- Liberlo
La minute praticiens, un podcast Liberlo. Il faut se spécialiser. C'est un conseil qu'on entend souvent quand on est praticien et qu'on cherche à développer son activité. Objectif, se concentrer sur un besoin précis ou sur un public bien identifié plutôt que d'accompagner un large éventail de demandes. L'idée séduit, une pratique plus lisible, une visibilité plus nette. M ais elle inquiète aussi, car se concentrer, c'est prendre le risque, du moins le croit-on, de renoncer à tout le reste. Et rester généraliste demeure, après tout, une façon parfaitement viable d'exercer. Pour nous aider à appréhender ces questions, nous recevons deux invités qui ont construit leurs pratiques chacun à leur manière. Valérie Lagrange-Scoffoni, d'abord, naturopathe, coach santé et thérapeute psycho-corporel qui accompagne les femmes actives dans la prévention du stress chronique et de l'épuisement. Et Christofhe Mourlon-Caffin, kinésiologue, qui a fait de la théorie polyvagale un fil conducteur de son travail. Avec eux, nous voyons comment une pratique prend sa direction, ce que le fait de se concentrer ou de rester ouvert change pour la clientèle, et ce que ça change au quotidien en termes de pratique et de visibilité. Vous écoutez La minute praticiens, le podcast qui prend le temps de faire grandir votre activité. Comment une pratique finit-elle par prendre une direction plutôt qu'une autre ? Pour certains praticiens, c'est le fruit d'une stratégie, mûrement réfléchie. Pour d'autres, ça ne se décide pas vraiment, ça s'impose, par le vécu ou par un coup de cœur. Valérie Lagrange-Scoffoni, notre première invitée, est naturopathe, coach santé et thérapeute psycho-corporel. Elle a choisi d'accompagner les femmes actives dans la prévention du stress chronique et de l'épuisement. Elle fait clairement partie de la seconde catégorie.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
En réalité, je ne suis pas passée d'une approche globale à une approche précise d'un coup. Je suis tombée dedans, dans cette approche précise. Et c'est vraiment en lien avec un cheminement de vie qui m'a amenée à ça, donc à proposer mes services et mes offres à des femmes actives, le plus souvent des femmes à responsabilité ou entrepreneurs ou dirigeantes, en tout cas des femmes actives, et celles qui ne lâchent rien, qui sont toujours dans l'action. Parce que ce profil, finalement, me correspond. Et pour moi, il semble très naturel d'accompagner une personne lorsqu'on a soi-même, finalement, traversé une problématique similaire. Et de mon côté, j'ai toujours été quelqu'un de très dynamique, très active, très engagée, que ce soit au niveau professionnel, au niveau familial, en tant que maman aussi, engagée dans des associations, et j'ai toujours répondu aux besoins des autres avant les miens. C'était ma façon d'être finalement un peu dans ce monde-là et vivre comme ça, c'était mon évidence à moi, j'allais dire. Et j'ai eu une maladie, j'ai eu un cancer du sein et c'est lui qui m'a conduite finalement à me former.
- Liberlo
Cette maladie l'a conduite donc à se former, à la naturopathie d'abord, puis à la théorie polyvagale, une approche qui décrit comment notre système nerveux autonome bascule entre plusieurs états, de l'alerte à la sécurité.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Ces outils, je les ai d'abord utilisés pour moi, pour me reconstruire en tant que personne qui était trop battante, quelque part, et pour ne pas retomber dans mes propres travers. Et c'est seulement après que je me suis mise à mon compte en tant que naturopathe. Et ce choix de positionnement, des femmes qui se battent pour leurs convictions, qui vivent sur un mode finalement "je ne lâche rien" , il s'est imposé de façon un peu naturelle. Parce que je comprenais finalement vraiment de l'intérieur ce qu'elles vivaient, à la fois le stress, les déséquilibres qui pouvaient être hormonaux, la charge mentale, leur façon de continuer finalement coûte que coûte, sans s'écouter elle-même. Et c'est pour ça que finalement c'est mon territoire et que je me suis spécialisée dans la prévention du stress chronique et de l'épuisement, plus spécifiquement près des femmes actives à responsabilité.
- Liberlo
Christofhe Mourlon-Caffin, notre deuxième invité, est kinésiologue. Lui aussi a donné un axe fort à sa pratique, la théorie polyvagale dont il a fait le fil conducteur de son travail. Pour lui, Tout est parti d'un coup de foudre au détour d'un cours.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Dans l'apprentissage de la kinésiologie, il y a eu une évocation qui a dû durer à peu près un quart d'heure en cours, de la théorie polyvagale. Ce n'était pas le sujet du cours, et je ne saurais comment vous expliquer comment naissent les coups de foudre, mais dès lors, je me suis intéressé à la théorie polyvagale en faisant des recherches de mon côté. J'ai fait mon mémoire de fin d'études de kinésiologie sur la théorie polyvagale. Et je ne cesse de travailler dans cet axe-là, et plus particulièrement la théorie polyvagale, mais aussi tous les systèmes de mise en sécurité automatique du corps. Et ça me passionne au point que je me suis aussi formé en tant que praticien EFT et que je suis en train de finir ma formation de praticien en somatique experiencing, qui sont deux techniques qui vont envisager la théorie polyvagale, ou en tout cas ce système de sécurité autour d'une airbag, de façon différente et complémentaire.
- Liberlo
Un mémoire de fin d'études sur la théorie polyvagale, puis des formations complémentaires. Christofhe suit son élan jusqu'au bout. Un choix qu'il revendique. Pour lui, un thérapeute doit aller vers ce qui l'anime.
- Christofhe Mourlon-Caffin
En tant que thérapeute, il est important d'aller vers ce qui nous passionne et ce qui nous intéresse, ce qui fait sens pour nous. C'est vraiment important de se laisser la liberté d'aller voir les choses qui nous intéressent, nous plaisent, nous passionnent. Et ensuite, ça va teinter notre pratique de thérapeute et ça permettra aux gens de pouvoir venir nous rencontrer ou pas.
- Liberlo
Pour autant, notre invité n'élude pas la question de la réalité économique. La passion, seule, ne fait pas tourner un cabinet. Sur ce point, il est catégorique.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Le déclic, il a été intellectuel, formel au départ. Et ça, c'est vraiment important parce que pour moi, ça a convoqué quelque chose en moi qui était une forme de compréhension, y compris pour soi, et la capacité de pouvoir la partager. Ça, c'est important. Mais tout déclic ne fait pas vivre. On ne mange pas, on ne vit pas avec des déclics. L'idée, c'est que cette pratique-là a été confortée par la montée en puissance de ma clientèle. Bien entendu, il est confortable pour moi de dire que je fais quelque chose qui me plaît et qui intéresse des gens, mais ce n'est pas simplement le déclic. Il y a des choses qui peuvent être stimulantes pour soi et qui, pour autant, ne vont pas se permettre de rendre notre activité professionnelle pérenne. Ici, j'ai eu la chance et je l'aperçois totalement, d'avoir quelque chose qui m'a plu, que j'imagine plus transmettre, de manière à ce que les gens puissent venir au cabinet.
- Liberlo
Chez nos deux invités, l'axe s'est donc imposé très tôt. Mais tous les praticiens ne vivent pas cette évidence. Pour celles et ceux qui s'interrogent, Valérie repère quatre signaux qui indiquent qu'il est peut-être temps de se spécialiser.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Pour moi, il y a quatre signaux qui indiquent qu'il est intéressant de se spécialiser. Le premier, c'est quand on commence à s'ennuyer dans certains accompagnements. parce qu'on sent qu'on n'est plus à l'endroit où on est le plus utile ou parce que ça devient une routine qui ne nous nourrit plus suffisamment. Le deuxième point, c'est quand on remarque finalement qu'avec certains clients et leurs problématiques, on est plus passionné, qu'on a envie de creuser encore, qu'on continue à étudier en dehors des séances parce que là, il a touché un point qui vraiment m'anime et ça me parle beaucoup, je vais aller voir plus loin. Et d'ailleurs, ce sont souvent avec ces clients-là que les séances avancent vite et mieux, avec des résultats qui sont plus facilement visibles. Et c'est aussi avec ces clients que les choses se mettent le plus vite en place. Le troisième point, ça serait quand le sujet que nos clients abordent revient de façon récurrente, avec ceux qu'on accompagne déjà, bien évidemment. Quelque chose qui intrigue, qui questionne ou qui donne envie de creuser, là encore. Et la quatrième chose, pour moi, qui est un signe aussi qu'il faut peut-être se spécialiser, c'est quand notre réseau sait exactement ce qu'on fait et pour qui on le fait. Pour moi, si quelqu'un sait exactement « Ah, moi j'ai pensé à toi pour ça, pour cette personne-là, mais c'est vraiment toi » , c'est qu'on a aussi bien fait de se spécialiser et qu'on dégage suffisamment, j'allais dire, une énergie et une envie que les autres nous recommandent.
- Liberlo
Ce troisième signal, le besoin qui revient, Valérie le vit actuellement, au point d'en faire une nouvelle offre.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
C'est exactement ce qui m'arrive en ce moment. J'ai une offre principale dans laquelle j'accompagne des femmes à responsabilité dans la prévention du stress chronique et de l'épuisement. Et au fil des accompagnements, la question du déséquilibre hormonal en lien avec la préménopause et la ménopause est revenue de façon courante parce qu'il s'avère que c'était des femmes de plus de 45 ans. Du coup, c'est un sujet qui est tombé et qui est arrivé. Et à ce moment-là, moi, je me suis dit, mais il y a un besoin là-dessus et j'ai besoin de créer une offre spécifique pour des femmes qui vivent cette période de transition hormonale. Et donc, pour commencer, j'ai commencé à créer un atelier ludique et collaboratif que j'ai déjà proposé dans une association d'ailleurs de femmes qui créent des entreprises ou se reconvertissent. Et je suis en train de faire cette nouvelle offre qui sortira en septembre. Autour de la problématique justement de la ménopause et de cette efficacité professionnelle. Et le fait de me replonger, en créant cette offre, dans la littérature scientifique, ça me parle beaucoup et ça me donne vraiment très envie. Donc ça m'anime. Donc quand les choses me titillent dans le sens, ça m'anime. C'est des choses vers lesquelles je vais.
- Liberlo
Un axe qui s'impose, des signaux qui ne trompent pas, soit. Mais un doute souvent subsiste. Se spécialiser, c'est choisir. Et choisir, beaucoup de praticiens le redoutent. En se concentrant sur un besoin précis, ne risque-t-on pas de se couper d'une partie de sa clientèle ? Valérie elle-même y a pensé au moment de se positionner.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Au début, en me spécialisant, j'avais un peu peur aussi de me fermer des portes. Mais comme ça m'appelait vraiment, je les fermais, j'allais dire, de façon un peu naturelle là encore. Et honnêtement, peut-être que certaines portes se ferment. Ça, je ne veux pas dire le contraire. Mais moi, ce que j'observe, c'est des choses qui sont plus intéressantes. C'est quand l'accompagnement et la cible sont précis pour nous et répondent quand même à un besoin réel de clientes et de clients, ce qui arrive, c'est que les gens qui viennent à nous, finalement, ils ne cherchent pas seulement une séance ponctuelle de naturopathie d'un naturopathe. Ils viennent chercher quelque chose de précis, de reconnu, qui est en lien avec un problème qu'ils vivent réellement. Et surtout, ils se retrouvent aussi dans ce que moi je dis ou ce que je décris. Et ce sont des personnes, souvent, qui sont plus impliquées, qui mettent vraiment aussi en place ce qu'on construit ensemble durant les séances.
- Liberlo
Et cette implication des clientes a une conséquence directe sur ce que Valérie leur propose.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Moi, avec ma spécialisation, j'ai construit des accompagnements qui sont plutôt sur la durée, avec un certain nombre de séances. Et ce n'est pas une séance unique de naturopathie à 80 euros les 45 minutes. C'est un autre programme. C'est une offre premium qui est cohérente pour des femmes qui comprennent vraiment exactement où elles en sont et ce dont elles ont besoin. Pour moi, le positionnement précis justifie une tarification à la hauteur de ce qu'on apporte comme valeur.
- Liberlo
Une offre plus premium donc, mais qui ne joue pas contre le volume de clientèle. Au contraire, car pour notre invité, plus le positionnement est précis, plus on est facile à recommander.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Pour moi, quand on parle à tout le monde, finalement, on ne parle plus vraiment à personne. Alors que quand on parle précisément à une cible, à quelqu'un, et qu'on sait potentiellement ce qu'elle a vécu ou... ou en tout cas, on a fait suffisamment de recherches autour de la problématique, cette personne, elle se reconnaît immédiatement. Et on n'a pas besoin de se demander si ce que je propose, c'est pour elle. Elle le sait déjà. Et elle est aussi capable d'en parler aux autres. Parce que quand une offre ou la cible qu'on a, elles sont précises, eh bien, tout ce qui est du mode de la recommandation, c'est plus facile.
- Liberlo
Christofhe aussi a fait le choix d'un axe fort, assumé. Pour autant... Il tient à rassurer ceux qui souhaitent rester généralistes. Rester ouvert est, selon lui, une façon d'exercer qui a sa valeur propre et son public. D'autant que, pour lui, un praticien finit toujours par colorer sa pratique, qu'il se spécialise ou non.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Je crois que c'est quelque chose qui est de la liberté de chacun et qu'on peut être un très bon kinésiologue, un très bon thérapeute généraliste et ça ne pose aucun problème. Bien au contraire, ça permet à des clients qui viennent chercher de la kinésiologie avec un certain confort de connaissance, de reconnaissance. Moi, c'est vraiment possible, je pense qu'il y a de la place pour tout le monde. Après, dans mon travail de kinésiologue, j'ai pu susciter des vocations pour des gens qui sont devenus kinésiologues, où j'ai pu accompagner des gens qui, dans le cadre de leurs études, font un travail sur eux. Et je m'aperçois que même s'ils partent à peu près avec les mêmes chances ou les mêmes écoles, les mêmes façons de... de recevoir l'enseignement, très rapidement, ils vont donner une coloration particulière à leur pratique. Je ne connais pas de kinésiologue qui se revendique kinésiologue, simplement maître du grimoire. Il y a des appétences, il y a des choses, sans même parler de spécialisation, il y a des entrées dans la relation thérapeutique qui vont être différentes. La spécialisation peut venir au-delà d'une formation de base, mais elle peut aussi être dans la façon dont on appréhende les modules ou les formations de base que l'on a, puisqu'on va être attiré vers quelque chose qui va créer une façon de pratiquer et qui va créer une clientèle aussi.
- Liberlo
Lui-même en est la démonstration, puisque chez lui, un second axe s'est ajouté à la théorie polyvagale.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Je suis reconnu, entre guillemets, par rapport à ma clientèle sur les réflexes archaïques, et donc ça m'amène des gens. Ma pratique autour des systèmes de mise en sécurité automatique va m'amener un type de clientèle, mais pour autant, je peux recevoir des gens qui veulent simplement, au départ, faire de la kinésiologie.
- Liberlo
Deux façons de faire différentes, donc, mais une même conviction chez nos invités. Aucune voie ne vaut mieux que l'autre.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Si rester généraliste convient aux personnes, eh bien qu'ils restent généralistes, il n'y a aucun problème. Ce n'est pas une moins bonne voie que d'être spécialiste, c'est juste une voie différente. Il y a une chose qui est importante à mon sens, c'est qu'il faut être honnête vraiment là-dessus. On ne se spécialise pas dans la peur. On se spécialise quand on a suffisamment confiance en ce qu'on apporte et aussi il faut accepter de renoncer au reste.
- Liberlo
Se concentrer sur un axe ou le garder large ne joue pas que sur la clientèle. Cela transforme aussi le quotidien du praticien, sa façon de mener les séances et sa façon de se rendre visible. Commençons par les séances avec Valérie.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Dans la façon d'accompagner, pour moi je travaille plus en profondeur sur des problématiques que je connais intimement et que j'ai beaucoup étudiées via des formations, via de la recherche, via des lectures, via des mises à jour aussi scientifiques que je continue à avoir. Et cet apprentissage, il est finalement constant et je le mets à jour avec des évolutions scientifiques. Et quand j'accompagne, du coup, je suis dans une espèce de flow, de fluidité dans les séances qui n'existerait sans doute pas si j'accompagnais tout le monde sur tout, parce que je ne peux pas être pointue comme ça sur tout.
- Liberlo
Chez Christofhe, comme chez Valérie, l'axe est là depuis le début. C'est sa façon de travailler qui a évolué avec le temps.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Dès mes études, je me suis intéressé à la théorie polyvagale. Donc très rapidement, en tant que jeune thérapeute kinésiologue, j'ai tout un système de protocoles, etc. Et naturellement, il y a des protocoles qui ont disparu de ma pratique et je m'en aperçois avec la formation AFT, avec la formation SE. J'ai fait évoluer ma pratique et donc effectivement, dans 80% des cas, a priori, je vais orienter ma pratique sur la théorie polyvagale et sur la SE.
- Liberlo
Et cette approche modifie aussi la place du client dans la séance.
- Christofhe Mourlon-Caffin
On emmène le client avec nous dans une auto-observation et on développe son auto-bienveillance qui va lui permettre de pouvoir ensuite évoluer dans sa connaissance de lui-même et de comprendre comment les choses peuvent se mettre en place. Je ne dis pas que ça règle tout, mais comment les choses peuvent se mettre en place. Et ça rend la pratique riche dans un véritable échange. Moi, je ne suis pas un thérapeute avec un chapeau de magicien et je ne fais pas guérir les gens. Je leur montre comment, en tout cas selon ce qu'il me semble, qu'est-ce qui ne va pas ou qu'est-ce qui pourrait être amélioré et libre à la personne de le faire ou pas. Mais ça a créé une complicité importante. J'aime beaucoup cette notion-là dans mon travail, c'est que la théorie polyvagale, cet apprentissage, ce compagnonnage, crée une véritable complicité entre le thérapeute et le client.
- Liberlo
Après les séances, la visibilité, c'est le deuxième terrain sur lequel le positionnement se fait sentir. Chez Valérie, l'effet se mesure dans chaque prise de parole, en présentiel comme en ligne.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
J'écris et je parle pour une cible, donc une femme précise. Je sais vraiment ce qu'elle ressent dès le matin en mettant le pied par terre quelque part. Et cette précision, elle se ressent, ça crée plus de confiance, plus facilement. Alors, en particulier en présentiel, si je fais du réseau physique, bien sûr, parce que la communication directe, c'est aussi mon point fort, mais aussi sur les réseaux sociaux, dans mes textes, dans mes postes LinkedIn, parce que quand on sait exactement, finalement, à qui on s'adresse, eh bien, les potentiels clients, ils le sentent. Et qu'est-ce que ça change encore ? Encore au niveau de la visibilité, le fait d'avoir une cible précise, les clientes ne tombent plus sur moi par hasard.
- Liberlo
Cette précision du discours, Valérie en mesure les effets sur LinkedIn, le réseau où elle concentre sa présence.
- Valérie Lagrange-Scoffoni
Moi, je fais des posts deux fois par semaine et je sais que j'ai des personnes qui s'abonnent, qui me demandent en contact, à qui j'envoie des DM au départ, qui ne réagissent pas forcément, qui ne me répondent pas, qui restent très discrètes. Et quelques semaines ou quelques mois plus tard, elles me font un DM elles-mêmes ou un message privé et elles me demandent un rendez-vous. Et du coup, moi, je n'ai jamais parlé avec elles, je n'ai jamais discuté avec elles, je ne les connais pas. Mais elles ont été convaincues par le discours que j'ai tenu sur mes posts via LinkedIn. Et elles attendaient juste le bon moment. Parce que ce que je disais dans mes posts, ça leur parlait finalement quelque part depuis le début. Et c'est cette différence qui est peut-être fondamentale avec une communication qui est peut-être plus floue quand on a une cible plus large par rapport à une communication quand on a une cible cliente et une façon de parler de son offre qui est plus précise.
- Liberlo
Chez Christofhe, la visibilité pose une question très concrète. Comment se présenter quand on cumule plusieurs approches ? Sa réponse penche vers la sobriété.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Dans la communication "plus simple, plus sommaire," si on commence à mettre les formations que l'on a faites, (et moi j'adore me former, donc ça devient un petit peu polymorphe), on risque de se transformer en... Docteur Mamour et on peut tout faire. Ça perd en crédibilité. Moi, pour l'instant, j'ai fait le choix d'être simplement kinésiologue, marqué kinésiologue.
- Liberlo
Il envisage même d'aller plus loin dans cette direction, sans rien renier pour autant de ses spécialisations.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Ces trois choses-là sont vraiment ma colonne vertébrale. L'EFT, la kinésiologie et la somatique experiencing. Là, on parle effectivement de spécialisation. C'est vraiment ma colonne vertébrale de thérapeute. Mais j'en suis presque à un stade où je vais maintenant juste mettre Christophe Mourlon-Caffin sur ma plaque et sur ma communication et mettre thérapeute. Il faut à la fois se spécialiser, me semble-t-il, parce que c'est aller vers soi, aller vers sa pratique et s'enrichir au quotidien. Mais il ne faut pas forcément, je crois, avoir un listing de toutes les spécialisations faites.
- Liberlo
Se spécialiser ou non, afficher une expertise ou rester sobre, au fond, tous ces choix s'entendent. Mais il y a un point sur lequel Christofhe insiste. Quel que soit le chemin, il ne faut pas rester seul et il est essentiel de continuer à se former.
- Christofhe Mourlon-Caffin
Mon cœur de métier, c'est la kinésiologie. Je suis membre du Syndicat National des Kinésiologues et dans cette reconnaissance qui est importante pour nous, cette reconnaissance du métier de kinésiologue, dans la charte que l'on est en train de mettre en place, il y a aussi cette notion de formation continue. Un kinésiologue doit naturellement, en tout cas ce serait l'idéal, se former régulièrement tout au long de sa carrière et ne pas s'enfermer dans son cabinet avec un grimoire de savoir qui n'évolue pas. Il faut aussi essayer de rentrer dans des formations, dans des tutorats ou dans des sympathies avec d'autres professionnels de manière à parler, de pouvoir faire un peu de supervision, parler de ce qui nous anime pendant les séances et parfois ce qui peut nous busculer, ce qui nous interroge. Je pense que la médiation entre plusieurs thérapeutes, la communication entre différents thérapeutes est vraiment importante.
- Liberlo
Alors, faut-il vraiment choisir entre se spécialiser et rester généraliste ? Valérie et Christofhe ont chacun répondu à leur manière. L'une a fait d'un vécu personnel un territoire d'accompagnement qu'elle revendique jusque dans sa communication. L'autre a suivi un coup de foudre dont il a fait le fil conducteur de sa pratique, derrière une plaque restée volontairement sobre. Deux manières de se spécialiser, mais nos invités le disent l'un comme l'autre, rester généraliste aurait été une voie tout aussi valable. Ce qu'ils partagent aussi, c'est une conviction. On ne se spécialise pas par peur, ni parce que le marché semble le réclamer. On ne reste pas généraliste par défaut non plus. Ce qui compte, c'est de faire un choix aligné avec soi, et pour ça, il n'y a qu'une chose à faire, c'est s'écouter. On se retrouve bientôt dans La minute praticiens, le podcast qui prend le temps de faire grandir votre activité.