui est morte en 99 ? Je n'ai pas de réponse pendant deux semaines, trois semaines, je me dis, évidemment, ce que j'attendais. Et je reçois un mail de la mère supérieure. Cher Philippe, j'ai enquêté parmi nos sœurs. Sœur Marie-Françoise et sœur... Marie-Joseph, se souviennent bien de... Elle m'avait écrit un truc Word, où elle m'envoie une synthèse de tout ce qu'elle avait dit. Mais bon, ce qu'elle avait dit, c'est qu'elle était un peu renfermée, un peu, pas agressive, mais un peu revêche. Et, ça m'a touché, là j'ai cru encore peut-être, elle passait ses nuits pendant 60 ans à laver le sol. Elle dit quand les soeurs se levaient le matin pour, je ne sais pas, c'est l'angélus ou je ne sais pas, j'y connais rien, pour la première prière du jour, c'était encore mouillé. Bon, je me dis, ah, ah, ah, mais sauf que, voilà, je ne peux pas écrire un livre sur quelqu'un qui, à partir de 14 ans, a disparu. Et pourquoi je parlais de ça maintenant ? Ah oui, parce que donc, j'en ai eu un ou deux comme ça. Et puis finalement, donc là, j'ai trouvé. Donc ça se passe, j'en ai marre de l'après-guerre, donc ça se passe dans les années folles. Et c'est une jeune femme. Et je vais essayer d'écrire le livre le plus mélo de toute l'histoire de l'année. on va voir ce que ça donne c'est la nouvelle romance je vais faire passer j'allais dire Harlequin je suis vraiment le vieux chenot je vais faire passer la romance pour des trucs d'horreur je vais essayer d'écrire un livre empli de miel, de mièvrerie d'amour à côté
- Speaker #1
Harlequin ça sera de l'aspartame exactement
- Speaker #0
Non, il n'y a pas, il était trop jeune, il devait avoir son doudou encore.
- Speaker #2
Répondrez-vous à ce mystère que vous laissez planer, alors je ne veux rien divulguer, mais sur l'accord, cette expression formidable que l'intelligence artificielle vous a fournie ?
- Speaker #0
qui est planqué quelque part est-ce qu'à un moment donné vous direz je ne sais pas on m'en parle tout le temps dites moi mais à moi je vous en supplie les gens qui essaient de me corrompre hier il y a un mec J'étais à la BNF pour le truc Télérama. Je pars, j'étais avec Anne-Catherine. On avait faim, donc je pars. Le mec me courait après dans le jeu. Tu crois juste, juste, un indice, un indice.
- Speaker #1
C'est un bon jour d'hôtel.
- Speaker #2
Non mais c'est votre pouvoir d'écrivain que j'avais lu.
- Speaker #0
C'est ça qui est formidable. Oui, c'est ça. Il va falloir que je le dise à un moment. Il n'y a rien de sensationnel. C'est juste qu'il a... Puis c'est un peu l'actualité, l'IA dans l'intégration de l'ordre. Non, moi c'était juste pour m'amuser, c'est une phrase, ça m'a scié, j'en ai parlé autour de moi à l'époque où j'écrivais et tout le monde m'a dit « Oh, quelle belle phrase, incroyable ! » Bon, c'est un peu vêtant, j'ai reçu plein de gens qui disent « Je sais ce que c'est, c'est ça ! » et c'est que des phrases de moi, j'écris comme l'IA quoi. oui je vous dirais mais c'est comme moi j'aime beaucoup les romans policiers un roman policier prenons un Maigret par exemple ou encore un truc plus fort un truc vraiment parce que Maigret c'est pas tellement l'enquête qui compte on sait bien qu'il va trouver le coupable et que ce soit le chargé charcutier ou le notaire, bon. Mais dans un vrai roman policier, un truc dur et bien construit, on est là, on attend comme des enfants, on attend, on veut, on veut, on veut, et puis une fois qu'on a, bon ben voilà, c'est lui, quoi. Donc ma phrase, elle aura d'intérêt,
- Speaker #3
enfin ma phrase,
- Speaker #0
la phrase de l'autre pomme, là, elle aura d'intérêt que quand, tant que je la dirai pas, quoi. Justement,
- Speaker #3
parce que vous parlez d'IA, pourquoi n'utiliseriez-vous pas un jour l'IA comme argument et faux argument dans la résolution
- Speaker #0
c'est ce que je fais dans le livre c'est un hasard que ça tombe en même temps que l'histoire de Télisson Aurélien mais je me sers, je trois fois le charge et pitié interne donc il est trois fois dans mon livre, il s'est passé un drôle de truc ma première signature pour la sortie du livre c'était au début septembre à la camp libre à l'église de Paris et donc il y avait une file de gens qui attendaient que je signe et puis il y a un monsieur qui apparaît et je veux pas en général je juge pas sur la tête des gens ou sur leur allure mais vraiment pas un lecteur vraiment le mec non parce qu'il a pas le temps de lire on sent le type qui bosse 10h par jour et qui fait 8h de salle de sport donc on a plus le temps pour lire il avait un costume 5000 balles, un truc ou je ne sais pas quoi, une barbe, je pense qu'il a des petites personnes qui le coupent tous les jours. Chacune a un morceau de barbe. Enfin bon, ce n'est pas gentil de dire ça, mais je me dis, et d'ailleurs il me dit, pardon, je suis désolé, je ne vous connais pas, je lis jamais, alors je me dis, qu'est-ce qu'il fait là ? Et alors il voulait acheter un livre, et tout d'un coup il a décidé, il voulait acheter un livre, et donc il a demandé à Chachibiti, qu'est-ce que je dois acheter comme livre ? Chachibiti lui a posé trois questions, et il a répondu, je ne sais pas, j'aime la choucroute et le sport, Et Ausha Pitu lui a dit, achetez un inconnu du Cacabelle, il est ce soir en signature à la librairie de Paris. Et donc le type est venu, et je me dis, comme le monde va peut-être devenir comme ça, comme j'ai mis trois fois Ausha Pitu dans mon livre, peut-être qu'il se dit, je suis dedans, allez, je vais cirer les pompes dans le livre. Donc bref, tout ça pour dire, oui, je m'en sers à trois reprises, une fois pour me moquer d'elle, ou de lui, d'ailleurs. D'elle, l'intelligence artificielle, parce que je lui pose une question, elle me répond n'importe quoi, je demande à l'autre, à Claude, elle me répond n'importe quoi aussi, donc je dis, voilà, c'est une question sur les cheveux qui, le temps que mettent les cheveux à sécher, et ils s'en mêlent les pinceaux les deux, et je dis, de toute façon, c'est pas une machine qui a jamais pris une goutte d'eau sur la tête, qui n'a pas de tête d'ailleurs, qui va me dire, bon là c'est pour me moquer, il y a cette phrase, c'est pour jouer, et il y a un autre moment où vraiment, j'ai été aidé, j'aurais pas trouvé ça. J'avais besoin de savoir si, vous savez quand on prend un bain ou à la piscine, les doigts fripent au bout d'un moment. Et je voulais savoir si un cadavre, les doigts fripent quand on met un cadavre dans l'eau. Après je me dis, je le dis dans l'idée, si j'ai un problème et que les flics viennent voir l'historique, dans mes recherches j'ai les règles, continue-t-elle après la mort, et est-ce que les doigts d'un cadavre fripent dans l'eau ? Et on... en combien de temps sèche le cadavre. Et donc là, il m'a vraiment aidé. J'ai cherché, cherché, cherché partout sur Internet. Je ne suis pas manchot pour trouver des trucs sur Internet. J'ai trouvé des indices qui semblaient dire que les doigts ne friquent pas quand on est mort. Et en 0,01 seconde, il m'a dit, va voir la thèse du professeur machin à l'université Stanford. Et j'ai ouvert et il y a l'explication. Donc moi, je pense qu'il faut se servir de l'air, bien sûr. Mais il faut le dire. Juste avant de prendre la question vous disiez que j'en ai marre de lire est-ce que ça vous intéresserait de remonter un petit peu plus dans l'archive ? Oui, pourquoi pas, après il faut moi j'ai besoin de pouvoir me là j'ai l'impression pour ce livre j'ai passé deux ans en 49 en vrai c'est à dire que vraiment j'étais enfermé dans mon bureau mais d'ailleurs les premières dédicaces c'est pas pour faire genre écrivain possédé par son sujet première dédicace que j'ai fait je m'étais 2 septembre 1949, Paris le 2 septembre donc vraiment moi j'ai eu l'impression et c'est réconfortant c'est comme le Covid en fait c'est à dire que j'étais, non pas comme le Covid mais comme le confinement j'ai passé là une tarde parce que là je suis exposé tout est bien j'étais complètement protégé en 49 j'entendais vaguement à la télé nouvelle atroce mais moi je m'en foutais j'étais en 49 à Odeon donc il me tarde d'y retourner mais il faut que je puisse m'y projeter c'est à dire que je pense que je peux pas m'identifier mais je peux à peu près comprendre ce qu'il y avait dans la tête d'une jeune femme de 20 ans. une jeune bretonne de 20 ans, je peux comprendre peut-être ce qu'il y a dans la tête d'un chirurgien pervers de 70 ans. Par contre, me mettre dans la tête d'une girafe ou d'un sanglier, j'aurais plus de mal. Et je ne sais pas jusqu'à quand. Là, c'est pour ça que j'essaie, je remonte un peu. Les années 20, je me dis, mais par contre, écrire un livre qui se passerait en 1432, il y a des gens qui le font très bien. Comment s'appelait ce type ? Un truc que j'ai lu. il y a une quinzaine d'années, Un loup est un loup ça vous dit quelque chose ? de Michel Foucault je crois Et le gars parle du Moyen-Âge, enfin, c'est les premiers bourreaux. Et il arrive, mais moi, je pense que j'aurais du mal. J'ai peut-être pas une faculté de concentration ou d'empathie ou de ne sais pas quoi pour me plonger dans des choses trop éloignées de moi.
- Speaker #3
En termes de sens.
- Speaker #0
Dans le futur ? Non, mais ça, je peux pas. J'ai écrit un seul livre qui se passe dans le présent parce que j'étais un peu obligé. Mais ça, c'est une question. Mais Gray disait Merci. Simonon faisait dire à Maigret au début de l'enquête la première chose c'est de mettre tous les petits personnages à leur place à l'endroit où ils sont et après on peut les observer moi je suis un peu pas obsédé mais je pense souvent à ma place dans la société et elle est très simple moi je suis le gars sur le côté qui participe pas vraiment à la société mais qui regarde, qui observe et qui raconte je suis le troubadour qui va dans les villages mais qui n'a pas de...
- Speaker #4
Vous faites la même chose pour le présent ?
- Speaker #0
Non, si je fais la même chose pour le présent, si j'écris un livre sur jubilat. Grégory même, qui n'est pas vraiment présent, mais qui est encore présent. Je ne suis pas juste le type qui raconte. Là, je peux dire, l'assassin, c'est Tartampion. Dans la vraie vie, moi, là, j'ai été obligé. Il y a un monsieur, il y a quatre ans, qui est venu me voir dans une signature, qui m'a dit, au secours, aidez-moi, on m'accuse d'avoir tué ma tante, j'ai été innocent, aidez-moi, sauvez-moi. Une affaire dont on n'a pas parlé, un fait divers comme il y en a 10 000 à Bordeaux, à côté de Bordeaux. Et alors moi je me dis non pitié, je ne veux pas, je ne veux pas, je lui donne quand même mon mail parce que je ne peux pas le chasser à coups de pied. Et une semaine après, sa femme me dit ça y est Alain est entré en prison, il y en a pour 15 ans, il a eu un appel, cassation, tout est fini. Il n'a passé qu'un an de prison. Il avait 67-68 ans à l'époque. Au secours, quoi. Et donc, moi, je regarde le dossier. Je me rends compte que non seulement le dossier est complètement vide, mais qu'il y a même dans le dossier des preuves que ce n'est pas lui. Et donc... Dans un premier temps, j'ai essayé de contacter les gens que je connais dans les journaux, les médias, en leur disant, est-ce que tu me laisses une émission d'une heure ou deux pages dans l'Obs pour en parler ? Ils m'ont tous dit oui, mais ils m'ont tous dit, mais exclusif. C'est-à-dire, si tu veux, on te donne deux pages dans l'Obs, mais tu n'en parles à personne d'autre. Donc je me suis dit, si jamais cette semaine-là, il y a Trump qui a assassiné, je ne sais pas quoi, c'est mort. Donc j'ai préféré écrire un petit livre qui fait 150 pages, je ne sais pas. Et comme ça, toute la presse a pu en parler, voilà. Mais, par exemple, dans ce livre, après avoir étudié le dossier, moi... je crois que je sais qui a tué ce type mais je ne peux pas c'est pas mon rôle du tout de désigner de me prendre pour un justicier et puis déjà là quand on écrit sur Ferrière j'ai peur que son petit-fils se dise mon grand-père a été misogyne et
- Speaker #1
incompétent donc dans le présent moi c'est pas mon rôle du tout ma question est la suivante on dit que les romanciers en général ont une clairvoyance et ils sont des visionnaires et d'une sensibilité. C'était intuitif.
- Speaker #0
Ça peut être.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ce roman vous a appris sur le passage à l'acte meurtrier, ce moment de bascule ? Parce qu'on parle beaucoup de féminicide, c'est très d'accord, malheureusement très d'amande. Vous, en tant que romancier, qu'est-ce que vous percevez de ce moment de bascule ?
- Speaker #0
Je pense qu'il n'y a pas besoin d'après mes recherches sur les règles après la mort. comment tuer quelqu'un, pourquoi tuer quelqu'un il n'y a pas besoin d'être romancier c'est juste humain et sensible par contre ce truc de sensible il n'y a pas que les romanciers qui sont sensibles mais la sensibilité permet de sortir un peu de soi et d'essayer de s'approcher un peu il faudrait dire que les artistes anticipent ce que lui mettait en théorie oui mais moi je ne suis pas je suis contre la notion d'artiste visionnaire qui sera en communion avec les larmes du tour. intuitif. C'est pas vrai, il y a des artistes complètement crétins, complètement obtus. Non mais c'est pas... Moi je pense que c'est juste une question de sensibilité et de s'effacer un peu soi ou de s'ouvrir un peu pour essayer de s'approcher de ce que peuvent ressentir d'autres. Mais moi il y a un truc que j'essaye d'éviter dans tous mes livres, c'est de croire que je connais ces gens, que je crois... C'est pour ça que le livre s'appelle L'Inconnu du Kedjamed. J'ai passé deux ans, jour et nuit, sept jours sur sept, dans la vie de Louis Scansot avec des dizaines de témoignages qui parlent de Louis Scansot j'ai beaucoup plus d'informations sur Louis Scansot que sur ma mère et quand je dis beaucoup plus c'est 100 fois plus d'informations sur Louis Scansot que sur ma mère je ne sais pas si ma mère a eu des amants comment elle était quand elle était petite au travail, comment elle était, j'en sais rien mais je connais mieux ma mère que Louis Scansot et moi j'essaye de résister à ce truc cette illusion que parce qu'on serait artiste parce qu'on serait en contact avec l'âme humaine j'ai écrit un La petite femelle, où je parle de Pauline Dubuisson. Et je parle, comme je disais tout à l'heure, j'ai des informations sur Pauline Dubuisson, j'essaye de les donner en me disant ça donne un portrait de Pauline Dubuisson. A la fin du livre, je dis, je me prends pour le gars qui la connaît le mieux sur Théâtre, mais je ne connais même pas le son de sa voix, qui est le son de votre voix, par exemple. Et en parallèle, il y a un garçon qui était très sympathique, qui est mort depuis, qui s'appelait Jean-Luc Seigle. Parce que j'en ai voulu à mort quand il a sorti sans lui, Et après, j'ai rencontré, il était très... sympathique, qui a écrit un livre, je vous écris dans le noir, et il dit, je m'appelle Pauline Dubuisson, je vais vous raconter ma vie, et c'est le genre, je suis artiste, mon esprit est plus ouvert et plus réceptif que celui du commun des mortels, que vous êtes là, et donc je peux parler à la place de Pauline Dubuisson, je sais ce qu'elle a ressenti, je sais ce qu'elle a voulu dans sa vie, et moi ça me rend fou, ça, alors là, ça me... Et donc il a raconté que des conneries, en fait c'est n'importe quoi tout ce qu'il a écrit, moi j'ai étudié le dossier, donc je sais bien que quand il dit j'ai toujours rêvé d'avoir un enfant c'est pas vrai quoi mais il se trouve qu'il était vraiment un bon gars et qu'il m'a dit oui on s'en fout c'est vrai elle est pas là pour le jeu on s'en fout on s'amuse on a dansé ensemble même c'est pour vous dire mais moi je suis contre ça qu'on soit sensible oui mais qu'on ait des sortes de super pouvoirs donc je crois pas ça une fois que vous avez identifié la façon en question c'est pas sûr je crois que j'ai identifié Merci. Je ne me prends pas pour... Le gars qui sait, je le dis dans le livre, c'est juste mon opinion, c'est mon avis, si j'étais, on me dit souvent vous auriez fait un bon policier ou un bon juge, non. Si je suis policier ou juge, je ne mets pas ce type en prison.
- Speaker #1
La vérité n'est pas totalement...
- Speaker #0
La vérité c'est pas, moi c'est ce que je pense, je ne veux pas prétendre que j'ai à 75 ans d'écart, sans avoir vu ni l'un ni l'autre, à un moment je dis même dans le livre, ce type, que moi je prends pour un salopard... Total, sanguinaire, pas impuissant, c'est pas le même que...
- Speaker #2
Non, non.
- Speaker #0
Et qu'il a tué, moi je suis sûr qu'il a tué, moi, pour moi. Ça se trouve c'était un garçon juste un peu marginal, je ne prétends pas, moi... savoir, j'ai assez écrit tous mes livres, c'est contre des enquêteurs, des juges, des journalistes d'opinion,
- Speaker #3
qui ont leur idée et qui enquêtent à charge ou qui attaquent d'anglais donc je ne veux pas faire la même chose c'est aussi un contrepoint par rapport à toutes les séries notamment américaines et c'est très très rythmé pressé et on a l'impression que notre maigret est complètement en regard ça fait un bon retour de maigret cette humanité, parce que finalement dans une enquête, s'il n'y a pas l'humain on passe à côté de plein de choses je trouve que ça fait une réhabilitation de l'enquête à la française un peu lente mais qui prend le temps pour prendre les terroirs,
- Speaker #0
les gens mais qui n'est pas une vraie enquête les flics de mon quartier qui vont au bistrot ils me disent, ni en 49, ni maintenant personne ne peut enquêter comme ça alors Maigret il disait, je ne pense pas, je ne réfléchis pas je m'imbibe Au revoir, Sandro. mais les flics me disent si un inspecteur faisait ça mais au bout d'une semaine il est viré c'est à dire que Maigret il y a eu un meurtre il va se balader dans les rues dans les bars, il s'arrête la victime est née à Concarneau il dit tiens je prends le train, je vais aller à Concarneau on va aller flairer un peu l'atmosphère ça marche pas comme ça, mais cela dit Il a quand même écrit, Simonon, il a fait dire à Maigret des choses, il y a dans la criminologie un concept qui est bizarrement apparu tardivement, c'est la victimologie. C'est que dans les années 1960, surtout 1970, que la victimologie, qui est d'ailleurs un peu dangereuse comme science entre guillemets, est apparue, c'est-à-dire qu'on s'est dit, il faut. Et dans le deuxième Maigret, en 1931, M. Gallet est décédé, donc M. Gallet est mort, et Maigret n'arrête pas d'interroger son fils, M. Gallet. M. Gallet. À un moment, il s'énerve, le fils, il dit, mais vous enquêtez sur la victime ou vous enquêtez sur l'assassin ? Non, sur l'assassin ou sur la victime, puisque lui, il est victime en tant que fils. Et Maigret dit, je connaîtrai l'assassin quand je connaîtrai bien la victime. Ça, c'est 1931. Et 40 ans plus tard, la victimologie, c'est exactement ça, et c'est ce que j'essaye d'appliquer dans mon livre, est apparue. Donc, il y a quand même des choses, mais la manière dont enquête Maigret, et moi, au début, quand je me suis dit, je vais lire tous les Maigrets, je vais essayer d'être... appliquer ces méthodes d'un type qui n'existe pas à un truc vrai, je pensais que ce serait juste un truc comique dans le livre. Que moi, la nouille, j'essaierais de me prendre pour maigré, et comme j'attends sur le paillasson que ma femme ne m'ouvre pas, et que j'essaye de faire tout comme lui, et que je me heurte à la réalité. Et en fait, il y a des trucs, mais même parfois bizarres, c'est-à-dire que maigré... Chaque fois qu'il est bloqué, il se met à la fenêtre du quai des Orphèbes, une main dans le dos avec sa pipe et il regarde la scène. Alors moi je me dis, bon, on va tenter le coup, parce qu'il a toujours, lui, une idée qui vient. Donc je me mets à la fenêtre de chez moi avec ma cigarette électronique, je mets une main dans le dos et au bout d'une demi-heure... Mais finalement, il y a quand même quelque chose qui est venu.
- Speaker #2
Oui. Donc quels sont les auteurs ou les livres qui vous ont marqué ?
- Speaker #0
C'est dur à dire parce que j'ai lu beaucoup pendant un temps des policiers américains des années 30, 40, 50. Alors je ne l'ai pas, j'ai des lacunes, je ne sais pas du tout. Il y a plein de policiers français actuels là. Et Chatham, Dillies, tout ça, je n'ai jamais lu. Donc ça je ne sais pas si c'est bien ou pas. Mais moi, tous les maigrés, j'ai plutôt tendance à des vieux romans policiers. Mais par exemple, les romans policiers, les premiers romans policiers des années... Ou romans noirs, d'ailleurs, des années 30. 40, mais je ne sais pas ceux qui sont liés à l'histoire que vous êtes en train d'écrire ah non, non, bah là oui puisque j'ai lu les maigrés mais en général, sauf quand j'étais plus jeune j'ai lu tous les Agatha Christie mais en général c'est pas, encore une fois c'est pas l'intrigue, l'enquête qui m'intéresse c'est l'ambiance qu'il y a derrière, l'atmosphère qu'il y a derrière dans les romans policiers des années 30 et 40 c'est pom mais ça part de la société américaine et donc humaine de ces années là mais je pourrais pas, là de toute façon Bonjour Lully. Je lis un peu moins maintenant. Je ne pourrais pas. Il y a un romancier... Il y a un romancier américain que j'aime beaucoup, David Goody, qui a écrit 12 romans, et j'adore les 12, c'est pas beaucoup 12, moi je vais dépasser, hein, qu'un. Et qui sont des romans que lui écrivait pour 500 dollars, et il disait, ou comme Chester Himes qui écrit des romans sur Harlem, des romans policiers sur Harlem, il pensait que c'était juste pour, il écrivait ça en une semaine, Maigret disait, Simonon disait c'est de la semi-littérature les Maigrets. Bon, mais moi, les bons comme ça, évidemment, il y a eu des centaines de milliers de mauvais qui ont été écrits, mais c'est ceux qui parlent sous la surface. Et tout ce qui m'intéresse, la différence entre la surface et ce qui est en dessous. Dans le reflet qu'a donné la presse de Louise Canso, en comparant à ce qu'elle était en réalité, ça m'intéressait dans les romans policiers. Je ne pourrais pas vous... J'aime beaucoup les romans policiers.
- Speaker #2
Vous avez raconté comment vous vous êtes prenié pour écrire Gérard de Lille. Ce soir, vous me faisiez les recherches, vous amassiez toutes les informations, et l'écriture du texte que nous on a entre les mains arrive assez tard. Oui. Et je voulais juste savoir dans quel état d'esprit vous étiez quand vous commenciez, au niveau d'excitation ou de crainte, au moment où vous commenciez cette phase-là ?
- Speaker #0
La crainte c'était avant, il y a longtemps, ça fait 30 ans presque, non pas presque, ça fait 30 ans que j'écris. Avant j'avais peur, quand je me mettais à écrire face à l'ordinateur, j'avais peur, mais vraiment peur, comme si j'entrais sur une scène de théâtre ou comme si j'entrais dans le lit avec une amoureuse, enfin j'avais vraiment peur. Et alors j'ai essayé de combattre cette peur de manière complètement stupide, je m'achetais une bouteille de whisky, j'en buvais cinq gorgées, je me mettais à écrire, j'étais le génie des génies, Proust, Flaubert, vraiment des toccards quoi. Le lendemain matin je relisais, c'était l'effondrement. et puis avec le temps, maintenant c'est équilibré en fait ma vie s'équilibre entre trois phases je ne fais plus rien d'autre avant il y a quelques années quand j'écrivais mes romans une fois que j'avais terminé un roman je disais pendant un an je ne veux plus entendre parler de littérature je m'abuse je sors, je vois mes amis, voilà. Maintenant, 100% de mon temps, c'est que écrire des livres, et consacré exclusivement aux livres. Et c'est en trois phases. Il y a, on va dire, un an ou un peu plus de documentation, pendant laquelle j'adore ça, enfin c'est vraiment, c'est un truc enfantin, un peu, d'aller chercher des trucs, voilà. Au moment pile où je commence à en avoir marre, c'est le moment où ça s'arrête, où j'ai tout trouvé, et donc là, je suis content, je me dis, ah, maintenant j'écris. Et j'oublie complètement ma matière première c'est des trucs que j'ai trouvé je fais comme si c'était de la fiction et donc pendant 6 mois j'écris avec une grande joie vraiment et au bout de 6 mois je commence à me dire ravivement la fin du livre Ça s'arrête, et là pendant 3 ou 4 mois, je fais de l'inverse, c'est-à-dire je cours partout, je parle sans... Dans ma vraie vie, je fais 100 mètres par jour, enfin 200 mètres, aller à tour du bistrot ça fait 200 mètres, je parle une heure par jour au bistrot et un peu à Catherine, et là je fais 1000 kilomètres par semaine, du matin au soir je parle. Et là j'approche du moment, au début c'est très joyeux, je dis ah formidable, là j'approche du moment où ça va commencer à être long, mais bientôt, dès janvier, je replonge dans les années folles, donc ça n'arrête pas, mais c'est très équilibré, ce sont des périodes.
- Speaker #4
on a fini merci beaucoup merci d'avoir passé ce moment avec nous à l'écoute de l'Echo des libraires l'Echo des libraires est un podcast proposé par l'association Paris Librairie Paris Librairie regroupe plus de 200 librairies à Paris et en Ile-de-France. Retrouvez l'agenda des rencontres animées toute l'année par les libraires du réseau sur le site parislibrairie.fr. Paris Librairie en un seul mot, sans tiret et avec un S à Librairie. Vous êtes à la recherche d'un livre ? Trouvez-le, géolocalisez-le et réservez-le dans une librairie près de chez vous. Pour ce faire, rendez-vous toujours à la même adresse sur le site parislibrairie.fr. Merci et belle lecture !