Speaker #1très bien. Bienvenue dans les hors-séries d'été de la grande conversation. A chaque épisode, on va s'arrêter sur un mot. Nos conversations, nos conversations politiques en particulier, sont pleines d'obsessions. Et nous croyons savoir de quoi nous parlons. Et quelquefois, ça mériterait qu'on s'y arrête. Eh bien cet été, on va s'y arrêter. Et aujourd'hui, on va s'arrêter sur le président. Alors, le mot président, c'est je pense aujourd'hui, avec le mot Trump, le plus prononcé de la conversation politique, et à mesure qu'on s'approche de l'élection, ça devient l'obsession même de cette conversation. Qu'est-ce que ça veut dire présider ? Si on revient aux sources de la Vème République, présider, ça n'est pas décider de tout. Présider, décider de tout, c'est le rôle du gouvernement. Au titre de la Constitution, le gouvernement... détermine et conduit la politique de la nation. Mais ce n'est pas au président de le faire. Le président, lui, il est le garant des institutions, il est le garant du temps long, il est le garant de l'unité nationale. Donc c'est quelqu'un qui est un petit peu au-dessus des querelles, au-dessus des partis, au-dessus des clivages, et qui assure la permanence d'une identité ou d'une idée. C'est comme ça que le rôle du président avait été conçu. Mais, en 1962, donc la constitution est adoptée en 1970. 1958, quatre ans plus tard, le général de Gaulle, qui est le président de la République, dit qu'il faut que ce personnage soit élu au suffrage universel direct. Il propose un référendum aux Français, au titre de l'article 11 de la Constitution, ce qui d'ailleurs n'est pas légal, il aurait dû passer par l'article 89, il connaissait bien la Constitution pour l'avoir écrite avec Debré et quelques autres. Il choisit ce chemin parce que c'est le plus simple et le peuple français dit désormais le président de la République sera élu au suffrage universel direct. Ce qui lui donne Merci. naturellement une légitimité beaucoup plus forte. Il n'est plus désigné par d'autres élus. Il est élu lui-même par la majorité des Français et il est élu sur une intention, une proposition. Alors, ce n'est pas un cas isolé en Europe. Il y a beaucoup de régimes qui ne ressemblent pas du tout aux nôtres où le président de la République est élu au suffrage universel direct et où pourtant ses prérogatives, ses compétences sont bien moindres qu'aujourd'hui. Pardon de faire encore un peu d'histoire, mais à partir de 1962, il se produit euh quelque chose d'assez miraculeux dans la vie politique française. Les hommes et les femmes politiques de cette époque avaient en tête ce qui s'était passé depuis la libération, c'est-à-dire un jeu politique très complexe, où il n'y avait presque jamais de majorité claire et stable. Et le miracle qui se produit à partir de 1962, c'est que le fait majoritaire s'impose comme une constante de la vie politique française. dire qu'à Paris 162, il y aura toujours au Parlement une majorité assez homogène. C'est-à-dire un grand parti qui, avec la complicité d'un petit parti latéral, voisin, arrive à construire une majorité. Une majorité qui souvent est identique à la majorité qui a élu le Président de la République. Cet alignement du Président et de l'Assemblée, du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, crée les conditions d'un Président qui n'est plus simplement celui celui qui est au-dessus des querelles et des partis, etc. Mais celui qui détermine, en réalité, la politique de la nation. Nous entrons dans une phase de l'histoire qui va s'accentuer d'ailleurs avec le temps, et notamment après l'adoption du quinquennat en 2001, par référendum. Nous entrons dans une phase de l'histoire où le président devient le personnage central, le personnage principal de l'histoire politique nationale. cette histoire. Elle est venue s'échouer sur un événement qui d'abord a été peu perçu et qui ensuite est devenu un vrai problème. Peu perçu en 2022, le président élu n'a pas de majorité claire à l'Assemblée, mais il n'en est pas loin. Il peut gouverner quand même avec des artifices, avec tous les instruments de rationalisation du parlementarisme que lui donne la Ve République. Mais plus encore en 2024, après la dissolution, il n'y a plus de majorité du tout au Parlement. Et ça, ça ne s'était pas produit depuis 1958, d'une certaine façon. Et donc, on redécouvre que nos institutions sont des institutions parlementaires. Mais on continue à penser que le président est le héros principal de notre histoire collective. Alors, beaucoup, néanmoins, se disent encore aujourd'hui que l'élection présidentielle va nous sortir de l'ornière dans laquelle on se trouve depuis 2024. C'est l'opinion la mieux partagée. quand vous écoutez les... Les conversations, les discussions, les discours, vous avez une majorité de gens qui pensent que le système va retomber sur ses pieds. On a fait un petit écart, il y a eu un petit accident de l'histoire en 2022 puis 2024, mais au fond, c'est un épisode, une parenthèse qui va se refermer dès lors qu'un nouveau président ou une nouvelle présidente sera élue à la tête de la République. Ils font l'hypothèse que ce personnage pourra, dans les 3-4 semaines qui suivent, aux élections législatives, trouver une majorité cohérente avec ce qu'il a proposé aux Français au Parlement. Ben c'est pas du tout écrit. En réalité, on raisonne comme ça parce qu'on sait pas raisonner autrement. Parce que toute notre vie politique s'est organisée de cette façon-là. Mais quand même, on devrait se souvenir qu'en 22 et 24, la réalité, c'est rare. rappelé à nous, et la réalité, c'est que nos institutions sont parlementaires, et qu'aucun gouvernement ne peut tenir, ne peut gouverner, c'est-à-dire déterminer et conduire la politique de la nation, s'il n'a pas au Parlement une majorité avec lui, ou à défaut, s'il n'a pas pas au Parlement une majorité contre lui. Parce qu'après tout, on peut gouverner s'il n'y a pas de gens qui sont capables de se réunir contre vous. Cette histoire est très fragile. On peut très bien imaginer qu'en 2027, un président ou une présidente soit élu, qu'il n'ait pas de majorité au Parlement. Et qu'est-ce qui se passe alors ? C'est ça la question intéressante. Soit, il appelle à Matignon à la tête du gouvernement quelqu'un qui représente une majorité possible euh au Parlement. Mais il faut bien que cette majorité s'organise à travers des compromis, des coalitions, parce qu'elle n'est pas donnée immédiatement par l'ESUR, par le résultat du scrutin. Mais il peut aussi se produire, et ça a failli se produire en 2024, il peut se produire qu'il appelle à Matignon quelqu'un qui lui dise, non, je ne viens pas. Je ne viens pas, je veux bien gouverner, mais pas avec toi. Ça s'est passé deux fois dans notre histoire. histoire avec Mac Mahon il y a très très longtemps et avec Millerand en 1924. C'était d'autres institutions, c'était la Troisième République, mais il y a une espèce de grève du pouvoir qui contraint le président en réalité à démissionner parce qu'il devient celui qui bloque le jeu. Cette situation est possible, c'est une faille dans nos institutions, c'est une fragilité qui ne s'est pas produite, mais qui serait vraiment cette fois-ci la mise à mort du héros principal de notre histoire qui est le président. Ce serait non seulement la fin du jupitérisme et la fin de Jupiter. Peter lui-même.
Speaker #1Oui, parce qu'il y en aura qu'un. Que devrait être le prochain président de la République dans ce contexte de crise larvée de l'institution présidentielle ? Je n'ai pas la réponse à ça, mais je suis sûr d'une chose, c'est que le prochain président ou la prochaine... présidente de la République ne pourra pas faire comme si son rôle ou son personnage était intact, indemne, sortait indemne de la crise dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Je vais vous raconter un souvenir d'un panel de 50 citoyens que nous avions réunis réunis à Terranova en 2022 pour suivre les élections présidentielles ensemble, enfin toute la campagne. Et au tout début de cet exercice, nous avions demandé à ces hommes et ces femmes ce que selon eux devrait être le prochain président ou la prochaine présidente de la République. Et ils nous avaient dit deux choses. La première, c'est que le président doit être au-dessus des partis, ça doit être un homme courageux, d'ailleurs un homme la plupart des gens, les gens disaient un homme. Il doit être courageux, il doit être autonome, déterminé, honnête, etc. Bref. De Gaulle. Très clairement, c'est le fantôme de De Gaulle qui traverse la pièce. C'est la première chose. Et la deuxième, assez contradictoire avec la première. Il nous disait, le président de la République il doit faire avec nous ce que vous faites vous-même aujourd'hui, avec nous. C'est-à-dire, il doit venir nous voir, il doit nous écouter, on doit échanger avec lui. C'est-à-dire qu'il y avait une demande de de proximité et de relation. Alors, ces deux caractéristiques sont a priori contradictoires. En réalité, elles ne le sont pas. Je crois que les Français attendent, ils veulent être gouvernés, mais ils ne veulent pas être dominés. C'est ça, quand même. que racontent ces deux exigences placées l'une à côté de l'autre. Ils veulent être gouvernés mais pas dominés, c'est-à-dire qu'ils veulent que dans le courant même du mandat, dans l'exercice même de l'action publique, le président reste en interaction avec eux. C'est à cette idée qu'il faut essayer de donner corps. C'est-à-dire, c'est quoi, demain, dans le monde dans lequel nous entrons, la relation légitime entre le gouvernant et les gouvernés, et comment on donne corps à cette relation ? C'est une relation qui ne peut pas être une relation... de domination c'est ça je crois fondamentalement que disent les français et si les candidats à la présidence de la république veulent se trouver je dirais en phase avec cette attente il faut que il raconte aux français ce qu'ils feront dans leur mandat dans l'exercice même du mandat et pas simplement les réformes auxquelles ils aspirent Merci beaucoup, j'espère que ça vous aura éclairé sur cette notion qui est sur toutes les lèvres, le président, et je vous donne rendez-vous dans le prochain épisode des En Série de l'été de la Grande Conversation.