- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous ! Aujourd'hui, c'est pas une nouvelle invitée du coup !
- Speaker #1
Et non !
- Speaker #0
C'est Lola, elle était déjà venue pour l'épisode sur la psychologie des jeunes en prison et aujourd'hui elle est là pour l'épisode sur la psychologie du vieillissement.
- Speaker #1
Vraiment rien à voir, mais plein de choses à dire aussi.
- Speaker #0
Et c'est parti pour le début de l'épisode.
- Speaker #1
Let's go !
- Speaker #0
Donc Lola, est-ce que tout d'abord tu pourrais un peu définir ce que c'est la psychologie du vieillissement ?
- Speaker #1
En fait, tout simplement, la psychologie du vieillissement, c'est un petit peu les problématiques qu'on peut rencontrer au grand âge. Donc ça peut être notamment la maladie d'Alzheimer et apparenté, dont on entend beaucoup parler, mais aussi des problématiques qu'on... peut retrouver à tous les âges, mais plus fréquemment chez la personne âgée, comme par exemple la dépression.
- Speaker #0
Ok, et quelles sont les idées reçues en général sur le vieillissement ?
- Speaker #1
Ouais, il y a beaucoup, on entend souvent, oui, c'est normal, il a quelques troubles de la mémoire, mais c'est une personne âgée, attention, avoir des troubles de la mémoire, se perdre, avoir du mal à participer à des discussions, tout ça, c'est pas normal en fait, une personne âgée qui vieillit bien, elle a... quelques fois du mal à trouver ses mots, à retenir certaines choses, mais de manière générale, ça ne va pas impacter son quotidien. Et puis on entend aussi beaucoup, oui, bon, il est un peu déprimé, mais c'est normal, il est vieux, ou il ne fait plus grand-chose, mais ce n'est pas grave, c'est l'âge. Ben non, c'est pareil. Une personne qui n'a pas le moral, qui n'a plus envie de rien faire, ben en fait, ce n'est pas un vieillissement normal.
- Speaker #0
Ok. De toute façon, on a prévu d'en reparler pour plus développer ça, on a une question vraiment dédiée à ça.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que maintenant, tu pourrais un peu expliquer le cerveau en général ? Parce que j'avoue, le fonctionnement, tout le monde ne le connaît pas, moi-même. Mais pour mieux ensuite comprendre le vieillissement dans le cerveau, quels sont les effets, le fonctionnement ?
- Speaker #1
De manière très résumée, le cerveau est séparé en différentes zones qui vont plus ou moins gérer différentes fonctions. On a le lobe frontal, c'est vraiment juste ce qui est derrière le front. Ça va être tout ce qui est fonction exécutive. Par exemple la planification, la flexibilité, l'inhibition, tout ça. Et puis tout ce qui est cognisson social et en partie la mémoire. Ensuite on va avoir le lobe temporal, donc c'est vraiment au niveau des temps, qui là va surtout gérer la mémoire et le langage. Ensuite on a le lobe pariétal, c'est un petit peu plus ce qui va être au-dessus, qui va s'occuper des praxis. Donc c'est tout ce qui va être réaliser un mouvement, écrire, etc. Et puis le dernier c'est la zone occipitale, donc c'est derrière la tête. Et là, ça va être tout ce qui va être analyse visio-spatiale. Voilà. Et donc, en fait, ce qu'on remarque, c'est que dans le vieillissement, on a une diminution du volume de certaines aires cérébrales et notamment des zones frontales. Mais ça, c'est tout à fait normal. Et puis aussi, on va avoir une diminution du nombre de neurones, de leur taille et puis une perte d'efficacité au niveau des synapses. C'est les petites zones où les neurones échangent et communiquent entre eux. Voilà. Ok,
- Speaker #0
d'accord.
- Speaker #1
Voilà. Et dans un vieillissement vraiment pathologique, là, on va avoir une grosse diminution et clairement, on voit bien la différence.
- Speaker #0
Ok. Ok, et maintenant, ma nouvelle question, c'est plutôt, c'est quoi le type de changement cognitif qu'on peut considérer comme normal et c'est quoi la différence à inquiétant ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que parfois, c'est un peu flou. Mais alors, de manière générale, dans le vieillissement normal, il va quand même y avoir des petites atteintes, si je puis dire. Par exemple, au niveau de la mémoire à court terme, on peut avoir plus de mal à encoder les choses, c'est-à-dire à les enregistrer, si je puis dire. Pour la mémoire à long terme, on peut parfois... Enfin, les personnages âgés avoir du mal à retrouver un souvenir, genre, ah, mais je sais, mais j'arrive plus à retrouver. Et puis, une heure après, d'un coup, ils vont dire, ah, mais si, je me rappelle, c'était ça. Parce qu'en fait, le stockage est toujours bon, l'information est toujours là, mais chez les personnages âgés, il y a plus de mal à refaire le chemin jusqu'à l'information. Bon, voilà. c'est tout à fait normal mais en fait tant que l'information est bien quelque part, il ne faut pas s'inquiéter. Pareil au niveau des ressources attentionnelles. Elles peuvent avoir un peu plus de mal à focaliser leurs intentions. Souvent, on voit que quand on parle à une personne âgée, s'il y a du bruit, s'il y a autre chose à côté, elle va avoir du mal à se concentrer. Donc c'est pour ça. C'est les ressources attentionnelles qui diminuent un petit peu. Et puis, on peut avoir aussi des petites difficultés au niveau de l'inhibition. Elles vont avoir du mal à sélectionner les informations importantes et les informations distractrices. Donc voilà. Et puis, le reste, généralement, est préservé. Et donc, justement, c'est là où on peut voir la différence entre un vieillissement normal et pathologique. Quand il y a ces petits troubles-là, c'est rien de grave. C'est-à-dire que ça ne va pas impacter le quotidien, on ne va pas y avoir d'impact sur l'autonomie de la personne. Et en fait, là où il va falloir s'inquiéter, c'est quand on va voir que les troubles vont s'aggraver et que la personne va commencer à avoir du mal à faire certaines choses toute seule. Par exemple, sortir dans la rue, faire des nouveaux trajets, elle va commencer à se perdre. avoir du mal à cuisiner parce que suivie d'une recette, finalement, elle va être distraite, elle va oublier certaines choses. Ou aussi, ça peut être certaines entrées dans la démence, on pourra détailler plus tard, mais on pense souvent aux troubles de la mémoire. Et bien, il y a un autre type de démence où, en fait, ça va être des troubles du langage, où, en fait, la personne, elle va commencer à perdre ses mots. Mais au point où elle va avoir du mal à faire des phrases et on va finir par plus comprendre ce qu'elle veut nous dire. Donc ça aussi, c'est pas normal. Le langage, normalement, chez les personnes âgées, il est préservé et souvent, il est même mieux dans le sens soit elles ont plus de vocabulaire que nous.
- Speaker #0
Oh, voilà, intéressant. Ça, je ne le savais pas du tout.
- Speaker #1
Voilà, et de toute façon, si vous avez un doute, que ce soit pour un proche ou pour vous, si vous êtes une personne âgée, il y a ce qu'on appelle des consultations mémoires. Elles sont vraiment dédiées à ça. On vous fait passer plein de tests. Et ensuite, suivant les résultats, on vous dit, est-ce que c'était de la fatigue, peut-être une dépression, ou alors est-ce que vraiment, on est peut-être sur l'entrée d'une démence.
- Speaker #0
Et tu sais, c'est plutôt gratuit. Il faut avoir une prescription.
- Speaker #1
Moi, c'est... Je crois que oui. En fait, il faut une lettre du médecin traitant. qui dit voilà j'ai un doute, il y a peut-être des troubles et après normalement pour moi c'est gratuit ensuite. C'est une neuropsychologue qui fait passer les tests et puis après il y a un médecin qui fait aussi des IRM parce que seulement les tests ça suffit pas, il faut aussi qu'il y ait des atteintes comme on en parlait au niveau cérébral.
- Speaker #0
Ok, d'accord, logique. Est-ce qu'il y a des exercices ou des habitudes qu'on peut faire et qui peuvent vraiment aider à préserver les fonctions ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, on voit tout le temps les pubs de « Ah, faites tel exercice, vous n'aurez pas la maladie d'Alzheimer » . C'est faux, il n'y a pas un exercice type. C'est du mensonge. Non, en fait, le but, c'est de tous les jours faire travailler son cerveau. Voilà, en faisant, je ne sais pas, des mots fléchés, des jeux de société, en regardant des émissions culturelles. Et puis aussi, tout ce qui est activité physique, alimentation et avoir du lien social. En fait, ça, c'est quelque chose qu'on nous dit déjà de faire quand on est jeune. Ça favorise un bon vieillissement et c'est la même chose chez les personnes âgées.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et maintenant, c'est plutôt, est-ce que les émotions changent avec l'âge, et si oui, à quelle échelle ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Alors, il faut savoir que les émotions, qu'elles soient ressenties ou exprimées, ça ne se modifie pas avec l'âge. Par contre, ce qui peut se modifier, c'est la capacité à reconnaître les émotions. Donc, ça a été montré que les personnes âgées, elles peuvent avoir du mal à reconnaître certaines émotions, et notamment, souvent, en fait, elles vont confondre certaines émotions pour de la tristesse. Par exemple, le dégoût, la colère, parfois les personnes âgées vont plutôt interpréter ça pour de la tristesse. Et du coup, il y a même eu des études, des hypothèses, qui disaient que parfois, on remarque que les personnes âgées, plus elles vieillissent, plus elles vont se mettre en retrait et moins interagir avec les autres. Et du coup, les chercheurs qui ont fait ces études sur les émotions se sont peut-être dit que c'était lié à ces difficultés de reconnaissance des émotions, parce que si on interprète mal une émotion, notre discours et notre comportement va être inadapté. Si on pense que quelqu'un est triste alors qu'il est en colère, ça va... pas forcément bien fonctionner. Et du coup, il y a des chercheurs qui ont dit que c'est peut-être pour ça que certaines personnes âgées se mettent en retrait et interagissent moins. Parce qu'elles se sentent en difficulté. C'est qu'une théorie, mais voilà.
- Speaker #0
Mais les personnes qui réagissent différemment aux émotions, c'est plus des personnes qui sont susceptibles à avoir des problèmes pathologiques ou c'est juste quand tu vieillis qui fait que...
- Speaker #1
Non, non, c'est vraiment lié... Je ne sais plus, j'avais vu notamment parce qu'il y a... Par exemple, l'amidale, qui va gérer certaines émotions, elle est sous-activée chez les personnes âgées. Et puis, comme on l'a vu, les neurones communiquent un peu moins bien. Il y a certaines zones qui diminuent.
- Speaker #0
Donc, c'est une généralité pour les personnes âgées. Mais du coup, là, il y a un gros problème en France. C'est que les premières personnes touchées par les suicides et dépression, ce sont les personnes âgées. Donc, moi, ma question, c'est... Comment c'est possible d'accompagner une personne âgée alors que ce sont les premières susceptibles à vivre mal leur vieillissement ?
- Speaker #1
C'est vrai que c'est compliqué parce qu'en fait, un autre grand problème chez les personnes âgées, c'est l'isolement. Et donc forcément, qui dit isolement, dit souvent dépression et puis suicide. Donc c'est vrai que lutter contre l'isolement, ça va être aller voir régulièrement ses proches si on peut. Si on ne peut pas, ça va être les appeler. Après, il y a aussi des associations qui existent où on peut soit payer des dames de compagnie, on appelle ça, c'est des gens qui vont passer quelques heures Avec la personne chaque semaine, où il y a des associations. Je crois que les petits frères des pauvres aussi peuvent faire des actions comme ça pour briser un peu l'isolement des personnes âgées. Après, en ce qui concerne vraiment la dépression, si possible, que la personne aille voir un psychologue. Là, ça va dépendre vraiment à ce que la personne peut se déplacer, etc. Et puis aussi, il y a le numéro national de prévention du suicide, si vraiment on a un doute sur la personne, qui est le 3114.
- Speaker #0
Je le marquerai en description.
- Speaker #1
Oui, voilà. Puis après, ça va être repérer les petites signes. Et comme on l'a dit, chez la personne âgée, c'est pas normal d'avoir des idées noires, c'est pas normal d'avoir envie de mourir de manière active. Ça, il faut s'inquiéter. Après, il faut aussi faire la différence entre vraiment avoir des idées suicidaires et des idées de mort. C'est-à-dire que, par exemple, moi qui travaille en EHPAD, on entend beaucoup des personnes âgées nous dire « Oui, j'ai 92 ans, j'ai hâte de mourir, la vie est longue. » Là, il ne faut pas forcément s'inquiéter. 92 ans en maison de retraite, oui, on peut. peut entendre que peut-être en vie que la vie se termine à un moment. Mais dire voilà, j'ai envie de mourir, je pense très souvent à la mort, je pense à comment je pourrais me suicider. Là, attention, c'est une alerte, c'est pas normal et il faut voir je dis psychologue mais également médecin parce que de toute façon, on le sait très bien que ce soit personne âgée ou plus jeune, ce qui va fonctionner ça va être psychothérapie et un traitement médicamenteux en parallèle. Souvent quand même c'est ce qui fonctionne.
- Speaker #0
Combiner les deux.
- Speaker #1
Exactement. Si on est sur un léger état de déprime, il n'y a pas forcément besoin de traitement médicamenteux, mais le problème c'est que chez les personnes âgées, ça met souvent du temps à être diagnostiqué, donc du coup on est déjà sur une dépression caractérisée, Là, sans traitement médicamenteux, c'est plus compliqué. Et oui, et aussi en fait, donc elle est sous-diagnostiquée, mais parce qu'il y a aussi quelque chose que moi j'ai découvert pendant mes études de psychologie, voilà la dépression, on se dit souvent oui c'est des idées suicidaires, c'est des idées noires, mais en fait chez les personnes âgées, il y a aussi des dépressions qu'on appelle masquées, c'est-à-dire qu'elles vont pas justement apparaître par ces idées noires en premier plan, on peut avoir la dépression à masque démentiel, où en fait c'est des gens qui vont aller en consultation mémoire parce qu'ils ont des troubles cognitifs, et en fait on se rend compte qu'au test ils sont limite. C'est jamais totalement pathologique. Et en fait, quand on creuse, bah oui, ça va pas dans l'histoire familiale, etc. Ou dans l'histoire actuelle. On a aussi la dépression à masque... Comment on dit ça ? Agressif, c'est pas exactement ça le terme. À masque hostile. En fait, c'est des personnes âgées qui vont être dans la revendication de tout. Et ça, ça va pas. Et vous, vous faites mal votre travail. Et ceci, cela. Et en fait, pareil, si on va creuser, bah en fait, il y a des idées noires. Mais c'est pas ce qui va être en premier lieu. Et donc forcément, ça peut être... ça peut passer à côté.
- Speaker #0
Ok. Mais est-ce que ça aide du coup au fait que la dépression est souvent sous-diagnostiquée ?
- Speaker #1
Ah bah oui, totalement. Même en EHPAD, du coup, on peut dire, ah bah tel résident, il n'est jamais content. Oui, mais attention, est-ce qu'il n'est jamais content parce que c'est dans son caractère ou en fait, c'est parce que là, l'entrain d'EHPAD, pour lui, c'est un choc. En fait, il y a une dépression qui est en train de s'installer. Donc si on n'est pas formé à ça, enfin moi, honnêtement, j'ai découvert ça pendant mes études, et parce que j'ai subi une option de psychologie du vieillissement. C'est-à-dire que ça se trouve, il y a plein de psychologues... professionnels de santé ne le savent pas parce qu'on ne peut pas tout apprendre en cours et ça peut passer à la trappe, clairement.
- Speaker #0
En vrai, c'est hyper important.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
franchement. Comment les familles peuvent aider pour accompagner leurs proches, leurs parents qui sont des personnes âgées ?
- Speaker #1
De manière générale ou par rapport à la dépression ?
- Speaker #0
Par rapport à la dépression et ensuite en général.
- Speaker #1
par rapport à la dépression, déjà de manière générale, prendre des nouvelles régulières de son proche, si c'est par téléphone c'est pas grave, qu'il n'y ait pas de culpabilité, de « ah oui j'habite à 500 km, je devrais régulièrement aller voir mes parents, vous habitez loin, vous les appelez, ça fonctionne aussi » , et justement être très attentif au changement de comportement. Comme on l'a dit, la dépression masquée, où ça aide beaucoup d'hostilité, vous êtes les proches, vous voyez bien que c'est pas dans le caractère habituel, et c'est là où il faut un petit peu, peut-être pas s'alerter, mais voilà, voir est-ce que ça perdure dans le temps. Voilà, prendre des nouvelles régulières, saisir les professionnels compétents si besoin. Et puis de manière générale, ça va être prendre soin de son proche, vérifier qu'il prend soin de sa santé, qu'il va bien prendre ses rendez-vous médicaux, qu'il mange bien, qu'il s'hydrate bien. Voilà, en fait, comme vous pouvez faire avec n'importe qui dans votre entourage, il n'y a pas de recette miracle.
- Speaker #0
Et il y a des stratégies de prévention ? Ou pas recommandées pour favoriser un vieillissement ? épanouie. Là, vraiment, je pense en tant que personne âgée, est-ce qu'il y a des petites méthodes où tu peux appliquer dans ta vie, des petites routines qui peuvent t'aider à mieux vivre ton vieillissement ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de bien vieillir, de comment ne pas souffrir de perte d'autonomie, mais en fait, on en revient toujours à la même chose, comme on n'arrête pas de nous dire à nous, c'est avoir une bonne santé physique, donc avoir une activité physique adaptée sur une personne âgée, notamment la gym douce, on a plein de... dans les villes, souvent il y a des clubs de gym 12, il y a des clubs du 3ème âge où il y a aussi des jeux de société, tout ça, ça permet d'avoir du contact social, d'avoir une activité physique et cognitive, et puis aussi de bien manger, de prendre soin de son moral aussi, comme nous en fait au final.
- Speaker #0
C'est vrai,
- Speaker #1
c'est une continuité.
- Speaker #0
Ouais, exactement, c'est ce que je pensais, la continuité, d'avoir une vie stable, d'avoir un entourage sain, ça aide.
- Speaker #1
Et puis de toute façon, on voit que souvent, ceux qui sont le plus sportifs, c'est ceux qui ont un bon vieillissement physique plus tard. Pareil, à l'inverse, moi, on n'est pas de nombre de personnes âgées qui sont dépressives depuis 10, 15, 20 ans. On se dit, ouah, en fait, ils arrivent en EHPAD, on se dit, en même temps, il y a forcément un lien.
- Speaker #0
Là, j'ai fait sur une question un peu con, mais quand ça fait 20 ans que tu fais une dépression, mais à la fin... J'ai du mal à imaginer qu'à la fin, c'est une dépression, ça incarne dans ta vie, dans ta personnalité, au bout de 20 ans et tout.
- Speaker #1
C'est vrai que nous, en tant que psychologues, avec des personnes âgées comme ça, on sait que la dépression, on ne va pas la guérir. Elle est installée là. On va faire des entretiens pour que la personne puisse échanger sur ce qui ne va pas, déverser un petit peu ce mal-être. On sait que c'est un petit pansement.
- Speaker #0
Je comprends.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ensuite, c'est plutôt comment les proches peuvent accompagner une personne qui en perd d'autonomie.
- Speaker #1
Ouais, on perd d'autonomie dans le sens de l'autonomie physique, du coup, ou quoique physique et cognitive, en vrai. Donc, on va avoir des troubles... même notamment cognitif, déjà, que ce soit cognitif ou physique, si on constate vraiment des troubles, en plus des consultations mémoires, on peut contacter les CLIC du département. Le CLIC, c'est un centre local d'information et de coordination gérontologique. Et en fait, c'est eux qui vont vous dire quelle démarche faire pour avoir des aides financières. Il y a des aides financières suivant la perte d'autonomie physique et cognitive. On va avoir droit à un certain nombre d'euros par mois. Ils vont pouvoir également mettre en place le passage d'infirmiers, d'aides-soignants si besoin, le portage des repas si la personne ne peut plus cuisiner mais reste à domicile. On a aussi les équipes spécialisées Alzheimer où vous avez le droit à 12 séances où il y a une personne qui va venir pendant une heure et faire des ateliers cognitifs avec vous à domicile. Elles peuvent aussi vous parler des accueils du jour ou des hôpitaux de jour où on se rend une ou plusieurs journées par semaine pour être avec d'autres personnes et faire fonctionner tout ce qui est cognitif. Donc ça, c'est hyper important aussi. Et aussi, ce qui est souvent difficile, parce qu'on a du mal à comprendre la maladie quand on est proche et qu'on ne fait pas partie du domaine, mais c'est d'essayer de comprendre que le proche, il ne fait pas exprès d'oublier ou de ne pas réussir certaines choses. Et donc, d'être le plus bienveillant possible, sans non plus faire à la place d'eux, parce qu'on peut avoir beaucoup ce truc de « de toute façon, tu n'y arrives pas, je vais le faire à ta place » . Et en fait, on va se retrouver dans l'infantilisation où la personne va dire « ok, je suis capable de rien faire, on fait tout à ma place » . Donc c'est toujours très délicat en fait de ne pas laisser la personne faire alors qu'elle n'est pas du tout capable de la mettre totalement en échec, mais sans totalement faire à sa place. Et c'est vrai que parfois il y a des petites remarques où on ne se rend pas compte, mais ça peut être un peu heurtant pour la personne. Par exemple une personne âgée avec des troubles de la mémoire, où sa fille va lui dire « mais maman, ça fait trois fois que je le dis, tu pourrais faire un effort quand même » . Ben ouais, c'est pas méchant, mais en fait la personne tout ce qu'elle entend c'est « ah ben ça fait trois fois qu'on me le dit et que j'oublie, ben en fait je suis nulle, je ne sers à rien » . Et donc, c'est vraiment... essayer de faire maman peut-être je vais te cacrir sur un post-it ou c'est pas grave voilà et puis souffler aussi dans le sens où voilà c'est très lourd de s'occuper de quelqu'un qui a des troubles et même si on vient ponctuellement à la maison la voir voilà voir que son parent il a de plus en plus de troubles ça peut être très difficile donc ne pas hésiter à se faire accompagner et puis voilà si on voit qu'on commence à s'agacer parce que ça fait dix fois qu'on répète que je sais pas la fourchette est dans le tiroir bah ok bah peut-être que là Merci. Je voulais passer voir ma mère une heure. Au final, je ne vais rester que 20 minutes parce que je sens que je commence à m'agacer. Et elle va le ressentir et ce n'est pas forcément bénéfique. Donc vraiment, et on a beau entendre, oui, moi, si mon parent était malade, jamais je ne le mettrais en EHPAD, jamais, gna gna gna, je l'accompagnerais jusqu'au bout. Les gens, tant qu'ils ne sont pas dans la situation, ils ne se rendent pas compte de ce que c'est. Donc vraiment, essayez de ne pas culpabiliser. Vous faites de votre mieux. Et faire de son mieux, c'est parfois reconnaître que là, on a besoin de prendre de la distance ou de se faire aider par quelqu'un d'autre. super important
- Speaker #0
Est-ce que c'est possible de renforcer le sentiment d'utilité en tant que personne âgée ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est hyper important. Je vois notamment en EHPAD, c'est tout le temps de façon, maintenant je ne sers plus à rien, ma vie n'a plus de sens. On le retrouve beaucoup ça. Et donc oui, évidemment, ça va être vasoriser tout ce qu'ils sont capables de faire seuls en évitant de faire à leur place. Que ça pète aussi bien de s'habiller, de se doucher que de manger. S'ils sont capables, on les laisse faire. Et puis, ça va être aussi, là, je pense vraiment en EHPAD, mais le sentiment d'utilité, ça peut passer par des trucs bêtes, genre les laisser mettre la table eux-mêmes, mettre les nappes, passer le balai. C'est vrai que c'est des choses où, voilà, dans l'institution, on va souvent faire à leur place. Mais juste de pouvoir débarrasser, de mettre une assiette, parfois, ils sont super contents. Ben voilà, j'ai été utile. Et ce qui fonctionne beaucoup aussi, c'est les rencontres intergénérationnelles. En EHPAD, ça se fait où, voilà, c'est souvent des assistantes maternelles qui viennent et ça leur donne un rôle. même les personnes âgées pensent et des grands-parents, c'est « Waouh, j'ai gardé ma petite-fille, je l'ai emmenée au zoo. » Il y a ce sentiment aussi de « Je suis utile à quelqu'un. » Oui, ça peut passer par des petits trucs comme ça. Ou il y a beaucoup de personnes âgées aussi qui sont dans des clubs, qui font du bénévolat. C'est pareil, il y a ce sentiment de « Je donne quelque chose de mon temps. »
- Speaker #0
J'ai un sens.
- Speaker #1
Exactement. Ça, c'est hyper important. Et c'est vrai que c'est important à tout âge de la vie, mais quand on a la retraite, il n'y a même pas... le travail et en fait on se rend compte dans nos vies le travail donne beaucoup de sens ça donne une utilité même si on aime pas son travail on dit quand même bon bah je vais quand même faire quelque chose de ma vie et à la retraite ça peut être hyper dur de se dire maintenant à quoi je sers surtout quand t'as été parent
- Speaker #0
marié tu travailles t'as une maison t'as crédit bref t'es débordé et dans ce coup t'as plus rien c'est pour ça que ce qui se fait pas mal maintenant aussi c'est le Merci.
- Speaker #1
Le passage à la retraite en deux temps, où les gens vont d'abord passer à mi-temps, et puis après ils vont à la retraite, ils vont être à mi-temps sur six mois, un an, et la retraite, ça permet de ne pas être du jour au lendemain, passer 35 heures, à plus rien du tout. Et d'ailleurs, on parlait de la dépression et du suicide, il faut savoir que chez les personnes âgées, le taux de suicide est le plus important chez les hommes, qui avaient un haut statut social. des gens qui sont au cadre, grands patrons, et qui du jour au lendemain, ils sont à la retraite, ils ont plus ce statut social de « je suis patron, je fais ceci, cela » . Et c'est dur, et souvent, c'est chez eux qu'on retrouve les suicides. Et en plus, il faut savoir que chez les personnes âgées, il y a beaucoup plus de suicides. Aussi pourquoi ? Parce qu'ils se ratent beaucoup moins. Chez les jeunes, il y a plusieurs tentatives de suicide avant qu'ils n'y arrivent. Chez les personnes âgées, souvent, quand elles tentent la première fois, ils y arrivent. Et une des explications serait que souvent, les personnes âgées vont beaucoup plus penser au suicide et de manière plus réfléchie et donc moins se rater. C'est vrai qu'en tout cas, les hommes, même sans parler de personnes âgées, c'est eux qui vont utiliser souvent des moyens beaucoup plus violents. Se jeter sur les rails, se tirer une balle. Les femmes, c'est plus souvent l'alcool et les médicaments, par exemple.
- Speaker #0
Et comment tu vois l'évolution de la psychologie du vieillissement dans l'avenir ?
- Speaker #1
Ah, de la psychologie du vieillissement ? Oui. Il y a de plus en plus d'études. parce que justement on se rend compte que la population elle vieillit de plus en plus. Donc voilà, même si je tiens à rappeler qu'on entend beaucoup parler de maladies d'Alzheimer et apparentées, de démences, ou maintenant on appelle ça des pathologies neurodégénératives, mais il faut savoir que la majorité des personnes âgées n'en développe pas. C'est quand même une minorité même si on en entend beaucoup parler. Mais c'est vrai que notre population vieillissante, statistiquement, il y a plus de personnes âgées, donc plus de personnes avec des démences. Et donc il y a beaucoup plus d'études qui sont faites à ce sujet. Mais après, c'est toujours très flou. Par exemple, la maladie d'Alzheimer, il y a énormément d'études. Et pour autant, on ne sait toujours pas ce qui la cause. C'est-à-dire qu'on sait qu'il y a des plaques qui se développent dans le cerveau. Mais en fait, on ne sait pas si c'est l'origine de la maladie d'Alzheimer ou si c'est la cause. C'est-à-dire que la maladie d'Alzheimer créerait ces plaques, créerait ces problèmes de mémoire. Voilà. Et honnêtement, je ne pense pas que demain, on va trouver une solution. C'est quelque chose vraiment sur le long terme. Il y a des traitements médicamenteux qui existent, mais en fait, qui ne fonctionnent pas. parce qu'en fait il faut savoir aussi en tout cas dans le cas le cas de la maladie d'Alzheimer, que quand on a les premiers vrais troubles qui arrivent, avec vraiment la trouble de la mémoire assez importante, etc., en fait, ça fait déjà 10 ans que les plaques, elles s'installent dans le cerveau. Et qu'en fait, au tout début, le cerveau, il arrive à compenser, donc on s'en rend pas compte. Et donc le problème, c'est que pour se diagnostiquer très précocement, on n'y arrive pas. Alors que souvent, quand on diagnostique précocement la maladie, on peut essayer de trouver des traitements pour arrêter l'évolution, mais en fait, comme on s'en rend compte, ça fait déjà 10 ans en retard, entre guillemets. C'est très compliqué. Donc à ce niveau-là, voilà. Il y a encore beaucoup de recherches qui sont financées, etc. Après, en ce qui concerne l'accompagnement des personnages en perte d'autonomie, là, j'ai passé sur le côté un peu plus politique, mais c'est comme les hôpitaux publics. Tout ce qui est public, ça se casse la gueule, il faut dire ce qui est. Donc on va vers une privatisation. Malheureusement, c'est les personnes qui ont les moyens qui iront à terme en EHPAD. Et vraiment, pour avoir fait des stages en EHPAD public et en EHPAD privé, On sent clairement la différence. Alors clairement, vous allez en privé, vous allez payer beaucoup plus cher, mais c'est pas les mêmes locaux, c'est pas les mêmes animations, c'est pas les mêmes professionnels, et ça, franchement, c'est très triste.
- Speaker #0
Et avant de finir, est-ce que tu as un livre ou même un podcast à écouter, ou même une vidéo pour clôturer cet épisode ?
- Speaker #1
Déjà, au niveau des livres, il y en a un que j'avais beaucoup aimé, qui était du docteur Fernandez et Sagne, qui s'appelle Psychologie clinique du vieillissement en 15 études de cas. où en fait ça va reprendre différentes problématiques qu'on peut retrouver dans le vieillissement, et un peu ce qui a été mis en place, donc je crois que c'était pas mal, parce que ça a balayé tout un champ problématique. Au niveau d'un compte Instagram, il y a OkBoomer-du-Babsy, en fait c'est des psychologues qui travaillent dans le vieillissement, c'est des anciennes étudiantes d'un master de psychologie du vieillissement à Tours. Voilà, qui font des petites stories, qui expliquent certains troubles qu'on peut avoir dans le vieillissement et qui est très bien fait. Et il y a un film aussi que j'avais adoré qui s'appelle « Style Alice » , ça veut dire « Toujours Alice » . Alors, ça parle de la maladie d'Alzheimer. Alors là, c'est la maladie d'Alzheimer précoce. Ça touche très peu de personnes, mais voilà, ça peut arriver chez des personnes. On dit que c'est précoce, je crois, quand c'est avant 60 ans. Ça peut arriver très très jeune. J'avais vu une émission une fois, une dame avait 30 ans. Ouais. C'est très rare. Souvent, c'est héréditaire. C'est vraiment très rare, mais ça peut arriver. Et ce film-là, c'est sur une professeure d'université qui a la cinquantaine, je crois, et qui a une maladie d'Alzheimer précoce. Et en fait, tout au long du film, on va avoir son point de vue et on va voir au fur et à mesure comment les troubles s'installent. Et c'est super intéressant pour comprendre, voir aussi comment les profs, les proches réagissent, etc. Et c'est hyper parlant.
- Speaker #0
Ok. De toute façon, tout sera dans la description. Ok. Il y en aura toutes. Tu m'enverras tout ça par message et hop. Bah écoute, merci Lola pour être venue, encore une fois.
- Speaker #1
Merci à toi de m'avoir invitée. C'était trop intéressant, je trouve qu'on parle pas assez des personnes âgées, que j'étais trop contente de pouvoir parler de vous.
- Speaker #0
C'est parfait alors. Bah écoute, je te prends, tu reviendras probablement un jour pour notre épisode.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Et je vous dis à très bientôt. A bientôt.