- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Bérénice, je travaille chez Oluméa et je suis passionnée par la bien-inspiration et la manière dont fonctionnent les humains entre eux. Bienvenue sur l'Affluence, le podcast qui explore la coopération. L'Affluence, c'est une occasion de se poser des questions, d'explorer, de découvrir, d'apprendre et surtout de partager. Entre chaos et opportunités, explorons ensemble de nouvelles manières de construire les collectifs. Dans cet épisode, nous rencontrons Christelle Sidi, fondatrice de la Ruche Montpellier, un espace de coworking et d'incubation pour les porteurs et porteuses de projets à impact. C'est aussi un lab collaboratif ou un lab d'innovation sociale dont Christelle est la facilitatrice. Aujourd'hui, je la retrouve dans un de ces espaces de coworking de Montpellier, autour d'un thé. pour la questionner sur la création d'un espace propice à la coopération.
- Speaker #1
Bonjour Bérénice.
- Speaker #0
Bonjour Christelle. Bienvenue du coup sur notre podcast La Fluence. Avant qu'on commence un peu plus, qu'on rentre dans le vif du sujet, est-ce que tu veux bien te présenter ?
- Speaker #1
Oui, bonjour à tous. Christelle Sidi, je m'occupe de la Ruche Montpellier.
- Speaker #0
Est-ce que Christelle, tu as des passions dans la vie, des choses que tu aimes faire ? Si tu devais peut-être te décrire en un mot, qu'est-ce que tu dirais ?
- Speaker #1
Passionnée et optimiste, il y en a deux, mais il faut toujours que je sors du cadre.
- Speaker #0
Alors, en 2017, tu as créé La Ruche à Montpellier, c'est ça ? Donc, de base, ton idée, c'était de créer un espace de coworking qui mêle, du coup, espace de travail et bien-être. Est-ce que tu peux nous raconter cette histoire et qu'est-ce qui a fait évoluer aussi cette idée ?
- Speaker #1
Alors en 2016, nous avons été accompagnés par Alter Incub pour réfléchir justement au projet d'espace. Tout ça est parti en fait d'une expérience personnelle dans mon entreprise précédente, que j'avais fondée avec quatre autres personnes. Je me suis grandement approchée d'un burn-out et c'est là que j'ai commencé à m'interroger sur la question bien-être de l'entrepreneur, parce que c'était des personnes qui étaient tellement passionnées par leur activité qu'elle a Elle ne faisait pas forcément toujours... Elle tirait un peu trop sur la corde. Et ça pouvait mener à des symptômes très proches du burn-out aussi. Voilà, c'était l'idée avec laquelle j'étais partie pour cet espace de coworking et pour lequel on était incubée chez Alter Incub. Voilà, on a fait mûrir le projet. C'est vrai que quand vous êtes accompagnée, il y a aussi pas mal d'autres idées qui arrivent. Donc on était un peu arrivée à quelque chose qui ressemblait à un centre commercial pour le dirigeant. Voilà, parce qu'il y en a qui me disaient, j'aimerais bien avoir un rendez-vous professionnel, aller passer par un barbier ou des choses comme ça. Donc, il y avait beaucoup, beaucoup de services. Bon, évidemment, on a fait faire du tri. On avait créé une association pour se lancer. Et au début, ça s'appelait les 100 bureaux fixes. Voilà, tu as bien compris le jeu du mot. Et puis, du coup, voilà, on s'intéressait vraiment à la question de... du bien-être, qu'est-ce qui pouvait apporter du bien-être à l'entrepreneur. Et à l'époque, c'était peut-être des a priori, mais pour moi, ça passait par des choses autour liées au sport, à la méditation, au yoga, des activités comme ça. Mais en fait, je n'apportais aucune expérience, juste j'avais découvert un constat et que j'avais creusé et que je voyais que c'était vraiment utile à plein de monde. Mais en étant accompagnée, on s'est rendu compte que c'était quelque chose qui, en termes de modèle économique, était très compliqué à tenir. Parce que faire appel à des prestataires extérieurs pour toutes ces séances, un peu comme finalement une salle de sport, ça déséquilibrait le modèle. Il fallait que nos abonnements soient très chers. Il n'y avait peut-être pas le public nécessaire sur Montpellier. On essayait quand même d'avancer en gardant cette idée de bien-être. Par un passage qu'on a fait avec mon mari sur Paris, comme j'ai habité cinq ans là-bas, je connaissais déjà la ruche. Par ses valeurs, ça m'intéressait. Je lui ai proposé d'aller visiter pour nous inspirer plus parce qu'on avait déjà trouvé un lieu et on voulait voir comment ça se passait. On est rentré, à l'époque c'était la ruche qui était sur les grands voisins, donc la ruche d'Enfer Rochereau. Et on y est allé avec beaucoup de transparence et on lui a dit qu'on avait un projet sur Montpellier. De fil en aiguille, en une semaine, on a rencontré la responsable de l'espace, la directrice de la Ruche Paris et le fondateur qui est Bruno Imbert. Et il m'a reçu au bord d'un canapé pour m'expliquer ce qu'était la Ruche. Et là, ça a été un espèce de déclic. Je me suis dit, il y a d'autres manières d'être épanoui en tant qu'entrepreneur. Et c'est notamment de trouver du lien, une communauté. Et ce qui me plaisait aussi beaucoup, en plus de toutes les valeurs liées à la transition écologique et à l'entrepreneuriat engagé, C'était aussi, je pouvais apporter mon expérience parce que ce n'était pas la première boîte que je créais. Et les programmes d'incubation... Je pouvais apporter mon expérience et c'était quelque chose où j'allais me sentir utile. Et voilà, en 15 jours, on a pivoté et on est parti sous la marque La Ruche.
- Speaker #0
Tu viens de me dire du coup que ce qui t'a touché particulièrement à La Ruche, c'est les valeurs. Est-ce que tu peux me dire lesquelles en particulier ont vraiment résonné en toi et t'ont convaincu que c'était ça qu'il fallait monter ?
- Speaker #1
Donc La Ruche héberge et accompagne les entrepreneurs engagés. Et sur tout ce qui est programme d'incubation, on est vraiment... sur projet impact et personnes éloignées de l'entrepreneuriat, sous-représentées de l'entrepreneuriat. Donc ça inclut les femmes et ça inclut aussi les demandeurs d'emploi de longue durée, les migrants, les bénéficiaires des minima sociaux. Donc c'est un large public et on s'intéresse à tout ce qui est innovation sociale. Donc c'est vrai que même si c'est l'ADN de nos programmes d'accompanement, finalement ça se transfère côté co-worker et on accueille à peu près 90% de personnes très engagées. dans nos résidents. Et les résidents, c'est à la fois des salariés de grandes entreprises, des associations, des antennes d'associations nationales et des entrepreneurs.
- Speaker #0
Ok, super intéressant. Donc en fait, du coup, toi, tu rencontres ces personnes-là, tu rentres à Montpellier en 2017 et tu te dis, c'est parti, je lance la ruche à Montpellier, donc qui est franchisée avec la ruche au niveau national. Et donc avec toujours cette envie quand même de prendre soin des personnes qui vont faire partie de cet espace, c'est ça ?
- Speaker #1
Alors, oui, la ruche Montpellier, on appartient au réseau national sous forme de franchise, comme tu le dis Bérénice. La première chose que j'ai remarquée quand on a ouvert en 2017, c'est vrai qu'il y avait une petite partie de la population montpellierienne qui connaissait la ruche. Et c'est vrai que les premiers co-workers que j'ai eus étaient très militants. Et finalement, les premières expériences ont montré que quand il y avait d'autres personnes qui l'étaient un peu moins, elles se sont vite senties exclues. Je prends l'exemple, je me rappelle, d'une fille très chouette qui s'intéressait et voulait vendre des bullet-journals. Mais c'était le côté très mode de ses agendas qui lui plaisait. Et tout ce qui était question de papiers recyclés, où est-ce qu'ils étaient fabriqués, sur le moment, ce n'était pas des questions qu'elle s'était posées. Et très vite, elle s'est sentie... un peu exclue, des personnes lui faisaient souvent des remarques, pourquoi elle ne s'interrogeait pas là-dessus. Et c'est vrai qu'on s'est dit, finalement, si on est ultra militant, on ne va pas faire bouger les choses. Alors que les personnes qu'on voulait accueillir, c'était des personnes qui avaient envie de faire la démarche. Et si elle était venue à la ruche, ce n'était pas pour rien. Elle avait envie, mais elle ne savait pas par quel bout le prendre. Et c'était beaucoup plus inclusif d'accepter toutes les personnes qui, soit par leur activité professionnelle, soit à titre personnel, Vraiment voulait s'engager. dans des démarches plus vertueuses, mais accepter en fait à l'endroit où elles étaient au jour J, et plutôt les inspirer pour leur donner envie, plutôt que d'être un peu donneur de leçon en disant ce que tu fais c'est mal.
- Speaker #0
Oui, tu avais plutôt envie d'être dans une démarche d'engagement à une échelle de personnes qui ne l'étaient pas encore, mais qui avaient vraiment cette intention-là de le faire et de l'inclure dans leurs projets en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est après une volonté d'être plutôt sur... Donner envie, inspirer, c'est beaucoup plus motivant pour les personnes qui ont envie de faire leurs petits pas que d'être donneur de leçons.
- Speaker #0
Et donc aujourd'hui, la Ruche à Montpellier, c'est deux espaces de coworking et deux programmes d'incubation, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est presque ça, mais ça change beaucoup. C'est normal que ça évolue. Alors on a bien deux espaces de coworking, les deux en centre-ville de l'Écusson. Un à côté de la gare Saint-Roch et un second qui a ouvert en avril 2023, derrière la préfecture. Deux magnifiques bâtiments au smad, avec beaucoup de charme. C'est vrai que c'est toujours beaucoup plus agréable que des faux plafonds. Et puis, des programmes d'accompagnement. Donc, certains programmes sont nationaux, d'autres locaux. C'est pour ça que du coup, notamment, on en a plus que trois. On a un programme qui s'appelle Itinéraire, qui est une plateforme en ligne. avec des ateliers, des classes virtuelles. Donc c'est quelque chose vraiment qui est géré par la Ruche Paris. Et après, nous, localement, on propose des webinaires vraiment adaptés au public de l'Occitanie. Par exemple, quels sont les financements spécifiques à la région Occitanie. Et après, on anime certaines des classes virtuelles. Après, on a le programme Les Audacieuses. Donc ça, c'est aussi un programme national où il y a des ateliers, des experts en local Merci. Et les formations se font à Paris pour cet effet promotion. C'est intéressant parce que du coup, là, on accueille des femmes pendant neuf mois pour leur projet Impact. Et de rencontrer des femmes d'autres territoires, échanger sur des problématiques, il y a peut-être... La même problématique est traitée, mais avec des façons différentes, des personnalités différentes et des territoires différents. Donc c'est très apprenant. Après, on a l'Envolée, ici, qui est un programme de trois mois, qui est uniquement local et Made in Montpellier. On peut être un peu chauvin. Où là, c'est après trois sessions des audacieuses, on s'est rendu compte qu'il y avait des personnes qui, après neuf mois d'accompagnement... Même si tout était au vert, le projet, il y avait un business modèle et un vrai besoin local. Elle faisait machine arrière et elle repartait vers le salariat parce qu'il y a des enjeux qui ne sont en fait très souvent, enfin pas assez questionnés en fait dans les programmes d'accompagnement, notamment personnels. Il fallait remplir le frigo et pour une maman solo, c'est un peu compliqué. Donc elle préférait la sécurité du salariat. Ce programme était vraiment pour se questionner, revenir vraiment au tout début, les fondements. Est-ce que l'entrepreneuriat est fait pour moi ? Parce que c'est aussi quelque chose qui est à la mode et tout le monde veut se lancer. Ce n'est pas quelque chose qui correspond à tout le monde. Et voilà, par rapport à ses envies, à ses aspirations, vraiment mener le projet en tenant compte de ses contraintes personnelles, de toutes les casquettes, notamment chez les femmes, on peut avoir la famille, ses engagements bénévoles ou autres. parce qu'on se rend compte que si on veut gagner peut-être 4000 euros, si on a besoin de gagner 4000 euros par mois, mais qu'on a deux jours à consacrer à son projet, il va peut-être falloir faire des adaptations. Donc comme on est financé en grande partie par la région Occitanie, c'est des fonds publics, on s'est questionné de dire peut-être accompagner des personnes sur neuf mois, c'est un gros budget, on ne va peut-être pas peser sur l'économie locale, on va peut-être faire quelque chose qui est moins cher, revenir vraiment à l'essentiel des fondamentaux. Et après, si les personnes veulent continuer et tout est ouvert, elles peuvent soit continuer chez nous, soit aller dans un autre incubateur.
- Speaker #0
Super intéressant. Et donc là, tu as lancé la troisième promo, c'est ça, cette semaine ?
- Speaker #1
Oui, on a commencé hier. On est très contents d'accueillir. C'est toujours une belle découverte parce que les autres programmes, on accompagne le projet. Et là, on accompagne vraiment l'individu. Donc, on voit mûrir au fur et à mesure des journées les personnes et c'est toujours... Un véritable plaisir et ce qui fait vraiment cette utilité qu'on peut avoir et moi qui me régale au quotidien.
- Speaker #0
Ça donne trop envie d'assister à ça, en tout cas de voir justement un peu cette ébullition aussi qui se crée, j'imagine, pendant la durée du programme.
- Speaker #1
Oui. Là, on voit, donc hier lors de la première journée, c'est étonnant, on met huit femmes autour de la table qui ne se connaissent pas. Et en fin de journée, en fait, elles échangent des rires, des sourires et il y a des... Des propos très intimes, en fait, qui sont évoqués, et comme si elles se connaissaient depuis toujours. Rien que ça, déjà, c'est super agréable. Et on se rend compte après que quand elles veulent mener vraiment le projet qui est aligné avec leurs valeurs, il n'y a plus ni le syndrome de l'imposteur, ni le problème de légitimité ou de confiance en soi. C'est tellement évident, c'est tellement ce projet, il n'y en a pas d'autre qu'on est capable de mener, qu'elles prennent une posture, même dans l'assise ou dans la tenue, le dernier jour au bout de... trois mois qu'elle piche devant l'écosystème local, tout le monde est subjugué parce que c'est d'autres personnes. C'est vraiment un plaisir.
- Speaker #0
Du coup, pour revenir un petit peu sur le thème de l'épisode d'aujourd'hui, moi je te considère comme une créatrice d'un lieu qui est vraiment propice à la coopération, que ce soit par les programmes, mais aussi par les espaces de coworking. Et du coup, je voulais savoir, qu'est-ce que c'est que la coopération pour toi ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que c'est quelque chose qu'on entend souvent, mais je suis assez d'accord avec ça. L'idée de 1 plus 1 égale 3, c'est vraiment à plusieurs. C'est vrai qu'on peut aller plus doucement, mais on va beaucoup plus loin. Voilà, c'est tout ce qui est intelligence du groupe, intelligence collective. C'est beaucoup de choses qu'on met en application à la fois dans nos programmes et aussi dans nos lieux, et pas forcément l'injonction de « je vais avoir un modèle de structure coopérative » ou… La coopération peut vraiment prendre multiforme et c'est le fait de travailler ensemble et d'avoir à la fin quelque chose qui appartient à l'ensemble des personnes curées et collaborées et qui est bien au-delà de ce qu'on peut produire lorsqu'on est tout seul.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Pour moi, la coopération, c'est effectivement le fait de travailler ensemble, mais c'est aussi le fait de travailler ensemble pour quelque chose qui individuellement va me dépasser. tout en créant du lien, tout en se rassemblant et en passant des bons moments aussi à le faire. Et du coup, j'aimerais savoir comment on fait pour créer un espace de coopération ? Qu'est-ce que toi, tu mets en place concrètement dans tes espaces ?
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qu'on met en place concrètement ? Je pense qu'il y a deux ingrédients forts. À la rue, j'étais ça, ce côté facilitateur du lien. Moi, j'aime beaucoup m'intéresser aux résidents qu'on a chez nous. C'est aller au-delà de juste le métier ou le prénom de la personne, s'intéresser à ses actus, à ses compétences, sur quoi il travaille. Et c'est vrai qu'on a eu, par exemple, un exemple lors d'une visite, une personne... qui me faisait part de ces difficultés qu'elle avait dans l'organisation de son entreprise après le départ d'un collaborateur. Et tout de suite, ça a fait de si, je me suis dit, tiens, il devrait peut-être aller voir Oloméa. Puisque vous êtes spécialisée vraiment dans l'accompagnement des ressources humaines, et je me suis dit, vu les valeurs de la personne, les discussions qu'on a eues, il y a vraiment un match qui peut se faire. Donc voilà, ce rôle-là est, je pense, assez central. Et après, c'est les événements qu'on crée chez nous, justement pour aider. Le facilitateur ne peut pas tout faire, mais on a un rendez-vous qui est incontournable, qui s'appelle le buzz. C'est chaque semaine, on déjeune ensemble, on fait un tour de table pour que chacun se présente, parce qu'on a aussi régulièrement des nouvelles personnes. On partage en fait ses actus, ses réussites, ses échecs, est-ce qu'il y a un besoin peut-être de mise en relation. Mais ça peut être aussi d'ordre personnel. Des fois, on donne des thèmes. On apprend comme ça qu'une... qu'un coworker est passionné de vin et qui parraine des vignes auprès d'un agriculteur, ou que quelqu'un déménage et qu'il a des meubles à donner. Voilà, c'est ce genre de petites actus régulières qui créent pas mal de liens. On sait que c'est vraiment un des principes clés à la ruche et qu'on retrouve partout en France.
- Speaker #0
Ça permet aussi à tout le monde de se rencontrer. Et justement, entre les deux bureaux, je sais qu'aujourd'hui, il y a un buzz en commun. Donc ça permet aussi non seulement à la personne qui facilite de connaître les actus de chacun, mais aussi aux personnes de se rencontrer et de créer le lien aussi par eux-mêmes finalement, de les rendre autonomes aussi dans cette...
- Speaker #1
Oui, tout à fait, tout à fait. On n'est pas là pour les materner. Mais c'est vrai qu'arriver dans un lieu et être anonyme, ce n'est pas vraiment pas ce que vous allez retrouver à la rue, c'est plutôt coucouning. Donc c'est vrai que par l'ambiance, mais le créer des liens et que chacun soit identifié et... Ça facilite, on voit tout le monde se dire bonjour le matin, et comment tu vas, et hop, quand il y a des naissances, ils viennent. Un peu comme dans les entreprises, les co-workers viennent avec leur bébé, mais c'est tout ça qui crée. Et j'avais un exemple, un témoignage d'un co-worker il y a la première année, je pense, d'ouverture. Et ça m'avait beaucoup touchée parce que la personne m'avait dit « je suis venue pour un bureau » . Et en fait, j'ai trouvé bien au-delà d'un bureau, à La Ruche, c'est des collègues de travail. mais qui n'ont aucun lien hiérarchique avec moi. Donc je peux être complètement transparent, qui je suis naturellement, parce que je n'ai pas peur qu'un jour, l'information va être retournée contre moi. Donc c'est des collaborateurs de travail. Quelquefois aussi, on peut avoir des questions et on a des pairs autour de nous, donc on peut aller les voir, mais il n'y a absolument aucun lien. Et le fait d'être moi-même, je trouve que c'était très fort. La personne était contente d'être parmi nous.
- Speaker #0
Je reviens sur ce qu'on disait tout à l'heure par rapport au rôle de facilitation. D'avoir cette vision-là sur ce que chacun fait, est-ce que ça te permet aussi, toi, de faire intervenir des personnes là où elles-mêmes, elles n'auraient pas pensé intervenir ? Tu m'avais raconté une anecdote avec quelqu'un qui était urbaniste et que tu avais fait intervenir sur une question qui n'avait rien à voir, mais parce que toi, en connaissant ces appétences, tu avais pu faire des liens, c'est ça ? Est-ce que tu peux me la raconter à nouveau ?
- Speaker #1
Oui, alors... C'est vrai que nous, on aime bien la connaissance des personnes qui sont chez nous. À la fois, nous permettre de travailler en circuit court, parce que pour nos programmes d'accompagnement, on préfère aller, quand la compétence est là, aller la prendre chez les co-workers. Mais du coup, l'anecdote pour Laetitia, qui était chez nous pendant quelques années, c'est vrai que si on s'arrête à son métier, elle était urbaniste. Et voilà, je ne sais pas si tu connais exactement... Toutes les compétences de l'urbaniste.
- Speaker #0
Je ne connais personne qui est urbaniste.
- Speaker #1
Mais en fait, c'est d'aller au-delà de l'idée que je m'en étais fait. Donc, c'est vrai que de creuser, de s'intéresser aux personnes, c'est intéressant. Et puis, ce jour-là, on animait, en fait, on faisait une réunion pour construire une proposition de projet sur Montpellier. Et voilà, j'ai interpellé Laetitia pour qu'elle nous redonne ce qu'elle faisait autour. Et elle nous parlait qu'un urbaniste, c'est aussi quelqu'un qui, pour monter des projets, rassemble un grand nombre d'acteurs sur le territoire. Et du coup, elle a été spécialisée en concertation. Et c'est vrai que nous, pour mener ce projet qui était autour des publics, des demandeurs d'emplois de longue durée, il y a déjà beaucoup d'acteurs sur Montpellier. Et une des clés pour arriver à vraiment coordonner ces acteurs et mener un programme qui soit cohérent et pas refaire ce qui est déjà fait, il faut en fait mettre les acteurs autour de la table. Et cette connaissance de mes co-workers a permis vraiment d'aller chercher Laetitia sur ce programme et qu'elle travaille avec nous. À la base, un urbaniste dans un programme pour les demandeurs d'emploi, on peut se questionner.
- Speaker #0
C'est magnifique. En fait, tu arrives aussi par la pluridisciplinarité à intégrer des personnes que tu n'aurais pas imaginé intégrer dans des projets sur des sujets complètement différents.
- Speaker #1
C'est une gymnastique et je pense une ouverture d'esprit à l'autre, à la curiosité saine.
- Speaker #0
Pas les petits potins et les gosses.
- Speaker #1
Il y en a un peu.
- Speaker #0
Il y en faut toujours. J'ai une question. Qu'est-ce qui peut faire que finalement, cette création d'espaces de coopération, ça ne fonctionne pas ou finalement, ça ne se passe pas comme on avait prévu ?
- Speaker #1
Alors, on ne peut jamais savoir. En tout cas, si ça ne fonctionne pas, a priori. En tout cas, on essaye à la fois euh d'offrir cette ambiance coucouning très familiale, avec un peu ce côté aussi, venez comme vous êtes. Mais je pense qu'une des autres clés, c'est vraiment au moment de recevoir les gens. On ne prend pas le tout venant. Il y a vraiment cet entretien lors de la visite. En fait, c'est un peu caché. Mais lorsqu'on fait visiter les lieux, c'est vrai que je pose pas mal de questions. Déjà... Une des premières questions, c'est quelle est votre activité ? Parce qu'on ne souhaite pas avoir d'activité concurrente qui pourrait être un frein quand même à la coopération. S'il y a une activité déjà présente au sein de l'espace, on demande aux co-workers qu'est-ce qu'ils en pensent. Je pense notamment à Marie-Charlotte et Amélie qui travaillent ensemble aujourd'hui. Et quand Marie-Charlotte est arrivée en me disant « je suis consultante RSE » , j'ai questionné Amélie en disant « est-ce que ça t'intéresse ? » Et elle m'a dit oui parce qu'on est sur des cibles différentes, donc ça peut être très complémentaire. Et après, je crois que ça fait un an et demi, voire plus, qu'elles sont à La Ruche. Maintenant, elles travaillent ensemble, donc c'est très cool.
- Speaker #0
Finalement, tu as réussi à faire travailler ensemble deux personnes qui, de base, étaient concurrentes, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tu es vraiment forte en coopération, Christelle.
- Speaker #1
Et après, pour reprendre l'exemple de Laetitia, qui était urbaniste, on a eu à un moment une deuxième urbaniste et je lui ai posé la question. Et elle me dit, oui, avec grand plaisir, parce que pour des appels d'offres, comme je suis un tout petit cabinet, je ne peux pas répondre à tout. Et avoir justement une urbaniste supplémentaire avec une expérience différente était très intéressant pour elle. Après, à l'inverse, j'ai eu à refuser du monde. Je pense notamment à Marie, qui était photographe. Quand on a eu un autre photographe, elle me dit que c'est un métier qui est extrêmement tendu. Il y a beaucoup de concurrence localement. Donc, je ne préfère pas que tu l'accueilles. On a renoncé à une personne et à du chiffre d'affaires. Mais c'est aussi ça les ingrédients pour que la coopération marche. Surtout qu'on est beaucoup d'entraide par certains ateliers qu'on a. Donc, c'est plus facile quand les gens ne sont pas concurrents. Donc, ça, c'est un des premiers aspects.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres choses qui peuvent faire que la coopération est freinée dans un espace de coworking ? Est-ce que finalement c'est facile de faire coopérer les gens ? Est-ce qu'on peut leur dire venez à l'espace de la ruche, vous allez coopérer ? Ou est-ce que finalement il n'y a pas autre chose qui fait que, il n'y a pas un état d'esprit peut-être qui fait que ça peut marcher ?
- Speaker #1
Lors de cette visite, on essaye aussi de capter, parce que je me rappelle c'était une question de... d'une ancienne alternante qui me disait « mais est-ce que tu peux arriver à me former à ces visites ? » Donc il y a beaucoup de choses de l'ordre de l'intuitif. Mais on essaie de comprendre les valeurs de la personne et cette posture. Je dis souvent, je ne veux pas des personnes qui sont consommatrices, qui sont là pour prendre, qui s'installent à un bureau avec des écouteurs et qui ne sont pas ouverts à l'autre. On essaie de sentir cette ouverture à l'autre et à cette posture de « je suis prêt à donner de mon temps aussi pour aider les autres » . Et bien sûr que je vais en retirer des choses, mais qu'ils ne soient pas juste là pour prendre et qu'ils ne donnent rien au reste de la communauté. Donc ça, c'est quelque chose qui se ressent à travers les échanges et qui, je pense, sont extrêmement importants pour créer du lien et avoir cet espace de coopération.
- Speaker #0
Et justement, dans les événements qui sont présents à La Ruche pour faire coopérer, on n'a pas parlé, mais il y a aussi les co-dev, c'est ça, les ateliers de développement ensemble, plusieurs ?
- Speaker #1
Oui, parmi ce qu'on propose, c'est les ateliers de co-développement. C'est un atelier, c'est une méthode canadienne qui fait appel à l'intelligence collective. Une personne de la rue va proposer, enfin chacun peut proposer une problématique et collectivement, on choisit la problématique qu'on va traiter ce jour-là. Et chacun, par sa méthodologie très stricte, peut apporter un regard et des suggestions qui peuvent aider Le résident a avancé. Ce qu'on se rend compte, c'est que même quand ce n'est pas notre problématique, par effet miroir, ça apporte énormément à chacun. Et ce qu'on se rencontre à travers ça, c'est cette entraide. cette transparence aussi parce que des fois pour donner sa problématique des fois c'est très personnel c'est montrer qu'on n'est pas parfait qu'on a des doutes, qu'on a des questions qu'on traverse peut-être une période difficile et ça ce côté transparence, lien, entraide fait beaucoup aussi dans la coopération qu'on observe après dans la ruche et je pense que c'est aussi une posture que j'ai des fois on me dit t'es la reine de la ruche, je dis non Je suis une entrepreneuse comme vous, avec des hauts et des bas, et il m'arrive aussi de soumettre des problématiques lors des ateliers de co-développement.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que tu es aussi inclue dans la vie des résidents. À la fois, tu as cette posture de facilitatrice, tu connais tout le monde, etc. Et à la fois, tu fais partie aussi de cet espace et des personnes avec qui on peut coopérer finalement.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
On va passer sur le sujet du vivant. Nous, chez Holoméa, on adore ce qu'on appelle faire des parallèles douteux. Et on fait aussi de la bio-inspiration. Et donc, ces parallèles douteux-là, en général, on les fait avec des histoires du monde vivant qui nous inspirent. Est-ce que toi, il y a une histoire dans le monde vivant particulièrement où tu arrives à faire un petit parallèle douteux avec ce que tu fais à la ruche ?
- Speaker #1
J'adore parallèles douteux. Ça tombe bien parce que du coup, j'ai regardé l'autre jour avec ma fille, j'aime beaucoup lui montrer une série autour de la nature. Et voilà, à 4 ans et demi, je pense qu'elle s'est très bien informée aussi de ce qui se passe et du vivant. Et il y avait justement, il parlait des abeilles, parce que tu me demandes un lien avec la nature. La ruche facile. Voilà, la ruche facile. Et c'était vraiment le moment, j'avais regardé ça la veille. Et il montrait quand les seins devaient se déplacer d'un point A à un point B. C'était souvent une abeille... Enfin, pas exploratrice, éclaireuse, voilà. Exploratrice, en plaisir. Ou exploratrice. Et voilà, plusieurs abeilles qui partent en éclaireuse, voire un peu d'autres lieux qui pourraient convenir à l'essaim. Et ça a fait tilt, en fait, quand tu m'as posé la question. Je me dis qu'on est un peu, on se dit souvent laboratoire d'innovation sociale à la ruche, parce qu'on teste des choses. Et après, ça se propage auprès des autres abeilles. Et voilà, je pourrais en citer plusieurs exemples. on a eu un peu des co-workers qui ont envie de tester soit un accompagnement, soit une formation, on peut le proposer aux autres co-workers, avoir ce retour et monter chacun en compétence. On n'hésite pas à expérimenter et après on fait passer l'information à l'ensemble pour que chacun en profite.
- Speaker #0
C'est vraiment un lieu où on peut venir tester, où on peut partir sur des sujets, justement, explorer, partir en éclaireur et puis revenir et dire, au fait... J'ai trouvé un truc sympa.
- Speaker #1
C'est ça, il donnait la bonne parole. Par contre, la seule chose qu'on n'a pas retrouvée, parce que c'est les abeilles pour donner envie, elles font une petite danse. Donc ça, pour l'instant, ça ne s'est pas vu.
- Speaker #0
On n'a pas encore fait la danse.
- Speaker #1
On fait des karaokés, mais encore pas des danses.
- Speaker #0
Bientôt, peut-être, un nouvel événement de coopération en atelier de danse.
- Speaker #1
C'est possible, parce que du coup, j'ai la chance, l'équipe s'est agrandie avec Marie. ancienne danseuse de haut niveau donc peut-être que...
- Speaker #0
Ah je savais pas ! Ok je vais aller discuter avec Marie on va organiser ça J'ai une dernière question pour toi qui est peut-être un petit peu plus méta un peu plus bizarre Pour toi, est-ce qu'il y a un lien finalement entre la coopération et le contexte de transition dans lequel on vit en ce moment ?
- Speaker #1
Ce n'est pas du tout bizarre, c'est plutôt bien d'actualité. Pour moi, la coopération, c'est vraiment l'incontournable pour arriver à répondre aux enjeux de transition. Comme on l'a vu tout à l'heure dans la définition qui était importante pour moi, c'était le 1 plus 1 égale 3. Et aujourd'hui, je pense que personne n'a la solution pour résoudre ces enjeux assez complexes. Et ce n'est qu'en se mettant à plusieurs autour de la table qu'on va pouvoir créer des choses au-delà de ce qu'on peut faire individuellement. aller dans des zones inexplorées et changer de paradigme aussi, qui c'est très important. Et c'est qu'à plusieurs qu'on peut arriver à trouver ces solutions qui vont aider à envisager un avenir plus durable.
- Speaker #0
C'est marrant parce que quand t'as dit aller dans des zones inexplorées, ça m'a fait penser aux abeilles. Et je me suis dit, on va revenir en dansant en disant, hey, on a trouvé la solution à la transition écologique.
- Speaker #1
Je nous souhaite ça.
- Speaker #0
Bah écoute, merci beaucoup Christelle. J'ai plus de questions pour toi. On a fini du coup d'enregistrer cet épisode. Ça me fait trop plaisir que tu sois d'accord pour venir parler sur l'affluence. Donc merci, merci énormément.
- Speaker #1
Merci à toi Bérénice. Passionnée et optimiste,
- Speaker #0
Christelle fonde La Ruche Montpellier en 2017 avec le souhait de prendre soin des porteurs et porteuses de projets et d'apporter du bien-être aux entrepreneurs. Elle est particulièrement touchée par les valeurs de La Ruche, le lien, la communauté, l'entraide, les valeurs autour de la transition écologique et l'innovation sociale. En créant son espace de coworking, elle a pour volonté d'inspirer et de donner envie d'agir dans la transition écologique, quel que soit le pas fait par la personne. Aujourd'hui, à la Ruche Montpellier, c'est vraiment cet état d'esprit que l'on retrouve, que ce soit au travers des programmes d'incubation ou au travers des espaces de coworking. Et la coopération est vraiment au cœur des sujets. D'ailleurs, la coopération, selon Christelle, s'est incarnée par cette formule 1 plus 1 égale 3, qui représente le fait de travailler ensemble pour avoir quelque chose qui nous dépasse, qui est au-delà de ce qu'on peut produire tout seul. Et la coopération, selon Christelle, c'est vraiment la clé de la transition. Puisque avec cette transition, on aborde vraiment des enjeux très complexes. Et donc, on a besoin de créer quelque chose qui nous dépasse individuellement et qui va nous permettre de changer de paradigme. Donc, pour répondre à la question comment on met en place un espace qui est propice à la coopération, Christelle nous a partagé deux éléments. Le premier, c'est vraiment ce rôle de facilitation, d'avoir une personne qui prend le temps de connaître les résidents au-delà de leur poste, au-delà de leur métier. et qui va vraiment permettre de mettre en relation avec les bons interlocuteurs au bon moment. Et puis ça permet aussi d'avoir une bonne connaissance des compétences de chacun, des appétences de chacun, pour pouvoir mener des projets en pluridisciplinarité. Et puis ça passe aussi par l'organisation d'événements, tout simplement de mise en relation, créer du lien entre les personnes, de développer ensemble, de s'entraider, de montrer aussi parfois ses vulnérabilités. Pour que cela fonctionne, il faut déjà s'assurer que des personnes qui ont des activités similaires soient d'accord de travailler au même endroit, ou de travailler peut-être sur les mêmes sujets mais avec des complémentarités. Et puis il faut aussi arriver à sentir la posture des gens, à sentir cette ouverture peut-être et cette envie de travailler avec les autres. Finalement, la ruche Montpellier ne porte pas si mal son nom, puisqu'en tant que lab d'innovation sociale, elle permet vraiment d'aller explorer, de partager au groupe ses trouvailles, à la manière des abeilles exploratrices. J'espère que cet épisode avec Christelle vous aura plu, et vous pouvez retrouver les épisodes de l'affluence une fois par mois. Ils formeront un recueil de témoignages de vécu liés aux transformations des pratiques qui vous permettra à vous aussi d'avoir des clés pour faire évoluer à votre échelle votre environnement professionnel. Et chaque trimestre, dans un format plus court, nous explorerons un thème ou un concept qui apportera un nouvel éclairage sur les expériences partagées par nos invités. Pour ne rater aucun épisode et pour faire grandir ce podcast, vous pouvez en parler autour de vous. Vous abonnez sur votre plateforme d'écoute préférée et nous laissez des étoiles si vous nous écoutez depuis Spotify ou Apple Podcast. Merci pour votre écoute et à bientôt pour un nouvel épisode de l'Affluence.