- Liberlo
La Minute Praticiens, un podcast liberlo. Les pratiques complémentaires peuvent être votre premier métier, mais vous pouvez aussi les choisir plus tard, après une première vie professionnelle. Dans ce second cas, une inquiétude s'invite presque toujours. Tout ce que vous avez appris, vécu, construit avant, est-ce que ça compte encore ? Et si oui, comment s'appuyer dessus pour construire sa pratique ? Dans cet épisode, nous recevons deux invitées. Sophie Roques d'abord, conseillère en évolution professionnelle chez Marijul RH et administratrice de la Fédération des acteurs de la compétence. Elle accompagne des reconversions depuis 30 ans. Et puis Céline Alessi, réflexologue. Elle a fait de ses 10 années dans l'événementiel un atout pour son activité. Avec elle, nous explorons 3 questions. Que garde-t-on vraiment de son ancienne vie professionnelle ? Comment en faire une force ? Et comment s'en servir pour se démarquer et attirer les bons clients ? Vous écoutez la Minute Praticiens, le podcast qui prend le temps de faire grandir votre activité. Pour comprendre comment mettre à profit les expériences professionnelles passées lorsqu'on se reconvertit dans les pratiques complémentaires, il faut d'abord analyser la peur habituelle de devoir tout recommencer. Sophie Roques, conseillère en évolution professionnelle chez Marijul RH, administratrice de la Fédération des acteurs de la compétence, accompagne les reconversions depuis 30 ans. Elle entend cette crainte quotidiennement. Nous lui avons demandé si on repart vraiment à zéro lorsqu'on devient praticien.
- Sophie Roques
Alors, la conseillère que je suis va vous affirmer que non, évidemment. Cela dit, la plupart des personnes accompagnées pensent réellement qu'elles doivent repartir de zéro. Il y a trois éléments qui peuvent conditionner cette sensation et/ou l'entraîner : c'est une personne qui, grâce à son travail, ses postes, est arrivée à un certain niveau et qui pense effectivement que les prochains postes seront forcément en deçà. Un autre type de personne qui se dit « c'est peut-être l'occasion de faire vraiment ce qui me plaît. Enfin ! Quelle opportunité ! Mais il va falloir que je reparte de zéro, parce que je sais ce qui me plaît, mais je ne sais pas ce qu'il faut faire pour faire ce qui me plaît". Troisième cas : des personnes, et ça effectivement nous le rencontrons souvent dans le cadre du partenariat que nous avons avec la Ligue contre le cancer. Tous les ans, la Ligue contre le cancer nous confie une trentaine de personnes à accompagner au maintien et retour à l'emploi. Et certaines personnes accompagnées présentent des incapacités physiques à reprendre l'activité précédente, par exemple. Un cuisinier qui ne peut plus cuisiner, une personne qui travaille avec des produits chimiques ou une coiffeuse. Tiens, j'ai en tête récemment une coiffeuse accompagnée qui ne peut plus être coiffeuse parce qu'elle ne peut plus inspirer, inhaler des produits chimiques au risque de peut-être redévelopper une leucémie, par exemple. Et donc, pour ces personnes-là, il y a une nécessité de se reconvertir sur des métiers complètement différents et la sensation chez elles de devoir repartir à zéro.
- Liberlo
Mais Sophie Roques rappelle que son travail de conseillère consiste justement à révéler tout ce que ces personnes emportent avec elle.
- Sophie Roques
Nous les conseillers, nous savons très bien que les personnes ne repartent pas de zéro, puisque nous nous appuyons vraiment sur des techniques, des méthodes, qui permettent à la personne de faire le point sur toutes leurs expériences ou leurs compétences, de repérer leurs compétences, que ce soit des compétences savoir-faire ou les soft skills, qui les intéressent, qu'elles souhaitent absolument maintenir. Et les accompagner à être dans la résilience, transformer le savoir, tout ce qu'elles savent pour travailler leur projet professionnel.
- Liberlo
Céline Alessi, notre seconde invitée, est réflexologue dans l'Est lyonnais depuis fin 2022. Avant sa reconversion, elle a eu une carrière de 10 ans dans l'événementiel et la communication. Pour elle, on repart de zéro quand on entame une autre vie professionnelle, mais pas complètement.
- Céline Alessi
Le sentiment de repartir à zéro, je l'ai eu, parce qu'en tant qu'entrepreneur et quand on se lance à son compte, On repart forcément de zéro, à mon avis. Mais par contre, je repartais de zéro avec un bagage dans le sens où toutes mes expériences et toutes mes compétences acquises jusque là allaient me servir. Je ne savais pas trop comment, pour être très honnête avec vous. Je ne savais pas trop comment ça allait avancer, comment ça allait se faire. Je pense que de toute manière, quand on se lance à son compte, on ne sait jamais vraiment tout ce qui nous attend tant qu'on ne le vit pas. Et tant qu'on ne le fait pas, et tant qu'on ne passe pas le cap, mais effectivement, ce sentiment de repartir à zéro, oui, je l'ai eu. Et en même temps, j'ai aussi le sentiment d'avoir un bagage précieux avec moi, à savoir tous mes acquis et tout ce que j'ai pu développer durant ces années dans l'événementiel.
- Liberlo
Ces années dans l'événementiel lui ont permis d'acquérir des compétences très concrètes qu'elle mobilise désormais dans son cabinet.
- Céline Alessi
Je pense que l'événementiel, ce que ça m'a apporté, c'est justement cette autonomie. Cette débrouillardise, cette résilience et surtout cette polyvalence et cette diversification des missions. Quand on travaille dans l'événementiel, on est un petit peu couteau suisse. On s'occupe de l'avant, on s'occupe de l'événement, on s'occupe de l'après. Donc c'est vraiment un job multifacette et où il faut être sur tous les fronts et être disponible pour tout le monde au bon moment. Donc je pense que ça m'a apporté beaucoup à ce niveau-là. Ça m'a aussi beaucoup apporté pour aller chercher de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnes, trouver de nouvelles ressources. En gros, trouver le levier qui fera et qui marquera ma différence.
- Liberlo
Cette polyvalence lui a permis de se lancer seule, là où tout était à apprendre, hors de ce qu'elle appelle une zone de connaissance.
- Céline Alessi
Ça m'a permis de pouvoir créer mes supports de com' toute seule, arriver à me faire un plan d'action à mener pour mener à bien mon objectif. Créer un site internet en sachant ce qui était bien, ce qui n'était pas bien à faire. Et puis derrière, m'installer, me faire connaître. Donc on sort de sa zone de confort. Je n'aime pas trop utiliser ce mot-là, zone de confort. J'ai eu une formation avec une personne qui était sur les neurosciences. Et justement, on dit souvent sortir de sa zone de confort, mais c'est plutôt sortir de sa zone de connaissance. Être salariée dans l'événementiel, je connaissais. Être à mon compte, toute seule, et me vendre moi finalement, je ne connaissais pas, mais finalement je suis arrivée à le faire par le biais de toutes mes expériences acquises.
- Liberlo
Pour certains praticiens et certaines praticiennes, l'ancien métier n'est pourtant pas toujours vécu comme un appui. Il peut même peser. Selon Sophie Roques, c'est une étape connue et surmontable.
- Sophie Roques
Leur ancien métier reste un obstacle tant qu'ils n'ont pas fait le deuil de leur ancien métier. Donc il s'agit pour nous, les conseillers, de les amener à repérer, le plus tôt possible, si possible, l'ensemble des effets bénéfiques que va apporter le nouveau métier, notamment dans les médecines douces. Donc il en va effectivement d'un travail de deuil, de transformation, de résilience. Une fois qu'ils ont passé ce cap, l'ancien métier n'est plus un obstacle.
- Liberlo
Plus un obstacle... et presque toujours un atout. Dans la mesure où dans une ancienne vie professionnelle, quelle qu'elle soit, on a eu l'occasion de développer des compétences humaines directement transférables aux pratiques complémentaires. Sophie Roques les énumère.
- Sophie Roques
Nous sommes là sur les soft skills, à savoir les compétences comportementales, donc on retrouve absolument l'écoute, l'intérêt pour l'autre, le souhait d'aider son prochain, la patience, le respect du rythme des autres.
- Liberlo
Soft skills, expérience du monde du travail, une ancienne vie nourrit la nouvelle. Céline Alessi en est l'illustration. Pour elle, la réflexologie n'a d'ailleurs pas été une rupture totale, mais le prolongement d'un fil déjà présent dans sa vie professionnelle, accompagner les autres.
- Céline Alessi
Mon ancienne vie influence forcément ma posture et ce pourquoi j'ai voulu devenir réflexologue. Finalement, c'était revenir à l'accompagnement des personnes, mais dans un autre secteur. Pas leur organiser des événements et les accompagner là-dedans, mais les accompagner vers leur bien-être et surtout à revenir à elles et à se prioriser, plutôt que de se mettre un masque et aller au boulot tous les jours ou faire face à des problèmes en disant que tout va bien.
- Liberlo
Et pour elle, le fait d'avoir connu les deux faces, le salariat et l'entrepreneuriat, constitue une vraie force pour comprendre ses clients.
- Céline Alessi
Le stress, le déséquilibre vie pro-vie perso, la charge mentale, les enfants, etc. C'est des choses que je connais en tant que femme et en tant que maman. Qu'on vit tous, qu'on soit thérapeute, assistante de direction ou chef d'entreprise. Et ce que j'ai vécu en entreprise me permet aujourd'hui de mieux appréhender ce que vivent certaines personnes en entreprise. C'est toujours pareil, tant qu'on n'est pas à son compte, on ne peut pas véritablement savoir ce qu'est être à son compte. Mais tant qu'on n'a pas été salarié, on ne peut pas forcément savoir ce qui se passe aussi et ce qui se joue en entreprise. Donc c'est vrai que la force que j'ai peut-être, c'est de connaître ces deux pans et d'arriver à accompagner les personnes à travers mon vécu, mais toujours avec... Une distance et j'ai à cœur de ne pas projeter mon vécu sur les personnes qui rentrent dans mon cabinet ou que je reçois en entreprise.
- Liberlo
Ce vécu dont elle parle, qui a été le déclencheur de sa reconversion, c'est un burn-out, survenu après un événement professionnel difficile.
- Céline Alessi
Ce vécu me sert plus que jamais et c'est grâce à lui que j'en suis là aujourd'hui. Et on m'avait dit, tu verras un jour, ce burn-out ce sera une bonne chose. Et effectivement, je pense qu'il est arrivé au bon moment, même si quand on est dans ce genre de période, c'est jamais évident. Mais en fait, ça m'a permis de devenir celle que je suis aujourd'hui et d'aller vers ce qui me... correspond le mieux et ce qui m'anime aujourd'hui.
- Liberlo
Céline porte aujourd'hui un regard apaisé sur son parcours et on le voit, elle sait mettre à profit dans son métier d'aujourd'hui aussi bien des qualités humaines que des compétences très concrètes issues de son expérience dans l'événementiel. Sophie Roques nous explique que quel que soit le métier d'avant, on peut effectivement retrouver des compétences qui serviront dans la vie de praticien, même si d'autres, inhérentes au développement d'une activité indépendante, pourront être à acquérir.
- Sophie Roques
En général, les personnes accompagnées et parce qu'elles sont expérimentées, ont eu à développer des compétences liées à la rigueur, la méthode, au travers par exemple de la gestion de planning, gestion des priorités. Mais une autre compétence est indispensable à la pratique du praticien qui est sous un statut d'indépendant. C'est la capacité à développer son activité commercialement. Et là, selon les métiers passés, ces compétences ont été plus ou moins développées, parfois moins dans certains métiers. Tous les métiers qui ont permis d'être en relation client, le lien direct effectivement est vite repéré, est mis en pratique et au service du développement de l'activité en tant que travailleur indépendant. Chez les autres, nous allons repérer des compétences liées à l'écoute et à la sociabilité et le goût d'être en contact avec les autres. qui n'ont pas nécessairement développé auparavant des activités commerciales ou relations clients à proprement dite, mais qui par le biais de la gestion d'équipe, par exemple du management, effectivement avaient le goût d'embarquer des équipes, de convaincre, mais surtout d'écouter, de prendre en considération l'autre et la volonté de trouver des compromis.
- Liberlo
Capitaliser sur son ancienne vie, ce n'est pas seulement transférer des compétences, c'est aussi une façon de se démarquer aux yeux des clients. Pour Céline Alessi, la différenciation passe par l'expérience qu'elle fait vivre à ses clients, un savoir-faire hérité de son passage dans l'événementiel, au sein d'un cabinet de recrutement notamment.
- Céline Alessi
Ça vient de l'événementiel, ça vient effectivement de l'expérience client, ça vient aussi de mon activité en cabinet de recrutement où justement... On parle dans ce domaine-là de marque employeur. On peut associer cette marque employeur d'un cabinet, d'une entreprise, à la marque employeur du praticien qui reçoit ses clients et qui fait vivre une expérience globale. Et c'est vraiment ça, vivre une expérience unique, c'est aussi un peu le crédo de l'événementiel.
- Liberlo
Et cette expérience commence dès le premier contact.
- Céline Alessi
Il y a beaucoup de réflexes qui viennent de mon ancienne vie et surtout je retiens une phrase que j'avais dans la dernière expérience, justement lue et relue. On disait aux personnes qui se présentaient pour faire des entretiens, vous n'aurez pas deux fois l'occasion de faire bonne impression. Et ça, c'est une phrase que je retiens, parce qu'effectivement, lorsque l'on franchit un cabinet d'un réflexologue ou autre, se sentir bien, se sentir en confiance, être dans un bel espace, et se sentir à l'aise et bien, c'est quelque chose qui est primordial.
- Liberlo
Se démarquer pour Céline, c'est aussi aller là où on ne l'attend pas, parfois dans des lieux très éloignés d'un cabinet de réflexologie.
- Céline Alessi
J'ai la chance de pouvoir accompagner l'Olympique lyonnais sur une loge expérientielle. C'est vrai que faire de la réflexologie lors d'un match de foot, ce n'est pas forcément très commun. Mais du coup, ça marque un peu ma différence. Et c'est aussi ce qui me fait vivre moi et ce qui m'anime. C'est d'être encore une fois là où on ne m'attend pas forcément. Et ça, ça vient de l'événementiel.
- Liberlo
Cette différenciation rejoint une conviction de Sophie. Aucun parcours de reconversion ne ressemble à un autre. C'est même selon elle ce qui fait sa richesse.
- Sophie Roques
Ça fait 30 ans que je travaille dans le métier. Il n'y a pas une personne avec un projet similaire, il n'y a pas une personne qui pratique de la même façon. Donc forcément, la reconversion s'appuie sur la capitalisation de tout ce qui a été fait en amont.
- Liberlo
Et pour celles et ceux qui hésitent encore par peur de se lancer, Céline Alessi a un message d'encouragement.
- Céline Alessi
Des doutes, on en aura toujours. C'est un peu comme tout dans la vie, il n'y aura jamais de bon moment. Par contre, il y a une intuition, un sentiment, un ressenti à suivre. Et ça, c'est hyper important de s'écouter. Tout ce que vous avez fait jusqu'à maintenant vous servira forcément et fera justement votre force. Et c'est ce qui vous permettra aussi de vous différencier de vos confrères, de vos consoeurs sur votre pratique. Même si ça fait des parcours pas linéaires et justement, encore mieux si ça fait des parcours pas linéaires. La force aussi d'un praticien, c'est... C'est son vécu et c'est son âme, son histoire, ce qu'il a à raconter. C'est l'émotion et son histoire de vie qui fait aussi le praticien. Si vous le sentez, allez-y. Toujours mesurer, bien sûr. Mais de toute manière, qu'est-ce que vous avez à perdre, mis à part le fait que peut-être que ça ne marche pas ? Au moins, vous aurez essayé et vous serez toujours à même de revenir sur d'autres choses. Mais ce serait dommage de ne pas essayer parce qu'on a peur et qu'on doute.
- Liberlo
Au terme de cet épisode, une chose est claire, on ne se reconvertit jamais en partant de rien. L'ancienne vie est peut-être une page à tourner, mais c'est surtout une matière à transformer, des compétences à transférer, une posture à affiner. Le passé colore la pratique, il la rend unique, reconnaissable, et c'est souvent par lui qu'on attire les bonnes personnes. À condition, peut-être, de faire le deuil de ce qui était, d'avancer pas à pas et de s'écouter. On se retrouve bientôt dans la Minute Praticiens, le podcast qui prend le temps de faire grandir votre activité.