Speaker #0A la fin de sa critique de la raison pratique, destinée à réfléchir au rapport entre morale et raison, Kant, pour une fois lyrique, écrit ceci. « Deux choses remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique. Le ciel étoilé au-dessus de moi est la loi morale en moi. Ces deux choses, je n'ai pas besoin de les chercher et de les conjecturer comme si elles étaient enveloppées de ténèbres ou placées dans une région transcendante en dehors de mon horizon. Je les vois devant moi et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. Mais que veut dire Kant ? Qui n'est pas touché en son cœur par la vue nocturne des lointaines étoiles ? Mais plus encore, celui qui s'y attache et s'y applique par la réflexion, contemple avec évidence l'infinie petitesse de l'homme entendu comme créature matérielle. Le ciel étoilé au-dessus de moi fait signe vers l'infinité de l'univers, galaxies, nébuleuses, supernovas. La planète Terre n'est presque rien, moins encore l'homme dans l'ordre de la matière. Ainsi le ciel étoilé m'invite à la plus grande déshumilité et aussi à l'admiration à l'égard de cet univers qui m'inclut comme un atome en son sein. Je ne suis qu'un point dans l'espace et dans le temps. Mais ce n'est pas tout. Au-delà de l'ordre matériel, sensible, existe pour Kant, au moins à titre d'hypothèse, l'ordre invisible, suprasensible, dit-il. Et celui-ci se révèle avec une même évidence à celui qui s'est regardé en soi. Or, que vois-je en moi du fait de ma conscience, avec la même évidence, que cette infinité extérieure à moi de l'univers ? Ma conscience me révèle que je peux être, que je suis un être capable de moralité. La nécessité d'être moral ne s'inscrit pas dans mes sentiments, comme on pourrait le croire, mais dans ma raison même. Qu'est-ce que la raison ? En un mot, la raison est la faculté de l'universel. Elle dit ce qui est valable pour tous, partout, dans l'espace et en tout temps. En ce sens, elle dépasse l'ordre matériel lié pour sa part au temps et à l'espace. Elle me révèle que je suis un être hors de l'ordinaire, qui n'est pas réductible, comme les choses inanimées et animées, à sa structure sensible, à son corps. Au plus profond de moi, avec évidence, se révèle cette loi, la loi des lois, irréductible aux coutumes, aux mœurs et aux sentiments, qui varient sans cesse pour leur part. Oui, ma raison affirme, soit morale. Mais que signifie être morale ? C'est évidemment suivre la raison qui est en moi. Et la raison, la voie de la conscience, affirme ceci. Je dois agir de manière universelle. Je dois agir fidèle à la raison, comme tout homme doit agir. C'est cela, être moral. Agir dans mes intentions de manière universelle. Par là, j'échappe au monde sensible. Par là, je m'élève infiniment au-delà de ma condition animale. Par là, je découvre en moi La liberté même au-delà du temps et de l'espace.