- Speaker #0
Bonjour,
- Speaker #1
c'est Claire de Podcast.fr. Chaque semaine, je décortique les secrets des podcasts qui marchent. Aujourd'hui, Thune avec Laurence Vély. Bonjour Laurence. Bonjour Claire. Alors, tu es journaliste et entrepreneuse. Tu as travaillé pendant 15 ans dans la presse magazine, notamment au sein de Glamour, GQ, Vanity Fair, mais aussi Marie-France. avant de te lancer dans la création de tes propres médias. Tu as d'abord fondé Les Déviations, un média en ligne qui explorait les changements de vie et les virages, on va dire, en termes de trajectoire. Puis en 2020, tu t'es lancé dans le podcast Thune, qui cumule aujourd'hui 4 millions d'écoutes, dont 100 000 écoutes mensuelles. Alors Thune, c'est le podcast, on va dire, le principal podcast qui s'intéresse à cette grande question taboue qu'est l'argent. et notre relation à l'argent, pour être plus précise. Deux fois par mois, tu tends ton micro à celles et ceux qui acceptent de parler cash dans tous les sens du terme, donc de parler revenus, dépenses, argent dans le couple, héritage, manque d'argent, parfois précarité, pauvreté. Et pour commencer cette interview, je te propose qu'on vienne un petit peu en arrière dans ton parcours, au moment où tu te décides à lancer un premier média social, les déviations. Il me semble qu'à ce moment-là, tu travailles toujours dans la presse ou tu quittes ton emploi dans la presse. Est-ce que tu peux nous dire ce qui t'incite à t'en faire être cette question des trajectoires de vie ?
- Speaker #0
Alors oui, à ce moment-là, ça remonte un petit peu. À ce moment-là, j'ai la sensation que j'ai fait le tour de la presse. Pas le tour parce que ce serait présomptueux, mais qu'en tout cas, je vois que la presse commence un peu à prendre l'eau. et je me pose vraiment la question de... de faire autre chose, parce qu'à ce moment-là, je dirigeais des rédactions, et je voyais qu'autour de moi, quand même, il y avait une tendance à avoir des journalistes de plus en plus pressurisés, de plus en plus un petit peu malheureux, il y avait moins de lecteurs, il y avait moins de sens, je sentais que l'âge d'or était derrière, et en plus, moi, j'ai adoré ce métier, j'ai adoré les rédactions, vraiment, vraiment adoré ça. J'ai eu la chance de grignoter un peu la fin de la comète, où c'était ce qu'on peut imaginer d'une rédaction. avec des gens qui ne sont pas d'accord, avec des typologies de personnages assez géniales. J'ai vraiment beaucoup aimé. Et donc, je me posais cette question. Et puis, comment est née les déviations ? Ça commence déjà par un coup de bluff parce que je viens de quitter Marie-France un peu brutalement. J'ai décidé de partir comme ça un peu du jour au lendemain. Et je ne sais pas du tout ce que je vais faire. Et je me dis, il ne faut pas que j'envoie un mauvais signal. Il ne faut pas qu'on croit que je me suis fait virer ou quoi. et donc je... Je balance, je crois que c'était sur Facebook, un truc du genre « je monte ma boîte » , ce qui était absolument faux. Et là, il y a quelqu'un que je connaissais, qui est un mec qui investissait dans des projets à droite à gauche, qui me contacte, qui me dit « tu montes ta boîte, ça m'intéresse, prenons un café » . Et donc, on se voit. Et lui, il me propose de financer la création d'un média. Alors, un média, ça ne veut un peu rien dire. Du coup, on va parler. Et donc, j'ai lancé les déviations comme ça, en me disant… Moi, j'aime bien l'idée des verticales. J'aime bien l'idée de creuser des verticales, donc des territoires. En me disant, il y a quand même un sujet avec plein de fois dans notre vie, on est amené à changer de vie. En tout cas, moi, je me sens très concernée par ça. J'avance vraiment par phase. Je suis contente, je suis moins contente. J'en peux plus. Et donc, je bazarde plein de choses et je repars à zéro. Et je me questionnais sur un petit peu cette énergie. Comment est-ce qu'on... On repart à zéro ? Qu'est-ce qu'on met en marche pour se réinventer, en fait ? Et je me dis, il y a peut-être un sujet. Et donc, je commence à interroger des gens qui ont changé de vie. Alors, changer de vie, c'est un peu tarte, ça veut tout dire et rien dire. Globalement, des changements de vie pro, mais des changements de vie perso, ça peut être des coming-out, ça peut être… Comment est-ce qu'on initie ou est-ce qu'on va puiser en nous pour trouver la force de changer des choses, quoi ? Vraiment, profondément. Et à ce moment-là, je décide de le faire. Il n'y avait pas vraiment de modèle. Je décide de faire en même temps un média sur Instagram qui était assez inspiré de ce compte Instagram qui s'appelait « Humans of New York » . Donc, c'était une photo et un texte long. Je trouvais que c'était super. C'était 2400 signes. C'était super. Je décide de le faire également en podcast. Et puis en vidéo. Donc, j'interview des gens. Donc, trois, on a bien compris, trois formats. le format vraiment purement fait pour Insta, où ça va être des histoires un peu plus lambda, le format audio, où je vais mettre un peu plus les profils très émotionnels, qui peuvent avoir peur déjà de la caméra, où il va y avoir beaucoup d'émotions, de silence, où la voix va charrier des choses comme ça. Donc c'est comme ça que je me mets dans le podcast. Je le découvre toute seule, j'achète un petit peu de matos, hop hop hop, je me lance quoi. Et puis de la vidéo, donc là c'est plus produit, pour les personnes qu'on va appeler, on va dire, sexy pour la caméra, plus charismatiques, etc. Et je commence à faire ça, à raison d'un contenu par semaine, avec une stagiaire. Et en fait, ça fonctionne très très vite. Les vidéos sont partagées sur les réseaux. C'est le début, enfin, pas tout à fait le début, mais il y a déjà Brut, il y a déjà Combini, donc les vidéos très chartées, 3 minutes. partout je lis qu'il ne faut pas dépasser les 3 minutes, sauf que moi, mes vidéos, je trouve que pour que l'histoire, elle soit bien, il faut que ça dure au moins 10-15 minutes, et puis je n'arrive pas à couper. Et je me dis, merde, tant pis, je les balance comme ça. Et puis, ça ne se faisait pas à ce moment-là, et ça a été un carton. Donc les déviations, assez vite, c'est suivi, c'était avant le Covid, c'est suivi par, je ne sais pas, 200-300 000 personnes, donc des communautés sociales, sur les réseaux, notamment sur Facebook. Et à ce moment-là, c'est des gros chiffres. En fait, on n'a pas encore les chiffres aujourd'hui de TikTok avec des millions de followers. On n'est pas dans cette catégorie de chiffres. Donc, ça devient assez énorme, assez connu. Je reçois des centaines de messages par jour. Bref, ça marche très, très bien. Et surtout, il y a une énergie qui circule parce que je chope les gens où ils sont à un moment un peu high, en fait. Ils viennent d'opérer ce changement de vie. Donc, c'est assez fou, il me raconte ça, ça fonctionne en fait, vraiment ça fonctionne. Et puis, vient au bout d'un an ou deux à ce rythme, vient la question quand même du business model, c'est-à-dire qu'on ne peut pas juste s'appuyer sur le social, etc. Qu'est-ce qu'on fait, quoi ? Et là, je n'étais pas très à l'aise parce que, en fait, j'avais deux options, soit continuer à interroger le changement, donc avec, je ne sais pas, des... des neuroscientifiques, des philosophes, des psychologues, donc on va dire la partie un peu intello, créer des conférences, etc. Soit ce qui était plutôt le souhait de mon investisseur, verser un petit peu dans le développement personnel, dans le coaching, et aider les gens à mettre en place des techniques pour eux-mêmes changer de vie. Et moi, je n'étais pas du tout à l'aise avec cette idée. Je suis hyper méfiante par rapport à tous ces trucs-là. Je ne me sentais pas légitime. Donc, j'ai préféré vendre. J'ai vendu mes parts. J'étais très contente. Donc là, pour le coup, première relation, vraie relation d'adulte avec la thune. Parce que jusqu'à présent, j'avais une relation de jeune adulte, même en étant mère, même en étant... Voilà, je gagnais de l'argent, je le dépensais. Là, d'un coup, tiens, j'ai vendu un gros truc. Donc, en fait, ah tiens, j'y connais rien. Comment ça se vend ? Est-ce que c'est assez ? Ah, il y a 30% d'impôt, je ne savais pas. Ah, ben voilà. Et puis surtout, je me rends compte que je ne sais pas du tout parler de pognon, que je suis intimidée par les sommes, etc. Et puis aussi, je réalise qu'au fil de tous ces entretiens avec ces gens super, qui me racontent leur changement de vie, dans la belle histoire, il n'y a jamais la notion d'argent. Et en fait, un jour, je me dis, mais ce n'est pas du bon journalisme, parce que tu ne questionnes pas ce truc-là. Tu fais un peu de la com, tu fais la com de ces gens qui te racontent ce qu'ils veulent bien. tu racontes des belles histoires, mais en fait, comment cette personne qui a décidé de faire du yoga, de la céramique, comment ça se passe concrètement ? Qui paye ? D'où vient l'argent ? D'où ne vient-il pas ? Ou cette personne qui a ouvert un resto, qui, pendant ce temps-là, qui supporte les frais du ménage, les trois enfants, etc. ?
- Speaker #1
C'est quelque chose que les gens n'abordaient pas, parce que pourtant, dans les trajectoires de vie, dans les changements de trajectoire de vie, je me dis que c'est quand même une question qui est hyper cruciale et qui est aussi au centre de beaucoup de peurs. Comme tu dis, c'est très tabou aussi, donc c'est peut-être pour ça que ce n'était pas important dans le cadre d'un entretien.
- Speaker #0
Oui, c'est tabou, mais surtout, ça ne rentre pas dans le cadre de la belle histoire. Dans la belle histoire, on ne parle jamais de pognon, en fait. Et donc, à partir de là, je me dis qu'il y a quand même un sujet. Et puis, j'avais envie de lancer un autre projet. projets. Alors, moi, j'ai toujours travaillé en plus à côté d'un de ces projets, c'est-à-dire que j'ai eu diverses activités, mais j'adore avoir mes propres médias. Et donc j'avais, je ne sais pas, à ce moment-là, je m'étais fait une liste d'une dizaine de podcasts qui étaient, je trouvais qu'il y avait vraiment des sujets à faire, sans trop me questionner d'ailleurs sur les business models. À ce moment-là, on est, oui, mon point de repère, c'est le Covid, c'est avant ou pendant le Covid, quoi. À ce moment-là, tout le monde disait « le podcast, le podcast » . On avait l'impression que c'était un peu le prochain truc et tout. Je me disais « bon, j'en ai déjà fait, je vais lancer un podcast, puis peut-être un deuxième, un troisième et je lancerai un studio de podcast, on va voir et tout » . Et puis, le sujet de l'argent, en fait, c'était le plus simple à monter. C'était pour le coup le moins coûteux et c'était celui, je trouvais, qui avait le plus de portée sociétale parce que c'était parfait pour le podcast. L'argent, c'est le non-dit ultime. Il irrigue toutes les couches de nos vies. Et donc, je me suis dit, je vais aller interroger des gens, on va voir s'il y a un sujet. Et j'ai commencé à faire ça doucement. Et au bout de, je crois, après le premier entretien, je me suis dit, il y a un sujet, il est énorme en fait.
- Speaker #1
Comment ça se passe cette recherche d'invité ? Parce que je suppose que ce n'est pas évident au début d'arriver à trouver des personnes qui acceptent de parler à découvert d'argent. Probablement, les premiers épisodes, ce sont tes amis. Mais ensuite, comment tu fais ?
- Speaker #0
Tu as tout compris. Les premiers épisodes, je demandais à des gens qui ne sont pas forcément des amis, mais des gens que j'ai croisés. Alors, c'est un petit peu délicat. Le tout premier, c'est un mec que j'ai vu cinq, six fois. Et en fait, je ne comprends pas comment il vit. Il ne bosse pas. Il a l'air d'être pété de thunes. En même temps, il est sapé un peu comme un bohémien. Il a les cheveux longs. Mais en fait, quand on regarde de plus près les pulls un peu loose, ça a l'air d'être du cachemire de très bonne facture. Je me dis, j'ai envie de comprendre quelle est sa vie, en fait. Et puis, il a une espèce de philosophie un peu New Age et tout. Et donc, oui, j'arrive, je lui dis, ça ne te dérangerait pas, tu voudrais bien, je lance ça, anonyme et tout. Et là, il me raconte son histoire avec l'argent. Et en fait, il y a tout dedans. Il y a des parents pauvres, une enfance où il a grandi dans une caravane, le père qui fait fortune dans l'industrie et puis qui fait hériter ses enfants avant de mourir, donc de son vivant. Et puis, le problème de légitimité. de cette personne en question, de mon invité. Et donc, je me dis, mais ça soulève des sujets fous. Lui, il a dû, du coup, se mettre à bosser pour, à son tour, faire fortune, pour avoir l'impression de mériter cet argent, etc. Et puis, effectivement, les deux, trois premiers entretiens, c'est du bouche à oreille, c'est des amis ou des amis d'amis, quoi. Histoire d'avoir un truc à montrer. Et ensuite, j'étais un peu plus convaincue qu'il y avait un sujet. Donc, là, le travail journalistique... Est-ce que je peux dire classique ? En fait, moi, je suis assez incapable de dire comment je trouve mes invités. C'est-à-dire que j'ai l'impression que j'ai un petit machin plugé dans la tête qui fait que j'y pense jamais et j'y pense tout le temps. Je vois passer une émission de télé, un bouquin, un post sur Instagram. Je me dis, il y a un sujet, je le note. J'ai des tonnes de sujets que je veux traiter. Et dès que je vois passer quelque chose, bim, j'écris à la personne. Je cherche rarement vraiment un type de profil. Souvent, ça me tombe dessus. Et comme il y a plein de sujets, en fait, j'arrive toujours à m'en sortir comme ça. Et puis ensuite, je contacte la personne. Il y a toujours un pré-entretien. Je lui explique ce que c'est une. Je lui explique que ce n'est pas facile de parler d'argent. On n'est pas habitué à mettre des chiffres, à donner des chiffres, que ça va aller chercher loin, que ça va la fatiguer comme entretien, qu'elle va sortir sonnée. Je lui explique que ça peut être anonyme. que c'est monté aussi. Ça rassure beaucoup les gens de savoir que j'en coupe entre, je dirais, un quart et la moitié, qu'on peut dire des conneries, se reprendre, voilà, que ce n'est pas à charge. Et ça, ils peuvent l'entendre. Je pense que c'est un montage qui est toujours relativement bienveillant. D'ailleurs, quand je vois que ça peut être vraiment problématique pour la personne, si elle s'est sentie mal pendant l'entretien, je le vois, ou si je sens qu'il y a des choses qui peuvent vraiment lui porter préjudice, en général, soit je coupe à fond pour que ça reste vraiment sobre, soit je ne publie pas. Et puis la dernière chose, c'est qu'il faut qu'ils aient envie de le faire. Il faut qu'il y ait un truc de « j'ai envie d'aller raconter ce truc-là parce que je pense que ça peut aider d'autres gens, parce que je pense que ça peut m'aider à y voir clair » . Voilà, il faut avoir envie.
- Speaker #1
C'est toi qui fais ton montage ?
- Speaker #0
Non, moi je fais du dérush. Moi je dérush et d'ailleurs je suis un peu raide sur le dérush. J'adorerais laisser mon montage intégralement et c'est un peu un des buts de l'année qui vient. Mais j'ai du mal parce que je sais exactement ce que je veux, donc je dérush et après... J'ai un monteur qui met les pastilles sonores, qui me le met au propre. Mais je déroche moi-même.
- Speaker #1
Alors, comment ça se passe au niveau des audiences ? Est-ce que ça décolle très vite, comme pour les déviations ? Est-ce que ça met un petit peu plus de temps à trouver son public ? Comment réagissent les gens face à ce sujet ultra tabou ?
- Speaker #0
Non, ça décolle pas aussi vite que les déviations, pour la bonne raison que les déviations, il y avait de la vidéo, et que ça reste toujours la vidéo le truc le plus, le médium, le format le plus efficace. Alors à part, il y a évidemment des contre-exemples comme Bliss et tout, mais en fait il y en a tellement peu, il y en a vraiment tellement deux ou trois que voilà. Donc non, ça décolle pas aussi vite. Les marqueurs sont bons, ça décolle bien. Je ne sais pas, ça doit commencer, on doit faire 5 000, 7 000, 10 000. Enfin voilà, mois après mois, ça décolle. Au bout d'un an, en plus, à ce moment-là, j'avais repris un boulot à temps plein. Donc je fais quatre épisodes où je vois vraiment le potentiel. Et puis j'en parle à cette journaliste que je connais depuis longtemps, que je trouve super, qui s'appelle Anna Borel. Je lui dis, tu ne voudrais pas me rejoindre ? Donc elle me rejoint. Donc on double du coup la production. Donc voilà, on continue comme ça. Donc on fait quatre épisodes par mois pendant longtemps. Et puis assez vite, oui, ça atteint des audiences assez confortables, avec toujours en ligne de mire le 100 000 écoutes. On se dit, il faut qu'on fasse 100 000 écoutes, qui est un petit peu ce que nous disent les régies. Elles disent toujours, quand même, 100 000, c'est un peu le game changer pour avoir des annonceurs, etc. Il faut savoir que je suis passée en plus dans plusieurs régies. J'ai été chez Orso Media, j'ai été chez Binge Audio, et là, je suis chez Acast. Donc j'ai beaucoup aussi cherché comment fonctionner avec une régie. Et puis toujours cette recherche en fond de modèle économique qui n'est pas évident quand on est journaliste. Ce n'est pas notre cœur de métier. Alors moi, j'adore ça de plus en plus, mais c'est un long chemin quand même.
- Speaker #1
Oui, justement, j'allais te poser la question du modèle économique qui, on le sait, n'est pas simple sur le podcast. Est-ce que dès le début, tu t'es dit que tu voulais gagner de l'argent avec ce podcast ? Et quels sont les choix que vous avez faits en termes de business, de modèle économique, surtout à partir du moment où vous avez réussi à atteindre ces 100 000 écoutements ?
- Speaker #0
Alors moi, c'est marrant parce que comme je suis un peu auréolée d'un succès avec les déviations, au moment où je lance une, je me dis mais en fait, je suis une meuf de business. Moi, je suis trop business des médias et tout, je sais trop faire, ça va être un succès, ça va cartonner et tout. Bon, alors le podcast, ça oblige quand même à une certaine humilité. Surtout que là, je n'avais pas de business angel derrière. Donc, dès le départ, je me dis que je vais gagner de l'argent. Et je me dis que je vais gagner de l'argent, basiquement, avec la pub. Et surtout, je me dis à ce moment-là que je vais agréger plein d'autres podcasts. Parce que pour moi, il ne me fait aucun doute que le marché du podcast, il va se stabiliser, trouver son modèle économique et tout. Donc, je m'arme de patience. Et puis, j'accepte. pendant peut-être un an ou deux, je crois que je paye. Oui, c'est ça, je paye pour faire thune. Ça me coûte de l'argent. Mais ça reste raisonnable. Je me dis, c'est un investissement, ce n'est pas grave. Ça, c'est la première phase. Il y a la deuxième phase où je commence effectivement à avoir un peu d'argent avec ce qu'on appelle du host read. Donc, quand on lit un message au début du podcast. Et ça, c'est super parce qu'en fait, on rentre dans nos frais. je me dis, bon, très bien, avec le Wall Street, j'arrive plus ou moins à rentrer dans mes frais. Le problème, c'est que le Wall Street, ce n'est pas tous les mois, en fait. Ça va être un mois tous les trois, quatre mois. Assez rapidement, je me rends compte qu'il y a quand même une grosse différence entre les projets qu'on va appeler médias. Moi, aujourd'hui, j'ai l'impression de faire du média. Mon podcast, il est plus proche. aujourd'hui d'une émission de France Culture, France Inter, que d'un podcast entrepreneurial de la Wynne. Tu ne sais pas un podcast de la Wynne. Moi, je ne dis pas, je n'interview pas des gros winners qui nous expliquent comment gagner plus de pognon. Je ne dis pas comment investir dans les cryptos. Voilà. Or, les annonceurs sont assez friands de ça. Les marques sont friandes de ce genre de contenu très, très positif. Mais moi, ce n'est pas du tout ma cam. Moi, j'aime raconter des trucs, même un peu d'art, j'aime faire un tour de la société, en fait. J'aime faire cette espèce de mosaïque de la société française avec d'où vient l'argent, d'où ne vient-il pas, l'impact de l'argent sur nos vies, tout ce qu'on ne se dit pas, les hontes, les jalousies, les peurs de manquer, les trucs un peu irrationnels. Enfin, j'aime vraiment aller creuser un peu la matière profonde, humaine. Et ça, ce n'est pas ce que cherchent les annonceurs en premier. Plus, bon, il y a effectivement... Alors, tu n'es pas un podcast positionné comme féministe. Même si j'interview une majorité de femmes, quand même, parce que, pour plein de raisons, je trouve que les femmes, déjà, ont plus de facilité à se livrer et puis que... naturellement, ça m'intéresse quand même pas mal, et puis il se passe plein de choses de ce côté-là. Mais moi, je suis féministe. Donc ça s'entend aussi à travers des entretiens. Donc voilà, je ne suis pas clairement... Tu ne sais pas, on n'a pas annonceur. Mais je me rends compte assez vite que je vais avoir des annonceurs que je veux, c'est-à-dire des banques, des assurances qui essayent quand même d'être dans une démarche un petit peu éthique. Donc ça me va plutôt bien, mais c'est vrai que ce n'est pas tout le temps. Donc je me dis bon ça va être moins facile que prévu et ça ça va être peut-être la troisième phase où je me dis va falloir donner une place à ce projet qui soit pas une place trop professionnelle, je vais le considérer comme un hobby. Comme un hobby qui peut ramener un peu d'argent. Alors ça c'était une connerie ça. Pourquoi c'était une connerie ? Je commence à raconter à tout le monde, à dire non mais c'est un hobby un peu, tu fais de l'escalade, ça te prend du temps tous les mois, tu fais de l'escalade. c'est ton hobby, tu fais des efforts. Mais en fait, c'est plus qu'un hobby. Et ça ne s'arrête jamais vraiment. Quand tu fais de l'escalade, tu vas faire ton escalade, tu rentres chez toi, c'est fini. Moi, on continue à m'envoyer des mails, il y a des gens qui continuent à m'écrire. Et puis au fond de moi, je me dis, mais ce n'est pas possible. Et puis un hobby, ça ne prend pas une grosse semaine, voire dix jours par mois. Donc là, je me dis, ce n'est pas possible. Même si je veux que ce soit un hobby, même si je décélère, parce qu'à un moment, je me dis aussi, je vais arrêter de produire autant d'épisodes, Je vais... Enfin, moins, en fait. Je divise par deux le nombre d'épisodes. Mais ça prend quand même beaucoup de temps. Et puis, j'ai envie que ça soit bien. Et puis, c'est léché. Et puis, il y a les réseaux sociaux qui prennent un temps fou et tout. Et donc, je rentre dans cette nouvelle phase dans laquelle je suis actuellement, en train de me dire, bon, arrête d'y aller de façon un petit peu... D'y aller sans vraiment y aller, quoi. Là, il faut vraiment que tu professionnalises un petit peu tout ça.
- Speaker #1
Du coup, tu travailles à côté, en freelance. Et c'est aussi ce qui te permet d'avoir, je suppose, une liberté en termes d'emploi du temps. qui t'offre la possibilité de faire tes interviews et aussi d'avoir une sécurité financière suffisante pour pouvoir mener le podcast à côté, même si je ne peux pas s'en tenir compte.
- Speaker #0
Exactement. Je bosse à côté à temps quasi plein. Ce qui fait que je me retrouve souvent à bosser le week-end sur Thune. Ça me fait des journées assez chargées, comme tu dis, en tant qu'indépendante. Je fais de la stratégie, je fais de la direction de contenu pour des marques, je fais de la rédaction en chef, je fais des choses comme ça en freelance. Alors, Tune me ramène aussi, me permet d'avoir une vitrine, me ramène des clients. Par exemple, il y a deux ans, je me suis retrouvée à faire, ça c'était génial, une sorte de tour du monde pour une grande banque, pour aller interviewer des espèces de méga patrons. Ça, c'était très drôle. Donc, je suis allée en Afrique, aux États-Unis, enfin partout, à plein d'endroits. Génial. Oui, oui. Donc, Tune me sert aussi quand même de vitrine. Mais voilà, il y a toujours ce truc entre… C'est une... passion, en tout cas, alors peut-être pas une passion, mais c'est un centre d'intérêt, en plus un sujet sans fond, et plus je le connais, plus je me rends compte qu'il n'y a vraiment pas de fond. Et puis je suis aussi portée par les retours des auditrices, des auditeurs qui disent c'est génial, continuez et tout. Et puis d'un autre côté, voilà, quelle place donner à ce podcast dans un moment où l'économie du podcast, c'est pas ça. Pour moi, aujourd'hui, le marché, il n'est pas vraiment là. En tout cas, Pas pour les podcasts médias indépendants, pour des podcasts. Aujourd'hui, quelqu'un qui me dit « je suis psychologue » ou bien « je bosse dans le marketing, j'ai une expertise hyper forte et je veux lancer mon podcast pour mettre ma profession en valeur » , je trouve que c'est une super idée. En revanche, faire du podcast comme ça, je trouve que c'est quand même... Si on n'a pas envie de faire n'importe quoi en termes de développement. Parce que c'est aussi l'enjeu. Moi, je n'ai pas envie de faire n'importe quoi. Je n'ai pas envie de profiter de cette notoriété-là de mon podcast pour vendre des produits financiers absurdes à des gens. Il faut faire gaffe. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
J'ai quand même des restes de mes années de journaliste avec une petite déontologie qui, parfois, peut être un peu handicapante. Je trouve qu'il faut être hyper malin pour s'en sortir. Et je vois pas mal de podcasteurs qui ont trouvé leur truc. Et puis, il ne faut pas rester cantonné au podcast, à mon avis. Il faut vraiment développer un écosystème autour. Oui, justement,
- Speaker #1
tu me tends un peu la perche sur la prochaine question qui est qu'est-ce qui, selon toi, peut permettre à un podcast de percer et justement de trouver une rentabilité économique et financière ? Tu l'as dit, ce n'est pas évident et on le sait tous. Mais voilà, toi, c'est quoi ta vision aujourd'hui ? Plutôt pour les podcasts médias, on va dire, puisque pour les podcasts expertise, il y a peut-être une ligne droite qui est peut-être un petit peu plus facile à dessiner.
- Speaker #0
Ben, passez à la vidéo. Moi, c'est un de mes projets, là, pour cette rentrée. plus de vidéos. J'ai déjà lancé une chaîne YouTube il y a à peu près un an, mais en fait, j'ai pas mis beaucoup d'interviews en vidéo. Et puis, c'est pas évident. Moi, j'interview pas des personnalités connues qui sont rodées à l'interview. Donc, quand on leur braque deux caméras dessus et qu'elles viennent parler de leur vie privée, de leurs histoires de fric, c'est quand même... Ça enlève un truc, hein. Le podcast, c'est ça la magie du podcast. Mais donc, si je voulais passer à la vidéo, il me fallait d'autres formats. Donc, j'ai pensé à d'autres formats. J'ai un format que je vais lancer là qui s'appelle, pour le moment, titre provisoire. to note line, où des gens vont m'envoyer des points de douleur, des choses qui les bloquent, et je vais constituer une communauté d'experts, de 7-8 experts, donc il peut y avoir un avocat, une notaire, un psy, etc., et que j'activerai selon les questions, et donc qui seront des modules un peu plus courts, et qui répondront, peut-être en 15 minutes, aux questions de la personne. Donc ça, c'est le projet de rentrée, ça va être filmé, ça va me faire des contenus plus courts, moins lourds aussi à monter. moins engageant émotionnellement en termes de récits pour la personne et puis pour moi aussi parce que quand je fais une interview tune, parfois c'est pas évident d'aller chercher les récits et puis à articuler on a deux heures les gens en sortent un peu rincés moi aussi, c'est pas mal de travail en amont pour faire sortir la parole sans brusquer et tout, donc là ça va être un peu plus light et donc je mise là-dessus et puis je vais aussi lancer une newsletter Là, je suis en train de travailler avec une autrice que j'adore et on bosse sur le numéro zéro du newsletter.
- Speaker #1
Ok, super. Quelle importance, toi, t'accordes aux réseaux sociaux aujourd'hui dans Thune ? À quel point est-ce que tu y dédies du temps ?
- Speaker #0
Ah ouais, ça, je crois que c'est vraiment la tannée de tous les podcasteurs. Les réseaux sociaux, trop, trop de temps. J'y passe trop de temps, ça ne convertit pas forcément. Les gens qui nous suivent sur les réseaux sociaux ne vont pas forcément écouter le podcast. En revanche, les gens qui écoutent le podcast nous suivent souvent sur les réseaux sociaux, donc ils sont quand même avertis de la sortie d'un épisode. Mais moi, je pense qu'il faut travailler les réseaux sociaux comme des médias à part entière. C'est-à-dire que pendant longtemps, j'ai bossé les réseaux sociaux de thunes comme une annexe, comme un... Ils servaient à promouvoir la visibilité des épisodes. Et en fait, de plus en plus, je me dis, mais non, il faut... Il faut préempter le sujet de l'argent avec le ton-tune, mais sur les réseaux sociaux. Et là, quand on commence à rentrer là-dedans, en fait, on peut y passer beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de temps. Donc, c'est pareil. Moi, dans mes ambitions pour l'année qui arrive, je voudrais recruter quelqu'un qui puisse se charger de ça. Donc, j'accepte un petit peu de lâcher des choses, mais voilà, de plus en plus, on n'a pas le choix. On n'a pas le choix puisque c'est un marqueur qui est regardé. par les annonceurs. Donc, si on veut avoir des annonceurs, il faut avoir des réseaux sociaux avec des chiffres corrects, pas forcément être à 200 millions, mais il faut quand même être visible. Toi,
- Speaker #1
tu as fait tellement, je ne sais pas combien ça se compte, peut-être des centaines d'interviews sur cette question de l'argent. C'est difficile de résumer, mais qu'est-ce que tu as appris de l'argent et en quoi peut-être ça a fait évoluer ton propre rapport à l'argent à toi ou ta vision de l'argent dans la société peut-être ?
- Speaker #0
Alors, je dis souvent que ça m'a un peu fait comme MeToo. Tu sais, après MeToo, pendant MeToo, on a beaucoup de personnes, des femmes et pas mal d'hommes aussi, j'espère, ont eu un peu cette impression de voir, comme si on leur avait mis des lunettes. Tiens, jusqu'à présent, je voyais flou, et là, ça y est, je vois des mécanismes de domination, d'abus, de choses, et avant, je ne les voyais pas, elles étaient floutées. Eh bien, tu ne vois, ça m'a fait un peu le même effet. C'est-à-dire que je comprends ce qui se joue. Je comprends... Alors peut-être qu'il aurait fallu, il aurait suffi que je lise quelques bouquins d'Épinçon-Charlot au Bourdieu et puis ça aurait résolu le problème et je n'aurais pas eu besoin de faire un podcast. Mais en fait, je comprends... Quand je parle avec des gens, quand je rentre dans une pièce, je comprends... les mécaniques de vie, d'héritage. Je suis un peu capable maintenant de conseiller mes amis, de leur dire de se marier, sous quel régime, comment faire. Je vois comment les flux d'argent, dans un sens ou dans l'autre, impactent nos vies. Je comprends comment les gens vivent, je comprends les codes aussi davantage de la richesse, du manque d'argent. J'ai l'impression d'avoir une meilleure compréhension. grille de lecture des comportements humains, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est une expertise que tu pourrais aussi, effectivement, mettre au service des gens, mais comme tu dis, c'est aussi des choix que tu as faits, et tu le fais différemment, peut-être en posant des questions, plutôt qu'en conseillant directement les gens de façon plus frontale, quoi.
- Speaker #0
Alors, je l'ai fait un peu. Justement, ça, c'est marrant. Je l'ai fait un peu, je me suis testée sur quelques copines, je leur ai fait des interviews, enfin... J'ai une grille de questions comme ça. Donc, je leur envoie. Ensuite, on discute. Et ensuite, je leur envoie un compte rendu. Alors, le but n'est pas de les aider forcément à sortir de leur situation et encore moins de leur dire faire des déplacements et tout, parce que ce n'est vraiment pas mon boulot. Je n'y connais pas grand-chose. Mais en revanche, les aider à voir clair dans leur situation, à comprendre des dynamiques d'enfance, de gestion de l'argent, d'illégitimité, de voilà. Ça, maintenant, je les vois bien. Et donc, j'ai proposé ça, alors un petit peu timidement, sur ma page Tipeee, sur la page Tipeee de Thune. Et j'ai fait quelques coachings comme ça. Et les gens étaient très contents. Et après, je leur envoie un compte rendu. Ils ont trouvé ça super. Après, j'avance vraiment timidement là-dedans.
- Speaker #1
Ok, super. Dernière question pour clôturer cette interview. Quels sont les liens que tu entretiens avec ta communauté, justement ?
- Speaker #0
J'ai une super communauté. Pour le coup, parce que Thune, moi j'essaye... Moi, j'ai grandi avec mes premiers émois audiovisuels, on va dire, c'est sur striptease. J'adore ne pas mettre de morale et laisser les gens se faire leur propre avis. Alors, quand je fais des interviews, je relance. S'il y a des choses problématiques, quand même, je suis un peu là, ouh, j'y vais. Je ne laisse pas les gens non plus raconter n'importe quoi. Mais j'invite vraiment tout type de gens. Et il y a des gens, parfois, où je me dis, putain, ils vont se faire troller, ce n'est pas possible. Et en réalité... pas du tout parce que le pacte de thunes, c'est la sincérité. Moi, c'est ce que je vais chercher. Je pense que les gens que j'interview, de toute façon, ils ne tiennent pas longtemps. À un moment donné, il faut être sincère. La langue de bois, ça s'entend tout de suite et c'est des épisodes que je vais jeter. Dès qu'on parle d'argent, on va chercher profond. Les gens me donnent énormément et cette sincérité-là fait qu'ils sont peut-être moins attaquables que d'autres. J'ai une communauté qui est vraiment sympa, que ça questionne, que ça déculpabilise vachement. d'entendre ce que peuvent faire les sujets d'argent chez les autres. Et donc, on échange souvent. Alors souvent, j'ai pas mal de gens qui m'envoient des mails longs comme ça pour me dire ce qu'ils ont pensé d'un épisode. J'ai une bonne base de hardcore fans qui suit une depuis le début. Il y en a pas mal qui donnent sur Tipeee. J'ai vraiment une chouette communauté. Et ils sont bien, ils sont intelligents, ils ont capté le projet. Alors de temps en temps...
- Speaker #1
il va y avoir oui on va se faire un peu troller mais c'est pas c'est pas la folie merci beaucoup Laurence Belli pour cet épisode donc je rappelle qu'on peut écouter Tune sur toutes les plateformes d'écoute de podcast et puis évidemment sur notre plateforme et sur notre application d'écoute podcast.fr merci
- Speaker #0
Claire