- Speaker #0
Bienvenue dans les cartes postales de demain, le podcast de l'ANAP qui explore les futurs du système de santé. L'ANAP a recruté des experts vivant dans le futur pour alimenter ses travaux de prospective. Cet été, ils écrivent des cartes postales de demain à Aurélie et Émilie, les responsables de la veille prospective et internationale. Dedans, ils nous partagent leur quotidien.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #2
Franchement, je ne m'attendais pas à ça. Ça ne ressemble à rien de ce qu'on imagine d'un bloc opératoire. C'est calme, c'est lumineux, c'est même serein, si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #1
Mais oui, et t'as vu les écrans dans la salle de contrôle ? Toutes les interventions du jour sont affichées en temps réel. indicateurs de performance, il y a même la consommation énergétique de chaque salle.
- Speaker #2
Et le chirurgien qui nous a accueillis tout à l'heure, il nous a dit que depuis qu'ils ont revu toute l'organisation du bloc, ils ont réduit leurs déchets de 30% et gagné presque 10 minutes en moins. moyenne de temps entre chaque intervention. C'est exactement le genre de bonne pratique qu'on cherche à documenter pour nos travaux.
- Speaker #1
Ah oui, c'est pour ça qu'on est là. Recueillir ce qui marche vraiment sur le terrain pour que d'autres établissements puissent s'en inspirer. Bon, on a encore la visite de la salle de simulation cet après-midi, j'ai vraiment hâte.
- Speaker #2
Moi aussi. Ça y est, j'ai fini ma visite, et vous ?
- Speaker #1
Oui, alors qu'est-ce que t'as pensé ?
- Speaker #3
C'est bluffant. Ils ont atteint tous leurs objectifs de neutralité carbone.
- Speaker #2
Du coup, dis-nous, comment ils s'y prennent ?
- Speaker #3
Mane... Déjà, le protoxyde d'azote en réseau a définitivement disparu des blocs. La préparation des médicaments se fait au plus près de leur utilisation. Les médicaments nécessaires à l'anesthésie sont préparés juste avant leur utilisation. Et les kits d'instruments chirurgicaux sont personnalisés de manière à ce qu'aucun DM ne soit inutilisé.
- Speaker #1
Et puis c'est bien pour les patients aussi, non ?
- Speaker #3
Oui, surtout qu'ils arrivent désormais aux blocs en marchant, sans prémédication quand c'est possible. Ce qui a permis de réduire les temps d'attente de façon notable.
- Speaker #2
Mais bon, j'avais quand même lu que le plus gros poste d'émission carbone, c'est l'énergie, non ?
- Speaker #3
Tu as raison, et du coup, ils ont mis en route des modes veille sur les salles la nuit. C'est vraiment le futur, ça aussi, avec un très gros impact financier sur la consommation d'énergie et une demande organisationnelle vraiment très faible sur les équipes. Bref, le gaspillage a été réduit en masse et les économies d'énergie tiennent leur promesse.
- Speaker #2
Et puis justement, tiens, en parlant de futur, quand on a récupéré nos badges à l'accueil ce matin, ils m'ont remis ça avec. Et apparemment, c'était dans les documents préparés pour notre venue.
- Speaker #1
Attends, c'est une carte postale ? Avec un tampon daté du 10 avril 2035 ?
- Speaker #2
Eh oui, nos experts du futur ont l'air de savoir exactement où nous trouver, même dans un bloc opératoire.
- Speaker #1
C'est un peu inquiétant, non ? Bon allez, on la lit ?
- Speaker #4
Mesdames Chotard et le Béthoma, Professeur Lucie Soulier au rapport, chef du service de chirurgie urologique. Voici où nous en sommes au 10 avril 2035, un an après le dernier appui tiré à nappe. Je vais commencer par la technologie. Les nouveaux robots chirurgicaux ont été installés et toute l'équipe a été formée au module IA. Je dois admettre, et croyez-moi, ça ne me coûte pas rien de le dire, que l'interface est vraiment bien faite. On ressemble à de vrais geeks entre les bras téléguidés et le casque de réalité virtuelle. mais l'échange avec l'équipe pluridisciplinaire sur le site est fluide, précis, sans perte d'informations. Nous avons réalisé notre première intervention téléguidée à distance il y a 15 jours. Une prostatectomie. Ça s'est très bien passé. Nous sommes prêts à déployer le dispositif en routine. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est à quel point mon rôle a évolué. Je planifie le geste, je le prépare, je supervise, mais le pourcentage de temps où mes mains sont réellement dans le champ opératoire diminue. Au début, ça m'a dérangé. Maintenant, je comprends. Ma valeur ajoutée est avantage dans le jugement, la décision. Le robot, lui, capte en continu les signaux faibles du patient, de moi, de l'équipe, pour optimiser chaque étape. C'est ce qu'on appelle un bloc augmenté. Honnêtement, ça change tout. L'utilisation des jumeaux numériques ont été généralisées. Pour les néphrectomies, on modélise l'anatomie exacte du patient avant d'entrer au bloc. Le geste est planifié au millimètre. Des confrères ont même commencé à faire de l'impression 3D sur mesure pour certaines reconstructions complexes. Je suis chirurgienne depuis 30 ans et je n'aurais jamais imaginé ça possible de mon vivant. Notre bloc est aussi devenu ce qu'on appelle un bloc apprenant. Chaque intervention alimente une base de données structurée qui améliore les suivantes. Les données cliniques, l'imagerie, les paramètres préopératoires, tout est intégré et interopérable. Avec l'équipe pluridisciplinaire, nous évoluons nos pratiques. en temps réel. En même temps, je supervise un système d'une précision retoutable et j'y interviens quand c'est nécessaire. Passons au plus important, ma relation avec mes patients. Il y en a de plus en plus. Le lundi matin, je commence par ce qu'on appelle la consultation préopératoire augmentée. Concrètement, j'ai le jumeau numérique du patient sur l'écran. Je lui montre son anatomie en 3D, je lui explique exactement ce que je vais faire et pourquoi. Ce n'est pas une nouveauté conceptuelle, on l'a toujours fait, mais en 10 minutes chrono avec un schéma au stylo. Maintenant j'ai le temps. L'IA... prépare le dossier, synthétise les images et pré-remplit le plan opératoire. Je peux passer jusqu'à 30 minutes avec le patient. 30 minutes ! Vous entendez ? Avant, c'était un luxe. Aujourd'hui, c'est le standard. Le bloc, c'est le mardi et le jeudi. Je supervise, j'interviens, je décide. Les gestes sont moins lents, plus précis. En RAC, récupération améliorée après chirurgie, ça a tout changé. Les patients sont debout le jour même pour les nephrectomies. Pas parce qu'on les pousse dehors, mais parce que le geste tellement moins traumatisant que la récupération est différente. Le lendemain de l'opération, je passe dans les quelques chambres qui nous restent. Pas une visite espédie entre deux coups de fil. Une vraie visite. Parce que le reste, la paperasse, les indicateurs, les formulaires, tout ça se remplit en grande partie tout seul. Alors j'ai du temps. Les patients le sentent. Le mercredi et le vendredi, c'est le suivi à distance. Les patients sont en ambulatoire ou rentrés chez eux. souvent des J2 en HAD. Ils portent des capteurs qui remontent les données en continu. Une alerte nous est transmise dès que quelque chose ne va pas. Je téléconsulte, je vois le patient dans son environnement réel et je peux corriger tôt. Les réhospitalisations ont chuté de façon spectaculaire depuis qu'on a généralisé ce suivi. Mais ce que personne ne mesure vraiment, et c'est dommage, c'est que le patient se sente moins abandonné. Ils savent que quelqu'un regarde. Pas un algorithme dans le vide, un membre de l'équipe qui a vu le signal et qui appelle. En synthèse, un an après votre passage, ce bloc n'est plus tout à fait le même. Il est plus connecté, plus sobre, plus apprenant. Et toute l'équipe a trouvé du sens dans ses évolutions, ce qui n'était pas gagné d'avance. Ce n'est pas la technologie qui a fait ça, c'est ce qu'on en a fait. Je ne sais pas ce que vous avez prévu pour la prochaine visite, mais je pense que vous serez impressionnés. Signé professeur Soulier, chef du service chirurgie urologique.
- Speaker #2
Incroyable toutes ces technologies pour la chirurgie. Et tout ça dans un futur pas si lointain en plus, en 2035.
- Speaker #1
Ça me s'en prend pas en fait. Ça fait plusieurs années que j'avais vu un système un peu similaire au CHU Karolinska à Stockholm. Les chirurgiens guidaient leurs confrères à distance pour faire des endoscopies complexes, et ça en temps réel.
- Speaker #2
Et je me demande, on a ça en France, des robots et de l'IA en utilisation quotidienne au sein du bloc ? Non, pas encore. La chirurgie robotique commence à être bien déployée,
- Speaker #3
mais l'intelligence artificielle pour les interventions, pas encore. Par contre, l'Académie de chirurgie travaille activement sur le sujet, par exemple sur leur utilisation pour des procédures TAVI. L'objectif est de démocratiser des procédures complexes et de faciliter l'accès aux soins.
- Speaker #1
Ah ok. Tiens, ça me fait penser à un roman que j'ai lu il n'y a pas longtemps. Flesh and Silver de Stephen L. Burns.
- Speaker #2
Je ne connais pas du tout. Ça parle de quoi ?
- Speaker #1
C'est l'histoire d'un chirurgien un peu particulier. Pour devenir capable de réaliser des opérations impossibles pour un humain normal, il accepte une transformation radicale. Ses mains sont modifiées technologiquement pour atteindre une précision quasi parfaite. Elles deviennent capables de gestes d'une finesse incroyable, presque mécanique, associés à des capacités psychiques qui lui permettent de sentir le corps du patient.
- Speaker #2
Dit comme ça, ça ressemble presque à un super-héros médical.
- Speaker #1
Oui, sauf que le roman montre surtout le prix à payer. Ces chirurgiens peuvent sauver des vies partout où ils passent, mais ils deviennent aussi des êtres à part. presque inhumains aux yeux des autres.
- Speaker #2
Ah, et donc ils deviennent plus performants pour soigner, et plus ils s'éloignent de ce qui fait leur humanité en fait.
- Speaker #1
Exactement. Le personnage principal passe son temps à essayer d'oublier ce qu'il a perdu en devenant cette machine à guérir. Et tout le livre tourne autour d'une question assez forte, qu'est-ce qu'être un soignant au fond ? Est-ce seulement réparer des corps le plus efficacement possible ?
- Speaker #2
C'est intéressant parce que tu vois, je me dis qu'aujourd'hui, dans toutes les démonstrations qu'on a vues, On parle énormément de précision. de performance, de réduction des erreurs.
- Speaker #1
Oui, c'est important, mais on voit bien que le soin, ce n'est pas seulement une prouesse technique. Il y a aussi la relation humaine, l'écoute, le doute, la capacité à rassurer.
- Speaker #2
Finalement, plus la robotique progresse, plus on est obligé de redéfinir ce qu'on attend réellement des professionnels de santé.
- Speaker #1
Oui, et peut-être aussi ce qu'on veut préserver. Parce qu'une médecine totalement optimisée technologiquement pourrait devenir extrêmement efficace, mais aussi beaucoup plus froide.
- Speaker #2
Heureusement, ce que j'observe sur le bloc du futur est plutôt centré sur les compétences humaines des équipes. C'est une belle note pour terminer notre dernière visite avant les vacances.
- Speaker #1
Oui, et franchement, après cette journée au bloc opératoire, je vais éviter les conférences médicales pendant au moins deux semaines.
- Speaker #2
Pareil, mon cerveau passe en mode avion à partir de vendredi soir.
- Speaker #1
Tu pars où déjà ?
- Speaker #2
Quelques jours au vert, loin des robots chirurgicaux et des powerpoints sur l'hôpital du futur. Et toi ?
- Speaker #1
Direction la mer, avec un objectif très ambitieux, ne lire aucun rapport international.
- Speaker #2
Je demande à voir.
- Speaker #3
Vous avez bien de la chance, j'ai encore un peu de travail qui m'attend avant les vacances.
- Speaker #1
Bon courage et puis bonnes vacances Aurélie.
- Speaker #3
Oui, bonnes vacances Émilie.
- Speaker #2
Et on se retrouve à la rentrée pour de nouvelles cartes postales du futur.
- Speaker #0
Ça y est, c'est déjà la fin de l'été. Cette série vous a plu ? Redécouvrez toutes nos cartes postales de demain. Abonnez-vous et laissez-nous 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Speaker #5
Merci.