- Speaker #0
Aujourd'hui, nous ouvrons la porte d'une librairie pour rencontrer notre invité du mardi, Thibaut Dubois, libraire.
- Speaker #1
L'invité du mardi, Jean-Christophe Rieu. Chaque semaine, nous partons à la rencontre d'une personnalité qui nous raconte son parcours, ce qu'elle aime, ce qu'elle vit. Témoignages, partages, rires, émotions. Voici l'invité du mardi.
- Speaker #0
Thibaut Dubois, bonjour. Bonjour Jean-Christophe. Merci de nous accueillir aujourd'hui. Vous avez 54 ans, vous dirigez une librairie, c'est pas courant ça ?
- Speaker #2
Non, c'est un métier qui est assez rare, qui fait rêver.
- Speaker #0
Diriger une librairie, vous allez nous raconter tout ça. Les lettres, l'écriture, c'est votre passion, c'est votre domaine depuis de très nombreuses années. On va y revenir. Et puis vous nous accueillez ici dans un café, un café qui est pas très très loin de la librairie. Nous sommes au centre-ville de Nantes. Nous sommes aujourd'hui avec Thibaut Dubois. Alors, Thibaut, je le disais, 54 ans, directeur de librairie, on peut la citer ? Oui, exactement, c'est la librairie Siloé à Nantes et aussi la librairie Siloé à Angers. Qui sont des librairies chrétiennes.
- Speaker #2
Exactement, c'est une librairie plutôt religieuse, avec un fond religieux, mais on a aussi de la littérature générale, des sciences humaines, et puis on pourrait en parler peut-être des objets religieux et des produits monastiques. C'est extrêmement varié, comment à 54 ans on devient directeur ? lecteur d'une librairie parce qu'il y a de moins en moins de librairies, on a l'impression. Oui, en fait, c'est un très beau métier, mais c'est vrai que la société actuelle fait qu'il y a moins de lecteurs, on a moins envie de lire, il y a moins de tentations. Plus jeune, il y a les écrans, il y a la vitesse. Le livre, c'est un média à temps long. Il faut prendre son temps. C'est comme si vous comparez un podcast Instagram, c'est la vitesse du TGV. On scrolle toute la journée. Et le livre, c'est marcher à pied à 4 km heure. Voilà. Donc, on passe de 300 à 4 km heure. C'est pas Ce n'est pas du tout la même approche. Et c'est vrai que la société aujourd'hui est très bousculée. Donc il y a moins de lecteurs. Donc s'il y a moins de lecteurs, il y a moins de livres et moins de librairies.
- Speaker #0
Alors les livres, ça a toujours été votre passion. Thibaut, avant d'être libraire, on va revenir bien sûr sur la librairie. travaillé dans l'édition, vous avez écrit également des livres.
- Speaker #2
La littérature, c'est une vraie passion ? Alors il y a une anecdote familiale assez amusante. J'avais un grand-père qui était éditeur et imprimeur et tout petit, et figurez-vous que dans l'imprimerie il y avait encore les lettres, vous savez, qu'on mettait les unes à côté des autres avec les billes de plomb. Alors tout ça, ça avait assez marqué. Il y avait le bruit des machines, le beau-père de mon grand-père qui était tapissé de livres anciens. Donc j'avais un petit peu ce regard-là déjà et puis c'est passé de mode. Après, j'étais comme tout le monde à l'école. et études supérieures. Et puis après, rien à voir. Après un service militaire qui s'appelait un VSL à l'époque, volontariat de service long, d'un an et demi en tant qu'officier parachutiste, je suis parti dans le bâtiment. Voilà, donc rien à voir. Mais ça m'a permis de forger mon caractère, de forger des expériences. Et puis en 2011, j'étais entre deux eaux. J'avais fait deux ans en tant que directeur d'agence événementielle à Versailles. Et je cherchais autre chose. Et un ami éditeur et auteur m'a dit, « Tiens, tu sais, aux éditions Salvatore, ils ont une partie diffusion. Et on cherche un commercial pour diffuser sur tout le Grand Ouest les livres diffusés par cette maison-là. »
- Speaker #0
À l'époque, on est en région parisienne.
- Speaker #2
Alors, le siège était en région parisienne. Mais moi, j'ai été choisi comme commercial du Grand Ouest. Donc, je parcourais 34 départements du Grand Ouest français, 4 fois par an. Je faisais 50 000 km par an. Ah oui,
- Speaker #0
quand même.
- Speaker #2
Voilà. Vous savez que le tour de la Terre c'est quoi ? 40 000 km par an, donc en 5 ans j'avais déjà fait 6 fois le tour de la Terre ou 4 ans, 5 fois le tour de la Terre et j'ai fait ça pendant 10 ans mais très intéressant parce que j'étais à la charnière entre les libraires les éditeurs qui nous présentaient leurs ouvrages la diffusion, la distribution qui est un métier un peu inconnu dans les métiers du livre on a bien besoin de diffusion et de distribution pour que les livres arrivent en librairie c'est la diffusion et la distribution qui font le lien entre l'auteur, l'éditeur et le client final c'est à dire il y a les librairies Et... Il y a l'éditeur et vous, vous êtes un peu entre les deux. Exactement. Peut-être qu'on parlera de ça, mais les métiers du livre, il y a beaucoup de choses. En gros, les métiers du livre, ça va de l'auteur jusqu'au lecteur. Et aujourd'hui, je suis libraire, donc je suis à la fin de la chaîne du livre. C'est moi qui suis le maillon final pour vendre les livres au lecteur. Et puis, le début, c'est l'auteur qui a besoin d'un éditeur pour publier. L'éditeur, il a plein de sous-traitants, plein de métiers. Et puis après, l'éditeur, s'il veut que ses livres soient vendus et distribués, il faut bien qu'il trouve des équipes dont je faisais partie. pour aller présenter les livres en librairie, les proposer aux libraires en disant tiens ce livre là, ça vaut la peine que tu l'aies pour telle et telle raison, parce que l'auteur est local, parce qu'il est connu, parce que tu vas avoir un support presse, ou parce que la thématique est tout à fait d'actualité. Et puis distribution, donc moi je ne m'occupais pas mais on était en lien avec ça, c'est la partie logistique tout simplement. Le livre va de l'imprimeur à l'éditeur en passant par les entrepôts jusqu'à la librairie pour aller chez le client ensuite.
- Speaker #0
C'est simple ou pas comme métier ça ? Commercial dans l'édition ?
- Speaker #2
Alors j'ai une anecdote assez amusante. La maison d'édition pour laquelle je travaillais était une maison d'édition religieuse. Et après plusieurs entretiens, la fin n'était plus que deux. Et il se trouve que j'ai la chance d'avoir été choisi dans les deux candidats qui restaient. Et j'ai posé la question à l'époque, c'était M. Yves Briand qui m'a embauché. je lui dis mais pourquoi est-ce que vous m'avez choisi choisis-moi plutôt que l'autre, ça m'intéresse, je veux bien savoir où on en est, qu'est-ce qu'on fait. Il me dit, en fait, vous, vous êtes chrétien, pratiquant, catholique, vous connaissez la religion et vous ne connaissez pas le livre. L'autre, il connaissait le livre, mais il ne connaissait pas du tout la religion. Et il me dit, c'est plus facile d'apprendre le livre que d'apprendre le chrétien, donc j'ai été choisi pour ces compétences-là. Et en fait, c'est assez facile, ça vient sur le tas, je l'ai très bien entouré, très bien accueilli, et par les libraires, et par la maison qui m'embauchait.
- Speaker #0
Forcément, ça permettait de connaître un petit peu le contenu de l'autre côté. du livre, toute cette foi et cette formation chrétienne. Et après d'apprendre un petit peu le métier du livre, on va dire, sur le terrain, au contact avec ces différents maillons.
- Speaker #2
C'est vrai que moi j'étais quand même déjà lecteur, que j'aimais bien le monde de l'édition, j'aimais bien le livre, je connaissais un peu, j'avais des amis qui étaient auteurs, des amis qui étaient éditeurs, donc j'avais déjà connaissance un peu du milieu, puis par mon passé familial aussi. Et puis j'ai été bien accompagné, et finalement c'est un métier qui s'apprend assez vite. C'est pas un métier très compliqué, et d'ailleurs quand moi j'embauche des gens à la librairie quand je vois les gens certes l'expérience libraire ou des études libraires sont importantes mais pas que, en fait ce qui compte c'est la personnalité c'est la culture générale c'est le sens du contact il y a plein de notions, on peut être libraire sans avoir fait d'études de libraire c'est un plus bien sûr, ça aide mais c'est pas une entrée obligatoire
- Speaker #0
L'invité du mardi nous sommes aujourd'hui avec Thibaut Dubois à Nantes qui est libraire qui est directeur de la librairie Siloué on veut en savoir plus Thibaut sur le parcours Donc là, vous sillonnez les routes pour Salvatore Edition. En vue de placer les livres dans les librairies pour qu'ils soient vendus.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #0
On va continuer le parcours, tout se passe bien j'imagine.
- Speaker #2
Très bien. En fait, je suis quand même resté chez eux 10 ans, donc ça se passe bien, et de mon côté et de leur côté, sinon je serais parti depuis longtemps. Et tout à l'heure on parlait de la formation, et c'est vrai que dans les premiers mois j'ai été accompagné sur le terrain, à part le directeur commercial, par d'autres commerciaux, qui me présentaient les clients, qui m'expliquaient comment est-ce qu'on pouvait faire. Et puis, ce qui est très intéressant dans l'édition, c'est que même si on a l'impression de faire toujours les mêmes tournées, c'est vrai que je voyais souvent les mêmes mêmes clients, donc des libraires, que je voyais souvent les mêmes routes, souvent les mêmes lieux, souvent les mêmes hôtels, un peu la condition de tous les commerciaux. Et finalement, c'était très varié parce que dans une année, nous avions quatre programmes dans l'année et donc à chaque fois, en gros, les programmes, c'était 110 ou 150 livres à présenter. Et donc tous les quatre mois, je changeais. Et donc pour moi, c'était des nouveautés aussi à chaque fois. J'avais 150 nouveaux livres tous les quatre mois qui arrivaient. C'est génial, je vois des nouveautés. Et puis on rencontre les auteurs, on rencontre les éditeurs. Parfois, l'auteur, il vient nous dire, voilà, j'ai écrit ce livre-là parce que... Et souvent, nous emporter par l'enthousiasme de l'auteur. Écrire un livre, ce n'est pas neutre. Quand on veut écrire un livre, c'est qu'on a un message à faire passer ou un témoignage. Et donc, c'est toujours en balance de je suis à la première loge pour participer à l'enthousiasme de l'auteur. Et puis l'éditeur fait la même chose. Il dit, voilà, moi j'ai choisi. On dit souvent que l'édition, c'est une stratégie d'influence. Et c'est vrai. En fait, on écrit pour faire passer un message. Alors, parfois on est passage politique. Ça peut être des messages de santé, de bien-être, d'écologie, même juridique. Un notaire, s'il est spécialiste dans un point très particulier de la famille, Il va écrire écrire un livre sur le douro, la famille, ce point précis-là. Donc c'est une stratégie d'influence parce qu'ils veulent faire passer un message. Bien sûr, on pense à la politique, mais ça peut être plein de choses. Ça peut être des humoristes, ça peut être des gens qui ne veulent plus vivre ensemble. Et donc ça, c'est très intéressant parce qu'on participe à l'enthousiasme et à la volonté de ce que veut faire l'éditeur et l'auteur.
- Speaker #0
Vous, vous étiez spécialisé en livres religieux, religieux grand public.
- Speaker #2
Oui, religieux. On avait un large catalogue parce que dans notre catalogue, nous avions plus de 60 Maison d'édition maisons d'édition, il y avait certes l'édition de Salvatore qui représentait une grosse partie, mais on en avait des très pointues, avec des notions religieuses très spécifiques, de théologie, d'exégèse et tout comme ça, mais on avait aussi du religieux grand public, mais toutes ces maisons d'édition et d'autres, ont d'autres forcément auteurs et d'autres rayons, donc on avait de l'histoire de la philo, on avait quelques romans, donc c'était un catalogue qui était assez large au vu de la variété des maisons d'édition qu'on avait, il y en avait qui faisaient de la géopolitique il y en avait, donc c'était vraiment d'autres qui faisaient ce qu'on appelle un peu la vie quotidienne ou le développement personnel ou ou des questions comme ça. Donc ça, c'est très intéressant. Avec un catalogue varié, c'est à moi de m'adapter ensuite en fonction des clients. Dans une librairie monastique, je mettais des choses très pointues, très précises. Dans une librairie de centre-ville, religieuse ou non, j'ai une librairie qui n'avait que de la littérature, par exemple, je passais un quart d'heure pour présenter les 5-10 nouveautés qui allaient les intéresser. En revanche, dans une librairie religieuse, j'allais passer deux heures parce que mon catalogue correspondait plus à eux. A moi de m'adapter en fonction du catalogue et des libraires, sachant par exemple, il m'est arrivé d'avoir des livres sur la Bretagne très pointus, et donc à ce moment-là, ma tournée que je faisais en Bretagne, je la changeais un peu, parce que je voyais toutes les petites librairies que d'habitude je ne voyais pas, et là j'allais voir spécialement en disant, j'ai un livre pour vous, par exemple j'avais des clients qui étaient à Saint-Paul-le-Léon, je n'allais jamais dans ma tournée à Saint-Paul-le-Léon, sauf que là, j'avais un livre d'un auteur qui était de Saint-Paul-le-Léon, donc forcément...
- Speaker #0
Donc forcément, on va sur place pour rencontrer le libraire. Il y a beaucoup de petites librairies indépendantes.
- Speaker #2
Alors, je ne sais pas combien il y en a en France, mais il y en a énormément. Vous voyez, vous allez tous dans les barres de tabac presse. Souvent, il y a un rayon livres. Alors, ce n'est peut-être pas beaucoup de livres. C'est peut-être 20, 50 livres. Mais il y a du livre. Et ça veut dire qu'on peut aussi commander. Donc peut-être que quand vous allez acheter votre paquet de cigarettes, que je déconseille, mais peut-être que si vous allez, je ne sais pas quoi, dans votre tabac prendre un café le matin...
- Speaker #0
On en profite, effectivement, pour acheter un livre.
- Speaker #2
Oui, ou le commander. Et donc, il y a beaucoup de petits librairies comme ça. Il y a des maisons de la presse, plus ou moins grandes. Après, des librairies... Vous avez des petites librairies où c'est juste deux libraires ou un libraire spécialisés sur une petite question ou dans un petit village. Vous avez des grosses librairies avec 50 salariés. Vous avez Mola, je ne sais pas combien, qui est à Bordeaux. C'est une librairie énorme, gigantesque. Dialogue à Brest, pareil. Donc il y a vraiment une grande variété de libraires et de librairies. Il y en a qui sont généralistes. qui sont grandes ou petites, et puis il y a des spécialisés, vous avez des librairies manga, vous avez des librairies religieuses, vous avez des librairies de voyage, voilà. Donc il y a toute une spécialisation de librairies, c'est très très varié.
- Speaker #0
Et en tant que commercial pour les libraires, pour l'édition, donc Salvatore, vous avez pu rencontrer différents profils de libraires.
- Speaker #2
Ça c'est très riche pour moi parce que, effectivement... J'ai vu donc des librairies différentes en termes de choix éditorial, mais aussi en termes de tempérament. Il y avait les très dynamiques, il y avait ceux qui étaient toujours sortis de chez eux, il y avait ceux qui étaient un peu vieillissants, ceux qui étaient un peu démotivés, il y avait les nouvelles librairies, et puis là-dedans vous aviez tout. Vous avez des librairies qui ne marchaient pas du tout l'hiver, d'hiver parce qu'elles étaient en bord de mer, et l'été qui faisait un carton plein. Et à côté de ça, vous avez des librairies de centre-ville dans les villes loin de la côte. L'été, ils ne faisaient rien, ils fermaient au mois d'août. Donc des profils divers, des variétés divers. Il y en a qui avaient un coin café dans la librairie, d'autres qui faisaient des parties de jeux de société. Donc c'était vraiment un profil très divers.
- Speaker #0
Des profils très divers. Au bout de 10 ans de commercial chez Salvador, Salvatore ou Salvatore ? Salvatore. Au bout de...
- Speaker #2
En fait, ça vient de Jesum Christum Ognum Salvatore, Jésus, Sauveur des Hommes. Voilà.
- Speaker #0
Et donc, au bout de 10 ans,
- Speaker #2
que se passe-t-il ? Alors, ça faisait déjà 2-3 ans que je me posais des questions sur qu'est-ce que je vais faire, comment ça bouge, parce que j'étais toujours dans le même poste. Et entre guillemets, même si toutes les nouveautés m'intéressaient, que les livres m'intéressaient, je me rendais bien compte que j'avais fait le tour du métier. Je connaissais à peu près toutes les ficelles. j'avais un gros réseau je connaissais bien mes libraires à tel point que certains libraires je ne peux pas le passer de voir mais je te propose ça et ça comme livre et il me disait oui parce que je connaissais son fond et donc je tournais un peu en rond et donc ça faisait 2-3 ans que je commençais à regarder un petit peu ce qui pouvait se passer dans le métier du livre. Donc je regardais un peu dans les maisons d'édition, je regardais quand j'avais des librairies qui étaient à vendre, en me disant, tiens, est-ce que je peux racheter la librairie ? Ah oui, cette envie d'entreprendre en rachetant une librairie, donc. C'était pas tout à fait arrêté, mais voilà, je me posais des questions, je regardais, j'étais attentif, je me disais, tiens, il y a peut-être une occasion à saisir, j'avais déjà étudié un bilan ou deux, une fois ou deux, de librairie, j'avais discuté éventuellement de ma société avec un ou deux libraires, mais c'était pas très arrêté, c'était pas très fisté, c'était sous-jacent. Et puis, dans mes clients j'avais Siloé en Nantes dont je suis actuellement le directeur et je voyais bien qu'ils avaient des difficultés c'était difficile mais c'était une grosse librairie donc trop grosse pour moi mais je voyais bien que c'était un peu compliqué il n'y avait plus de directeur ils avaient mis un gérant bénévole il y avait eu des licenciements la motivation qui n'était plus tout à fait là le métier de librairie il commençait à être un peu difficile, il y avait un déménagement, puis ça avait été un peu compliqué. Donc je sentais bien que l'ambiance était un peu morose dans l'équipe, et je voyais bien qu'ils commandaient un peu moins, que le chiffre d'affaires était en baisse, qu'il y avait moins de commandes. Tiens, c'est dommage. Et ça s'arrête là. Et un jour, dans l'équipe de commerciaux chez Salvatore, il y a un commercial qui me dit, ah tu sais, hier, j'ai dîné avec l'économe diocésain, donc c'est le directeur financier, si vous voulez, du diocèse, de Nantes, alors que lui habitait en région parisienne. Et on a parlé de la librairie, et figure-toi qu'il cherche un directeur pour la librairie de Siloé. Et moi je me dis, tiens, il m'en parle parce que je suis le commercial du coin, peut-être qu'il se dit que dans mes réseaux,
- Speaker #0
je peux trouver quelqu'un, justement. Mais ça fait tilt.
- Speaker #2
Oui, non, mais surtout, moi je le prends comme... je suis le relais de la demande, mais pas le destinataire. Et en fait, je pense qu'il s'adressait à moi en disant peut-être que c'est pour toi. Et puis, voilà, je laisse passer. Et visiblement, j'avais pas compris le message. Un truc assez amusant, la Providence ou un clin d'œil. Un ami habite à Nantes, et le lendemain de cet entretien à la téléphonique, m'envoie un mail en me disant, Thibaut, Il y a un fiche de poste, je suis sûr que c'est pour toi, et il m'envoie l'annonce pour le poste de directeur. Alors j'ai dit ça c'est quand même fort de café, deux fois de suite.
- Speaker #0
Deux personnes en très peu de temps.
- Speaker #2
Voilà, ça c'est un peu étonnant. Et à ce moment-là, nous sommes en 2020, juste au moment du Covid. Donc la librairie est fermée, c'est à la cata, toutes les librairies ferment, tout le monde demande ce qu'on va devenir du premier confinement. Et je me dis, bah tiens, j'ai rien à faire, tant qu'à faire, je vais prendre rendez-vous pour répondre à l'annonce. Alors vous êtes... J'ai cette fameuse dérogation de circuler pour avoir un entretien. Et je vais à Nantes et je fais deux entretiens. Et ça se passe vraiment bien. Vous savez, c'est des choses qu'on ressent. On voit bien les questions qu'on pose, les réponses qu'on donne. J'ai l'impression qu'ils n'ont pas grand-chose non plus en termes d'autres propositions que la mienne par rapport à ce profil-là. J'avais une expérience assez riche. J'avais été responsable d'agence. J'étais le directeur à Versailles en événementiel. J'avais 10 ans d'édition derrière moi. J'habitais à Angers, donc tout près de Nantes. Nantes, pas mal d'atouts.
- Speaker #0
C'était le diocèse de Nantes,
- Speaker #2
c'est ça ? C'est le diocèse de Nantes qui recherchait pour la librairie Siloé, un directeur.
- Speaker #0
Quels étaient les critères qu'il voulait avoir ? Plus l'aspect management ou l'aspect chrétien ? En fait,
- Speaker #2
il y avait un gros défi qui était redresser la librairie, parce qu'elle n'en est pas bien du tout et qui était en train de se casser la figure avec comme objectif que si je n'y arrive pas, il fermait la librairie. Donc il y avait un gros challenge, il y avait derrière des libraires, des personnes physiques avec un métier qui aurait perdu leur travail une offre qui aurait été réduite à Nantes, il n'y aurait plus de librairie religieuse réellement. Donc il y avait un vrai défi, le défi était là, l'objectif c'est redresser la librairie pour qu'elle continue à perdurer. Et avec, dans les critères, je pense qu'il y avait bien sûr la connaissance du monde religieux, la connaissance de l'édition en général, de la librairie, des réseaux, et puis aussi une expérience du management, un peu de bouteille, un peu de culture générale. Donc c'était un espèce de multi-critère, et j'entrais assez bien dans les cases. Et donc, je faisais deux premiers entretiens. Et à chaque fois, j'ai eu des duos de personnes différentes. différentes. Donc une fois j'ai eu une bénévole qui aidait le diocèse, une fois j'avais la gérante bénévole, une fois j'ai eu la responsable des ressources humaines et une fois j'ai eu le vicaire général. Donc c'était des duos qui me recevaient avec des questions et des profils différents. Et les deux entretiens se passent vraiment très bien à quelques jours d'intervalle. Et à ce moment-là, je suis convaincu qu'il y a un dernier entretien avec l'économe diocésain, qui est donc le directeur financier, qui est lui qui prenait la décision de choisir ou pas.
- Speaker #0
C'est ça, le décideur donc. Et l'employeur parce que c'est un poste de... de directeur salarié.
- Speaker #2
Oui, exactement, sauf qu'en fait, ce n'est pas vraiment l'employeur, il représente plutôt l'actionnaire. Et à ce moment-là, je n'avais pas dit à mon épouse que j'avais eu ces deux premiers entretiens-là. Et je lui ai dit, comme je sens que ça sent bon, il faut quand même que je lui demande, quoi que je lui dise, que je fasse cette démarche-là. Parce que vous n'habitez pas Nantes à l'époque ? Non, je vis en
- Speaker #0
Angers. C'est pas très loin.
- Speaker #2
Non, c'est trois quarts d'heure en TER. Et donc je lui ai dit, voilà, je ne t'ai pas dit, mais figure-toi que je suis en train de postuler un poste poste de directeur des librairies à Nantes et vraiment, ça sent bon, je le sens bien, ça se passe vraiment très bien, donc je pense que j'y arrive. Et à ce moment-là, mon pauvre épouse que je n'avais pas prévenu, me dit, mais t'es complètement fou, fais pas ça, c'est risqué, t'es dans un poste où t'es depuis 10 ans et ça marche bien et t'es content. En plus, c'était le premier Covid, elle me dit, on ne sait pas ce que ça va devenir, les librairies sont fermées, t'es complètement fou d'aller dans une librairie. Le Covid, c'est pas le moment de changer, quoi, à attendre de voir ce qui se passe, surtout, sois prudent, on a des enfants, on a un emprunt, quoi, donc elle était très inquiète et je lui dis, mais ma chérie, t'inquiète pas parce que de toute façon dans les conditions que j'ai demandé j'ai demandé à ne pas avoir de période d'essai donc s'il refuse ça, j'irai pas parce que comme ça, ça me laisse ma prudence donc un peu rassuré, un peu perturbé mais ok si t'arrives à obtenir ça, très bien donc je vais à ce troisième entretien là et ça s'est très bien passé il se trouve que celui qui décidait était aussi un ancien officier parachutiste donc on a eu deux points en commun que mon profil correspondait bien que mes exigences n'étaient pas trop fortes Je lui ai dit... juste, vous avez vu que je vous ai demandé quand même de ne pas avoir de période d'essai dans mon contrat. Il me dit, oui, oui, mais je suis tout à fait d'accord. Ça ne me dérange pas que, de toute façon, si ça ne marche pas, on ferme la librairie, donc vous serez tous licenciés. Alors, je dis, bon, ok, d'accord, c'est vrai que ça ne sert pas à grand-chose, mais j'ai quand même obtenu mon contrat. Et je rentre à la maison et je dis à mon épouse, ma chérie, c'est super, je suis embauché et ils ont accepté de ne pas avoir de période d'essai. Mais je ne lui dis pas que... Que ça risque de fermer. Voilà, pour rassurer. Alors, depuis, je lui ai raconté, elle connaît l'histoire. Au début, je ne lui ai pas dit. Ouais. Donc ça c'était en 2020 et je suis rentré tout début janvier 2021. Donc depuis je n'ai pas été licencié, ils n'ont pas fermé la librairie donc tant mieux.
- Speaker #0
Le premier constat, ça correspondait à ce que vous pensiez ? Au niveau de la librairie, de l'équipe, librairie, combien de maîtres carré,
- Speaker #2
combien de salariés ? Pour le parti des chiffres, on parlera du constat après. La librairie à Nantes, c'est 8 personnes. Mais il y a maintenant 5 personnes à Angers. Entre temps, on a ouvert à Angers. Et... Le mètre carré, on a espace de vente, 188 mètres carrés à Nantes et 144 mètres carrés à Angers. Alors pour l'instant on va rester à Nantes, vous prenez le poste à Nantes, ça correspond à ce que vous pensiez ? Oui exactement, entre le moment où on s'est mis d'accord sur le contrat et mon arrivée... J'ai quand même beaucoup travaillé avec le directeur financier, avec la gérante bénévole qui était là, avec un peu tout ce que je pouvais avoir autour de moi pour me faire vraiment un état des lieux. En plus, la librairie, je me la connaissais parce que c'était un de mes clients, donc je connaissais un peu ce qu'ils vendaient, je connaissais leur catalogue, je connaissais les libraires que j'avais vus, mais dans un rôle différent. Et effectivement, c'était un état qui n'était pas très brillant. Il y avait eu pas mal de perturbations, pas mal de changements de gérants bénévoles sur plusieurs années. Il y en a un qui s'était très mal passé. Il y a eu, il y a trois, quatre ans avant que j'arrive, il y avait un directeur qui était parti. Il ne s'était pas très bien passé non plus. Donc l'ambiance était un peu morose, l'activité en baisse. En plus, on est arrivé au Covid, donc la liberté est fermée. Donc, qu'est-ce qu'il y a à faire ? Forcément, ils avaient tous une peur, c'est d'être licenciés, mais à juste titre, comme d'autres métiers. Donc je suis arrivé dans un moment qui était compliqué. à la fois avec des questionnements des équipes en disant est-ce que ça va marcher est-ce qu'on va s'entendre avec lui, est-ce qu'il va faire le job et à la fois en disant qu'est-ce que va devenir l'ivraie, est-ce que ça va continuer est-ce qu'on va être licencié, est-ce que ça va fermer est-ce qu'on va rebocher Et donc à la fois, il y avait un bout de questionnements de différentes sortes, mais aussi un espoir, parce qu'ils étaient assez admirables, parce qu'ils ont tous survécu ces périodes difficiles, mais ils avaient quand même un espoir que ça marche. Ils sont tous des très bons libraires, ils aiment leur métier, sauf que les conditions n'étaient pas bonnes. Donc à la fois, il y avait un questionnement un peu inquiet, et un espoir de dire, le diocèse a pris les moyens, en tout cas la direction des librairies a pris les moyens pour trouver un directeur, pour donner des moyens financiers un petit peu, pour améliorer le stock, faire quelques travaux, investir dans l'informatique. Donc, la fête d'investissement... en même temps. L'idée étant de dire si on embauche un directeur, il faut lui donner les moyens pour que ça puisse fonctionner. C'est comme ça que ça s'est fait. Je suis arrivé en janvier 2021 avec l'équipe et puis tout de suite, le nez dans le guidon, des grosses journées, des grosses semaines mais passionnantes.
- Speaker #0
On n'a pas idée du chiffre d'affaires d'une librairie chrétienne. C'est quand même une grande librairie. Oui, à Nantes.
- Speaker #2
Dans les librairies, en France, la première doit faire une cinquantaine de... de millions sans doute chez l'euro d'affaires mais ça c'est très rare il y a beaucoup de petites librairies à regard ou de libraires qui font peut-être 300 350 000, 400 000 euros de chiffre d'affaires et donc la même chose dans les librairies religieuses il y a peu de librairies religieuses quand même en gros vous en avez une par préfecture à peu près un peu moins ou un peu plus puis il y a des diocèses où il y en a plus parce qu'il y a des sanctuaires mais en gros on estime qu'en France il doit y avoir 250 librairies religieuses tout confondues protestantes, catholiques, des réseaux ou des indépendants Merci. Et il se trouve que Sylvain-Lenant, c'est quand même une des grosses librairies. Vous voyez, c'est 8 salariés, c'est une des grosses librairies, c'est un gros chien d'affaires. Donc c'est un peu une exception dans le monde de la librairie religieuse. Mais on était descendu très très bas à cause du Covid. Notre invité du mardi, Thibaut Dubois, directeur de la librairie Siloué, 54 ans, vous habitez
- Speaker #0
Nantes. Vous avez repris il y a quelques années la direction de la librairie Siloué au centre-ville de Nantes, juste en face de la cathédrale de Nantes.
- Speaker #2
Et vous l'avez développée, vous êtes venu avec des idées. Et la librairie Siloué a connu une petite sœur, on peut dire ça comme ça, à Angers. Oui, peut-être avant de parler d'Angers. pour revenir sur ce que vous disiez tout à l'heure sur mon expérience de commercial en librairie sans savoir pendant 10 ans j'ai acquis les trucs et astuces des bonnes librairies je voyais ce qui marchait chez l'un, je voyais ce qui marchait chez l'autre lui je disais tiens c'est là c'est bizarre l'éclairage est pas assez bon lui pourquoi est-ce qu'il a pas beaucoup de choix et donc je regardais ce qui marchait, ce qui marchait pas est-ce que moi en tant que client éditeurs, j'aurais voulu avoir dans une librairie. Et en fait, tout ça m'a fait une force de proposition en arrivant à la librairie en disant, je connais pas mal de librairies dans le Grand Ouest, j'ai 34 départements d'objectifs, je dois avoir 300 clients visités, plus certains qui étaient tous les trimestres, plus d'autres que je visite une fois de temps en temps. et donc avec mon regard un peu neuf j'ai dit mais voilà il y a des trucs qui marchent et des trucs qui marchent pas il y a des trucs qu'il faut faire, alors j'ai pas eu le temps de tout faire encore même depuis 5 ans et donc avec ces idées neuves là avec l'adhésion des libraires on a avancé plein de choses entre 2021 et aujourd'hui on a presque doublé notre chiffre d'affaires ce qui est vraiment un exploit pour la librairie doublé le chiffre d'affaires pas tout à fait mais presque on a amélioré les marges aussi et on on a pu ne pas licencier, on a pu rester au vert, et on a des bons retours clients. Alors il y avait beaucoup de choses, mais j'ai rien inventé moi, mais en fait c'est juste l'expérience de l'acquis, mon expérience des autres librairies. Et donc par exemple, on a travaillé sur la com, les marque-pages étaient désuets, ou il n'y avait plus de marque-pages, ou pas avec toutes les coms. On a travaillé sur un nouveau site qui va sortir prochainement. On a créé des réseaux sociaux, ce qui en était très peu. Sur Facebook, on avait 125 amis. Aujourd'hui, on a plus de 6000. Il faut qu'il y ait des choses qui se passent. On a fait de l'événementiel, on a investi, on a changé l'informatique. On a eu vraiment beaucoup de choses qui sont améliorées. Mais tout ça, j'ai juste cité le déclencheur ou l'étincelle. Parce que ces choses-là existaient dans notre librairie. et moi je me suis inspiré inspirer ce que faisaient les autres, en disant, si on fait aussi bien que les autres, au moins, on pourrait faire pareil. Voilà. Avec un petit... On a un petit avantage par rapport à d'autres librairies, mais un peu comme toutes les librairies spécialisées, c'est qu'à Nantes, on est la seule librairie religieuse, comme une librairie je sais pas quoi, qui ferait du voyage. À Nantes, il y a une librairie de voyage. Donc cette spécialisation nous permet d'éviter la concurrence locale. On a d'autres concurrences. La concurrence d'Internet, la concurrence des librairies en ligne, mais on a notre spécificité, et puis on a essayé de faire ce que font toutes les librairies, mais qui n'étaient pas forcément mises en place, ou pas. avec le même regard donc bien sûr des dédicaces, des conférences, de participer à des salons, des choses comme ça et c'est vrai que c'est compliqué quand vous êtes un libraire au quotidien, le nez en le dit donc les clients, la caisse, les réassorts, les cartons, parce qu'on ne peut pas oublier que le libraire c'est un livre c'est un métier de carton, on porte des cartons, on retourne des cartons. Et quand vous êtes au quotidien plongé dedans, vous n'avez pas le temps de voir ce que vous pouvez améliorer ou changer. J'avais cette chance-là. Comme c'est une assez grosse librairie avec beaucoup de personnel, même si je vais pour dépanner en caisse, ma présence n'est pas nécessaire en caisse. Donc je peux prendre le recul, me dire voilà ce qui marche, voilà ce qui ne marche pas, d'aller aux réunions du SLF qui est le syndicat de la librairie française, d'adhérer à d'autres associations pour prendre du recul et essayer d'avoir un regard un peu neuf au quotidien de la librairie, ce que ne peut pas faire un libraire qui est tout seul. seul avec son épouse ou avec un salarié dans une librairie où tous les jours les cartons, le client, la caisse se fermaient et ils n'ont pas le temps de sortir du guidon et du quotidien. Et moi j'ai ce temps-là et grâce à ça, ça me permet de faire d'autres choses d'être moteur pour la libre librairies, les tirer vers le haut. Et ça permet de créer des événements, de sortir de la librairie pour une visibilité extérieure. Ça a un double avantage. Le premier, ça fait un peu de chiffre d'affaires, mais c'est pas tellement ça, parce qu'il y a des coûts. C'est le soir en soirée, donc ça fait des heures à payer, ou des remplacements à faire. Bien sûr, il faut acheter les livres, il y a un peu de frais d'essence, il y a un peu de temps passé à ça. Ça fait un petit peu de chiffre d'affaires, mais surtout, ça fait du réseau. Ça veut dire qu'on est en lien avec les maisons d'édition qui nous envoient leurs auteurs, on est en lien avec les auteurs. Ça nous permet de communiquer sur nos réseaux. Donc les gens disent, tiens, la librairie existe toujours. Alors il n'y a rien de neuf, je n'ai rien inventé. J'ai juste essayé de mettre en pratique ce que je trouvais. En fait, c'était piquer les bonnes pratiques aux autres pour les utiliser. Et ce qui a donné beaucoup de visibilité, on rappelle, sponsorisation du concert Natacha Saint-Pierre dans une église à Nantes. Les petits chanteurs à la Croix de Bois. Voilà, alors là, c'est même limite de mon activité, mais c'est vrai qu'on vend des CD, notamment des CD de Natacha Chapierre, des CD de Dichongeur à Croix-de-Bois, et faire un concert, alors le concert en lui-même, il faut payer la billetterie, parce qu'il y a les transports d'éditions. chanteurs, il y a les hébergements, il y a les repas. Ça a un coût. C'est pour ça qu'on vend des billets. On ne perd pas d'argent. En revanche, on ne l'engueule pas énormément, mais c'est une belle visibilité. Il y a des affiches. Ah, j'ai vu ça. Puis peut-être qu'après, les gens passent chez nous pour acheter. Ça ne fait que l'être. Ça évite qu'on ait oublié dans la Nantes que les gens sont très volatiles. Comment passe-t-on de directeur d'une librairie à Nantes,
- Speaker #0
directeur d'une librairie également à Angers ? C'est-à-dire directeur de deux librairies en même temps.
- Speaker #2
Oui, ça c'est très amusant. En fait, je pense que dans la vie, il faut se laisser porter par les opportunités, mais il faut être attentif, il faut les écouter et les voir. Ce qui s'est passé quand je suis arrivé à Nantes, à Nantes, je me suis dit, tiens, je n'avais pas compris que c'était pour moi, et en fait, elle était pour moi cette place-là. C'était la bonne personne au bon endroit. Et... Donc moi, j'habite à Angers, je prends tous les jours le train pour aller à Nantes, et en tant qu'angevin, je me dis, mais quand même, il y a une toute petite librairie religieuse, mais qui est mal placée, qui est fermée, qui est tenue par des bénévoles à moitié, je pense qu'on pourrait faire mieux, et je me dis, ça serait un truc génial, mais j'ai trop de travail à Nantes, je n'ai pas le temps de m'en occuper, mais il faudrait faire ça. Et sur ces entrefaits, figurez-vous que le diocèse de Nantes voulait, pour répondre à une demande apostolique et de service, ouvrir une librairie religieuse dans le centre d'Angers. J'ai pas vu passer le projet. En fait, ils se sont adressés à la procure à Paris, ils se sont adressés à une autre siloé qui est à la Roche-sur-Yon. Et la librairie Siloé, qui est une association, c'est une association de 26 libraires en France. Donc on se connaît, on est dans le même réseau. Ils m'appellent en disant, Thibaut, je sais que t'habites à Angers. Moi, j'ai déjà deux libraires à gérer, j'y arrive pas. Je pourrais pas faire de ça à Angers. Si ça t'intéresse, je te file l'info. Voilà. Et donc, on regarde avec le diocèse de Nantes l'appel à projet de la librairie. Mais je me dis, mais c'est génial de faire ça. Moi je sais qu'il y a un besoin à Angers, j'habite à Angers, je connais Angers, j'ai un réseau, j'ai tout le savoir-faire de Silo et Nantes. En plus on va faire des économies d'échelle, un peu dans les frais de port, au lieu d'avoir deux salariés de directeur, il y aura un seul salaire de directeur. Il faut bénéficier d'une expérience, de réseaux. J'ai dit, c'est une idée très riche. Il y a un marché, un potentiel, il faut y aller. Et donc, à ce moment-là, ce qui est amusant, c'est que mon ressenti, mon pressenti correspond à une demande. J'ai dit, génial, les deux colles. On présente le dossier, un peu long de travailler dessus parce que c'est toujours des questions compliquées, d'hommes, d'investissement, tout ça. On trouve un beau projet. Et ce qui fait que maintenant, j'ai deux actionnaires, le diocèse de Nantes et le diocèse d'Angers. Et on a ouvert une deuxième librairie. librairie à Angers en octobre 2023.
- Speaker #0
Et c'est une librairie qui fonctionne très bien, également à Angers.
- Speaker #2
Oui, je suis très content. Donc là, ça fait un peu plus de deux ans. Mais c'est un très bon démarrage, une très bonne équipe. Et, même chose, j'ai utilisé les trucs qui fonctionnent à Nantes pour les mettre à Angers. Et dès le début, ce qui fait que c'est plus facile, quand on commence dès le début, il y a des choses qui ne sont pas modifiées. Et il y a un enthousiasme, s'il y avait un besoin à Angers, on avait fait une étude de marché, on colle bien à l'étude de marché. c'est un gros soutien et aussi un espèce de challenge pour Nantes en plus donc ça motive les équipes de Nantes et pour moi ça se passe très bien parce que de toute façon je faisais déjà les retours donc maintenant je fais les retours un peu moins mais je passe devant les deux je suis disponible pour les deux les réseaux sociaux les intranets et autres ça fonctionne très bien donc on peut très bien travailler de Nantes pour Angers d'Angers pour Nantes et vice versa alors Thibaut Dubois, directeur de Siloué Nantes, puis également de Siloué à Angers.
- Speaker #0
Toujours beaucoup d'idées. Et quand vient la période de Noël, vous vous dites, dans la crèche, il faut que j'innove et que je crée quelque chose pour la crèche, tout d'abord des Nantais.
- Speaker #2
en créant un santon exactement, en fait dans la librairie, on vend beaucoup de produits religieux on vend des crèches et tout ça c'est fait en France et oui mais ça serait sympa pour intégrer la librairie dans son environnement, j'aime bien ce terme là pour l'incarner ou l'enraciner à Nantes il faudrait créer un personnage nantais pour mettre dans la crèche il y avait déjà eu des tantadis ou des costumes bretons, des choses comme ça je me dis mais c'est pas tout à fait nantais c'est breton mais il faudrait un truc vraiment nantais Merci. et ça ferait connaître, ça ferait un espèce de clin d'oeil ça nous ferait un petit peu de chien d'affaire, ça ferait parler de nous ce serait rigolo, mais je veux que ce soit fait en France, dans la tradition provençale donc on contacte des centenaires provençaux et on décide de créer un premier personnage qui est la Duchesse Anne de Bretagne, vraiment s'il y a une nantaise connue c'est bien la Duchesse Anne Donc on fait fabriquer en Provence notre centon. Et alors figurez-vous, ce centon-là, c'est vraiment génial, parce que tout est fait à la main. En fait, il y a un moule qui est dessiné, ensuite c'est cuit, et ensuite c'est pas à la main. Donc tous les petits personnages qui sont des personnages de 7 cm, il y a d'autres tailles, mais nous on l'avait fait à 7 cm, c'est pas à la main. Vous avez des saisonniers qui font le détail des sourcils, la couleur des lèvres, et on avait fait 1000 centons de leucocyan, et on l'a tout vendu. D'accord, c'était un challenge, parce que... Oui, il y a un risque financier, il y a un risque de communication, c'est la première fois qu'on faisait ça, Mais... Il y a eu une grosse adhésion des Nantais, des clients de la librairie. On a vu des gens qui ne connaissaient pas la librairie, qui ne connaissaient pas la librairie, qui ont acheté leur Duchessane. Et on s'est dit que ça allait bien marcher, qu'on va refaire chaque année un personnage Nantais. Toujours un lien entre la librairie et la crèche.
- Speaker #0
Donc chaque année, on a un centon unique.
- Speaker #2
C'est un centon. En fait, on fait un tirage unique. Il y a un petit côté collector. Une fois qu'il n'y en a plus, il n'y en a plus. Il faut les venir plus tôt pour en venir l'année prochaine. Sauf que les tirages après, on les a fait moins importants parce que du tout, il y a vraiment un gros personnage. Les autres personnages sont un peu moins connus en dehors de Nantes. On a fait des tirages plus petits, mais une fois qu'il n'y en a plus, comme c'est collector, il n'y en a plus. Donc vous n'avez vite à les acheter à chaque année. Et l'idée aussi, c'était de... Alors, vous savez que dans les crèches, il y a plein de personnages. Dans les crèches, pour ça, il y a plein de personnages. La base, c'est ce qu'on appelle On appelle la crèche biblique. Donc c'est la sainte famille, avec l'ange, les rois mages, quelques bergers. Mais après, les traditions provençales ont rajouté plein de métiers. Donc le forgeron, le boucher, le maçon. Et donc finalement, le message c'est quoi ? C'est que tout le monde peut être dans la crèche. Tout le monde peut être représenté dans la crèche. Il y a quelques années, il y a eu en Provence, ils avaient fait le docteur Raoult à Marseille pour le mettre dans la crèche. Oui,
- Speaker #0
d'accord.
- Speaker #2
Pour faire des personnages célèbres. Donc il n'y a pas vraiment de règles, chacun fait ce qu'il veut. Et donc j'ai dit, super, ça a marché. donc qu'est-ce qu'on fait l'année d'après après l'élection On a fait Jules Verne. Jules Verne qui est né à Nantes. On le rappelle pour nos amis qui n'habitent pas dans la région. Il y a un musée Jules Verne à Nantes. On s'est dit que c'était rigolo. Les gens m'ont dit que ce n'était pas un personnage de la crèche, un personnage historique, un singe. On s'est dit que nous allions dans le convoi des rois mages découvrir Jésus dans la crèche. Et même chose, ça a plu et là on s'est fait un petit plaisir en tant que libraire, c'est parce qu'on lui a mis un livre dans la main bien sûr. Donc Jules Verne, il a remis à la porte de l'amir de l'encens et de l'or, et ben Jules Verne il apporte dans la crèche un livre, qui était un de ses livres, donc ça c'est amusant. Et on a continué comme ça parce que finalement on a eu une assez bonne adhésion, et là une petite anecdote assez rigolote. Maintenant les clients nous disent, mais alors ça sera quoi votre centon l'année prochaine ? Donc ils attendent le nouveau centon. Ah ben oui, il faut prévoir le centon pour les... Voilà, prochain Noël, exactement. Et donc ça c'est sympa parce que c'est-à-dire que les clients ont pris le pli et ils viennent nous dire « Ah mais alors ton santon, ça sera quoi la prochaine ? » Et puis de l'autre côté, on a des clients aussi qui nous disent « Ah mais moi je vous propose des santons » . Donc aujourd'hui j'ai une liste de pas loin de 25 noms de santons, de personnages de chansons qui m'ont été proposés par les clients.
- Speaker #0
Parfait, Thibaut Dubois, donc directeur de la librairie Silouet à Nantes, qui est notre invité de mardi. Thibaut qui fourmille d'idées et on peut dire que l'actualité de la librairie est passée par un événement. Événement dramatique à Nantes, l'incendie de la cathédrale de Nantes il y a quelques années. La cathédrale a à nouveau ouvert ses portes il y a juste quelques mois et ça vous a donné quelques idées pour, entre guillemets,
- Speaker #2
agrandir la librairie. Est-ce qu'on peut dire ça comme ça ? Oui, alors même chose, c'est un peu des circonstances. Dans le cadre de la rénovation de la cathédrale de Nantes, le diocèse, qui est l'affectataire de la cathédrale, la cathédrale qui appartient à l'État, ils ont repensé tout le parcours de visite de la cathédrale avec toute la petite chapelle latérale en fonction des histoires des saints et des évêques locaux, parce que c'était un peu parti en fouillis c'était pas très long. Donc dans le cadre de la rénovation ils ont repensé toute cette chapelle-là, donc tout un circuit de découvertes et il y avait une petite chapelle latérale qui n'était pas occupée, dans laquelle il n'y avait plus d'hôtel qui était un peu mise de côté, qui était un peu plus petite que les autres et ils se sont dit mais qu'est-ce qu'on peut faire par là pour aménager ça et il y a eu la réouverture cathédrale de Paris l'année d'avant d'autres magasins donc le diocèse a fait une petite... tout de marcher un petit tour pour voir ce qu'il y avait. Ils ont dit, mais en fait, ça serait bien de faire une boutique de la cathédrale, pour plusieurs raisons. La première, ça ferait une présence de la cathédrale, donc il y aurait toujours quelqu'un pour être là, répondre à des questions éventuellement. La deuxième, c'est parce que parfois, en fait, dans la cathédrale, vous avez soit des pratiquants, au quotidien, ou occasionnels, ou ponctuels, mais aussi beaucoup de touristes, de visiteurs, de gens qui viennent en vacances, et donc qui sont contents de pouvoir trouver sur place, parce qu'ils vont pas faire toute la ville de Nantes pour trouver la librairie qui rend les livres. un petit point de vente dans lequel ils peuvent soit ramener un souvenir à quelqu'un qu'ils connaissent, soit des éléments un peu touristiques ou historiques sur Nantes. Une histoire de la cathédrale, un petit guide, mais aussi une partie religieuse, parce que c'est un élément religieux. Donc on fera une petite boutique qu'on peut trouver dans d'autres cathédrales avec des éléments religieux de premier plan, des éléments touristiques, des objets spécifiques, des cadeaux, des souvenirs. Et donc ça, on espère une ouverture très prochainement euh peut-être que quand on en parlera, ça sera déjà ouvert. Mais en tout cas, c'est un beau projet. Et une fois de plus, c'est un service rendu au lecteur. En fait, la librairie, ça fonctionne à condition qu'on soit aussi en proximité. À Internet, on peut commander des livres, mais souvent, on va acheter le livre qu'on veut. C'est loin, il y a des frais de port, c'est pas enraciné, ça coûte cher. Une librairie, c'est contact local, c'est un sourire, c'est une vendeuse. Donc c'est aller au plus proche des gens. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on fait parfois des conférences. Parce qu'on va au plus proche des gens à des heures ou plus peut-être pas venir en librairie. Donc là, à l'occasion d'un baptême, d'une messe, d'un voyage, on se met au plus proche d'eux.
- Speaker #0
Et donc, très bientôt, une place pour la librairie Siloé dans la cathédrale de Nantes. Ça sera à l'entrée, juste à droite, je crois, la chapelle. Exactement,
- Speaker #2
ça sera à la première chapelle à droite, pas loin de la porte Saint-Yves. D'autres idées, ou pas, pour développer la librairie ? Alors, dans le cadre de la... En fait, quand je suis arrivé, je me suis dit que c'est dommage que la librairie ne soit pas éditrice. Parce que les grandes maisons, Gallimard, Albain, elles ont commencé par des libraires, tout simplement. Fayard, Payet, pareil. Et donc j'ai dit qu'il faudrait qu'on soit éditeur, donc on a édité quelques petits livres qui nous permettent de... On a fait un petit livre sur Saint-Philbert de Grandlieu. On a fait un petit livre sur Saint-Donatien et Saint-Régatien qui sont les saints patrons de Nantes. Vous avez d'ailleurs écrit des livres pour Noël. Oui, ça c'est un autre regard. Il se trouve que moi j'ai fait des anthologies de contes de Noël. Ça m'amuse beaucoup, plus que ça ne marche, mais bon, ça marche quand même un peu. Et puis j'ai d'autres projets de livres. Et donc là, on est en train de créer une bande dessinée sur l'histoire de la cathédrale de Nantes. Et donc ça, ça va être génial, parce qu'on va voir la cathédrale depuis ses fondements jusqu'au dernier incendie de 2020.
- Speaker #0
Nouveau projet donc pour la librairie Celo et Thibaut Dubois. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, d'être l'invité du mardi. On va terminer, je vous donne quelques secondes pour convaincre quelqu'un de venir dans une librairie. Pas forcément une librairie chrétienne, mais d'ouvrir la porte d'une librairie. Pourquoi ?
- Speaker #2
Ça c'est un vrai sujet, un vrai combat. En fait, il faut lire. pour avoir du vocabulaire, pour améliorer son imagination, améliorer sa grammaire, son orthographe. Pourquoi est-ce qu'il faut du vocabulaire ? Parce que si vous voulez exprimer une idée, il faut des adjectifs, il faut des mots. Comment voulez-vous exprimer une idée si vous n'avez pas de vocabulaire ? Le vocabulaire permet de faire des phrases. Les Les phrases permettent de construire une pensée, un paragraphe. Et avec ça, ça permet d'avoir une idée et une pensée. Vous ne pouvez pas juste argumenter en disant j'aime pas, en mettant un petit smiley qui fait la tête. Mais j'aime pas, c'est-à-dire quoi ? J'aime moins, j'aime plus, j'aime différemment. Donc le vocabulaire permet d'exprimer une idée. une pensée développée. On n'est pas obligé d'être d'accord d'ailleurs. Ça permet d'échanger, d'être contradictoire, d'apporter des nuances. En fait, aujourd'hui, on manque de nuances parce qu'on manque de vocabulaire. Même chose, c'est pas parce qu'on va développer. Ça peut même donner des arguments d'un point de vue économique. Si on n'est pas d'accord avec quelqu'un, on a une espèce d'intuition, on a un ressenti. Mais si on n'a pas d'argument, si on ne sait pas pourquoi, on ne peut pas avancer. Donc il faut lire pour savoir ça. Même chose, peut-être qu'on va nous apporter des nuances dans nos choix. Donc pour tout ça, il faut lire. Pour avoir du vocabulaire, il faut lire, lire. lire, lire. Peu importe, le pape François avait fait un très bon petit livre là-dessus que tout le monde a remarqué. Peu importe ce que vous lisez, mais lisez. Lisez des romans, lisez des bandes dessinées, même écoutez des livres audio si vous voulez. Mais il faut lire, lire, lire. Parce que ça développe l'intelligence, la culture, les nuances, la communication, les conversations. Si vous n'avez pas de vocabulaire et si vous ne savez pas comment discuter avec quelqu'un, la seule expression c'est la violence. Pour un avenir radieux et intelligent, lisez, lisez, lisez. Pour un avenir Radio-Lizé. lisez,
- Speaker #0
lisez. Thibaut Dubois, merci beaucoup. Vous êtes le directeur de la librairie Siloué à Nantes.
- Speaker #1
Merci Jean-Christophe.