- Speaker #0
Je peux vous poser une question ? Quand vous étiez au collège, est-ce que vous avez connu les cours de techno ou les cours de travaux manuels ? En fonction de l'âge que vous avez, vous n'aurez peut-être pas la même réponse que votre voisin ou votre voisine. Je vais vous dire, moi j'ai connu les cours de techno, mais mes parents, eux, c'était des cours de travaux manuels qu'ils avaient quand ils étaient plus jeunes. Alors pourquoi je pose la question ? Eh bien, vous vous en doutez sûrement, ça concerne l'épisode d'aujourd'hui. Ce qui se passe quand je prépare un épisode, c'est que je me pose une question un peu large, un peu générique, mais qui vit dans ma tête sans payer le loyer, et ce, depuis un moment. Et là... C'est tomber sur la broderie. Sur la broderie et l'école. Parce qu'en bonne passionnée des arts du fil, ça fait des années que je me demande pourquoi on n'apprend plus les travaux d'aiguille à l'école. Quand j'écoutais ma mère raconter ses cours de couture de quand elle était jeune, j'avoue que j'étais un peu jalouse. Moi j'avais eu droit au fer à souder et au porte-clés vers bouteilles moches, alors que j'aurais adoré parfaire mes techniques de broderie ou bien apprendre à monter un col sur un chemisier que j'aurais fait moi-même. Je me disais que c'était pas juste et que les cours de techno, c'était quand même vachement moins bien. Surtout que moi et la broderie... on a une histoire qui remonte à presque 30 ans. C'est une de mes plus vieilles amies. Pour vous dire, c'est en brodant que j'ai poussé la porte des arts du film. C'est grâce au Canevas d'abord, puis au Napron, que je suis entrée dans ce monde de couleurs chatoyantes, de fleurs printanières et d'oiseaux à jamais immobiles. Alors les cours de techno à côté, c'est sûr que ça faisait pas le figure. Mais ce que je savais pas, c'est que les cours de techno étaient apparus pour une bonne raison, et que les cours de travaux d'aiguille avaient disparu pour une tout aussi bonne raison. La question que je me suis posée à la base, c'est donc celle-ci. Pourquoi on n'enseigne plus les travaux d'aiguille à l'école ? Il y a bien une explication quelque part, au fait que la génération de ma mère aurait eu tout le fun et que ma génération aurait eu les porte-clés moches. Eh bien cette question, elle est beaucoup plus complexe qu'il y paraît. Elle a des ramifications tortueuses et gigantesques qui s'étendent bien au-delà de ce qu'on perçoit, nous, quand on pense aux travaux manuels à l'école. Et d'ailleurs cette question, elle met la charrue avant les bœufs. Parce que pour comprendre pourquoi on n'a plus cette matière, il faut déjà essayer de saisir pourquoi on a voulu enseigner ça à l'école. Et alors là, on s'aventure dans les sujets qui fâchent parce que j'appelle dès à présent le sexisme à la barre. Et comme c'est un gros relou, attendez-vous à ce qu'il nous colle à chaque pause café tout au long de cet épisode. Parce que ça n'a rien d'innocent d'enseigner les travaux d'aiguille spécifiquement aux filles. Les garçons n'avaient pas cette matière. Eux, ils avaient plutôt la menuiserie ou le jardin. Parce que c'est bien connu, les hommes travaillent la terre et les femmes travaillent les trous dans les slips apparemment. En fait, depuis le tout début, les travaux d'aiguille ont été pensés dans un cadre genré et sexiste. Ils cohabitent avec une certaine vision de la féminité et ils ont été pensés à la base pour enseigner des choses bien précises aux futures femmes. Dans les leçons de travaux d'aiguille, on apprenait le geste bien entendu, mais aussi et surtout... on apprenait à correspondre à ce que la société attendait d'une femme bien comme il faut. Mais c'est quoi, au juste, une femme bien comme il faut ? Eh bien, c'était une femme de la maisonnée qui s'occupait de sa famille en même temps que de son intérieur. Subordonnée à son mari, mère avant tout, elle devait être humble, serviable, voire corvéable, et par-dessus tout, être une bonne femme au foyer. La politique et les sciences, très peu pour elle. Sa nature féminine, je fais des guillemets avec mes doigts, se devait être sublimée par les travaux de couture, et heureusement... l'école était là pour lui apprendre tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Notre voyage au pays du sexisme commencera donc au balbutiement de l'école. Une école qui se veut gratuite et obligatoire pour tous et toutes, ce qui est très important pour l'éducation féminine, qu'on commence enfin à prendre un peu plus au sérieux. Malgré ça, on n'éduque pas les filles comme on éduque les garçons. Et clairement, l'éducation féminine est pensée pour être orientée vers une certaine vision de la féminité et de ce que doit être une femme. Dès le début, On va donc chercher à justifier cette vision de la féminité à travers le care en modelant les fillettes pour qu'elles puissent servir au mieux leur mari et l'état quand elles seront grandes. Apprendre à repriser des chaussettes c'est bien, mais avoir une moralité en béton c'est encore mieux et les leçons de couture vont s'accompagner de leçons de morale. Il faut s'assurer que la tête suit les mains et que les futures femmes ne penseront pas trop en dehors des clous quand viendra leur tour d'avoir une famille. Une fois qu'on aura vu les aspects idéologiques des travaux d'aiguille, il sera temps de se pencher sur le concret. On faisait quoi ? pendant ces leçons. Elles étaient organisées comment ? On parlera également du cadre pédagogique et du début de la fin pour les leçons d'aiguille. Parce qu'en cherchant le théorique et le scientifique dans une matière qui s'apprend principalement de façon empirique, les travaux d'aiguille vont en quelque sorte se perdre en chemin. Alors, en enseignant les travaux d'aiguille à l'école, on cherche quoi ? L'éducation des femmes ou la formation de LA femme ?
- Speaker #1
Vous écoutez L'Endroit et l'Envers, la face cachée des arts du fil.
- Speaker #0
Je vous propose qu'on commence par le début. D'accord, c'est pas très original, mais on n'est pas dans un thriller, alors... Elle vient d'où, cette volonté d'éduquer les femmes de manière officielle ? Avant l'école obligatoire, les femmes pouvaient quand même accéder à l'éducation. Mais c'était l'éducation spécifique, d'une tranche très réduite de la population. Il fallait que votre famille ait assez d'argent pour vous payer des professeurs particuliers, ou alors, et c'était plus courant, il fallait que votre famille paye une modique somme pour vous envoyer au couvent. Et là, c'était les sœurs qui se chargeaient de votre éducation, grosso modo. Donc, pour recevoir une instruction avant l'école publique, gratuite et obligatoire, vous deviez cocher certaines cases. La plupart du temps, vous deviez... payer et accepter une éducation religieuse. Donc c'était pas pour tout le monde. Et quand c'était pas l'église qui se chargeait de votre éducation, c'était la maison. Mais là encore, ça pouvait être particulier parce que rien ne venait sanctionner votre apprentissage. Alors comment ça se fait que l'État ait décidé de s'intéresser à l'enseignement féminin ? Eh bien rapidement, après la déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789, on va avoir des lois dans les années qui suivent visant à rendre l'école gratuite et obligatoire pour tous les enfants à partir de 6 ans. Ça commence officiellement en 1793 mais on aura aussi Merci. en 1881, le fameux Jules Ferry qui s'en mêlera en rendant l'école laïque. Et à cette époque, l'école, elle a un but, s'émanciper de la religion tout en formant les futurs citoyens et citoyennes de demain. L'instruction primaire devient donc obligatoire pour les garçons et les filles, mais on perd pas de vue qu'ils doivent rester différents jusque dans leurs enseignements. En effet, après les bouleversements de la Révolution française, certaines choses doivent rentrer dans l'ordre. C'est Caroline Fayol qui en parle dans son article Le sens de l'aiguille, travaux domestiques, genre et citoyenneté. Dans la Révolution française, la participation des femmes aux événements politiques suscite un brouillage des identités de genre. L'éducation est alors conçue par les élites révolutionnaires comme un instrument permettant de redéfinir et de différencier les rôles sociaux attribués aux femmes et aux hommes. La justification Par la nature du refus d'octroyer aux femmes le statut de citoyenne active implique en effet une construction et une naturalisation de la différence sexuelle. Si on part de ce principe, on comprend pourquoi l'éducation genrée a été pensée comme telle. La Révolution française, j'ai pas besoin de vous rappeler à quel point ça a été une période de grand chambardement. Le haut en bas, la montée en descente et les femmes qui se prennent pour des hommes à vouloir se mêler de politique. Bien entendu, c'est plus nuancé que ça, mais c'est important qu'on se souvienne que les hommes de cette période, ils n'ont que très peu apprécié de voir les femmes prendre de la place. prendre la parole et exprimer ouvertement leurs idées nouvelles. Et là, plusieurs choses se passent en même temps. D'un côté, on a ce nouvel État qui cherche à s'émanciper du joug de l'Église. D'un autre côté, on a ce peuple qu'il va falloir éduquer. Et enfin, on a ces femmes qui décidément prennent vraiment trop de place. Est-ce que ça a été pensé exactement en ces termes dès le départ ? Ou alors est-ce que c'est une malheureuse conjonction de plusieurs situations ? Toujours est-il que l'école va certes proposer d'éduquer les femmes, mais qu'elles vont recevoir une éducation différente des garçons dans des établissements dédiés. Au garçon, les sciences, la philo. et le latin aux femmes les travaux ménagers et les leçons de couture. Et là, tout est bien rangé, bien en ordre à chacun son rôle social et les moutons seront bien gardés. L'enseignement des travaux d'aiguille sert donc principalement ce but. Il faut remettre de l'ordre dans la société et former les futures femmes à leur rôle, pas si nouveau, de gardiennes de la maisonnée. Pour ça, quoi de mieux que l'appel à la nature ? D'accord, les femmes ont assez de cervelle pour être éduquées, mais ce serait un comble qu'elles soient éduquées au point d'accéder au pouvoir. D'ailleurs, le pouvoir, ça leur donne mal à la tête. Elles, ce sont des êtres de l'intérieur, de la maison, de la famille. Elle ne s'épanouisse qu'au contact d'un plan de travail bien propre et d'un enfant bien peigné. Comme le dit Joël Lebaume dans son papier « La transformation des travaux d'aiguille en leçons de couture ou la constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérentes,
- Speaker #1
la famille, les enfants, l'âge sont les attributs des filles. L'affection, le dévouement, l'habilité ou l'ertu que l'Église prône successivement pour réaliser leurs projets. La femme ainsi progressivement à l'équilibre de la naissance. » nation.
- Speaker #0
Grâce entre autres à l'école, l'État s'émancipe petit à petit de l'Église. Il commence à devenir l'un et l'autre deux entités séparées avec des plates-bandes distinctes. Et bien évidemment, l'école sert ce but. En incluant les femmes dans l'éducation publique, laïque et obligatoire, l'État s'assure de pouvoir diffuser ses idées et orienter la vie de ses citoyens et citoyennes. Ainsi,
- Speaker #1
les députés de la Convention citoyenne considèrent l'éducation publique des filles nécessaire pour lutter contre l'influence du clergé et restaurer les... Loin de signifier l'émancipation politique, la régénération des femmes est majoritairement conçue par les députés comme un agogique visant à inculquer aux femmes la vertu républicaine, l'amour de la patrie et de l'égalité.
- Speaker #0
C'est ce que nous rappelle Caroline Fayol et c'est vrai que quand on y pense, quoi de mieux qu'une institution étatique telle que l'école pour faire passer les principes de ce même État. En rendant l'école gratuite, publique et obligatoire, l'État cherche donc à s'adresser à la fois aux femmes aux hommes, aux futurs adultes, bref, à toucher un public le plus large possible. d'une pierre deux coups, parce que d'un côté, on intellectualise les masses, et de l'autre, on fait passer les idées de cette république toute neuve. Mais attention, éduquer les enfants ne veut pas forcément dire les éduquer. Pareil, on a vu que le désordre, dû aux grands changements qu'ont été la Révolution française, ont quelque peu désarçonné les détenteurs du pouvoir. Du coup, il est attendu que l'école fasse un peu le ménage et trie les filles et les garçons. Pour ça, on peut compter sur les programmes qui vont différer en fonction des écoles de filles ou de garçons. Comme le genre en a pris un petit coup dans l'aile pendant la Révolution française, il est... très important de remettre l'église au milieu du village, et pour ça, les hommes au plus haut sommet de l'état vont utiliser l'appel à la nature afin de justifier une différence qui serait intrinsèque entre hommes et femmes. Les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça, et tout ceci est très naturel et pas du tout socialement construit, bien entendu. Les femmes ont été créées pour un certain but, et l'éducation qu'on leur donnera ne servira qu'à atteindre ce but. Finalement, pour ces hommes qui entendent garder le pouvoir et qui n'ont aucune intention de le partager, l'éducation des fillettes ne fait que suivre le cours naturel des choses. Les hommes sont de futurs ouvriers ou de futurs soldats. Les femmes, elles, sont de futures mères. Leur éducation doit donc refléter ce rôle. Il est essentiel de les éduquer, mais pas n'importe comment. Les leçons de travaux d'aiguille ainsi que de travaux ménagers leur apprendront tout ce qu'elles ont besoin de savoir pour bien tenir un foyer, une famille et la nation tout entière. Charles Robert, un conseiller d'état sous le régime de Napoléon III, le dira d'ailleurs en ces termes. La femme a été créée pour la femme qu'il faut. Au cultivateur, une instruction à l'artiner, à être la mère, à diriger un ménage, une éducation, une instruction, appriée à cette condition qui est à la fois si élevée et si humble. En un mot commençant, les femmes sont uniquement considérées sous le prisme de leur future maternité. Les femmes sont des mères. Les fillettes seront mères un jour. Leur éducation doit donc refléter ce rôle qui leur incombe. Mirabeau lui-même s'en mêle avec cette merveilleuse citation.
- Speaker #1
La constitution délicate des femmes appropriée à leur destination principale, celle de perpétuer l'espèce, les bornes aux timides travaux du ménage... au goût sédentaire que ses travaux exigent.
- Speaker #0
Si je m'énerve pas avant la fin de cet épisode, c'est un miracle. Mais alors, pourquoi spécifiquement les travaux d'aiguille ? Les fillettes auraient pu uniquement apprendre à s'occuper de bébés ? Qu'est-ce que les arts du fil ont de si important qu'il faille les apprendre à l'école et pas uniquement à la maison ? Et bien, comme on l'a vu, la femme, en plus d'être une mère, est le pendant de son mari. Son rôle est donc de l'assister et de lui être agréable. Lui enseigner les travaux d'aiguille permet donc de la former à son futur rôle de femme au foyer. Former son goût, organiser l'intérieur de la maison, s'occuper de ses enfants, bref, être une bonne maîtresse de maison. Une parfaite femme au foyer. Car une femme occupée à l'intérieur sera beaucoup moins tentée d'aller dehors. Dehors, ça peut être l'adultère, l'aventure, mais surtout la vie publique et politique réservée aux hommes.
- Speaker #1
Le travail manuel féminin et de structuration,
- Speaker #0
nous dit Joël Lebaume,
- Speaker #1
est profondément marqué par l'annonce d'un discours utilitaire indiquant l'acquisition du rôle de la maîtresse de maison.
- Speaker #0
Les hommes au pouvoir, non. Aucun intérêt à voir leur monde remis en question par des hordes de femmes spoliées de la vie politique depuis si longtemps C'est pour ça que la femme au foyer est un archétype si important Parce qu'elle permet d'occuper tout un pan de la population Et si vous avez déjà essayé de tenir votre chez-vous vraiment propre et ordonné Vous savez le temps et l'énergie que ça prend En fait quand on est au foyer, on n'a pas vraiment le temps de faire autre chose Et le travail ne s'arrête jamais Il y a toujours quelque chose à faire Enseigner les travaux d'aiguille en plus des autres matières fait donc d'une pierre deux coups On apprend aux fillettes leur futur rôle social et on les garde sous globe Les travaux d'aiguille ont aussi l'avantage d'être utiles au quotidien. Savoir coudre, broder, tricoter et tout le reste, ça vous servira toute la vie. Mais pour que l'apprentissage des travaux d'aiguille soit efficace, il lui faut un corps qui soit capable de suivre. C'est pourquoi cette matière est classée dans l'éducation physique. Car quand vous faites votre petit bout de chemin jusqu'à l'école, vous ne préparez pas que votre esprit, non, vous préparez également votre physique. C'est en tout cas ce qu'affirme l'autrice Béatrice Guillier dans son incroyable article « Apprendre à coudre ou savoir consommer les travaux d'aiguille dans les illustrés français » pour pas... petite fille du premier XXe siècle. Le réglement de la régulation pédagogique des écoles publiques 1880, d'ailleurs, l'éducation physique, affirmant que sans se changer en atelier, l'école primaire peut faire aux exercices du corps une part suffisante pour parer et disposer, en quelque sorte, les garçons aux futurs travaux de l'ouvrier et du soldat, aux soins du ménage et aux ouvrages de femmes. Mirabeau disait que les femmes étaient délicates, on l'a vu dans sa citation. Et parce que le corps des femmes est si fragile, il est important que l'éducation physique prépare le corps à la position assise, les mains aux gestes précis, la nuque à être sans cesse baissée. Les enfants sont de futurs citoyens, donc ils doivent comprendre dès aujourd'hui ce qui constituera leur quotidien demain. Les garçons auront les travaux manuels type menuiserie et jardin, les filles auront les travaux manuels type couture et ménage. Deux façons d'appréhender le genre, deux façons de se préparer à la vie d'adulte, et deux façons d'entraîner le... corps. On demandera aux hommes d'être actifs, de prendre des décisions, de faire des choses physiquement éprouvantes. On demandera aux femmes d'être passives, de se laisser guider et d'être capables de rester longtemps immobiles. Alors, si on veut résumer, on cherche quoi, finalement, avec cette éducation féminine aux travaux d'aiguillé ? La citoyenne de demain a pour but de servir son mari et, à travers lui, l'État tout entier. À travers le fil, ce sont les générations futures qu'on cherche à modeler. Là où autrefois la femme servait Dieu à travers son mari, elle sert maintenant l'État à travers lui. Son rôle rêvé est celui de la femme au foyer. Son but ultime ? Fonder une famille. En tout cas, c'est l'idéologie qui est promue à travers la promotion et l'organisation des leçons de couture.
- Speaker #1
« C'est une éducation élémentaire essentiellement construite pour le sens des devoirs. Toute jeune vit en fleur,
- Speaker #0
nous dit Joël Lebaume. » Parce que la femme, selon l'école républicaine, elle a des devoirs très sérieux. L'un des plus importants étant de rester à sa place et de ne pas faire d'ombre aux hommes qui l'entourent. Et ça ? C'est l'aspect moral indissociable de l'éducation aux travaux d'aiguille qui va s'en charger. Je profite du fait que je vous tiens là pour vous rappeler de liker, partager et commenter ce podcast. C'est la meilleure façon de soutenir l'émission et chacune de vos interactions me met du baume au cœur. Voilà c'est tout, bisous ! Les femmes, en gros, on leur demande pas des trucs très compliqués. Faire des gosses, garder leur mari et avoir une maison bien tenue. En gros. Mais garder les mains occupées c'est une chose. Encore faut-il dompter les esprits.
- Speaker #1
Caroline Fayol nous explique que L'école publique est désormais envisagée par les professionnels comme le lieu où les filles... peuvent s'exercer au domestique. Ence, députée de la Moselle, prévoit ainsi que les institutrices enseignent séparés aux jeunes élèves les occupations domestiques. Les exerce à la filature, à la...
- Speaker #0
On demande d'abord à une femme d'être une mère, et c'est aussi à ça qu'on la forme à l'école. Les leçons de travaux d'aiguille sont indissociables de cette vision de la maternité éducaire. Mais y'a pas que ça. L'école permet aux enfants de s'instruire. D'accord ? Cependant, les buts sont différents en fonction des classes sociales. Parce que selon que vous êtes une fille de notaire ou une fille d'ouvrier, vos leçons de couture ne vous serviront pas à la même chose. Parce qu'on fait d'une pierre deux coups avec l'école et les cours de couture. On élève la condition féminine dans les campagnes en enseignant aux fillettes les rudiments du savoir et on maintient les femmes de... tous les groupes sociaux dans cette attente d'être une épouse accomplie, qui n'espère finalement qu'une chose, être une bonne épouse, une bonne mère et une bonne gestionnaire de sa maisonnée. On retrouve Joël Lebaume dans le papier « L'enseignement ménager en France, sciences et techniques aux féminins »
- Speaker #1
qui nous explique qu'il y a un double enjeu de domination qui a présidé à la structure de cet enseignement. Social, civiliser et moraliser les classes populaires, leurs filles, et sexuer,
- Speaker #0
maintenir les femmes de toutes les classes dans l'espace domestique. Vous êtes une femme, d'accord. Mais faudrait voir à tenir votre rang. De la plus humble à la mieux dotée, la nation française compte sur vous pour maintenir l'ordre social. Vous êtes un merveilleux petit rouage dans une machine. Nouvelle, certes, mais déjà très bien huilée. Prenons les classes sociales les plus exploitées, par exemple. Les filles de pauvres. Eh bien, pour elles, les leçons de travaux d'aiguille pourront se révéler une vraie manne financière dans le futur. Pourquoi ? Parce qu'avec le maniement du fil, elles vont apprendre une compétence qu'elles pourront monnayer quand elles seront adultes.
- Speaker #1
L'apprentissage de la couture a une fonction. Il vise à préparer les filles à leur future prise en charge du travail domestique et à... Les plus hauts métiers du textile,
- Speaker #0
nous explique cette chère Caroline Fayol. À travers l'enseignement de cette matière, on cherche aussi à donner aux fillettes une certaine sécurité de l'emploi. Elles pourront devenir couturières, repasseuses, tisserandes, etc. Mine de rien, c'est pas négligeable quand on rentre sur le marché du travail. Parce que les métiers qui concernent les arts du fil, ils ont cette particularité de se faire très souvent à l'intérieur. Et ça, c'est génial pour se sortir de la rue. C'est Martine Sonnet qui nous en parle dans son papier « L'éducation des filles à l'époque moderne » .
- Speaker #1
Ces travaux manuels simples sont censés mettre les filles du peuple... en état de gagner honnêtement leur vie dans des métiers pratiqués à la danger de la rue, dans une boutique ou un atelier sous la conduite d'une maîtresse.
- Speaker #0
Ce sont des métiers honnêtes, organisés, qui offrent une certaine sécurité de l'emploi et qui permettent à une jeune fille fraîchement sortie de l'école d'éviter les dangers de l'extérieur. Cette volonté d'enseigner les travaux d'aiguille permet donc d'uniformiser les savoirs plus efficacement que quand ils sont appris à la maison, mais aussi, ils permettent tout simplement d'apprendre des techniques que les fillettes n'auraient peut-être pas appris chez elles. Et ces techniques... Elles vont ensuite les faire valoir quand elles sortiront de l'école. Mais ça, c'est quand vous êtes pauvres. Parce que les pauvres, elles doivent travailler pour gagner leur croûte. Alors à quoi ça sert d'apprendre la couture et le reste quand on est une jeune fille aisée, voire riche ? Eh bien pour les riches qui auront les moyens de ne pas travailler plus tard, puisque leur mari gagnera pour deux, c'est autre chose. En fait, les travaux d'aiguille leur permettront d'éviter l'oisiveté. Et donc, les mauvaises pensées. C'est quoi les mauvaises pensées ? Ça peut être un peu tout et n'importe quoi. Les états dépressifs, l'imagination débordante, la soif de savoir. En bref, tout ce qui dépasse et qui fait tâche. Martine Sonnet nous dit que...
- Speaker #1
Le fil. et les aiguilles se retrouvent aussi dans les classes des couvres. Mais cette fois, aux fèves qui n'auront pas à subvenir elles ont besoin de loisiveté et de ces mots.
- Speaker #0
Occuper les mains permettra alors d'occuper l'esprit pour celles qui parfois n'ont pas grand chose à faire. C'est également ce qu'affirme Caroline Fayol. Dans son plan consacré à l'éducation des filles, le député de la Haute-Garonne Jean-Marie Calès affirme que les travaux d'aiguilles sont censés travailler à la régénération des femmes car ils permettent à... de diffuser les vertus républicaines et de lutter contre les mœurs corrompues de l'Ancien Régime. Les filles, par l'apprentissage de la couture, se purifieraient en effet des vices associés aux femmes aristocrates comme la frivolité, le luxe et la paresse. Ces enseignements visent à empêcher les filles de contracter un goût de la distinction sociale et donc à créer de l'égalité à l'intérieur du groupe des femmes. Ce qu'on veut par-dessus tout, c'est éviter les erreurs de l'Ancien Régime. Pour ça, il faut que les femmes aspirent à reproduire... et garder un certain ordre social. Apprendre à travailler le fil, c'est garder la femme à l'intérieur et s'assurer qu'elle n'aura pas de problèmes. pas de mauvaise pensée et qu'elle restera sagement dans son rôle domestique. Les filles rurales resteront à la campagne, les filles urbaines resteront à la maison. Parce que riches ou pauvres, vous restez une femme. Et je vais pas vous réexpliquer ce qu'on attend de vous, vous le savez déjà très bien. Vous tombez dans une catégorie de la population qu'il convient de guider vers une certaine destinée. Vous êtes une petite fille, un jour vous serez une épouse et une mère, et l'école est là pour vous insuffler cet idéal de la femme au foyer. C'est un peu le côté égalité de notre devise nationale finalement. Vous êtes une sacrée petite chanceuse vous ! Et puisqu'on joint l'utile à l'agréable, pourquoi ne pas rajouter une bonne petite leçon de morale avec tout ça ? Vous le savez, les femmes qui lisent sont dangereuses. Leur apprendre les arts du fil, c'est donc un excellent moyen pour qu'elles évitent de trop réfléchir.
- Speaker #1
Souvent, la lecture ou le récit d'une petite histoire intéressante et morale soutiennent les actions répétées et rythmées des jeunes élèves. Là, on a aussi la forme d'une information, parfois dictée, sur les connaissances indispensables à une bonne couturière ou à une bonne ricoteuse. Outre l'intérêt... Formation transmise, ces compléments oraux constituent un accessoire pédagogique supposé éviter aux élèves l'ennui, la monotonie, voire les mauvaises pensées.
- Speaker #0
Merci à Joël Lebaume pour ce constat, quand on pensait que ça pouvait pas être pire. L'intérêt de la leçon de morale pendant la classe est donc de rythmer l'apprentissage, éviter l'ennui et même les mauvaises pensées nées d'une imagination débordante. Des mains actives gardent l'esprit au repos et donc soumis. Apprendre les travaux d'aiguille à l'école assure donc aux filles des campagnes d'en avoir les rudiments même si leur mère ne leur a jamais appris ou qu'elle est absente. La leçon de morale transmise pendant les leçons de couture permet également de forger des esprits sains, c'est-à-dire des esprits qui se conformeront à l'idéal républicain de l'époque. Quant aux filles riches, ça leur fait quelque chose à faire une fois qu'elles seront mariées, et ça leur donne un but après le mariage. Avoir des enfants, s'occuper de la maison, décorer avec goût, garder l'imagination sous cadre et les mains occupées. J'engage le terrain, l'enseignement ménagé en France, sciences et techniques au féminin, et je pose un Joël Lebaume.
- Speaker #1
Il s'agit de moraliser les filles de milieux populaires en transmettant des valeurs édygiennes. en mettant l'accent sur la responsabilité de la maison.
- Speaker #0
S'occuper les mains pour borner les esprits, ça peut prendre plusieurs formes, dont celle d'avoir une broderie ou un tricot sur les genoux pour rester productif tout en évitant les pièges de l'imagination ou les lectures considérées comme inappropriées voire dangereuses. Et ce, même en dehors de l'école.
- Speaker #1
Joël Lebaume nous dit encore que les occupations manuelles sont supposées limiter l'imagination, éviter les mauvaises passions que pourraient faire naître quelques... que lecture frivole.
- Speaker #0
Quand vous avez tout le temps votre ouvrage dans les mains, vous pouvez pas trop lire ou rébasser. C'est pratique, et ça occupe votre temps de manière productive. Même la posture et le geste qu'on adopte pendant ses leçons rappellent la soumission généralisée des femmes. Ça, j'y aurais sûrement pas pensé toute seule si je l'avais pas vu écrit noir sur blanc par Béatrice Guillier.
- Speaker #1
Ces activités calmes et louriseraient en fait chez les fillettes d'acquisition.
- Speaker #0
La culture exige d'adopter une posture pendant du corps dans ses mouvements par son ouvrage. Les ouvrages manuels et la parentalité ont ceci en commun qu'ils prennent du temps et de la patience. Les arts du fil ne se retrouvent que dans les écoles pour filles, car ils correspondent parfaitement à ce qu'on attend d'une femme. Immobilité, productivité, humilité, agrément. A nos yeux, ils sont intrinsèquement liés à la condition féminine.
- Speaker #1
Au-delà de l'intérêt économique, les... Ils sont souvent considérés comme les occupations féminines d'excellence, car les tâches tranquilles et sédentaires particulières...
- Speaker #0
nous dit Joël Lebaume. Vous trouvez que je cite beaucoup ? Eh ben vous n'êtes pas au bout de vos peines. Donc, les travaux d'aiguille à l'école cochent toutes les cases. Ils promeuvent la moralité, un idéal féminin, ils gardent les enfants bien sages, et en plus ils sont utiles. Et ils sont aussi pensés dans une optique d'économie domestique. Loin du fast-passé, l'accent est désormais mis sur le domestique. On privilégie de réparer, repriser, entretenir, plutôt que d'acheter loin de chez soi et de dépenser l'argent du ménage. Dans cette optique, une bonne femme est une femme économe, peu importe sa classe. Vous allez me détester, mais j'ai encore une citation de Joël Lobelm sous le coude, et celle-là venant de l'article « La transformation des travaux d'aiguille en leçon de couture ou la constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérentes » .
- Speaker #1
Le soin qui ne traduit qu'une formation morale s'exprime dans l'ensemble du parcours de l'élève.
- Speaker #0
Toutes les activités en sont les illustrations prêtes. Entre linge, réaliser les petits vêtements sont les actions familières permettant de dépenser l'argent du ménage et évitant. pour le faux luxe à l'extérieur de la maison. La femme du XIXe siècle se voit donc offrir une instruction, mais pas n'importe laquelle. Elle est orientée, que ce soit à travers le geste ou l'esprit. L'État cherche à modeler les fillettes selon un modèle très précis. La parfaite femme au foyer. Mais concrètement, il se passe quoi dans ces leçons de couture ? L'obligation des travaux d'aiguille dans les écoles de filles prend effet le 15 mars 1850. Avec cette date, c'est toute une machine de vie étatique qui se met en branle pour... assurer la meilleure éducation possible aux têtes blondes. Parce que oui, je rage depuis le début, mais c'est... Important de rappeler que les législateurs de l'époque étaient vraiment persuadés de faire quelque chose en faveur des femmes, mais on en reparlera un peu plus tard. Pour l'instant, ce qui nous intéresse, c'est de voir comment se sont organisées les leçons de couture dans les classes et la relation très particulière qu'elles ont entretenue avec la pédagogie. En effet, la couture et les arts du fil en général, c'est des matières qui ne s'organisent pas comme les autres et qui ne s'apprennent pas non plus comme les autres. Je vous propose qu'on commence par le début avec les petites mères. Les petites mères, ou tout simplement les mamans, ce sont certaines des élèves présentes pendant les leçons de couture. Et leur particularité, c'est que sans être prof, elles vont aider les autres enfants avec leurs travaux. Le site Le Temps des Institutaires nous le dit en ces termes.
- Speaker #1
Les enfants sachant tricoter, appelés mamans, petites mères, font l'instruction des petites filles novices qui leur sont confiées chaque mois par tirage au sort.
- Speaker #0
Ça veut dire que l'institutrice est bien là, mais que l'enseignement se fait également à l'intérieur des groupes d'élèves grâce aux petites mères. Les enfants s'entraident ainsi en prenant les plus jeunes et les moins expérimentés sous leurs ailes. Elles deviennent leurs mamans, en ce sens qu'elles les guident dans leur apprentissage. Les duos changent tous les mois, permettant plusieurs entraides et problématiques différentes, et c'est pratique, parce que ça allège aussi le travail de l'institutrice. Et avec les petites mères, on voit à quel point les arts du fil se transmettent naturellement de manière... orale et gestuelle, les unes après nos autres, et le geste se transmet en copiant et en faisant. C'est pour ça que ces petites élèves sont bien utiles à la maîtresse, parce que chaque duo permet une prise en compte personnelle de chaque élève. C'est un savoir empirique parce qu'il s'apprend en faisant. D'ailleurs, on apprend. Mais on apprend quoi, précisément ? Parce que les arts du fil, c'est un domaine hyper vaste. Je vous apprends rien. Avec quelques heures par semaine, même avec toute la meilleure volonté du monde, on peut pas tout voir. Eh bien, je laisse notre chère Béatrice Guillier répondre à ma place.
- Speaker #1
Le programme scolaire tel qu'établi du 28 mars... 1880, pose essentiellement sur des travaux d'utilité courante et laisse voter les arts d'agglomération, l'apprentissage, tout autour du tricot, couture et de lames, savoir remailler, piécer, invader.
- Speaker #0
Là voilà notre réponse. Les élèves apprennent ce qui peut servir plus tard. L'école n'est pas forcément là pour leur faire découvrir les arts du fil dans leur ensemble. L'école, c'est un passage de la vie où les enfants apprendront des choses très concrètes. Le but, c'est la formation à la vie future. Et dans votre vie future, À un moment, vous aurez des trous dans vos chaussettes et vous serez bien content de pouvoir prendre votre fil et votre aiguille pour pouvoir les réparer. Chaque chose vue en classe avait donc son utilité. Mais comment faire la différence entre un ouvrage d'agrément ou un ouvrage utile ? L'inspecteur Viau figure parmi les premiers à avoir tenté de mettre de l'ordre dans les leçons de couture. Il divise les arts du fil en trois catégories et n'en retient qu'une seule pour l'école. Ce nécessaire est indispensable. Les autres s'apprendront hors de l'école. Agivio, constatant dans les classes l'absence d'organisation des travaux manuels, imagine une méthode d'enseignement consacrée... ...position universelle de 1867. En effet, avant ce borne au crochet, broderie ou tapisserie, cet inspecteur divise alors les travaux nécessaires et indispensables, couture et tricot, bros utiles et agréables, bros de tapisserie et dentelles, et les trucs de simple à nécessiter de la tenue de la maison, il ne retient pour l'école que plus utile et sans doute... Et qui nous dit ça ? Le gôte Joël Lebaume, bien sûr. Dans son papier, la transformation des travaux d'aiguille en leçons de couture ou la constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérents. Donc, on apprend ce qu'on apprend parce que c'est utile et qu'on doit savoir le faire. Et cette première catégorisation des arts du fil va être la première pierre à un édifice pédagogique mine de rien assez précaire. Parce qu'en catégorisant, on hiérarchise. Et en hiérarchisant, on commence à déterminer ce qui vaut le coup et ce qu'on peut laisser de côté. La dentelle au fuseau, par exemple, c'est pas utile pour plus tard. La marque, par contre, ça entraîne à l'alphabet et donc... on garde. Petit aparté en ce qui concerne la marque, je pense que vous savez déjà ce que c'est, vous savez juste pas que ça s'appelle comme ça. La marque sur le tissu, c'est les lettres brodées sur les mouchoirs ou sur les bras qu'on voit partout quand on achète du linge de maison de seconde main. Ça servait littéralement à marquer le linge de ses initiales. Voilà, maintenant vous savez. Dans cette optique d'utilité, la layette est rapidement encouragée comme apprentissage condensé de ce qu'on doit savoir. La layette c'est quoi ? C'est littéralement le linge des bébés, donc un vêtement complet mais en miniature. Imaginez habiller votre petite Adelph et apprendre tout ce que vous avez besoin de savoir en même temps. Et si vous n'avez personne de plus jeune que vous dans la famille, pas de problème ! La layette, ça s'applique aussi aux vêtements de poupées. En plus, c'est amusant de pouvoir habiller ses poupées. Et ça a l'avantage de vous préparer à votre futur rôle de mère, de vous occuper comme ça de votre petite poupée ou de votre petite Adelph. Quoi, vous pensiez que je vais vous laisser tranquille avec ça ? C'est bien mal me connaître ! Coudre et tricoter ses petits vêtements, c'est rapide à réaliser. Et c'est aussi un super aperçu des techniques employées pour les objets des adultes. Parce que si on tricote un gilet miniature avec un raglan, alors on apprend à faire un raglan ! et ça nous servira plus tard quand il faudra tricoter un gilet pour adulte. On aura déjà les bases vu qu'on l'a fait sur de la layette. L'introduction dans les classes de la poupée Suzette permet alors de préparer tout le trousseau avec lequel on pourra ensuite jouer, mais c'est également du travail scolaire. Donc, on fait d'une pierre deux coups. On nous en parle sur le site Le Temps des Instituteurs. À cette date, la layette, outre sa fonction du rôle de mue, c'est le moyen d'accodation de l'enseignement aux exigences matérielles. Ces petits objets requièrent moins d'utilisation, s'adaptent d'avant. Durée des séquences et d'intérêt dans l'esprit d'une pédagogie rénovée, la confection des objets utiles et préférés au consist... Réaliser le trousseau de la p*** d'institutrice,
- Speaker #1
produire la corp*** et Suzy de 4 cm de taille.
- Speaker #0
Définir et classer les travaux manuels utiles, organiser les leçons entre enfants de niveaux différents avec les petites mères, ou encore introduire carrément les poupées dans la classe, ce sont autant d'exemples d'une recherche d'organisation scolaire. Dès le début à l'école, on fait pas forcément ce qu'on veut. On est là pour apprendre, et cette recherche pédagogique, cette volonté de cadrer l'apprentissage des arts du fil, ça va influencer les leçons de couture et les orienter vers un chemin de plus en plus étroit. On n'apprend pas n'importe quoi, n'importe comment. L'école, c'est l'état, et l'état, c'est carré. Sauf que les arts du fil demeurent des savoirs. empiriques qui ont du mal à rentrer dans les cases, malgré tous les efforts des législateurs et autres pédagogues pour les faire rentrer dans le cadre pédagogique strict de l'école. Et là, ça commence à sentir le roussi pour notre matière, parce que ce qui ne peut pas s'adapter est laissé de côté. Et l'une des premières choses à être mise de côté, ce sont les petites mères. Malgré le côté pratique d'un tel enseignement, on va doucement mais sûrement arrêter de faire appel aux méthodes individuelles pour l'apprentissage des arts du fil. Comprenez, les élèves ne sont plus en 1v1, les mamans ne prennent plus une élève moins expérimentée pour s'en occuper. Désormais, c'est la méthode collective qui prime, donc la maîtresse d'un côté et les élèves de l'autre. La maîtresse devient alors l'alpha et l'oméga de la transmission des savoirs.
- Speaker #1
Cette quête du statut scolaire de la discipline,
- Speaker #0
nous dit Joël Lebaume,
- Speaker #1
se retrouve aussi dans la méthode d'enseignement préconisée qui compte la méthode individuelle pour privilégier la méthode collective, celle que gère la maîtresse d'école.
- Speaker #0
Alors pour moi, personnellement, la disparition des mamans est assez significative de la position de l'école vis-à-vis de l'apprentissage. C'est plus des élèves qui s'apprennent entre elles, accompagnés et guidés. par l'institutrice, mais c'est désormais l'institutrice qui devient le centre du savoir et c'est à elle d'enseigner, de A à Z, sans recourir aux élèves. Cette nouvelle façon d'enseigner cherche à remettre l'église au milieu du village. La maîtresse représente l'école et par conséquent, elle est un prolongement de l'État lui-même. C'est l'État qui apprend et qui guide à travers la maîtresse d'école. On cherche ainsi à différencier l'école de la maison où tout est plus informel et où l'apprentissage se fait de manière individuelle, orale et gestuelle, comme avec les petites mères. Et là, évidemment que je vais encore cité Joël Lebaume. sont effectuées machinalement. L'école c'est sérieux et surtout c'est pas la maison. Cette recherche de discipline pédagogique, c'est aussi une recherche de légitimation de l'école en elle-même. À quoi bon être obligé d'y aller si c'est pour apprendre comme chez soi ? L'apprentissage reçu à l'école doit donc se différencier de l'apprentissage reçu à la maison. Si chez soi on apprend entouré des autres femmes de sa famille de façon informelle, à l'école une seule personne détient le savoir et sait comment le transmettre. La maîtresse parle et montre, les élèves reçoivent et font. Mais le problème c'est que les travaux d'aiguille s'adaptent à... assez mal à l'orientation pédagogique qu'on veut leur donner. De plus en plus, des spécialistes, tels que Rosalie Schellenfeld, vont chercher à définir et à cadrer les travaux d'aiguillé. Mais là encore, si ça peut sembler mieux au premier abord, l'uniformisation des leçons ébranle l'apprentissage même de la matière. Joël Lebaume nous dit que « L'organisation scolaire,
- Speaker #1
selon la méthode Schellenfeld, généralise en France la scolarisation des travaux d'aiguille, mais les uniformise sur le modèle de la leçon de coupe-couture. La géométrie... » devient le savoir de référence des travaux d'aiguille qui s'éloigne des pratiques qu'il souhaitait initier.
- Speaker #0
Désormais, peu importe l'art du fil que vous pratiquez à l'école, ça doit être géométrique, noté, mis à plat sur du papier, avant même d'être manipulé. L'avantage, c'est que les explications deviennent les mêmes pour toutes. L'inconvénient, c'est que l'aspect coupe-couture, c'est super en couture. Pour du tricot ou de la reprise, c'est pas aussi simple. Aussi étonnant que ça puisse paraître, la géométrie... devient donc le point d'ancrage de ces leçons, mais cristallise également les difficultés d'adaptation de cette matière aux nouvelles exigences pédagogiques. De gestuelle, l'éducation va devenir scientifique. Parce qu'en intégrant la géométrie aux travaux d'aiguille dans une recherche de montrer et comprendre l'objet qu'on veut créer, on scientifise un savoir qui s'adapte difficilement aux surfaces papier. Par exemple, chercher à montrer le tricot, maille par maille, dans son cahier, ne rend pas compte du projet une fois fini. Donc on va commencer à privilégier les travaux d'aiguille qui peuvent rentrer dans cette théorisation du savoir. Par exemple, la couture, ça y rentre. Le tissu, c'est plat et ça prend la même place que le patron. On peut donc dessiner, calculer, découper et coudre. Joël Lebaume le dit en ces termes.
- Speaker #1
Chaque leçon tend ainsi à montrer l'objet géométrique.
- Speaker #0
Carré, rectangle, droit, par l'objet technique ne résulterait à part que d'une tâche mécanique posée à chacun des travaux d'errance de la coupe, mais ainsi au pro des surfaces. Alors la surface construite... Le risque d'exclusion des travaux présentés selon ce mode artificiel se retrouve renforcé par leur position à la fin du programme. En plus de ça, ce qu'on choisit de transmettre et ce qu'on choisit délibérément de laisser de côté, c'est significatif des changements de l'école. Plus le temps passe et plus l'agrément disparaît au profit. de l'usuel qui est lui-même amputé du tricot et du crochet. Pourquoi ? Parce que les machines prennent de plus en plus le relais, et donc on a de moins en moins besoin de savoir tricoter. Ça fait le tri entre les savoirs qui peuvent s'adapter à l'école et les autres, qui du coup repassent dans un apprentissage domestique et familial. Et là, quelque chose se passe. En fait, on commence à faire le tri entre les savoirs scolaires et les autres, ce qui échappe aux velléités pédagogiques. On passe du manuel au théorique. Alors même qu'on est sur une matière qui s'appelle travaux manuels, la couture pouvant s'adapter, elle prend de plus en plus de place. Et les autres arts du fil ne sont désormais perçus que comme des travaux préparatoires. Ils sont appris en premier, tels que le tricot, mais ils sont ensuite abandonnés quand l'élève monte de classe. La couture usuelle n'aborde que les coutures les plus courantes dans les travaux ménagers. Les AVCDR ne sont plus conseillés et le marquage est limité à l'apprentissage d'une lettre de chaque type. De même, le crochet et le tricot sont maintenus, mais ce travail d'entrée devient mineur tenu de l'abondance. ...produits, manufacturés. Ces orientations isolent clairement les savoirs scolaires, ceux qui s'adaptent à une leçon, ceux dont l'apprentissage ne se limite pas à une performance gestuelle, ceux qui s'associent à la géométrie,
- Speaker #1
la science du travail.
- Speaker #0
Encore une fois, merci Joël Lebaume. D'ailleurs, je le cite tellement que s'il y avait un seul article à lire pour cet épisode, ce serait le sien, qui s'appelle « La transformation des travaux d'aiguille en leçon de couture ou la constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérentes » . L'école doit justifier de son existence et en même temps, on doit trouver un équilibre pour que tout ça fonctionne. La recherche pédagogique vise justement à... améliorer les leçons qui sont dispensées. Mais dans sa quête de validation pédagogique, l'école se désolidarise de certains savoirs. De ce fait, la couture n'est plus un enseignement en soi, mais plutôt la toile de fond d'une autre matière, la géométrie. Et en passant dans le côté théorique de la force, les leçons d'aiguille vont aussi passer dans les matières cérébrales et quitter le giron de l'éducation physique pure. Mais ça, ça n'a pu être possible qu'en sacrifiant au passage plein d'enseignements qui retournent entre guillemets à l'état sauvage, c'est-à-dire à la maison, à l'apprentissage empirique et aux gestes purs. Néanmoins, même si la leçon de couture est mise à mal, elle reste ancrée dans l'école du début du XXe siècle parce qu'elle est considérée comme nécessaire. Souvenez-vous, c'est réservé aux filles et ça forme les futures femmes au foyer parfaite. Donc on est toujours sûr de la formation et ça a toujours un sens. Le but reste encore et toujours d'intérioriser son futur rôle de femme, de mère, bref, de gardienne de la maisonnée et des bonnes mœurs. Mais le prix à payer pour cette théorisation des savoirs, c'est qu'on exclue de plus en plus certaines pratiques du fil comme le tricot ou la marque. La leçon de couture... elle-même est très souvent reléguée en fin de programme. On pratique quand on a le temps de le faire, si on a réussi à boucler le programme avant. Et donc, l'aspect optionnel des travaux d'aiguille montre à quel point ces pratiques commencent à être vues comme désuètes, ou en tout cas, ne faisant plus partie de la mission de l'école. Dites adieu avec moi à Joël Lebaume, parce que c'est sa dernière citation.
- Speaker #1
Ainsi, la diminution de l'horaire exclut lentement les pratiques essentiellement mécaniques qui peuvent s'exercer à la maison.
- Speaker #0
Vous la sentez venir la douille pour les leçons d'aiguilles ? Y'a plein de techniques qui disparaissent, c'est relégué à la fin du programme, les heures des leçons de couture sont reniées par d'autres matières, et oui, on n'est qu'au début du XXe siècle et pourtant, ils sont déjà en mauvaise posture. Mais ça, c'est pas si étonnant. Parce que depuis le début, cette matière, c'est un vœu pieux, mais c'est aussi un instantané d'une époque... particulière. Et même, je pense qu'on peut dire que les leçons de travaux d'aiguille étaient vouées à être éphémères depuis le début. Pourquoi ? Eh ben je vous tisse un petit peu, mais c'est ce qu'on va voir dans le prochain épisode. Entre une hiérarchie des enseignements, des magazines pour fillettes et de la mixité scolaire, les travaux d'aiguille vont être balottés dans tous les sens pour finir par être abandonnés et remplacés par les fameux cours de techno. Et même si je râlais au début de l'épisode, en fait, les cours de techno, ça va, c'est pas si pire. Et puis, ils ont fait que prendre un siège qui était vacant depuis trop longtemps. Mais je vous en dis pas trop, on voit ça dans le prochain épisode. N'oubliez pas que si vous voulez m'envoyer du gaz, le meilleur moyen c'est encore d'interagir avec cet épisode et de me suivre sur les réseaux. Voilà, je vous dis à la prochaine et d'ici là, bichonnez-vous !