- Speaker #0
Bonjour, aujourd'hui on va plonger dans les sources qui explorent une notion en philo et en psycho, l'inconscient.
- Speaker #1
Bonjour, oui, un concept à la fois fascinant et, faut dire, assez déroutant.
- Speaker #0
Voilà, l'idée c'est d'essayer de voir l'essentiel, surtout si on doit réfléchir à des sujets comme inconscient et liberté, ou inconscient et science. On a des textes là qui montrent bien son évolution.
- Speaker #1
Absolument, et ce qui est intéressant c'est que cette idée qu'une partie de nous nous échappe, C'est pas si neuf. Leibniz déjà parlait de petite perception.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Sous le seuil de la conscience. Et Nietzsche, lui, voyait la pensée non consciente comme source de créativité.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais bon, faut être clair, c'est Freud qui révolutionne tout ça. On passe d'une simple absence de conscience à une vraie instance psychique. Un lieu caché, quoi. Un lieu de pulsion, de désir refoulé qui nous mènerait un peu par le bout du nez, sans qu'on s'en rende compte.
- Speaker #0
D'ailleurs, Freud, il a essayé de faire une sorte de carte. de notre esprit avec ses topiques.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
La première, c'est conscient, préconscience, qui est accessible en gros, et l'inconscient, le lieu du refoulé.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et après, il a affiné avec le ça, le réservoir des pulsions, si j'ai bien compris.
- Speaker #1
Exactement. Le pur principe de plaisir. Puis le moi, qui essaie de jongler avec la réalité.
- Speaker #0
Le médiateur, quoi.
- Speaker #1
C'est ça. Et enfin, le surmoi, qui représente les interdits, les règles qu'on a intégrées.
- Speaker #0
D'accord. Et ce qui est refoulé dans cet inconscient, ça cherche toujours à ressortir, c'est l'idée.
- Speaker #1
Exactement. C'est ce qu'il nomme le retour du refoulé. Ça passe par les rêves, les lapsus, les actes manqués, même les symptômes névrotiques. Ah oui ! Pour Freud, c'est la preuve, en quelque sorte. Il dit qu'on a besoin de cette hypothèse de l'inconscient pour expliquer les trous dans notre conscience, pour donner un sens à des actes qui, sinon, seraient incompréhensibles. Et cet inconscient, il se forme comment ? Par le refoulement. C'est un mécanisme actif. qui expulse de la conscience ce qui dérange, ce qui entremet conflit avec nos valeurs, nos idéaux.
- Speaker #0
D'accord, alors si on en vient au sujet inconscient et liberté, ça coince un peu, non ? La phrase de Freud, le moi n'est pas maître dans sa propre maison. Ah,
- Speaker #1
ça c'est la formule choc.
- Speaker #0
Clairement, ça remet en cause notre liberté. Si on est déterminé par des forces inconscientes, on est encore libre, responsable de nos actes ?
- Speaker #1
C'est la grande critique, notamment celle de Sartre. Pour lui, l'inconscience est une excuse. C'est de l'âme mauvaise foi. Ah oui ? Oui, une manière de fuir notre liberté fondamentale, notre responsabilité totale. Il pose une question assez logique. Comment on pourrait refouler quelque chose sans être un minimum conscient de ce qu'on refoule ?
- Speaker #0
C'est pas bête comme question.
- Speaker #1
On s'artre, la conscience est transparente à elle-même. On est nos choix, point final. L'inconscience est une échappatoire.
- Speaker #0
D'accord, mais la psychanalyse, elle a répondu à ça, j'imagine.
- Speaker #1
Bien sûr. Surtout après Freud, avec Lacan par exemple. L'idée évolue. L'inconscient n'est plus seulement vu comme ce qui nous détermine malgré nous, mais plutôt comme le lieu de la vérité du sujet, de son désir le plus profond. Du coup, la cure psychanalytique, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Ben, à découvrir cette vérité.
- Speaker #1
Voilà. Permettre au moi, au sujet conscient, de reconnaître et d'assumer ce désir qui vient du ça, de l'inconscient. Et paradoxalement, c'est en reconnaissant ce par nombre qu'on pourrait gagner en liberté.
- Speaker #0
Intéressant comme retournement. Et l'autre gros morceau, c'est inconscient et science. Freud, il voulait absolument que sa théorie soit reconnue comme scientifique, non ?
- Speaker #1
Ah oui, il y tenait énormément. Il basait ça sur ses observations cliniques, sur le fait que son hypothèse était selon lui nécessaire pour expliquer plein de phénomènes psychiques, et les succès thérapeutiques devaient en être la preuve.
- Speaker #0
Oui, sauf que là, il y a eu un obstacle de taille. Karl Popper.
- Speaker #1
Exactement. Le fameux critère de falsificabilité de Popper.
- Speaker #0
C'est-à-dire ? Qu'est-ce que ça veut dire falsifiable ?
- Speaker #1
Popper dit qu'une théorie est scientifique seulement si on peut imaginer une expérience, une observation, qui pourrait la contredire, prouver qu'elle est fausse.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Or, selon Popper, le problème de la psychanalyse, c'est qu'elle peut tout interpréter. Quoi que tu fasses, la théorie a une explication. Ah ! L'exemple classique, un type sauve un enfant, on dit sublimation. Un autre le noie, on dit refoulement qui a mal tourné. En gros, elle explique tout a posteriori. Donc elle ne prédit rien et on ne peut jamais la prendre en défaut.
- Speaker #0
Donc pas scientifique pour Popper ?
- Speaker #1
Voilà. Pour lui, c'est une pseudoscience. Un système d'interprétation puissant, peut-être même utile, mais pas une science au sens strict. L'inconscient serait une sorte de mythe explicatif.
- Speaker #0
D'accord, je vois mieux la critique. Bon, alors, si on essaie de synthétiser pour, disons, une dissertation, l'inconscient fraudien, ça vient vraiment bousculer l'idée d'un sujet totalement maître de lui-même.
- Speaker #1
Clairement. Ça pose la question du déterminisme psychique face à la liberté. On a Sartre qui dit « attention, c'est la porte ouverte à la déresponsabilisation » .
- Speaker #0
Et la psychanalyse qui rétorque « la vraie liberté, c'est peut-être d'intégrer cette part inconsciente » .
- Speaker #1
C'est un peu ça l'idée, oui. Reconnaître son désir pour mieux s'en arranger, en quelque sorte.
- Speaker #0
Et sur le plan scientifique, le débat reste ouvert. Science, pseudoscience, autre chose.
- Speaker #1
Exactement. Ça interroge même ce qu'on entend par « science » quand on parle de l'humain. Et puis, ça remet en cause l'idée qu'on pourrait se connaître parfaitement, de façon transparente. Notre identité n'est peut-être pas si unifiée.
- Speaker #0
Beaucoup de choses à creuser, ça laisse songeur. Une dernière petite question qui me vient pour la réflexion. Si cet inconscient qu'on le voit comme un moteur, un mythe ou notre vérité cachée, structure vraiment une part importante de ce qu'on est, quelle place il reste au fond pour notre volonté consciente ? Est-ce qu'on peut vraiment infléchir notre destin ?
- Speaker #1
Vaste question. Voilà en tout cas de quoi nourrir la pensée. Merci d'avoir exploré ces sources avec nous.