- Speaker #0
Chère auditrice, cher auditeur, je t'emmène dans cet épisode au cœur du Made in France, dans un secteur qui a été parmi les plus bousculés par la puissante vague de délocalisation des années 80-90, je parle du textile. Fabriquer en France, c'est un défi pour notre pays, pour nos emplois, pour nos entreprises. Beaucoup ont renoncé devant les coûts et les complications administratives, mais d'autres s'accrochent. C'est le cas de cette PME familiale Kiplay, leader dans les vêtements de travail. Kiplay a dû délocaliser une grande partie de sa production pour survivre. Et elle a traversé une période de grande fragilité au moment de la transmission vers la troisième génération. Nous parlerons de cette période pendant l'épisode. Mais vous allez sentir comment le Made in France est profondément ancré dans l'ADN de cette entreprise et comment elle cherche depuis dix ans et avec créativité un chemin pour ramener de la production en France.
- Speaker #1
A tout de suite.
- Speaker #0
Il est temps de faire évoluer ton modèle, donner plus de responsabilité à tes équipes, renforcer la robustesse et la performance de ton entreprise, faire évoluer ta gouvernance pour être moins seul face à la complexité de ton marché, tout en respectant ce qui fait la force de ton histoire familiale. Mais comment transformer ton entreprise sans la dénaturer ? Comment embarquer ta famille actionnaire et permettre à chacun de trouver sa juste place ? Bienvenue dans le podcast « L'entreprise familiale, nouvelle génération » . Je suis Thomas FYOT, coach de dirigeants. et depuis plus de 15 ans, j'accompagne des entrepreneurs familiaux à réussir leur pari. Dans ce podcast, tu vas trouver des rencontres avec des dirigeants inspirants qui ont osé faire bouger les lignes et des idées concrètes pour faire évoluer ton entreprise. Mon intention, c'est de t'aider à trouver de l'inspiration pour faire progresser ton entreprise et marquer ton empreinte. Tu es prêt ? Allez, c'est parti ! Bonjour à tous ! Je vous emmène en Normandie pour rejoindre mon invité du jour, Marc Pradal. Son histoire avec Kiplay commence presque comme un roman. Il nous confirmera, mais j'ai noté que c'était environ en 1987, quand il entre dans cette entreprise normande, familiale, spécialisée dans le vêtement de travail, qui traverse alors une période de difficultés économiques. Elle passera d'ailleurs par une phase de redressement judiciaire à cette période. Vous me direz, ce n'est pas vraiment le meilleur moment pour rejoindre le bateau familial. Et pourtant, 37 ans plus tard, Kiplay est le leader français des vêtements de sécurité innovants. L'entreprise fabrique notamment des vêtements de travail pour l'industrie, pour les agriculteurs, pour tout un tas de métiers avec des clients de renom, des grands comptes comme Airbus, Toyota, Colas dans les travaux publiqués et bien d'autres dont Marc nous parlera peut-être tout à l'heure. Environ 11 millions d'euros de chiffre d'affaires et une marque, Kiplay Vintage, qui fabrique du prêt-à-porter made in France dans son atelier normand. Voilà, le made in France, dans un secteur du textile où beaucoup de monde, où l'essentiel des personnes ont depuis longtemps délocalisé. Alors Marc est la troisième génération familiale dans cette entreprise fondée en 1921. Et ce qui m'intrigue particulièrement dans le parcours de Marc, c'est qu'il y a plusieurs histoires en une. Celle d'un sauveteur d'entreprise qui a pris des décisions difficiles pour maintenir cette belle entreprise familiale Kiplay debout. Celle d'un militant du Made in France, du fabriqué en France à contre-courant depuis des années et qui trace sa route avec sa famille impliquée dans l'entreprise. Et puis celle d'un dirigeant qui a su, j'ai cru comprendre en 2024, passer le flambeau à la quatrième génération. Puis l'histoire l'a amené à revenir dans l'entreprise pour donner le coup de main, notamment sur la partie Made in France. Et j'ai hâte de creuser. Ce n'est pas banal en soi de partir puis de revenir. Donc j'ai hâte de creuser ce point avec Marc et voir un peu ce qui a pu amener à revenir dans l'entreprise. Bref, Marc, après cette introduction, je suis ravi de vous accueillir sur ce podcast, l'entreprise familiale Nouvelle Génération. On va avoir plein de choses à explorer ensemble. Les conditions de reprise de l'entreprise, on va parler aussi du Made in France et des conditions pour qu'une entreprise réussisse dans ce domaine aujourd'hui. On va parler un peu de gouvernance et puis de votre entreprise dans laquelle votre épouse et vos trois enfants, d'après ce que j'ai compris, sont impliqués aujourd'hui. On va parler de transmission, bref, on va parler peut-être d'autres questions qui émergeront en route. Voilà, pas mal de choses à voir. Marc, je suis ravi de vous accueillir. Est-ce que ça vous va comme programme ?
- Speaker #1
Tout à fait. Bonjour à tous.
- Speaker #0
Merci de votre présence, Marc. Est-ce que, peut-être, après cette courte introduction, est-ce que vous pourriez vous présenter un peu et nous partager ce qui vous anime ?
- Speaker #1
Alors, moi je me présente, donc aujourd'hui j'ai 65 ans, je suis né dans une bourgade, un petit village de Normandie, avec quatre frères et sœurs, nous étions cinq à nous suivre d'une année, et donc Mon père dirigeait l'entreprise et ma mère avait bien affaire avec les enfants. Très jeune, je suivais la scolarité, mais je n'étais pas fondamentalement inspiré par les études. Et donc, arrivé jusqu'au bac, puisque c'était l'obligation que nous avaient dictée nos parents, d'avoir le bac et après de faire comme on pouvait. Et moi, je me suis orienté vers, finalement, ce métier de confectionneur, puisqu'on avait été baigné dans cette ambiance familiale, entrepreneur, confection, fabrication. Et moi, ça me plaisait. J'étais attiré aussi par les arts, mais ça me plaisait. Donc, je savais que mes parents avaient des difficultés, que l'entreprise se portait pas bien, mais je ne me posais pas trop de questions. Et à cette époque aussi, j'avais une autre passion qui était le sport où j'ai joué au rugby. Et quand je suis arrivé à Paris pour faire mes études, j'ai joué au Racing Club de France pendant quelques années, en première division. Donc, j'ai joué d'ailleurs avec un collègue dans le vêtement, Franck Menel, qui... qui a créé la marque Eden Park. Donc, j'ai fait mes études à Paris, l'école du vêtement, l'école supérieure des industries du vêtement. Et c'était une formation en trois ans. Et je suis vraiment imprégné de cet univers qui vraiment m'a plu dès le départ. Donc, voilà pour la présentation. Alors, je suis marié, j'ai trois enfants. Et donc, on a continué à... perpétuer l'histoire de Kiplay, qui s'appelait en fait LETARD-DEGASNE. Ensuite, je vais vous expliquer pourquoi il s'appelle Kiplay aujourd'hui, puisque mon grand-père, dans les années, en 1933, faisait beaucoup, finalement, du marketing avant l'heure et avait créé le jeu de mots Kiplay, le vêtement qui plait. mais sous une forme anglophone, ce qui plaisait aussi à cette époque. Et moi, j'ai vu que le nom de mes grands-parents, LETARD-DEGASNE, était un plus difficile à véhiculer, et j'envisageais d'exporter. Et donc, j'ai repris la marque Kiplay en 2000 pour transformer cette société en SAS Kiplay. Kiplay, autrement, c'est une entreprise, Donc... qui essentiellement fabrique du vêtement de travail. On a dû, à l'époque, quand j'ai repris l'entreprise, on a dû délocaliser parce que l'entreprise fabriquait du 100% français. C'était lié à mon père qui était très attaché aux valeurs humaines. D'ailleurs, il avait un dicton qu'il répétait sans cesse : l'essentiel est humain. Et il ne se voyait pas, dans les années 80, délocalisé, fabriquer à l'étranger. Pour lui, c'était antinomique, il ne pouvait pas le faire. Donc, voilà un petit peu mon parcours et mon entrée dans Kiplay. C'est suite à mes études. J'ai demandé à mon père s'il y avait une place de commercial, puisque je jouais au rugby à Paris. je lui ai demandé s'il y avait une place à... comme commercial sur Paris. Il m'a dit, oui, oui, il y a une place, c'est certainement pas le poste le plus simple, parce qu'il y avait le sentier, et que nos clients commerçants, à cette époque, on vendait du vêtement de travail, et on vendait aussi du pantalon, du prêt-à-porter. qui approvisionnaient directement au sentier et n'achetaient pas chez les fabricants. Donc le poste n'était pas simple, mais j'ai fait mon trou. Quelquefois, j'allais voir les clients le lundi, le mardi, avec quelques coups sur le visage. Donc ils savaient que j'étais un rugbyman. Et j'ai fait mes armes comme ça pendant trois ans, quatre ans. Il y a un secteur qui s'est libéré. que j'ai découvertes. un peu la région de la Champagne. Après, on m'a confié le secteur du Nord, où j'ai rencontré des gens charmants. Et donc, les clients m'accueillaient, voulaient même me recevoir chez eux. C'était une autre époque, c'était incroyable. On allait, avec nos valises, présenter les collections. Et je me souviens d'un client à Charleville, où le père avait 60 ans. 60 ans, et puis il disait à son fils de porter mes valises, alors que moi j'étais tout jeune à l'époque. Donc c'était assez étonnant avec l'époque que l'on vit aujourd'hui, cette différenciation. Enfin bref, donc est arrivé un moment où mon père m'a dit, ça serait bien de travailler à l'entreprise, et on m'a trouvé un poste de responsable logistique, c'est-à-dire que je n'avais pas une responsabilité... particulière, mais je touchais à tous les services qui m'avaient permis d'apprendre. Donc mon père a toujours été bienveillant pour m'aider, mais il m'a toujours déconseillé de reprendre l'entreprise parce que lui était en redressement judiciaire et c'était vraiment très compliqué, il le vivait vraiment très mal cette période. Il a dû licencier des personnes, ça a été très douloureux pour lui. Il a fait une dépression à l'époque. Vraiment, il a fini sa carrière vraiment très difficile. Par contre, il avait tellement ancré de valeur dans l'entreprise que les gens étaient prêts à se battre pour défendre l'entreprise. C'est ce qui a permis de sauver Kiplay parce que c'est vrai qu'on était en mauvaise posture à l'époque. Le produit n'était plus adapté. On vendait des vêtements de travail, des pantalons classiques, on vendait dans des petits commerces. Et moi, ces années de commercial, j'ai ressenti le futur besoin, en fait, qui était de faire développer des vêtements de travail plus techniques, de vendre directement aux entreprises, plus passer par les intermédiaires. Et là, par des grossisses des distributeurs, et là, je me suis dit, en rentrant comme responsable logistique, il faut qu'on change notre produit, notre façon de fabriquer. J'ai fait appel à un ami qui était devenu mon beau-frère aussi pour m'aider dans ce challenge. Et là, on a fait un virage à 180 degrés de l'entreprise. À cette époque-là, c'était plus du ressenti qu'une étude de marché.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est ça. Et là, le produit était plus adapté. J'ai dit, on va aller vers des fabrications spéciales, c'est-à-dire qu'on va fabriquer des vêtements au logo couleur des entreprises. Et on va amener de la création, on va amener du fun dans le vêtement de travail. Là, je me suis régalé avec ça, parce qu'on a commencé à faire quelques conquêtes. J'ai trouvé un commercial qui avait commencé à vendre ce type de produits sur mesure. Et là, on allait voir les entreprises. Au départ, des entreprises menaces, et puis ensuite, on n'a pas eu peur. Moi, je n'avais pas peur non plus. Et on est allé voir des grosses entreprises. Et là, on a fait quelques beaux challenges. Vraiment des belles entreprises, je pense. Donc, des entreprises qui ont changé de nom, parce que ça a été racheté dans le temps. Ça s'est regroupé. Mais enfin, c'était le début. s'appelait La SGreg et aujourd'hui c'est Colas. Mais c'était Elf Acquitaine, c'était des gens comme ça, c'était Toyota, c'était tous ces noms-là qui sont restés clients ou fidèles très longtemps en tout cas. De ce parcours-là, on a changé le produit et puis on a changé aussi le lieu de fabrication parce que fabriquer en France, on était dans les années 80 et 80-90 et là... Les gens qui achetaient du vêtement de travail devaient l'acheter à moindre coût puisque ce n'était pas un achat plaisir. C'est un besoin nécessaire. Donc, on a fait cette première démarche-là. Et finalement, on a surfé sur une vague. Le pays s'est développé. Équipement de protection individuelle. Le vêtement de sécurité s'est développé. Puisque les normes sont arrivées en 1995. Au 1er juillet 1995. Et on a été les premiers à mettre en stock des vêtements haute visibilité. Les vêtements que vous voyez au bord des routes. Merci. fluorescents. Alors les premiers, je peux vous dire, les premiers porteurs, ils n'étaient pas ravis parce qu'on les voyait de loin. C'était quand même jaune et orange fluo. Les premiers essais, les orange fluo attiraient les moustiques. Donc les gens qui bossaient, c'était dans le sud de la France.
- Speaker #0
Ils se faisaient piquer.
- Speaker #1
Ils se faisaient piquer à cause de ça. Moi, je m'étais rapprochés de 3M, on avait fait un challenge avec les commerciaux. J'aurais dit, si vous faites des bons résultats, on fait des challenges, soit karting. Et j'ai même emmené, puisqu'on a équipé le Festival de Cannes, on est allé à Cannes et j'ai emmené toute l'équipe commerciale sur les marches du Festival de Cannes. Excellent. On a toujours gardé les bons souvenirs. C'est une équipe aussi. Je pense que même les... commerciaux, moi j'étais un peu innocent aussi, on apprenait tous en même temps, et les commerciaux auraient pu gagner mieux leur vie ailleurs, mais il y avait un tel challenge, une telle progression ensemble que finalement, ça a sauvé l'entreprise, et on s'est fait plaisir, on s'est fait plaisir à développer le vêtement technique, le vêtement image de marque. Donc à cette époque, on était aussi, et chez Kiplay, c'est une caractéristique, on est très innovants, très observateurs. Et on a, au travers des années, développé des produits nouveaux. Sachez qu'à Saint-Pierre-d'Entremont, dans le village où on est, on a créé la combinaison double fermeture, la double zip. Ce que vous voyez peut-être, les agriculteurs qui portent les doubles zips. ça a été créé par... par mon oncle et on l'a expérimenté. On a fait développer une fermeture spéciale qui ensuite a eu un grand succès. Et moi, à mon époque, j'ai travaillé avec l'INRS pour développer les protections des genoux, c'est-à-dire les pantalons de travail avec des mousses incorporées. Aujourd'hui, pratiquement 60% des pantalons portent des protections, des poches. et des protections pour genoux, pour les gens qui travaillent à genoux. Donc on a toujours été innovants. Et puis après, on a fait des vêtements connectés. Et là, on est en train de sortir un nouveau produit qui va sortir cette année pour les gens pour reposer le haut du corps avec des poches qui sont adaptées. On a travaillé avec un kiné et un médecin. Et même pour les gens qui font des balades, pour pouvoir des balades à pied. Donc là, c'est plus loisir, mais disons qu'on a adapté un vêtement, un petit gilet, pour reposer le haut du corps, les coudes, la nuque et les épaules. Donc voilà un petit peu l'histoire, et c'est vrai que ça a été très laborieux les premières années, mais j'avais une... une dette à rembourser avec le redressement judiciaire. Et c'était à l'époque, quand j'ai repris l'entreprise, on était 167 salariés.
- Speaker #0
C'est ça. Et maintenant, vous êtes…
- Speaker #1
Il y avait du monde.
- Speaker #0
Aujourd'hui, vous êtes combien ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, on est 49,9 personnes dans l'entreprise. Je plaisante avec ce chiffre, mais en fait, on est… entre 50-55 personnes. Et depuis, on a repris quelques autres entités. Donc, au final, on va être le groupe, puisque ça fait partie maintenant d'un groupe, on va être 150 personnes en tout. Ok.
- Speaker #0
Un groupe qui appartient à la famille.
- Speaker #1
150 personnes, qui appartient à la famille, mais dans les 150 personnes, il y a aussi des personnes... en Tunisie où on fabrique notre vêtement de travail. Et on fait travailler environ 500 personnes.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Oui, une partie de sous-traitance, bien sûr. Oui, bien sûr. Donc, je commence à sentir, et nos auditeurs doivent commencer à sentir avec moi, l'aventure depuis que vous avez repris, qui a été assez sport. Alors, ça tombe bien, vous êtes un sportif. Oui. Mais de reprendre cette entreprise, c'est vous qui avez dû mener toute cette phase de redressement ou est-ce que votre père a pu la mener avant de vous laisser la main ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Non, alors ça s'est passé, mon père est arrivé à l'âge de la retraite et à 61 ans, il a pris sa retraite. Et là, je ne l'ai pas revu pendant dix mois. Il ne pouvait plus mettre les pieds dans l'entrepôt. Il était tellement usé, fatigué. Et pourtant, il voulait m'aider, mais il ne pouvait plus. Donc, j'étais tout seul. Et là, j'avais 31 ans. Je venais de me marier. J'ai toujours été soutenu par mon épouse, qui était là, derrière. Je lui disais, ça va être compliqué à chaque sortie de bilan. Et puis, elle me disait, mais non, ça va aller, ça va aller. Donc, c'est le coup. qui a réussi aussi et donc là on a fait je me souviens j'avais demandé à mes profs de l'école du vêtement qui était dans la stratégie de dire me faire un petit audit chez chez moi enfin je lui racontais de l'histoire et je lui disais je veux faire ça ça ça ça il m'a dit c'est bien tout tout ça, mais fais une chose à la fois. Et donc, j'ai commencé par délocaliser, c'était nécessaire. Donc là, on a commencé à produire en Tunisie. On a fabriqué nos vêtements de travail en Tunisie. Et puis ensuite, on a développé le produit parallèlement pour qu'il soit du vêtement image, se spécialiser dans l'entreprise. On m'a pris pour un fou parce qu'avant, on lançait des séries de... 500 000 pièces des vêtements basiques, traditionnels. Et là, je demandais de faire du sur-mesure. Donc, des séries de 50, 100 pièces, 200 pièces. Et là, je disais, le patron, il est fou.
- Speaker #0
C'est une transfo, ça, c'est un changement de pratique.
- Speaker #1
Radical. Donc, il y a eu ça. Et puis, bien sûr, être proche de nos clients. Donc, développer une équipe commerciale. avec une moyenne d'âge d'une trentaine d'années. Donc, j'étais un peu révolutionnel par rapport aux vêtements de travail à cette époque. Donc, je l'ai porté seul, cette mutation. Mais honnêtement, puisque vous parliez d'erreurs, de chaque histoire est différente, honnêtement, avec le recul aujourd'hui, je reprendrai... certainement une entreprise qui génère quelques bénéfices, quitte à la payer, et la payer plus cher, plutôt qu'une entreprise où il faut ramer, ramer, ramer, pour la redresser parce que c'est long. Et j'avais à l'époque 18 millions de francs à rembourser, j'avais à délocaliser, j'avais à fermer des ateliers de production. Puisqu'on avait quatre ateliers, on est passé à trois, puis à deux. Et ensuite, j'ai investi et j'ai regroupé tout le monde sur un seul site. Donc, tout ça, ça a coûté de l'argent. Ça a pris du temps et il m'a fallu 20 ans, honnêtement, pour redresser.
- Speaker #0
20 ans, c'est ça. C'est ça. Quel travail. C'est long. Quel travail. C'est long. Quel travail.
- Speaker #1
Et j'ai remboursé tout le monde à 100%. Donc, ça aussi, c'est une fierté. Et moi... Dans mon parcours, tout ce qui m'a porté, c'est que je suis passionné, passionné par beaucoup de choses, mais aussi une grande reconnaissance à mes parents. Et j'ai toujours voulu aussi, par rapport à mon père, qui a très mal vécu cet échec pour lui, le fait de redresser l'entreprise j'ai toujours quelque part voulu Il avait cet affront familial finalement, puisque quand il était en redressement judiciaire, il avait pu voir ses amis, des amis qui étaient dirigeants.
- Speaker #0
Vous l'avez vu un peu dégringolé intérieurement ?
- Speaker #1
c'est ça. C'était une autre époque. C'est vrai qu'on se... On était très affecté par le regard des autres aussi, en se disant « ah oui, il n'a pas réussi » . Donc aujourd'hui, j'en vois des personnes qui travaillaient dans l'entreprise aussi, qui ont vu le parcours aussi de l'entreprise, et puis on est dans un secteur d'activité, tout le monde sera là pour le reconnaître, vraiment très difficile, parce qu'il faut toujours être… à se remettre en question en fait dans ce métier contrairement à d'autres métiers où c'est un métier qui fonctionne un petit peu structurellement donc donc voilà donc tout ça pour dire que finalement mon moteur ça a été la famille, ça a été mes parents ça a été bien sûr ma femme, mes enfants la famille qu'on créait Merci. frères et sœurs, on est très soudés, enfin tout ça est lié. Donc voilà les conditions, et c'est vrai qu'aujourd'hui, on a repris par exemple une entreprise, une petite entreprise, dans un secteur différent qui est le lavage industriel.
- Speaker #0
quand ça tourne déjà, quand il y a une petite rentabilité qui existe déjà, plutôt que savoir qu'il faut tout remettre à plat et tout relancer. Donc, on était aussi porté par l'histoire familiale.
- Speaker #1
Merci pour tout ça. Pour nos auditeurs, je vous invite à aller voir le site internet de Kiplay. C'est très amusant, intéressant, parce qu'on voit, notamment, je suis allé voir le catalogue. Vous parliez tout à l'heure, Marc, du virage, faire attention plus à la mode, que le vêtement puisse être un objet de fierté, le vêtement de travail. Et je peux attester que, quand j'ai ouvert votre catalogue en ligne, sur votre site internet, On a l'impression d'être dans un catalogue de La Redoute, il y a des mannequins qui présentent, c'est assez classe, enfin bref, on se dit, on a envie de l'acheter le vêtement. Donc j'ai trouvé, je sens le virage qu'a fait l'industrie, votre industrie et votre entreprise en particulier, par rapport à ce qu'a pu être le vêtement de travail à une époque. Et puis pour poursuivre, ce que je perçois davantage, là c'est au fond la... mutation très profonde que vous avez eu à mener dans l'entreprise à votre arrivée très vite et notamment à plusieurs titres, c'est-à-dire commencer à délocaliser pour survivre dans un moment, dans une histoire d'entreprise où au contraire c'était plutôt du made in France dans vos racines, vos grands-parents, vos parents étaient plutôt dans le made in France. J'imagine que ça a été un acte fort et pas simple à faire, et puis d'être plus dans du sur-mesure, dans des petites séries, dans des aspects un peu plus mode. Bref, il y a tout un ensemble de mutations qui ont accompagné ce que vous avez mené pendant ces 20 ans, avec en plus remettre à flot une entreprise endettée par sa restructuration. c'était Une période, j'ai l'impression, d'une intensité incroyable. Pas toujours drôle, mais aujourd'hui, la fierté est là.
- Speaker #0
Pour que ce soit plus clair quand même pour les auditeurs, on a deux activités différentes. On a Kiplay, avec un site Kiplay. Et là, c'est du vêtement de travail qu'on fabrique en Tunisie. Et on a le site Kiplay Vintage, sur le site sur lequel vous êtes tombé. et là en fait c'est il y a j'ai pris Une décision assez forte il y a dix ans, en fait, c'est de dire on va reproduire, puisqu'on produisait toujours un peu de pâte à porter, mais là on avait commencé à le faire à l'étranger également, et là j'ai dit on va reproduire une nouvelle marque qui s'appelle Kiplay Vintage, inspirée du vintage, des coupes anciennes, du tissu ancien. notre savoir-faire, notre histoire, et on va le fabriquer dans notre atelier historique à Saint-Pierre-d'Entremont. Et là, il y a dix ans, on est reparti de zéro pour fabriquer. Alors on avait les bases quand même, on avait encore un bureau d'études, on avait quand même des couturières, mais pas beaucoup. Et là, on a dit on va repartir parce que j'ai senti un élan et un retour sur le bad in France.
- Speaker #1
Et donc, c'est intéressant de voir comment ce Made in France qui est tellement dans vos racines. En fait, il y a eu un passage, vous avez dû délocaliser pour vous adapter à une réalité de marché qui est que le vêtement de travail, le client n'est pas prêt à mettre des sommes importantes. Et donc, ça ne tourne pas avec un modèle Made in France. Mais vous revenez dans le Made in France par cette collection vintage. Alors, comment est-ce qu'on fait ? Comment, pour des personnes qui seraient intéressées, le Made in France a vraiment, je trouve, en ce moment, je ne sais pas, le mot qui me vient, c'est le vent en poupe, mais ce n'est pas le bon mot, mais dans le sens où je pense qu'il y a une conscience qui grandit, qui vit chez un certain nombre de personnes, que fabriquer chez nous, c'est important, que c'est l'avenir de nos emplois, qu'en plus, c'est... C'est une qualité particulière qu'on a des savoir-faire. En même temps, ça semble pour beaucoup d'industriels si difficile. C'est quoi le secret pour arriver à reproduire en France ? Comment vous faites pour que ça marche ? Est-ce que vous avez comme ça quelques sensations de condition, de réussite ? Pour éclairer certains de nos auditeurs ?
- Speaker #0
Alors, dans un premier temps, il faut rester modeste. Parce qu'il faut savoir qu'il faut perdurer dans le temps. Nous, on est entreprise plus que centenaire. Et pour ça, il faut être raisonnable. Raisonnable et connaître nos forces et nos faiblesses. Et il ne faut pas rêver de se dire, on va faire de la grande distribution. production de produits en France. Moi, je n'y crois pas. Par contre, il existe toujours un métier des marchés de niches, des marchés de savoir-faire. Et là, nous, on s'est positionnés sur ce créneau-là. Donc, on a... Il faut... Le premier point reste le produit. Le consommateur, il voudra bien acheter un peu plus cher, mais si le produit lui plaît, Ça paraît évident, mais il faut avoir quand même une touche stylistique où il faut avoir un produit de qualité qui va durer dans le temps. Il faut vraiment qu'il y ait un plus dans le produit. Ça, c'est la base. Après, sur les moyens de production, effectivement, c'est compliqué. Il faut être du métier. Il ne faut pas se leurrer. On ne vient pas… on ne vient pas de l'extérieur, ou alors on apprend, il faut apprendre vite. Et là, il faut avoir la grande difficulté dans la mode et dans le made in France, c'est la saisonnalité des produits. Donc, il faut absolument avoir un atelier de production qui tourne tout le temps et qui soit chargé en production. Ça, c'est le secret, parce que vous pouvez avoir des périodes très fortes. si pendant un mois vous n'avez pas grand-chose à faire fabriquer dans l'atelier, vous perdez tout ce que vous avez pu gagner pendant l'année. Donc ça, c'est un élément important. Et moi, le deuxième élément, c'est ma stratégie.
- Speaker #1
Comment on fait ça ? Comment on fait pour avoir un atelier chargé, malgré les produits qui sont saisonniers ?
- Speaker #0
Eh bien, moi, dans la stratégie, quand j'ai voulu relancer le Made in France sur l'expérience que j'avais, Je me suis dit, il va falloir qu'on travaille pour notre propre marque et il va falloir travailler aussi pour d'autres marques pour équilibrer la fabrication. Parce que si vous ne travaillez que pour vous, vous avez cette saisonnalité, vous avez des périodes où c'est euphorique, ça marche bien, vous vendez les produits, et puis des périodes où vous allez en vendre moins. Alors que vous avez un peu plus de marge, mais en même temps, vous ne pouvez pas assurer une production toute seule.
- Speaker #1
année donc aller chercher ailleurs un peu de production pour pour d'autres marques qui reconnaissent votre savoir faire de toute manière et dites moi où est ce qu'on trouve les produits qui plaît vos produits vintage dans quel magasin on peut les trouver aujourd'hui pour nos auditeurs alors
- Speaker #0
on a sur le site là on a dit qu'une vingtaine de une vingtaine de distributeurs des concepts qui sont en France et à l'étranger. mais sur Paris, on a deux lieux qui s'appellent l'Appartement français.
- Speaker #1
Juste une parenthèse pour saluer, parce que c'est grâce à Émilie Auvray, la fondatrice de l'Appartement français, qu'on se rencontre, Marc, aujourd'hui. Donc juste pour remercier et gratitude pour Émilie et l'Appartement français, qui est un lieu incroyable, que je conseille à tous nos auditeurs. Il y a deux ou trois magasins dans Paris, dont un dans le Marais, qui est très sympa.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est rue Tibourg, là, pas très loin de l'hôtel de ville. Et puis, ils ont ouvert un pop-up, où on est présent aussi, derrière le BHV. Donc, ce qu'il y a d'amusant, d'ailleurs, c'est qu'il y a une communauté du Made in France, entre les fabricants et les distributeurs, et tout le monde se porte, et même des politiques.
- Speaker #1
Arnaud Montebourg était avec l'appartement français devant le BHV justement au moment où le BHV annonçait qu'il allait vendre Shine et introduire Shine dans ses rayons et il y a eu tout un événement du Made in France en réaction sur Paris vous y étiez peut-être ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait et on a aussi un grand lieu de rencontre qui est au mois de novembre le salon du Made in France Merci. porte de Versailles, où pendant trois jours, il y a plus de 100 000 visiteurs qui achètent du Made in France. Ça, aux auditeurs, je vous conseille, je vous recommande d'aller faire un tour, parce que vous allez trouver des entreprises qui sont restées innovantes, avec des produits innovants. Si on les fabrique en France, c'est qu'ils doivent être... innovants et d'autant plus alors pas que dans le vêtement mais dans d'autres produits mais c'est super à aller passer une journée là-bas
- Speaker #1
Donc le made in France il y a quand même vous dites attention ne fanfaronne pas trop vite, c'est un challenge mais il y a quand même quelques conditions de réussite il faut d'abord bien savoir être sur un marché de niche un marché de savoir-faire avec un beau produit week-end. une touche, qui a un style, qui a une qualité durable. Et le client n'acceptera pas peut-être une différence de prix. Et puis, il faut, en termes industriels, avoir un atelier de production chargé, malgré les saisonnalités de ses propres produits. Donc, il faut savoir peut-être produire pour d'autres. Est-ce qu'il y a d'autres conditions pour le made in France, pour que ça marche ?
- Speaker #0
Certainement, oui, il y en a d'autres. Mais disons que là, c'est les clés sur lesquelles nous travaillons. Et le Made in France, elle nous représente peu de 10% de notre activité quand même. Et demain, ça représentera 12, 15% peut-être, ou 20%. Mais ça restera quand même limité. Alors là, on travaille... Comme je vous disais, moi j'avais pris ma retraite par obligation, je vais dire, un petit peu, et aussi par rapport à la succession de l'entreprise. Mais au bout de six mois, comme la loi m'autorise, j'ai pu reprendre un poste dans l'entreprise. Alors là, je me faisais diriger par mon épouse qui dirige l'entreprise avant que mon fils ne reprenne en prochain les... Pourquoi ce retour ?
- Speaker #1
Ce n'est pas banal. Pourquoi ce retour ?
- Speaker #0
Pourquoi ce retour ? Parce que, un, mon épouse n'était pas en retraite et que moi, je m'ennuyais. Je m'ennuyais terriblement. J'ai beau faire du vélo, j'ai beau faire du golf, j'ai beau bricoler, j'ai beau faire du jardinage, mais en fait, il faut m'occuper.
- Speaker #1
Vous aviez encore plein d'énergie à donner. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Tout à fait. Et puis... Et puis, je suis passionné par ce que je fais et le vêtement. Il y a tellement de choses à faire. C'est jamais fini, l'histoire du vêtement. Donc voilà, c'est la passion qui m'anime. Et j'ai le plaisir et la chance de travailler avec ma fille. On est tous les deux sur le Made in France.
- Speaker #1
Le Made in France, justement. Vous revenez, mais pour être sur le Made in France. C'est ça qui est intéressant là.
- Speaker #0
Et uniquement comme ça.
- Speaker #1
Et pourquoi sur le Made in France ? C'est parce que ça vous intéresse particulièrement ? C'est parce qu'il y avait un challenge particulier ou une fragilité ? Qu'est-ce qui vous amène à venir en renfort sur cette activité ?
- Speaker #0
Moi, je crois que c'est un peu mon histoire personnelle par rapport aussi à... Par rapport toujours à... Je reviens à mon père. À travers ce Made in France, en fait, c'est la vie des villages. C'est la vie de communautés. c'est les relations humaines, c'est toutes ces valeurs qui sont incarnées dans le Madeleine France. Et je me sens bien dedans, j'ai plaisir de faire venir des clients visiter l'entreprise. Alors nos visites d'entreprise, là on est sur le routard, s'organisent parce qu'on est bien équipé en termes de production. on a pu investir il y a 5-6 ans à nouveau, de façon importante, et on fait une visite, on a aussi le marquage, les broderies, les transferts, et on finit toujours par notre musée, ce qu'on appelle notre musée, qui est une très grande pièce qui retrace les cent ans de Kiplay. Et ça c'est intéressant, et l'entreprise c'est une vie, c'est une organisation humaine en fait. Donc, moi, je l'ai connu au travers du sport, où j'ai eu des aventures humaines extraordinaires, et à travers l'entreprise. Donc, c'est l'humain qui prime, en fait, ce sont les valeurs. C'est pour ça, c'est ça le Made in France.
- Speaker #1
Je vous propose de passer sur un sujet important pour nos auditeurs, c'est la gouvernance. Donc, aujourd'hui, votre épouse est à la direction de l'entreprise. Vous avez vos deux fils et votre fille. On a compris que votre fille était sur la partie Made in France. Vos deux fils doivent diriger d'autres parties de l'entreprise. Comment est organisée la gouvernance de cette entreprise ? Comment est-ce qu'on se parle entre actionnaires ? Est-ce que c'est structuré d'une certaine manière ?
- Speaker #0
Oui, pardon. C'est assez compliqué en fait. C'est assez compliqué de travailler en famille quand on est un peu trop nombreux. Alors j'ai nos deux fils qui souhaitaient tous les deux reprendre l'entreprise. Donc il y a eu des tractations entre eux et ils se sont posé la question s'ils allaient travailler tous les deux ensemble. Et puis finalement chacun voulait diriger. Donc il y en a un des deux qui a quitté et qui a créé sa propre structure dans un autre domaine. Donc en fait aujourd'hui, on a notre fils aîné qui reprendra l'entreprise, qui s'appelle Clément, et notre fille qui travaille avec moi sur le Made in France. Et pour faire la transition, finalement, c'est mon épouse qui a travaillé avec moi plus de 15 ans, qui fait cette transition comme elle a été plus jeune. attendant aussi sa retraite, qui va passer le flambeau l'an prochain et restera encore trois ans, mais à mi-temps. Donc voilà comment on s'organise, parce que c'est un métier difficile et il faut être très actif, très réactif pour diriger une entreprise de confection et notamment industrielle. L'industrie, c'est beaucoup de soucis, beaucoup de soucis au quotidien, donc ça prend beaucoup de temps. Donc il faut être vraiment organisé et savoir réagir. Donc aujourd'hui, la gouvernance, c'est mon épouse qui dirige et le directeur général, c'est notre fils Clément.
- Speaker #1
C'est votre fils aîné ?
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
D'accord. Et le fils du milieu est parti vivre sa vie professionnelle ailleurs. Il reste actionnaire, j'imagine. Vous avez déjà transmis les parts à vos enfants ou vous êtes encore actionnaire vous-même ?
- Speaker #0
Nous sommes avec mon épouse principalement actionnaire de l'entreprise et là, on est en train de préparer justement la succession. Et dans la succession, on va faire une donation. Une donation dans un premier temps. Et puis, notre fils aîné. va nous racheter aussi une partie des actions pour être très rapidement majoritaire dans l'entreprise.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. D'accord.
- Speaker #0
La difficulté des entreprises, c'est aussi, suivant sa taille, son importance, c'est de pouvoir transmettre, parce que, d'une part, il y a une valorisation qui reste, d'une part, Et puis, d'autre part, on a nos copains de Bercy qui sont toujours là. Oui,
- Speaker #1
oui,
- Speaker #0
qui ne nous loupent pas. À prendre leur part. Donc, voilà, c'est un savant calcul et une transmission dans le temps qu'il faut faire, et en termes de management, et en termes de finances, de ce point de vue-là aussi. Et c'est long, c'est long. Et nous, finalement, on a pris une... une personne extérieure aussi, parce qu'à un moment, c'était quand même plus compliqué dès qu'on parle de management et d'argent, parce qu'il faut que ce soit juste. C'est quelque chose aussi, s'il y a un conseil que je donnerais, c'est d'être toujours juste dans l'entreprise. Il ne faut même pas, dans certains cas, essayer d'aider plus une personne que l'autre. C'est malheureux, mais il faut être juste. Et c'est ce que j'en ai tiré au bout de 35 ans.
- Speaker #1
Et donc la personne extérieure,
- Speaker #0
vous êtes sur quelle partie ? C'est sur l'approche un peu RH, c'est-à-dire qu'elle nous a écoutés tous individuellement.
- Speaker #1
Tous membres de la famille ?
- Speaker #0
Tous membres de la famille, parce que ce n'est pas simple de se dire les choses entre nous. On se les dit, ça passe très bien entre nous, mais malgré tout, il y a des non-compréhensions, des non-dits, on ne veut pas blesser aussi. Donc, une personne extérieure en qui on avait toute confiance aussi, qui est venue, qui nous a accompagnés, et on a fait quelques réunions aussi ensemble, et tout ça a permis de préparer. de préparer la suite. Parce qu'il ne s'agit pas, nous, l'essentiel, c'est la famille. Il ne s'agit pas d'avoir des soucis dans le futur pour des histoires, finalement, d'entreprise.
- Speaker #1
C'est très important, ça. C'est souvent la confusion dans certaines familles d'entrepreneurs. C'est quand on oublie que la famille passe d'abord. Parce que l'entreprise peut prendre tellement de place, et c'est bien humain, on y investit tellement de temps. et d'énergie et d'espoir et donc de se souvenir que la famille est première. Et j'entends que vous vous êtes fait accompagner par une coach qui vous a aidé à certains moments, et notamment en particulier, à soutenir un dialogue pacifié entre vous et que ça a été utile pour avancer. Et puis vous, ça vous a demandé un travail de rester dans une forme de neutralité. Entre vos enfants, et ce n'est pas forcément simple, quand plusieurs, peut-être vos deux fils, avaient envie de reprendre et qu'il n'y avait peut-être pas la place pour deux, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est ça,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Et aussi, c'est difficile quand on dirige de passer la main, parce qu'effectivement, malgré la confiance accordée, on a toujours des doutes. en se disant, je ne ferai pas de cette façon-là. Chacun a son management de toute façon, mais ce n'est pas facile de passer la main.
- Speaker #1
Et alors votre fiston qui est directeur général, votre aîné, il dirait quoi s'il était interviewé ? Il dirait, papa, ça va, il m'a laissé la place ? Ou il dirait, oulala, il est encore là et ce n'est pas si simple ? Il dirait quoi ?
- Speaker #0
C'est difficile pour lui. de dire, laisse la place totalement, bien que moi j'ai pris beaucoup de recul. Je ne veux pas le gêner dans son quotidien et sa façon de diriger. Mais en même temps, il aimerait plus de place, et en même temps, quand il y a des décisions à prendre, il a du mal à prendre des décisions sans avoir un avis de ses parents, en qui il a toute confiance. Donc c'est antagoniste en fait, comme position.
- Speaker #1
Et complexe, bien complexe j'imagine pour lui, pour vous, pour cette période de cohabitation, mais qui va avancer. Ce que je comprends, c'est que votre épouse est en train de préparer cette phase de transition et en même temps je vous sens encore plein d'énergie, donc je ne vous imagine pas partir tout de suite là, j'ai l'impression que vous avez encore beaucoup à donner.
- Speaker #0
Oui, je pense que ce que je dirais à mon fils, c'est de lui dire, voilà, parce qu'il faut être réaliste aussi, il y a l'âge, il y a des habitudes, il y a des façons de penser. Moi, je suis dans un milieu finalement en côtoyant des plus jeunes, donc on voit que les mœurs se changent de façon importante. Donc, il ne faut pas être en décalage avec ça. Mais je lui dirais, tant que je peux t'apporter quelque chose, je t'apporte ça. Ça ne peut être que du plus pour toi. Maintenant, je sais aussi m'effacer, parce qu'à un moment, il faut s'effacer. Mon père l'a fait. Il l'a fait un petit peu par la force des choses. Par la force des choses, mais même... il l'aurait fait de toute manière avec sa grande sagesse.
- Speaker #1
Et alors au niveau gouvernance, vous avez un espace, il y a un conseil d'administration, il y a un endroit où vous vous réunissez en tant qu'entractionnaires familiaux, vous avez formalisé un petit peu un espace, vous parlez de ces sujets-là, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors, on évite de parler toujours en réunion de famille, donc là c'est interdit. puisqu'il y a les belles filles aussi. Et là, au moins, c'est totalement neutre. Par contre, on a effectivement un conseil d'administration où on se réunit et puis on fait des réunions un peu inopinées selon le besoin. Donc, ça se passe assez... Je ne vais pas le dire assez fréquemment parce qu'elles sont programmées, ces réunions. Au jour le jour, pratiquement, on doit relever, prendre des décisions. Donc, on n'attend pas les réunions de conseils d'administration pour décider. Là, on doit, on a pour une entreprise, on doit chercher un nouveau local qui va s'en occuper, qui va… qui va se charger de ça. Et on essaie de le faire en fonction des compétences et du réseau de chacun.
- Speaker #1
Quel conseil est-ce que vous auriez envie de donner à d'autres familles, entrepreneurs, qui entreprennent ensemble ? Vous qui avez une petite quarantaine d'années, plus de 35 ans d'expérience dans ce domaine, plus tout ce que vous avez... vécu en tant qu'enfant de parents entrepreneurs avant, une famille d'entrepreneurs, au fond pour ces jeunes dirigeants familiaux qui reprennent le flambeau. Et en d'autres termes, si vous aviez à donner deux, trois trucs importants aux marques que vous étiez il y a 37 ans, quand il a repris, quand il est rentré dans cette entreprise, qu'est-ce que vous lui diriez ?
- Speaker #0
Alors, je lui dirais tout simplement, fonce, fonce, crois en toi, et puis ne te pose pas trop de questions, parce que je pense qu'aujourd'hui, avec l'âge, avec le passé, je ne ferai pas les choses de la même façon, mais ce n'est pas pour ça que j'y arriverai plus. Donc finalement, il faut avoir cette innocence aussi, cette volonté, cette joie de vivre. de la jeunesse pour foncer. Donc, allez-y. Si vous avez une âme d'entrepreneur, il faut se lancer. Il faut se lancer et c'est votre énergie, c'est votre communication qui vous permettra de réussir. Après, il faut être réaliste. Aujourd'hui, vous avez des possibilités immenses pour des... pour des jeunes, de faire des choses avec les moyens numériques qui existent. C'est assez extraordinaire. C'est-à-dire que vous n'avez plus besoin de vous attacher à plein de prestataires extérieurs. Il faut avoir de bons amis, de bons conseils, certes, mais vous pouvez, si vous êtes un peu doué, et ça, les jeunes le sont de plus en plus, avec le numérique... créez vous-même votre marque créez vous-même votre site internet créez vous-même vos produits donc je leur dis foncez foncez,
- Speaker #1
appuyez-vous sur les moyens du temps,
- Speaker #0
de votre temps et allez-y maintenant le plus rémunérateur reste le commerce le service, le commerce mais que l'industrie l'industrie c'est lourd c'est les investissements, c'est compliqué c'est C'est extrêmement, et puis en plus, tout ça est extrêmement taxé quand même. Donc aujourd'hui, c'est plus facile de faire du commerce avec les moyens qui sont mis à disposition. Maintenant, il y a beaucoup de gens qui veulent réussir, qui veulent se lancer. Et il faut absolument avoir quelque chose de particulier. Parce que si vous faites la même chose que tout le monde, ce n'est pas la peine. Nous on reçoit des... des jeunes entrepreneurs, qui nous disent « je veux lancer ma marque de vêtements » . Alors on dit « elle repose sur quoi ? » C'est la première question. Et là on me dit « ah bah oui, alors je vais faire des vêtements avec un petit logo, un petit truc, un petit machin » . J'ai dit « non, non, si vous n'avez rien de plus, vous n'avez pas un concept, si vous n'êtes pas particulier, si vous n'avez pas, je ne sais pas, aussi des souffrances passées qui font que vous allez vous battre d'une... » de manière différente ou c'est pas la peine, le marché est encombré il faut absolument soit répondre à un besoin soit créer ce besoin et surtout il faut avoir une identité forte parce qu'autrement c'est pas la peine Il n'y a pas la peine, il y a tellement de monde. Oui, c'est ça. Soignez bien votre concept et le pourquoi vous le faites et l'identité de ce que vous proposez, de votre marque. C'est passionnant. Marc, on approche de la fin de notre épisode. Merci beaucoup pour tous ces éléments d'expérience que vous nous partagez. J'ai une dernière question. Finalement, on n'a pas suivi nos questions dans l'ordre. Vous avez remarqué, mais c'est chouette. C'est chouette, j'aime bien quand c'est comme ça. Finalement, il y a une question que j'aime poser, c'est est-ce qu'il y a des choses que vous aimeriez changer plus vite chez Kiplay, voire changer plus vite, mais que l'histoire de l'entreprise ralentit ou rend difficile ?
- Speaker #1
Tout, tout ! Il faudrait aller plus vite pour tout. Ce matin, je relançais parce que j'ai... J'ai des clients qui demandent des produits et ça me fait mal au cœur de voir ça, donc il faut aller plus vite. Et aujourd'hui, c'est cette lenteur qu'ont les entreprises à réagir. Moi, je boue quand je téléphone à un service où on me fait poireauter au téléphone, on ne me donne pas la réponse, c'est ça qui est surprenant. C'est qu'aujourd'hui, tout va très vite en communication sur les réseaux sociaux. Et là, moi, je me plais bien à naviguer sur les réseaux sociaux, à mettre un peu d'informations. Et en même temps, de voir la lourdeur dans laquelle nous sommes, entreprises, administrations, organisations de tout genre, avec des normes, avec des façons de procéder, c'est trop lent, trop lent. trop lent et je trouve dommage parce que je suis sûr que la productivité si on n'avait pas toutes ces lenteurs s'améliorerait de 30, 40, 50% mais très rapidement donc moi j'aimerais appuyer sur un bouton créer un produit, le sortir et et là je vais je voudrais qu'on puisse, à partir d'idées, pouvoir sortir un prototype, sortir une production, le faire sur une période très courte, une période très courte pour sortir une collection. Si c'était un mois, ce serait exceptionnel. Aujourd'hui, il faut six mois. C'est long.
- Speaker #0
Voilà un beau projet de transfo pour qui plaît pour l'avenir. Je vois qu'il y a un certain nombre de... de marques, de grandes marques qui ont essayé de craquer ce sujet avec plus ou moins de succès, mais certaines avec pas mal de succès. Cette marque dont le nom m'échappe, espagnole, Zara, qui a pas mal marqué le milieu là-dedans, dans une capacité à aller très vite sur les renouvellements de marques.
- Speaker #1
Oui, c'est ce qui ont fait leur force.
- Speaker #0
Merci Marc, on arrive à la fin de notre épisode. Merci pour votre présence et je souhaite longue vie à Kiplay. Et j'invite nos auditeurs à aller rencontrer cette marque et vos habits, notamment Kiplay Vintage, dans un certain nombre de boutiques et notamment l'appartement français à Paris. Et chères auditrices, chers auditeurs, merci d'avoir écouté jusqu'au bout cet épisode. Je vous souhaite... Une bonne continuation. Rendez-vous dans 15 jours. Et comme à chaque fois, je vous invite, si les propos, les idées partagées pendant ces épisodes viennent faire écho avec votre propre expérience, de me retrouver sur LinkedIn, l'entreprise familiale Nouvelle Génération, pour poursuivre nos échanges. Et j'aurai plaisir à vous répondre. A très vite, à dans 15 jours pour le prochain épisode. Merci.