- Speaker #0
L'écho des libraires Bienvenue dans l'écho des libraires, un podcast proposé par Paris Librairie, un réseau de plus de 200 librairies en Ile-de-France, à retrouver sur le site parislibrairie.fr. Le 5 juin 2026 à 19h, la librairie Les Caractères Située 72 Avenue des Gobelins à Paris dans le 13e arrondissement, tout près de la place d'Italie, accueillait l'autrice Laurine Roux pour son livre « Trois fois la colère » paru aux éditions du Sonneur. Ce roman passionnant qui nous plonge dans l'époque des croisades a été couronné par le prix des libraires 2026. Un autre livre de Laurine Roux fait partie des grands coups de cœur de la librairie Les Caractères. Il s'agit de « Sur l'épaule des géants » paru en 2022. La rencontre est animée par Julie. Je vous laisse tout de suite en leur excellente compagnie.
- Speaker #1
Bonne écoute !
- Speaker #2
Un titre programmatique, quand on a un titre au départ, c'est assez confortable parce qu'on lance le texte dans le sillon du titre. Et ça permet d'écrire avec une sorte d'énergie, ou en tout cas, on est tout concentré, ramassé dans le titre. Et donc ça donne une direction et c'est confortable. Là, ce n'était pas du tout le cas, parce que tout simplement, je n'avais pas choisi d'écrire ce texte. Je n'avais pas du tout prévu et il a fait irruption. de manière assez volcanique. Il est rentré dans ma vie avec fracas, alors que j'écrivais un autre roman qui avait un titre, pour le coup, programmatique. Et au départ, j'ai écrit une nuit le incipit, le début du texte. Et ça s'appelait texte.doc, parce que c'était juste pour jouer, après avoir regardé Game of Thrones. C'était juste nourri par la série. Je me suis lancée dans l'écriture de cette page-là à 3h du matin, alors que j'étais lancée dans un roman très sérieux, pas du tout sérieux, sur Marseille. Après avoir jeté cette première page dans mon ordi, sur un fichier, L'Ogéan. J'ai continué, je me suis dit effectivement il y a une fertilité dans ce texte, j'ai envie de tirer le fil. Et il a bien fallu donner un autre nom au fichier que texte.doc. Et alors là, c'est passé par tout un tas d'étapes absolument... J'ai un peu honte de vous les livrer, parce que c'était mauvais. Je ne trouvais vraiment pas de titre adéquat. Ça s'est appelé Justice Sauvage pendant longtemps. Ça s'est appelé... Appeler les orties. Comment ça s'est appelé ? Oui, Rouge Forêt. Rouge Forêt, à un moment donné, pas loin du moment où il fallait envoyer le texte à l'imprimeur. Le moment où on se dit, bon là, il va falloir trouver un titre qui convient. Et j'étais très fière de moi. Vraiment, Rouge Forêt, je l'aimais beaucoup ce titre. J'étais séduite. Et j'ai appelé mon éditrice qui est là, parce que moi je n'habite pas à Paris, elle est à Paris. Et je lui ai dit écoute là je crois que j'ai mon titre, ça va s'appeler Rouge Forêt. Et puis j'ai entendu une sorte de pause au bout du fil, assez dubitative. Et puis des bruits de touches sur l'ordinateur. Et puis elle me dit c'est dommage. C'est déjà pris. Et bon, j'ai compris qu'elle n'était pas à y faire emballer par le titre. Et s'en est suivie une discussion où Valérie m'a demandé si on en parlait en famille. Parce que souvent, quand je cale sur des titres, j'en parle avec mes enfants, qui sont source de beaucoup de bonnes idées. Je leur dois Le souffle du Puma, par exemple, qui est un titre qu'ils ont trouvé, eux, enfin, elles. Et là, je lui rapporte une discussion qu'on a eue au sujet du texte, de titres possibles, de mon envie d'y mettre le mot orti. Et je lui dis, mais je crois qu'on a eu une bonne idée, et j'ai voulu lui livrer cette bonne idée de titre. Et j'ai fait un lapsus. Et le lapsus, c'était trois fois la colère. Et qui a complètement... Je ne sais même plus ce que je voulais dire, puisque ça a supplanté tout le reste. Et là, j'ai entendu un blanc au bout du fil, à nouveau. Un bruit de douche.
- Speaker #1
C'est bon.
- Speaker #2
Mais hop, c'est pas pris. Et un enthousiasme. Moi aussi, j'étais très enthousiaste, parce que ça habillait le texte. Ça venait l'embrasser. Ça l'empoignait, ça disait beaucoup de sa construction, de l'énergie aussi qui l'habitait. C'était parfait, ça disait le pitroise symboliquement, il y a plein de choses derrière.
- Speaker #1
C'est effectivement un titre qui accroche et qui intrigue. Et ce qui je pense est aussi très intriguant quand on d'abord lit le résumé et qu'on commence le livre, c'est que c'est le second texte historique, ce n'est pas un roman historique. Mais c'est un contexte qui est très fort, très inattendu. C'est le temps des croisades. Et dans cet autre récit, le test LZR dont je parlais, j'ai noté que vous aviez écrit « Longtemps, je me suis sentie amarrée dans le siècle dernier. Pire, un millénaire évanoui. Le présent peine à me faire rêver. » C'est pas très enthousiasmant. Mais pardon, j'ai coupé, mais la citation se poursuit.
- Speaker #2
Non, mais je suis en train de me rendre compte que c'est marrant de dire ça.
- Speaker #1
Et en fait, moi, ce que je me suis dit, c'était, est-ce que c'était une période que vous connaissiez ? Est-ce que vous avez appris à la connaître ?
- Speaker #2
C'est pas une libido historique particulière que j'ai pour le... Le Moyen-Âge, je ne m'y suis jamais projetée pour des rêvasseries, pour des scénarios. Souvent, je me raconte des histoires qui ne finissent pas en roman. Je passe mon temps à fabriquer des histoires dans ma tête. Ça, c'est quand même mon activité favorite. Et le Moyen-Âge n'est jamais trop l'endroit où je me projette, où je vais. J'en ai d'autres, de l'Ibido. Par exemple, la guerre d'Espagne, c'est un lieu, un temps où j'aime me projeter, où j'aime voyager. Mais 68 aussi m'intéresse beaucoup. Mais le Moyen-Âge, pas spécifiquement, mais je crois qu'il m'est arrivé par des petits traumas d'enfance. Et notamment en 1987, quand j'ai vu l'adaptation du nom de la Rose par Jean-Jacques Hannault. J'étais jeune à l'époque, quand je l'ai regardé. Et j'étais à la fois fascinée, terrorisée, et ça a certainement se penser quelque chose en moi, dans mon imaginaire. Enfin, je ne veux pas croire que et Salvatore, le personnage monstrueux de Salvatore, un peu idiot, se retrouve, je crois, un peu dans le texte avec le personnage de Mange-Ciel. C'est probable que j'ai... Sans m'en rendre compte, parce que c'est après coup que j'ai pensé. Le Moyen-Âge est arrivé avec... Cette adaptation, ce film, il est arrivé aussi avec Tolkien. Et donc, déjà, du Moyen-Âge fantasmé, de la fabrique à récits, à histoires, à légendes. Et dans mes études, parce que j'ai fait des études de lettres, je me suis beaucoup ennuyée quand même en étudiant les textes du médiévaux. J'avais une prof qui était complètement barge. qui venait avec des lunettes de soleil, de temps en temps, elle nous regardait comme ça. Donc on était beaucoup plus occupés à observer le professeur qui a écouté vraiment ce qui s'est passé. Et en plongeant, parce que cette première page dont je vous parlais, que j'ai écrite une nuit, comme ça, elle m'a projetée au Moyen-Âge, et il fallait bien que j'en fasse quelque chose, et il ne fallait pas que je raconte n'importe quoi non plus. Et donc j'ai un peu enquêté, moins que d'habitude. J'étais moins boulimique dans mes recherches, parce qu'au départ, j'ambitionnais de... de camper un Moyen-Âge très peu situé au niveau des dates. Et puis c'est en cours de route, je me suis dit non mais c'est pas très juste, il faut vraiment que tu encres ce texte quand même dans une ligne chronologique réelle et précise. J'ai découvert un Moyen-Âge beaucoup plus lumineux, beaucoup moins sordide, beaucoup moins sombre que ce que je ne me le figurais, avec des femmes seigneures, avec des autrices, avec des... une vie moins boueuse que ce qu'on a tendance à voir comme représentation nous on est très baignés par les images des films depuis les années 70 il y a eu un engouement cinématographique pour le Moyen-Âge qui l'enferme, qui le contraint qui le tord Et c'était plaisant, ça, de voir une forme de flamboyance, et puis surtout le ferment de notre monde d'aujourd'hui. Il y a bataille chez les médiévistes, il y en a beaucoup qui pensent que les germes du capitalisme sont nés, ont été semés au Moyen-Âge, à la fin du Moyen-Âge, que la justice, on hérite d'une justice qui est née au Moyen-Âge. Donc c'est une période évidemment, éminemment... fertile pour notre civilisation et qui était passionnante. Mais ça, je l'ai découvert au fur et à mesure. Je ne suis pas... Ce n'était pas gagné.
- Speaker #1
Ça avait été accroché par Game of Thrones. Et Game of Thrones aussi.
- Speaker #2
Oui, bien sûr. Donc, des filtres. Oui,
- Speaker #1
il y avait des filtres.
- Speaker #2
J'ai appris un mot. Je ne savais pas que ça existait. Mais tous ces récits qui... On parle du Moyen-Âge, mais sans être des récits médiévistes, on appelle ça des récits médiévalistes. Donc visiblement, je me suis adonnée à un récit médiévaliste.
- Speaker #1
Pour votre plus grand plaisir, et le nôtre, je pense, puisque c'est vraiment... Effectivement, ça nous embarque, ça nous sort de tous nos repères. C'est assez... Au départ, je ne sais pas, moi, mon expérience de lecture, c'est que j'ai pris le livre en rentrant un soir du travail, très fatiguée. Avec des livres plein les yeux. Et je l'ai ouvert dans mes trous. J'ai fait ok. Et j'ai pu reposer le livre en fait. Parce que ce contexte, cet autre univers, cet autre temps était tellement séduisant. Enfin vous l'avez rendu assez séduisant. Et aussi ce prologue, enfin cet incipit qui est super fort. Je me demandais si vous accepteriez de le lire. Parce que vous préférez que je le lise moi. Pour vous donner une idée de... Je ne sais pas, qu'est-ce que vous préférez ?
- Speaker #2
Ça ne se dit pas. Non, mais je ne sais pas.
- Speaker #1
Votre texte ?
- Speaker #2
Je peux le lire.
- Speaker #1
Non, je vais le lire.
- Speaker #2
Attention, ça va saigner. Je fais toujours cette blague, pardon. Ça devient un peu récurrent. Pour ceux qui ne l'ont pas lu, ça commence par un parricide. Le sac brinque-balle contre le flanc du cheval. La jeune fille goûte le corps à corps avec la bête, ses cuisses et son sexe collés au mouvement de l'animal, cadence régulière, heure des sabots cherchant appui entre les pierres. La cavalière goûte au branle du sac contre l'abdomen de l'aleusant, la tête empaquetée dans le baluchon roulant d'avant en arrière, prisonnière du chambre. De temps à autre, à la faveur d'un emballement, le barda cogne son mollet. Alors la vengeresse sourit. Il lui semble qu'Hugon de Burre lui baise la jambe, la suppliant depuis ses ténèbres de ne pas aller plus loin. N'écoutant que son dessin, l'adolescente franchit ruisseaux efforés, cap sur Burre, la tête d'Hugon solidement arrimée au flanc de sa monture. Pas un jour ne s'est passé sans qu'elle se remémore l'instant où, voilà une semaine, elle a fait face au Seigneur dans le fracas des armes. D'abord ils ont été cent, puis dix, les autres fauchés, embrochés, éventrés ou garotés par des adversaires. peu enclin à se faire catéchiser. Au seuil de la rédition, elle s'est trouvée aux côtés de son maître. Il l'a fixée avec l'expression de qui s'amarre un visage ami en plein chaos. Son fidèle écuyer, sa lanterne. La jeune fille a relevé sa tignasse, exhibé la tâche rouge à sa nuque, enfin arraché son plastron. Deux cerises jolies au milieu de l'albâtre. Trogne, ahurie du vieux. Dessin, chez un garçon, elle a ri. Joie féroce du faible qui berne le fort, hurler qu'elle n'était pas dame l'eau mais damoiselle. Après quoi, elle a brandi les stocks, annoncé qu'il était temps de laver les crimes, temps de payer. Hugon mourrait du sang de son sang. Et d'une main ferme, elle lui a sectionné la carotide. L'ennemi assistait à la scène, éberluée. Cette oiselée avait oxy Hugon le terrible. Elle a profité de la cohue pour empoigner les cheveux du seigneur, clamer « La forêt vous a vengé, Aïda, Guillaume et la Noire Aude » . La forêt a vengé notre sang, Joseph, Gala et Mangeciel, et dans la seconde a définitivement tranché la gorge du bonhomme, sauté sur son coursier et galopé, emportant son trophée sous le regard médusé des troupes. Elle s'appelle Mew, elle n'est pas l'écuyer du gondobur, elle est son bourreau, sa petite fille.
- Speaker #1
Voilà, je sais que vous n'avez pas envie de lire la suite. Je ne sais pas quoi faire. C'est... Avec ces quelques lignes, aussi quand même la présentation rapide de l'introduction d'une galerie de personnages qui est assez fabuleuse parce qu'ils ont vraiment chacun leur histoire, chacun leur identité. Voilà, Galak, Clarisse, Hugon, Guillaume, Codore. Ils ont tous des noms, vraiment des visages.
- Speaker #2
Ils ont des visages. Parce que moi, ils n'ont pas de visages. Les personnages, je ne les vois pas. Guillaume Codore est très beau. Guillaume est très beau ? Pietro est très beau.
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #2
on en verra après il y a des bas je veux savoir il y a des bas non mais c'est intéressant je ne l'imaginais pas si beau que ça Guillaume genre comme s'il existait il y a quelque chose qui le ok non non mais j'imagine sérieux oui un austère dans son
- Speaker #1
visage complètement et c'est vrai qu'ils ont comme ça le livre est pourtant ne fait pas 600 pages mais pourtant ils ont vraiment chacun leur ligne de vie et je me demandais d'où est-ce qu'ils venaient. Est-ce qu'ils étaient venus comme le récit, de manière imprévue ? Est-ce que vous aviez un préféré ? Moi, oui, clairement. Du coup, voilà, vous savez tous.
- Speaker #2
D'où viennent les personnages ? Ça reste quand même vraiment un sacré mystère. Moi, je ne sais jamais trop d'où ils viennent, ce qu'ils sont, comment ils continuent à habiter. Même les personnages des histoires que je lis. C'est grave. Umberto Eco pose cette question que je trouve très belle. Il dit, mais où vivent les personnages de romans ? Puisque quand on en parle, ils existent. Si je vous dis Madame Bovary, si je vous dis Le Petit Chaperon Rouge, ils existent bien dans un lieu qui nous est commun, en tout cas, puisqu'on en parle et qu'on peut partager. Donc il y a un endroit où on se rend compte, peut-être qu'ils discutent tous les personnages de romans. Peut-être que c'est une librairie. Je ne sais pas trop comment ça arrive. En tout cas, c'est par la rêvasserie, c'est par la vacance de l'esprit, par le fait de rien faire. Et quand je suis saisie soit par un tipit, comme c'est le cas qui m'avait lancée dans cette histoire, qui m'avait jetée dans cette histoire, vraiment c'est plutôt ça. Mais d'habitude, ce n'est pas trop comme ça que ça se passe. Ça se passe plutôt par un désir de lieu. Il y a un désir de lieu qui m'empoigne, et puis je m'installe dans... un imaginaire, un climat, une atmosphère, des reliefs qui se dessinent petit à petit. Juste parce que j'aime voyager imaginairement dans ce lieu. J'imagine ce qu'on peut y manger, quels sont les animaux qui peuvent pourrir, des trucs comme ça. Et à ce moment-là, en général, quand le lieu est suffisamment fertile et qu'il est suffisamment limonneux, Il fait émerger des personnages. Des personnages qui sont empreints de ce lieu et qui sont patinés de tout ce qui le constitue, ce lieu. Et donc, c'est souvent l'échange entre un espace et une géographie et des corps. Et ils apparaissent avant tout comme des corps. Et j'apprends... et moi ce que je... dit souvent, et ce qui me semble le plus juste pour parler de mon rapport à ces personnages, c'est que je les guette, je ne les connais pas plus que ça, je n'arrive pas à me glisser dans leur psyché, j'arrive à me glisser sous leur peau. J'ai un échange respiratoire, un truc un peu avec eux, et je me vois bien comme Vincent Mugnet dans la Panthère des Neiges, à l'affût, je me planque, et j'essaye de les voir agir à mon insu. et de ne pas les forcer. Parce que si j'en sais trop ou s'ils sont trop le fruit d'un désir que je plaque sur eux, j'ai l'impression que je les stérilise, qu'ils n'existent plus vraiment comme des entités à part entière. Mon boulot, c'est de me forcer à ne pas contraindre les personnages et à écouter l'histoire qui se raconte, qui se tisse au fur et à mesure à mon oreille à force d'y penser, à force de... de la désirer, c'est vraiment une histoire de désir, et je les désire vraiment, je désire qu'ils existent, tous, et à part entière, et j'aime m'entourer d'eux, et c'est des sortes de colocataires, pendant tout le temps de l'écriture, et puis au-delà, quand j'en parle, et peut-être même plus quand j'en parle, finalement, que quand j'écris, parce que quand j'écris, ils changent de visage, ils peuvent, à un moment donné, avoir cet état-là, puis je change de... Je me dis, non, mais si ça c'est pas très juste, c'est pas très cohérent, ou vraisemblable. J'en fais autre chose. C'est une patte assez modelable au moment de l'écriture. C'est une fois que le livre est fini qu'ils existent pleinement pour moi et qu'on m'en parle. Parce que souvent, quand j'écris, je me dis qu'ils n'existent pas vraiment. J'ai conscience quand même que je les fabrique. Donc c'est des êtres de papier. Après, non, ils prennent une sorte d'existence propre, comme si c'était des organismes. Puis de temps en temps, ils signalent à moi, comme s'ils étaient là. Quand j'ai peur, par exemple, dans des remises de prix ou des choses comme ça, j'ai l'impression qu'ils sont là avec moi et que je ne suis pas toute seule dans les trucs.
- Speaker #1
C'est curieux que vous parliez du lieu avant, parce qu'effectivement, en préparant mes questions, j'avais ces deux thématiques. Deux thématiques qui se côtoyaient, je ne savais pas laquelle aborde un premier, puisque je m'interrogeais justement sur ces lieux, qui aussi ont une identité très marquée dans ce récit. Il y a Burr et son château, et ses faubourgs, qui est vraiment le siège du personnage d'Hugon, donc seigneur tyrannique par excellence, qui accède au titre de... de souverain à la mort de son père, qui jusque-là, lui, essayait d'être un souverain à peu près juste, à peu près. Et un peu en opposition, il y a la forêt de Bénézan, qui est une zone, presque une forêt maudite, pour les gens qui y sont extérieurs. Il y a le monastère des Crocs, qui est, lui, qu'on imagine un peu perché. Il y a le château de l'Argentière, il y a Pierre Grosse. Déjà, il y a vraiment des sonorités qui sont très évocatrices. Et il y a... Comment... À propos du personnage d'Ephraim, il y a en fait trois enfants. En fait, j'ai vraiment trop peur de vous révéler des choses. C'est terrible !
- Speaker #2
On peut quand même dire... Au tout début, on peut vous dévoiler les 30 premières. page ou vous nous en voulez beaucoup ?
- Speaker #1
Il y en a plus que deux. C'est difficile.
- Speaker #2
C'est difficile.
- Speaker #1
Mais il y a trois enfants.
- Speaker #2
On peut dire qu'il y a des triplés séparés à la naissance.
- Speaker #1
Voilà. Début d'une bonne comédie. Et l'un des enfants vit à Bure, au château. Un autre dans cette forêt. Et un troisième dans ce monastère, donc Ephraim. Il sort de ce monastère et il y a cette phrase où « Dans son esprit, les murs de Priéret ont triplé de volume et ils mesurent leur épaisseur avec une acuité nouvelle. La densité des moellons, l'isolement du cloître sont un refuge. Néanmoins, ils le coupent aussi du monde. » Et la forêt de Bénévent, elle a aussi cette capacité de protéger et en même temps d'isoler. presque par magie et donc question très large c'est vivre avec,
- Speaker #2
sans ou contre les hommes en fait on a l'impression que tous les personnages sont dans cette hésitation c'est rigolo parce que en écoutant ce que vous disiez les passages que vous citez je me suis dit mais je parle de moi mon rapport aux hommes donc oui évidemment ça est pertinent la question j'ai grandi dans les Hautes-Alpes Euh... dans une petite vallée qui s'appelle la vallée du Buèche. Les lieux que j'évoque sont des lieux qui existent réellement. Bur, c'est un pic, c'est le pic de Bur, mais il n'y a pas de château là-bas. J'ai mélangé toute la géographie des Hautes-Alpes un peu en m'inspirant de mon maître, du boss Giono, qui faisait habilement ça. Et j'habite de nouveau dans les Hautes-Alpes, au milieu des arbres, à hauteur d'oiseaux, dans une maison pas surpilotie, mais on dirait. Et je me pose toujours cette question. Je dirais qu'il y a l'aller-retour nécessaire, c'est un peu comme Don Quichotte ou Borges, entre la bibliothèque et le monde. J'ai besoin de moments de refuge et de repli loin du monde, et à l'abri de la littérature et des arbres. qui sont faits des mêmes cellules, des mêmes atomes d'ailleurs, de la cellulose. Et en même temps, j'ai besoin d'aller vers le monde. Une fois que la bibliothèque m'a remplie, d'aller chercher ce que j'ai trouvé dans la bibliothèque vers le monde. Et je crois que j'ai prêté beaucoup de mes questionnements sur ce que c'est qu'un lieu qui peut être un lieu refuge, mais devenir un lieu prison. C'est quelque chose autour de quoi j'ai beaucoup tourné dans le roman Le Sanctuaire. C'est des questions que je n'épuise pas. C'est des questions qui ne se résolvent pas et qui restent très ouvertes, mais qui me tarodent énormément. Et donc, je prête volontiers quelques-unes de mes névroses à mes personnages. Je délègue.
- Speaker #1
C'est en même temps un monde qui est effectivement très cruel, très dur dans ce récit.
- Speaker #2
Comme le nôtre. Voilà. Franchement, je crois que nous, le roman, on n'a rien à envier.
- Speaker #1
Non, je dis presque parfois, c'était bien à l'époque. Franchement,
- Speaker #2
quand on... Non, vraiment, là, il n'y a pas de...
- Speaker #1
Et on sent qu'effectivement, il y a cette tentation de se protéger, de se replier. Et c'est vrai qu'il y a aussi des grandes thématiques qui traversent le livre. Et je pensais notamment, moi, celle qui m'a intriguée peut-être le plus, sans limiter à ça, bien sûr, ce serait celle de la foi et de la justice. Et il y a donc plusieurs personnages qui incarnent cette... Tiens comme ça. incarne la foi, qui incarne la religion catholique. Guillaume Pietro, un personnage qui s'appelle Esprit Favre.
- Speaker #2
C'est lui mon préféré. Pour répondre à la question qui a été posée.
- Speaker #1
Et ils sont... Pourquoi est-ce qu'ils étaient animés de tant de questionnements par rapport justement à leur propre foi ? Parce qu'ils auraient pu incarner quelque chose de... d'inamovibles comme ça. Et au contraire, on les voit vraiment s'interroger énormément là-dessus.
- Speaker #2
Alors ça, ça vient aussi de l'envie au départ du roman. La racine du roman, il y avait l'envie de... Comme je voulais tracer un geste qui partait de la racine de notre civilisation,
- Speaker #1
des débuts de la justice,
- Speaker #2
des origines du capitalisme et de tout ce qui... J'avais aussi envie de... de revenir aux origines de l'athéisme. Et j'avais envie d'en faire des premiers athées, de ces personnages-là. Et puis en cours d'écriture, je me suis rendue compte que ça ne collait pas, ça ne marchait pas. Et ils pouvaient de toute manière torpiller quelque chose du dogme de l'intérieur de l'Église. Et ce qui m'intéressait, c'est que les hommes qui ont remis en question l'Église, la plupart du temps, ils étaient à l'intérieur de l'Église. parce que c'était eux qui étudiaient, qui avaient accès au savoir, qui avaient accès à la lecture, à la pensée critique. Et de fait, ils sont emprunts de leur époque, d'une société qui est entièrement catholique. Et pour autant, ils sentent bien de manière animale qu'il y a quelque chose qui n'est pas complètement juste. dans le dogme. Et ils cherchent des brèches, des manières d'être et ils cherchent des manières d'être nouvelles, plus douces, plus douces pour tout le monde, pour eux, pour leur propre foi, et puis pour les autres. Et ils tâtonnent. Et je crois que là, je leur ai prêté beaucoup aussi de mes tâtonnements personnels. Moi, j'aime bien la phrase de Desproges qui dit « La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute. » Et il me semble qu'on est à un moment charnière, nous, dans la société, où on aurait à imaginer d'autres manières d'être, d'autres imaginaires, d'autres chemins de pensée et d'être au monde. Moi, je suis assez... Alors là, en disant ça comme ça, je me rends compte que c'est comme si je faisais un geste d'édification quand j'écris, alors que ce n'est pas du tout le cas. Je raconte une histoire, mais c'est en cours de route. Je comprends que j'explore des questionnements qui sont vifs politiques pour moi au moment où j'écris. Et parmi ces questionnements-là, moi, qui sont très vivaces en ce moment, il y a l'idée que mon écriture ne soit pas coloniale. C'est un truc qui me préoccupe beaucoup. Je ne sais pas trop comment faire. Je n'ai pas encore trouvé de solution, mais le fait, par exemple, tout à l'heure, vous disiez qu'il y avait plein de personnages, ça faisait partie un petit peu d'intuition, certainement, que j'ai, et qui petit à petit se formalise. Ou un roman où il y a un héros, déjà, la plupart du temps, c'est un héros masculin, depuis la nuit des temps, le héros, c'est le personnage principal. Ça, ça me semble caduque. Ça ne m'intéresse plus, en fait, d'écrire des romans. Pendant un moment, j'ai plutôt poursuivi des héroïnes. mais ça ne me suffit plus non plus d'ériger une figure comme une figure de proue et j'aime bien l'idée du collectif d'un roman, d'un récit collectif et de voir quels sont les équilibres qu'on peut ménager
- Speaker #0
Mais je me suis éloignée de la question. Non,
- Speaker #1
c'était ces personnages... Oui, sur la foi. Des personnages d'hommes de religion, en fait, qui étaient traversés par beaucoup de questionnants, beaucoup de rébellions aussi.
- Speaker #0
J'ai toujours beaucoup de désirs pour la subversion. C'est quelque chose qui m'intéresse, la transgression, transgresser même la marge, se situer à la marge, à la tangente. Et eux, ils se situent à la tangente de... Le prioré, il est intéressant comme lieu géographique parce qu'il est entre le château, qui est le lieu pour moi qui a symbolisé la civilisation, et tous ces... Je vais utiliser un terme très religieux, alors que c'est pas du tout le messevis. Et la forêt, qui est le sauvage, et qui sauve, en quelque sorte. Et le prioré, entre les deux, il hésite. Il y a des murs, mais à l'intérieur de ces murs, on essaye de... Je les ai presque dessinés comme des anards du Moyen-Âge qui tentent d'autres modes, de vivre en autosuffisance, de se réconcilier avec le grand tout, avec de ne pas... En tout cas, Guillaume et Pietro, de ne pas faire de hiérarchie entre les espèces, les hommes. Enfin, voilà. Donc, je leur ai prêté des... des pensées très modernes, très contemporaines qui sont à l'œuvre dans les sciences sociales, les sciences humaines aujourd'hui et qui moi m'intéressent et bon voilà le Moyen-Âge a aussi servi de miroir à notre propre questionnement et tâtonnement il y a effectivement on
- Speaker #1
sent progressivement qu'il y a aussi cette question de justice divine vous avez parlé Il dit le mot justice très tôt. Il y a dans ce texte, à nouveau des personnages cette fois de bourreaux, il y a plusieurs scènes d'exécution. Il y a les questions de la torture, de l'ordalie même, ce qui est quand même absolument... Toujours du mal à imaginer ces choses-là, de se dire on va jeter quelqu'un à l'eau, si ce noyau c'est qu'il est innocent, si il survit c'est qu'il est coupable, on ne saura pas trop la réponse.
- Speaker #0
La meilleure manière de... D'évoquer l'ordalie, c'est quand même la vie de Brian, les Monty Python. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette scène avec la sorcière qui a un gros nez comme ça, et puis il la lance dans l'eau. Il y a tout un truc, c'est complètement absurde en fait, cette ordalie. Et il y a quelque chose, personnellement, je suis née dans une famille très anticléricale, mais avec un socle religieux assez proche finalement. On remonte deux générations avant l'anticléricalisme. Et il y a des croyants qui croyaient dur comme fer. Donc, je sens bien qu'il y a un refoulé familial et personnel et je me situe tout contre la religion. Et qu'il y a des appels, à un certain moment donné, un peu spirituels, mais avec lesquels je me suis dépatouillée pour rester athée, en ayant une sorte de vision présocratique. du monde avec des échanges d'atomes. Les corps vivent, meurent, et les atomes circulent. Entre la physique très contemporaine et les présocratiques, ça me console un peu de la mort. Ces personnages-là m'ont aidée à me questionner sur la foi, sur ce que c'est. refuser aussi des règles. Il y avait beaucoup la question de la règle.
- Speaker #1
Et de la... Ce qui est juste ou ce qui ne l'est pas. Il y a un personnage d'Aïda qui passe et qui a un impact énorme sur le récit. Je ne le dirai pas plus. Mais qui dit à Rennes « Avant toi, il y a eu des fautes. Avec toi, il y en aura. » il faudra réparer et évidemment c'est une question de vengeance, c'est une histoire de vengeance aussi et donc est-ce que se venger, est-ce que c'est se faire justice j'ai des grandes questions comme ça,
- Speaker #0
j'aime bien moi quand j'ai commencé à écrire, c'est le passage que je vous ai lu c'est une jeune fille qui décapite son grand-père C'est un geste d'une violence inouïe avec lequel il fallait que je me dépatouille. Et il fallait que j'arrive à retomber sur mes pattes que ce geste-là, qui est un geste que je désapprouve moralement, même personnellement. que j'arrive à en faire un geste de justice. Et tout le chemin de crête du roman était d'arriver à comprendre pourquoi cette jeune fille pouvait et devait assassiner cet homme-là. Et que ce geste-là devienne un geste, non pas de vindicte, mais un geste d'espoir et de justice. Et je me posais énormément de questions sur la justice au moment donné où ce texte a surgi. On voit bien, ça bouge autour de la justice, elle est en danger, elle est imparfaite aussi, il y a plein de choses à revoir, à réformer, et en même temps je sentais des mouvements, on sait bien que le fascisme se nourrit d'arbitraires, et qu'il y a des attaques de cette institution si précieuse, de la justice, des attaques sourdes, et je sentais des... des sortes d'archaïsme qui remontaient dans la société sur des trucs tout bêtes mais sur les réseaux sociaux. Quand on fréquente un peu les réseaux sociaux, il y a quelque chose de l'ordre de pulsions morbides et de lynchages qui se jouent, qui sont... Moi, qui m'effraient totalement, qui m'effarent et je me dis on est à un cheveu de point de bascule dans quelque chose qui me terrorise et pour autant... la question de la violence nécessaire pour que les choses changent, elle me préoccupe aussi beaucoup. Je me demande, est-ce qu'il est possible de faire une révolution propre ? Est-ce que c'est possible de faire une révolution sans sang ? Est-ce que c'est possible ? Je m'accompagne de textes pour essayer de comprendre. Il y a un texte de Nicolas Framont, je ne sais pas si vous connaissez, qui s'appelle Saint Luigi, qui est sorti dernièrement et qui est vachement intéressant à ce sujet. qui retrace le parcours de Luigi Mangione qui a assassiné un des maniades des assurances aux Etats-Unis et qui est ces systèmes d'assurance où les gens meurent à petit feu parce que faute d'être bien assurés ou par des clauses qui les empêchent de récupérer de l'argent et qu'ils ne peuvent pas se soigner correctement pour moi, ça incarne toute la violence invisible du capitalisme et face à cette violence invisible quelles sont nos armes et quelle est la légitimité et quelle légitimité on a à... à commettre des actes peut-être de violence pour renverser cet ordre-là injuste. Et tout ça était en ébullition dans mon esprit et je ne trouvais pas de solution. Et moi, quand je ne trouve pas de solution, ni en lisant, ni en discutant avec les amis, ni en me plongeant dans les sciences sociales, j'écris. C'est le seul exutoire possible et c'est peut-être pour ça qu'il y a cette sensation de grande violence qui habite le texte. Proué, à mon sens, mais ça n'engage que moi et peut-être que l'expérience du lecteur est différente. Moi, j'ai vraiment l'impression d'avoir injecté aussi beaucoup d'espoir dans cette violence-là et d'avoir essayé de contrebalancer ça par des moments cabanes, des personnages cabanes. D'ailleurs, au début, j'ai mis une phrase d'Apollinaire, des poèmes à loups, qui pour moi ramassent tout. Tout le geste d'écriture qui est une sorte de bougie dans l'obscurité, dans le noir le plus atroce de ce qu'on peut vivre aujourd'hui. Et Apollinaire dit « Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur au fond de la forêt. » Et je trouve que cette phrase, elle dit bien que peut-être, quand même, j'ai fait des enfants, je veux dire, à ce moment-là, on est obligé de... de marcher sur cette ligne de crête. La phrase, j'essaie de répondre, c'est une excellente question. C'est une question d'écriture poétique que vous posez. Et vous pointez du doigt une chose, c'est que j'écris beaucoup à l'oreille. Ça, c'est certain. Et que j'écris de la prose poétique. Et le fragment joue quand même le rôle aussi de respiration poétique dans le... dans l'économie générale du texte, ça c'est certain, le mot arrive certainement par synesthésie. C'est-à-dire à la fois par le son, mais aussi par la couleur qu'il peut avoir. Visiblement, quand on parle de synesthésie, il y a des gens qui comprennent bien parce qu'il y a 20% de la population qui fonctionne comme ça. Et quand on en parle pour les... Les 83%, c'est complètement extraterrestre. La synesthésie étant le fait d'associer des sens entre eux, de donner une couleur à une lettre, une saveur à une note de musique, ou des choses comme ça. Moi, je ne fonctionne que comme ça et j'écris énormément. en m'appuyant sur ces associations de sens. Et les mots ont une texture, ils ont une couleur, ils ont un goût. Et c'est comme ça qu'ils arrivent souvent dans la phrase. Mais après, dans un deuxième temps, et souvent c'est en travaillant avec mes éditeurs, aussi bien Marc que Valérie, qui travaillent sur les textes, on bosse sur le sens aussi. Ils me questionnent beaucoup sur la justesse d'un mot et la précision. L'idée, c'est de... En fait, je rêverais peut-être, je crois, et je l'ai dit hier soir, et ça m'est apparu hier soir dans une librairie à Romance sur Isère, que je crois que je préfère les mots à la syntaxe. Je préfère vraiment les mots à la phrase. Et ça vient peut-être de l'écriture poétique, ça. Et que je rêverais d'un roman qui se libère de la syntaxe. Pourtant, j'en joue beaucoup. Mais ça m'énerve. Je m'énerve quand je me vois écrire. et que je me vois faire des effets de manche. Je m'agace. Ce n'est pas quelque chose qui me plaît chez moi. Et j'aimerais de plus en plus aller vers une épure et juste une sorte de... Comme quand on mange et qu'il y a juste la saveur d'un poisson extrêmement bien cuit, à la perfection, il y a des mots, parfois, qui se suffisent à eux-mêmes. Et notamment, éliminer peut-être parfois les verbes qui sont très fonctionnels. Le nom. Plus ça va, plus j'aime les noms. Et moins j'aime les adjectifs. Les adjectifs, ils me... Mais j'en ai beaucoup trop. J'ai relu hier quelques passages devant des lecteurs et je me suis dit c'est gras. Mais si, parce que l'adjectif c'est une preuve de manque de confiance. Je ne sais pas si c'est comme ça que je le vois. Mais de manque de confiance dans l'intelligence du lecteur. avec un seul nom, normalement, il doit être capable de déployer. Le nom a une puissance d'évocation, et c'est un concentré de sens, et il a une étrave. Il y a son étymologie qui est derrière, et qui l'habite, et puis il ouvre des horizons, il déplie des horizons, et donc ça devrait... Enfin voilà, je pense que je vais aller vers des phrases... Mais je dis ça, et en même temps, j'écris un roman qui ne va pas du tout vers les pures, mais parce que sa règle du jeu l'exige. Il y a des écritures que je trouve conquérantes, qui viennent planter une sorte de drapeau dans une histoire, montrer qu'on domine les personnages qui sont sous notre coupe et qu'on va pouvoir en faire des marionnettes en quelque sorte. Et dans mon rapport, déjà, mais il y a plusieurs facettes à cette question de décolonisation. décoloniser la langue. Donc il y a ça. Moi, mon rapport au personnage, j'aime les sentir libres d'être ce qu'ils sont et ne pas les contraindre. C'est très important pour moi, pour maintenir le désir vivace. Et après, dans le récit, il y a d'autres... C'est plus vaste comme question. C'est comment on intègre des syntaxes qui font pas de hiérarchie entre les espèces. décoloniales au sens large. C'est assez intersectionnel, en fait, toute cette question. Il y a la question du féminisme qui rencontre aussi la question décoloniale, qui rencontre la question de l'écriture. Et c'est vrai que plus ça va, plus je me pose des questions comme ça, quand j'écris. Ce qui était moins le cas, j'écrivais plus à l'instinct. Et ce qui m'a peut-être parfois amenée à avoir des passages que j'écrirais autrement aujourd'hui. Et ça rejoint l'étymologie assez douteuse du mot auteur, qui n'est pas complètement attesté, mais il semblerait que ça vienne d'autoritas. Mauvais signe. Je me situais plus dans un cadre de réflexion politique anarchiste, sur une autorité plus collective. Mais c'est une vraie question aussi dans la famille, sur la question parentale, dans la relation avec les enfants, avec les éducateurs. C'est des questions qui me traversent, qui sont importantes pour moi. Mais ceci dit, je suis prof à côté de ça, moi aussi. Et je crois que je suis une prof assez autoritaire.
- Speaker #2
Donc aimante.
- Speaker #0
Oui, mais je comprends tout à fait ce que vous dites, le lien que vous faites entre autorité et amour.
- Speaker #2
Je fais bien la différence avec l'autorité.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. J'entends parfaitement ce que... Je n'ai pas les mots pour conceptualiser la chose de manière plus intéressante, mais je pense qu'il y a quelque chose... Je ne sais pas si le terme autorité est le plus adéquat. Certainement qu'il y a autre chose. Je pense à Brassens. Je pense que Brassens aurait un mot juste... C'est sûr. À cet endroit-là, il serait... Qu'il y avait quelque chose de l'ordre de l'autorité et en même temps quelque chose de très... Et Guillaume, je le voyais un peu comme Brassens.
- Speaker #1
Ok !
- Speaker #0
C'est pour revenir au même moment.
- Speaker #1
La pipe en moins.
- Speaker #0
La pipe en moins, oui. Et moins masculin que Brassens.
- Speaker #1
Mille merci d'avoir pris ce temps de venir.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
Merci beaucoup d'être là pour votre écoute.
- Speaker #3
Merci d'avoir passé ce moment avec nous à l'écoute de l'Echo des libraires. L'Echo des libraires est un podcast proposé par l'association Paris Librairie. Paris Librairie regroupe plus de 200 librairies à Paris et en Ile-de-France. Retrouvez l'agenda des rencontres animées toute l'année par les libraires du réseau sur le site parislibrairie.fr. Paris Librairie en un seul mot, sans tiret et avec un S à librairie. Vous êtes à la recherche d'un livre ? Trouvez-le, géolocalisez-le et réservez-le dans une librairie près de chez vous. Pour ce faire, rendez-vous toujours à la même adresse sur le site parislibrairie.fr. Merci et belle lecture !