Speaker #0On continue avec notre série de l'été. Pendant toute la saison, je m'écarte des sujets habituels sur la prise de parole pour vous emmener dans les coulisses de mon activité. Comment je bosse, comment j'en suis arrivé là, ce que je pense de ce métier, des épisodes un peu plus longs que d'habitude et un peu plus perso aussi. Aujourd'hui, je vous emmène vraiment dans les coulisses. Je vais vous parler d'un projet dont je parle peu publiquement et qui est pourtant absolument central dans mon parcours, à la fois personnel et professionnel. Ce projet, c'est l'AFPAO, l'Association des formateurs professionnels en art oratoire. Si vous ne connaissez pas, c'est normal, surtout si ce n'est pas votre métier. L'AFPAO, c'est un réseau interne à mon activité que j'ai cofondé en février 2021 et dont j'ai été président pendant les trois premières années. Et si je vous parle de ça, c'est pour vous encourager à ne plus voir ceux qui font la même chose que vous comme des concurrents, mais comme des pairs. Des personnes avec qui vous avez intérêt à collaborer et pour vous aider justement à collaborer. Pour ça, je vais vous raconter 4 choses. D'abord, pourquoi j'ai voulu créer ça. Ensuite, comment ça a démarré et le moment précis où je me suis dit que ça allait marcher. Puis je vais vous parler de ce que fait l'AFPAO concrètement aujourd'hui. Et enfin... parce que c'est la série d'été et qu'on parle un peu d'entrepreneuriat, les trois leçons que je tire de cette aventure pour quiconque voudrait fédérer son propre secteur. Pour comprendre comment je me suis lancé là-dedans, il faut remonter un peu en amont. Parce que pour moi, l'associatif, c'est pas du tout nouveau dans ma vie à ce moment-là. Quand j'étais étudiant... j'ai fait beaucoup d'assos. J'ai fait partie d'un BDE, j'ai fondé un concours d'éloquence qui existe d'ailleurs encore toujours à la fac de droit d'Aix-en-Provence, j'ai mené une campagne d'élection universitaire qui m'a amené à être élu étudiant à l'université d'Aix-Marseille, et je me suis aussi engagé dans une fédération nationale qui s'appelle l'ARES, la Fédération des Associations Représentatives des Étudiants en Sciences Sociales. En gros, c'est une organisation qui rassemble des BDE et des assos d'étudiants en droit, en économie, en sciences politiques. Le but de cette fédération, c'était de représenter, de former et de faire monter en compétence toutes ces assos étudiantes. Donc ça, c'est pour vous planter un peu le décor et vous dire d'où je partais à ce moment-là. Donc en 2020, quand je me lance comme formateur en prise de parole, en indépendant, mon tout premier réflexe, c'est quoi ? C'est de chercher l'équivalent de l'ARES pour les formateurs en prise de parole. Une asso, un syndicat, un regroupement, peu importe comment on appelle ça. Ce que je voulais, c'est un endroit où je peux trouver mes pairs. Un endroit où je vais pouvoir échanger, apprendre, partager des expériences. Et là, grosse surprise, il n'y a rien. Rien n'existe pour rassembler les formateurs de mon domaine. Et ce manque, il pose un vrai problème. Parce qu'il faut comprendre une chose. Dans le métier de formateur en prise de parole, n'importe qui peut se dire formateur. Il n'y a pas de diplôme dédié à ça. Il n'y a pas de formation officielle. Il n'y a pas d'ordre professionnel. Vous pouvez littéralement dès demain mettre formateur en prise de parole sur votre carte de visite, lancer un site, publier sur LinkedIn et commencer à facturer des entreprises. Et le problème, ce qui est le cas dans n'importe quel métier ou n'importe qui peut se prévaloir d'une compétence, c'est qu'en général, n'importe qui justement le fait. Donc vous avez des gens qui sont compétents et vous avez des gens qui ne le sont pas du tout. Donc petit aparté là-dessus pour mes auditeurs côté entreprise, si vous achetez une prestation de formation à la prise de parole, méfiez-vous. Allez chercher des gages de confiance, demandez des références, demandez à voir le formateur en action, regardez ses contenus, regardez s'il s'engage dans son secteur ou s'il est juste sur LinkedIn à vendre. Parce que dans un métier non régulé, les indices de sérieux, c'est vous qui devez aller les chercher. Mais revenons à notre histoire. Donc je constate ce manque et je me dis que cet assaut, en fait, elle remplirait trois besoins très clairs. Le premier, un espace de partage entre pairs, tout simplement. Le deuxième, un espace de formation continue, à la fois sur les compétences oratoires elles-mêmes, apprendre à former à la voix, au pitch, au media training, etc., entre experts, mais aussi sur les compétences entrepreneuriales. Parce qu'un formateur, c'est aussi un entrepreneur. Il faut savoir prospecter, communiquer, gérer une boîte, facturer, etc. Et le troisième besoin, c'était le plus ambitieux. Commencer à structurer la profession. Avec à terme, une forme de label. Une reconnaissance par ses pairs qui dirait au marché, voilà des formateurs sérieux, voilà ceux qui s'engagent et qui se forment. Alors je me suis dit, si ça n'existe pas, il faut le créer. Alors comment j'ai lancé ça ? Premier réflexe, je ne peux pas faire ça seul. Donc j'appelle deux formateurs que je connaissais déjà bien. Le premier, c'est Valentin Beckmer. Valentin, je l'avais connu quand j'étais étudiant. J'avais fait appel à lui pour qu'il vienne former une asso que j'animais. Il avait fait un super boulot et on était resté en contact depuis. Le deuxième, c'est Guillaume Prigent. Guillaume, je l'avais connu dans un autre contexte, dans les affaires publiques où on avait travaillé tous les deux. Et c'est lui, en grande partie, qui m'avait poussé à me lancer dans la formation en prise de parole. Alors j'appelle les deux et je leur expose l'idée. Guillaume est trop pris à ce moment-là, donc il ne reste pas sur le projet. Mais il nous soutient totalement et il nous donne quelques conseils précieux le long du chemin. Et c'est avec Valentin qu'on a vraiment monté l'assaut. La première chose qu'on a faite, très concrètement, c'est un fichier Excel. Un truc tout bête, mais on a commencé à lister tous les formateurs en prise de parole qu'on connaissait ou dont on avait entendu parler ou... qu'on trouvait sérieux sur LinkedIn. Et on les a appelés, un par un, pour leur expliquer le projet, leur dire ce qu'on visait et leur demander s'ils voulaient ou non nous rejoindre. Et en parallèle, on a écrit un document, un truc clair, structuré, qui posait des objectifs à court terme, moyen terme et long terme. À court terme, c'était de créer l'espace, de fédérer. À moyen terme, de monter en compétence ensemble. Et à long terme, de devenir un organe reconnu, de représenter le secteur auprès des institutions et peut-être un jour de porter un label officiel. Et c'est comme ça, en février 2021, qu'est né l'AFPAO. Alors, petit détail de contexte, la date n'est pas anodine parce qu'on était encore un peu dans le Covid. Donc la toute première Assemblée Générale, ce qu'on appelle l'AG de Constitution, elle s'est tenue à distance. C'est là qu'on a voté les statuts, qu'on a choisi le nom et qu'on a élu le premier bureau dont j'ai eu l'honneur d'être président. Pas mal de visages reconnus du secteur ont rejoint l'assaut très tôt, voire dès cet âgé constitutif. Corentin Eveneau, qu'une partie d'entre vous a peut-être déjà vu cette année dans Le Loup-Garou sur Canal+, et qui est devenu secrétaire général sous mon mandat. Mais il y avait aussi Solène Aboud, Julien Barré, Peter Barrette, et beaucoup d'autres que je cite pas ici parce que sinon il y en aurait pour toute la matinée. Et puis j'ai voulu, dès le départ, que l'assaut ait un parrain, un président d'honneur, quelqu'un de reconnu dans le secteur, qui... adoube en quelque sorte le projet. Et la personne à qui je pensais, évidemment, c'était Bertrand Perrier. Bertrand, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c'est l'un des avocats les plus connus de France. C'est l'auteur de La parole est un sport de combat, un best-seller. Et c'est l'une des figures qui a le plus œuvré pour la réhabilitation de l'art oratoire en France. Quelqu'un qui m'a énormément inspiré dans mon parcours. Je lui propose et il accepte très vite, sans rien demandés en retour. Et à la première assemblée générale de l'AFPAO, Il prend la parole pour saluer le projet. Et là, il y a un truc qui m'est resté dans ce qu'il a dit. Il compare l'AFPAO au barreau des avocats. Il explique que le barreau existe parce que la profession d'avocat est réglementée, qu'il y a un ordre, une organisation interne, et que l'AFPAO en miroir va commencer à professionnaliser et à institutionnaliser un métier qui ne l'était pas. J'ai adoré ce qu'il a dit parce que c'est exactement ce que j'avais en tête. Le modèle du barreau, c'est celui qui m'a grandement inspiré aussi pour Love Pau. Alors quand quelqu'un de cette qualité comprend votre projet, votre vision, et qu'il les valide publiquement devant vos pairs, ça vous donne de l'énergie pour les trois ans qui suivent. Et vraiment, ça m'a marqué. Bon, parlons concret, parce que... C'est bien beau, les belles intentions, mais une ASSO, soit elle vit, soit elle meurt. Et la PAO, depuis 5 ans, elle vit. Au total, on a accumulé plus de 80 adhérents. Avec du turnover, évidemment, comme dans toute ASSO. Certains arrivent, restent quelques années, partent faire autre chose, et d'autres prennent leur place. C'est plutôt sain. Et concrètement, tous ces adhérents, qu'est-ce qu'ils font ensemble ? Premièrement, on se forme entre nous. Et c'est sans doute le plus précieux. Moi, par exemple, j'ai animé une journée pour mes pères sur les méthodes du pitch. Et en retour, j'ai été formé sur le travail de la voix par d'autres membres. On échange comme ça nos expertises. Ce qui est génial, c'est qu'on est tous formateurs. Donc, on sait tous transmettre. et le niveau des journées en devient très élevé. Deuxièmement, les ateliers thématiques. À une époque, on en faisait un par semaine, et puis on est passé à un par mois, ce qui est plus tenable. Dans chacun de ces ateliers, on s'intéresse à un sujet précis, mais sur les aspects professionnels de notre métier. Comment prendre la parole sur LinkedIn ? Comment écrire et publier un livre ? Comment prospecter ? Comment structurer une offre de formation ? Des sujets parfois très techniques, mais tous stratégiques pour nos métiers. Troisième chantier dont je suis particulièrement fier, C'est le prix du livre d'art oratoire, une initiative qui a été portée par Valentin Beckmer. L'idée, c'est de valoriser les ouvrages qui sortent chaque année dans notre domaine, sur la rhétorique, la voix, la prise de parole. J'ai fait partie du jury de la première édition, et croyez-moi, ce n'était pas évident parce que des livres sur nos sujets, il en sort énormément chaque année. Rien que cette année-là, on en avait sélectionné 13 qu'on devait lire. Et puis au-delà de ces chantiers, il y a tout ce qui ne rentre pas dans les cases, mais qui fait l'âme d'une association. Les apéros, les assemblées générales, les coups de fil entre membres pour se passer une mission qu'on n'a pas le temps de prendre, les conseils donnés sur WhatsApp. Et ça pour moi, c'est ce que l'AFPAO incarne le mieux. C'est un espace de progression partagée. Chacun garde ses clients, son positionnement, sa boîte, mais on s'améliore tous ensemble. On avance plus vite et plus loin parce qu'on n'est plus seul. Alors, info importante avant qu'on bascule sur la dernière partie. Après trois ans de mandat, j'ai voulu transmettre la présidence. Parce que pour moi, une asso qui ne se transmet pas, elle est vouée à mourir. Il faut du sang neuf, des nouvelles idées, des nouvelles ambitions. Donc il y a deux ans et demi, j'ai quitté la présidence. Et aujourd'hui, l'AFPAO est présidée par Catherine Bletsas, qui a constitué une nouvelle équipe et qui fait un travail remarquable. Je la salue très chaleureusement si elle écoute cet épisode, et je leur adresse, à elle et son bureau, mon entière confiance pour tracer la suite. Je reste membre de l'association. Et sans être dans le bureau, je reste impliqué, mais c'est leur tour de mener la barque. D'ailleurs, peut-être qu'on aura l'occasion de faire venir Catherine sur ce podcast un jour pour qu'elle vous parle des chantiers en cours. On arrive à la dernière partie, et c'est sans doute celle qui va parler au plus grand nombre d'entre vous, parce que là, je vais vous parler un peu plus d'entrepreneuriat. Si vous regardez votre propre métier en ce moment, votre propre niche, et que vous vous dites « il manque une asso, il manque un réseau, il manque une organisation pour fédérer tout ça » , cette partie, elle est faite pour vous. Voici les trois leçons que je retire des cinq dernières années. La première leçon, c'est que lancer un projet comme celui-ci, c'est d'abord rencontrer des gens. Quand vous montez une asso de secteur, le simple fait d'aller chercher des adhérents vous oblige à parler à des dizaines de personnes que vous n'auriez jamais appelé autrement. Et ça, c'est génial, parce que ces rencontres, elles nourrissent votre activité directement, bien au-delà de l'assaut en elle-même. Grâce à cet assaut, je suis sans doute aujourd'hui le formateur en prise de parole qui a échangé avec le plus grand nombre de pairs en France. Alors, bien entendu, ça prend du temps, je ne dirais pas le contraire, mais ça donne une vision panoramique du secteur que personne d'autre ne peut avoir. Donc, même si vous ne créez pas une association, Retenez ce principe. Allez systématiquement à la rencontre des gens qui ont fait le chemin avant vous. C'est l'investissement avec le meilleur retour qui existe pour un jeune indépendant. Deuxième leçon, acceptez que ce soit lent. Une association, par essence, c'est du bénévolat. Il n'y a pas de salariés, il n'y a pas d'argent à se faire, les gens donnent leur temps libre après leur job, après leur famille, après leur sport. Donc le management associatif, ça n'a rien à voir avec le management classique. Vous ne pouvez pas exiger la même chose d'un bénévole que d'un salarié. Vous ne pouvez mettre aucune pression. Vous ne pouvez pas lui dire qu'il me faut ça absolument pour vendredi. Ce que je disais toujours à mon bureau, c'est que ma seule exigence avec un bénévole, c'est qu'il fasse ce à quoi il s'est engagé, à son rythme, à son niveau. Si quelqu'un s'engage à porter un poste sur l'année et qu'il le porte à son niveau, ça me va. Et croyez-moi, c'est un vrai changement de logiciel. Ça demande de la patience, de la tolérance. Et parfois, de lâcher une idée d'efficacité maximale. Et troisième leçon, tester, rater et recommencer. J'ai déjà dit, une asso qui n'évolue pas, elle meurt. Donc il faut tester plein de choses. Des ateliers en présentiel, des ateliers à distance, des conférences, des partenariats, des nouveaux formats. Et c'est évident, dans tout ça, certaines choses ne vont pas marcher. Je vous donne un exemple concret. À un moment, on a noué un partenariat avec une asso étudiante. Une forme d'adhésion croisée. Sur le papier, c'était une super idée. Dans les faits, ça n'a rien donné. Parce qu'on n'avait pas assez creusé ce qu'on attendait de nous, et ce que nous, on attendait d'eux. Donc le partenariat s'est éteint tout seul, parce que personne n'en faisait usage. Avec le recul, je pense qu'on était simplement trop jeune dans l'aventure pour le faire bien. C'est typiquement le genre de choses à retenter dans quelques années, avec la maturité qu'on aura à ce moment-là. Mais l'important, c'est qu'on a essayé. Sur 10 idées que vous testez dans une asso, il y en a peut-être 3 qui vont marcher. Mais celles qui marchent, vous les auriez jamais trouvées sans tester les 7 autres. Petite parenthèse avant de continuer. Je viens de lancer Oravox, la première formation de groupe à la prise de parole pour les dirigeants. Orabox, c'est 12 semaines d'entraînement intensif pour les dirigeants qui veulent marquer les esprits quand ils prennent la parole avec des grands comptes, face aux médias ou en interne, devant leurs équipes. Il n'y a que 8 places, vous travaillerez avec 5 experts différents et vous bénéficierez d'un suivi et de coaching individuel en plus des sessions en groupe. Ça vous parle ? Alors réservez un appel avec moi. En 20 minutes, on fait le point sur vos enjeux et je vous dis si Orabox est fait pour vous ou pas. Si ça l'est, sachez que la formation peut être entièrement prise en charge grâce à la certification Calliope. Le lien pour prendre rendez-vous est dans la description et nous on reprend. On récapitule. L'AFPAO, c'est l'assaut qui me manquait et que j'ai fini par cofonder en février 2021 avec Valentin Beckmer, parce qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse. C'est aujourd'hui un réseau auquel plus de 80 formateurs ont adhéré, qui se forment entre pairs, qui organisent des ateliers, qui desserrent un prix littéraire et qui font vivre un secteur jusque-là sans organisation. Et je retiens trois choses de cette aventure. D'abord que ces projets-là sont des machines à rencontre, ensuite qu'il faut accepter le fonctionnement du bénévolat, et qu'il faut tester sans peur de rater. Mais s'il y a un seul message que je veux vous laisser aujourd'hui, c'est celui-ci. Si vous repérez un manque dans votre secteur, c'est sans doute que vous êtes la bonne personne pour le combler. Parce que vous avez vu ce manque. Parce que vous avez l'envie. Parce que vous êtes en train d'écouter un podcast un dimanche d'août et que ça vous parle. Personne ne viendra le faire à votre place. Alors allez fouiner du côté de l'AFPAO, si le sujet vous intéresse, vous trouverez le site facilement. Vous pouvez aussi m'envoyer vos questions, j'ai créé un formulaire sur lequel je répondrai à tout à la fin de l'été. Et n'oubliez pas, comme dans chaque épisode de cette série de l'été, vous pouvez aussi dans ce formulaire me poser toutes vos questions sur mon métier, mon activité, mon parcours ou ma vie d'entrepreneur. Ça fera l'objet d'un épisode à la fin de l'été. Et le lien de ce formulaire est dans la description. Merci d'avoir suivi cet épisode jusqu'au bout. Si vous l'avez trouvé utile, laissez-moi une note sur votre plateforme d'écoute et partagez-le autour de vous. J'en ai besoin pour faire vivre ce podcast. Et n'oubliez pas le formulaire pour vos questions, le lien est en description. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode de la série de l'été. Allez ciao !