undefined cover
undefined cover
Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise cover
Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise cover
L'envers du récit

Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise

Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise

18min |10/01/2024
Play
undefined cover
undefined cover
Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise cover
Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise cover
L'envers du récit

Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise

Taïwan : l’archipel de Penghu, paradis sous la menace chinoise

18min |10/01/2024
Play

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 16.


Dorian Malovic est journaliste au quotidien "La Croix", chargé de la rubrique Asie. Quelques mois avant l’élection présidentielle à Taïwan, le 13 janvier 2024, il a réalisé un reportage sur les îles de Penghu, un archipel taïwanais situé à 170 kilomètres des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet ensemble d’îles est un haut lieu du tourisme, mais également une base militaire où stationnent 10 000 soldats, prêts à contrer une éventuelle offensive de la Chine.


► Retrouvez le reportage de Dorian Malovic : https://www.la-croix.com/Monde/taiwan-actu-info


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Janvier 2024     


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates et veulent garder cette liberté et que les gens ne connaissent pas bien. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques.

  • Speaker #1

    Dorian Malovic est journaliste au service international du quotidien La Croix. Avant l'élection présidentielle à Taïwan prévue le 13 janvier 2024, il s'est rendu dans l'archipel de Penru, un ensemble d'îles taïwanaises proches des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet archipel est un haut lieu du tourisme, mais aussi une forteresse militaire, en première ligne face à la menace chinoise. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre. ce qui s'est passé avant et comment il l'a vécu vous écoutez l'envers du récit

  • Speaker #0

    Je suis Dorian Malovic, je suis journaliste au quotidien La Croix, je suis responsable de la rubrique Asie depuis quelques décennies. Et après avoir été à Hong Kong dans les années 80, je suis revenu à Paris et là je suis à Tokyo depuis un an et demi, d'où je regarde tout ce qui se passe en Asie du Nord et c'est vrai que le spectacle de mon balcon de Tokyo est absolument passionnant. Et l'idée de s'installer à Tokyo, c'était de regarder les évolutions politiques et aussi militaires dans la région. Le contexte est de plus en plus tendu. On a l'émergence militaire de la Chine qui revendique des eaux territoriales dans toute la mer de Chine, qui revendique des territoires japonais. Et on a aussi, évidemment, la menace nucléaire nord-coréenne qui, depuis plus de dix ans, menace la Corée du Sud, le Japon, et évidemment les 50 000 GIs américains qui sont basés au Japon. Et donc, on voit bien qu'il y a un armement. régionales qui ne cessent d'augmenter et des tensions qui sont de plus en plus inquiétantes. Dans ce contexte prétendu régional, l'enjeu des rivalités entre les États-Unis et la Chine, c'est l'île et la nation taïwanaise, séparée de la Chine par le détroit de Taïwan, 180 kilomètres, c'est très peu. Et il y a une présidentielle le 13 janvier 2024. Après dix ans au pouvoir, le parti progressiste démocratique remet sa couronne en jeu. Et pendant ces dix ans, la Chine n'a... Cessez d'intimider, de harceler militairement Taïwan parce qu'elle ne supporte pas la présidente actuelle Tsai Ing-wen qui ne revendique pas l'indépendance de Taïwan. Ce n'est pas ce qu'elle revendique, même si son parti a été créé sur l'idée d'une indépendance de Taïwan. Mais évidemment, le contexte fait que si Taïwan déclarait son indépendance, la Chine entrera en guerre immédiatement. Donc ça, c'est la ligne. que ce parti progressiste démocratique ne dépassera jamais. Et vous avez en face le parti historique nationaliste du Kuomintang, KMT, ce parti qui a fui la Chine en 1949, quand ils ont perdu la guerre intérieure avec les communistes chinois. Ils sont partis se réfugier à Taïwan. dans l'intention de reconquérir le continent, ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire. Et progressivement, aujourd'hui, Taïwan est devenu un pays de facto autonome avec un système démocratique, des frontières, un territoire, une monnaie et un système politique autonome. Et effectivement, la Chine revendique ce territoire. Xi Jinping, qui est au pouvoir en Chine depuis 2012, On a cessé de dire que l'objectif majeur pour la Chine, c'est de récupérer Taïwan. Ce qui est vraiment impropre, puisque Taïwan n'a jamais appartenu à la République populaire de Chine, qui est arrivée au pouvoir en 1949. Mais pour le pouvoir chinois, on le récupéra de façon pacifique, mais aussi, ça a été annoncé par une invasion militaire ou une coercition militaire. Pour couvrir cette élection présidentielle, je me suis dit qu'il fallait aller dans un endroit un petit peu singulier. En novembre 2023, je me suis rendu sur l'archipel de Penghu qui se trouve quasiment au milieu du détroit de Taïwan, entre la Chine et Taïwan, parce qu'elle est quasiment en première ligne au cas où la Chine lancerait une offensive militaire. Donc, j'ai choisi cet archipel. Tout en me disant, ce n'est pas évident que ce que je chercherais là-bas, je le trouverais. Vous pouvez vous documenter, vous avez surtout des dépliants touristiques pour faire du tourisme dans cet archipel absolument paradisiaque. Vous avez des palmiers, du soleil, des plages, des pêcheurs, du poisson. Enfin, je veux dire, c'est une destination touristique pour les Taïwanais. En même temps, je sais que cet archipel est une forteresse militarisée. avec des stations radar, avec des bases militaires aériennes, il y a des bases navales. Évidemment, les harcèlements militaires chinois sur la frontière maritime entre... La Chine et Taïwan, en permanence, sont surveillés, et notamment avec les troupes qui sont basées dans cet archipel. Donc je m'étais dit, je vais voir ce que je vais trouver là-bas, sachant que c'est très compliqué les contacts que j'ai voulu avoir. J'ai appelé plein de gens. Tout le monde ne connaît Peng Hu, mais très peu de gens avaient des contacts sur place. Je pars de Taipei à la mi-novembre, je prends un avion, un ATR 42 à Hélice, qui va vers cet archipel, et les gens là-bas, soit ce sont les habitants qui retournent chez eux, ou bien il y a des gens qui vont se balader pour faire du tourisme. Après 35 minutes de vol, vous survolez des îlots, la mer, enfin je veux dire, c'est absolument magnifique, les vacances peuvent commencer, c'est fabuleux. Sur la piste d'atterrissage, je regarde évidemment tout de suite par le hublot à quoi ça ressemble et je vois des hangars d'avions militaires. Je regarde de plus près et je vois deux chasseurs qui se mettent en position sur la piste d'atterrissage. Je descends de l'avion et je suis des yeux les chasseurs qui se mettent en bout de piste. Ils décollent dans un bruit assourdissant. D'accord, donc d'ici partent les avions qui vont surveiller les incursions chinoises dans le détroit. Et en marchant vers le hangar, il y a une grande affiche qui prévient les passagers en disant Vous êtes bien arrivé sur un site militaire et il est interdit de prendre des photos pour des raisons de sécurité nationale. Donc vous vous dites Bon, très bien, j'arrive donc sur cette île tropicale magnifique. Effectivement, c'est aussi une forteresse militaire face à la Chine. Donc on est déjà dans la contradiction, dans le paradoxe. Et je me dis Bon, je vais peut-être quand même trouver quelque chose qui va... me convaincre que ce choix n'était pas si mauvais que ça au départ. J'avais quand même trouvé un contact qui est venu me chercher à l'aéroport. Quand on vient vous chercher à l'aéroport, quand vous ne connaissez pas un endroit, c'est toujours très réconfortant et vous pouvez tout de suite vous mettre à parler. Je monte dans la voiture de cette personne et je lui dis... Je viens de voir deux chasseurs décoller, vous êtes en panique, la personne me dit mais absolument pas, c'est banal pour nous, on entend ça tout le temps, c'est la normalité. Cette personne m'emmène dans un Airbnb qu'elle m'avait réservé. C'était un des rares contacts que j'ai pu avoir. Et tout de suite après, j'avais eu un autre contact, c'était un prêtre catholique qui était sur place, il y a eu une paroisse. Et à peine j'avais posé mes valises au Airbnb, qu'il est arrivé en voiture avec un ami prof de l'université locale, plus un vieux monsieur qui était un pêcheur. Toute sa famille était à Pembroke depuis trois générations. Donc là, tout de suite, à peine le temps de dire ouf, je suis dans la voiture et puis on va à l'église de la ville. Et en tant que journaliste de la Croix, j'ai évidemment toujours le souci de m'occuper des communautés chrétiennes là où je vais en Asie, qui sont souvent minoritaires. Donc c'est passionnant de raconter leur histoire, de voir comment elles ont vécu, survécu, comment elles s'épanouissent ou autre. Et en même temps, certes, je vais voir une église, certes, je vais voir des catholiques, mais après, j'élargis le cercle. C'est une bonne façon d'entrer dans un contexte. Il me raconte qu'il y a une petite communauté catholique de 150 fidèles, ce qui est très petit puisqu'on est quand même sur une ville de 100 000 habitants, et je commence à poser des questions sur la vie quotidienne sur cette île. Alors, de l'extérieur, ce dont on parle à Taïwan, c'est les harcèlements militaires chinois en permanence depuis 2016. On se dit, bon, la population est sur ses gardes, il se prépare à une invasion, puisque la Chine a vraiment clairement déclaré qu'elle allait envahir Taïwan à un moment ou à un autre. Et là, il y a la présidentielle, est-ce que c'est tendu, etc. Et le grand choc, finalement, c'est le sang-froid total de la population de Penghu. Tout va bien, tout est calme, nous, on continue à vivre normalement. On vit avec cette menace depuis des années. C'est la réalité, on ne s'inquiète pas. Et puis, me disent-ils... Cette île aussi est truffée de bases militaires, de casernes d'armées de terre, de bases aériennes et des bases navales. Des stations radar aussi très très sophistiquées et une base de missiles aussi, terre-air, terre-mer. Donc ils se sentent protégés et puis ils ne s'inquiètent pas plus que ça. La rencontre la plus extraordinaire, c'était ce pêcheur de plus de 65 ans qui était avec moi le premier jour et qui était un peu la mémoire de cet archipel. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas rêver mieux en tant que journaliste lorsque vous arrivez dans un endroit pas très connu et vous êtes en face de quelqu'un qui va vous raconter ce qu'était cette île il y a 40 ans, il y a 50 ans, comment ça a évolué. Il avait une histoire très longue à raconter sur la vie des pêcheurs. Comment ? Aujourd'hui encore, lorsqu'ils allaient en mer, ils pouvaient rencontrer aussi des pêcheurs chinois de l'autre côté qui pêchaient dans les eaux taïwanaises, mais contre lesquelles ils ne pouvaient absolument rien faire, conscients des bateaux militaires taïwanais qui circulaient autour de l'archipel et qui me racontaient que finalement, encore une fois, c'était le décor quotidien. Ce qui était intéressant aussi après cette rencontre, c'était le lendemain, on m'a prêté un scooter, donc j'ai sillonné vraiment. Cet archipel, il y a quatre grandes îles, puis plein de petites îles, mais les quatre grandes îles étaient reliées par des ponts, donc je pouvais faire toutes les distances possibles. Et là, je me suis rendu compte, je suis passé tout le long de toutes les casernes qui étaient visibles, parce que la veille, ils m'avaient dit, la caserne là est là, la base est là, la base est là. Donc j'avais tout noté sur la carte, et donc avec le scooter, le lendemain, j'ai pu y aller. Tout est d'un calme absolument olympien. Vous n'avez pas de mobilisation. Vous voyez des humeurs de temps en temps se promener dans la rue, des humeurs militaires. Vous avez de temps en temps un militaire qui se balade, mais c'est très discret. J'ai parlé avec d'autres habitants qui me disent qu'on les voit, mais ils font partie du décor. Ils sortent, mais ils ont des règles assez strictes de ne pas effrayer. Il n'y a pas une présence militaire permanente. C'est derrière les murs. J'ai longé des kilomètres de murs avec des barbelés au sommet de ces murs de protection. Voilà, les bases navales. J'ai vu les deux grosses frégates taïwanaises qui avaient été achetées à la France dans les années 90. C'est assez impressionnant, vous vous dites. Ce n'est pas des petits bateaux. Et j'ai discuté avec des étudiants dans l'université de la ville. Et là encore, vous êtes dans le paradoxe et le contraste. C'est-à-dire que ces étudiants-là profitaient de la vie sur cet archipel. Ils vivaient quasiment des études absolument géniales. Ils étaient dans un endroit où... Vous avez un climat correct, vous avez tout ce qu'il faut, c'est calme, mais ça ne les inquiétait absolument pas d'être placés dans une position stratégique qui pouvait être très dangereuse. Et j'ai réalisé... que cet archipel, c'était une allégorie, finalement, de Taïwan tout entier. Taïwan, c'est aussi 22 millions d'habitants qui vivent, qui mangent, qui travaillent, qui sortent, et qui sont sous la menace. Il y a 12 grosses bases militaires, stations radars dans tout Taïwan, il y a des entraînements d'avions, vous avez des militaires américains, un petit groupe qui les entraîne, vous avez des soldats taïwanais qui vont s'entraîner aux Etats-Unis, vous avez une alliance avec les Américains, les Américains qui ne sont pas loin, finalement. Les Américains sont à une heure de jet de Taïwan. Les bases américaines d'Okinawa sont très proches. Les bases en Corée du Sud sont très très proches. Il suffit que la 7e flotte américaine qui circule s'installe avec les porte-avions. Et c'est vrai que ça fait tout de suite une défense pour Taïwan. En fait, ils sont assez convaincus que les Américains vont venir à leur rescousse s'il y a une attaque chinoise. Je pense que ça fait partie de leur sérénité. On sera protégés. Et on pourra aussi se protéger parce qu'on a une armée, on a du matériel militaire assez sophistiqué. Ce dont je ne suis pas si sûr que ça, en fait, que l'armée taïwanaise, dans l'état dans lequel elle est, aurait les moyens de se défendre face à une offensive massive des Chinois, je me dis aujourd'hui que la Chine, pour récupérer Taïwan, elle serait prête à tout. Mais peut-être que ce n'est pas encore le moment pour la Chine de mener une offensive, parce que s'ils en mènent une, ils veulent être sûrs de gagner. Quand on rentre de reportage comme celui-ci sur un archipel très original, en fait, je ne suis pas resté qu'à Taïwan, donc je me dis que ça, c'est un point d'entrée pour le journal qui est intéressant. Vous n'allez pas écrire un peu comme tout le monde ce qui se passe à Taipei, la campagne électorale. Bon, ça, c'est de la cuisine politique. C'est peut-être moins intéressant pour le lecteur, mais vous allez partir d'un point précis et vous allez l'élargir pour expliquer que voilà, ce que j'ai vu dans cet endroit absolument original et spécial, c'est le duplicata parfait en plus petit de ce qu'il y a sur l'île. Alors, quand vous rentrez, vous êtes déjà content. D'abord, j'étais très content que mon intuition de départ s'est confirmée. Donc déjà, vous avez beaucoup de témoignages. Moi, je décrypte avec mon stylo. Je relis les entretiens que j'ai faits, je choisis les passages et je visualise. Et donc, j'arrive à structurer ce que je vais mettre au début du reportage, ce que je vais mettre au cœur du reportage du récit, comment je vais l'ouvrir après pour expliquer au lecteur que ce que je raconte à Penghu, c'est ce qui se passe aussi sur l'île de Taïwan et c'est exactement l'enjeu de ces élections. C'est la rivalité Etats-Unis-Chine, c'est la menace chinoise et que les gens, finalement, sont très paisibles. Donc... Finalement, lorsque vous avez beaucoup de matériel et que vous avez eu la chance d'abord de rencontrer des gens vraiment intéressants, c'est vraiment de la chance. Vous la provoquez, mais c'est quand même de la chance. J'aurais pu ne pas tomber sur des gens aussi passionnants. Donc, j'ai une diversité. J'ai des gens qui sont universitaires. Vous avez un pêcheur, vous avez un prêtre, vous avez des étudiants. J'ai rencontré aussi un restaurateur. Donc, avec tout ça, vous êtes sûr de ce que vous allez écrire. Donc ça, c'est la façon dont on va pouvoir, je dirais, structurer. et donner à comprendre à des lecteurs de façon vivante, colorée, de terrain. Voilà, terrain, terrain, terrain. Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates, et veulent garder cette liberté, et que les gens ne connaissent pas bien. Parfois, les gens à Taïwan me disaient Oui, je dis Where do you come from ? Ah oui, je viens de Taïwan. Ah, you come from Thailand. Déjà, les Taïwanais sont vraiment choqués parce qu'ils disent On ne nous connaît pas. On n'existe pas. Effectivement, ils sont reconnus que par 13 pays, Diplomatiquement dans le monde, la Chine est en train d'avaler toutes les relations diplomatiques, ils sont isolés, ils ne sont pas à l'ONU, ils ne sont pas présents dans des tas d'organisations internationales. Donc il y a quelque chose qui fait mal au cœur lorsque vous parlez avec l'État de l'Union, en disant ben oui, mais voilà, on est comme vous, on partage les mêmes valeurs, comme le Japon, la Corée, du Sud, on est vraiment à l'égal de vos systèmes politiques et on est face à une dictature chinoise qui veut nous avaler. La Chine fait tout pour qu'on ne parle pas de nous. Et c'est vrai que c'est assez frustrant. Et puis, pour un journaliste, c'est de se dire, parfois on va dans des dictatures ou des pays autoritaires, on parle de ce qui s'y passe et on le dénonce. Et là, c'est plutôt de parler d'un pays qui n'est pas une dictature. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques. parce que l'expérience de Hong Kong, c'est quand même un peuple de 7 millions d'habitants qui a perdu sa liberté à cause de la Chine. Et c'est un peu ce qui menace Taïwan. Et ça, il faut absolument en parler. Notre travail de journaliste, c'est de dire que ce pays doit être protégé et ne doit pas subir le joug de la Chine qui veut s'en emparer.

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de L'Envers du récit. N'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast. Le reportage de Dorian Malovic dans l'archipel de Ponroux est à lire sur le site et l'appli La Croix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien La Croix.

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 16.


Dorian Malovic est journaliste au quotidien "La Croix", chargé de la rubrique Asie. Quelques mois avant l’élection présidentielle à Taïwan, le 13 janvier 2024, il a réalisé un reportage sur les îles de Penghu, un archipel taïwanais situé à 170 kilomètres des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet ensemble d’îles est un haut lieu du tourisme, mais également une base militaire où stationnent 10 000 soldats, prêts à contrer une éventuelle offensive de la Chine.


► Retrouvez le reportage de Dorian Malovic : https://www.la-croix.com/Monde/taiwan-actu-info


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Janvier 2024     


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates et veulent garder cette liberté et que les gens ne connaissent pas bien. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques.

  • Speaker #1

    Dorian Malovic est journaliste au service international du quotidien La Croix. Avant l'élection présidentielle à Taïwan prévue le 13 janvier 2024, il s'est rendu dans l'archipel de Penru, un ensemble d'îles taïwanaises proches des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet archipel est un haut lieu du tourisme, mais aussi une forteresse militaire, en première ligne face à la menace chinoise. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre. ce qui s'est passé avant et comment il l'a vécu vous écoutez l'envers du récit

  • Speaker #0

    Je suis Dorian Malovic, je suis journaliste au quotidien La Croix, je suis responsable de la rubrique Asie depuis quelques décennies. Et après avoir été à Hong Kong dans les années 80, je suis revenu à Paris et là je suis à Tokyo depuis un an et demi, d'où je regarde tout ce qui se passe en Asie du Nord et c'est vrai que le spectacle de mon balcon de Tokyo est absolument passionnant. Et l'idée de s'installer à Tokyo, c'était de regarder les évolutions politiques et aussi militaires dans la région. Le contexte est de plus en plus tendu. On a l'émergence militaire de la Chine qui revendique des eaux territoriales dans toute la mer de Chine, qui revendique des territoires japonais. Et on a aussi, évidemment, la menace nucléaire nord-coréenne qui, depuis plus de dix ans, menace la Corée du Sud, le Japon, et évidemment les 50 000 GIs américains qui sont basés au Japon. Et donc, on voit bien qu'il y a un armement. régionales qui ne cessent d'augmenter et des tensions qui sont de plus en plus inquiétantes. Dans ce contexte prétendu régional, l'enjeu des rivalités entre les États-Unis et la Chine, c'est l'île et la nation taïwanaise, séparée de la Chine par le détroit de Taïwan, 180 kilomètres, c'est très peu. Et il y a une présidentielle le 13 janvier 2024. Après dix ans au pouvoir, le parti progressiste démocratique remet sa couronne en jeu. Et pendant ces dix ans, la Chine n'a... Cessez d'intimider, de harceler militairement Taïwan parce qu'elle ne supporte pas la présidente actuelle Tsai Ing-wen qui ne revendique pas l'indépendance de Taïwan. Ce n'est pas ce qu'elle revendique, même si son parti a été créé sur l'idée d'une indépendance de Taïwan. Mais évidemment, le contexte fait que si Taïwan déclarait son indépendance, la Chine entrera en guerre immédiatement. Donc ça, c'est la ligne. que ce parti progressiste démocratique ne dépassera jamais. Et vous avez en face le parti historique nationaliste du Kuomintang, KMT, ce parti qui a fui la Chine en 1949, quand ils ont perdu la guerre intérieure avec les communistes chinois. Ils sont partis se réfugier à Taïwan. dans l'intention de reconquérir le continent, ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire. Et progressivement, aujourd'hui, Taïwan est devenu un pays de facto autonome avec un système démocratique, des frontières, un territoire, une monnaie et un système politique autonome. Et effectivement, la Chine revendique ce territoire. Xi Jinping, qui est au pouvoir en Chine depuis 2012, On a cessé de dire que l'objectif majeur pour la Chine, c'est de récupérer Taïwan. Ce qui est vraiment impropre, puisque Taïwan n'a jamais appartenu à la République populaire de Chine, qui est arrivée au pouvoir en 1949. Mais pour le pouvoir chinois, on le récupéra de façon pacifique, mais aussi, ça a été annoncé par une invasion militaire ou une coercition militaire. Pour couvrir cette élection présidentielle, je me suis dit qu'il fallait aller dans un endroit un petit peu singulier. En novembre 2023, je me suis rendu sur l'archipel de Penghu qui se trouve quasiment au milieu du détroit de Taïwan, entre la Chine et Taïwan, parce qu'elle est quasiment en première ligne au cas où la Chine lancerait une offensive militaire. Donc, j'ai choisi cet archipel. Tout en me disant, ce n'est pas évident que ce que je chercherais là-bas, je le trouverais. Vous pouvez vous documenter, vous avez surtout des dépliants touristiques pour faire du tourisme dans cet archipel absolument paradisiaque. Vous avez des palmiers, du soleil, des plages, des pêcheurs, du poisson. Enfin, je veux dire, c'est une destination touristique pour les Taïwanais. En même temps, je sais que cet archipel est une forteresse militarisée. avec des stations radar, avec des bases militaires aériennes, il y a des bases navales. Évidemment, les harcèlements militaires chinois sur la frontière maritime entre... La Chine et Taïwan, en permanence, sont surveillés, et notamment avec les troupes qui sont basées dans cet archipel. Donc je m'étais dit, je vais voir ce que je vais trouver là-bas, sachant que c'est très compliqué les contacts que j'ai voulu avoir. J'ai appelé plein de gens. Tout le monde ne connaît Peng Hu, mais très peu de gens avaient des contacts sur place. Je pars de Taipei à la mi-novembre, je prends un avion, un ATR 42 à Hélice, qui va vers cet archipel, et les gens là-bas, soit ce sont les habitants qui retournent chez eux, ou bien il y a des gens qui vont se balader pour faire du tourisme. Après 35 minutes de vol, vous survolez des îlots, la mer, enfin je veux dire, c'est absolument magnifique, les vacances peuvent commencer, c'est fabuleux. Sur la piste d'atterrissage, je regarde évidemment tout de suite par le hublot à quoi ça ressemble et je vois des hangars d'avions militaires. Je regarde de plus près et je vois deux chasseurs qui se mettent en position sur la piste d'atterrissage. Je descends de l'avion et je suis des yeux les chasseurs qui se mettent en bout de piste. Ils décollent dans un bruit assourdissant. D'accord, donc d'ici partent les avions qui vont surveiller les incursions chinoises dans le détroit. Et en marchant vers le hangar, il y a une grande affiche qui prévient les passagers en disant Vous êtes bien arrivé sur un site militaire et il est interdit de prendre des photos pour des raisons de sécurité nationale. Donc vous vous dites Bon, très bien, j'arrive donc sur cette île tropicale magnifique. Effectivement, c'est aussi une forteresse militaire face à la Chine. Donc on est déjà dans la contradiction, dans le paradoxe. Et je me dis Bon, je vais peut-être quand même trouver quelque chose qui va... me convaincre que ce choix n'était pas si mauvais que ça au départ. J'avais quand même trouvé un contact qui est venu me chercher à l'aéroport. Quand on vient vous chercher à l'aéroport, quand vous ne connaissez pas un endroit, c'est toujours très réconfortant et vous pouvez tout de suite vous mettre à parler. Je monte dans la voiture de cette personne et je lui dis... Je viens de voir deux chasseurs décoller, vous êtes en panique, la personne me dit mais absolument pas, c'est banal pour nous, on entend ça tout le temps, c'est la normalité. Cette personne m'emmène dans un Airbnb qu'elle m'avait réservé. C'était un des rares contacts que j'ai pu avoir. Et tout de suite après, j'avais eu un autre contact, c'était un prêtre catholique qui était sur place, il y a eu une paroisse. Et à peine j'avais posé mes valises au Airbnb, qu'il est arrivé en voiture avec un ami prof de l'université locale, plus un vieux monsieur qui était un pêcheur. Toute sa famille était à Pembroke depuis trois générations. Donc là, tout de suite, à peine le temps de dire ouf, je suis dans la voiture et puis on va à l'église de la ville. Et en tant que journaliste de la Croix, j'ai évidemment toujours le souci de m'occuper des communautés chrétiennes là où je vais en Asie, qui sont souvent minoritaires. Donc c'est passionnant de raconter leur histoire, de voir comment elles ont vécu, survécu, comment elles s'épanouissent ou autre. Et en même temps, certes, je vais voir une église, certes, je vais voir des catholiques, mais après, j'élargis le cercle. C'est une bonne façon d'entrer dans un contexte. Il me raconte qu'il y a une petite communauté catholique de 150 fidèles, ce qui est très petit puisqu'on est quand même sur une ville de 100 000 habitants, et je commence à poser des questions sur la vie quotidienne sur cette île. Alors, de l'extérieur, ce dont on parle à Taïwan, c'est les harcèlements militaires chinois en permanence depuis 2016. On se dit, bon, la population est sur ses gardes, il se prépare à une invasion, puisque la Chine a vraiment clairement déclaré qu'elle allait envahir Taïwan à un moment ou à un autre. Et là, il y a la présidentielle, est-ce que c'est tendu, etc. Et le grand choc, finalement, c'est le sang-froid total de la population de Penghu. Tout va bien, tout est calme, nous, on continue à vivre normalement. On vit avec cette menace depuis des années. C'est la réalité, on ne s'inquiète pas. Et puis, me disent-ils... Cette île aussi est truffée de bases militaires, de casernes d'armées de terre, de bases aériennes et des bases navales. Des stations radar aussi très très sophistiquées et une base de missiles aussi, terre-air, terre-mer. Donc ils se sentent protégés et puis ils ne s'inquiètent pas plus que ça. La rencontre la plus extraordinaire, c'était ce pêcheur de plus de 65 ans qui était avec moi le premier jour et qui était un peu la mémoire de cet archipel. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas rêver mieux en tant que journaliste lorsque vous arrivez dans un endroit pas très connu et vous êtes en face de quelqu'un qui va vous raconter ce qu'était cette île il y a 40 ans, il y a 50 ans, comment ça a évolué. Il avait une histoire très longue à raconter sur la vie des pêcheurs. Comment ? Aujourd'hui encore, lorsqu'ils allaient en mer, ils pouvaient rencontrer aussi des pêcheurs chinois de l'autre côté qui pêchaient dans les eaux taïwanaises, mais contre lesquelles ils ne pouvaient absolument rien faire, conscients des bateaux militaires taïwanais qui circulaient autour de l'archipel et qui me racontaient que finalement, encore une fois, c'était le décor quotidien. Ce qui était intéressant aussi après cette rencontre, c'était le lendemain, on m'a prêté un scooter, donc j'ai sillonné vraiment. Cet archipel, il y a quatre grandes îles, puis plein de petites îles, mais les quatre grandes îles étaient reliées par des ponts, donc je pouvais faire toutes les distances possibles. Et là, je me suis rendu compte, je suis passé tout le long de toutes les casernes qui étaient visibles, parce que la veille, ils m'avaient dit, la caserne là est là, la base est là, la base est là. Donc j'avais tout noté sur la carte, et donc avec le scooter, le lendemain, j'ai pu y aller. Tout est d'un calme absolument olympien. Vous n'avez pas de mobilisation. Vous voyez des humeurs de temps en temps se promener dans la rue, des humeurs militaires. Vous avez de temps en temps un militaire qui se balade, mais c'est très discret. J'ai parlé avec d'autres habitants qui me disent qu'on les voit, mais ils font partie du décor. Ils sortent, mais ils ont des règles assez strictes de ne pas effrayer. Il n'y a pas une présence militaire permanente. C'est derrière les murs. J'ai longé des kilomètres de murs avec des barbelés au sommet de ces murs de protection. Voilà, les bases navales. J'ai vu les deux grosses frégates taïwanaises qui avaient été achetées à la France dans les années 90. C'est assez impressionnant, vous vous dites. Ce n'est pas des petits bateaux. Et j'ai discuté avec des étudiants dans l'université de la ville. Et là encore, vous êtes dans le paradoxe et le contraste. C'est-à-dire que ces étudiants-là profitaient de la vie sur cet archipel. Ils vivaient quasiment des études absolument géniales. Ils étaient dans un endroit où... Vous avez un climat correct, vous avez tout ce qu'il faut, c'est calme, mais ça ne les inquiétait absolument pas d'être placés dans une position stratégique qui pouvait être très dangereuse. Et j'ai réalisé... que cet archipel, c'était une allégorie, finalement, de Taïwan tout entier. Taïwan, c'est aussi 22 millions d'habitants qui vivent, qui mangent, qui travaillent, qui sortent, et qui sont sous la menace. Il y a 12 grosses bases militaires, stations radars dans tout Taïwan, il y a des entraînements d'avions, vous avez des militaires américains, un petit groupe qui les entraîne, vous avez des soldats taïwanais qui vont s'entraîner aux Etats-Unis, vous avez une alliance avec les Américains, les Américains qui ne sont pas loin, finalement. Les Américains sont à une heure de jet de Taïwan. Les bases américaines d'Okinawa sont très proches. Les bases en Corée du Sud sont très très proches. Il suffit que la 7e flotte américaine qui circule s'installe avec les porte-avions. Et c'est vrai que ça fait tout de suite une défense pour Taïwan. En fait, ils sont assez convaincus que les Américains vont venir à leur rescousse s'il y a une attaque chinoise. Je pense que ça fait partie de leur sérénité. On sera protégés. Et on pourra aussi se protéger parce qu'on a une armée, on a du matériel militaire assez sophistiqué. Ce dont je ne suis pas si sûr que ça, en fait, que l'armée taïwanaise, dans l'état dans lequel elle est, aurait les moyens de se défendre face à une offensive massive des Chinois, je me dis aujourd'hui que la Chine, pour récupérer Taïwan, elle serait prête à tout. Mais peut-être que ce n'est pas encore le moment pour la Chine de mener une offensive, parce que s'ils en mènent une, ils veulent être sûrs de gagner. Quand on rentre de reportage comme celui-ci sur un archipel très original, en fait, je ne suis pas resté qu'à Taïwan, donc je me dis que ça, c'est un point d'entrée pour le journal qui est intéressant. Vous n'allez pas écrire un peu comme tout le monde ce qui se passe à Taipei, la campagne électorale. Bon, ça, c'est de la cuisine politique. C'est peut-être moins intéressant pour le lecteur, mais vous allez partir d'un point précis et vous allez l'élargir pour expliquer que voilà, ce que j'ai vu dans cet endroit absolument original et spécial, c'est le duplicata parfait en plus petit de ce qu'il y a sur l'île. Alors, quand vous rentrez, vous êtes déjà content. D'abord, j'étais très content que mon intuition de départ s'est confirmée. Donc déjà, vous avez beaucoup de témoignages. Moi, je décrypte avec mon stylo. Je relis les entretiens que j'ai faits, je choisis les passages et je visualise. Et donc, j'arrive à structurer ce que je vais mettre au début du reportage, ce que je vais mettre au cœur du reportage du récit, comment je vais l'ouvrir après pour expliquer au lecteur que ce que je raconte à Penghu, c'est ce qui se passe aussi sur l'île de Taïwan et c'est exactement l'enjeu de ces élections. C'est la rivalité Etats-Unis-Chine, c'est la menace chinoise et que les gens, finalement, sont très paisibles. Donc... Finalement, lorsque vous avez beaucoup de matériel et que vous avez eu la chance d'abord de rencontrer des gens vraiment intéressants, c'est vraiment de la chance. Vous la provoquez, mais c'est quand même de la chance. J'aurais pu ne pas tomber sur des gens aussi passionnants. Donc, j'ai une diversité. J'ai des gens qui sont universitaires. Vous avez un pêcheur, vous avez un prêtre, vous avez des étudiants. J'ai rencontré aussi un restaurateur. Donc, avec tout ça, vous êtes sûr de ce que vous allez écrire. Donc ça, c'est la façon dont on va pouvoir, je dirais, structurer. et donner à comprendre à des lecteurs de façon vivante, colorée, de terrain. Voilà, terrain, terrain, terrain. Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates, et veulent garder cette liberté, et que les gens ne connaissent pas bien. Parfois, les gens à Taïwan me disaient Oui, je dis Where do you come from ? Ah oui, je viens de Taïwan. Ah, you come from Thailand. Déjà, les Taïwanais sont vraiment choqués parce qu'ils disent On ne nous connaît pas. On n'existe pas. Effectivement, ils sont reconnus que par 13 pays, Diplomatiquement dans le monde, la Chine est en train d'avaler toutes les relations diplomatiques, ils sont isolés, ils ne sont pas à l'ONU, ils ne sont pas présents dans des tas d'organisations internationales. Donc il y a quelque chose qui fait mal au cœur lorsque vous parlez avec l'État de l'Union, en disant ben oui, mais voilà, on est comme vous, on partage les mêmes valeurs, comme le Japon, la Corée, du Sud, on est vraiment à l'égal de vos systèmes politiques et on est face à une dictature chinoise qui veut nous avaler. La Chine fait tout pour qu'on ne parle pas de nous. Et c'est vrai que c'est assez frustrant. Et puis, pour un journaliste, c'est de se dire, parfois on va dans des dictatures ou des pays autoritaires, on parle de ce qui s'y passe et on le dénonce. Et là, c'est plutôt de parler d'un pays qui n'est pas une dictature. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques. parce que l'expérience de Hong Kong, c'est quand même un peuple de 7 millions d'habitants qui a perdu sa liberté à cause de la Chine. Et c'est un peu ce qui menace Taïwan. Et ça, il faut absolument en parler. Notre travail de journaliste, c'est de dire que ce pays doit être protégé et ne doit pas subir le joug de la Chine qui veut s'en emparer.

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de L'Envers du récit. N'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast. Le reportage de Dorian Malovic dans l'archipel de Ponroux est à lire sur le site et l'appli La Croix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien La Croix.

Share

Embed

You may also like

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 16.


Dorian Malovic est journaliste au quotidien "La Croix", chargé de la rubrique Asie. Quelques mois avant l’élection présidentielle à Taïwan, le 13 janvier 2024, il a réalisé un reportage sur les îles de Penghu, un archipel taïwanais situé à 170 kilomètres des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet ensemble d’îles est un haut lieu du tourisme, mais également une base militaire où stationnent 10 000 soldats, prêts à contrer une éventuelle offensive de la Chine.


► Retrouvez le reportage de Dorian Malovic : https://www.la-croix.com/Monde/taiwan-actu-info


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Janvier 2024     


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates et veulent garder cette liberté et que les gens ne connaissent pas bien. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques.

  • Speaker #1

    Dorian Malovic est journaliste au service international du quotidien La Croix. Avant l'élection présidentielle à Taïwan prévue le 13 janvier 2024, il s'est rendu dans l'archipel de Penru, un ensemble d'îles taïwanaises proches des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet archipel est un haut lieu du tourisme, mais aussi une forteresse militaire, en première ligne face à la menace chinoise. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre. ce qui s'est passé avant et comment il l'a vécu vous écoutez l'envers du récit

  • Speaker #0

    Je suis Dorian Malovic, je suis journaliste au quotidien La Croix, je suis responsable de la rubrique Asie depuis quelques décennies. Et après avoir été à Hong Kong dans les années 80, je suis revenu à Paris et là je suis à Tokyo depuis un an et demi, d'où je regarde tout ce qui se passe en Asie du Nord et c'est vrai que le spectacle de mon balcon de Tokyo est absolument passionnant. Et l'idée de s'installer à Tokyo, c'était de regarder les évolutions politiques et aussi militaires dans la région. Le contexte est de plus en plus tendu. On a l'émergence militaire de la Chine qui revendique des eaux territoriales dans toute la mer de Chine, qui revendique des territoires japonais. Et on a aussi, évidemment, la menace nucléaire nord-coréenne qui, depuis plus de dix ans, menace la Corée du Sud, le Japon, et évidemment les 50 000 GIs américains qui sont basés au Japon. Et donc, on voit bien qu'il y a un armement. régionales qui ne cessent d'augmenter et des tensions qui sont de plus en plus inquiétantes. Dans ce contexte prétendu régional, l'enjeu des rivalités entre les États-Unis et la Chine, c'est l'île et la nation taïwanaise, séparée de la Chine par le détroit de Taïwan, 180 kilomètres, c'est très peu. Et il y a une présidentielle le 13 janvier 2024. Après dix ans au pouvoir, le parti progressiste démocratique remet sa couronne en jeu. Et pendant ces dix ans, la Chine n'a... Cessez d'intimider, de harceler militairement Taïwan parce qu'elle ne supporte pas la présidente actuelle Tsai Ing-wen qui ne revendique pas l'indépendance de Taïwan. Ce n'est pas ce qu'elle revendique, même si son parti a été créé sur l'idée d'une indépendance de Taïwan. Mais évidemment, le contexte fait que si Taïwan déclarait son indépendance, la Chine entrera en guerre immédiatement. Donc ça, c'est la ligne. que ce parti progressiste démocratique ne dépassera jamais. Et vous avez en face le parti historique nationaliste du Kuomintang, KMT, ce parti qui a fui la Chine en 1949, quand ils ont perdu la guerre intérieure avec les communistes chinois. Ils sont partis se réfugier à Taïwan. dans l'intention de reconquérir le continent, ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire. Et progressivement, aujourd'hui, Taïwan est devenu un pays de facto autonome avec un système démocratique, des frontières, un territoire, une monnaie et un système politique autonome. Et effectivement, la Chine revendique ce territoire. Xi Jinping, qui est au pouvoir en Chine depuis 2012, On a cessé de dire que l'objectif majeur pour la Chine, c'est de récupérer Taïwan. Ce qui est vraiment impropre, puisque Taïwan n'a jamais appartenu à la République populaire de Chine, qui est arrivée au pouvoir en 1949. Mais pour le pouvoir chinois, on le récupéra de façon pacifique, mais aussi, ça a été annoncé par une invasion militaire ou une coercition militaire. Pour couvrir cette élection présidentielle, je me suis dit qu'il fallait aller dans un endroit un petit peu singulier. En novembre 2023, je me suis rendu sur l'archipel de Penghu qui se trouve quasiment au milieu du détroit de Taïwan, entre la Chine et Taïwan, parce qu'elle est quasiment en première ligne au cas où la Chine lancerait une offensive militaire. Donc, j'ai choisi cet archipel. Tout en me disant, ce n'est pas évident que ce que je chercherais là-bas, je le trouverais. Vous pouvez vous documenter, vous avez surtout des dépliants touristiques pour faire du tourisme dans cet archipel absolument paradisiaque. Vous avez des palmiers, du soleil, des plages, des pêcheurs, du poisson. Enfin, je veux dire, c'est une destination touristique pour les Taïwanais. En même temps, je sais que cet archipel est une forteresse militarisée. avec des stations radar, avec des bases militaires aériennes, il y a des bases navales. Évidemment, les harcèlements militaires chinois sur la frontière maritime entre... La Chine et Taïwan, en permanence, sont surveillés, et notamment avec les troupes qui sont basées dans cet archipel. Donc je m'étais dit, je vais voir ce que je vais trouver là-bas, sachant que c'est très compliqué les contacts que j'ai voulu avoir. J'ai appelé plein de gens. Tout le monde ne connaît Peng Hu, mais très peu de gens avaient des contacts sur place. Je pars de Taipei à la mi-novembre, je prends un avion, un ATR 42 à Hélice, qui va vers cet archipel, et les gens là-bas, soit ce sont les habitants qui retournent chez eux, ou bien il y a des gens qui vont se balader pour faire du tourisme. Après 35 minutes de vol, vous survolez des îlots, la mer, enfin je veux dire, c'est absolument magnifique, les vacances peuvent commencer, c'est fabuleux. Sur la piste d'atterrissage, je regarde évidemment tout de suite par le hublot à quoi ça ressemble et je vois des hangars d'avions militaires. Je regarde de plus près et je vois deux chasseurs qui se mettent en position sur la piste d'atterrissage. Je descends de l'avion et je suis des yeux les chasseurs qui se mettent en bout de piste. Ils décollent dans un bruit assourdissant. D'accord, donc d'ici partent les avions qui vont surveiller les incursions chinoises dans le détroit. Et en marchant vers le hangar, il y a une grande affiche qui prévient les passagers en disant Vous êtes bien arrivé sur un site militaire et il est interdit de prendre des photos pour des raisons de sécurité nationale. Donc vous vous dites Bon, très bien, j'arrive donc sur cette île tropicale magnifique. Effectivement, c'est aussi une forteresse militaire face à la Chine. Donc on est déjà dans la contradiction, dans le paradoxe. Et je me dis Bon, je vais peut-être quand même trouver quelque chose qui va... me convaincre que ce choix n'était pas si mauvais que ça au départ. J'avais quand même trouvé un contact qui est venu me chercher à l'aéroport. Quand on vient vous chercher à l'aéroport, quand vous ne connaissez pas un endroit, c'est toujours très réconfortant et vous pouvez tout de suite vous mettre à parler. Je monte dans la voiture de cette personne et je lui dis... Je viens de voir deux chasseurs décoller, vous êtes en panique, la personne me dit mais absolument pas, c'est banal pour nous, on entend ça tout le temps, c'est la normalité. Cette personne m'emmène dans un Airbnb qu'elle m'avait réservé. C'était un des rares contacts que j'ai pu avoir. Et tout de suite après, j'avais eu un autre contact, c'était un prêtre catholique qui était sur place, il y a eu une paroisse. Et à peine j'avais posé mes valises au Airbnb, qu'il est arrivé en voiture avec un ami prof de l'université locale, plus un vieux monsieur qui était un pêcheur. Toute sa famille était à Pembroke depuis trois générations. Donc là, tout de suite, à peine le temps de dire ouf, je suis dans la voiture et puis on va à l'église de la ville. Et en tant que journaliste de la Croix, j'ai évidemment toujours le souci de m'occuper des communautés chrétiennes là où je vais en Asie, qui sont souvent minoritaires. Donc c'est passionnant de raconter leur histoire, de voir comment elles ont vécu, survécu, comment elles s'épanouissent ou autre. Et en même temps, certes, je vais voir une église, certes, je vais voir des catholiques, mais après, j'élargis le cercle. C'est une bonne façon d'entrer dans un contexte. Il me raconte qu'il y a une petite communauté catholique de 150 fidèles, ce qui est très petit puisqu'on est quand même sur une ville de 100 000 habitants, et je commence à poser des questions sur la vie quotidienne sur cette île. Alors, de l'extérieur, ce dont on parle à Taïwan, c'est les harcèlements militaires chinois en permanence depuis 2016. On se dit, bon, la population est sur ses gardes, il se prépare à une invasion, puisque la Chine a vraiment clairement déclaré qu'elle allait envahir Taïwan à un moment ou à un autre. Et là, il y a la présidentielle, est-ce que c'est tendu, etc. Et le grand choc, finalement, c'est le sang-froid total de la population de Penghu. Tout va bien, tout est calme, nous, on continue à vivre normalement. On vit avec cette menace depuis des années. C'est la réalité, on ne s'inquiète pas. Et puis, me disent-ils... Cette île aussi est truffée de bases militaires, de casernes d'armées de terre, de bases aériennes et des bases navales. Des stations radar aussi très très sophistiquées et une base de missiles aussi, terre-air, terre-mer. Donc ils se sentent protégés et puis ils ne s'inquiètent pas plus que ça. La rencontre la plus extraordinaire, c'était ce pêcheur de plus de 65 ans qui était avec moi le premier jour et qui était un peu la mémoire de cet archipel. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas rêver mieux en tant que journaliste lorsque vous arrivez dans un endroit pas très connu et vous êtes en face de quelqu'un qui va vous raconter ce qu'était cette île il y a 40 ans, il y a 50 ans, comment ça a évolué. Il avait une histoire très longue à raconter sur la vie des pêcheurs. Comment ? Aujourd'hui encore, lorsqu'ils allaient en mer, ils pouvaient rencontrer aussi des pêcheurs chinois de l'autre côté qui pêchaient dans les eaux taïwanaises, mais contre lesquelles ils ne pouvaient absolument rien faire, conscients des bateaux militaires taïwanais qui circulaient autour de l'archipel et qui me racontaient que finalement, encore une fois, c'était le décor quotidien. Ce qui était intéressant aussi après cette rencontre, c'était le lendemain, on m'a prêté un scooter, donc j'ai sillonné vraiment. Cet archipel, il y a quatre grandes îles, puis plein de petites îles, mais les quatre grandes îles étaient reliées par des ponts, donc je pouvais faire toutes les distances possibles. Et là, je me suis rendu compte, je suis passé tout le long de toutes les casernes qui étaient visibles, parce que la veille, ils m'avaient dit, la caserne là est là, la base est là, la base est là. Donc j'avais tout noté sur la carte, et donc avec le scooter, le lendemain, j'ai pu y aller. Tout est d'un calme absolument olympien. Vous n'avez pas de mobilisation. Vous voyez des humeurs de temps en temps se promener dans la rue, des humeurs militaires. Vous avez de temps en temps un militaire qui se balade, mais c'est très discret. J'ai parlé avec d'autres habitants qui me disent qu'on les voit, mais ils font partie du décor. Ils sortent, mais ils ont des règles assez strictes de ne pas effrayer. Il n'y a pas une présence militaire permanente. C'est derrière les murs. J'ai longé des kilomètres de murs avec des barbelés au sommet de ces murs de protection. Voilà, les bases navales. J'ai vu les deux grosses frégates taïwanaises qui avaient été achetées à la France dans les années 90. C'est assez impressionnant, vous vous dites. Ce n'est pas des petits bateaux. Et j'ai discuté avec des étudiants dans l'université de la ville. Et là encore, vous êtes dans le paradoxe et le contraste. C'est-à-dire que ces étudiants-là profitaient de la vie sur cet archipel. Ils vivaient quasiment des études absolument géniales. Ils étaient dans un endroit où... Vous avez un climat correct, vous avez tout ce qu'il faut, c'est calme, mais ça ne les inquiétait absolument pas d'être placés dans une position stratégique qui pouvait être très dangereuse. Et j'ai réalisé... que cet archipel, c'était une allégorie, finalement, de Taïwan tout entier. Taïwan, c'est aussi 22 millions d'habitants qui vivent, qui mangent, qui travaillent, qui sortent, et qui sont sous la menace. Il y a 12 grosses bases militaires, stations radars dans tout Taïwan, il y a des entraînements d'avions, vous avez des militaires américains, un petit groupe qui les entraîne, vous avez des soldats taïwanais qui vont s'entraîner aux Etats-Unis, vous avez une alliance avec les Américains, les Américains qui ne sont pas loin, finalement. Les Américains sont à une heure de jet de Taïwan. Les bases américaines d'Okinawa sont très proches. Les bases en Corée du Sud sont très très proches. Il suffit que la 7e flotte américaine qui circule s'installe avec les porte-avions. Et c'est vrai que ça fait tout de suite une défense pour Taïwan. En fait, ils sont assez convaincus que les Américains vont venir à leur rescousse s'il y a une attaque chinoise. Je pense que ça fait partie de leur sérénité. On sera protégés. Et on pourra aussi se protéger parce qu'on a une armée, on a du matériel militaire assez sophistiqué. Ce dont je ne suis pas si sûr que ça, en fait, que l'armée taïwanaise, dans l'état dans lequel elle est, aurait les moyens de se défendre face à une offensive massive des Chinois, je me dis aujourd'hui que la Chine, pour récupérer Taïwan, elle serait prête à tout. Mais peut-être que ce n'est pas encore le moment pour la Chine de mener une offensive, parce que s'ils en mènent une, ils veulent être sûrs de gagner. Quand on rentre de reportage comme celui-ci sur un archipel très original, en fait, je ne suis pas resté qu'à Taïwan, donc je me dis que ça, c'est un point d'entrée pour le journal qui est intéressant. Vous n'allez pas écrire un peu comme tout le monde ce qui se passe à Taipei, la campagne électorale. Bon, ça, c'est de la cuisine politique. C'est peut-être moins intéressant pour le lecteur, mais vous allez partir d'un point précis et vous allez l'élargir pour expliquer que voilà, ce que j'ai vu dans cet endroit absolument original et spécial, c'est le duplicata parfait en plus petit de ce qu'il y a sur l'île. Alors, quand vous rentrez, vous êtes déjà content. D'abord, j'étais très content que mon intuition de départ s'est confirmée. Donc déjà, vous avez beaucoup de témoignages. Moi, je décrypte avec mon stylo. Je relis les entretiens que j'ai faits, je choisis les passages et je visualise. Et donc, j'arrive à structurer ce que je vais mettre au début du reportage, ce que je vais mettre au cœur du reportage du récit, comment je vais l'ouvrir après pour expliquer au lecteur que ce que je raconte à Penghu, c'est ce qui se passe aussi sur l'île de Taïwan et c'est exactement l'enjeu de ces élections. C'est la rivalité Etats-Unis-Chine, c'est la menace chinoise et que les gens, finalement, sont très paisibles. Donc... Finalement, lorsque vous avez beaucoup de matériel et que vous avez eu la chance d'abord de rencontrer des gens vraiment intéressants, c'est vraiment de la chance. Vous la provoquez, mais c'est quand même de la chance. J'aurais pu ne pas tomber sur des gens aussi passionnants. Donc, j'ai une diversité. J'ai des gens qui sont universitaires. Vous avez un pêcheur, vous avez un prêtre, vous avez des étudiants. J'ai rencontré aussi un restaurateur. Donc, avec tout ça, vous êtes sûr de ce que vous allez écrire. Donc ça, c'est la façon dont on va pouvoir, je dirais, structurer. et donner à comprendre à des lecteurs de façon vivante, colorée, de terrain. Voilà, terrain, terrain, terrain. Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates, et veulent garder cette liberté, et que les gens ne connaissent pas bien. Parfois, les gens à Taïwan me disaient Oui, je dis Where do you come from ? Ah oui, je viens de Taïwan. Ah, you come from Thailand. Déjà, les Taïwanais sont vraiment choqués parce qu'ils disent On ne nous connaît pas. On n'existe pas. Effectivement, ils sont reconnus que par 13 pays, Diplomatiquement dans le monde, la Chine est en train d'avaler toutes les relations diplomatiques, ils sont isolés, ils ne sont pas à l'ONU, ils ne sont pas présents dans des tas d'organisations internationales. Donc il y a quelque chose qui fait mal au cœur lorsque vous parlez avec l'État de l'Union, en disant ben oui, mais voilà, on est comme vous, on partage les mêmes valeurs, comme le Japon, la Corée, du Sud, on est vraiment à l'égal de vos systèmes politiques et on est face à une dictature chinoise qui veut nous avaler. La Chine fait tout pour qu'on ne parle pas de nous. Et c'est vrai que c'est assez frustrant. Et puis, pour un journaliste, c'est de se dire, parfois on va dans des dictatures ou des pays autoritaires, on parle de ce qui s'y passe et on le dénonce. Et là, c'est plutôt de parler d'un pays qui n'est pas une dictature. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques. parce que l'expérience de Hong Kong, c'est quand même un peuple de 7 millions d'habitants qui a perdu sa liberté à cause de la Chine. Et c'est un peu ce qui menace Taïwan. Et ça, il faut absolument en parler. Notre travail de journaliste, c'est de dire que ce pays doit être protégé et ne doit pas subir le joug de la Chine qui veut s'en emparer.

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de L'Envers du récit. N'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast. Le reportage de Dorian Malovic dans l'archipel de Ponroux est à lire sur le site et l'appli La Croix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien La Croix.

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 16.


Dorian Malovic est journaliste au quotidien "La Croix", chargé de la rubrique Asie. Quelques mois avant l’élection présidentielle à Taïwan, le 13 janvier 2024, il a réalisé un reportage sur les îles de Penghu, un archipel taïwanais situé à 170 kilomètres des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet ensemble d’îles est un haut lieu du tourisme, mais également une base militaire où stationnent 10 000 soldats, prêts à contrer une éventuelle offensive de la Chine.


► Retrouvez le reportage de Dorian Malovic : https://www.la-croix.com/Monde/taiwan-actu-info


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Janvier 2024     


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates et veulent garder cette liberté et que les gens ne connaissent pas bien. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques.

  • Speaker #1

    Dorian Malovic est journaliste au service international du quotidien La Croix. Avant l'élection présidentielle à Taïwan prévue le 13 janvier 2024, il s'est rendu dans l'archipel de Penru, un ensemble d'îles taïwanaises proches des côtes chinoises. Avec ses paysages idylliques, cet archipel est un haut lieu du tourisme, mais aussi une forteresse militaire, en première ligne face à la menace chinoise. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre. ce qui s'est passé avant et comment il l'a vécu vous écoutez l'envers du récit

  • Speaker #0

    Je suis Dorian Malovic, je suis journaliste au quotidien La Croix, je suis responsable de la rubrique Asie depuis quelques décennies. Et après avoir été à Hong Kong dans les années 80, je suis revenu à Paris et là je suis à Tokyo depuis un an et demi, d'où je regarde tout ce qui se passe en Asie du Nord et c'est vrai que le spectacle de mon balcon de Tokyo est absolument passionnant. Et l'idée de s'installer à Tokyo, c'était de regarder les évolutions politiques et aussi militaires dans la région. Le contexte est de plus en plus tendu. On a l'émergence militaire de la Chine qui revendique des eaux territoriales dans toute la mer de Chine, qui revendique des territoires japonais. Et on a aussi, évidemment, la menace nucléaire nord-coréenne qui, depuis plus de dix ans, menace la Corée du Sud, le Japon, et évidemment les 50 000 GIs américains qui sont basés au Japon. Et donc, on voit bien qu'il y a un armement. régionales qui ne cessent d'augmenter et des tensions qui sont de plus en plus inquiétantes. Dans ce contexte prétendu régional, l'enjeu des rivalités entre les États-Unis et la Chine, c'est l'île et la nation taïwanaise, séparée de la Chine par le détroit de Taïwan, 180 kilomètres, c'est très peu. Et il y a une présidentielle le 13 janvier 2024. Après dix ans au pouvoir, le parti progressiste démocratique remet sa couronne en jeu. Et pendant ces dix ans, la Chine n'a... Cessez d'intimider, de harceler militairement Taïwan parce qu'elle ne supporte pas la présidente actuelle Tsai Ing-wen qui ne revendique pas l'indépendance de Taïwan. Ce n'est pas ce qu'elle revendique, même si son parti a été créé sur l'idée d'une indépendance de Taïwan. Mais évidemment, le contexte fait que si Taïwan déclarait son indépendance, la Chine entrera en guerre immédiatement. Donc ça, c'est la ligne. que ce parti progressiste démocratique ne dépassera jamais. Et vous avez en face le parti historique nationaliste du Kuomintang, KMT, ce parti qui a fui la Chine en 1949, quand ils ont perdu la guerre intérieure avec les communistes chinois. Ils sont partis se réfugier à Taïwan. dans l'intention de reconquérir le continent, ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire. Et progressivement, aujourd'hui, Taïwan est devenu un pays de facto autonome avec un système démocratique, des frontières, un territoire, une monnaie et un système politique autonome. Et effectivement, la Chine revendique ce territoire. Xi Jinping, qui est au pouvoir en Chine depuis 2012, On a cessé de dire que l'objectif majeur pour la Chine, c'est de récupérer Taïwan. Ce qui est vraiment impropre, puisque Taïwan n'a jamais appartenu à la République populaire de Chine, qui est arrivée au pouvoir en 1949. Mais pour le pouvoir chinois, on le récupéra de façon pacifique, mais aussi, ça a été annoncé par une invasion militaire ou une coercition militaire. Pour couvrir cette élection présidentielle, je me suis dit qu'il fallait aller dans un endroit un petit peu singulier. En novembre 2023, je me suis rendu sur l'archipel de Penghu qui se trouve quasiment au milieu du détroit de Taïwan, entre la Chine et Taïwan, parce qu'elle est quasiment en première ligne au cas où la Chine lancerait une offensive militaire. Donc, j'ai choisi cet archipel. Tout en me disant, ce n'est pas évident que ce que je chercherais là-bas, je le trouverais. Vous pouvez vous documenter, vous avez surtout des dépliants touristiques pour faire du tourisme dans cet archipel absolument paradisiaque. Vous avez des palmiers, du soleil, des plages, des pêcheurs, du poisson. Enfin, je veux dire, c'est une destination touristique pour les Taïwanais. En même temps, je sais que cet archipel est une forteresse militarisée. avec des stations radar, avec des bases militaires aériennes, il y a des bases navales. Évidemment, les harcèlements militaires chinois sur la frontière maritime entre... La Chine et Taïwan, en permanence, sont surveillés, et notamment avec les troupes qui sont basées dans cet archipel. Donc je m'étais dit, je vais voir ce que je vais trouver là-bas, sachant que c'est très compliqué les contacts que j'ai voulu avoir. J'ai appelé plein de gens. Tout le monde ne connaît Peng Hu, mais très peu de gens avaient des contacts sur place. Je pars de Taipei à la mi-novembre, je prends un avion, un ATR 42 à Hélice, qui va vers cet archipel, et les gens là-bas, soit ce sont les habitants qui retournent chez eux, ou bien il y a des gens qui vont se balader pour faire du tourisme. Après 35 minutes de vol, vous survolez des îlots, la mer, enfin je veux dire, c'est absolument magnifique, les vacances peuvent commencer, c'est fabuleux. Sur la piste d'atterrissage, je regarde évidemment tout de suite par le hublot à quoi ça ressemble et je vois des hangars d'avions militaires. Je regarde de plus près et je vois deux chasseurs qui se mettent en position sur la piste d'atterrissage. Je descends de l'avion et je suis des yeux les chasseurs qui se mettent en bout de piste. Ils décollent dans un bruit assourdissant. D'accord, donc d'ici partent les avions qui vont surveiller les incursions chinoises dans le détroit. Et en marchant vers le hangar, il y a une grande affiche qui prévient les passagers en disant Vous êtes bien arrivé sur un site militaire et il est interdit de prendre des photos pour des raisons de sécurité nationale. Donc vous vous dites Bon, très bien, j'arrive donc sur cette île tropicale magnifique. Effectivement, c'est aussi une forteresse militaire face à la Chine. Donc on est déjà dans la contradiction, dans le paradoxe. Et je me dis Bon, je vais peut-être quand même trouver quelque chose qui va... me convaincre que ce choix n'était pas si mauvais que ça au départ. J'avais quand même trouvé un contact qui est venu me chercher à l'aéroport. Quand on vient vous chercher à l'aéroport, quand vous ne connaissez pas un endroit, c'est toujours très réconfortant et vous pouvez tout de suite vous mettre à parler. Je monte dans la voiture de cette personne et je lui dis... Je viens de voir deux chasseurs décoller, vous êtes en panique, la personne me dit mais absolument pas, c'est banal pour nous, on entend ça tout le temps, c'est la normalité. Cette personne m'emmène dans un Airbnb qu'elle m'avait réservé. C'était un des rares contacts que j'ai pu avoir. Et tout de suite après, j'avais eu un autre contact, c'était un prêtre catholique qui était sur place, il y a eu une paroisse. Et à peine j'avais posé mes valises au Airbnb, qu'il est arrivé en voiture avec un ami prof de l'université locale, plus un vieux monsieur qui était un pêcheur. Toute sa famille était à Pembroke depuis trois générations. Donc là, tout de suite, à peine le temps de dire ouf, je suis dans la voiture et puis on va à l'église de la ville. Et en tant que journaliste de la Croix, j'ai évidemment toujours le souci de m'occuper des communautés chrétiennes là où je vais en Asie, qui sont souvent minoritaires. Donc c'est passionnant de raconter leur histoire, de voir comment elles ont vécu, survécu, comment elles s'épanouissent ou autre. Et en même temps, certes, je vais voir une église, certes, je vais voir des catholiques, mais après, j'élargis le cercle. C'est une bonne façon d'entrer dans un contexte. Il me raconte qu'il y a une petite communauté catholique de 150 fidèles, ce qui est très petit puisqu'on est quand même sur une ville de 100 000 habitants, et je commence à poser des questions sur la vie quotidienne sur cette île. Alors, de l'extérieur, ce dont on parle à Taïwan, c'est les harcèlements militaires chinois en permanence depuis 2016. On se dit, bon, la population est sur ses gardes, il se prépare à une invasion, puisque la Chine a vraiment clairement déclaré qu'elle allait envahir Taïwan à un moment ou à un autre. Et là, il y a la présidentielle, est-ce que c'est tendu, etc. Et le grand choc, finalement, c'est le sang-froid total de la population de Penghu. Tout va bien, tout est calme, nous, on continue à vivre normalement. On vit avec cette menace depuis des années. C'est la réalité, on ne s'inquiète pas. Et puis, me disent-ils... Cette île aussi est truffée de bases militaires, de casernes d'armées de terre, de bases aériennes et des bases navales. Des stations radar aussi très très sophistiquées et une base de missiles aussi, terre-air, terre-mer. Donc ils se sentent protégés et puis ils ne s'inquiètent pas plus que ça. La rencontre la plus extraordinaire, c'était ce pêcheur de plus de 65 ans qui était avec moi le premier jour et qui était un peu la mémoire de cet archipel. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas rêver mieux en tant que journaliste lorsque vous arrivez dans un endroit pas très connu et vous êtes en face de quelqu'un qui va vous raconter ce qu'était cette île il y a 40 ans, il y a 50 ans, comment ça a évolué. Il avait une histoire très longue à raconter sur la vie des pêcheurs. Comment ? Aujourd'hui encore, lorsqu'ils allaient en mer, ils pouvaient rencontrer aussi des pêcheurs chinois de l'autre côté qui pêchaient dans les eaux taïwanaises, mais contre lesquelles ils ne pouvaient absolument rien faire, conscients des bateaux militaires taïwanais qui circulaient autour de l'archipel et qui me racontaient que finalement, encore une fois, c'était le décor quotidien. Ce qui était intéressant aussi après cette rencontre, c'était le lendemain, on m'a prêté un scooter, donc j'ai sillonné vraiment. Cet archipel, il y a quatre grandes îles, puis plein de petites îles, mais les quatre grandes îles étaient reliées par des ponts, donc je pouvais faire toutes les distances possibles. Et là, je me suis rendu compte, je suis passé tout le long de toutes les casernes qui étaient visibles, parce que la veille, ils m'avaient dit, la caserne là est là, la base est là, la base est là. Donc j'avais tout noté sur la carte, et donc avec le scooter, le lendemain, j'ai pu y aller. Tout est d'un calme absolument olympien. Vous n'avez pas de mobilisation. Vous voyez des humeurs de temps en temps se promener dans la rue, des humeurs militaires. Vous avez de temps en temps un militaire qui se balade, mais c'est très discret. J'ai parlé avec d'autres habitants qui me disent qu'on les voit, mais ils font partie du décor. Ils sortent, mais ils ont des règles assez strictes de ne pas effrayer. Il n'y a pas une présence militaire permanente. C'est derrière les murs. J'ai longé des kilomètres de murs avec des barbelés au sommet de ces murs de protection. Voilà, les bases navales. J'ai vu les deux grosses frégates taïwanaises qui avaient été achetées à la France dans les années 90. C'est assez impressionnant, vous vous dites. Ce n'est pas des petits bateaux. Et j'ai discuté avec des étudiants dans l'université de la ville. Et là encore, vous êtes dans le paradoxe et le contraste. C'est-à-dire que ces étudiants-là profitaient de la vie sur cet archipel. Ils vivaient quasiment des études absolument géniales. Ils étaient dans un endroit où... Vous avez un climat correct, vous avez tout ce qu'il faut, c'est calme, mais ça ne les inquiétait absolument pas d'être placés dans une position stratégique qui pouvait être très dangereuse. Et j'ai réalisé... que cet archipel, c'était une allégorie, finalement, de Taïwan tout entier. Taïwan, c'est aussi 22 millions d'habitants qui vivent, qui mangent, qui travaillent, qui sortent, et qui sont sous la menace. Il y a 12 grosses bases militaires, stations radars dans tout Taïwan, il y a des entraînements d'avions, vous avez des militaires américains, un petit groupe qui les entraîne, vous avez des soldats taïwanais qui vont s'entraîner aux Etats-Unis, vous avez une alliance avec les Américains, les Américains qui ne sont pas loin, finalement. Les Américains sont à une heure de jet de Taïwan. Les bases américaines d'Okinawa sont très proches. Les bases en Corée du Sud sont très très proches. Il suffit que la 7e flotte américaine qui circule s'installe avec les porte-avions. Et c'est vrai que ça fait tout de suite une défense pour Taïwan. En fait, ils sont assez convaincus que les Américains vont venir à leur rescousse s'il y a une attaque chinoise. Je pense que ça fait partie de leur sérénité. On sera protégés. Et on pourra aussi se protéger parce qu'on a une armée, on a du matériel militaire assez sophistiqué. Ce dont je ne suis pas si sûr que ça, en fait, que l'armée taïwanaise, dans l'état dans lequel elle est, aurait les moyens de se défendre face à une offensive massive des Chinois, je me dis aujourd'hui que la Chine, pour récupérer Taïwan, elle serait prête à tout. Mais peut-être que ce n'est pas encore le moment pour la Chine de mener une offensive, parce que s'ils en mènent une, ils veulent être sûrs de gagner. Quand on rentre de reportage comme celui-ci sur un archipel très original, en fait, je ne suis pas resté qu'à Taïwan, donc je me dis que ça, c'est un point d'entrée pour le journal qui est intéressant. Vous n'allez pas écrire un peu comme tout le monde ce qui se passe à Taipei, la campagne électorale. Bon, ça, c'est de la cuisine politique. C'est peut-être moins intéressant pour le lecteur, mais vous allez partir d'un point précis et vous allez l'élargir pour expliquer que voilà, ce que j'ai vu dans cet endroit absolument original et spécial, c'est le duplicata parfait en plus petit de ce qu'il y a sur l'île. Alors, quand vous rentrez, vous êtes déjà content. D'abord, j'étais très content que mon intuition de départ s'est confirmée. Donc déjà, vous avez beaucoup de témoignages. Moi, je décrypte avec mon stylo. Je relis les entretiens que j'ai faits, je choisis les passages et je visualise. Et donc, j'arrive à structurer ce que je vais mettre au début du reportage, ce que je vais mettre au cœur du reportage du récit, comment je vais l'ouvrir après pour expliquer au lecteur que ce que je raconte à Penghu, c'est ce qui se passe aussi sur l'île de Taïwan et c'est exactement l'enjeu de ces élections. C'est la rivalité Etats-Unis-Chine, c'est la menace chinoise et que les gens, finalement, sont très paisibles. Donc... Finalement, lorsque vous avez beaucoup de matériel et que vous avez eu la chance d'abord de rencontrer des gens vraiment intéressants, c'est vraiment de la chance. Vous la provoquez, mais c'est quand même de la chance. J'aurais pu ne pas tomber sur des gens aussi passionnants. Donc, j'ai une diversité. J'ai des gens qui sont universitaires. Vous avez un pêcheur, vous avez un prêtre, vous avez des étudiants. J'ai rencontré aussi un restaurateur. Donc, avec tout ça, vous êtes sûr de ce que vous allez écrire. Donc ça, c'est la façon dont on va pouvoir, je dirais, structurer. et donner à comprendre à des lecteurs de façon vivante, colorée, de terrain. Voilà, terrain, terrain, terrain. Ce qui est passionnant lorsqu'on couvre Taïwan, c'est l'idée qu'on va communiquer sur une île où les gens sont libres, démocrates, et veulent garder cette liberté, et que les gens ne connaissent pas bien. Parfois, les gens à Taïwan me disaient Oui, je dis Where do you come from ? Ah oui, je viens de Taïwan. Ah, you come from Thailand. Déjà, les Taïwanais sont vraiment choqués parce qu'ils disent On ne nous connaît pas. On n'existe pas. Effectivement, ils sont reconnus que par 13 pays, Diplomatiquement dans le monde, la Chine est en train d'avaler toutes les relations diplomatiques, ils sont isolés, ils ne sont pas à l'ONU, ils ne sont pas présents dans des tas d'organisations internationales. Donc il y a quelque chose qui fait mal au cœur lorsque vous parlez avec l'État de l'Union, en disant ben oui, mais voilà, on est comme vous, on partage les mêmes valeurs, comme le Japon, la Corée, du Sud, on est vraiment à l'égal de vos systèmes politiques et on est face à une dictature chinoise qui veut nous avaler. La Chine fait tout pour qu'on ne parle pas de nous. Et c'est vrai que c'est assez frustrant. Et puis, pour un journaliste, c'est de se dire, parfois on va dans des dictatures ou des pays autoritaires, on parle de ce qui s'y passe et on le dénonce. Et là, c'est plutôt de parler d'un pays qui n'est pas une dictature. On a besoin de parler de ce genre de pays qui veulent défendre leurs acquis démocratiques. parce que l'expérience de Hong Kong, c'est quand même un peuple de 7 millions d'habitants qui a perdu sa liberté à cause de la Chine. Et c'est un peu ce qui menace Taïwan. Et ça, il faut absolument en parler. Notre travail de journaliste, c'est de dire que ce pays doit être protégé et ne doit pas subir le joug de la Chine qui veut s'en emparer.

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de L'Envers du récit. N'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast. Le reportage de Dorian Malovic dans l'archipel de Ponroux est à lire sur le site et l'appli La Croix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien La Croix.

Share

Embed

You may also like