- Speaker #0
Bienvenue dans les cartes postales de demain, le podcast de l'ANAP qui explore les futurs du système de santé. L'ANAP a recruté des experts vivant dans le futur pour alimenter ses travaux de prospective. Cet été, ils écrivent des cartes postales de demain à Aurélie,
- Speaker #1
salut,
- Speaker #0
et Émilie,
- Speaker #1
hello,
- Speaker #0
les responsables de la veille prospective et internationale. Dedans, ils nous partagent leur quotidien.
- Speaker #2
Ah, c'est super cette idée Aurélie de faire notre réunion en marchant, surtout par ce temps radieux.
- Speaker #1
Oui. J'en avais clairement marre d'être assise derrière un bureau, surtout quand on a un parc magnifique comme ça juste à côté. Et puis bon, ça nous fait un peu de sport en plus.
- Speaker #2
On est petits joueurs, tu sais, une fois j'ai visité un hôpital néerlandais où ils faisaient des squats après chaque réunion.
- Speaker #1
Bah dis donc, ils sont motivés, parce que vu la chaleur qu'il fait actuellement, j'ai tout sauf envie de faire des squats. La marche déjà, ça me va très bien.
- Speaker #2
C'est clair. Je me demande si on aura trouvé des solutions miracles demain ou si on aura des emplois moins sédentaires.
- Speaker #1
On pourra poser la question à Mathieu quand il va nous rejoindre pour la réunion. Mais en attendant, j'ai reçu une nouvelle lettre de nos experts du futur qui est justement en lien avec notre réflexion sur le sport. Lisons-la et elle nous donnera peut-être de nouvelles idées.
- Speaker #3
Cher Émilie, cher Aurélie, alors vous voulez savoir comment je vis en 2052 à 87 ans ? Vous êtes bien curieuse. Bon, je vais vous raconter, mais accrochez-vous parce que j'ai un agenda chargé. Enfin, chargé. Les jours où mon corps veut bien me suivre. Parce qu'il y a des matins, je ne vais pas vous mentir, où rien que me lever me prend une heure. Ici, à l'Armor Plage, juste à côté de Lorient, j'ai la chance d'avoir la mer au bout de la rue. Et ce matin, c'était un bon jour. J'étais à 9h30 à la piscine pour ma session d'aqua bike. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, mais j'imagine que vous connaissez, non ? C'est du vélo dans l'eau. On pédale avec de l'eau jusqu'à la taille et l'eau porte tout ce que les jambes ne portent plus. Avant, je faisais du longe-côte, de la marche dans la mer, face aux vagues, du côté de Guidel ou de Fort-Bloquet. Mais les vagues et moi, on a fini par se quitter. Le sport, c'est ma religion depuis que mon oncologue me l'a prescrit, il y a 25 ans, lors de mon diagnostic de cancer du sein. Oui, oui, prescrit, sur ordonnance, comme si c'était du paracétamol. À l'époque, j'avais trouvé ça un peu bizarre, mais aujourd'hui, je lui dis merci tous les jours. D'ailleurs, c'est lors d'un grand bilan de santé, dès 65 ans, que tout a commencé. Vous vous souvenez le fameux bilan qu'on a généralisé en France dans les années 2030 ? Le médecin avait regardé mes antécédents familiaux, ma tension, mon cholestérol, mon diabète de type 2 qui pointait le bout de son nez et il avait sorti son carnet de prescriptions non médicamenteuses. Il m'avait regardé droit dans les yeux et il m'avait dit « Madame Fontaine, votre meilleur médicament, c'est le mouvement. » Sur le coup, j'avais pensé qu'il cherchait à m'économiser des remboursements. En fait, il avait raison. Cet après-midi, j'ai cours de tango à la plateforme Autonomie où C'est demain ? Peu importe, mon téléphone sonnera. Lui, il sait. La plateforme, vous savez, c'est l'ancienne EHPAD du quartier. Ça a fermé, il y a une dizaine d'années, l'EHPAD. Au début, j'ai trouvé ça triste, ce grand bâtiment vide. Et puis ils l'ont transformé. Maintenant, c'est un endroit magnifique, tout rénové, ouvert sur le quartier avec des salles pour les ateliers, une piscine, un plateau technique de rééducation. Les géants viennent de... partout. Pas seulement les vieux, comme moi, d'ailleurs. Les cours de yoga sur chaise, le mercredi matin, il y a des quadragénaires qui viennent avec leurs réunions en visio, en télétravail, dans la salle de co-working, qui est à côté. On ne se mélange pas toujours, mais on se croise, on se dit bonjour, c'est vivant. Et les jours où mon état ne permet pas d'y aller, parce qu'il y en a, des jours comme ça, c'est fou ce que ça me manque. C'est bien simple. C'est mon programme qui me tire du lit. Pour le suivi médical, j'ai mon miroir. Mon miroir de salle de bain. Chaque matin, je passe devant, je pose les mains sur les capteurs intégrés et en deux minutes, j'ai ma tension, ma glycémie, mon poids, ma fréquence cardiaque, ma saturation. Tout ça remonte directement à la plateforme autonomie. Et c'est Karine, ma coordinatrice, qui veille au grain. Si quelque chose cloche, elle m'appelle dans la matinée. Mon médecin, du coup... Je ne l'envoie plus que deux ou trois fois par an. Tout passe par elle. C'est elle qui ajuste, qui organise, qui décide quand il faut vraiment un professionnel et lequel. Au début, je trouvais ça intrusif. J'ai toujours été indépendante. Maintenant, je trouve ça rassurant. Et puis mon téléphone me rappelle tout ce que ma tête laisse filer. Les médicaments du soir, la glycémie après le déjeuner, fermer le gaz. Parce que ma tête, parlons-en, elle oublie. Les noms, les casseroles, ce que je venais chercher dans la cuisine. Rien de grave, paraît-il. Mais assez pour que je ne me fie plus à elle. Pour les chutes, parce qu'on ne va pas se mentir, à 87 ans, c'est le risque numéro un. J'ai des petits capteurs dans mes chaussures et à la ceinture, et un détecteur au plafond de la salle de bain. La pièce où l'on tombe sans chaussures et sans ceinture. Croyez en mon expérience. Parce que je suis tombée, oui, plusieurs fois. La pire, c'était il y a deux ans, dans la salle de bain justement. Un matin où mes jambes ont lâché en sortant de la douche. Impossible de me relever. L'alerte est partie toute seule. En 5 minutes, mon fils était prévenu. En 10, il était là. Depuis, il y en a eu d'autres, les moins méchantes. On a appris à vivre avec. Mon fils, justement, Thomas. Il a 62 ans, 2 enfants, corps à la maison et une carrière chargée. Et la bonne idée d'habiter à Plomeur, à 10 minutes de chez moi. C'est lui qui s'occupe de moi. Pas seul, heureusement. Il est officiellement reconnu comme aidant professionnel depuis la réforme de 2035. Il a suivi une formation, il est rémunéré pour le temps qu'il consacre à mon accompagnement. Ce n'est pas une fortune, mais ça reconnaît ce qu'il fait. Il coordonne avec Karine, il participe aux réunions de suivi trimestrielles avec elle. Il sait exactement qui appeler si ça ne va pas. On a même une application partagée pour qu'il puisse suivre ma santé sans que je me sente épiée. On a négocié ça ensemble. C'est important la négociation. Je vous le dis franchement, j'ai eu peur de vieillir, de perdre mon autonomie. De devenir un fardeau, de finir dans une chambre à regarder le plafond. Je regardais ma mère à l'époque et je me disais que ça serait pas bon. Alors je ne vais pas vous mentir de l'autonomie, j'en ai perdu un bon morceau. Mais le fardeau, la chambre, le plafond, non. Je suis chez moi, je décide et on m'aide. Et me voilà, à 87 ans, rescapée d'un cancer, diabétique surveillée, hyper tendue gérée, avec une mémoire qui me joue des tours et je danse le tango. Assise maintenant, mais je danse. Je pédale dans l'eau le jeudi, quand mes jambes le veulent bien. Et je fais du yoga sur la chaise le mercredi, avec une femme de 42 ans qui me demande des conseils sur sa retraite. La vie est de l'humour. Prenez soin de vous les filles, et surtout, bougez ! Signé Agnès Fontaine
- Speaker #1
Eh bien, on peut dire qu'elle a une sacrée forme, cette Agnès. Ça fait envie.
- Speaker #2
C'est clair, c'est vraiment l'idéal de vieillir comme ça. Et bon, ça a même un nom selon l'OMS, Active Aging ou vieillissement actif. L'objectif, c'est d'encourager les populations à être proactives tout au long de leur vie pour améliorer leur bien-être physique et mental, et même social, et mieux vieillir.
- Speaker #1
Donc j'imagine que l'incitation à l'activité physique fait partie des recommandations.
- Speaker #2
Ah bien sûr. Et dans les pays fortement touchés par le vieillissement, ces politiques vont bien plus loin. À Singapour, par exemple, il y a plus de 250 centres dédiés au vieillissement actif. Et ils sont localisés au cœur de la vie quotidienne des personnes âgées. Pas d'excuses. Par exemple, une personne va faire ses courses et hop, ils font un tour dans le centre pour faire de la gym, du karaoké, du tai-chi ou des cours de cuisine.
- Speaker #1
Ce que tu dis, ça me fait penser à l'initiative Cities for Better Health. C'est en fait des villes qui replancent complètement leur urbanisme en mettant la santé au premier plan. Et surtout, la promotion de l'activité physique pour tous. Donc ça passe par des pistes cyclables, ou la mise en place de parcs, et d'autres offres d'activités accessibles pour tous. Et ça, c'est clairement incontournable pour réduire les maladies chroniques à tout âge.
- Speaker #4
Salut les filles, alors, vous en êtes où ?
- Speaker #2
Ah salut Mathieu, on discutait des leviers qu'ont les collectivités pour encourager le vieillissement actif et le maintien en bonne santé de la population.
- Speaker #4
C'est intéressant ça, c'est justement un enjeu que rencontrent les directeurs des ressources humaines.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #4
Bah oui, parce que le travail joue un rôle crucial pour que les professionnels arrivent en fin de carrière en bonne santé. La prévention ne peut pas commencer à la retraite, surtout avec la longueur des carrières.
- Speaker #2
C'est vrai, t'as raison. Et du coup, ça se traduit comment ?
- Speaker #4
Bah il y a bien sûr en premier lieu la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Mais c'est plus global. La sédentarité est un enjeu pour tous les professionnels administratifs. Pour les soignants, le mouvement n'est pas un problème. Mais il y a d'autres sujets, comme le sommeil. l'alimentation, le stress ou le port de charge.
- Speaker #1
Ça me paraît vraiment complexe ce sujet pour les hôpitaux et les établissements médico-sociaux.
- Speaker #4
Oui, et c'est un vrai sujet pour l'ANAP. Nous avons diffusé il y a quelques mois un tableau de bord de la qualité de vie et des conditions de travail qui propose un plan d'action. sont tout prêts pour des établissements qui se lanceraient dans le sujet, avec plus de 1000 utilisateurs à ce jour. Certains établissements, qu'on peut retrouver sur notre plateforme des bonnes pratiques organisationnelles, ont même ouvert des centres dédiés à la prévention au travail, qui proposent des ateliers de prévention in situ, mais aussi des suivis de santé pour les professionnels dont les plannings compliquent les soins dans le système ordinaire.
- Speaker #1
Franchement, c'est super que les employeurs se saisissent du sujet. Mais vous voyez ce qui m'interpelle avec tout ça, c'est un peu un sujet connexe, mais c'est qu'un jour on soit pénalisé à cause de notre mode de vie, et donc de notre capacité à faire du sport, bien manger, optimiser notre santé en permanence.
- Speaker #4
Tu vas loin, qu'est-ce qui te fait penser à ça ?
- Speaker #1
J'ai récemment lu un roman dystopique qui m'a vraiment marqué, Quality Land de Mark Hufking, un auteur allemand. C'est à la fois drôle, absurde, et en même temps, ça m'a beaucoup questionné. Dans ce monde, les algorithmes optimisent tout, le travail, les loisirs, les relations et évidemment la santé.
- Speaker #2
Ah oui ?
- Speaker #1
Oui, et tout le monde a un score social calculé en permanence. Donc si tu refuses un traitement, si tu ne suis pas les recommandations censées améliorer ta productivité ou ta santé, et bien ton score il baisse. Et petit à petit, tu perds des droits, des opportunités. Bon, le roman, il pousse la logique très loin. Mais justement, c'est ça qui fait réfléchir.
- Speaker #2
Ah oui, je vois. C'est un peu la face sombre des outils numériques en santé. On voit bien les bénéfices potentiels de ces outils pour adapter les traitements à chacun, prévenir certaines maladies. Mais bon, si ensuite ils servent à normaliser les comportements ou à contrôler les individus, ça devient beaucoup plus problématique. Dans un système très piloté par la donnée, la frontière entre prévention et injonction peut vite devenir floue.
- Speaker #1
C'est exactement ce que montre ce roman Quality Land. Sous l'humour et le côté complètement loufoque, le livre pose quand même une vraie question. Jusqu'où acceptons-nous que des algorithmes décident de ce qui est bon pour nous ?
- Speaker #4
Tu me donnes envie de le lire, du coup, sur la plage cet été.
- Speaker #1
Franchement, ça vaut le détour.
- Speaker #2
Oh la mince, j'ai pas vu leur tournée, ma prochaine réunion commence dans 5 minutes. Allez, je file.
- Speaker #1
Pareil pour moi, allez, retour au bureau maintenant.
- Speaker #2
A plus, les filles.
- Speaker #0
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- Speaker #5
L'ANAP, l'expertise en partage.