- Speaker #0
L'écho des libraires
- Speaker #1
Bienvenue dans l'écho des libraires, un podcast proposé par Paris Librairie, un réseau de plus de 200 librairies en Ile-de-France, à retrouver sur le site parislibrairie.fr. Le 7 mai 2026 à 19h, la librairie Le Divan, située 203 rue de la Convention à Paris, dans le 15e arrondissement, accueillait l'autrice Laetitia Colombani à l'occasion de la parution de son formidable roman Un jour sans femme. Ce livre est publié par les éditions de l'Iconoclast. Son éditrice, Juliette Jost, était présente lors de cette toute première rencontre avec le public. Le livre et la discussion sont inspirés par la grève des Islandaises d'octobre 1975. Une grève suivie par 90% des femmes du pays. La rencontre est animée par Valérie. Je vous laisse tout de suite en leur excellente compagnie. Bonne écoute !
- Speaker #0
Je suis ravie de vous recevoir, Laetitia Colombani. Comme je le disais, c'est la première fois que vous venez au Divan et c'est vraiment un plaisir et un grand bonheur de vous recevoir. Tout le monde vous connaît, mais je vais quand même vous présenter un petit peu. Vous avez fait des études de cinéma avant de devenir écrivaine. Vous avez réalisé des films aussi. Vous avez été comédienne aussi, je crois. Vous avez tout un parcours. Et un jour, vous avez décidé de vous lancer dans l'écriture. C'était la... pour la tresse. J'ai envie de vous demander qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l'écriture ? Est-ce que ça vous a paru plus parlant en livre qu'en film ? Vous auriez pu faire de cette histoire un film directement en fait ?
- Laetitia Colombani
Oui, alors c'est vrai que j'ai commencé mon parcours plutôt par une école de cinéma et donc l'écriture a toujours fait partie de ma vie depuis l'enfance, mais j'écrivais des poèmes, des nouvelles quand j'étais jeune et puis Ensuite, naturellement, je me suis mise à travailler sur des scénarios, donc sur l'écriture de scénarios. À un moment donné, j'ai eu envie d'une autre expérience. Disons que je trouvais d'une part qu'il y avait beaucoup de contraintes quand on écrivait un scénario. Des contraintes de budget, des contraintes de production. Il fallait que ça plaise à tel acteur, que ce soit réalisable, pas trop cher, etc. Il y avait aussi, oui, toutes les contraintes techniques. et puis J'arrivais à un moment de ma vie où je crois que j'avais envie d'autre chose. Je me sentais un peu essoufflée dans mes projets de cinéma que je trouvais très compliqués, très lourds à porter, très lourds à monter. Et je me suis dit pourquoi je n'écrirais pas finalement un roman en prenant une année sabbatique. L'année de mes 40 ans, je me suis dit je prends une année pour moi et j'essaye d'écrire quelque chose peut-être de plus personnel, en tout cas un projet qui me tienne à cœur, sans tenir compte de savoir est-ce que c'est réalisable ou pas, est-ce que c'est cher ou pas. Et j'aimerais arriver au bout d'un projet et pouvoir trouver une maison d'édition. Je suis partie dans cette idée-là, d'explorer un autre terrain de jeu. Et c'est là que j'ai pris une année pour travailler sur ce qui est devenu La Tresse.
- Speaker #0
Depuis l'adaptation de La Tresse, je crois que vous vous êtes consacrée presque exclusivement à l'écriture. je crois que c'est devenu un moyen de vous exprimer qui vous comble davantage.
- Laetitia Colombani
Oui, j'ai vraiment découvert, tout en écrivant La Tresse, j'ai vraiment découvert une liberté que je n'avais pas au cinéma. Je me suis sentie, oui, très libre. J'avais plein d'idées qui venaient. Je me souviens, au moment de l'écriture de ce roman, je m'étais dit, j'espère trouver une maison d'édition parce que j'espère avoir la possibilité d'écrire d'autres livres. L'exercice m'a énormément plu. Oui, je me suis sentie libérée. Et je pense d'ailleurs que c'est par rapport à mes films précédents, je pense que La Tresse est un récit qui est beaucoup plus intimiste et plus personnel, qui me ressemble davantage peut-être que ce que j'avais fait auparavant. Et voilà, j'ai eu la chance de rencontrer Juliette, Juliette Jost. qui travaillait à l'époque chez Grasset et qui a accepté de lire mon manuscrit et qui m'a donné la chance d'être publiée.
- Speaker #0
Je remercie, parce que je ne l'ai pas encore fait, les éditions de l'Iconoclast qui nous ont aidé à organiser cette soirée et à vous faire venir ce soir pour le lancement de ce livre. On va maintenant parler de ce dernier livre, Un jour sans femme. Ce livre raconte l'histoire de quatre femmes. à un moment de leur vie, dans quatre pays différents, au Japon, en Islande, au Salvador. Donc l'histoire de ces quatre femmes qui, à un moment donné, vivent une situation qui leur est insupportable. Et parmi ces quatre femmes, l'Islandaise se remémore que sa grand-mère lui avait raconté qu'un jour, elle avait organisé avec des amis... et fait naître un mouvement de grève des femmes. C'était dans les années 75, je crois, là-bas. Et c'est un mouvement qui avait énormément pris à cette époque-là. Donc voilà, il y a l'histoire de cette Islandaise. Et puis, va couver et va grandir un petit peu ce mouvement de faire revivre cette journée sans femme. J'aimerais savoir comment vous... Comment vous choisissez les pays dans lesquels vous situez vos livres, celui-là en particulier ? Est-ce que c'est venu de l'une d'elles et à partir de là vous avez choisi les trois autres ? Comment est-ce que ça vient ?
- Laetitia Colombani
En fait, vraiment le point de départ pour ce livre, c'était l'Islande. C'est effectivement quand j'ai découvert cette grande grève des Islandaises, d'octobre 1975. que j'ai eu envie de faire des recherches plus approfondies sur ce sujet. J'ignorais en fait tout à fait ce moment-là de l'histoire de l'Islande. C'est un moment historique en Islande qui est relaté dans tous les manuels scolaires islandais, mais dont finalement nous en France on a très peu connaissance. Et c'est vrai que c'est un mouvement qui a eu tellement de retentissement puisque 9 femmes sur 10 se sont mis en grève au travail et à la maison pendant toute une journée dans ce pays. Elles ont fait changer les lois depuis l'Islande est le champion de l'égalité. Et c'est vrai que j'ai trouvé ce fait très inspirant. Et j'ai eu envie d'imaginer une grève mondiale qui pourrait se propager aujourd'hui, à l'heure d'Internet et des réseaux, qui pourrait se propager sur différents continents. Donc j'avais envie de choisir des pays sur différents continents. Le Japon, ça faisait longtemps que j'avais envie de parler du Japon dans mes écrits. J'ai eu l'occasion de voyager au Japon. Mes livres sont traduits là-bas et j'ai souvent des échanges avec des journalistes. et notamment des femmes journalistes japonaises. Donc c'est une culture qui m'intéresse beaucoup parce que c'est une société vraiment à deux vitesses, je dirais une société très à la pointe sur le plan technique, technologique, etc. Extrêmement moderne et aussi une société extrêmement conservatrice sur le plan familial, sociétal. Donc j'avais très envie depuis longtemps de situer une histoire au Japon. Et puis j'ai cherché sur le continent africain, j'ai voyagé plusieurs fois au Sénégal. Il y avait des sujets que j'avais envie d'aborder. J'avais envie de parler des femmes africaines. J'avais envie de créer un personnage qui serait à cheval entre un pays d'Afrique de l'Ouest, en l'occurrence le Sénégal, et la France. Donc je suis partie au Sénégal, j'ai fait des recherches aussi plus approfondies. Et puis, oui, je me disais, je voudrais situer aussi une histoire en Amérique du Sud. Et là, en fait, c'est tout à fait en faisant quelques recherches sur... Sur les pays d'Amérique du Sud, moi j'avais déjà voyagé au Pérou, en Argentine, etc. Je savais que le sujet de l'avortement était un sujet très sensible là-bas et que les lois sur l'avortement étaient extrêmement dures en Amérique du Sud. Et là, je suis tombée sur un article qui parlait du Salvador et qui parlait des peines de prison, 30 à 50 ans d'emprisonnement pour des femmes qui ont avorté, des femmes qui ont fait des fausses couches. Parce qu'effectivement, la loi ne fait pas toujours de différence et la loi criminalise l'avortement de manière extrême. C'est une des lois les plus dures au monde en matière d'avortement. Je me suis dit qu'il y a actuellement des femmes qui sont sous les barreaux pour jusqu'à 40 ou 50 ans de prison. Moi, ça m'a complètement bouleversée en tant que femme, bien sûr. Et j'avais envie de placer une histoire au cœur d'un barrio du Salvador pour évoquer cette problématique de cette loi qui criminalise l'avortement là-bas. Et donc voilà comment j'ai choisi mes quatre territoires et ensuite il a fallu choisir les héroïnes, trouver exactement quelles héroïnes allaient porter ces voies, ces problématiques. Et à chaque fois j'ai toujours à cœur de donner vie à un personnage. Pour moi le personnage est réussi. Quand on a l'impression vraiment de la connaître, de connaître son quotidien, d'être proche d'elle. Donc ensuite, ça a été du travail aussi d'esquisser mes portraits de femmes.
- Speaker #0
Est-ce que c'est quelque chose tout au long de l'écriture, tout au long de l'histoire ? Ou est-ce que c'est quelque chose, est-ce que ces quatre personnes, ces quatre femmes, vous les aviez, vous aviez tous leurs portraits dès le départ ? Et est-ce qu'elles évoluent au fur et à mesure ?
- Laetitia Colombani
Oui, elles évoluent. Elles évoluent. Le personnage de Michiko, par exemple, au Japon, je me suis tout de suite dit, je veux parler du harcèlement des femmes enceintes au travail. Dans la société japonaise, c'est un fait de société qui est très répandu, je dirais malheureusement. Donc je veux que ce soit une jeune salariée qui est enceinte de son premier enfant. Michiko, elle s'est imposée tout de suite à moi. Un petit peu comme quand j'avais écrit la tresse, Smita, elle s'est imposée tout de suite. C'est la partie indienne que j'avais écrite le plus immédiatement, le plus facilement. Pourtant, c'était peut-être la plus loin de moi. Mais bizarrement, ce personnage de Smita s'était imposé à moi. Michiko, c'est la même chose. Elle s'est imposée tout de suite à moi. En revanche, j'ai mis beaucoup plus de temps. Je savais que l'Islande, je voulais que ce soit une étudiante dans la partie islandaise. Une étudiante qui serait l'héritière, en quelque sorte, de ce grand mouvement des femmes de 1975. Puisque sa grand-mère, elle-même, a participé à ce mouvement et était une des organisatrices de ce mouvement de grève des femmes. Katla aussi en Islande, rapidement j'ai trouvé qui elle était. En revanche, le processus a été plus long que ce soit dans la partie sénégalaise ou la partie salvadorienne. J'ai évolué, j'ai même complètement changé mes personnages en cours de route. Par exemple au Salvador, au départ l'héroïne elle avait 16 ans. C'était une jeune femme qui tombait enceinte. Il faut savoir qu'il n'y a pas de contraception au Salvador, très très très peu. Les jeunes n'ont pas du tout accès à la contraception et donc c'était une jeune femme qui tombait enceinte. Et quelque part, au cours de mes recherches, je suis tombée par hasard sur une interview d'une maman qui avait sa fille emprisonnée. Elle avait été condamnée à 30 ans de prison. Elle était sous les barreaux dans des conditions qu'on peut imaginer parfois jusqu'à 100 femmes par cellule, dans des conditions de précarité extrême où elles dorment par terre, où elles n'ont rien. Et d'un seul coup, cette interview, je me suis dit je vais totalement changer mon fusil d'épaule parce que moi je suis une maman, une maman d'une jeune fille de 15 ans. Alors là, je m'identifie complètement à cette femme et je me dis si j'étais au Salvador et ma fille tombe enceinte, elle a un petit ami, elle est amoureuse, elle tombe enceinte et elle est condamnée à 30 ans d'emprisonnement, qu'est-ce que je fais en fait ? Et là, j'ai décidé complètement de retravailler, de tout changer dans cette partie parce qu'il y avait une évidence pour moi et je crois que j'ai besoin de me sentir proche de mes personnages, j'ai besoin d'une manière ou d'une autre de pouvoir m'identifier à elles pour écrire en fait, pour écrire ce qui leur arrive. Et donc voilà comment je travaille. Et finalement, c'est vrai qu'au fil de mes recherches, c'est une matière en évolution qui évolue sans cesse, qui se modèle sans cesse. C'est comme de faire une poterie. Il y a des formes qui vont s'affiner au fur et à mesure du travail pour donner la structure finale.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on revienne un petit peu sur le destin de chacune et sur les soucis qu'elle rencontre. Donc on ne peut pas continuer à parler de Michiko, vous en avez parlé. Donc c'est une jeune femme qui travaille. qui a un travail intéressant, qu'elle aime, etc. Et à partir du moment où elle est enceinte, elle va avoir des soucis. En fait, la société japonaise n'accepte pas les femmes enceintes qui travaillent. À partir du moment où elles ont un enfant, il faut qu'elles se mettent un petit peu en retrait.
- Laetitia Colombani
Oui, complètement en retrait. Oui, c'est une société, c'est très difficile au Japon de cumuler... des enfants et un travail, c'est extrêmement mal vu. 7 Japonaises sur 10 démissionnent de façon définitive lors de leur première grossesse. Donc c'est vraiment quelque chose qui est très répandu. Et c'est très paradoxal aussi, puisque les études au Japon, on connaît, on a tous entendu parler de cette compétition dans les études. Les études sont très difficiles. Dès la maternelle, l'école primaire, il y a une forme de compétition. Il faut rentrer dans les meilleurs collèges, les meilleurs lycées, les meilleures universités. Les filles sont aussi soumises à cette très grande pression du système scolaire japonais. Quand elles arrivent au bout avec des diplômes, d'un seul coup, quand elles tombent enceintes, on leur demande de renoncer absolument à tout ça, à tous les efforts qu'elles ont fournis, de renoncer à leur poste. Je voulais raconter l'histoire d'une jeune femme qui ne veut pas renoncer, qui aime son travail. Elle travaille dans une multinationale du jouet. Elle aime son travail. Elle aime sa vie, elle aime son mari, elle a envie d'avoir un enfant. Et d'un seul coup, le jour où elle annonce qu'elle est enceinte à sa hiérarchie, eh bien, tout bascule. Et ça, là aussi, je me suis dit, c'est vraiment un personnage auquel, moi, je peux m'identifier. Moi, j'adore mon travail et j'adore ma famille, mon mari et ma fille. Et je ne peux pas imaginer renoncer à l'un pour l'autre. Donc, il m'a été très facile de m'identifier à Michiko. et de raconter ce parcours du combattant qu'elle va vivre, cette grossesse qui devrait être un moment de... d'épanouissement et qui va devenir une traversée du désert terrible et très solitaire aussi. Je ne dévoile pas mais elle n'en parle à personne et elle va vivre des choses très difficiles.
- Speaker #0
Elle a un frère qui est trop difficile vous le découvrez dans le livre, je ne veux pas tout refléter, mais qui est à un moment de sa vie où il est lui aussi dans une très seule et en fait le seul soutien qu'elle doit trouver c'est auprès de son frère Merci. Et ils vont partager un petit peu, en quelque sorte, leur solitude. Et elle lui parle et elle a l'impression qu'il n'y a que lui qui comprend, en fait.
- Laetitia Colombani
Oui, elle a un frère. Je voulais développer un lien privilégié avec son frère. Son frère est hikikomori. Il fait partie de ces Japonais qui ont choisi de vivre cloîtrés. C'est-à-dire, c'est un phénomène endémique au Japon. Il y a beaucoup de gens qui s'enferment, qui ne sortent plus de leur chambre ou de leur appartement. Son frère Tomoki... et n'a pas supporté la pression qu'il avait à Todai. C'est la plus grande université de Tokyo. Il était en dernière année. Et puis un soir, il est rentré chez lui, il n'a rien dit. Il s'est enfermé dans sa chambre et il n'en est plus ressorti. Ça fait trois ans qu'il ne sort pas de sa chambre. Et ça, c'est un phénomène aussi dont j'avais envie de parler parce qu'au Japon, c'est un phénomène en pleine expansion. Malheureusement, aujourd'hui, il y a plus d'un million de personnes qui vivent seules, enfermées. Et je voulais montrer comment... Michiko c'est la seule à pouvoir pénétrer dans la chambre de Tomoki. Ils ont ce lien extrêmement privilégié. Et je voulais montrer comment finalement ce frère va... Elle est sa bouffée d'oxygène puisqu'il ne sort plus du tout. Et je voulais montrer comment finalement lui va d'une certaine manière aussi l'aider. Donc la relation fraternelle entre eux, elle est vraiment au cœur de cette partie japonaise. Elle est vraiment très importante.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on parle d'Awa maintenant. Awa, c'est une jeune femme qui a fait des études de médecine au Sénégal, qui est venue travailler en France, donc qui est interne dans un hôpital au début du livre, dans un service d'urgence, et qui un jour va complètement craquer, parce que vous décrivez un petit peu le quotidien de ces services d'urgence, de plus en plus, enfin avec de moins en moins de personnel, ce qui est de plus en plus difficile. Donc... Elle va décider de partir, en fait. Elle ne sait plus très bien où elle en est. Elle n'a pas vraiment envie de partir. Elle n'a pas vraiment envie de rester. Et elle va trouver son chemin là-bas au Sénégal. Parlez-nous un petit peu d'Awa.
- Laetitia Colombani
Oui, Awa, c'est aussi un personnage qui m'a demandé beaucoup de travail. J'avais même carrément écrit toute une partie pendant plusieurs mois en Côte d'Ivoire. Et puis, je me suis dit que ça ne s'affrontienne pas. J'ai tout jeté, j'ai tout recommencé. J'ai longtemps cherché qui était Hawa. Et puis, en fait, je me suis dit, je voulais que ce soit une femme. Hawa, elle vient d'un village du Sénégal. Un village où les femmes ne font pas d'études, où elles travaillent, où elles élèvent leurs enfants. Et je voulais que Hawa soit la première de sa famille à faire de grandes études. Elle est brillante. Elle est médecin. Donc, elle a fait huit ans d'études au Sénégal. Et elle a fait un cursus de spécialisation en France. Je voulais montrer ce personnage brillant. cultivée, éduquée, confrontée à une forme de racisme ordinaire puisqu'elle est une femme de couleur et que très souvent, on la prend pour une infirmière alors qu'elle a fait 11 ans d'études. Ça, c'est aussi des témoignages de femmes médecins d'origine africaine qui m'ont raconté ce qu'elles vivaient. Et je voulais finalement créer un personnage qui soit écartelé entre deux cultures. Il y a son pays, le pays où elle est née, où elle a grandi, le Sénégal. Il y a le pays Merci. où elle vit, où elle exerce la médecine en France. Et quelque part, elle se sent un peu étrangère dans les deux pays. C'est-à-dire que quand elle retourne au Sénégal, on la considère au village comme celle qui est partie. On la considère comme une Européenne. Et puis ici en France, on la voit comme une Africaine. Et finalement, c'est un passage qui est tiraillé entre deux identités, entre deux cultures. C'est un passage qui se cherche et qui se sent à un moment de sa vie, qui se sent... vide parce qu'elle fait un burn-out. C'est très, très difficile. J'ai une amie d'enfance qui est urgentiste et qui me raconte son quotidien aux urgences. C'est extrêmement difficile pour le personnel de santé. Et donc, d'un seul coup, Hawa fait un burn-out. Elle va trouver refuge au village, chez sa tante. Tante Iba, qui est quelque part la figure, ce n'est pas sa mère, mais c'est sa mère spirituelle, je dirais. Et c'est là qu'elle va être confrontée à un trauma du passé et un fantôme qui va ressurgir. Donc Hawa, c'est un personnage que j'aime beaucoup parce que c'est une femme qui est brillante et en même temps qui a beaucoup refoulé, beaucoup caché en elle, tout au fond d'elle, un trauma très profond. qu'elle va réussir à dire, à exprimer, elle va réussir à, en fait, quelque part, à se reconstruire. Alors qu'elle était dans la fuite. C'est une personne, elle a fui, quand elle est partie au Sénégal, elle a fui pour se réfugier en France, venir faire ses études en France. Là, elle fait un burn-out, elle retourne, elle fuit la réalité. en France, elle retourne là-bas, mais elle se cherche et elle n'a jamais eu, finalement, la force d'affronter ce trauma et elle va avoir la force de parler du sujet de l'excision dont elle-même, elle a été victime enfant. Et je voulais montrer un personnage qui a un parcours de résilience et qui soigne. Et en soignant les autres, elle va aussi se soigner elle-même.
- Speaker #0
C'est un petit peu une constante de vos livres, en fait. J'ai l'impression que souvent, les femmes dont vous parlez, dans Les Victorieuses, par exemple, cette femme qui était avocate, je crois, et qui était au bord du burn-out, c'est en aidant les autres qu'elle va céder aussi et c'est souvent le cas de vos livres c'est quelque chose à laquelle vous croyez, le fait de décaler peut-être un petit peu de ses soucis
- Laetitia Colombani
Oui, c'est le pouvoir de résilience c'est qu'est-ce qu'on fait de ce qui nous arrive finalement, on vit tous à des moments donnés de notre vie des événements graves des événements qui pourraient nous détruire et qu'est-ce qu'on en fait comment est-ce qu'on transforme transforme les épreuves, comment est-ce qu'on transforme les coups du sort. Et puis en termes dramaturgiques, je dirais, il y a beaucoup de... Je trouve ça très intéressant de parler d'un personnage qui est en burn-out, qui est au bord de la rupture, parce que c'est un personnage qui... Montrer comment ce personnage va rebondir, comment ce personnage va être transformé par ce qu'il vit. Et dans la vie, on est tous transformés par ce qu'on vit. Rien n'est linéaire et la vie nous impose des épreuves, évidemment, auxquelles on ne s'attendait pas. et donc c'est cette capacité de rebond de réaction des personnages qui m'intéresse beaucoup en tant qu'autrice et en tant que dramaturge parce que ce sont des personnages qui ont évidemment une fois qu'on a touché le fond On ne peut que rebondir. Et la faculté de se reconstruire aussi, c'est quelque chose qui est assez fascinant. Moi, j'ai déjà rencontré des gens qui ont vécu des épreuves terribles et qui ont tout surmonté et qui en ont fait quelque chose de positif. En réalité, c'est ça la résilience. Et ça, je trouve ça admirable. Et j'ai à cœur de peindre des personnages qui ont ça, qui ont cette faculté-là.
- Speaker #0
Elles sont effectivement dans des situations différentes, à des moments différents de leur vie, mais elles ont tout à m'en... moment donné un souci qui fait que elles sont obligées de rebondir quelque part et au moins d'essayer de surmonter leur souffrance. Donc j'aimerais qu'on présente un petit peu aussi Atla, la jeune étudiante islandaise, qui est une jeune femme extrêmement dynamique, extrêmement forte, extrêmement sportive et qui va être marquée par événement qui arrive à... à sa meilleure amie, son amie d'enfance, celle qu'elle ne quittait jamais. Cet événement va profondément la marquer. Parlez-nous un petit peu de Katla.
- Laetitia Colombani
Oui, Katla, je voulais peindre le portrait d'une femme très jeune. Elle a 22 ans, elle est étudiante en sociologie. Elle aime faire la fête, elle aime avoir plein d'amants, elle aime profiter de la vie de plein de manières différentes. Et puis, elle a ce tempérament très volcanique. Katla parce que c'est le nom d'un des plus célèbres volcans d'Islande, un des plus terribles aussi, un des plus redoutés. Et pour moi, c'est un volcan, Katla. Elle a cette énergie bouillonnante. Malheureusement, elle traverse un drame, elle vit une tragédie. C'est la mort de sa meilleure amie, son amie d'enfance qui est sa sœur, qui est sa sœur spirituelle à laquelle elle est très, très liée. Et ce meurtre de sa meilleure amie qui est tuée par son compagnon fait complètement basculer sa vie. et Katla elle est en colère, elle est en deuil et elle est en colère et je voulais montrer un personnage qui n'est pas effondré qui est en colère, la rage la tient debout mais la rage l'autodétruit aussi et lorsqu'elle découvre que sa grand-mère a participé à cette grève des Islandaises de 1975 là il y a quelque chose en elle qui bouge et en se lançant dans ce projet de grève mondiale des femmes. Elle se dit, c'est à moi de reprendre le flambeau. Les violences envers les femmes, elles existaient en 1975, elles existent encore aujourd'hui. Même si l'Islande est le paradis de l'égalité, il faut savoir qu'un crime sur trois commis en Islande est un féminicide. Donc les chiffres sont quand même terribles. Et donc, Catella décide de transformer sa rage, finalement, en énergie pour avancer. Et ce qui m'intéressait dans ce personnage, c'était de montrer où elle puise son énergie. À chaque fois, je me dis d'où part l'énergie de mes personnages. Je me demande toujours, est-ce que l'énergie part de la tête ? Est-ce que l'énergie part du cœur ? Est-ce que l'énergie part du ventre ? J'essaye de trouver comment, par quoi chaque personnage est mu. Et là, je me suis dit, Catella, c'est la colère. qui va être son carburant, mais la colère va lui donner des ailes. Elle va se lancer dans ce projet, elle a une énergie phénoménale, et comme un petit peu un geyser, elle va puiser au centre d'elle-même cette énergie pour avancer, se lancer dans ce projet fou, il est complètement utopique, il est complètement démesuré, lancer une grève des femmes dans le monde entier, mais elle s'attaque à ce projet et elle trouve comment canaliser cette énergie et cette colère. Et moi, je suis convaincue que quand on trouve finalement comment canaliser son énergie, comment diriger son énergie, les choses se passent, les choses arrivent. Et effectivement, elle va... Je ne raconte pas, bien sûr, la suite du film, mais en tout cas, ce projet va la mener bien plus loin qu'elle ne l'imaginait.
- Speaker #0
En imaginant cette crève mondiale des femmes, est-ce que vous imaginez que ça puisse être possible dans la réalité ?
- Laetitia Colombani
Alors je dirais que c'est une utopie ce récit bien sûr, mais c'est une utopie réaliste. Comme pour mes précédents romans, j'ai tenu à ce que tout soit juste et tout soit réaliste. Je m'appuie sur des faits réels pour bâtir ces personnages de fiction. Il se trouve qu'en Islande, qui est certes un petit pays, mais les femmes ont réussi à se mobiliser de façon massive en 1975, 9 femmes sur 10 dans le pays, c'est entièrement arrêté. du matin au soir, au travail et à la maison, elles ont réussi ce tour de force alors qu'il n'existait pas de téléphone portable, pas de réseaux sociaux, pas d'Internet. Je me dis aujourd'hui, les femmes sont 4 milliards sur la planète, même si une femme sur deux seulement, entre guillemets, faisait la grève, ça représenterait 2 milliards de personnes. On n'a jamais vu 2 milliards de personnes qui s'arrêtent comme ça en même temps. Moi, je pense que... que ce récit, il est réaliste. Il pourrait arriver demain ou dans dix ans. J'avais à cœur vraiment de plonger le lecteur et les lectrices dans un grand projet utopique, mais qu'on se dise, et pourquoi pas ?
- Speaker #0
Mais c'est ce qu'on se dit. C'est ce que je me suis dit, en tout cas. Et c'est vrai qu'on se demande... À la limite, quand il y aura une étincelle, en fait, parce qu'il y a déjà tellement de... Vous parlez d'un certain nombre de problèmes, donc l'interdiction de l'avortement, les féminicides, l'excision des femmes africaines. Et on se demande, en fait, jusqu'où iront... Parce qu'il y a des choses qui s'améliorent et d'autres qui ne s'améliorent pas. Et en fait, on se demande jusqu'où il faudra aller pour que... Un jour, il y a l'intercelle. Je suis plutôt de nature optimiste, mais tout en étant un peu pessimiste quand même, parce que je trouve que quelque part, on avance, mais pas à tous les niveaux, et pas toujours.
- Laetitia Colombani
On avance bien sûr. La situation a beaucoup évolué par rapport aux générations de nos mères, de nos grands-mères, mais partout où on va sur la planète, moi je suis quelqu'un qui voyage beaucoup et je puise dans mes voyages l'inspiration pour mes projets, partout sur la planète où qu'on pose le pied, les femmes sont victimes de violences, alors que ce soit des violences physiques, des violences sexuelles, des violences de la loi, je pense au Salvador, partout s'exercent sur elles des violences de nature très différente, mais il n'y a pas un pays au monde qui soit réellement égalitaire, pas un seul. Et il n'y a pas un seul endroit au monde où les femmes soit complètement en sécurité. Il n'y en a pas. Et je me dis, on est quand même en 2026. Moi, à travers ce livre, j'avais envie de...
- Speaker #0
quelque part de pousser un cri de colère, parce que je me sens révoltée par tout ce que j'entends, je me sens en colère. Et en même temps, je suis tombée sur une expression qui m'a beaucoup plu d'une femme militante en Islande en 1975, une de ses chaussettes rouges, c'était le nom du mouvement qu'elles avaient lancé, les Rao Tso Kour, qui ont lancé la grève. Elle disait, nous sommes animés d'une colère sans haine. Et j'ai trouvé l'expression très belle, parce que je me sens en colère, mais je n'ai pas de haine. Je pense vraiment que le monde... peut changer, doit changer. Je crois beaucoup à l'aide entre les hommes et les femmes, je crois. Être pour les femmes, pour moi, ça ne signifie pas du tout être contre les hommes. Au contraire, je pense que la société ne pourra évoluer que si les hommes et les femmes participent ensemble à un monde meilleur. C'est pour ça que j'ai souhaité développer des personnages masculins qui soient très positifs. Vous parliez de Tomoki, ce jeune frère qui va aider. Michiko, et il y a des personnages masculins dans chacune des parties du roman. Voilà, et je suis quelqu'un d'optimiste et je veux croire qu'un monde meilleur est possible. En tout cas, il est souhaitable et il est souhaitable de façon très urgente, je pense.
- Speaker #1
Vous avez choisi l'Islande avec cette manifestation très emblématique que vous m'apprenez, vis-à-vis duquel je suis. admirative autant qu'on peut l'être. Et ça me fait souvenir, il y a eu une crise économique très forte en 2008, qui est partie de la défaillance de trois petites banques qui avaient l'air de rien en Islande. Je ne vous fais pas les subprimes de 2008. Mais d'après ce que j'ai compris, puisque l'affaire n'était pas d'une simplicité absolue, le peuple islandais ne s'est pas laissé faire et a conduit ça Merci. révolte bancaire dans le cas d'espèces d'une façon qui je crois a été la seule pour l'ensemble des pays en tout cas en France je n'ai vu personne faire des sit-ins devant nos trois grandes banques nationalisées alors à votre avis est-ce que c'est la nature de la roche volcanique qui donne à ce petit pays sans que ce soit péjoratif un ressort qui est inversement proportionnelle à leur importance.
- Laetitia Colombani
Oui, c'est très intéressant ce que vous dites. C'est vrai que petit pays, il y a un peu plus de 300 000 habitants en Islande aujourd'hui, c'est un petit pays et en même temps, les informations se répandent très vite. Et c'est vrai qu'il y a cette ferveur, en tout cas, ce côté volcanique dans les tempéraments, en tout cas des personnes dont j'ai pu lire les témoignages, que j'ai pu rencontrer. lors de la crise bancaire dont vous parlez, beaucoup de femmes ont pris la parole en disant aux hommes, c'est vous qui gérez les banques, et voilà où on en est. Partagez davantage le pouvoir. Nous, les femmes, nous avons notre mot à dire et nous allons pouvoir redresser la situation. On a vu beaucoup de femmes accéder à des postes beaucoup plus importants dans les sociétés, dans les banques, etc. Et effectivement, la situation, elles ont proposé des solutions. La situation s'est améliorée. Donc il y avait finalement cette envie d'égalité. Mais je crois aussi ce désir de justice. Je pense que c'est un peuple qui est très sensible à la notion de justice. Et les femmes vraiment de tout temps là-bas se sont exprimées. Quand on voit dans les grands récits des grandes sagas islandaises, qui remontent à des siècles et des siècles, il y a des personnages féminins, des personnages de guerrières, des personnages de femmes, de sprakars, on dit, ce sont les guerrières des grandes sagas. Donc, il y a des grandes héroïnes comme ça, islandaises, avec un fort tempérament. Il y en a qui jetaient des seaux de sang de leurs ennemis dans les ruisseaux, etc. Il y a des grands récits comme ça. Et c'est vrai qu'il y a ce tempérament qui est tout à fait, je dirais presque romanesque, en tout cas, de ces femmes qui ont soif de justice et qui ont pris la parole. C'est en Islande que, pour la première fois dans le monde, une femme a été élue à la tête. d'un État, c'était en 1980, Vigdisfin Bogadottir, qui est resté 16 ans à la présidence de l'Islande, c'était une première dans le monde, premier pays à avoir voté des lois sur l'égalité salariale, et tous ces faits-là, d'ailleurs, cette présidente a dit qu'elle n'aurait pas été élue sans la grève des femmes de 1975, et donc il y a un tempérament des femmes qui veulent porter leur voix, qui veulent qu'on tienne compte d'elles, et j'aime beaucoup cette phrase qui a été prononcée lors de cette fameuse journée d'octobre 1975, C'est une... une femme qui a pris la parole sur la grande place à Naheul où toutes les femmes, il y avait plus de 30 000 femmes qui étaient réunies là, elle a pris la parole et elle a dit « Les hommes gouvernent le monde depuis la nuit des temps. » Et regardez dans quel état il est. Et c'est vrai, quand j'ai lu son discours, je me suis dit, on est aujourd'hui en 2026, son discours n'a pas pris une ride. Elle disait « Les femmes veulent l'égalité. » Ni plus. ni moins. On ne veut pas prendre le pouvoir, on veut partager le pouvoir à égalité avec les hommes, laissez-nous notre place. Et cette voix-là, finalement, elle a été entendue à cette époque et moi, j'ai trouvé ça complètement inspirant et j'ai trouvé ces personnages de femmes très inspirantes.
- Speaker #2
Il y a des pays où les femmes sont particulièrement acceptées, pour des raisons religieuses, je voudrais savoir ce que ça vous inspire.
- Laetitia Colombani
Ça m'inspire à chaque fois un sentiment de révolte. Il y a cette femme afro-américaine qui est une grande poétesse qui s'appelle Audrey Lorde qui a beaucoup écrit sur les femmes et qui a dit cette phrase, elle a dit « Je ne suis pas libre tant que n'importe quelle autre femme dans le monde est privée de liberté, même si ses chaînes sont très différentes des miennes. » Cette phrase m'a beaucoup frappée. Moi, quand je voyage, je me sens très... proches des femmes que je rencontre, très solidaires. Je m'imagine tout de suite à leur place. Et je ne peux pas m'empêcher de me sentir touchée, bouleversée parce qu'elles vivent. Et effectivement, je me projette, je me dis, et si j'étais née en Iran, bien sûr, et si j'étais née au Yémen, et si j'étais née en Inde, etc. Je crois qu'à partir de cette identification-là, me vient l'envie d'écrire, en fait. Me vient l'envie d'écrire aussi pour dire ce qu'elles vivent, pour montrer. ce qui parfois est trop invisible, trop caché. Et c'est vrai que toutes ces histoires que je raconte, qu'elles soient au Japon, en Amérique du Sud, ce sont des histoires qui se passent aujourd'hui. Ce sont des violences qui sont encore aujourd'hui exercées à l'encontre des femmes. De cette empathie que j'éprouve pour elles, je puise l'envie de porter leur voix, de raconter leur parcours, sous forme de fiction, mais avec un fond réel. Je rencontre... Je rencontre beaucoup de femmes lors des dédicaces. Beaucoup de lectrices, il y a aussi des lecteurs, mais en général, une majorité de lectrices qui viennent acheter mes romans. Et à chaque fois, j'ai des échanges très positifs. Je crois qu'il y a beaucoup de femmes, en tout cas, qui disent se reconnaître dans les personnages que j'écris, en tout cas, qui me disent que ça leur parle. Donc, moi, j'ai... Disons qu'en tout cas, les gens qui viennent me voir en dédicace ou les gens qui m'écrivent des lettres, A priori, ce sont des gens qui apprécient mon travail et qui viennent le témoigner. Voilà, ceux qui n'aiment pas, j'imagine, ne se manifestent pas. Mais en tout cas, moi, je sens beaucoup de fraternité, de sororité, en fait, dans les femmes que je rencontre et dans les échanges que j'ai avec mes lectrices en particulier.
- Speaker #3
Je me demandais, en fait, puisque maintenant, il n'y a plus qu'à chercher le moyen de faire cette étincelle, si le fait de faire un film parce que la 13, le livre a été immensément connu, le livre l'a encore plus fait connu et a fait relire le livre, mais est-ce que vous ne pensez pas que celui-là, il est presque indispensable d'en faire un film pour faire connaître justement cette grève des Irlandaises de 1975, parce que j'ai l'impression que personne ne la connaît à part les Islandais en fait, et tout le monde... Tout le monde a besoin de savoir que ça a été possible et que ça peut encore l'être.
- Speaker #0
Oui, évidemment, c'est une envie. Oui, une envie. Je n'ai pas pu m'empêcher pendant l'écriture d'y penser, bien sûr. Toutefois, en restant très concentrée sur l'écriture, tant que je n'étais pas allée au bout de cette histoire, j'avais du mal à me projeter ailleurs que dans un livre. Mais aujourd'hui que le livre est terminé, oui, ce serait vous mentir. que de vous dire que je ne pense pas à l'adapter, j'en ai même très envie. C'est en cours de gestation.
- Speaker #2
Quand vous parliez de Katla, je voyais Björk, la chanteuse, elle avait un tempérament, toujours aujourd'hui, quand elle était jeune aussi,
- Speaker #1
de feu.
- Speaker #2
Ma question, si c'était une musique, ce serait quoi ? Merci. Pourquoi pas Bjôrk ? Je ne sais pas si vous avez... Et d'ailleurs, quand vous écrivez, est-ce que vous écoutez aussi de la musique ?
- Laetitia Colombani
Oui, à chacun de mes romans, je me fais une playlist. Là, j'ai ma playlist Un jour sans femme. J'ai écouté des choses très différentes pour me plonger à chaque fois au cœur de chaque histoire. Je me souviens, quand j'écoutais La Tresse, j'écoutais sans arrêt un album de Ludovico Aenodi et ça me donnait... Ça me donnait des idées, parfois même le fait d'entendre sa musique. J'ai eu la chance de travailler avec lui, c'est lui qui a composé la musique du film que j'ai réalisé. Là, oui, j'ai écouté des choses. J'adore les mélodies au piano, ça m'entraîne. J'ai fait beaucoup de piano quand j'étais jeune, ça m'entraîne beaucoup. J'ai écouté aussi, j'ai découvert et redécouvert des artistes ouest-africains, mais aussi l'album de M qu'il a co-écrit avec des artistes maliens. J'adore cet album que je trouve magnifique. qui m'a aussi donné des idées de scène, des envies de scène pour la partie sénégalaise. J'ai écouté un certain nombre de chansons sud-américaines. J'ai aimé ce qu'a écrit la musicienne Camille, la chanteuse Camille, pour le film de Jacques Audiard sur Emilia Perez. Je trouve que ses musiques, chanter comme ça en espagnol, avec ses chœurs de femmes qui chantent en espagnol, ça m'a aussi inspirée pour certaines scènes de Ana Maria. Donc je travaillais beaucoup en musique. Et c'est vrai que j'ai toujours dans la tête comme une sorte de bande-annonce du livre. Je viens du cinéma, donc je crois que c'est une sorte de déformation professionnelle. Je visualise les chapitres comme des scènes et je visualise les personnages toujours en mouvement. Donc je me nourris beaucoup de musique quand j'écris. Et Björk, oui, parce qu'elle a cette énergie, elle a cette singularité, elle ne ressemble à personne d'autre. Elle a cette voix qui ne ressemble à personne d'autre et elle a tempérament cette singularité. Oui, j'ai écouté aussi Björk et son album Utopia qui est un monument aussi. Ce sont des artistes qui sont très inspirantes aussi. Là, je n'ai pas abordé les pays musulmans. C'est vrai que j'aurais pu parler de l'Iran, parler du Yében, parler du Maroc. Après, je souhaitais... J'avais très envie de parler d'un personnage sur le continent africain. J'ai longtemps réfléchi. J'ai pensé à un moment donné à une héroïne marocaine, à parler des enfants illégitimes au Maroc, les femmes qui ne sont pas mariées, qui ont un enfant au Maroc. Ces enfants n'ont pas de statut légal, surtout dans une situation complètement surréaliste. Et finalement, je crois que j'avais quand même très envie de parler de l'Afrique de l'Ouest, parce que j'y suis allée plusieurs fois, parce que j'ai des amis d'origine africaine, et j'avais envie en particulier... Il fallait que je choisisse... Le risque ensuite, ça aurait été de trop multiplier et de faire une sorte de catalogue des mots féminins. J'ai choisi de me concentrer sur ce sujet-là de l'excision. Il me semble une urgence absolue de parler de ce thème-là. Parce que c'est encore très tabou. C'est un sujet dont tout le monde a connaissance, mais personne ne veut trop en parler. Moi, j'avais envie de le mettre au cœur de cette partie. de cette partie africaine.
- Speaker #3
Je vous remercie infiniment, Laetitia Colombani, pour la présentation de ce roman à qui je souhaite une longue vie et plus, peut-être. Donc, merci infiniment.
- Speaker #2
Merci d'avoir passé ce moment avec nous à l'écoute de l'écho des libraires. L'écho des libraires est un podcast proposé par l'association Paris Librairie. Paris Librairie regroupe plus de 200 librairies à Paris et en Ile-de-France. Retrouvez l'agenda des rencontres animées toute l'année par les libraires du réseau sur le site parislibrairie.fr. Paris Librairie en un seul mot, sans tiret et avec un S à librairie. Vous êtes à la recherche d'un livre ? Trouvez-le, géolocalisez-le et réservez-le dans une librairie près de chez vous. Pour ce faire, rendez-vous toujours à la même adresse sur le site paris-librairie.fr. Merci et belle lecture !